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Spiritualité 
extracted from Wikipedia, the Free Encyclopedia


 

La nébuleuse Hélix, parfois appelée "Oeil de Dieu"

La spiritualité définit une aspiration personnelle ou collective, ou l'ensemble des croyances, pratiques et études qui ont trait à la nature essentielle de l'être vivant, à l'âme, à ce qui est en deçà ou au-delà des besoins matériels ou des ambitions terrestres, voire à la relation à Dieu dans le cas d'une spiritualité non athée.

La spiritualité est généralement associée à une quête d'éternité et de sens en opposition à l'évanescence apparente du monde. Pour réaliser cet objectif, elle s'appuie parfois sur une ascèse afin de libérer l'individu des attachements qui empêchent le progrès spirituel.

Sommaire

Vue d'ensemble

Chaque religion, courant ou tradition de pensée, est fondée sur une spiritualité propre. Il existe cependant des convergences au niveau fondamental de leurs motivations et de leurs manifestations.

Origine et perspectives

Bien que les traditions spirituelles se soient développées de façon souvent très normative (dans le cadre d’Églises établies, ou de rites traditionnels), l’aspiration spirituelle est antérieure aux religions historiques, liée à l'espoir d'une survie après la mort physique ainsi qu'à des rites propitiatoires proches du chamanisme (pour appeler une bonne chasse, de bonnes récoltes etc., voir les rites funéraires préhistoriques). Certains ont pu y lire un moyen de ne pas se confronter à la réalité de notre condition de mortels1; selon d’autres, il révèle la mémoire intrinsèque de l’immortalité de l’âme2.

La spiritualité a connu dans le monde contemporain des prolongements en philosophie (avec des courants de spiritualité laïque ou athée), mais aussi en psychologie, des thérapies l'intégrant dans leur champ.

La spiritualité se situe donc sur un terrain où se rencontrent religions, philosophie, psychologie, mais aussi de nos jours les sciences physiques, dont les différentes approches sont souvent conflictuelles mais interagissent également.

Nature d'une expérience spirituelle

La spiritualité conduit à des démarches qui ne sont pas seulement intellectuelles mais également corporelles, mentales, émotionnelles et mystiques, cherchant à générer une expérience transcendante, une relation (selon l'une des étymologies de religion) avec Dieu, le Soi, la Conscience, l’Âme, le Monde, le Devenir etc. Pour certains, le but de la spiritualité est l'éveil spirituel, l'accession à un état de conscience amélioré et durable.

La liberté, le sens de la vie, l'amour, la paix, sont des problématiques de la quête spirituelle plus spécifiquement en rapport avec l'expérience mystique.

Pratiques associées à la spiritualité

D'un point de vue plus concret, on remarque dans les différentes traditions un certain nombre de pratiques qui donnent corps à la spiritualité:

Certaines de ces activitĂ©s sont solitaires, d'autres collectives, certaines se vivent dans la retraite (cellule, enclos monastique) et d'autres « Ă  l'extĂ©rieur Â» (dans la sociĂ©tĂ© civile). Certaines sont contemplatives, d'autres plus pratiques. Le choix des activitĂ©s et l'importance relative donnĂ©e Ă  chacune permet de dĂ©finir la « spiritualitĂ© Â» propre Ă  chaque courant spirituel.

Toutes ces activités sont expressément définies et organisées lorsque l'expérience spirituelle est vécue au sein d'un monastère (ou son équivalent couvent, ashram, confrérie), les tâches domestiques étant alors également incluses dans le champ de la pratique spirituelle et donc stipulées par la Règle monastique.

Spiritualité religieuse

La spiritualitĂ© religieuse se rapporte Ă  l'aspiration Ă  se « relier Â» (du latin religare, racine possible de religion). Il s'agit alors essentiellement de se relier Ă  Dieu, au Divin, Ă  une rĂ©alitĂ© transcendante3. Par extension, la religion est parfois ce qui tend Ă  relier les hommes Ă  la nature ou Ă  l'univers.

Les principes religieux exposent les raisons et les mĂ©thodes de ce « lien Â» mais la religion peut produire des effets tout Ă  fait opposĂ©s en conduisant l'humanitĂ© Ă  la guerre et Ă  la division4.

Après avoir supplantĂ© les spiritualitĂ©s plus ou moins dĂ©structurĂ©es du paganisme ou de l'animisme, la spiritualitĂ© religieuse s'est dĂ©veloppĂ©e sans vĂ©ritable concurrence pendant de nombreux siècles pour les chrĂ©tiens, jusqu'Ă  l'apparition des sectes chrĂ©tiennes (au sens de « branches nouvelles Â»), qui ont sĂ©parĂ© les catholiques des protestants, puis de l'islam. Dans tous les pays oĂą le christianisme n'Ă©tait pas parvenu Ă  s'imposer par la force ou l'Ă©vangĂ©lisation, les spiritualitĂ©s locales ont continuĂ© Ă  se dĂ©velopper.

Spiritualité non religieuse

La religion est une organisation collective alors que la spiritualité est de plus en plus perçue comme un cheminement individuel. Selon certains sociologues, la spiritualité organisée des religions subirait aujourd'hui l'effet de l'individualisme de l'époque contemporaine5.

Depuis la naissance de la philosophie, certains revendiquent leur spiritualité sans appartenir à aucune religion: ils expriment, par exemple, une préférence pour l'humanisme (pouvant relever de l'athéisme ou non)6.

À partir de la seconde moitié du XXe siècle se développent des approches spirituelles non religieuses, parmi lesquelles une mouvance qui se fait appeler spiritualité laïque7. La spiritualité laïque se présente comme une vision universelle de l'intuition spirituelle propre à chaque être humain, intuition qui peut être définie comme un ressenti d'unité avec la totalité et une perception d'un état d'être transcendant la matière. La spiritualité laïque se dit non dogmatique, non sectaire et ouverte au débat et à l'élaboration progressive d'une société plus unie et partageant des valeurs communes.

Le philosophe Vladimir Jankélévitch déterminait ainsi, à la suite de Bergson, les fondamentaux d'une spiritualité humaine.

En 2006, le philosophe AndrĂ© Comte-Sponville relance l'idĂ©e d'une spiritualitĂ© athĂ©e, c'est-Ă -dire sans avoir recours Ă  la croyance en Dieu ou en dieux, dans son ouvrage « L'Esprit de l'athĂ©isme Â»8.

Le bouddhisme exprimait dĂ©jĂ  Ă  son Ă©mergence le besoin d'une rĂ©gĂ©nĂ©ration de la spiritualitĂ© hors des dogmes des religions Ă©tablies. Selon Matthieu Ricard, interprète français du 14e DalaĂŻ Lama: « Très attachĂ© Ă  la notion de « spiritualitĂ© laĂŻque Â»9, le DalaĂŻ-Lama dĂ©clare que « la religion est un choix personnel et que la moitiĂ© de l’humanitĂ© n’en pratique d'ailleurs aucune et qu'en revanche les valeurs d’amour, de tolĂ©rance, de compassion prĂ´nĂ©es par le bouddhisme concernent tous les humains, et cultiver ces valeurs n’a rien Ă  voir avec le fait d’être croyant ou non Â»9. Â»

Le nĂ©o-paganisme du XXe siècle est une rĂ©surgence des croyances et pratiques, plus ou moins revisitĂ©es, qui prĂ©cĂ©daient le christianisme avant la fin du IVe siècle.

Spiritualité et idéologie

La spiritualité constitue, selon Daniel S. Larangé, un discours social composé de représentations partagées par une communauté d'esprit. En ce sens, la spiritualité forme une idéologie10. La spiritualité apparaît dès lors comme l'expression même de toute forme de culture. Elle véhicule tout un système de valeurs qui singularise chaque société. La littérature qui exprime le plus clairement les aspirations et les craintes d'une communauté, devient de ce fait le lieu privilégié d'une investigation possible du "discours spirituel".

Spiritualité et psychothérapie

Lors de l'apparition des premières psychothĂ©rapies (Freud, Jung), quelques psychanalystes en vinrent Ă  conclure que certaines pathologies pouvaient ne pas trouver de rĂ©solution par l'analyse seule. Après avoir montrĂ© le rĂ´le important de la sociĂ©tĂ© dans la nĂ©vrose, l'analyse dĂ©bouchait parfois sur des problèmes qualifiĂ©s de « spirituels Â». Certains psychanalystes, dont Jung, se tournèrent vers l'Ă©tude de pratiques issues de certaines religions traditionnelles afin de « guĂ©rir l'âme Â»11.

Dans les doctrines comme le soufisme, le taoisme, l'hindouisme, le bouddhisme, l'ĂŞtre humain est considĂ©rĂ© comme souffrant du dĂ©sĂ©quilibre de ses Ă©motions, de ses fixations mentales, de ses « mĂ©moires Â» (vasanas et samskaras en sanscrit)12 et du manque d'harmonie entre l'intellect, le corps et la parole. La « guĂ©rison spirituelle Â» est gĂ©nĂ©ralement recherchĂ©e avec l'appui et l'encadrement d'un maĂ®tre, d'un guide, dĂ©nommĂ© lama, gourou ou cheykh selon les traditions. Au travers de la relation entre le disciple et le maĂ®tre, ce dernier jouait parfois le rĂ´le d'un thĂ©rapeute avant l'heure, proche du « patient Â» de la mĂ©decine moderne.

Cette approche spirituelle reste cependant limitĂ©e aujourd'hui aux rĂ©gions du monde oĂą la relation de maĂ®tre Ă  disciple est acceptĂ©e. Dans les pays occidentaux et particulièrement ceux oĂą la laĂŻcitĂ© est combative Ă  l'Ă©gard du religieux, et oĂą les institutions tendent Ă  encadrer fortement les processus de soins et de thĂ©rapie, cette combinaison de la thĂ©rapie et de l'approche spirituelle (parfois appelĂ©e « psycho-spiritualitĂ© Â») demeure assez rare et est souvent jugĂ©e suspecte.

Références

  1. ↑ par exemple Henri Bergson dans Les Deux Sources de la morale et de la religion 1932
  2. ↑ Socrate, dans Le Ménon [1]
  3. ↑ « Un trait d'union entre l'homme et Dieu, comme entre membres de la mĂŞme Église Â» [2]
  4. ↑ « Plus la religion relie, plus elle divise. Elle creuse un fossĂ© entre croyants et incroyants, fidèles et infidèles, pieux et impies. En multipliant les obligations alimentaires ou vestimentaires, une religion crĂ©e l’uniforme entre les siens et le contraste avec les autres. Lorsque la diffĂ©rence n’est plus vivable, il n’y a que la guerre pour rĂ©tablir le droit d’autrui. Le lien religieux est, comme le noeud gordien, si serrĂ© qu’il faut le trancher pour le dĂ©faire. On peut amender une loi, modifier un contrat, voire organiser un divorce, on ne nĂ©gocie pas une religion. Tous ceux qui l’ont tentĂ© ont Ă©chouĂ©. Â» D’après Odon VALLET, universitĂ© Paris -VII, Petit lexique des idĂ©es fausses sur les religions, Albin Michel, 2002
  5. ↑ [3] De la religion à la spiritualité, cours de philosophie
  6. ↑ Humanisme laïc et humanisme religieux
  7. ↑ Spiritualité Laique - Association Unisson
  8. ↑ L'Esprit de l'athéisme, Albin Michel, 2006. (ISBN 9782226172730)
  9. ↑ a et b Interview de Mathieu Ricard
  10. ↑ "La spiritualité et son institution, dans le cadre structurel de la religion et de la politique, fonctionnent sur le modèle d’un réseau idéologique. Une première définition du spirituel consiste à lui reconnaître un mode de perception, de compréhension et de pratiques (sociales, économiques, rituelles) particulier qui se forme à partir de principes fondamentaux communément admis, principes qui déploient néanmoins un large éventail d’interprétations. C’est pourquoi le phénomène spirituel relève de l’idéologi(qu)e, qui propose une configuration particulière des idées, autrement dit des informations qu’elle traite selon un mode qui lui serait propre." Daniel S. Larangé, L'Esprit de la Lettre: Pour une sémiotique des représentations du spirituel dans la littérature française des XIX et XX siècles, L'Harmattan, 2009, p. 46.
  11. ↑ « L'inconscient collectif est un concept empirique et opĂ©rationnel créé par Jung au contact des grands malades mentaux : l'histoire personnelle ne suffit pas Ă  expliquer et comprendre l'ensemble des fonctionnements et contenus psychiques en jeu dans la pathologie mentale. Il existerait donc des instances psychiques relevant de l'humanitĂ© plutĂ´t que de l'individu. Â» in Elysabeth Leblanc, La psychanalyse jungienne, Collection Essentialis, ED. Bernet-Danilot, Avril 2002
  12. ↑ «Le mental, les tendances, les vasanas, les samskaras redeviennent actifs et vous revoilà secoués, agités, poussés» Arnaud Desjardins dans Le Védanta et l'inconscient éditions de la Table Ronde

Bibliographie

  • 1987 : Le SacrĂ© et le Profane de Mircea Eliade, Gallimard ;
  • 1991 : La nostalgie des origines de Mircea Eliade, Gallimard ;
  • 2002 : Le Fait religieux : Une thĂ©orie de la religion ordinaire de Albert Piette, Economica ;
  • 2003 : Les MĂ©tamorphoses de Dieu : La Nouvelle spiritualitĂ© occidentale de FrĂ©dĂ©ric Lenoir Plon ;
  • 2003 : Les Formes Ă©lĂ©mentaires de la vie religieuse de Émile Durkheim, PUF ;
  • 2003 : Et l'homme crĂ©a les dieux de Pascal Boyer, Gallimard ;
  • 2003 : Sagesse et spiritualitĂ© pour les nuls de Sharon Janis First ;
  • 2004 : TraitĂ© d'histoire des religions de Mircea Eliade, Payot ;
  • 2005 : Le Feu SacrĂ© : Fonctions du Religieux de RĂ©gis Debray, Gallimard ;
  • 2007 : L'Homme entre Terre et Ciel : Nature, Ă©cologie et spiritualitĂ© de Jean-Marie Pelt, Pierre Rabhi, Nicolas Hulot, Edward Goldsmith, Jouvence ;
  • 2009 : L'Esprit de la Lettre : Pour une sĂ©miotique des reprĂ©sentations du spirituel dans la littĂ©rature française des XIX et XX siècles de Daniel S. LarangĂ© L'Harmattan ;

Voir aussi

Liens internes

 
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