Symphonie
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Une symphonie est une composition instrumentale savante, de proportions généralement vastes, comprenant plusieurs mouvements joints ou disjoints, et faisant appel aux ressources de l'orchestre symphonique.
Provenant étymologiquement du grec syn, signifiant avec et phoné, signifiant son, le terme fait référence à la consonance des sons. Au Moyen Âge, la chifonie (ou chifoine) désigne un instrument, ancêtre de la vielle à roue[1]. Au début du XVIe siècle, le terme s'étend aux ?uvres polyphoniques destinées aux instruments, puis s'applique à toutes compositions instrumentales par opposition à la musique vocale.
Ce n'est que dans le deuxième tiers du XVIIIe siècle, en pleine période de classicisme que le genre est fixé dans son acception actuelle.
Sommaire |
[] Brève histoire de la symphonie d'orchestre
L'évolution de sa structure est parallèle à celle de la forme sonate tant dans l'agencement des différents mouvements que dans la construction interne de chacun d'eux. Mis en place lentement au cours du XVIIIe siècle, la forme se développe grâce aux symphonistes de la période romantique naissante, comme par exemple en 1824 la « neuvième symphonie » de Ludwig van Beethoven. Mais certains compositeurs s'affranchissent de ce cadre, tel Hector Berlioz, six ans plus tard en 1830, dans sa « Symphonie fantastique ».
Il ne faut pas non plus oublier le rôle de la sinfonia d'ouverture à l'italienne (c'est-à-dire deux mouvements vifs qui encadrent un mouvement lent) de l'opéra qui marquera aussi de son empreinte la naissance de cette forme à succès.
Le nombre de mouvements qui constituent la symphonie varie, pouvant aller de un à huit ou davantage, mais, dans sa forme la plus classique (haydnienne) il est de trois ou, encore plus fréquemment, de quatre.
L'?uvre est interprétée par un orchestre symphonique (on emploie aussi l'expression orchestre philharmonique) sous la direction d'un chef d'orchestre, apparu en tant que tel autour de 1810/1820. Ce dernier est chargé de garantir la justesse rythmique, de surveiller la balance sonore, de maîtriser les détails, la cohérence ou les équilibres et surtout d'insuffler un esprit commun à cent instrumentistes.
Au XVIIIe siècle, la symphonie remplace progressivement le concerto grosso, pour les grands ensembles musicaux. Avant Mozart, c'est surtout Joseph Haydn qui contribua à fixer sa forme, lui donnant ses lettres de noblesse. Mais c'est Ludwig van Beethoven qui en fit l'une des formes musicales les plus prestigieuses du répertoire classique, agrandissant l'orchestre jusqu'à ajouter un ch?ur dans le finale de sa neuvième symphonie. Il a été suivi par les compositeurs romantiques (Weber, Schubert, Berlioz, Schumann, Brahms, Dvo?ák, Tchaikovski...), puis post-romantiques (Mahler, Rachmaninov, Sibelius, Vaughan Williams...) et enfin modernes (Ives, Enesco, Prokofiev, Chostakovitch, Martinu, Milhaud, Tippett, Hartman...).
Si le XIXe siècle a créé le poème symphonique qui libère nombre de compositeurs du cadre rigide d'une grande forme, une autre prend vie au XXe siècle : le concerto pour orchestre, défendue par Bartók. Toutefois, la symphonie reste encore parmi les formes musicales privilégiées par un grand nombre de compositeurs contemporains par ses potentiels de renouvellement et ses possibilités protéiformes, par exemple d'éclatement de l'orchestre : Elliott Carter (Symphonie de trois orchestres) ou Henri Dutilleux (Symphonie le Double).
Certains compositeurs étaient d'excellents orchestrateurs, sans pour autant avoir composé des ?uvres orchestrales strictement apparentées à la symphonie. On pense par exemple à Maurice Ravel et à Modeste Moussorgsky.
Il est quelquefois difficile de classer une ?uvre orchestrale comme symphonie, tant le genre a évolué au cours du XIXe siècle et du XXe siècle.
[] Au-delà des chiffres
L'investissement personnel du compositeur se mesure à la diminution du nombre de symphonies composées au cours d'une carrière : dans ce domaine, la qualité et le caractère personnel de l'inspiration deviennent incompatibles avec une production de série : si Haydn compose 104 symphonies (107 selon certaines sources) et Johann Melchior Molter 170, Mozart n'en écrit plus que 41 et Beethoven 9.
Cela dit, toute comparaison par les chiffres est forcée et peut-être même déplacée. Il faut donc citer certains compositeurs, ayant, pour des raisons multiples, abordé une seule fois le genre. D'abord les incontournables Franck, Chausson, Bizet ou Dukas et ajoutons même La Mer chef-d'?uvre génial de Debussy, qui est une symphonie sans le nom. Toutes ces ?uvres capitales pour l'histoire de la musique et notre admiration, marquent et nourrissent sans doute plus la vie musicale que les dix de Joseph Joachim Raff ou les soixante-sept d'Alan Hovhaness...
Et puis, il faut attirer l'attention sur quelques symphonies à (re)découvrir : Cherubini (unique symphonie de maturité), Arriaga (unique symphonie d'un compositeur mort à vingt ans), Rott (unique symphonie d'un compositeur mort à vingt-six ans dont le style était très proche de Bruckner et de Mahler ; Rott est une sorte de chaînon manquant entre les deux grands symphonistes), Paul Dukas, Zoltán Kodály qui satisferont les curieux du contenu plus que de retenir des chiffres affolants des Haydn et autres Segerstam.
[] Évolution de l'orchestre
L'orchestre symphonique a évolué avec le temps. Chez Haydn et Mozart, l'orchestre se compose de flûtes , hautbois , clarinettes, bassons par 2, de 2 cors et, quelquefois de 2 trompettes, de timbales et de cordes. Beethoven a ajouté 2 cors, 1 piccolo, 1 contrebasson et une batterie (symphonies 5, 6 et 9), en plus des trombones dans les symphonies 5, 6 et 9.
La harpe apparaît dans la forme symphonique avec la "Symphonie fantastique" de Berlioz en 1830, mais elle était utilisée parfois dans l'orchestre depuis au moins 1810, car c'était un instrument très populaire (voir ?uvres de Salieri ou Spohr) .
Puis dans un sillon initié par la musique de Wagner, les effectifs ne cessent de grossir avec l'orchestre de Schumann, Brahms, puis Bruckner, Mahler et leurs descendants.
Beethoven a introduit, dans sa dernière symphonie (la neuvième de 1824), un ch?ur, le fameux Ode à la joie de Schiller, qui deviendra l'hymne de l'Union européenne une fois arrangé et orchestré par Karajan. D'autres compositeurs ont repris cette innovation, comme par exemple Gustav Mahler dans trois de ses symphonies (les numéros 2, 3 et 8) ou Chostakovitch dans sa Treizième.
L'orchestre symphonique peut inclure également un piano ou un orgue (Camille Saint-Saëns), mais le plus souvent un célesta.
Une autre transformation de la symphonie est née avec Mahler, c'est la symphonie vocale, pour un soliste ou plus, sur un texte poétique. Le Chant de la terre (composé entre 1907 et 1908) marque cette tentative (quasi-parfaite, on peut le dire) de fusionner lied et symphonie, et notons-le, au service d'un pessimisme des plus profonds, comme bien plus tard l'extraordinaire Quatorzième de Chostakovitch. La structure symphonique dans le Das Lied est respectée même pour le Scherzo qui occupe les quatrième et cinquième mouvements. Mahler avait déjà dans la Symphonie n° 4 (1901) inauguré le principe, mais dans un seul mouvement.
Arthur Honegger, dans sa Deuxième symphonie de 1941, infléchira la démesure de l'orchestration au service d'une intensité nouvelle que réclame le contexte dramatique, en n'utilisant que les cordes et une trompette solo dans le choral du finale où la musique retrouve la lumière de l'espoir.
[] Symphonie pour orgue
[] La "malédiction" de la neuvième
C'est après Beethoven qu'est née la légende de la « malédiction de la neuvième symphonie », qui serait fatale aux compositeurs. En effet, tous les grands compositeurs symphonistes du XIXe et du début du XXe siècle ont composé au plus neuf symphonies (Schubert, Dvo?ák, Bruckner et Mahler en ont composé, comme Beethoven, exactement neuf). Il faudra attendre le XXe siècle pour que Chostakovitch brise la "malédiction" en ne complétant pas moins de quinze symphonies.
Tous les musiciens d'envergure du XIXe se mesurent à l'aune du maître Beethoven et aucun n'y échappe. Il est donc possible de voir en cette "malédiction" une sorte de fascination beethovénienne en mouvement. D'autres ?uvres comme le concerto pour violon a marqué les compositeurs qui se confrontaient au genre. Brahms et Tchaikovski ne composent eux aussi qu'un seul concerto... en ré majeur, comme leur aîné. Beethoven, même au-delà du XIXe siècle, étreint chaque compositeur qui doit lutter pour espérer franchir un au-delà musical si loin repoussé et avec force par Ludwig van... À la fois humaine et inhumaine figure du musicien, l'image de Beethoven alimente ce qui reste une légende.
[] Notes et références
- ? Sciences de la musique par Marc Honegger - Bordas 1976 ISBN 2.04.027020.5
[] Liste de compositeurs ayant écrit des symphonies
(ne figurent dans ce tableau que des compositeurs ayant écrit au moins deux symphonies)
| Compositeur |
Nombre de symphonies |
Siècle d'activité principale |
|---|---|---|
| Komei Abe | 2 | XXe siècle |
| Jean Absil | 5 | XXe siècle |
| Samuel Adler | 6 | XXe siècle |
| Kalevi Aho | 14 | XXe siècle |
| Yasushi Akutagawa | 3 (la première numérotée) | XXe siècle |
| Franco Alfano | 2 | XXe siècle |
| Hugo Alfvén | 5 | XXe siècle |
| William Alwyn | 5 | XXe siècle |
| George Antheil | 8, dont 6 numérotées | XXe siècle |
| Malcolm Arnold | 9 | XXe siècle |
| Kurt Atterberg | 9 | XXe siècle |
| Vytautas Bacevicius | 6 | XXe siècle |
| Gra?yna Bacewicz | 4 | XXe siècle |
| Carl Philipp Emanuel Bach | une cinquantaine | XVIIIe siècle |
| Johann Christian Bach | 91 | XVIIIe siècle |
| Samuel Barber | 2 | XXe siècle |
| Carlos Baguer | 19 | XVIIIe siècle |
| Edgar Bainton | 4 dont 3 numérotées | XXe siècle |
| Feliksas Bajoras | 6 dont 5 numérotées | XXe siècle |
| Mili Balakirev | 2 | XIXe siècle |
| Franz Ignaz Beck | une vingtaine | XVIIIe siècle |
| Ludwig van Beethoven | 9 + esquisses d'une 10e | XIXe siècle |
| Sadao Bekku | 5 | XXe siècle |
| Ji?í Antonín Benda | une trentaine | XVIIIe siècle |
| William Bergsma | 2 | XXe siècle |
| Hector Berlioz | 4 | XIXe siècle |
| Leonard Bernstein | 3 | XXe siècle |
| Franz Berwald | 4 | XIXe siècle |
| Georges Bizet | 2 dont une de jeunesse retrouvée au XXe siècle | XIXe siècle |
| Ernest Bloch | 3 (non numérotées) | XXe siècle |
| Luigi Boccherini | une quarantaine | XVIIIe siècle |
| Alexandre Borodine | 3 | XIXe siècle |
| Hakon Børresen | 3 | XXe siècle |
| Rutland Boughton | 3 | XXe siècle |
| William Boyce | 8 | XVIIIe siècle |
| Edvard Fliflet Braein | 3 | XXe siècle |
| Johannes Brahms | 4 | XIXe siècle |
| Glenn Branca | 10 | XXe siècle |
| Havergal Brian | 32 | XXe siècle |
| Antonio Brioschi | au moins 26 | XVIIIe siècle |
| Max Bruch | 3 | XIXe siècle |
| Anton Bruckner | 11 dont 9 numérotées et la dernière inachevée | XIXe siècle |
| Gaetano Brunetti | 36 au moins | XVIIIe siècle |
| Max Butting | 10 + 2 sinfoniettas et 1 symphonie de chambre | XXe siècle |
| Régis Campo | 2 | XXe siècle |
| Christian Cannabich | 70 | XVIIIe siècle |
| George Whitefield Chadwick | 3 | XIXe siècle/XXe siècle |
| Carlos Chávez | 4 | XXe siècle |
| Fortunato Chelleri | 7 dont 6 numérotées | XVIIe siècle/XVIIIe siècle |
| Dmitri Chostakovitch | 15 | XXe siècle |
| Gloria Coates | 14 | XXe siècle |
| James Cohn | 8 | XXe siècle |
| Arnold Cooke | 6 | XXe siècle |
| Frank Corcoran | 4 | XXe siècle |
| Paul Creston | 6 | XXe siècle |
| Ikuma Dan | 7 (la denière inachévée) | XXe siècle |
| Félicien David | 6 | XIXe siècle |
| Peter Maxwell Davies | 8 | XXe siècle |
| John Davison | 5 | XXe siècle |
| Edison Denisov | 2 (+ 2 symphonies de chambre) | XXe siècle |
| David Diamond | 11 | XXe siècle |
| Karl Ditters von Dittersdorf | une soixantaine | XVIIIe siècle |
| Ernst von Dohnányi | 3 (dont une non publiée) | XXe siècle |
| Felix Draeseke | 4 | XIXe siècle |
| Henri Dutilleux | 2 | XXe siècle |
| Antonín Dvo?ák | 9 | XIXe siècle |
| Antoine Eberl | 3 au moins | XIXe siècle |
| Edward Elgar | 3 dont la dernière inachevée | XXe siècle |
| Maurice Emmanuel | 2 | XXe siècle |
| Georges Enesco | 9, dont 4 de jeunesse et les 2 dernières à l'orchestration inachevée | XXe siècle |
| Friedrich Ernst Fesca | 3 | XIXe siècle |
| Louise Farrenc | 3 | XIXe siècle |
| Zden?k Fibich | 3 | XIXe siècle |
| Nicolas Flagello | 2 | XXe siècle |
| Josef Bohuslav Foerster | 5 | XIXe siècle/XXe siècle |
| Ignaz Fränzl | 5 | XVIIIe siècle |
| Luis De Freitas Branco | 4 | XXe siècle |
| Wilhelm Furtwängler | 3 | XXe siècle |
| Niels Wilhelm Gade | 9 | XIXe siècle |
| John Gardner | 3 | XXe siècle |
| Roberto Gerhard | 6, dont 5 numérotées, la derniére inachévée | XXe siècle |
| Friedrich Gernsheim | 4 | XIXe siècle |
| Jan van Gilse | 4 (et fragments d'une 5e) | XXe siècle/XXIe siècle |
| Philip Glass | 8 | XXe siècle/XXIe siècle |
| Alexandre Glazounov | 8 (et fragments d'une 9e) | XIXe siècle/XXe siècle |
| Reinhold Glière | 3 | XXe siècle |
| Mikhaïl Glinka | 2 | XIXe siècle |
| Vladimír Godár | 3 dont 2 numérotées | XXe siècle |
| Friedrich Goldmann | 4 | XXe siècle |
| François-Joseph Gossec | 36 | XVIIIe siècle |
| Morton Gould | 5 (dont 4 numérotées) | XXe siècle |
| Charles Gounod | 2 | XIXe siècle |
| Louis Théodore Gouvy | 9 | XIXe siècle |
| Johann Gottlieb Graun | 97 | XVIIIe siècle |
| Christoph Graupner | 113 | XVIIIe siècle |
| Eivind Groven | 2 | XXe siècle |
| Adalbert Gyrowetz | plus de 40 | XVIIIe siècle |
| Henry Kimball Hadley | 5 | XIXe siècle/XXe siècle |
| Karl Amadeus Hartmann | 8 | XXe siècle |
| Howard Hanson | 7 | XXe siècle |
| Roy Harris | 13 plus une perdue et trois inachevées | XXe siècle |
| Lou Harrison | 4 | XXe siècle |
| Walter Hartley | 3 | XXe siècle |
| Kunihiko Hashimoto | 2 | XXe siècle |
| Hikaru Hayashi | 3 | XXe siècle |
| Joseph Haydn | 106 | XVIIIe siècle |
| Michael Haydn | 41 | XVIIIe siècle |
| Hans Werner Henze | 10 | XXe siècle |
| Heinrich von Herzogenberg | 8 | XIXe siècle |
| Jacques Hétu | 3 | XXe siècle |
| Alun Hoddinott | 9 | XXe siècle |
| Leopold Hofmann | une quarantaine | XVIIIe siècle |
| Arthur Honegger | 5 | XXe siècle |
| Alan Hovhaness | 67 | XXe siècle |
| Shin'ichir? Ikebe | 7 | XXe siècle |
| Vincent d'Indy | 4 dont 3 numérotées | XIXe siècle/XXe siècle |
| Charles Ives | 5 | XXe siècle |
| André Jolivet | 3 | XXe siècle |
| Donald Oscar Johnston | 6 | XXe siècle |
| John Joubert | 2 | XXe siècle |
| Paul Juon | 4 | XXe siècle |
| Dmitri Kabalevski | 4 | XXe siècle |
| Miloslav Kabelá? | 8 | XXe siècle |
| Vassili Kalinnikov | 2 | XIXe siècle |
| Jouni Kaipainen | 3 | XXe siècle |
| Guia Kantcheli | 7 | XXe siècle |
| Otto Klemperer | 6 | XXe siècle |
| Aram Khatchatourian | 3 | XXe siècle |
| Joseph Martin Kraus | 15 (12 conservées) | XVIIIe siècle |
| Jaroslav Kr?ek | 3 | XXe siècle |
| Ernst Krenek | 8 | XXe siècle |
| Franz Krommer | 9 | XVIIIe siècle/XIXe siècle |
| László Lajtha | 9 | XXe siècle |
| Marcel Landowski | 2 | XXe siècle |
| Rued Langgaard | 16 | XXe siècle |
| Lars-Erik |
Revue de presse Symphonie
