Religion
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Le terme religion (latin : religio ) désigne un ensemble de rites, croyances, règles éthiques et pratiques, voire de dogmes, adoptés par une société, un groupe ou un individu.
La religion est le plus souvent en rapport avec une notion de divinité ou de réalité transcendante. Le terme religion naturelle, cependant, désigne une doctrine qui s'appuie sur les seules inspirations de la raison et du c?ur. On désigne souvent par religion les pratiques et rituels d'une communauté sociale
Sommaire |
[] Racines du fait religieux
Le mot "religion" n'a pas d'équivalent précis dans les langues anciennes, hébreu, grec et latin. La notion de religion serait une "invention" des temps modernes. La théorisation du phénomène, son étude, sa définition apparaissent avec la Renaissance et les grandes découvertes qui amènent les Européens à s'interroger sur la spécificité du christianisme et sa ressemblance aux autres "religions".
[] Étymologie
Le mot religion vient du latin religio, dont le nuage sémantique est très riche : au sens propre scrupule, conscience, engagement, obligation, puis par sens dérivé : crainte des dieux, sentiments religieux, croyances, superstitions, pratiques religieuses; enfin caractère sacré, objet ou chose sainte (ou de culte), signe sacré, sainteté. Le sens latin du terme religio se comprend mieux quand on rappelle que la pratique religieuse romaine publique était très ritualiste, faite de rituels qui devaient être scrupuleusement exécutés, et recommencés depuis le départ en cas d'erreur. L'étymologie reste cependant incertaine et controversée depuis l'antiquité. On dit volontiers que le mot vient du latin re-ligare, "re-joindre" ou "re-lier", compris généralement comme indiquant la relation de l'humain au divin, mais aussi des humains les uns aux autres, lien à la fois sur le plan de la cohésion sociale et sur celui de l'attachement affectif. Cet étymon est proposé par Lactance et Tertullien, mais il s?agit d?une signification tardive probablement fondée sur la confusion entre religo (de religio, avoir égard à quelque chose) et religo (de ligo, lier). Une autre voie est indiquée par Augustin d'Hippone, qui suggère l'étymologie archaïque suivante : relegere, "relire, reprendre", par opposition à neglegentia, "négligence". Chez Cicéron (De natura deorum, II, 10) on trouve religio, "scrupule", qui évoque le respect et la crainte face aux forces surnaturelles et le souci d?être scrupuleux dans l'observation des rites.
En Chine et au Japon, le mot religion est la combinaison de deux sinogrammes :
- ? shû (japonais) ou z?ng (chinois), désignant à l'origine le temple (?, le toit, la maison) d'où vient l'esprit (?, monition, influence spirituelle), et par extension un groupe uni par le culte des mêmes ancêtres,
- ? kyô (japonais) ou jiào (chinois), signifiant "enseignement", "école"
Le terme shûkyô fut tout d'abord utilisé par les Japonais ; les Chinois l'empruntèrent au tout début du XXe siècle (z?ngjiào).
Il évoque la transmission (kyô/jiào) d'un savoir, d'une tradition, de rites, de légendes constituant une sorte de catéchisme, au sein d'un groupe (shû/z?ng). Le lien généalogique (lignées maîtres-disciples) qu'implique le sens originel de z?ng reste important en Chine, où il joue un rôle plus déterminant que la nature exacte de l'idéologie pour le rattachement à une dénomination religieuse. Dans le Zen japonais également, la généalogie religieuse des maîtres est considérée comme une référence importante pour évaluer l'authenticité et la qualité d'une école.
On comprend ainsi qu'il s'agit à la fois des croyances et des cultures d'un groupe humain et des pratiques qui en découlent.
L'étymologie montre que la religion relie l'homme à la divinité, et à ses racines originelles, et à la société où il évolue. Ces dimensions (ainsi que le rapport à la mort, implicitement présent dans les cultes des Lares) se retrouvent effectivement à l'origine des religions. Historiquement, dans les sociétés primitives, il n'y a pas de séparation entre le sacré et la société elle-même: la société n'a pas "une religion", c'est la nature même de la société qui est religieuse, la religion est coextensive à la société, et toutes les activités de l'homme qui prennent un aspect transcendant. L'évolution des civilisation a progressivement conduit à laïciser la plupart des activités de l'homme (écriture, art, législation, sexualité ...) qui étaient initialement des actes sacrés. Parallèlement, les questions religieuses se sont marginalisées, et tendent à se spécialiser sur la spiritualité. Mais la religion ne se réduit pas pour autant à une spiritualité personnelle et privée; il n'est pas possible de parler de religion sans mentionner d'une manière ou d'une autre la manière dont elle a structuré sa société, et continue encore à le faire.
[] Foi, sens et croyances
Pour les paléontologues, la conscience de la mort est constitutif de l'humanité : le rite funéraire est l'indice qui signale l'émergence d'une certaine forme de culture, mais surtout celle du sentiment religieux, qui permet de distinguer l'humain des autres anthropoïdes[1].
Les grandes religions cherchent à répondre aux questions essentielles sur le sens de la vie, instituant en particulier une espérance devant le mystère de la mort. Elles parlent à ce sujet d'un Au-delà, de vie éternelle, de réincarnation, de résurrection, d'immortalité, d'éternité. Dans les temps modernes, en Occident, à la suite de Descartes, Auguste Comte élabora de même une sorte de culte des morts. Les détracteurs y voient une fuite du réel et une expression de la peur: elle serait l'expression organisée de la soif de sens de l'être humain et son désir d'expliquer ce que son savoir ne peut expliquer. On parle plus volontiers d'une quête de sens, plus ou moins rationnelle et en tous cas multiforme.
Depuis que l'homme est au monde, il ne cesse de s'interroger sur la façon dont le monde fonctionne, sur la place qu'il occupe dans celui-ci, sur sa raison d'être. Dans sa tentative d'expliquer l'univers et les phénomènes physiques, la première expression intellectuelle de l'homme a été une expression religieuse. L'homme implique souvent une ou plusieurs déités ou d'autres forces surnaturelles. Ce chapitre religieux pose les questions du rapport au monde, en particulier à la nature, dans les animismes, où toutes les forces de la nature sont sacralisées. Les religions sont souvent imprégnées de diverses croyances, qui peuvent apparaître comme des superstitions, ou des comportements irrationnels pour un esprit extérieur se voulant cartésien.
La religion structure également le rapport à l'autre, humain ou non. Une autre problématique dont traite la religion en tant que facteur de cohésion sociale est celle du pur et de l?impur, et du rapport à son autre, c'est-à-dire, au non-religieux dont elle trace les contours. On peut penser ce rapport en termes essentialistes, ceux de sacré et de profane, ce que font, en fait, tous les théologiens qui n'osent plus parler de leurs convictions que par le détour d'un métalangage. Mais on peut aussi aller plus loin, ne pas s'arrêter là où la théologie le demande, et aborder la religion comme on le fait pour n'importe quel autre aspect de la vie sociale. Dans cette approche, la religion ne se pense plus comme une option mais comme l'un des procédés non-optionnels, universels, par lesquels une société se perçoit, trouve et prend sa place dans le monde. Selon Durkheim, la religion, c'est la société elle-même en train de s'auto-légitimer et de s'auto-adorer.
Enfin, sur un plan subjectif, les religions sont associées à l'expression d'une "expérience spirituelle" (extase mystique, révélation, éveil) dont on trouve la trace dans toutes les cultures. L'homme se fonde sur cette expérience spirituelle pour donner un sens au monde, ou du moins en réfère-t-il au divin pour en saisir le sens ("sens" doit s'entendre dans ses deux significations, à la fois comme herméneutique et comme direction). Ce chapitre de la religion pose la question du rapport à Dieu ou aux dieux.
[] Évolution des formes religieuses
[] Anthropologie et Formes mythologiques
En anthropologie, le champ couvert par le terme religion doit être défini par les anthropologues eux-mêmes : « Le mot ?religion? n'est pas un terme trouvé sur le terrain, c'est un terme créé par les chercheurs pour leur propre besoin. En conséquence, c'est à eux que revient la tâche de le définir. Il s'agit d'un concept générique, de second degré, qui joue le même rôle dans la mise en place de l'horizon disciplinaire de l'étude de la religion que les concepts de ?langage? et ?culture? en linguistique et anthropologie. Sans un tel horizon, il n'y a pas de discipline de l'étude de la religion »[2]. L'analyse historique et scientifique de l'origine des cultes antérieurs à notre ère n'en est devenue que plus spéculative.
Considérant les techniques, les sépultures avec des objets proprement cultuels de l'Homme de Néandertal témoignent des premiers cultes dans le Paléolithique moyen vers -100.000 ans au Moustérien. À cette même époque l'homo sapiens intégra les cultes mortuaires de l'Homo neanderthalensis comme semblent l'indiquer les découvertes récentes de La grotte de Skhul dite grotte des enfants. Considérant l'Art, les cultes préhistoriques font aussi témoignage. Selon une hypothèse couramment admise, les cultes sont apparus avec l'invention du langage, qui date d'il y a 200 000 ans.
Les formes religieuses typiques dont on retrouve la trace dès la préhistoire sont l'animisme[réf. nécessaire], le fétichisme[réf. nécessaire], le polythéisme. Ces formes ne constituent pas "une" religion particulière, on trouve autant de forme qu'il y a de société qui s'y rattache.
Toutes ces formes se "perdent dans la nuit des temps": bien que documentées dans la période historique, il n'est pas possible de leur assigner une origine historique précise.
Les mythologies remontent souvent à la transition entre préhistoire et période historique, la protohistoire. On peut citer comme exemples de mythologies celles de Sumer, de Babylone, les Dieux égyptiens, voire la mythologie grecque...
Ces formes perdurent dans les religions ou spiritualité de différentes zones de la planète : chamanisme d'Eurasie (Nord sibérien), religions d'Afrique, d'Amazonie, d'Océanie, d'Amérique, etc. On peut également citer d'autres religions maintenant quasiment disparues, le plus généralement polythéistes, maintenant classées en mythologie ou religions antiques, originaires principalement d'Eurasie, d'Afrique, ou d'Amérique.
On peut penser que les cultes anciens de notre ère prennent leurs racines dans ces cultes préhistoriques et ces mythologies.
[] Textes sacrés
L'invention de l'écriture ouvre à la fois la période historique, et les premiers grands textes sacrés de l'humanité. C'est cette période qui voit notamment apparaître l'hindouisme, retracé jusque vers 5000 av. J.-C., et ses Veda; le monothéisme, retracé jusqu?à Abraham vers 1850 av. J.-C., le judaïsme, retracé jusqu?à Moïse vers 1250 av. J.-C., avec la Bible.
Il existe deux grands berceaux des religions contemporaines sur Terre, qui ont émergé il y a trois à quatre mille ans:
- Les religions abrahamiques (le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam) proviennent géographiquement du Croissant fertile, qui s'étend de la région où naquit Abraham (actuel Irak) à l'Égypte. Elles se décrivent comme étant monothéistes (par opposition au passé polythéiste du bassin méditerranéen) et révélées.
- L'Hindouisme est né au nord du sous-continent indien (actuels Bihar et Uttar Pradesh et confins sud du Népal). On peut néanmoins les décrire comme une forme de polythéisme hénothéiste ou même panenthéiste pour l'hindouisme.
Le Popol Vuh des Mayas montre que ce mouvement était également présent dans le nouveau monde. Se rattachent également à cette forme les différents livre des morts rencontrés dans diverses civilisations (égyptien, tibétain, maya).
[] Enseignements
A partir du premier millénaire avant notre ère, l'émergence de la pensée philosophique issue d'un auteur marque un tournant dans la forme des religions: les nouvelles formes se rattachent à l'enseignement personnel d'un maître. On voit ainsi apparaître de cette manière:
- Le jaïnisme, retracé jusqu'au Tîrthankara historique Parshwanath, VIIe siècle, VIIIe siècle av. J.-C.
- Le zoroastrisme, retracé jusqu?à Zoroastre vers 650 av. J.-C.
- Le taoïsme, retracé jusqu?à Lao Zi vers 600 av. J.-C.
- Le bouddhisme, retracé jusqu?à Bouddha vers 560 av. J.-C.
- Le confucianisme, retracé jusqu?à Confucius vers 550 av. J.-C.
- Le christianisme, retracé jusqu'au début de l'ère chrétienne avec Jésus-Christ
- L'islam, retracé jusqu?à Mahomet entre 609 et 632 (Hégire en 622).
- Le sikhisme, créé par Nanak Ji vers 1500
... sans compter les grands courants de la pensée philosophique non nécessairement rattachés à l'idée de religieux.
Ces formes de religion ont en commun de fournir une explication à nos grandes questions philosophiques. Elles n'en ont cependant pas l'exclusivité, et ces questions ont été abordées par tous les grands systèmes philosophiques qui émergèrent dans le premier millénaire avant notre ère.
Dans l'Antiquité gréco-romaine, les philosophes abordent les mêmes questions sur un plan purement métaphysique, en les détachant de la pratique religieuse.
En Asie, le bouddhisme, le confucianisme, shintoïsme etc.. forment plutôt une philosophie en tant que mode vie, une spiritualité ou une forme de religion polythéiste.
[] École, confessions, religions
Les ruptures religieuses des deux derniers millénaires tendent à se rattacher à des ruptures entre écoles, plus qu'à l'enseignement original d'un maître. Une appréhension nouvelle d'un corpus existant donnera lieu à la création d'une école si celle-ci n'aboutit pas à un schisme, d'une confession s'il y a schisme, et tendra à être qualifiée de nouvelle religion si le nouveau corpus se veut syncrétique, par exemple. Le discours théologique sur lesquelles elles se fondent n'est souvent qu'une affaire de spécialistes. Les disputes se traduisent souvent par des oppositions politiques, et l'orthodoxie peut parfois être imposée par un appareil législatif et une répression pénale.
Toute religion qui possède un grand nombre de croyants, qui connaît une certaine expansion géographique ou qui subsiste depuis longtemps connaît des diversifications qui donnent naissance à de nouvelles manière d'appréhender le corpus existant. Ces nouvelles appréhensions peuvent accoucher de courants qui continuent d'appartenir à la même institution (on peut prendre pour exemple les différentes sensibilités co-existant dans l'église catholique, qui vont de la théologie de la libération à l'Opus Dei) ou créent une nouvelle confession qui, tout en se réclamant des mêmes textes sacrés, en tirent d'autres conséquences (on peut penser au bouddhisme : celui du grand véhicule, celui du petit véhicule et le bouddhisme zen, on peut aussi penser au catholicisme, à l'orthodoxie et au protestantisme pour le christianisme).
Chaque religion peut comporter en son sein plusieurs sous-groupes ou courants. Certains peuvent se voir comme orthodoxes, définissant les autres comme hétérodoxes, voire hérétiques. Lorsqu'un groupe se dissocie profondément de l'ensemble, on parle de schisme. Pour désigner les différents groupes, on utilise parfois le terme dénomination (anglicisme) ou, pour les différents sous-groupes chrétiens, Église. Secte, employé dans un contexte historique, peut aussi désigner un courant, mais dans la France du XXIe siècle, il a un sens plus spécifique de groupe restreint aux caractéristiques très marquées, et présente souvent une connotation négative. Quand il y a mélange d?influences, on parle de syncrétisme.
Pour les ruptures à l'origine de religions modernes, on peut citer par exemple:
- Le catholicisme orthodoxe, retracé jusqu'entre 431 et 1054
- Branches du bouddhisme : Hinayana, Mahayana, Vajrayana
- Le shintoïsme, religion animiste apparue vers 650
- Branches de l'islam, par ordre d'importance (non exaustif): Sunnisme, Chiisme, Kharidjisme
- Le catholicisme romain, tracé en 112, affirmé en 1054
- Le bouddhisme Nichiren, créé par Nichiren vers 1250
- Le protestantisme au début du XVIe siècle. Différents courants dont :
- Le luthéranisme, initié par Martin Luther en 1517
- L'anglicanisme initié par Henri VIII en 1531
- Le calvinisme, initié par Jean Calvin en 1536
- ...
On pourrait citer aussi les nombreuses « hérésies », comme le gnosticisme, le nestorianisme, le monophysisme, le pélagisme, qui sont autant d'exemples du même phénomène.
[] Les cultes de création plus récente
Le monde contemporain, malgré (ou à cause) du désenchantement du monde diagnostiqué par Marcel Gauchet, ne fait pas exception à la création de nouvelles religions. Ces nouvelles formes se caractérisent souvent par la volonté de se distinguer (voire de se séparer) d'une société qu'elles critiques, pour adopter un style de vie spécifique et orienté vers un but spirituel. On peut citer dans cette nombreuse catégorie:
- Les "Quakers", ou Société religieuse des Amis, sont fondés par George Fox en 1652.
- Le mormonisme, c?est-à-dire l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, organisé par Joseph Smith en 1830
- Les Témoins de Jéhovah sont fondés par Charles Taze Russell en 1881.
- Le bahaïsme, fondée par Mirza Husayn Ali Nuri surnommé Bahá'u'lláh en 1844.
- L'Église de l'Unification fondée par Sun Myung Moon en 1954.
- L'Église de Scientologie, fondée par L. Ron Hubbard en 1954.
- L'Association internationale pour la conscience de Krishna fondée par A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada en 1966.
- ... et autres nouveaux mouvements religieux.
[] Principales religions dans le monde
[] Classement théologique, philosophique ou anthropologique
On peut classer les religions selon le nombre de leur dieux, les relations qu?ils entretiennent entre eux, avec l?univers et les fidèles, ou la présence de certains concepts ou pratiques en leur sein :
Les religions monothéistes ne reconnaissent qu'un seul Dieu : christianisme, islam, judaïsme en sont les exemples les plus typiques. Ces trois religions sont appelées abrahamiques, car elles reconnaissent toutes les trois la figure d'Abraham comme premier patriarche.
Les religions polythéistes reconnaissent plusieurs dieux, différemment liés. L'ensemble polythéiste peut être subdivisé en différents types : hénothéisme, monolâtrie par exemple.
Le panthéisme est une philosophie selon laquelle tout est Dieu.
Les religions révélées sont des religions qui affirment détenir leur connaissance de source divine, soit par des apparitions (théophanies), soit par l'inspiration à des prophètes de textes considérés comme d?origine divine. Les religions abrahamiques en sont un exemple.
Les religions peuvent être fondées sur une orthodoxie (christianisme) ou une orthopraxie (judaïsme, hindouisme).
La présence de certaines croyances ou pratiques (animisme, chamanisme etc..) peut aussi caractériser les religions et permettre un regroupement. La distinction entre religions sacrificielles ou non sacrificielles est particulièrement importante en anthropologie.
[] Classement historique et géographique
On distingue quelquefois les religions éteintes, les religions actives et les nouvelles religions émergeantes. Les premières, également appelées religions antiques, reparaissent parfois dans la dernière catégorie lorsqu?elles font l'objet d?une tentative de résurrection (néo-druidisme, néo-paganisme...).
On peut également regrouper les religions par aires géographiques, qui sont souvent aussi des aires culturelles. La proximité géographique va souvent de pair avec des emprunts et influences mutuelles, voire une communauté de sources. Dans le monde indien, on remarque que l'hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme, sont profondément liées, comme avec le sikhisme, influencé par l'hindouisme et l'islam[3].
[] Problèmes de dénombrement
À travers l'Histoire, les hommes ont adopté de multiples religions. Certaines se sont répandues dans le monde entier et sont très pratiquées. Divers types de classements sont possibles. Il est difficile d?obtenir des statistiques exactes et précises concernant le nombre d?adhérents aux différentes religions et d?incroyants, ce pour plusieurs raisons :
- Difficulté de mise en ?uvre, diversité et validité des modes de comptage : une documentation disponible n?existant pas toujours, le recueil de statistiques est une entreprise qui consomme beaucoup de temps et de ressources ; les différents modes de comptage - inscription sur des listes officielles, estimation selon d?autres critères (ethnique p.ex.), auto-déclaration - peuvent donner des résultats différents, chaque mode comportant ses risques d?erreur.
- Manque d?objectivité : les statistiques religieuses sont souvent établies par des organismes rattachés à un ensemble idéologique donné ; il peut y avoir sur- ou sous-comptage délibéré de certains groupes. Certains environnements imposent ou interdisent certaines idéologies, empêchant l?accès à l?opinion réelle des sondés.
- Définition des ensembles religieux et idéologiques : les statistiques sont établies par des personnes appartenant à une zone géographique et culturelle donnée. Certaines religions y sont bien connues, donc clairement définies ; d?autres religions "exotiques" peuvent être mal identifiées. Par ailleurs, même pour les religions bien connues, le regroupement peut varier : mormons, témoins de Jéhova et nouvelles sectes d?inspiration chrétienne peuvent ainsi être inclus dans l?ensemble des chrétiens ou comptés à part. Les incroyants peuvent avoir des difficultés à se situer dans un groupe précis (athée, agnostique, libre-penseur), ce choix réclamant un travail introspectif et des connaissances philosophiques de base pour être fait en connaissance de cause.
- Adhésion exclusive et multi-adhésion : si certaines religions réclament un rattachement exclusif, il existe des zones culturelles (monde chinois p.ex.) où la multi-adhésion est courante, brouillant les statistiques.
- Les statistiques générales ne font pas apparaître le degré d?adhésion réelle aux pratiques ou concepts.
Les statistiques au niveau mondial sont une tâche particulièrement ardue, et la source la plus consultée[4] repose depuis plus de deux décennies sur le travail de David B. Barret et de ses collaborateurs, particulièrement en ce qui concerne le christianisme. Cet ancien missionnaire anglican devenu évangéliste déclare déplorer le manque de concurrence.[5]
[] Chiffres
| Statistiques de D. Barrett (complétées)[6] | Chiffres d'adherents.com (complétés)[7] |
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[] Éléments des religions
On s'accorde souvent pour nommer religion l'ensemble des pratiques et des rites propres à chacune de ces familles de croyances. Pragmatiquement, une religion peut s'analyser suivant plusieurs dimensions plus ou moins présentes.
[] Univers invisible
Une religion se fonde sur le domaine surnaturel, un monde de l'esprit, dont la définition peut être variable. La plupart des religions supposent l'existence de relations entre les humains et des forces ou des personnes invisibles, qu'ils soient dieux, anges, démons ou esprits des morts. Le miracle est la manifestation spectaculaire de ces relations, son caractère miraculeux se fondant sur le fait qu'il est impossible à expliquer rationellement.
Le croyant qui essaie de communiquer avec ces forces et ces êtres (par une communication fondée sur l'invocation ou l'évocation de l'esprit) peut avoir deux buts:
- Il peut chercher à être guidé ou informé - acquérir de l'information- il fait alors appel à l'art divinatoire.
- Il peut chercher à se rendre favorable l'action de ces puissances invisibles, par des demandes, prières, ou liturgies propitiatoires.
Ces pratiques sont probablement l'aspect le plus critiqué par le rationalisme, précisément parce qu'on ne peut les soumettre à la critique expérimentale. L'examen critique d'une telle relation peut se comprendre à deux niveaux. D'une part, la réalité du résultat revendiqué peut être contestable: le "miracle" n'a pas eu lieu, les témoignages sont trompeurs (volontairement ou non). D'autre part, le phénomène extraordinaire d'un thaumaturge n'est pas nécessairement une théurgie (dû à l'intervention d'un esprit extérieur), mais peut être la manifestation de pouvoirs occultes qui sont dans la nature de l'homme mais ne sont pas habituellement maîtrisés (approche de l'occultisme moderne).
[] Liturgies, rites
Des rites sont des signes, symboles et pratiques "en actions", qui unissent les croyants entre eux et avec la ou les puissances supérieures qu'elles reconnaissent.
Les croyants ou fidèles tendent à se réunir pour des cérémonies et célébrations pouvant comporter des rituels et des prières. Les rites adéquats prennent généralement une forme fixée pour le culte, dont l'ensemble constitue une liturgie.
Les différentes religions demandent souvent à leur fidèles d'être en état de pureté avant de pouvoir faire certains actes, comme prier, présider à une cérémonie religieuse, etc. La définition précise de la pureté et la manière de l'atteindre (par exemple par des ablutions) varie avec la religion.
Les cérémonies ne sont pas nécessairement à caractère religieux; elles continuent à être un facteur de symbolisme et de cohésion sociale y compris dans le domaine profane.
[] Exercice spirituel
Une spiritualité est avant tout une manière d'être en relation avec "quelque chose" de transcendant: une forme (Dieu?) ou plusieurs (dieux, ancêtres, esprits, etc.) une puissance supérieure ou un état autrement insaisissable ("cieux", "enfers", "invisible", "autre monde", etc.) ou tout autre but spirituel : par la méditation, par la prière, par le mysticisme.
Pratiquement toutes les grandes religions proposent une approche spirituelle de type mystique, c'est à dire une « approche expérimentale du divin ». Pour Ignace de Loyola, auteur catholique des Exercices spirituels, il s'agit, « par l?examen de conscience, la méditation, la prière et la contemplation, de chercher et de trouver la volonté de Dieu sur l?organisation de sa vie et le salut de son âme. »[9]
Le but de l'exercice spirituel dépend naturellement de la doctrine religieuse au sein de laquelle il est pratiqué, mais ces exercices se retrouvent dans toutes les religions, voire en dehors de tout contexte religieux (comme dans la plupart des branches du yoga): méditations, jeûnes et autres mortifications corporelles, invocations rituelles. Ces exercices ont généralement pour effet de permettre une meilleure maîtrise de l'esprit (et notamment de le libérer des distractions corporelles), et éventuellement, d'atteindre des états de conscience atypiques (État modifié de conscience, transes, extases), parfois avec l'aide de psychotropes (dans des pratiques shamaniques ou magiques, notamment).
Ces exercices spirituels sont par nature des pratiques individuelles: ils répondent à une démarche personnelle, toujours volontaire, et cette voie n'est le plus souvent suivie que par une infime minorité, même dans les sociétés religieuses. Ils sont néanmoins généralement intégrés dans une pratique communautaire, que ce soit à travers les rites qui les accompagnent, ou l'existence d'une vie communautaire spécifique (monachisme) destinée à soutenir la volonté du pratiquant et lui épargner toute distraction par rapport à son but spirituel.
[] Symbolisme
Les religions font grand usage de symboles, le plus souvent particuliers à chacune. Le symbole est en effet un support nécessaire dans le domaine de la métaphysique, du fait que l'objet spirituel ne peut pas être directement vu ou manipulé: le symbole est une représentation de l?absent et de l?imperceptible.
Un symbole permet de transférer le discours ou l'action sur un objet sensible spécialement consacré à cette représentation. Le symbole peut être un objet, une représentation picturale (comme le Mandala dans l'Hindouisme ou le Boudhisme) ou un concept (comme le mantra, représentation sonore de la divinité), mais également des actes, constitutifs de la liturgie. Une cosmogonie est une façon d'expliquer le monde et son origine (et par là, son organisation "naturelle"), souvent empreinte de symbolisme. Dans les formes les plus anciennes de la religion, les récits mythologiques sont souvent très fortement symboliques.
Pour les adeptes qui lui accordent une signification religieuse, un symbole prend (par sa nature même) un caractère sacré, et doit être respecté à ce titre (c'est ce qui conduit à la mise en place des tabous dans les socitétés primitives). En effet, l'utilisation d'un symbole religieux en dehors de son contexte religieux propre (donc dans une contexte profane) constitue littéralement une profanation, évènement grave pour le fidèle de la religion, parce qu'il tend à rompre le lien entre le symbole et l'objet spirituel qu'il représente. Une profanation volontaire est généralement considérée comme un blasphème, c'est à dire un acte qui manifeste une absence de respect pour le fidèle et sa religion, et appelle des sanctions.
Historiquement, la gravure sacrée de symboles a été à l'origine des hiéroglyphes, et finalement de notre écriture. Le symbolisme n'est pas nécessairement religieux pour pouvoir déclencher des passions : les espèces monétaires sont par exemple une forme de symbole extrêmement utilisée dans les temps modernes.
[] Doctrines et croyances
Les religions transmettent des enseignements et des codes de lois religieuses, censés montrer le juste et l'injuste, le bien et le mal, aux fidèles. Elles les dote d'une morale, plus ou moins contraignante, censée orienter le croyant et sa communauté vers son bonheur et, par conséquent, l'éloigner de ce qui pourrait causer son malheur. La doctrine religieuse ne se limite pas au seul domaine du surnaturel, mais peut développer des conséquences dans tous les domaines de la connaissance, et de société.
Parmi les codes de lois religieuses, on peut citer le droit canonique romain, les dix commandements, les hadiths, etc..
Une éthique est un ensemble de principes moraux, de commandements, de droits et de devoirs. Les questions éthiques sur la société ont toujours intéressé les religions. Au XIXe siècle, le catholicisme a élaboré une doctrine sociale, qui a été mise en pratique dans le catholicisme social.
L'environnement est au c?ur des interrogations sur la vision du monde et de sa création ou Création[10]. Sur ces questions, le bouddhisme a été en avance dans ses réflexions. Il existe aujourd'hui des réunions sur le thème de l'environnement et du développement durable entre les grandes religions et spiritualités.
Quand elles sortent du domaine purement spirituel, les doctrines d'inspiration religieuse sont un objet de critique souvent polémique pour les tenants de la liberté de pensée et de la liberté de conscience. La justification spirituelle de ces doctrines est considéré comme étrangère au domaine traité, qui revendique sa propre autonomie cognitive; et cette origine religieuse est perçue comme un argument d'autorité, obstacle à la liberté individuelle et à l'autonomie de la raison.
Les croyances ne sont pas toujours liées à une religion, comme la croyance aux OVNI, par exemple. Inversement, certains dogmes ou croyances religieuses, comme la réincarnation, peuvent être acceptés isolément sans adhérer au système religieux d?où ils sont empruntés.
[] Religion et société
[] Peut-on séparer la religion du social ?
Quand il paraît naturel à un occidental de se questionner sur la place que la religion doit avoir dans la société, cette seule distinction des deux termes religion et société peut paraître absurde dans d'autres aires culturelles. En effet, la distinction du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, initiée lorsque le christianisme a remplacé la religion d'état à Rome, n'a pas cours dans la plupart des sociétés traditionnelles où l'on peut dire que le social en son entier est religieux. L'appartenance à une caste, l'exercice d'une profession, la manière dont on prépare la nourriture, les personnes que l'on fréquente, celles avec lesquelles on se marie, la manière dont on s'habille, tout, dans les sociétés traditionelles, renvoie de droit à une signification religieuse. Mais si la religion, en tant qu'ensemble de règles ou système de discours, imprègne les actes les plus quotidiens (jusqu'aux décorations de l'habitat) et détermine les rapports hiérarchiques, cela n'empêche pas l'existence de tâches dédiées, plus particulièrement religieuses, et de tâches plus quotidiennes, moins chargées de ce scrupule et de cette attention que réclame dans toutes les sociétés la manipulation du sacré. Ces tâches sont effectuées par des personnes consacrées, dont la position peut faire penser à celle du clergé chez nous. Ainsi, tout en se gardant de confondre le fonctionnement de notre société sécularisée avec des fonctionnements radicalement différents, on peut se questionner sur les différents types de clergé, et la place qu'ils peuvent avoir dans les différentes organisation sociales que l'on peut rencontrer.
[] Religion et pouvoir politique
La question des relations entre la religion et le pouvoir sur la société (pouvoir politique) est apparue à différentes époques, notamment dans le monde occidental. Dans l'organisation des sociétés, le pouvoir spirituel est mêlé plus ou moins fortement au pouvoir temporel, voire assimilé comme une entité indissociable (où n'existerait pas une telle distinction). Historiquement, le clergé a constitué dans certaines religions et suivant les époques une force politique, un instrument de pouvoir politique, voire un État dans l'État. Ces relations entre ces pouvoirs distincts peuvent s'exprimer plus ou moins fortement : d'une exclusion ou influence mineure du pouvoir religieux (et des valeurs religieuses) sur l'organisation et le gouvernement d'une société, jusqu'à la domination de l'organisation de la société par la religion et ses représentants (théocratie, par exemple).
Cette question est celle du cléricalisme: dans quelle mesure les clercs, c'est à dire les membres de l'institution religieuse, peuvent ou doivent-ils avoir en même temps un pouvoir politique? La pensée catholique en fait remonter l'origine à la parole de Jésus-Christ, « il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mat 22:21). Cette question se prolonge traditionnellement dans la pensée occidentale, à travers la distinction entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, ou bien la distinction entre pouvoir religieux et politique (par exemple au XIIIe siècle, chez Thomas d'Aquin) ou bien plus récemment autour des concepts modernes de « laïcité », de séparation de l'Eglise et de l'Etat, (loi de 1905 en France, sous la IIIe République).
Le lien entre religion et pouvoir politique peut prendre un aspect répressif dans les sociétés où la norme est d'appartenir à un groupe religieux: une attaque contre la religion peut alors être sanctionnée comme blasphème, et quand l'hérésie est pénalement sanctionnée, des tribunaux spécialisés[11] peuvent être amenés à juger de l'orthodoxie des membres du groupe par rapport à des critères purement religieux.
[] Identité religieuse
La socialisation d'un individu repose toujours sur une appropriation des normes et des valeurs d'un groupe auquel il se rattache. Quand ce groupe est religieux, la religion fournit une identité collective : une manière de se comporter en groupe, de se reconnaitre.
La socialisation qui se produit par l'appartenance et l'identification à un groupe conduit parfois à rejeter et dévaloriser ceux qui ne sont pas membres du groupe; et quand la socialisation se fait autour d'une identité religieuse, le rejet et la condamnation de l'autre peut parfois prendre le caractère d'un extrémisme religieux.
Dans certains cas, les religions peuvent interférer avec les nations (et de façon plus générale avec tout groupe d'hommes) de telle sorte qu'elles ont souvent besoin d'un ennemi pour se fédérer et se construire. Cette logique identitaire est capable d'alimenter des conflits pouvant aboutir à une guerre de religion. Les civilisations ont entre elles des relations quelquefois conflictuelles, l'une des raisons pouvant être religieuse du fait des différences de croyances. [12]
Le dialogue inter-religieux vise à harmoniser les relations entre religions.
[] Art
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- « L'art et la religion ne sont pas deux choses, mais plutôt l'envers et l'endroit d'une même étoffe. » Alain, Préliminaires à la mythologie.
Les relations qui unissent l'art et la religion sont aussi complexes, voire contradictoires, que celles qui unissent la religion et la science.
Dans certaines sociétés, le concept d'art est indissociable de celui de religion, l'art se définissant en partie par des fonctions rituelles dans la pratique religieuse : on peut prendre comme exemple les ?uvres de l'art africain traditionnel (arts premiers). En réalité, l'art religieux (musique sacrée, peinture religieuse, architecture religieuse, danse sacrée,...) ne se construit pas par rapport à un art profane indépendant. Historiquement, la situation a toujours été inverse: les différents arts apparaissent associés à des pratiques rituelles. La technique artistique y est utilisée pour évoquer et renforcer tel ou tel type de sentiment religieux. Dans ce cadre, elle acquiert une certaine maturité, et prend par la suite son autonomie en devenant un art profane.
L'art véhicule une partie des traditions, valeurs et concepts religieux, contribuant à les entretenir et les répandre. En effet, la religion, dans toutes ses manifestations, est mélée d'art : poèmes mystiques, églises, mosquées et temples, danses, objets sacrés, représentations picturales, tout ce qui touche à la religion a été, à un moment ou à un autre, sujet pour un artiste. De ce fait, les thèmes religieux ont toujours été une inspiration
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