Thelma et Louise
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| Thelma & Louise | |
| Titre original | Thelma & Louise |
|---|---|
| Réalisation | Ridley Scott |
| Acteur(s) | Geena Davis Susan Sarandon Harvey Keitel Brad Pitt |
| Scénario | Callie Khouri |
| Musique | Hans Zimmer |
| Décors | Anne H. Ahrens |
| Costumes | Elizabeth McBride |
| Photographie | Adrian Biddle |
| Montage | Thom Noble |
| Producteur(s) | Mimi Polk Gitlin Ridley Scott |
| Distribution | MGM Pathé Entertainment |
| Budget | 16 500 000 US$ |
| Format | 35 mm - 2.35:1 - couleur |
| Genre | Comédie dramatique / Road movie |
| Durée | 129 min. |
| Sortie | |
| Langue originale | Anglais |
| Pays d'origine | |
| Fiche IMDb | |
Thelma et Louise est un film américain de Ridley Scott réalisé en 1991, qui a reçu l'Oscar du meilleur scénario. Avec Geena Davis (Thelma) et Susan Sarandon (Louise) dans les rôles principaux, il raconte l'histoire de deux femmes dont l'excursion d'un week-end se transforme en cavale à travers les États-Unis. Ce film met également en scène Harvey Keitel qui y joue pour la première fois le rôle d'un gentil, et Brad Pitt dont la carrière a été lancée par ce long métrage.
Ecrit par la scénariste Callie Khouri, ce film a failli ne jamais voir le jour étant donné la méfiance de bon nombre de producteurs et réalisateurs en raison de son thème et en particulier de sa scène finale d'anthologie qui tranchait avec la production hollywoodienne classique.
À sa sortie, ce film a suscité une polémique aux États-Unis, notamment parce qu'il mettait en scène deux héroïnes répondant par les armes à la violence masculine. À l'intersection de plusieurs genres cinématographiques, il est aujourd'hui considéré comme un classique, a influencé d'autres films et ?uvres artistiques, et est devenu un film culte du mouvement féministe.
| Cet article fait partie de la série Thelma et Louise |
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Le film : |
Sommaire
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[] Le film
[] Description générale
[] Synopsis
Thelma Yvonne Dickinson, la trentaine, est l'épouse frustrée et soumise de Darryl, archétype du macho d'autant plus parfaitement inconscient de son ridicule[1] que son complexe de supériorité est renforcé par sa réussite professionnelle. Louise Elizabeth Sawyer, son amie, de dix ans son aînée, l?a convaincue de s?évader pour un week-end à la montagne. Quittant l?Arkansas, elles sont bien décidées à profiter de ces heures de liberté. Elles s?arrêtent en cours de route, dans une boîte où Thelma abuse de l?alcool. Alors qu'un homme essaie de la violer sur le parking, Louise arrive in extremis, sort un revolver et empêche le viol. Devant la vulgarité et l'agressivité de l'homme, elle le tue. Louise refuse catégoriquement de se rendre à la police et décide de prendre la direction du Mexique, entraînant Thelma dans sa cavale.
Louise téléphone à son petit copain Jimmy pour qu?il lui envoie de l?argent à un motel d?Oklahoma City, mais mystérieusement elle ne veut pas passer par l?état du Texas. Le meurtre ayant été découvert, la police, après une rapide enquête, est sur la piste des deux femmes. Des agents, comptant sur un appel téléphonique qui permettrait de les localiser, s?installent en présence de Darryl dans la maison du couple. Arrivées à Oklahoma City, elles y retrouvent Jimmy qui a apporté l?argent, et qui en profite pour demander à Louise de l?épouser ; elle refuse compte tenu de la situation. Pendant ce temps, Thelma prend du plaisir avec un auto-stoppeur, jeune et rebelle, qui leur volera l'argent qui leur manquera pour poursuivre leur trajet jusqu'au Mexique.
Thelma est consciente de sa responsabilité à nouveau dans la tournure que viennent de prendre les choses. Constatant le désespoir dans lequel sombre Louise à cause de sa négligence, elle ne trouve pas de meilleure idée que de commettre un braquage, directement inspiré par les confidences qu'elle a tendrement arrachées au lit de la bouche de son voleur. Continuant leurs recherches, les policiers, progressant d'autant plus vite que le délit de Thelma fut filmé par une caméra de surveillance, retrouvent Jimmy, puis l'auto-stoppeur qui les orientent vers l?Arizona. L?un des policiers, ayant appris que Louise a été violée au Texas, il y a longtemps, comprend qu?elles ne sont pas vraiment responsables de cette histoire.
De nouveau sur la route, les deux femmes commettent ensuite un excès de vitesse et sont arrêtées par un policier. Elles exhibent alors leur revolver pour le menacer, afin de le neutraliser en l'enfermant dans le coffre de la voiture de patrouille pour qu'il ne donne pas d'indication permettant de les localiser. Elles poursuivent leur trajet et sont amenées à doubler à nouveau un routier qui, comme deux fois auparavant, les interpelle avec insistance par des propos et des gestes obscènes. Cette fois, elles l'arrêtent pour obtenir de lui des excuses qu'il s'obstine, dans son sentiment de supériorité masculine, à ne pas présenter et font exploser son camion-citerne.
La cavale prend fin au Grand Canyon dans l?Arizona. Prises au piège par une armée de voitures de police, Thelma et Louise préfèrent la mort : dans une ultime accélération, leur voiture saute dans le précipice.
[] Distribution
- Susan Sarandon : Louise Sawyer
- Geena Davis : Thelma Dickinson
- Harvey Keitel : Hal Slocombe (l'enquêteur)
- Michael Madsen : Jimmy Lennox (l'ami de Louise)
- Christopher McDonald : Darryl Dickinson (le mari de Thelma)
- Stephen Tobolowsky : Max (l'agent du FBI)
- Brad Pitt : JD (l'autostoppeur)
- Timothy Carhart : Harlan Puckett (le violeur)
- Lucinda Jenney : Lena (la serveuse)
- Marco St. John : le camionneur
- Jason Beghe : le policier
- Noel Walcott : le cycliste
[] Fiche technique
- Titre original : Thelma & Louise
- Version française (France): Thelma & Louise
- Version française (Canada): Thelma et Louise
- Réalisation : Ridley Scott
- Scénario : Callie Khouri
- Montage : Thom Noble
- Production : Ridley Scott, Mimi Polk, Dean O'Brien, Callie Khouri ? MGM et Pathé Entertainment
- Photographie : Adrian Biddle
- Musique : Hans Zimmer (additionnel : Pete Haycock)
- Genre : comédie dramatique / road-movie
- Durée : 129 minutes
- Budget : 16,5 millions de dollars américains[2]
- Dates de sortie :
- Box-office: 45,3 millions de dollars américains (uniquement aux États-Unis)[3]
[] Genèse du film
[] Scénario
Le scénario de Thelma & Louise a été écrit par Callie Khouri et a reçu l'Oscar du meilleur scénario original en 1991. Khouri a voulu mettre en scène deux femmes dans un genre jusque-là exclusivement masculin. Son idée était née d'une lassitude face aux films américains ne proposant que de trop rares bons rôles pour des femmes, en particulier des rôles qui permettent aux personnages de prendre leurs propres décisions et contrôler leur propre destinée[4]. « Je voulais écrire quelque chose qui n'avait jamais été porté au cinéma auparavant. En tant que cinéphile, j'ai été nourrie du rôle passif des femmes. Elles ne conduisaient jamais l'histoire parce qu'elles ne conduisaient jamais la voiture. »[5].
La scénariste a été étroitement associée à la réalisation du film, de telle sorte qu'elle fut parfois appelée la « troisième femme » de Thelma & Louise[6]. Elle a longuement collaboré avec Ridley Scott dans la préparation du film, a participé au choix des acteurs et était présente sur le tournage. Elle a dès lors pu peser sur les options scénaristiques retenues, en obtenant le maintien des séquences qui lui étaient chères, notamment celle du viol et la scène finale[7].
[] Producteur et réalisateur
Callie Khouri a d'abord voulu réaliser le film elle-même en tablant sur un budget d'un million de dollars, et a contacté différents producteurs en ce sens. Elle a été confrontée à de nombreux refus[8]. Son scénario est arrivé dans les mains de Mimi Polk Gitlin qui, elle, l'a adoré : il permettait de réaliser un film dans lequel était donné du pouvoir aux personnages féminins, et qui encourageait les femmes à s'écouter et à réaliser leurs rêves tout en remettant en question la conception traditionnelle qu'on a de la répartition des rôles masculins et féminins[9]. Elle a augmenté le budget à 16 millions de dollars, a pressenti Michelle Pfeiffer et Jodie Foster dans les rôles de Thelma et Louise, et a soumis le scénario à Ridley Scott au départ pour l'associer comme producteur[9].
Ridley Scott a été séduit par le scénario, parce que le fait de placer deux femmes dans les rôles principaux tranchait avec la production cinématographique classique. À ce moment là , il cherchait à produire autre chose qu'un film faisant partie du pourcentage très élevé de ceux présentant un personnage masculin comme héros[10]. Il s'est ensuite mis en quête d'un réalisateur. Beaucoup de réalisateurs potentiels à qui il a soumis le projet ont été méfiants et lui suggérèrent de le réaliser lui-même[10]. En effet, Ridley Scott avait déjà réalisé Alien en 1979, dans lequel une actrice, Sigourney Weaver, incarnait Ripley, un rôle à l'origine écrit pour un homme[11]. Finalement, Ridley Scott a été convaincu de réaliser Thelma & Louise lui-même[10].
[] Choix des acteurs
Le lancement du processus ayant pris trop de temps, Pfeiffer et Foster n'étaient plus disponibles. L'équipe a dès lors choisi deux autres actrices, Geena Davis et Susan Sarandon, pour incarner respectivement Thelma et Louise. Bien qu'elles soient connues, elles n'étaient pas des superstars. Il n'était en effet pas judicieux de choisir de grandes stars parce qu'il ne fallait induire aucune idée préconçue sur ces deux personnages[7].
Geena Davis a appris qu'il circulait un scénario présentant deux femmes dans les rôles principaux. Elle se l'est procuré, a adoré le personnage de Thelma et a réalisé un important travail de recherche sur ce rôle qu'elle a ensuite longuement présenté à Ridley Scott[12]. Susan Sarandon trouvait le personnage de Louise très intéressant parce qu'il n'était pas le plus tape-à -l'?il, devait tenter de rester sur la bonne voie malgré ses blessures, et lui permettait de conduire l'histoire au sens propre comme au figuré. Elle trouvait également excitant de jouer les mauvaises filles[13].
Harvey Keitel était le troisième des acteurs connus au moment de la sortie du film, tous les autres n'ayant joué que de petits rôles jusque-là . Il a reçu le rôle de l'inspecteur Hal Slocombe, un personnage très important dans le film, tiraillé entre sa mission d'enquêteur et de policier, et la sympathie qu'il éprouve pour les deux femmes. Il est en effet le seul homme sensible à la condition des femmes et qui comprend dès lors les actes et motivations de Thelma et de Louise[14]. Une séquence non retenue le montre d'ailleurs au lit, demandant tendrement à son épouse dans quelles circonstances elle serait capable de commettre un meurtre[15]. Harvey Keitel jouait pour la première fois le rôle d'un gentil[10].
Pour jouer Darryl, Christopher McDonald était une idée de Geena Davis. McDonald a d'abord été auditionné pour le rôle du violeur, mais il a été beaucoup plus convainquant en incarnant le personnage du mari macho. Ridley Scott aimait sa gestuelle et, en particulier, la façon qu'il avait de faire tourner les clés dans ses mains dans les premières séquences du film. Il a aussi apprécié que McDonald arrive avec une moustache le premier jour de tournage[16].
Michael Madsen était connu de Callie Khouri pour avoir joué dans un film de son mari. L'équipe lui a d'abord proposé le rôle du violeur, mais il l'a refusé. Il a ensuite reçu le rôle de Jimmy, l'ami de Louise. Il a beaucoup contribué à la séquence où Louise et Jimmy se retrouvent dans la chambre du motel, très différente de ce qui était prévu dans le scénario, en partie réécrite par Susan Sarandon. Il a interprété son personnage à la fois compatissant, violent et vulnérable, et a introduit l'idée de la demande en mariage[7].
Ridley Scott a eu plus de difficulté à trouver le comédien qui serait le violeur. Il fallait un acteur à double visage. Il devait être attirant et charmeur pour que Thelma ait envie de danser avec lui, puis pouvoir être méchant et violent[10]. Timothy Carhart correspondait à ces caractéristiques.
Pour J.D., l'acteur devait avoir un beau physique. Brad Pitt, qui n'avait alors joué que dans quelques séries télévisées, a auditionné pour ce rôle, et a été remarqué par Ridley Scott[10]. Callie Khouri a demandé à voir le comédien qui incarnerait le jeune auto-stoppeur pour s'assurer que son physique était à la hauteur du rôle. En ouvrant la porte, elle s'est trouvée face à Brad Pitt, est restée un instant sans voix, puis a déclaré « Je pense que ça ira »[17].
Stephen Tobolowsky venait de terminer le tournage de Mississippi Burning quand on lui a proposé le rôle de l'agent du F.B.I.. Il voyait le personnage de Max comme une force, une pression continue tout le long de l'histoire[18].
Jason Beghe a été retenu pour le rôle du policier parce que, lors de l'audition, il a eu l'idée de faire pleurer son personnage, ce qui n'était pas prévu dans le scénario[19]. Quant à Marco St. John, il a accepté d'interpréter le camionneur obscène tout en craignant que plus personne ne voudrait de lui après ce rôle[10].
[] Réalisation
[] Un mélange de genres
Thelma & Louise est une comédie dramatique basée sur un mélange subtil et efficace de buddy movie, de road movie, de western et de film policier.
[] Buddy movie
Le film repose sur l'amitié entre deux femmes au caractère différent. Thelma est celle dont la personnalité évolue le plus au long du scénario. Elle est d'abord une jeune femme au foyer craintive et naïve qui veut s'amuser le temps d?un week-end. Au fil des épreuves auxquelles elle est confrontée, elle acquiert de l'assurance et prend conscience du pouvoir qu?elle peut avoir sur le déroulement des choses. Louise est plus âgée, plus posée, plus maternante[12]. Elle a une plus grande expérience de la vie, y compris de ses aspects plus douloureux et a un potentiel supérieur à la fonction de serveuse qu?elle occupe[13].
Le début du film présente les deux héroïnes séparément, chacune dans son univers quotidien, sans doute aussi pour exposer cette différence de caractère. La séquence de préparation des sacs de voyage, en particulier, a pour but d'établir, par exemple, en quoi Louise est organisée, méthodique, pratique, alors que Thelma est enfantine, impulsive, inexpérimentée. Ce n'est que plus tard qu'elles apparaissent ensemble à l'écran, lors de leur rendez-vous pour le départ, Louise s'étant chargée de la voiture, Thelma du revolver[20].
[] Road movie
L'essentiel de l?action se passe sur la route. Les deux héroïnes traversent des paysages somptueux entre l?Arkansas et l?Arizona, dans une Ford Thunderbird 1966 décapotable, les cheveux au vent, ce qui contribue à ce que le film évoque un sentiment de grande liberté[21]. Outre les nombreux plans présentant la voiture en mouvement, les lieux sont très significatifs du mode de vie nord-américain, lié à la distance, la route et ses étapes : pompes à essence, motels, magasins et services destinés aux routiers.
Ridley Scott explique que le fait d'être européen a été un avantage pour le tournage de ce film. « Les Américains vivent entourés d?un tas de choses qu?ils ne voient même pas parce qu'elles font partie intégrante de leur culture? Mais moi, en tant que non-initié, je peux rouler en voiture à travers le désert du sud-ouest et m'extasier devant des kilomètres et des kilomètres de poteaux téléphoniques, ce que l'Américain moyen considère comme tout à fait normal. »[22].
Les routes des États-Unis d'aujourd'hui, et de l'époque du tournage, sont bordées des chaînes Motel 6, McDonald's et Burger King. La route de Thelma & Louise se réfère à une période plus ancienne. Ridley Scott a voulu évoquer celle de la mythique Route 66 en faisant évoluer ses personnages dans des motels bon marché et stations-services sans enseigne[23].
[] Western
Ridley Scott a réutilisé les techniques cinématographiques des westerns des années 1950. Il est retourné sur les lieux de tournage de nombreux westerns en Utah, dans les environs de Moab, qui n?avaient plus été utilisés pour des longs métrages depuis l?époque de John Wayne[10]. Il a remplacé les cowboys par des voitures et les diligences par des camions[8], tout en conservant les mêmes techniques de prises de vue :
Pour les paysages, il place les personnages tantôt en gros plan, tantôt en tout petit pour rendre compte de l?immensité du lieu ; le paysage devenant un personnage à part entière, splendide ou menaçant[10].
Ce sont bien les mêmes lignes, volutes ou nuages de poussière (évoquant la vitesse et la course-poursuite) qui sont soulevés par les sabots des chevaux, les roues des diligences, et les pneus de la Thunderbird et des voitures de police.
La rencontre ultime avec le camionneur est un exemple d'une séquence typiquement inspirée du western. Les deux héroïnes sont assises au tout premier plan, de dos, en regardant avec calme et détermination l'approche du « méchant », petit par rapport à la masse de son gigantesque camion, dans l'attente de la confrontation décisive. Chacune d'elle porte alors un attribut identifiant immanquablement la mythologie du western : Louise, à droite en t-shirt blanc, porte un chapeau de cow-boy (le chapeau texan qu'elle a échangé avec le vieillard contre ses bijoux), avant de l'ôter en le faisant passer en plein milieu de l'écran, comme pour insister auprès du spectateur sur le « code ». Thelma, en noir, a la main sur la hanche droite, en position parfaite pour saisir la crosse du revolver dont le canon est glissé sur ses reins dans la ceinture de son jeans. Le camionneur s'approche, continue son cabotinage de dragueur et ne voit pas la crosse de l'arme parfaitement en saillie sur sa hanche, comme celles que l'on voit portées dans la gaine pendue à la ceinture des personnages de l'univers de John Ford et de John Wayne. Puis, elles font comme un concours d'adresse au tir au revolver pour détruire le camion. À la suite de quoi, leur ennemi enfin vaincu et ridiculisé, elles sautent dans leur voiture sans en ouvrir les portières, exactement comme les héros de l?« Ouest sauvage » [24] enfourchent leur cheval dans la précipitation. Et elles démarrent en trombe pour faire un ou deux tours de victoire, en poussant le fameux cri de l'Ouest, autour du méchant qui trébuche dans la poussière, alors que la caméra s'élève pour donner de l'ampleur à leur départ pour de nouvelles aventures. Ce passage est aussi marqué par la classique image du rodéo (et de son épreuve d'adresse à ramasser quelque chose au sol en se penchant sur sa monture lancée au galop) qui est l'occasion pour la passagère de la Thunderbird de récupérer le trophée de leur victoire, la casquette décorée au front du drapeau américain qu'a perdue leur adversaire lors du souffle de l'explosion. Cette scène à la casquette contient même une certaine analogie avec celles montrant des Indiens cinématographiques emmener le scalp d'un Blanc.
Le film contient également d'autres scènes emblématiques de western, à commencer par la présence de chevaux. Thelma et Louise s'arrêtent à une station service devant laquelle est attaché un cheval. Une autre séquence montre la voiture traverser un troupeau de vaches gardé par des cowboys à cheval[25].
[] Film policier
Il s?agit de l?histoire de deux femmes que le hasard ou le destin poussent à devenir hors-la-loi, à commettre des délits par nécessité, parce que constamment en butte à des hommes frustes et brutaux[26]. Avec son lot de fuites, poursuites, méfaits commis à main armée, séquences alternant les héroïnes en action et la police qui les recherche, Thelma et Louise s'inscrit dans la lignée des films policiers classiques. Il est souvent comparé à Bonnie and Clyde et Butch Cassidy and the Sundance kid[27].
[] Comédie
L?humour est présent dans Thelma & Louise. Le film commence comme une comédie : après avoir fait la morale à deux jeunes clientes sur la nocivité du tabac, Louise s'accorde une pause pour allumer une cigarette. Ensuite, Louise téléphone à Thelma qui lui demande si elle travaille, ce à quoi Louise répond « Non, je pose pour Playboy ». Suit la scène où Darryl quitte précipitamment sa maison pour se rendre au travail et, dans la plus pure tradition du comique de situation, se ridiculise en tombant sur les matériaux de construction à côté de sa voiture. Puis l'alternance de plans montrant Thelma et Louise, chacune en train de préparer son sac de voyage (signalant non la simple concomitance mais illustrant avec insistance leur différence de caractère), prête à sourire. Enfin, une courte séquence montre Louise dans les toilettes bondées du saloon, entourée de femmes se poussant mutuellement pour se remaquiller et se recoiffer devant le miroir. Le ton de la comédie prend brutalement fin au moment de la séquence du viol[12].
Plus tard dans le film, l?humour réapparaît. C'est notamment le cas de la séquence de l'infraction à la limitation de vitesse où Thelma tient le policier en joue et demande à Louise de détruire la radio, cette dernière détruisant d'abord l?autoradio puis le dispositif de communication policier[10].
Ridley Scott explique que, vu son sujet dramatique, le film aurait pu avoir une tonalité plus grave. Il a néanmoins préféré y introduire une dose d?humour, estimant que les spectateurs prennent plus de plaisir à regarder plusieurs fois un film qui les fait rire plutôt qu?un drame[10].
[] Drame
Le film présente un contexte dramatique de par ses principaux thèmes : le viol[28] et le constat d?incapacité de la société à rendre justice aux victimes de viol qui pousse Thelma et Louise à prendre la fuite[29]. La dimension dramatique est également illustrée par la succession d'événements qui entraînent involontairement les deux femmes dans une spirale à laquelle elles ne parviennent plus à échapper. Thelma est d'abord victime d'une tentative de viol. Pointer le revolver sur le violeur permet à Louise d'éviter le pire à sa copine, mais ne le dissuade pas si rapidement. L'agressivité et la sous-estimation de la menace provoquent le meurtre du violeur, ce qui les oblige à fuir vers le Mexique. Elles se font ensuite voler l'argent qui leur permettait de poursuivre leur route, ce qui incite Thelma à commettre un vol à main armée. Elles doivent enfin neutraliser le policier suite un excès de vitesse, pour éviter d'être localisées et arrêtées. Cette succession d'événements les transforment en dangereuses criminelles aux yeux de la loi[30]. Leur cavale prend tragiquement fin par une scène d'anthologie où elles propulsent leur voiture dans le Grand Canyon.
Louise se rend d'ailleurs vite compte de l'engrenage fatal dans lequel elles sont entraînées. Elle cède peu à peu la conduite de l'expédition à Thelma probablement parce qu'elle pressent que leur aventure se terminera en tragédie[4].
Cette dimension dramatique rend le film plus sombre, voire « déprimant, oppressant et sans espoir »[31]. Malgré le fondu au blanc final, Scott ne parvient pas à totalement occulter le destin tragique de ses personnages[32], ce qu'une partie du public ressent comme une perte de contrôle totale des deux femmes sur les événements et sur le cours de leur existence[33].
[] Lieux de tournage
Le scénario prévoit que les héroïnes partent de l'Arkansas, contournent le Texas en passant par l'Oklahoma puis le Nouveau-Mexique, et arrivent en Arizona (Grand Canyon).
Après avoir effectué lui-même ce trajet aux fins de repérages, Ridley Scott a estimé qu'il serait trop coûteux d'emmener son équipe dans un tel voyage. Il a alors choisi d'effectuer les tournages dans un rayon plus petit, à partir de trois bases[10] :
- Los Angeles (Californie) où ont été tournées toutes les scènes d'intérieur[10]. Tarzana, à côté de Los Angeles, correspondait parfaitement à une petite ville d'Arkansas où les héroïnes résidaient. Le restaurant dans lequel Louise travaillait comme serveuse était en réalité le restaurant « DuPar » à Thousand Oaks. Quant au saloon où les deux femmes s'arrêtent en début du film, il s'agit d'un bar de Long Beach[22].
- Bakersfield, à proximité de Los Angeles, qui offre des plaines irriguées et des paysages similaires à ceux de l'Arkansas[10]. C'était également l'endroit idéal pour filmer des tronçons d'autoroute d'Oklahoma[22].
- Moab (Utah), comme point central d'une région montagneuse où ont été tournés de nombreux westerns, composée de splendides paysages du Far West pouvant évoquer l'Arizona[10]. La séquence où les deux femmes roulent de nuit en se relayant a été filmée au Parc national des Arches. La scène où Louise échange ses bijoux contre le chapeau du vieillard a été tournée à Cisco, le vieillard étant d'ailleurs un figurant, habitant de ce hameau et nommé Ernest Vanderhof[34]. La scène finale a été tournée non pas dans le Grand Canyon, mais à Dead Horse Point, un canyon plus petit situé à proximité de Moab.
[] Musique
La musique de Thelma & Louise est une composition originale de Hans Zimmer, un compositeur réputé dans le monde du cinéma. Il écrit la musique de Thelma & Louise après avoir conçu celles de Rain man et de Jours de tonnerre[35]. Sa musique, un mélange de sonorités électroniques accompagnées de la guitare de Pete Haycock, a pour but, comme toutes les musiques de film, de soutenir l'action et de renforcer les émotions produites par l'image.
Le film contient également des morceaux issus du rock et de la country, afin de bien ancrer du film dans la culture américaine. Il s'agit principalement de musiques diégétiques, c'est-à -dire de musiques que les personnages entendent. Le film commence par Little Honey (Kelly Willis) qui est joué en musique d'ambiance dans le restaurant où Louise travaille. Tennessee Plates est interprété en live par Charlie Sexton dans le saloon où les deux héroïnes s'arrêtent. Dans la voiture, elles accompagnent en chantant le morceau The Way You Do The Things You Do (The Temptations) diffusé par l'autoradio. Quant au cycliste rasta, il n'entend pas directement les appels à l'aide du policier enfermé dans le coffre de sa voiture, parce qu'il écoute I Can See Clearly Now (Johnny Nash) sur son baladeur.
Le seul morceau extradiégétique est The Ballad Of Lucy Jordan de Marianne Faithfull utilisé en illustration sonore de la séquence où Thelma et Louise roulent de nuit en se relayant. Il s'agit d'une musique d'ambiance servant à mettre les spectateurs en condition et non d'une musique entendue par les personnages en raison de la non cohérence temporelle entre l'image et le son. En effet, le montage de la séquence suggère qu'elles roulent jusqu'à l'aube en changeant de place derrière le volant alors que le morceau ne dure que quelques minutes. On n'imagine pas vraisemblable, en conséquence, qu'elles se saoûlent la nuit entière du même morceau de musique passé en boucle.
Le choix de ces morceaux est directement lié au thème du film, de telle sorte que non seulement la musique, mais également les paroles appuient le scénario[36] : « Je ne veux pas jouer à la maison » (I Don't Wanna Play House de Tammy Wynette), « Ne regarde pas derrière » (Don't Look Back de Grayson Hugh). Ou encore « Je ne peux pas me détacher de toi » (I Can't Untie You From Me de Grayson Hugh) comme musique d'ambiance dans le motel au petit matin juste avant le départ de Jimmy. Quant au morceau The Ballad Of Lucy Jordan de Marianne Faithfull, il semble résumer à lui seul le personnage de Thelma : « À l'âge de trente-sept ans, elle réalise qu'elle n'a jamais roulé à travers Paris dans une voiture de sport, un vent chaud dans les cheveux (?) Son mari est au travail, ses enfants sont à l'école, elle pourrait nettoyer pendant des heures ou réarranger les fleurs, ou courir nue dans les rues ombragées en criant tout le long du chemin (?) »[37].
Le dernier morceau du film est Better Not Look Down de B. B. King, que les deux femmes écoutent lorsqu'elles rencontrent pour la troisième fois le camionneur. La scénariste Callie Khouri a à l'origine prévu que cette chanson accompagne la scène finale[38]. En effet, les paroles « Mieux vaut ne pas regarder vers le bas si vous voulez continuer à voler »[39]auraient judicieusement soutenu cette dernière séquence. Ridley Scott a finalement préféré l'utiliser en accompagnement de la séquence du camion-citerne[38], estimant probablement que les paroles « Mieux vaut ne pas regarder en bas, appuie sur le champignon, garde ta grande vitesse »[39] pouvaient également s'adresser au camionneur.
[] La Thunderbird 1966
La Ford Thunderbird de 1966 verte décapotable de Louise occupe une place importante dans ce roadmovie. C'est la voiture qui permet aux deux femmes de partir en week-end dans les montagnes et les entraîne vers l'issue fatale. Bien que ce modèle soit particulièrement inadéquat pour effectuer de longues distances, il présente une autre fonction du véhicule : exposer son conducteur[40] aux regards des autres usagers de la route, aux passants sur les trottoirs ou, ici, rendre plus proches les deux héroïnes aux spectateurs du film.
L'attachement de Louise pour sa Thunderbird est illustré à plusieurs moments du film. Craignant d'être repérées par les policiers, Louise déclare « pour la première fois, je regrette que ma voiture soit verte ». Lorsqu'elles traversent un troupeau de vaches, Louise leur lance « Ne rayez pas ma voiture. »[40]. Le script illustre encore mieux cet attachement. Dans une séquence non retenue au moment où elles arrivent au motel juste après le meurtre, Thelma lui demande ses clés[40].
- Louise : « Ne touche pas à cette voiture ! ».
- Thelma : « Mes affaires sont dans le coffre. Mon Dieu, tu tiens plus à ta voiture qu'aux gens ! »
- Louise : « La plupart des gens me causent des ennuis, mais cette voiture permet d'y échapper. »[41]
Tout au long de leur cavale, les deux femmes abandonnent ou sont privées de ce qu'elles possèdent. Louise perd son argent, sans doute également son travail et son ami, mais elle garde sa voiture[42].
C'est pourtant cette Ford qui conduit les héroïnes à leur perte. Comme l'explique l'inspecteur Hal à Darryl, des témoins ont vu une T-66 verte quitter le parking après le meurtre. C'est sur base de cette description qu'Hal retrouve l'identité de Louise Sawyer en consultant une base de données sur l'ordinateur. La Thunderbird devient enfin l'élément le plus crucial dans la scène finale[40].
Pour réaliser le film, il a fallu, selon les sources, cinq[22] à sept[13] Thunderbird's identiques pour effectuer l'ensemble du tournage. Une voiture était utilisée en tant que voiture principale, une deuxième en tant que véhicule de réserve et la troisième en tant que véhicule « travelling », les autres voitures servant uniquement pour les cascades[22]. Dès le premier jour de tournage, une des voitures a pris feu[13]. Il n'a pas été évident de trouver tant d'exemplaires de cette voiture déjà ancienne. Il a fallu plus de six semaines à l'équipe pour les trouver. Certaines voitures ont d'ailleurs été reconstruites à partir de pièces détachées[22].
Lors du tournage de certaines séquences, notamment les plans où Thelma (Geena Davis) parle avec J.D. (Brad Pitt) assis sur la banquette arrière, la voiture était en situation de trafic réel. Susan Sarandon devait dès lors interpréter son personnage tout en étant attentive à la circulation routière[13].
[] La scène finale
Si le film reprend de nombreux thèmes classiques du cinéma, il surprend par sa scène finale tranchant avec le happy end habituel pour ce genre cinématographique[43].
[] Description
Après avoir momentanément semé les véhicules de police lors de la poursuite finale, Louise arrête brutalement la voiture au bord du Grand Canyon. Un hélicoptère surgit devant elles, tandis que les forces de l'ordre barrent leur retraite en pointant leurs fusils dans leur direction et leur intimant l'ordre de se rendre. Hal tente une dernière fois de s'opposer à ses collègues : « Bon sang, mais combien de fois faut-il qu'elles se fassent baiser ! ». Louise charge son révolver expliquant à Thelma qu'elle ne veut pas se rendre.
- Thelma : « Écoute Louise ! On ne va pas se laisser prendre. »
- Louise : « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
- Thelma : « Continuons d'avancer ! »
- Louise : « C?est-à -dire ? »
- Thelma, en indiquant la direction du canyon : « Vas-y ! »
- Louise, ébauchant un sourire : « Tu es sûre ? »
- Thelma : « Oui, fais-le ! »
Louise embrasse Thelma et démarre la voiture, Hal s'élance à leur poursuite en courant. Alternance de plans montrant la voiture qui accélère et Hal, au ralenti, tentant de les rattraper et de les retenir en battant du bras pour attirer leur attention. Les deux femmes se donnent la main, la photo instantanée prise au début du film s'envole du siège arrière. Elles s'échangent un sourire, avec la même expression qu'elles avaient au début du film lorsqu'elles commençaient leur voyage[44]. Louise appuie sur l'accélérateur. La voiture s'élance dans le canyon, son vol plané dans le vide est soutenu par la bande-son composée notamment de voix. La voiture, filmée en contre-plongée, parcourt au ralenti un arc de cercle dans les nuages. Arrêt sur image sur la voiture au centre de l'écran, fondu au blanc, générique de fin.
[] Conception
Callie Khouri a eu l'idée du film en imaginant d'abord le saut final des héroïnes dans le Grand Canyon. Elle a écrit le scénario en commençant par cette fin[45].
Elle a ensuite dû faire face au refus de bon nombre de producteurs craignant qu'une telle fin soit mal acceptée par les spectateurs. Khouri s'est néanmoins battue pour que cette scène figure dans le film, estimant qu'une fin classique aurait rendu ce film banal et ordinaire[8]. Jusque pendant le tournage, Ridley Scott a subi des pressions de la production pour trouver une autre fin, mais à défaut de trouver une scène de cette intensité, il est resté fidèle au scénario[10].
Par la façon dont il a réalisé cette fin, Ridley Scott a voulu transformer les personnages en héroïnes et donner à leur mort une touche de noblesse[46].
[] Une émotion ambivalente
Cette fin suscite une émotion ambivalente. La scène est ressentie à la fois comme une libération totale et une impossibilité d'échapper à son sort autrement que par la mort. Elle est perçue tantôt comme la victoire des héroïnes, tantôt comme la fin tragique de deux victimes d'un système abusif[47].
Aux personnes qui critiquent la fin pessimiste du film, Susan Sarandon répond cependant : « Durant tout le film, les personnages deviennent hors-la-loi. Ce serait plutôt un échec que de finalement les réintégrer dans le système »[48].
Le fait que des héroïnes sourient lorsque la voiture fonce vers les nuages et que cette séquence s'achève par un fondu au blanc donne à cette fin une dimension mystique. Ni la mort des deux femmes, ni l'écrasement du véhicule sur les rochers ne sont montrés[49], ce qui laisse envisager l'idée qu'elles continuent à vivre[50], notamment dans une forme d'au-delà [49]. Cette idée a d'ailleurs été appuyée par la diffusion d'un tee-shirt arborant la phrase « Thelma & Louise live forever! » (« Thelma & Louise vivent pour toujours ! ») peu après la sortie du film[51].
[] L?autre fin
Ridley Scott a prévu une fin légèrement différente, finalement non retenue. Cette fin alternative est la suivante[52]:
La séquence commence de la même façon, mais au lieu de l'arrêt sur image suivi du fondu au blanc, la voiture continue son mouvement, et sa chute vers le fond du canyon est filmée au ralenti. Hal court jusqu'au bord du canyon et regarde vers le bas, alors que l'hélicoptère vole derrière lui. Les policiers déposent leurs armes et marchent jusqu'au bord du précipice. Un plan assez long montre Hal regardant tristement vers le gouffre. Avant que la voiture touche le fond, changement de plan, le film termine par un plan de la voiture roulant vers l'horizon sur une route en terre en soulevant la poussière, au milieu du paysage verdoyant s'étendant jusqu'à une montagne sombre.
Ce paysage verdoyant apparaît d'ailleurs en plan fixe pendant le générique de début, puis une nouvelle fois au début de la poursuite finale, ce qui a pour but d'annoncer la fin prochaine des héroïnes[53].
Bien qu'elle soit plus explicite dans son message qui veut que les deux femmes continuent leur route, cette fin est plus pessimiste. On voit la voiture tomber dans le canyon et cette séquence accorde plus d'attention aux réactions choquées, coupables ou tristes des hommes. Ridley Scott a préféré la version retenue parce qu'elle se focalise sur les deux femmes et n'éclipse pas leur décision[54].
[] Anecdotes
Dans le script, il n'était pas prévu que Darryl (Christopher McDonald) tombe à côté de sa voiture en quittant précipitamment sa maison pour se rendre au travail. Christopher McDonald portait des chaussures neuves glissantes et est tombé lors de la première prise de vue. Il a décidé de continuer à jouer alors que la caméra tournait. À la fin de la prise, Ridley Scott a déclaré que l'équipe pouvait refaire quelques prises supplémentaires, mais que la première prise était la bonne[55].
Lors de la scène où Louise vomit à côté de la voiture, Susan Sarandon crache en réalité du blanc d??uf[56].
Certains plans de la séquence du viol ont été interprétés par une doublure de Geena Davis[57]. Par contre, bien qu'il lui ait été proposé de se faire également remplacer par une doublure pour le tournage de la scène sexuelle avec Brad Pitt, Geena Davis a préféré l'interpréter elle-même[57].
Dans la scène où Darryl poursuit J.D., Christopher McDonald voulait littéralement tuer Brad Pitt et était retenu par six hommes. Il a dû rejouer huit fois la scène, si bien qu'il en a eu des courbatures le lendemain[58].
Lors de la scène de l'explosion du camion-citerne, des caméras filmaient le visage de Geena Davis et de Susan Sarandon. Il était prévu d'utiliser leurs réactions réelles. Au moment de l'explosion, leur visage est resté figé. Il a donc fallu réinstaller le matériel de tournage, simuler le souffle et la lumière de l'explosion et leur demander de jouer une réaction plus expressive[59].
[] Thèmes du film
[] La liberté
Une première sensation qui se dégage du film est le sentiment de liberté. Les deux héroïnes s'accordent pour s'échapper, le temps d'un week-end, des pesanteurs du couple, de l'horizon très limité de leur ville et de la grisaille du quotidien, puis élancent leur voiture dans les grands espaces désertiques à perte de vue et traversent les paysages naturels sublimes[21]. C'est d'abord la liberté temporaire de se « sortir du placard » ou de leur cuisine respective (domestique pour Thelma et professionnelle pour Louise), « juste le besoin d'un peu d'air et de voir du pays »[60]. Cet « espace conquis » mène aussi, sans penser à mal, à la liberté de boire de l'alcool, de s'amuser, « s?éclater », comme pour « rattraper le temps perdu » »[61]. Ou encore de connaître pour la première fois la satisfaction lors d'un rapport sexuel, car l'accès à la liberté est érotique[62]'[4].
Les deux femmes sont peu à peu prises dans un engrenage qui les poussent à également se libérer des lois et d'en ressentir le plaisir de le faire[63], de commettre des crimes dans une sorte de « désespérance joyeuse »[64].
Cette liberté ne sera cependant que de courte durée. Scott réussit à saisir une Amérique au ciel bleu et aux vertes plaines des mythes et légendes, prometteuse de liberté, mais pas pour tout le monde. Cette distance entre promesse et dure réalité donne au film son mordant et son trait incisif sur les rêves, les vérités et les limites de l'Amérique[65].
[] Le viol
Le thème du viol est omniprésent dans le film. La scène du viol de Thelma et du meurtre du violeur par Louise est la séquence fondamentale sur laquelle repose toute la trame du film puisqu'il transforme un simple séjour dans les montagnes en une course poursuite à travers les États-Unis. Ce thème est également une caractéristique du personnage de Louise, et est évoqué dans une perspective égalitaire tout au long du film[66].
[] L?émancipation et l?accomplissement de soi
Un troisième thème du film est celui de l'émancipation féminine, l'accomplissement personnel, la prise de contrôle des femmes sur leur vie, l?empowerment[67]. Thelma et Louise sont confrontées à des événements qui les poussent à choisir une autre vie[68]. Cette prise de contrôle sur leur corps et leur vie passe par la réappropriation du revolver, un objet occupant un rôle central dans la mythologie américaine comme instrument d'autonomie[69]. L'émancipation est également une caractéristique du personnage de Thelma qui se voit transformée tout au long du film[40].
Certains font remarquer que cet accomplissement de soi-même passe par la prise de conscience[70] par les héroïnes de la fatalité qu'elles assument justement parce qu'elles en ont combattu, avec « une énergie brute » [71], l'engrenage, le poids et les conséquences.
[] La transgression de genre
Un dernier thème important du film est celui de la transgression des genres sexuels[72]. Au fil de l'histoire, les deux héroïnes abandonnent leurs tenues vestimentaires féminines pour adopter une apparence plus masculine[73]. La transgression de genre s'opère également par leur comportement : elles deviennent hors-la-loi et adoptent des gestes et attitudes viriles[74]. Le film inverse enfin les rapports de genre à l'espace en présentant deux femmes qui partent à la conquête de l'Ouest alors que les hommes les attendent au foyer[75].
[] Distinctions
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Revue de presse Thelma_et_Louise
