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{revue}
Selon Léon d'Hervey de Saint-Denys, le rêve est la représentation aux yeux de notre esprit des objets qui occupent notre pensée1. Il survient pendant le sommeil, alors que le corps est physiologiquement au repos. Sa structure est diffuse et dynamique. Il fonctionne généralement sur le mode hallucinatoire dans le sens d'une perception sans objet ; la plupart du temps visuelle, auditive et/ou tactile. Avec l'éveil et le sommeil, le rêve est, pour les neurobiologistes, le troisième état du cerveau. Dans la tradition indienne, il existe un quatrième état : Turiya2. Le rêve a toujours exercé une fascination chez l'être humain en raison de deux questions fondamentales qu'il lui pose : son rapport au réel (lire Réalité sensible) et son rapport à l'activité consciente éveillé (lire Pluralité des manifestations de la conscience et Questions fondamentales liées à la conscience). D'autre part, sa fonction ou finalité3 reste une énigme et de nombreuses hypothèses sont actuellement à l'étude. Il a été prouvé qu'une personne humaine normale rêve pendant son sommeil[réf. nécessaire]. La plupart du temps, les gens qui croient qu'ils ne rêvent pas ne se souviennent tout simplement plus de leur rêve. Neurophysiologie du rêve
« Capteur de rêves »
Chez l'adulte les rêves occupent environ 20% du temps total de sommeil, 45 à 65% chez le nouveau-né, 20 à 25% chez le jeune adulte et 13 à 18% chez la personne agée. Pour l'adulte, la période du rêve représente environ 1h1/2 chaque nuit, soit, sur une vie, une durée moyenne de quatre années4. HistoriqueLa neurophysiologie du rêve se distingue des théories psychologiques en ce sens qu'elle permet l'étude descriptive et fonctionnelle de l'activité onirique, aux niveaux biochimique, biologique et anatomique. Les prémisses de la neurophysiologie se font sentir avec Alfred Maury5, professeur au collège de France. Jusqu'alors le rêve n'avait pas de structure temporelle au sein du sommeil. En réveillant des sujets à intervalles réguliers il remarqua que les souvenirs de rêve étaient rares, infirmant l'idée que les rêves survenaient de façon permanente pendant le sommeil. Il fit l'hypothèse que le rêve était un phénomène épisodique ou aléatoire survenant à des moments particuliers : pendant l'endormissement, sous l'influence de stimuli externes ou internes ou avant le réveil6. Aujourd’hui, des chercheurs comme Peretz Lavie considèrent que Maury n’avait pas des rêves, car les expériences se faisaient juste après son endormissement, mais des hallucinations hypnagogiques7. La neurophysiologie du rêve proprement dite commence véritablement au XXe siècle, à partir des années 1950. Les découvertes antérieures à cette date ne furent tout simplement pas reliées à l'activité onirique, bien qu'elles la concernaient plus ou moins directement. C'est ainsi qu'en 1880 le docteur Gélineau décrit la narcolepsie avec ses phases d'abolition du tonus musculaire à la suite d'une émotion (cataplexie) ou d'irruption irrépressible du sommeil, épisodes pendant lesquels certains patients rêvent. En 1937, l'Allemand Klaue fit la différence chez le chat entre deux activités corticales au sein du sommeil, l'une rapide, l'autre lente, sans les associer à une activité onirique. En 1944, l'Allemand Ohlmeyer décrivit des cycles d'érections pendant le sommeil, qui correspondent en fait aux périodes de rêve, mais sans relier les unes aux autres6. La recherche depuis 1953En 1939, Nathaniel Kleitman publia un livre sur le sommeil qui fit référence8. Deux de ses étudiants firent également des découvertes importantes : Eugen Aserinsky et William Dement. En 1953, E. Aserinsky émit l'hypothèse que les périodes de mouvements oculaires rapides survenant pendant le sommeil et enregistrés grâce à un électro-oculogramme correspondaient aux périodes des rêves. Cette activité oculaire fut nommée PMO (phase de mouvements oculaires) ou REM (rapid eye movements) par opposition aux mouvements oculaires lents et ondulants observés pendant la phase d'endormissement. W. Dement constata que 80 % des dormeurs réveillés pendant les phases REM se rappelaient leurs rêves, contre 7 % seulement pendant les périodes de sommeil profond9. Le rêve survenait par périodes de 20 à 25 min, séparées par des intervalles de 90 minutes, et caractérisé par une activité corticale similaire à celle de l'endormissement et des mouvements oculaires rapides6. Ces travaux furent confirmés par M. Jouvet chez le chat. Il découvrit en outre que pendant les phases REM existait une disparition du tonus musculaire axial, associée à une activité cérébrale intense, proche de l'éveil les yeux ouverts, et de l'endormissement les yeux fermés (soit une durée de 6 mn toutes les 25 mn chez le chat). C'est ce qui le conduisit à introduire la notion de sommeil paradoxal, faisant ainsi du rêve le troisième état physiologique du cerveau. Ces critères d'atonie, d'activité cérébrale10, et des mouvements oculaires se retrouvèrent également chez l'homme9. Stimuli externes et rêvesPlusieurs groupes de chercheurs ont tenté de refaire les expériences de Maury, en vain. L’intégration de stimuli externes dans le rêve était au mieux partielle, souvent nulle. Dans aucun cas le stimulus ne devint le sujet central d'un rêve. Cette difficulté de détourner l’attention du rêveur de sa création interne a été nommée par Allan Rechtschaffen « processus monomaniaque » (single-minded process)11 La remémoration des rêvesEn 1991 le psychologue cognitiviste David Foulkes se rend compte que tout le monde n’entend pas la même chose si on lui demande au réveil « avez-vous rêvé ? » Il y a par exemple des gens qui, s’ils ont rêvé d’un fait quotidien, ne considèrent pas cela comme un rêve et répondront donc par la négative à la question. La question a donc été reformulée de manière plus neutre « quelque chose vous a-t-il traversé l’esprit avant votre réveil ? » En analysant les récits obtenus dans les laboratoires de sommeil, il devint alors évident que les rêves des stades de sommeil autres que le sommeil paradoxal, étaient plus fragmentés, plus proches d’une simple pensée. « J’ai pensé à mon examen de math. » Tandis que le même thème pendant le sommeil paradoxal est plus développé avec une intrigue ou des détails12. Par la reformulation D. Foulkes peut montrer que la fréquence de récits de rêves de sujets réveillés pendant un sommeil lent profond peut atteindre plus de 70 %. Tous les stades du sommeil sont donc propices à la production de rêves. Toutefois, la faculté de mémorisation est supérieure lorsque le sujet est réveillé en période de sommeil paradoxal, ce qui permet d'ailleurs d'obtenir des récits de rêve auprès de presque toutes les personnes (80 %), y compris celles qui prétendent ne jamais rêver, et ces rêves sont les plus vifs et les plus riches en images. En revanche, la remémoration est très difficile après un réveil en sommeil lent. Dans tous les cas, le rêve qui survient le plus aisément à la conscience est celui qui précède immédiatement le réveil. L’oubli des rêvesDans son laboratoire du sommeil à Haïfa en Israël, Peretz Lavie a étudié la quantité de rêves dont se souvenaient un groupe de survivants de la Shoah qui s’étaient bien adaptés à la vie après leur libération, un groupe de survivants qui avaient toujours des problèmes et des cauchemars et un groupe d’Israéliens nés en Israël. Les dormeurs étaient toujours réveillés lorsque les enregistrements électriques montraient une période de sommeil paradoxal, si le troisième groupe avait un nombre de rêves proche de la moyenne 78 %, ce nombre baissait à 55 % pour le deuxième groupe et n’était que de 33 % pour les personnes s’étant bien réadaptées à la vie quotidienne. La seule différence concernant le sommeil des différents groupes était sa profondeur. Les personnes ayant subi un traumatisme avaient un sommeil plus profond que les personnes en bonne santé13. La génération des images oniriquesL’examen des zones actives pendant les différentes phases de sommeil montre que l’hippocampe est actif pendant le sommeil paradoxal et c’est lui qui est responsable des images. More Majorum - la tradition ancestralemédecin grec, 460 av. J.-C., 370 av. J.-C., il est l'auteur du Traité d'hygiène d'Hippocrate ou l'Art de prévoir les maladies du corps humain par l'état du sommeil. Suivant l'état du soleil, de la lune ou des astres vus en rêve, Hippocrate pouvait savoir si le sujet était en bonne santé, ou au contraire malade. Les rêves avaient qualité de prodromes concernant l'état de santé d'une personne. 384 av. J.-C.-322 av. J.-C. il est l'auteur d'un traité sur les rêves : Des rêves.
Il s'agit d'un système d'interprétation des rêves très élaboré datant du IIe siècle av. J.-C.. Le rêve est distingué du songe qui concerne l'avenir. Le songe est soit théorématique c'est-à-dire qu'il ressemble à ce qu'il montre, soit allégorique14. Articles détaillés : Artémidore de Daldis et L'interprétation des rêves selon Artémidore de Daldis.
(400 ap. J.-C.), auteur d'un Commentaire du Songe de Scipion, il comptabilise cinq types de rêve :
pape en 590, il distingue trois grands types de rêves :
À sa suite, seuls les rêves d'origine divine seront tolérés. L'oniromancie est interdite14. D'après Jacques Le Goff, le savoir sur le rêve commence à s'affirmer à partir du XIIe siècle, s'affranchissant de ses origines divine et satanique. C'est l'ouvrage Liber de spiritu et anima ("l'esprit et l'âme"), rédigé par un moine cistercien au XIIe siècle, Alcher de Clairvaux, qui aurait permis cette transition. Assez semblable aux conceptions de Macrobe, il existe, selon Alcher de Clairvaux, cinq types de rêves :
Le rêve et la religionLa croyance à l'origine divine des songes est une croyance universelle. Des découvertes archéologiques prouvent que les Égyptiens de la Xe dynastie croyaient déjà qu'un rêve pouvait révéler l'avenir et avaient recours à des clés des songes15 On connait les songes que Zeus envoie à Agamemnon, les songes et les visions qu'accorde Apollon à Delphes, notamment à Oreste. Dans l'orphisme et l'école de Pythagore on enseigne que la communication avec le ciel s'effectue uniquement pendant le sommeil, moment où l'âme s'éveille, doctrine identique qu'on retrouve chez les écrivains juifs et arabes du moyen-âge. Ibn Khaldoun 1332-1406 nous renseigne sur la pratique ritualisée des rêves mantiques chez les musulmans. L'oniromancie babylonienne n'avait rien à apprendre de la Grèce. Le songe prophétique est bien connu chez les Sémites, ce dont témoigne l'Écriture Sainte16. Le chamanisme de Sibérie
La Grèce antiqueMorphéeDans la mythologie grecque, Morphée désigne les songes. Fils d'Hypnos (le Sommeil) et de Nyx (la Nuit), il est représenté avec des ailes battant rapidement et silencieusement, qui lui permettent de voler et lui confèrent l'ubiquité. C'est en effleurant un dormeur avec une fleur de pavot qu'il lui procure un rêve. Il fut foudroyé par Zeus pour avoir communiqué des secrets aux mortels. L'incubation
Le Rêve par Pierre Puvis de Chavannes
Incubatio : Sommeil du Temple21. Incubare : dormir dans le sanctuaire (mot grec : egkoimêsis)22. On s'intéressait déjà aux rêves à Sumer (-3000) et dans l'Égypte ancienne (-2500). Le rêve était considéré comme un message envoyé par les dieux. Dans la Grèce archaïque, l'incubation se pratiquait dans les grottes d'Amphiaraos et de Trophonios. Puis, à partir du Ve siècle av. J.-C. dans le sanctuaire d'Epidaure en Argolide, sous l'égide d'Asclépios, au niveau duquel des stèles ont été retrouvées, relatant 43 histoires de guérisons de patients. Dans l'incubation thérapeutique, les malades se rendaient dans un temple dédié au dieu de la médecine et s'étendaient sur leur Klinê (peau d'animal ?), dans l'adyton, pour dormir, après avoir reçu les instructions des prêtres leur recommandant d'être particulièrement attentifs à l'aspect qu'aurait le visage du dieu si celui-ci leur apparaissait en rêve. Le dieu pouvait apparaitre barbu, ou jeune garçon, accompagné ou non d'une de ses filles Hygieía, Panákeia ou Iaso, mais aussi sous la forme d'un chien ou d'un serpent. Lorsqu'il touchait la partie malade, ce dernier guérissait. Si le malade n'était pas visité par le Dieu, il devenait incurable. La coïncidence entre le rêve du malade et celui du prêtre était le sumptôma. Le dieu pouvait apparaitre onar (dans le rêve), ou upar (dans une vision à l'état de veille)23. La guérison de la stérilité était l'une des principales tâches de l'incubation. Les exemples les plus connus sont Andromaque d'Épire qui se rendit à Épidaure: le dieu souleva sa robe et toucha son abdomen, ce qui eut pour conséquence la naissance d'un fils21, mais également Andromède de Chios qui fut visitée par le dieu sous la forme d'un serpent qui reposa sur elle : elle porta cinq fils21. D'après Patricia Garfield24, l'incubation avait justement pour but principal la guérison de la stérilité. Ceci était possible par l'union sexuelle, pendant le sommeil, entre le pèlerin et le dieu ou la déesse. Cette union sexuelle avait réellement lieu dans le cas de la prostitution sacrée. Pour Ernest Jones, l' incubatio, le sommeil du temple, était l'union pendant le sommeil entre une personne et un dieu ou une déesse, et il s'interrogea sur le rapprochement entre les termes incubatio et incubus21. L'incubation a également été pratiquée à Rome : à l'époque romaine, il y avait environ 400 temples de ce genre dans le bassin méditerranéen, dont celui d'Esculape, l'équivalent romain d'Asclépios. Articles détaillés : Médecine et religion en Grèce antique et Culte d'Asclépios.
L'oniromancieArticle détaillé : Oniromancie.
Le médecin grec Hippocrate (-400) a consacré un traité aux rapports entre des contenus oniriques et diverses maladies. Ainsi, voir en rêve une mer agitée « pronostique l'affection du ventre », voir du rouge témoigne d'une surabondance de sang, etc. Par contre, l'onirocritique s'attachera surtout aux valeurs prémonitoires des données vues en rêve, décodées de façon symbolique à l'aide de diverses « clés des songes » (voir Artémidore de Daldis). Vision religieuse
Les démons du rêveSelon G. Van der Leeuw30, partout les démons sont plus anciens que les dieux. Un démon n'est pas nécessairement un être inférieur. Il peut même parfois devenir un dieu. Dans l'animisme, le monde est rempli d'esprits et de démons. À l'origine les démons sont en rapport avec des expériences vécues. Ils résultent de la confrontation aux puissances de la vie. Ils prennent aussi leur source avec les expériences du rêve.
Le rêve et la loiLe Code pénal français interdisait l'interprétation des rêves dans l'article R. 34, 7° de 1832 stipule "Seront punis de l’amende prévue pour les contraventions de la 3e classe [...] : Les gens qui font métier de deviner et pronostiquer, ou d’expliquer les songes." Toutefois, l'analyse de rêves n'a pratiquement jamais été poursuivie. Ce paragraphe a été abrogé par le Code pénal de 199431 Le rêve et le romantismeArticle détaillé : Le rêve et la rêverie comme thème romantique.
Les écrivains romantiques s'intéressaient beaucoup aux rêves. L'œuvre de Jean Paul comportent beaucoup de récits oniriques. En outre il écrit trois textes sur le sujet. La magie naturelle de l'imagination (1795), Sur le rêve (1798) et Coup d'œil sur le monde des rêves (1813). Le poète anglais Samuel Taylor Coleridge écrit en 1816 son poème Les souffrances du sommeil. En France on peut citer Gérard de Nerval : Aurélia ou le rêve et la vie (1855). Le public de l'époque avait un coût pour le rêve, l'occultisme et le fantastique. Les clés des songes se referaient aux clés plus anciens32 Le fragment Heinrich von Ofterdingen (Henri d'Ofterdingen) de Novalis commence avec le rêve de la fleur bleue qui devient le visage d'une jeune fille. A son réveil Heinrich se met à la recherche de cette fleur. Par la suite la fleur bleue devient un symbole du romantisme allemand. Le rêve et la psychologieSuivant la psychologue Patricia Garfield, il existe une certaine plasticité des rêves, c'est-à-dire que le contenu des rêves peut varier en fonction des croyances des sujets et de "l'attente" du thérapeute dans le cas d'une psychothérapie. Ainsi dans une thérapie freudienne, un patient aura des rêves dont le contenu est plutôt sexuel ou agressif alors que dans une thérapie jungienne les rêves seront plus orientés vers des mandalas et des archétypes4. Les courants psychanalytiquesArticle détaillé : Interprétation des rêves.
En psychanalyse appliquant la théorie freudienne, le rêve est considéré comme une réalisation de désirs, ces derniers étant en fermentation dans notre inconscient. Déjà Socrate (La République livre 9) définissait le rêve comme un lieu où les désirs honteux, réprimés le jour, se "trémoussent" pour assouvir leurs penchants. Plus tard, Freud y rajoutera l'idée du travestissement. Articles détaillés : Interprétation des rêves selon Freud et la psychanalyse, Travail du rêve et Symbolique et psychanalyse freudienne.
Article détaillé : Rêve (psychologie analytique).
En 1916 Carl Gustav Jung publie Allgemeine Gesichtspunkte zur Psychologie des Traumes (Points de vues généraux de la psychologie du rêve) où il développe sa propre compréhension des rêves qui diffère beaucoup de celle de Freud. Pour lui, les rêves sont aussi une porte ouverte sur l'inconscient, mais il élargit leurs fonctions par rapport à Freud. Selon cet auteur, une des principales fonctions du rêve est de contribuer à l'équilibre psychique. Il constate que tout ce que nous vivons dans la journée n’arrive pas dans la conscience. Certaines choses (mouvements, expressions de visages, etc.) restent subliminales. Dans le rêve l’aspect caché, inconscient d’un concept peut être mis en images33. La psyché de l’homme est constituée de parties conscientes et d’autres inconscientes, ces dernières s'exprimant pendant les rêves. “Pour sauvegarder la stabilité mentale, et même physiologique, il faut que la conscience et l’inconscient soient intégralement reliés, afin d’évoluer parallèlement.” 34 Les rêves s’expriment par symboles, cependant un même symbole n’a pas forcément le même sens, tout comme des motifs qu’on retrouve fréquemment (la chute, voler, les poursuites...) demandent des interprétations individuelles, parce que leur sens dépend du contexte et de la vie du rêveur35. Il y a des rêves qui comportent des images que le rêveur ne peut pas relier à sa vie, qui ne lui disent rien. D’après Jung il s’agit d’images de l’inconscient collectif, des sortes de résidus archaïques (Jung) qu’il appelle archétypes. Les archétypes varient beaucoup dans les détails sans perdre leurs schèmes fondamentaux. Ainsi on retrouve dans toutes les mythologies les archétypes du héros, du vieil homme, de la mère, etc36.
Père de l'anthropologie psychanalytique, Géza Róheim définit le rêve de base comme "la résultante de deux forces antagonistes, l'une régressive et maternelle tendant à retourner dans la matrice, et par conséquent à renoncer au monde terrestre, l'autre phallique tendant à reconstruire le monde en le peuplant de symboles génitaux"37. En faisant du rêve le "plus petit dénominateur psychique de l'humanité", Róheim fait de celui-ci un phénomène constant à travers les variations infinies des cultures et des psychismes, permettant de rendre compte des théories de l'âme, des paradis et des enfers et de la structure des contes et des mythes :
Il rejoint ainsi Edward Tylor pour qui les dieux sont issus de l'animisme et l'animisme du rêve, et Laistner qui fit dériver la mythologie du cauchemar39.
L'analyse des rêves selon Medard BossPour Medard Boss40, l'interprétation des rêves est arbitraire. Il s'oppose à Freud quant à la réalité d'un contenu latent onirique et ne croit pas que le contenu manifeste d'un rêve ne puisse pas signifier ce qu'il prétend être. Il oppose aux "désirs inconscients" de Freud l'intentionnalité du désir, c'est-à-dire que tout désir est désir de quelque chose. L'idée générale de Medard Boss repose sur l'introduction du concept du Dasein, l'"être-là", l'"être au monde" ou encore "celui qui a à être celui qu'il est". Dans cette perspective, il existerait un "être là" dans le rêve qui est tout simplement un autre mode d'être au monde que la conscience ordinaire dans l'activité de veille 41. Pour Médard Boss il existe une continuité (mais pas une identité) entre l'exister de veille et l'exister de la vie onirique. Medard Boss renonce à l'interprétation pour l'analyse. Celle-ci consiste à rendre le plus visible possible tout "l'exister" d'un être rêvant au moment de son rêve. À quoi se ferme-t-il, qu'est ce qui est donné à voir ou à entendre... Replonger dans le rêve plutôt que d'en sortir par l'interprétation ou par la libre association. L'analyse s'entend ainsi dans sa définition philosophique : "méthode qui vise à comprendre un objet en le décomposant en ses constituants".
La rediffusion onirique d’impressions
Le Rêve par le Douanier Rousseau
Selon ce point de vue, les contenus émotionnels du rêve sont identiques à des contenus émotionnels "préconscients" vécus à un moment de la veille. L'idée est d'alors faire correspondre la scène rêvée au fait incitateur en résolvant l’équation : la scène rêvée (qui est connue) associée à l’impression vécue dans le rêve (impression qui, elle aussi, est connue) = impression de la veille (connue puisqu’il s’agit de l’impression onirique elle-même) associée au fait incitateur de l’impression (à découvrir par une remémoration des événements de la veille). Les rêves et l'identitéProlégomènesSe poser la question de la nature des rêves revient à se poser la question de la nature de la conscience éveillée, ainsi que celle de ses rapports au rêve. Tel un intrus à l'intérieur de soi, le rêve est souvent vécu comme une altérité, dont la présence même force la réflexion.
Chuang-zi et le papillon
Les personnages du rêveLa question de l'identité du rêveur et des rapports entre les consciences éveillée/onirique se manifestent au travers des personnages de rêve.
Le processus de personnification utilise la mémoire pour attribuer à une forme-souvenir un archétype : les daïmones, les nymphes, les héros et les dieux revêtent la forme des amis entrevus la veille pour nous visiter dans notre rêve. Il permet d'intégrer le cœur dans l'appréhension du réel. Il permet de comprendre la véritable structure du psychisme : un théâtre où le complexe du moi n'est qu'un élément parmi d'autres. Il sert à sauvegarder la diversité et l'autonomie du psychisme de la domination d'un pouvoir quelconque. Le contrôle oniriqueLa méthode Stewart-Garfield de reconditionnementElaborée par Kilton Stewart, avec l'aide de Herbert Noone52, puis reprise par Patricia Garfield4, cette méthode repose sur une hypothétique connaissance de contrôle onirique développée par le peuple Sénoï, peuple découvert dans les années 1930. L'idée repose sur l'utilisation de la lucidité onirique afin de prendre le contrôle des rêves et d'introduire des comportements prédéfinis. Le rêve ayant pour fonction, d'après Garfield, la régulation du psychisme, si on arrive à le modifier dans un sens prédéfini, il est alors possible d'induire un apprentissage de manière à "se reconditionner en profondeur, faire disparaitre les névroses parasites et développer les potentialités laissées en friche"53. Cette idée pourrait être corroborée par des études montrant que le sommeil paradoxal interviendrait dans la fixation de la mémoire à long terme, notamment la mémoire cognitive. Cela ferait donc de la méthode "Stewart-Garfield" une méthode de psychologie comportementale avec apprentissage de techniques de reconditionnement. Le travail, pour le sujet, consiste dans un premier temps à se rappeler ses rêves, puis à pratiquer l'induction onirique. Cette dernière s'apprend et consiste à rêver d'un sujet souhaité à l'avance. D'après Ira S. Wile54 le temps nécessaire pour l'auto-induction d'un rêve variait de 2 à 5 semaines pour les enfants. Une fois l'induction acquise, il s'agit d'induire la lucidité onirique55. L'évaluation du contenu onirique passe par un questionnaire qui classifie les situations les plus fréquemment rencontrées : relations agressives56, sexuelles, amicales, chute ou vol, cadeaux ou trésors, autres interactions. Les points importants de la synthèse sont la comptabilisation des erreurs commises, les succès acquis (en se félicitant de ceux-ci) et les résolutions pour les prochains rêves. Garfield formula trois grandes règles, à partir des recherches de Stewart :
L'espace du rêveLa conception d' espace de rêve de M. Masud R. Khan57 n'est pas très éloignée de la méthode Stewart-Garfield dans son principe. Il s'agit pour le sujet d'utiliser son monde intérieur et son espace de rêve pour actualiser des expériences instinctuelles et des relations d'objet, exactement comme l'enfant utilise l'espace transitionnel tel que l'a montré Winnicott. L'hypothèse de Khan est qu'un rêve qui s'actualise dans l'espace du rêve limite l' acting out des rêves dans l'espace social. Inversement lorsqu'un patient ne peut instituer un tel espace, par "incapacité de rêver et/ou incapacité de maîtriser le rêve révé", il cherche à utiliser son espace social et ses relations d'objets pour "agir" (act out) ses rêves. Pour cet auteur le processus du rêve est une donnée biologique, mais l'espace du rêve est une conquête du développement de la personne. Il est une zone psychique dans laquelle le processus du rêve s'actualise dans la réalité d'une expérience. L'idée est donc de réduire au minimum l'interprétation du contenu du rêve pour ne pas surélaborer le processus du rêve, au détriment de l'espace du rêve. Le rêve lucideArticle détaillé : Rêve lucide.
Dans le rêve lucide il y a comme une irruption de la conscience éveillée dans le déroulement du processus onirique habituel. Le rêveur sait que le monde qui l'entoure n'est qu'une construction de son esprit et peut ainsi analyser et réagir de façon plus ou moins rationnelle selon son degré de « lucidité ». Cette prise de conscience, involontaire ou obtenue par certaines techniques, permet au rêveur de contrôler le contenu et le déroulement du rêve. Rêves particuliers
Rêve créatifIl s'agit d'un rêve duquel le sujet tire une nouveauté : idée d'une œuvre artistique, "invention" d'un nouveau concept ... L'induction des rêves créatifs se fait selon un processus similaire au processus créatif en général, tel que décrit par Don Fabun59. Ce processus s'élabore grâce à une motivation suffisante, une préparation adéquate et une manipulation intensive. Une forte implication affective est nécessaire. Les étapes d'incubation, de pressentiment de la solution et d'illumination peuvent alors survenir dans le rêve, ou juste après l'éveil60. L'étape de vérification permet d'évaluer si la solution est correcte. Exemples de rêves créatifs :
Rêve sexuel8 % des rêves ont un contenu sexuel dont la nature est, dans l'ordre : propositions sexuelles, baisers, fantasmes divers et variés, masturbation. Dans 4 % des cas les sujets (hommes et femmes confondus) disent avoir éprouvé un orgasme62. Chez l'homme
L'abstinence ne changerait pas le nombre d'érections ou d'éjaculations nocturnes chez les hommes mariés64. Chez la femme D'après le rapport Kinsey65 :
D'après le psychologue Abraham Maslow66 les rêves sexuels explicites sont plutôt le fait des femmes confiantes en elles-mêmes, posées, indépendantes et généralement actives. En cas de peu d'estime de soi ou d'inhibition, les rêves sexuels sont plutôt de type symboliques. Ces résultats sont corroborés par Joseph Adelson67, mais plutôt sur le critère de la créativité d'un groupe de jeunes filles. Rêve prémonitoireRêves jugés comme prophétiques, qui n'ont pas forcément de lien avec la vie privée du rêveur, annonçant un évènement futur qui se réalisera effectivement. Tel le rêve du pharaon dans la Bible. Articles détaillés : Rêve prémonitoire et Songes et Prophéties.
CauchemarLe cauchemar est un rêve à forte charge anxieuse qui survient pendant le sommeil paradoxal et qui se différencie des terreurs nocturnes qui surviennent pendant le sommeil lent profond. Article détaillé : Cauchemar.
Le rêve chez les animauxLes animaux ont des rêves complexes et sont capables de retenir et de se remémorer de longues séquences d'évènements pendant qu'ils dorment68. Plusieurs espèces de mammifères et d'oiseaux connaissent le mouvement oculaire rapide69, et suivent les mêmes phases du sommeil que l'homme70. Notes et références
Bibliographie
Filmographie
Voir aussiLiens internes
Liens externes
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