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Tabac
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Le tabac est un produit psychoactif manufacturé élaboré à partir de feuilles séchées de plantes de tabac commun (Nicotiana tabacum), une espèce originaire d'Amérique centrale appartenant au genre botanique Nicotiana (famille : Solanaceae).
L'usage du tabac est largement répandu dans le monde entier à la suite de la découverte de l'Amérique. Sa commercialisation est le plus souvent un monopole d'État et sa vente généralement soumise à de lourdes taxes comme en France1.
Sommaire |
Production
Les Nicotiana sont des plantes néotropicales nitrophiles, originaires des régions chaudes et nécessitant un sol riche en humus. La température et la nature des sols jouent un rôle prépondérant sur les propriétés du tabac : la culture ne peut s'effectuer qu'entre des températures allant de 15 °C à 35 °C, 27 °C constituant un idéal pour l'épanouissement des plants. On estime la surface cultivée mondiale à 5 millions d'hectares, essentiellement en Asie et en Amérique, bien que sa relative plasticité lui permette d'être cultivée entre le 60e degré de latitude nord et le 40e degré de latitude sud. Le degré de maturation et la méthode de récolte des feuilles constituent un élément essentiel et déterminant pour leur destination. Sous-maturées, les feuilles sont destinées aux capes pour cigares (l'enveloppe extérieure). La récolte en feuilles peut durer plus d'un mois, les feuilles étant récoltées une par une selon la maturation, tandis que la récolte par tige est beaucoup plus rapide car mécanisée, mais au détriment de la qualité.
La production de tabac, estimée à plus de 11 millions de tonnes[réf. nécessaire], est dominée par la Chine, les États-Unis, l'Inde, le Brésil, et certains pays de l'ex-URSS. La très grande majorité des pays achètent du tabac, même lorsqu'ils sont eux-mêmes producteurs : dans ce cas, les importations visent à suppléer les lacunes en termes de diversité.
La manufacture du tabac est dominée par la Chine, l'Amérique du Sud (Brésil), l'Inde, les pays de l'ex-URSS et le Japon. Le tabac est essentiellement utilisé pour la production de cigarettes et de cigares. La production de cigarettes représente l'essentiel de la production et est estimée à plus de 5 000 milliards d'unités en 1993.
| 2003 | 2004 | 2005 | 2006 | 2007 | 2011 | |||||||
| 2 262 658 | 38 % | 2 411 490 | 38 % | 2 688 500 | 41 % | 2 750 000 | 41 % | 2 397 200 | 38 % | 3 158 737 | 42 % | |
| 656 200 | 11 % | 921 281 | 14 % | 889 426 | 14 % | 905 352 | 13 % | 908 679 | 15 % | 951 933 | 13 % | |
| 490 000 | 8 % | 550 000 | 9 % | 550 000 | 8 % | 550 000 | 8 % | 520 000 | 8 % | 1 009 910 | 13 % | |
| 364 080 | 6 % | 400 060 | 6 % | 290 170 | 4 % | 338 060 | 5 % | 353 177 | 6 % | 272 622 | 4 % | |
| 117 779 | 2 % | 118 000 | 2 % | 163 528 | 2 % | 163 528 | 2 % | 170 000 | 3 % | 165 145 | 2 % | |
| 210 300 | 4 % | 141 000 | 2 % | 141 000 | 2 % | 141 000 | 2 % | 164 851 | 3 % | 130 300 | 2 % | |
| 112 158 | 2 % | 133 913 | 2 % | 135 247 | 2 % | 140 000 | 2 % | 74 584 | 1 % | 45 000 | 1 % | |
| 136 000 | 2 % | 133 937 | 2 % | 125 503 | 2 % | 125 503 | 2 % | 30 783 | 0 % | 20 287 | 0 % | |
| 124 985 | 2 % | 117 882 | 2 % | 117 882 | 2 % | 120 000 | 2 % | 100 000 | 1 % | 82 175 | 1 % | |
| 88 200 | 1 % | 86 200 | 1 % | 100 500 | 2 % | 112 600 | 2 % | 103 000 | 2 % | 102 834 | 1 % | |
| 66 000 | 1 % | 68 000 | 1 % | 68 000 | 1 % | 70 000 | 1 % | 70 000 | 1 % | 67 900 | 1 % | |
| 69 500 | 1 % | 69 500 | 1 % | 69 500 | 1 % | 69 500 | 1 % | 118 000 | 2 % | 174 928 | 2 % | |
| 64 000 | 1 % | 64 000 | 1 % | 64 000 | 1 % | 65 400 | 1 % | 63 000 | 1 % | 74 241 | 2 % | |
| 102 683 | 2 % | 62 320 | 1 % | 65 000 | 1 % | 65 000 | 1 % | 79 000 | 1 % | 111 570 | 1 % | |
| 28 000 | 0 % | 34 000 | 1 % | 47 000 | 1 % | 52 000 | 1 % | 50 600 | 1 % | 130 000 | 2 % | |
| 50 662 | 1 % | 52 659 | 1 % | 47 000 | 1 % | 47 000 | 1 % | 40 000 | 1 % | 23 600 | 0 % | |
| 46 338 | 1 % | 42 430 | 1 % | 43 000 | 1 % | 43 000 | 1 % | 44 000 | 1 % | 33 575 | 0 % | |
| 31 800 | 1 % | 23 400 | 0 % | 25 900 | 0 % | 42 600 | 1 % | 31 900 | 0 % | 58 298 | 1 % | |
| 40 192 | 1 % | 40 596 | 1 % | 40 251 | 1 % | 42 000 | 1 % | 30 000 | 0 % | 32 800 | 0 % | |
| Reste du monde | 922 523 | 15 % | 934 116 | 15 % | 917 651 | 14 % | 889 698 | 13 % | 853 353 | 14 % | 922 353 | 12 % |
| Total | 5 984 058 | 6 404 784 | 6 589 058 | 6 732 241 | 6 202 127 | 7 568 208 | ||||||
Par conséquence, des maladies de la plante peuvent être détectées et incluent : fonte des semis, mildiou, oïdium, pourriture noire des racines, sclérotiniose, virus de la mosaïque du concombre, virus de la gravure du tabac, virus de la mosaïque du tabac et virus de la nécrose du tabac.
Les ravageurs incluent : taupes, courtillières, limaces, pucerons, hépiales, noctuelles (vers gris), thrips et araignée. D'autres ennemis incluent l'orobanche (plante parasite) et la nématode des tiges (anguilules).
Production française
En 2010, la France produit environ 18 000 tonnes par an et est 5e producteur européen, avec 97 % de tabac blond et 3 % de brun exporté dans 20 pays. Cette production est répartie sur 7 000 hectares. Il y a 2 076 planteurs et 20 000 travailleurs saisonniers (6 mois par an) dans 60 départements. Il y a 7 coopératives, une usine de première transformation à Sarlat (en Dordogne)2. En 1950 les producteurs étaient 105 000. L'Europe importe 75 % de sa production et la raréfaction des aides européennes de la PAC aux producteurs de tabac tend à faire disparaître la production européenne et rendre la filière totalement dépendante des pays tiers comme la Chine et le Brésil. Le kilogramme de tabac était vendu environ 4 € en 2011 ; à la suite de l'arrêt des aides, il est désormais vendu à 3 €3.
Culture
La graine est semée en pépinière ou sur semis flottants au début du mois de mars puis est transplantée en champ à la mi-mai. La plante atteint 1 m 80 au début de l’été lorsque commence la floraison. La fleur est coupée afin que les feuilles se développent (une vingtaine par pied). Les premières décolorations indiquent le moment de la récolte (juillet/août) qui nécessite une main-d'œuvre nombreuse et attentive. Les feuilles de tabac sont séchées sous air chaud, dans des séchoirs traditionnels ou sous serres. Les feuilles sont triées à l’automne et en été4.
Le séchage à l'air chaud dure une semaine et nécessite environ 20 kg de bois pour sécher 1 kg de tabac. Le mode de séchage à l'air chaud se classe au premier rang par son taux d'utilisation avec environ 6 tonnes de tabac sur 10 traitées par ce processus. Ce séchage entraîne donc une déforestation importante5.
Dans la partie méridionale de l’Afrique, ce sont plus de 140 000 hectares de terrains boisés qui disparaissent chaque année pour servir de combustible pour le séchage du tabac, ce qui correspond à 12 % de la déforestation annuelle totale dans la région6.
Traitement
Les feuilles de tabac récoltées, sont séchées pour éliminer plus de 90 % de leur eau. Les tabacs en feuilles sont classés selon leur variété ou leur mode de séchage :
- sun-cured, tabacs orientaux séchés au soleil ;
- flue-cured, tabacs type Virginie séchés à l'air chaud, très appréciés ;
- fire-cured, tabacs noirs type Kentucky séchés au feu ;
- dark air-cured, tabacs noirs séchés à l'air naturel, goût français ;
- light air-cured, tabacs clairs type White Burley séchés à l'air, goût américain ;
S'ensuit soit un stockage pour les tabacs fire-cured ou certains light air-cured, soit une fermentation pour favoriser la volatilisation de la nicotine et de l'ammoniac.
Commercialisation
La consommation extensive du tabac dans le monde a engendré la constitution de majors d'industrie puissantes.
Le premier producteur mondial de tabac est le monopole chinois China National Tobacco Corporation.
Plus de 70 % du marché hors Chine est réalisé par quatre multinationales aux diverses marques. Ce sont, dans l'ordre décroissant de chiffre d'affaires :
- l'américain Philip Morris (Bond Street, Chesterfield, L&M, Marlboro, Philip Morris…) ;
- le britannique British American Tobacco (Dunhill, Kent, Lucky Strike, Winfield, Vogue…);
- le japonais Japan Tobacco (Benson & Hedges, Camel, Mild Seven, Silk Cut, Winston…) ;
- le britannique Imperial Tobacco (Davidoff, Fortuna, JPS, News, West… et les anciennes marques françaises Gauloises et Gitanes, ainsi que les principales marques de tabac à rouler et de papier à cigarettes : Amsterdamer, Golden Virginia, Drum, Rizla+, …).
La production de tabac, estimée à plus de 8 millions de tonnes, est dominée par la Chine, les États-Unis, l'Inde, le Brésil, et certains pays de l'ex-URSS. La très grande majorité des pays achètent du tabac, même lorsqu'ils sont eux-mêmes producteurs : dans ce cas, les importations visent à suppléer les lacunes en termes de diversité.
La manufacture du tabac est dominée par la Chine, les États-Unis, les pays de l'ex-URSS et le Japon. La cigarette représente l'essentiel de la production, estimée à plus de 5 000 milliards d'unités en 1993.
Marché français
Les quatre cinquièmes du marché français sont dominés par quatre multinationales aux diverses marques. Ce sont, dans l'ordre décroissant de chiffre d'affaires :
- l'américain Philip Morris ;
- le britannique Imperial Tobacco qui a pris le contrôle de Altadis en 2008 ; a repris le nom de SEITA depuis 2013[réf. nécessaire]
- l'américain British American Tobacco ;
- le japonais Japan Tobacco.
Histoire
Christophe Colomb, en découvrant l'Amérique en 1492, constate que les Indiens utilisent le tabac pour ses propriétés magiques et médicamenteuses. André Thevet en rapporta des graines et c'est ainsi que le tabac commença sa culture en Europe.
Étymologie
Le mot tabac, désignant à l'origine, pour les européens, à la fois la plante et le cigare confectionné avec ses feuilles, vient de l'espagnol tabaco, lui-même emprunté à un mot arawak désignant une sorte de pipe, un instrument à deux tuyaux. Il est attesté sous sa forme espagnole depuis la première moitié du XVIe siècle. Les Arawak, ensemble de peuplades amérindiennes des Antilles et d'Amazonie, possédaient donc probablement un autre mot pour désigner la plante que nous appelons tabac (digo selon l'archéologue Benoît Bérard) ; ce mot est apparu en espagnol par glissement sémantique, le contenant (pipe, instrument) finissant par désigner le contenu (feuilles séchées de la plante) puis la plante elle-même.
Origine en Amérique centrale
La culture du tabac trouve son origine en Amérique, il y a plus de 500 ans. Lorsque Christophe Colomb rencontre les Amérindiens, ceux-ci pour se soigner roulent des feuilles de tabac jusqu'à obtenir une sorte de grand cigare qu'ils appellent « tabaco »7. Dans leur calumet brûle également un mélange de plusieurs herbes dont le tabac.
À la même époque, comme le tabac n'existe pas en Europe, les Romains et les Grecs, qui fumaient la pipe, emploient des feuilles d'autres végétaux tels que le poirier8. Divers travaux[réf. nécessaire] ont aussi postulé la consommation de nicotine dans l'Égypte antique, mais sans parvenir à une conclusion claire à propos de son origine.
Débuts en Europe
En 1492, lors de son expédition en Amérique, Christophe Colomb découvre le tabac9 et le rapporte en Europe, à la Cour espagnole et portugaise, où il est pendant longtemps utilisé comme simple plante d'ornement. Ce n'est qu'au milieu du XVIe siècle que le médecin personnel de Philippe II d'Espagne commence à le promouvoir comme « médicament universel ». La première description écrite serait le fait de l'historien espagnol d'Oviedo.
Il sera introduit en France en 1556 par un moine cordelier, André Thévet qui au retour de son séjour au Brésil, en fit la culture dans les environs de sa ville natale d'Angoulême. On l'appelle alors « herbe angoulmoisine » ou « herbe pétun ».
Dès 1775, les premiers soupçons de relation entre tabac et cancer sont exprimés10.
Histoire du tabac en France
En 1560, l'ambassadeur de France (François II) au Portugal, Jean Nicot, se basant sur l'effet curatif du tabac des rituels indiens, envoie de la poudre à la Reine Catherine de Médicis afin de traiter les terribles migraines de son fils François II. Le traitement a du succès et le tabac devient ainsi « l'herbe à la Reine ». Sa vente sous forme de poudre est réservée aux apothicaires. Pour honorer Jean Nicot, le duc de Guise proposa d'appeler cette herbe nicotiane. Cette proposition fut retenue par le botaniste Jacques Daléchamps qui dans son livre Histoire générale des plantes11 au chapitre "Du Petum ou Herbe à la Reine" l'illustre d'une gravure intitulée Nicotiane ou Tabacum, terminologie reprise ensuite par Linné pour créer son binôme12. La plante reçut de très nombreux noms parmi lesquels on peut citer « nicotiane », « médicée », « catherinaire », « herbe de Monsieur Le Prieur », « herbe sainte », « herbe à tous les maux », « panacée antarctique » et finalement « herbe à ambassadeur ».
C'est à la fin du XVIe siècle qu'apparaît le mot « tabac » : la première illustration botanique en est donnée par Nicolas Monardes en 1571. En 1575, André Thevet donne un "pourtrait de l'herbe Petum ou Angoulmoisine" dans sa Cosmographie universelle (t II, livre XXI, chap VIII).
À la même époque, est publié un des premiers traités sur le tabac, vu alors comme une plante médicinale : L'instruction sur l'herbe petum (1572) par Jacques Gohory.
Le Cardinal de Richelieu instaure une taxe sur la vente de tabac en 162913. Colbert fit de sa production et de son commerce un monopole royal et à l'époque la production nationale est la plus développée d'Europe, avec des plantations dans l'Est, le Sud-Ouest, ainsi que dans les 4 îles des Antilles les plus peuplées : Saint-Christophe, Martinique, Guadeloupe et Saint-Domingue 14.
À la fin du XIXème siècle apparait un "tabac désintoxiqué", produit selon la « méthode Gérold », que les médecins suisses disent bien promouvoir, mais pas avant « le jour où des expériences plus nombreuses et décisives nous auront montré la véritable innocuité du tabac traité par la méthode Gérold »15 faisant suite à un article du Dr Hisrschberg 16. M Bielefeld, 6 rue Thimonnier à Paris est présenté en 1902 comme l'un des premiers consommateurs de ce tabac en France et comme susceptible d'en citer des fournisseurs. On vend aussi des Pipes et fume-cigares désintoxiquants17. Au début du XXème siècle, à Lons-le-Saunier le docteur Parant crée et vend un tabac dénicotinisé18 dont il faisait des cigares et du tabac à pipe et à cigarette, mais selon un journal français de l'époque, « les produits de cette industrie obligée par la législation française à se tenir hors de nos frontières, n'arrivaient pas à se faire connaître en France, et recevaient de la douane l'accueil qu'on sait ».17.
Alors que de la nicotine et des extraits de tabac (décoction, extraits de fumée) utilisés comme médicaments ont commencé à tuer des patients ou des animaux lors d'expérimentations animales, a après qu'on ait commencé à la fin du XIXème siècle à prouver qu'il existe une accoutumance et une dépendance au tabac19 20, quelques médecins commencent à étudier scientifiquement le tabagisme. On étudie d'abord ses effets sur la digestion avec par exemple une première thèse de médecine produite en 1894 par Kohos21. En 1894, la thèse de médecine du Dr Chéreau s'intéresse aux effets du tabac sur la gorge et la voix 22 avant que celle du Dr Pellet en 189723puis celle de Jaucent en 190024 ne s'intéressent aux effets généraux du tabac et de ses extraits sur l'organisme et ses fonctions. Les travailleurs de l'industrie du tabac semblent également affectés, au point qu'en 1901, l'office du travail le considère comme un des poisons industriels 25 et 5 ans après, le Dr Amouroux et Prieur étudient respectivement certains de ses effet cancérigène26 et cardiovasculaire (1906) 27. Trois ans plus tard, sur de solides bases expérimentales et cliniques la thèse du Dr Abel Gy (en 1909) complète leur travail28, avec de quoi inquiéter ou préoccuper le monde médical quant aux effets de la toxicité du tabac qui semblent pouvoir négativement affecter la totalité des organes après un temps plus ou moins long29 voire à mettre en question sa culture30.
Ferme du tabac en 1674
À la demande de Louis XIV, Colbert établit un « Privilège de fabrication et de vente » en 1674, l'année de la création de la Compagnie du Sénégal. Les premières Manufactures des tabacs sont fondées à Morlaix, Dieppe et Paris. Le privilège est d'abord concédé à des particuliers dont le premier est Madame de Maintenon31 qui le revend, puis à la seule Compagnie des Indes, au moment où celle-ci doit se retirer du commerce du sucre, relevant alors directement du roi et des ports qu'ils souhaitent favoriser.
La culture du tabac devient un monopole et rapidement les gouvernants voient les rentrées d'argent qu'ils peuvent espérer des taxes sur le tabac. Ces taxes augmentent le prix de vente, tandis que la recherche d'un bénéfice rapide dicte un faible prix d'achat aux planteurs, à une époque où les rois souhaitent remplacer la culture du tabac aux Antilles par celle du sucre, beaucoup plus rentable, à l'image de ce qui s'est passé sur l'île de la Barbade britannique. Plus que le monopole, c'est la stratégie de prix de vente et d'achats qui modifie alors en profondeur la production mondiale de tabac.
La contrebande se développe sur les côtes, en particulier sur l'île de Noirmoutier, et le nouveau monopole doit installer des acheteurs dans les ports d'Amsterdam et Liverpool, pour acheter le tabac des Antilles françaises, puis le tabac de Virginie, beaucoup moins cher, auquel les consommateurs prennent goût, et qui prend son essor14.
XVIIIe siècle
Les planteurs de Virginie commencent à importer des esclaves grâce à la Compagnie royale d'Afrique, créée en 1672. En trente ans, les importations françaises font plus que tripler, passant de 20 % à 70 % de la consommation intérieure de tabac. La Virginie représente à elle seule 60 % des importations françaises14. En échange, la monarchie anglaise tente d'empêcher les raids de flibustiers anglais sur les îles à sucre françaises. Cette politique subit cependant un coup d'arrêt à la fin du siècle lorsque les taxes sur l'exportation du tabac anglais augmentent de 150 %. En 70 ans, elles quadruplent, mais sans gêner encore la position dominante déjà acquise sur le marché14. Le port de Londres, qui a le monopole d'importation depuis 1624, a les moyens de rendre cette filière compétitive.
Dès le milieu du 18e siècle, la Virginie contrôle l'essentiel du marché mondial. L'autre grand producteur est la colonie voisine du Maryland, également soutenue par la dynastie Stuart. Afin de maîtriser les flux, la culture du tabac est prohibée dès 1719 dans toute la France, avec des condamnations qui peuvent aller jusqu'à la peine de mort. Exceptions : la Franche-Comté, la Flandre et l'Alsace. Elle le restera jusqu'en 1791. En 1809, Louis-Nicolas Vauquelin, professeur de chimie de l'École de Médecine de Paris, isole un principe actif azoté des feuilles de tabac. La nicotine, quant à elle, sera identifiée quelques années plus tard. La cigarette est introduite en France vers 1825.
Consommation
Le tabac est consommé principalement fumé sous forme de cigares, de cigarettes, à l'aide d'une pipe ou d'un narguilé ; il peut aussi être mâché (chiqué), sucé (snus) ou prisé. La consommation de tabac entraine généralement une dépendance durable32. Sur l’ensemble de la population des 15-75 ans, la part de fumeurs quotidiens a augmenté de 2 points entre 2005 et 2010, passant de 27,0 % à 29,1 %. Si l’augmentation du tabagisme quotidien se révèle assez forte parmi les femmes (de 22,9 % à 26,0 %), particulièrement pour celles âgées de 45 à 64 ans (augmentation de l’ordre de 7 points sur cette tranche d’âge), elle n’apparaît pas significative parmi les hommes (de 31,3 % à 32,4 %)33.
Effets et toxicité
Composition
La composition du tabac est complexe (certains avancent un ordre de grandeur de 4000 constituants [réf. nécessaire]), à cause de la complexité de la plante et à cause des nombreux traitements réalisés sur le tabac récolté pour en assurer la conservation, la couleur, le parfum, le goût, la plasticité, etc.
Dans la plante fraiche de Nicotiana tabacum, on trouve un mélange d'alcaloïdes composés de 93 % de (S)-nicotine, 3,9 % de (S)-anatabine, de 2,4 % de (S)-nornicotine, et de 0,5 % de (S)-anabasine. Lors de sa croissance, la plante absorbe plusieurs produits radioactifs, qu'on retrouvera dans la fumée, le filtre et moindrement le papier des cigarettes ou des bidies34,35,36,37 et dans les poumons, via l'inhalation de la fumée38. Le polonium du tabac engendre le plus de radioactivité inhalée39.
Les feuilles de tabac sont sensibles à certains polluants dont l'ozone troposphérique. Le stress oxydant peut en modifier la composition.
L'American Journal of Public Health a montré, en septembre 2008, que les « majors » de l'industrie du tabac, Philip Morris (PM), RJ Reynolds, British American Tobacco, etc., ont volontairement caché au public, depuis les années 1960, la présence de polonium 210, une substance hautement cancérigène (et utilisée pour l'assassinat de l'espion Alexander Litvinenko) dans les cigarettes40,41,42. Une des explications de cette présence de produits radioactifs dans le tabac est l'utilisation fréquente aux États-Unis d'engrais à base d'apatites, utilisés pour donner une saveur spécifique au tabac40,41,43. Certaines variétés semblent absorber moins de radon et polonium44 (sous réserve que cela ne soit pas du à une moindre présence de ces produits dans leur environnement)
Tabagies
Les tabagies (en allemand Tabakskollegium) étaient des réunions réservées aux hommes au XVIIIe et au XIXe siècle pour discuter d'affaires entre eux, en particulier après la chasse. Frédéric-Guillaume Ier de Prusse y était fort assidu dans son château de Wusterhausen, où il s'entourait de ses proches conseillers, en fumant de longues pipes.
Notes et références
- « Tabac : hausse de 40 centimes du prix du paquet de cigarettes au 1er octobre » , Le Nouvel Observateur avec AFP, le 14 septembre 2012.
- http://www.france-tabac.com/chiffres.htm
- http://www.lexpress.fr/actualites/2/actualite/les-producteurs-francais-de-tabac-menaces-de-mort_969477.html
- france-tabac.com — La culture du tabac.
- Fumer tue... la planète!. Consulté le 23 mars 2012.
- Geist HJ. How tobacco farming contributes to tropical deforestation. Dans: ,Abedian et al. eds. The Economics of Tobacco Control: Towards an Optimal Policy Mix. Cape Town, Applied Fiscal Research Centre, 1998
- Les Indiens d'Amérique centrale utilisaient les feuilles de tabac pour se soigner, couper la faim et la fatigue et apaiser les douleurs
- Les Romains et les Grecs fumaient la pipe, mais pas le tabac
- Dans son journal de bord 1492-1493, Christophe Colomb observe "beaucoup de gens qui se rendaient à leur village, hommes et femmes, avec à la main un tison d'herbes pour prendre leurs fulmigations ainsi qu'ils en ont coutume"
- "Even as early as 1775, physicians such as Sir Percival Pott were publishing medical reports linking tars and other smoking products to cancer", Bill Fawcett, You said what ? - Lies and propaganda though history, Harper-Collins eBooks, 2007, ISBN 978-0-06-155885-6, page 262.
- Gallica
- Jean-Marie Pelt, La cannelle et le panda. Les grands naturalistes explorateurs autour du monde, Fayard, 1999
- http://lettre-cdf.revues.org/278#ftn8
- Tobacco in History: The Cultures of Dependence
- Correspondance A propos du tabac désintoxiqué, Bulletin général de thérapeutique médicale, chirurgicale, obstétricale et pharmaceutique 1902, n° 143. - Paris : Doin, 1902.voir p 635
- Bulletin général de thérapeutique médicale, chirurgicale, obstétricale et pharmaceutique 1902, paru le 15 mars 1902. - Paris : Doin, 190
- Journal des débats politiques et littéraires, 1910/08/04, N°214) (Numéro 214 avec Gallica
- Dr. Parant , Dénicotinisation et désintoxication scientifiques du tabac ; imprimerie E. Rubat Du Mérac & cie, 1904 - 84 pages
- Laurent, Le Nicolinisme, 1893
- Mohio, Article : Tabac in Nouv. Dict. de Méd. et Chir. pratiques
- Kohos, thèse de médecine ; De la dyspepsie tabagique. Th. Paris, 1894;
- Chéreau, Sur quelques cas d'aphasie transitoire chez les fumeurs. Th. Paris, 1894
- Pellet, thèse de médecine, Les effets du tabac sur l'organisme. Th. Montpellier,(1897)
- Jaucent, thèse de médecine ; Le tabac, étude historique et pathologique. Th. Paris, 1900
- Office du travail, Ministère du commerce, de l'industrie, des postes et télégraphes, Poisons industriels Ed:Office du travail, Ministère du commerce, de l'industrie, des postes et télégraphes, Impr. Nation., 1901, 449 pages
- Amouroux, Étude expérimentale, sur l'athérome tabagique. Th. Toulouse, 1906
- Prieur, Thèse de Médecine Le tabac et l'appareil vasculaire. Th. Paris, 1906
- Abel Gy (né le 20 sept 1877), thèse de médecine : Le tabagisme, étude expérimentale et clinique, 29 avril 1909 , Faculté de médecine de Paris
- Docteur Abel Gy (Ancien interne des Hôpitaux et Chef de Clinique à la Faculté de Médecine de Paris), L'Intoxication Par Le Tabac (Paris: Masson et Cie, 1913)
- Vilmorin, Le tabac devant la Régie, Bull. Soc, Nat. d'Agriculture de France, janvier 1907
- The making of New World slavery: from the Baroque to the modern, 1492-1800
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- Waking a Sleeping Giant: The Tobacco Industry’s Response to the Polonium-210 Issue, American Journal of Public Health, septembre 2008
- Le secret du polonium 210 dans la fumée de cigarette, Le Figaro, 27 août 2008
- Du polonium 210 dans les cigarettes : les industriels savaient, Le Nouvel Observateur, 28 août 2008
- (en) J. Marmonstein, « Lung cancer: is the increasing incidence due to radioactive polonium in cigarettes? », 1986
- B. C. Purkayastha and D. K. Bhattacharyya, Estimation of rare and radioactive constitutents in samples of Indian tobacco with the aid of low-level beta-counter ; Journal of Radioanalytical and Nuclear Chemistry Volume 27, Number 2, 345-351, DOI: 10.1007/BF02520574 (Résumé)
Voir aussi
Bibliographie
- Discours du Tabac, où il est traité particulièrement du Tabac en poudre. Avec des Raisonnements Physiques sur les vertus & sur les effets de cette Plante, et de ses divers usages dans la Médecine. 1re édition : 1668, 2e édition, 1677, 3e édition, Jean Jombert, 1693. Edme Baillard, pseudonyme de Jean Le Royer de Prade
- (es) Enrique Margery Peña, Estudios de mitología comparada indoamericana, San José, Editorial Universidad de Costa Rica, 2003, 1re éd., poche (ISBN 978-9977-67-739-2) lire en ligne, « Usos y formas de consumo del tabaco en Indoamérica », p. 3-96
Histoire : utilisation et mythologie du tabac dans l'Amérique précolombienne.
- Sciences et Avenir no 441 novembre 1983 L'affaire Ramsès II.
- Éric Godeau, Le tabac en France de 1940 à nos jours, Paris, PUPS, 2008.
- (en) Tobacco in History, de Jordan Goodman
- (en) The Making of New World Slavery, de Robin Blackburn
- Pour ou contre le tabac ? (Éditions du Sonneur, 2010), recueil d'opinions sur le tabac des sommités françaises de la fin du dix-neuvième siècle (Joris-Karl Huysmans, Pierre Loti, Stéphane Mallarmé, Jules Verne, Hector Malot…).
- (en) Robert N. Proctor, Golden Holocaust: Origins of the Cigarette Catastrophe and the Case for Abolition, 2012 Article du Monde à l'occasion de la publication du livre
Articles connexes
- Avertissements sur les paquets de cigarettes
- Cigarette | Cigare | Cigarillo | Snus (tabac suédois) | Imperial Tobacco
- Contrebande de tabac
- Effets du tabac sur la santé
- Industrie du tabac
- Législation sur le tabac
Liens externes
- (fr) La cigarette : Site d'information sur la cigarette et le tabac.
- (fr) Informations de marché sur le site de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement
- (fr) Monsaint : Considérations sur le principe malfaisant du tabac (1866)
