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Guerre d'Espagne

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Guerre civile espagnole
Informations générales
Date 17 juillet 1936 -
1er avril 1939
Lieu Espagne, Maroc espagnol, Sahara occidental, Guinée espagnole, Îles Canaries
Issue Victoire des franquistes
Belligérants
Républicains
soutenus par
URSS
Brigades internationales
Franquistes
soutenus par:
Allemagne
Italie
Commandants
Manuel Azaña
José Giral
Francisco Largo Caballero
Juan Negrín
Lluis Companys
José Antonio Aguirre
Belarmino Tomás
Francisco Franco
Gonzalo Queipo de Llano
Emilio Mola
José Antonio Primo de Rivera
José Sanjurjo
Juan Yagüe

La guerre d'Espagne ou guerre civile espagnole, aussi désignée par l'expression révolution espagnole, est un conflit qui opposa, en Espagne, le camp des « nationalistes » à celui des « républicains ». Elle se déroula de juillet 1936 à mars 1939 et s'acheva par la défaite des républicains et l'établissement de la dictature de Francisco Franco, qui conserva le pouvoir absolu jusqu'à sa mort en 1975.

Cette guerre fut la conséquence dramatique, sur le long terme, des malaises sociaux, économiques, culturels et politiques qui accablaient l'Espagne depuis plusieurs générations. Après la proclamation de la IIe République en 1931, l'exacerbation croissante des tensions entre Espagnols culmina avec l'insurrection durement réprimée des Asturies (1934) et la résurgence de troubles civils et de violences réciproques au printemps 1936, après la victoire électorale du Frente Popular. Préparé de longue date, le soulèvement militaire et civil du camp nationaliste éclata le 18 juillet 1936, mais sa mise en échec partielle contraignit les deux camps à se livrer une guerre totale imprévue, longue et meurtrière.

Le camp "nationaliste" se fédéra par l'union des républicains conservateurs, des monarchistes et des phalanges nationalistes de José Antonio Primo de Rivera, plus proche du fascisme. Ces sensibilités politiques divisées aux élections du 16 février 1936 se rejoignirent pour s'opposer au Front Populaire (Frente Popular). Ils se dénommaient eux-mêmes nacionales (« nationaux »), tandis que leurs opposants les appelaient fascistas (fascistes) ou facciosos (« factieux ») ; quand le général Franco prit leur tête, on se mit à les désigner également sous le nom de « franquistes ».

Le camp républicain se composait quant à lui de différentes forces unies contre le front nationaliste. De nombreux militants, issus de tendances diverses (républicains laïcs et plutôt socialement conservateurs, anarchistes, communistes, socialistes, etc.), surnommés rojos (les « rouges ») par leurs ennemis, s'engagèrent aux côtés des forces armées loyales envers la République espagnole, certains pour défendre la démocratie parlementaire et d'autres pour tenter de constituer des formes alternatives de gouvernement.

Cette guerre prit aussi la forme, dans certains territoires sous contrôle républicain, d'une révolution sociale qui aboutit à la collectivisation des terres et des usines, et expérimenta différentes sortes d'organisation de type socialiste (soutenues notamment par des anarchistes[1]).

Particulièrement violente, et durablement traumatisante, la guerre d'Espagne est tristement célèbre comme théâtre de multiples exactions. Elle vit en particulier les premiers bombardements militaires sur les civils, perpétrés par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, alliés de Franco, l'élimination du POUM antistalinien par le NKVD, des massacres spontanés de suspects, d'hommes d'Église ou de membres des classes moyennes et dirigeantes par des anarchistes et des communistes dans les mois qui suivirent la sédition militaire, tandis que le nouvel Etat nationaliste se construisait à travers la terreur et l'épuration systématiques. En particulier, les franquistes refusèrent toutes les propositions adverses de compromis et poursuivirent, après leur victoire, une répression incessante et de très grande ampleur. [2]

Cette guerre civile fut également le théâtre des prémices de la Seconde Guerre mondiale, les futurs belligérants européens commençant à s'y affronter plus ou moins directement : l'Allemagne d'Hitler et l'Italie de Mussolini apportèrent leur soutien à Franco, tandis que l'Union soviétique de Staline vendit des armes aux républicains (tout en cherchant la prise de pouvoir au sein de la République). La France et le Royaume-Uni choisirent la non-intervention et le blocus des exportations d'armes, mais laissèrent les Brigades internationales s'engager aux côtés des républicains.

La guerre d'Espagne divisa et passionna les opinions publiques du monde entier. L'engagement de nombreux intellectuels et artistes auprès des combattants, en particulier dans les Brigades internationales, a contribué à lui faire acquérir très vite une dimension légendaire qui perdure encore.


Brigadistes polonais pour la république espagnole.
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IIe République
Guerre d'Espagne
Régime franquiste
Transition démocratique
Miracle économique espagnol
Thèmes connexes
L?empire colonial espagnol
La politique de l?Espagne
Les rois d'Espagne
Les présidents du Gouvernement

Sommaire

[] Événements militaires et politiques

[] Contexte politique

La Seconde République espagnole est proclamée le 14 avril 1931.

[] Les débuts de la République (1931-1933)

Gouvernements dirigés successivement par :

Les deux premiers gouvernements bénéficient de la participation du PSOE, représenté par trois ministres : Indalecio Prieto (Finances), Francisco Largo Caballero (Travail), Fernando de los Rios (Justice) ; ils mènent une politique de réformes sociales, notamment par une loi de réforme agraire, appliquée cependant de façon assez modérée ; le gouvernement Azaña y ajoute une politique de laïcisation et établit un statut d'autonomie pour la Catalogne (rétablissement de la Généralité).

Mais ils ont le souci de l'ordre public (loi de défense de la République, octobre 1931 ; loi sur l'ordre public, juillet 1932) et vont se heurter à la droite (tentative de putsch du général Sanjurjo, 1932), mais aussi aux actions de formations de gauche plus radicales[3].

  • Des anarchistes interviennent à plusieurs reprises :
    • grève de Séville en juillet 1931 ;
    • soulèvement du district minier du Haut-Llobregat (Catalogne) durant lequel des militants anarcho-syndicalistes (dont Buenaventura Durruti et Francisco Ascaso, qui seront déportés au Sahara) proclament, le communisme libertaire ;
    • soulèvements de janvier 1933 dans le Levant, la Rioja et en Andalousie ; dans cette région, les militants insurgés à Casas Viejas (province de Cadix) subissent une répression féroce de la Garde civile.
  • Des syndicalistes de l'UGT subissent aussi une répression à Castilblanco et Arnedo (janvier 1932).

Au cours de l'année 33, le PSOE met fin à la collaboration avec les républicains, entrainant la chute du gouvernement Azaña ; Alejandro Lerroux, un radical, forme un gouvernement plus centriste.

[] Le bienio negro (les "deux années noires", 1934 et 1935)

Après les élections générales de novembre-décembre 1933, la CEDA (Confederación Española de Derechas Autónomas), devient le premier parti des Cortes par le nombre d'élus. Disposant de cette majorité relative, le chef de la CEDA, José María Gil Robles s'attend à être appelé pour former le nouveau gouvernement, mais le président de la République, Niceto Alcalá Zamora fait de nouveau appel à Lerroux pour diriger une coalition centriste. La gauche refuse en effet que la CEDA accède au gouvernement.

Le 8 décembre 1933, la CNT déclenche une insurrection à Saragosse.

Au printemps 1934, soucieuse à cause de l'entrée prévisible de la CEDA au gouvernement, la direction du PSOE, assurée par Francisco Largo Caballero, suivie par le syndicat proche du parti socialiste, l'UGT, s'oriente vers une stratégie révolutionnaire de prise du pouvoir[4]. S'ils se présentent encore aux élections, ils travaillent davantage dans les luttes sociales, avec les anarchistes notamment. Le contexte historique est important pour comprendre cette attitude : en 1933, Hitler a pris le pouvoir légalement en Allemagne ; or le chef de la CEDA, José Maria Gil Robles, a multiplié les gestes pouvant donner à croire qu'il souhaitait établir une dictature fasciste [réf. nécessaire]. Socialistes et anarchistes multiplient les appels à la grève générale.

Les événements d'octobre 1934

Le 1° octobre 1934, Lerroux fait entrer trois représentants de la CEDA dans le gouvernement. L'UGT lance un ordre de grève générale (mais pas la CNT). Des insurrections d'origine socialiste ont lieu à Madrid et en Catalogne, où le président de la Generalitat catalana, Lluis Companys, déclare que l'Etat catalan est désormais une composante de la République Fédérale Ibérique. Mais, dans ces deux cas, la CNT refusant de suivre le mouvement, l'ordre est facilement rétabli (en Catalogne, Companys est arrêté et le statut d'autonomie suspendu).

En revanche, des soviets sont organisés dans la seule région qui y soit prête, la région très ouvrière des Asturies où les socialistes ont obtenu leurs meilleurs scores en 1933 et où la CNT locale s'associe au mouvement. Cette insurrection est parfois appelée la « Commune espagnole » ou la « Révolution d'octobre » puisqu'elle culmine en octobre 1934 lorsque les mineurs contrôlent un territoire de quelques 1000 km² autour d'Oviedo et au sud de cette ville. L'insurrection est matée dans le sang par les troupes d'Afrique commandées par Franco. La répression ordonnée par le gouvernement est terrible (1 000 morts, 20 000 arrestations). Les arrestations concernent même plusieurs dirigeants : Francisco Largo Caballero, Manuel Azaña et Lluis Companys parmi les plus importants. Le socialiste modéré Indalecio Prieto, pourtant opposé à la ligne de Largo Caballero, préfère s'exiler en France.

Désormais, un fossé de sang sépare le mouvement ouvrier du pouvoir en place.

La radicalisation (1935)

Bien que le centre-droit au pouvoir s'attache à revenir sur les réformes adoptées par la gauche entre 1931 et 1933, il ne rassure pas pleinement ses partisans. Les événements des Asturies ont accru l'angoisse de voir en Espagne une révolution s'apparentant à la révolution russe de 1917. La tentation de recours à un coup de force s'étend, entretenue par l'activisme des mouvements royalistes(Carlistes) ou nouveaux (la Phalange). Les deux Espagnes sont désormais hantées par deux grandes peurs : celle de la révolution bolchevique et celle du fascisme. La courte victoire d'un Front populaire groupant l'ensemble de la gauche aux élections législatives de février 1936 est à replacer dans ce contexte.

Au cours de l'année 1935, la participation de la CEDA au gouvernement est renforcée ; José María Gil Robles devient ministre de la Guerre et place à des postes importants certains généraux.

En janvier 1936, il demande au Président de la République de lui confier la responsabilité d'un nouveau gouvernement, mais Niceto Alcalá Zamora préfère dissoudre les Cortes.

[] Les élections et les débuts du Front populaire (février-juillet 1936)

Aux élections de février 1936, le Front national dominé par la CEDA remporte 33,2 % des suffrages et 191 sièges, auxquels on peut joindre ceux de 18 députés centristes, mais est devancé par le Front populaire qui avec 34,3 % des voix remporte 254 sièges aux Cortes, grâce à des arrangements[5] dénoncés par le président Niceto Alcalá Zamora et à une abstention importante, qui bien qu'en baisse par rapport à 1933 (90%), représente le tiers restant[6]. À droite, on pense que cette coalition de gauche va faire une révolution, à gauche, on considère que la droite voulait établir une dictature fasciste. Il est à noter que certains anarchistes ont appelé à voter pour le « Front populaire », une des rares exceptions à leur principe d'abstention aux élections. Dans la plupart des cas, cette attitude n'est pas due à un vote d'adhésion ou à un "vote utile" mais plutôt à un vote tactique. En effet, le Front populaire a promis la libération de tous les prisonniers politiques, parmi lesquels se trouvent 15.000 militants anarchistes et/ou anarcho-syndicalistes.

Le Front populaire tente de reprendre l'action du gouvernement de 1931, mais le climat est difficile. D'un côté, une partie du peuple, subissant souvent des situations de grande pauvreté, met en ?uvre, de sa propre initiative, les réformes sociales promises par les partis du Frente popular, mais qui tardent à venir. De l'autre, les notables, industriels ou paysans aisés, qui ont peu confiance dans le régime républicain ou dans le parlementarisme pour maintenir l'ordre, et sont radicalement anticommunistes. Les crimes politiques se succèdent, commis par les milices ouvrières (nombreux massacres de prêtres) ou par les milices nationalistes et les représailles s'enchaînent. L'État ne maintient plus l'ordre.

Le groupe de généraux responsables du putsch était formé depuis 1933-1934, et la décision de passer à l'acte intervient en mars 1936. Le chef en est Sanjurjo, en exil au Portugal depuis son putsch raté de 1932 ; l'organisateur est Mola, secondé par Cabanillas, Fanjul, Goded et Queipo de Llano. Franco, mis dès le départ au courant du projet, hésite à s'engager. C'est l'assassinat[7] par des membres des forces de sécurité républicaines d'un des chefs et député de la droite monarchiste, José Calvo Sotelo le 13 juillet 1936, qui le décide à agir. Non sans mal, les militaires obtiennent l'appui des milices carlistes et de la Phalange.

[] Le complot militaire

Dès le lendemain des élections de 1936, qui voient la victoire du Frente popular, des complots se forment, notamment avec les généraux Sanjurjo, Mola, Goded, Fanjul, et, moins nettement, Franco.

Le gouvernement, informé de ces conspirations, a pour seule réaction de déplacer les hauts responsables soupçonnés loin de la capitale : Emilio Mola est muté à Pampelune, Franco aux îles Canaries. La première réunion des conjurés a lieu le 8 mars 1936 à Madrid ; l'insurrection est prévue pour le 19 ou le 20 avril, sous la direction de Sanjurjo, en exil au Portugal depuis sa tentative ratée de coup d'État de 1932.

Mais Mola reste en position de force : muté dans une région qui est probablement parmi les plus antirépublicaines d'Espagne, il peut comploter à loisir. Le 5 juin 1936, il élabore un premier projet politique fondé sur la disparition de la république et sur l'unité de l'Espagne. Dès juin, les contacts se tissent entre conjurés. Le coup d'État doit être retardé car Mola a quelques difficultés pour obtenir le soutien des milices carlistes de Navarre, qui exigent un retour à une monarchie conservatrice.

L'assassinat de Calvo Sotelo le 13 juillet 1936 met le feu aux poudres. Les militaires décident de lancer l'offensive les 17 (au Maroc) et 18 juillet (péninsule), sans objectif politique autre que le renversement du pouvoir de gauche ; la forme républicaine de l'Etat n'est pas encore contestée.

[] L'épilogue annoncé, les préparatifs d'un putsch

L'échec électoral de la CEDA aux élections de février 1936 a discrédité Gil Robles au bénéfice des partisans du coup d'État. Toutefois, les premiers gouvernements de Front populaire (gouvernement Azaña puis Casarés Quiroga) sont plus modérés que ceux du premier exercice biennal et n'incluent pas de ministres socialistes.

Le ministre de la Guerre, le général Carlos Masquelet, laisse ses collègues Villegas, Saliquet, Losada, Gonzalez Carrasco, Fanjul, Orgaz et Varela sans affectation et déplace Goded, Franco et Mola vers des postes moins importants.

La réaction ne se fait pas attendre. Le 8 mars, les généraux écartés se réunissent au domicile madrilène de Delgado Barreto, un ancien collaborateur de Primo de Rivera. Se sachant soutenus par une base civile solide, ils décident du jour du soulèvement, le 20 avril, et se séparent après avoir laissé la préparation entre les mains d'une junte présidée par Rodriguez del Barrio. Toutefois, le gouvernement découvre la conspiration et Rodriguez del Barrio, gravement malade, fait marche arrière.

Confronté à l'inefficacité de cette junte, Mola prend en charge la préparation du putsch, mais comme il n'est que général de brigade, il s'appuie sur l'autorité du chef de la conspiration, le lieutenant général Sanjurjo, alors exilé au Portugal.

Mola, sous le pseudonyme de Director, étend son réseau aux garnisons, avec l'aide de l'Union Militaire Espagnole (UME), une société militaire. Comme ses dirigeants ne sont que commandants ou capitaines, ils ne peuvent pas affilier des généraux, mais par contre, un grand nombre de membres de l'état-major.

Finalement, la conspiration réussit à rallier non seulement des militaires mécontents et ennemis du régime, mais aussi une paire de généraux républicains : Gonzalo Queipo de Llano, irrité parce que son ami Niceto Alcala Zamora vient d'être destitué de la présidence de la République et Miguel Cabanellas, avec lequel il avait évolué vers le lerrouxisme (politique d'Alejandro Lerroux) se rallient aux opposants au nouveau régime.

En revanche, Mola ne parvient pas à convaincre Franco. Quatre ans auparavant, pendant l'été 1932, lors du procès de Sanjurjo pour rébellion militaire et alors qu'il encourait la peine de mort, Franco s'était refusé à le défendre avec une phrase cruelle : « Général, vous avez gagné le droit de mourir, non pas pour vous être soulevé, mais parce que vous avez échoué ». Depuis lors, Sanjurjo le haïssait. C'est pourquoi Franco se refuse à prendre part à ce complot.

Toutefois, tous les conjurés espèrent le persuader de les rejoindre. Angel Herrera Oria convainc Juan March, un financier espagnol, de déposer 500 000 pesetas à son nom dans une banque française, un montant similaire à celui destiné à Mola. Il finance aussi la location d'un avion britannique (Dragon Rapide) piloté par un mercenaire, le capitaine Bebb, que Luis Bolín, correspondant d'ABC à Londres, fait envoyer aux îles Canaries par ordre de l'éditeur du journal ABC, Juan Ignacio Luca de Tena. Dans l'hypothèse du ralliement de Franco à la conspiration, l'appareil devait servir à le transporter au Maroc pour remplacer le général Agustín Gómez Morato, considéré comme loyal à la République.

[] Le coup d'État raté et l'enlisement

Le coup d'État, ou pronunciamiento, débute le 17 juillet au Maroc espagnol où Franco prend le commandement des troupes, après être arrivé en avion des îles Canaries via le Maroc français, mettant sa femme et sa fille en lieu sûr à Casablanca. Le putsch touche l'ensemble de la métropole dès le lendemain.

Les premiers communiqués du gouvernement, au bout de 24 heures, se veulent rassurants, reconnaissant seulement qu'une partie de l'armée s'est soulevée au Maroc. À Séville, des travailleurs désarmés tentent en vain de s'opposer au soulèvement, dirigé par Queipo de Llano ; le gouvernement refuse de donner des armes aux travailleurs qui en réclament, menaçant de faire fusiller ceux qui leur en fourniraient.

Le gouvernement républicain tente une conciliation avec les militaires. Le président Manuel Azaña propose la mise en place d'un gouvernement de compromis à la place du Frente popular : le 18 juillet, il nomme Diego Martínez Barrio chef du gouvernement, mais doit rapidement constater l'échec de ses efforts. Ni du côté nationaliste avec Mola, ni du côté républicain avec le socialiste Francisco Largo Caballero, on ne veut de compromis. L'issue guerrière est inévitable, et dès le lendemain de sa nomination, Martinez Barrio démissionne, remplacé par José Giral.

Le 17 juillet, à Barcelone, les militants de la CNT commencent à s'armer, dans les arsenaux et les chantiers navals. Leur détermination fait basculer de leur côté la Garde civile et la Garde d'Assaut, obligeant les militaires à capituler dans cette ville qui est la deuxième du pays. Quand le gouvernement décide de donner des armes à la population, celle-ci est, de fait, déjà armée.

À Madrid, des armes sont finalement distribuées, là aussi, aux ouvriers, mais dépourvues de culasses. La population lance cependant un assaut, le 20 juillet, contre la caserne de la Montana, et s'en empare.

Si certaines régions tombent rapidement (Navarre, Castille-et-León, Galice, Andalousie occidentale, grandes villes d'Aragon), le reste du pays reste fidèle à la République. Madrid, Valence et Barcelone, malgré le soulèvement de la garnison locale, restent aux mains des républicains, grâce notamment aux milices ouvrières très vite mobilisées. Au bout d'une semaine, le pays est coupé en deux zones à peu près égales : d'un côté les nationalistes, de l'autre les républicains qui conservent les régions les plus riches et les plus industrielles.

[] La révolution

En tentant ce coup d'État, les militaires ont en fait déclenché la révolution dans le pays. Voyant les travailleurs en armes, bien des patrons s'enfuient, ou rejoignent le camp des nationalistes. En réaction, la population ouvrière saisit les entreprises, 70 % d'entre elles en Catalogne, 50 % dans la région de Valence, et instaure un contrôle sur les autres. Les paysans collectivisent les trois quarts des terres. L'Eglise ayant choisi, sauf dans le Pays basque, le camp de Franco, ses biens deviennent propriété du peuple, les couvents deviennent des réfectoires pour les miliciens, des écoles, des salles de bal, etc.

Les autorités légales ont perdu tout pouvoir, ne disposent plus d'aucune force de police, d'armée ou de justice. À la place, la gauche met en place des organes d'un nouveau pouvoir, organise des milices pour combattre les nationalistes, réorganise les transports, l'approvisionnement des villes, transformant des usines pour les besoins de la guerre.

Cependant, les partis et organisations ouvrières, tels que le PCE, le PSOE, l'UGT, la CNT et le POUM laissent le gouvernement en place : début septembre, José Giral cède la place à Francisco Largo Caballero qui donne deux ministères aux communistes  ; en novembre, ce sont des anarchistes qui entrent au gouvernement ; peu à peu, celui-ci reconstitue une armée qui va s'opposer aux milices et supprimer les comités mis en place par les organisations ouvrières. En novembre 1936, tous les ministres (y compris les anarchistes) signent un décret sur la dissolution des milices et leur incorporation dans les forces de police régulières. Celles qui refusent de rentrer dans l'armée du gouvernement ne reçoivent plus d'armes, ce qui facilite la victoire des nationalistes sur plusieurs fronts ; les tribunaux révolutionnaires sont remplacés par les tribunaux du régime précédent. Ainsi, si l'énergie de la gauche révolutionnaire dans les premiers jours du soulèvement avait tenu en échec les militaires, la révolution est peu à peu désarmée, sans qu'aucun parti ouvrier ne s'y oppose réellement.

[] L'état de l'armée à la veille des combats

En principe, la loi de 1912 a établi la conscription et fixé le service militaire à trois ans ; en 1924, il est fixé à deux ans, puis à un an en 1930. Mais les cas d'exemptions sont innombrables et il est très inégalitaire (par exemple, on peut tout à fait légalement l'éviter moyennant le paiement d'une cuota). Par ailleurs, le budget ne permet ni instruction, ni entraînement, aussi les appelés sont fréquemment envoyés en permission de longue durée.

De ce fait, en métropole, dans chaque division d'infanterie, trois régiments sur quatre sont en sommeil et le quatrième n'est pas aligné sur ses droits en effectifs.

D'après S. Balfour, en juillet 1936, il y aurait moins de 16 000 appelés présents sous les drapeaux et environ la moitié resteront fidèles à la République. Cependant, pendant la durée du conflit, ce sont près de trois millions d'hommes qui sont mobilisés, parfois dans le camp opposé à leurs idéaux.

[] Le rapport de forces

Les forces en présence sont équilibrées au commencement du conflit. Il semble qu'au début de 1937, chaque camp dispose d'environ 500 000 hommes. L'armée espagnole, avant la guerre, est plutôt médiocre, de par son matériel hors d'âge ou par ses tactiques d'un autre temps.

La livraison des armes allemandes ou italiennes a permis une nette amélioration de l'armement de l'armée nationaliste. Les avions italiens se révèlent décisifs lors des premiers jours du conflit, en permettant aux troupes franquistes de franchir le détroit de Gibraltar. Des firmes étrangères telle que Ford et Texaco fourniront également, à crédit, camions et carburant en quantités importantes. De plus, les nationalistes disposent des troupes les plus aguerries : les Maures et la Légion. Stationnées au Maroc espagnol, elles sont commandées par des officiers qui ont l'expérience des guerres coloniales.

Les républicains sont quant à eux progressivement équipés d'armes soviétiques, mais l'approvisionnement pose problème en raison du blocus maritime des puissances européennes, plus relâché du coté nationaliste. Moscou enverra aussi des conseillers militaires, essentiellement utilisés pour faire fonctionner les avions et les chars, ainsi que des commissaires politiques du Komintern, essentiellement pour assurer la répression au sein des forces communistes dissidentes, tels que les trotskistes et les militants du POUM.

Les problèmes majeurs, pour les républicains, se posent du côté de l'organisation. En effet, il s'agit d'une armée populaire créée de toutes pièces, et n'obéissant pas au gouvernement car basée sur l'idée d'une défense populaire assurée par chaque citoyen, sans commandement centralisé. Devant l'échec de cette organisation, le gouvernement a tenté de créer une armée populaire sous la forme d'un corps national (en place au printemps 1937), avec une discipline et un commandement communs. Ces hésitations reflètent l'opposition entre communistes, tenants d'une armée organisée, et anarchistes, partisans d'une défense populaire.

En règle générale, l'armée républicaine souffre d'une carence en officiers d'active qui ont pour beaucoup choisi de rejoindre le camp nationaliste. La plupart des bâtiments de la Marine sont restés aux mains de la République, mais les marins, sans leurs officiers, ne sont pas capables d'en faire un bon usage.

[] Les opérations

Sur le plan militaire, la guerre d'Espagne présente les caractéristiques suivantes. Il s'agit tout d'abord d'une guerre qui, sauf dans sa dernière phase, se déroule sur plusieurs fronts à la fois. La guerre comporte sur ces différents fronts une succession de phases de mouvement et de longues phases de guerre de position avec utilisation de tranchées. Il faut noter que les républicains, par tactique ou par obligation, sont souvent sur la défensive, en résistant d'ailleurs souvent bien. Leurs offensives sont presque toujours de faible ampleur, mal conçues, rapidement stoppées voire contrées, et se traduisent souvent par des pertes (humaines et matérielles) importantes. Cette situation contribue à affaiblir progressivement le camp républicain.

Quand la guerre proprement dite commence, fin juillet 1936, tout semble bloqué mais l'aide extérieure de l'Allemagne et de l'Italie, futures puissances de l'Axe, permet aux troupes du Maroc (les plus compétentes et les mieux entraînées) emmenées par Franco de passer le détroit de Gibraltar le 5 août et de rejoindre le reste de l'armée et 15 000 carlistes emmenés par Mola. Au total, 62 000 troupes du Maroc servirent dans les forces nationalistes dont 37 000 sont engagées au printemps 1937. Les troupes marocaines progressent vers le nord, en attaquant durement les villes et villages rencontrés. Simultanément, dans le nord du pays, des combats opposent les républicains aux requêtes carlistes, en particulier au Pays basque et à proximité de la frontière française. Dans les zones contrôlées par la République, des mouvements de contre-offensive se lancent. Trois colonnes se forment pour essayer de reconquérir du terrain sur les territoires nationalistes ; la plus célèbre est sans doute la « colonne Durruti », du nom de son commandant, Buenaventura Durruti. Par ailleurs, les républicains ont reconquis Minorque mais échoué à prendre le contrôle du reste des Baléares.

En octobre, Franco doit faire un choix stratégique : aux portes de la capitale, il préfère détourner ses troupes au sud, vers Tolède pour aller sauver les insurgés assiégés dans l'Alcazar. Ceci laisse le temps aux Madrilènes d'organiser la défense. Lorsque les nationalistes atteignent Madrid en novembre 1936, la défense est acharnée : chaque rue est défendue (avec le célèbre slogan de La Pasionaria, « ¡No pasarán! »). Autour de la capitale, plusieurs opérations ont lieu en février et mars 1937, en particulier la bataille du Jarama et la bataille de Guadalajara. Malgré des pertes très lourdes, la ville tient bon et en mars 1937, les nationalistes doivent se rendre à l'évidence : la prise de Madrid a échoué.

Ils décident donc de s'occuper d'abord des poches de résistances républicaines que sont le Pays basque et les Asturies. Une première campagne se déroule autour de Bilbao, que les républicains ont entourée d'une « ceinture de fer » qui n'a guère contribué à ralentir les nationalistes, qui parviennent à prendre la ville le 19 juin et à contrôler le reste de la province dans les jours suivants. En août, les combats se portent dans la région de Santander, qui tombe le 26 août. Les Asturies restent alors seules dans le nord de l'Espagne à rester sous contrôle de la République. Cette petite zone résiste longtemps mais doit capituler le 17 octobre, laissant ainsi les forces nationalistes entièrement maîtresses de la côte atlantique.

Entre temps, les républicains se lancent dans d'autres offensives difficiles, en particulier à Brunete et à Belchite, mais ces combats meurtriers ne leur permettent qu'une progression limitée. Dans les derniers jours de l'année 1937, les troupes républicaines engagent le combat pour Teruel qu'elles parviennent à prendre lors de combats qui se déroulent dans des conditions très rudes pour les deux camps, notamment en raison du grand froid qui règne à Teruel cet hiver-là. Cette opération est toutefois contrecarrée et la ville est reprise par les nationalistes après moins d'un mois. Après la reprise de Teruel, l'armée nationaliste poursuit l'offensive et parvient à gagner la côte, le 6 avril, coupant ainsi en deux le territoire contrôlé par les républicains. Ceux-ci essaient encore d'attaquer lors de la bataille de l'Èbre (à partir du 25 juillet 1938) mais c'est un nouvel échec : les républicains sont contraints de repasser l'Èbre au prix de pertes importantes.

Dès lors, le sort du conflit est scellé : la Catalogne est conquise sans grande résistance en février 1939. Dans la capitale, un coup d'État anti-communiste anarcho-socialiste démobilise la résistance : Madrid est tombe avec peu de combats. Le reste de l'Espagne est enlevé dans le mois, les derniers combats ayant eu lieu à Alicante. Le 1er avril 1939, Franco peut annoncer que « la guerre est finie ».

[] Violences et exécutions

La guerre d'Espagne a été particulièrement violente, surtout lors des grandes batailles (Teruel, mais surtout bataille de l'Èbre). Mais la guerre a également été marquée par des tueries en dehors des combats à proprement parler. Il y a eu des exécutions, parfois sommaires, parfois organisées et même précédées de jugements hâtifs.

Lors de cette « révolution » des atrocités sont commises de part et d'autres. Bartolomé Bennassar explique ainsi :

« Il y eut bien, face à face, deux volontés d'extermination, l'une plus organisée, c'est vrai, l'autre plus instinctive, l'une et l'autre exacerbées[8] »

.

[] En zone nationaliste

Les militaires fidèles au gouvernement sont les premières victimes partout où les rebelles prennent le pouvoir (hors de tout combat). Il s'ensuit le massacre des militants et sympathisants des syndicats et organisations de gauche à partir de listes établies à l'avance. Au fur et à mesure de la progression des troupes rebelles et de la prise des villes et villages au tout début de la guerre, les militants et sympathisants de la République sont systématiquement arrêtés, emprisonnés ou fusillés. Ce seront ainsi des dizaines de milliers de victimes qui seront exécutées sommairement[9]

Un des plus grands massacres collectifs a lieu les 14 et 15 août 1936 à Badajoz en Extremadure, où de nombreux miliciens désarmés sont sommairement fusillés, lorsque les nationalistes,principalement des unités de la Légion, s'emparent de la ville. Ce massacre a été révélé pour la première fois par deux journalistes français et un journaliste portugais. Le bilan est à l'époque évalué à 2 000 victimes, mais il est, selon Hugh Thomas, plus proche de 200[10].

Le ralliement de l'Église catholique et des démocrates-chrétiens aux nationalistes, s'explique par la terreur des massacres anti-catholiques organisées dans les zones sous contrôle républicain.

La fin de la guerre n'a pas signifié pour autant le retour à la paix. Les exécutions se poursuivront les années suivantes manifestant la soif de vengeance des vainqueurs caractérisant le régime dictatorial pendant de longues années et la misère et la terreur pour les vaincus [11]. Les lettres de dénonciations sont tellement nombreuses que la prescription des délits politiques non dénoncés est ramenée de quinze à deux ans dès janvier 1940 [12].

[] En zone républicaine

Les massacres des opposants commencent dès le début de la rébellion. L'appartenance sociale ou politique suffit la plupart du temps dans l'acte d'accusation pour justifier une exécution [13]. Ce fut le cas par exemple pour les officiers de la garnison de Lérida, les officiers de la base navale de Minorque et ceux de Carthagène. Ce fut aussi le cas pour les députés de droite pourchassés en zone républicaine et dont 24 sont exécutés.

Les prêtres et les religieuses sont parmi les autres principales victimes de ces massacres, notamment en Catalogne. Selon les études consacrées à la fureur fratricide qui a saisi l'Espagne en 1936 [14], plus de 7 000 religieux dont 13 évêques, 4 184 prêtres, 2 365 moines et 283 religieuses ont été assassinés durant cette période [15]. Soit 88 % du clergé dans le seul diocèse de Barbastro (Aragon), dont l'évêque, Mgr Asensio Barroso, émasculé vivant avant d'être assassiné le 9 août 1936. Neuf diocèses perdirent ainsi plus de la moitié de leur clergé, la seule appartenance à ce dernier étant justiciable d'une exécution sommaire. Ceux qui ont pu y échapper se trouvaient en zone nationaliste, ou avaient pu fuir, se cacher ou bénéficier de protections. A ces tueries s'ajoutèrent les incendies d'églises et de couvents, les profanations d'autels et de sépultures [16]. En septembre 1936, devant des réfugiés espagnols, le pape Pie XI dénonçait ce qu'il désignait comme une « haine de Dieu satanique professée par les républicains ».

À partir du 23 août, des tribunaux populaires donnent un formalisme juridique aux exécutions. Des commissions d'épuration sont mises en place afin de recenser les suspects à partir de leurs antécédents sociopolitiques. En Asturies par exemple, elles dressent les listes des sympathisants des partis de droite dont les « plus chanceux » sont victimes d'expropriation [17].

Durant l'été 1936 [18], en plus des 7 000 à 8 000 religieux, près de 2 000 phalangistes sont massacrés en zone républicaine, hors de tout combat, sans que le gouvernement légal ne condamne un seul instant ces crimes commis par ses propres partisans des milices syndicales (« les patrouilles de l'aube ») et sans que cela soit en représailles de fusillade du camp adverse. Des actes d'une grande violence frapperont notamment les religieuses ou les jeunes filles des organisations catholiques tombées entre les mains des républicains. La conséquence immédiate sera le ralliement de nombreux centristes catholiques aux militaires insurgés.

À Madrid, entre 1936 et 1939, selon César Vidal près de 15 000 personnes auraient été fusillées [19]. Des exécutions sommaires massives ont lieu à partir notamment du 22 août 1936, et coûtent la vie à plusieurs anciens ministres de la République comme José Martínez de Velasco, Manuel Rico, Ramón Álvarez ainsi qu'à Melquíades Álvarez, chef du parti libéral-républicain et Fernando Primo de Rivera, frère du fondateur de la Phalange. [20].

Les détenus politiques de Jaén transférés vers Madrid sont exécutés en chemin. À Malaga, le 30 septembre, 130 personnes sont fusillées [21] [22].

Du 2 au 6 novembre 1936, cinq mille personnes sont fusillées à Paracuellos et Torrejón de Ardoz, et enterrées dans des fosses communes. Les victimes sont à la fois des détenus madrilènes évacués de la ville, des étudiants d'un collège catholique et les membres de familles aisées de la ville [23]. Les responsables seraient, selon certains historiens, Margarita Nelken, une députée socialiste, et Santiago Carrillo, qui continue de nier le rôle qui lui est attribué dans ces massacres.

A partir de mars 1937, les victimes des massacres des républicains vont davantage concerner le camp républicain lui-même [24]. En effet, les tensions au sein même de l'Espagne républicaine conduiront à des affrontements internes sanglants (d?un côté anarchistes et communistes hétérodoxes, de l?autre le PSUC - parti inféodé à l'URSS stalinienne), qui conduiront à la chute de Barcelone. L'affrontement principal au sein du camp républicain a lieu en mai 1937 et aboutit à l'écrasement par les armes du courant révolutionnaire. Ces conflits internes qui ont vu les partisans libertaires et ceux du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM) massacrés par des groupes d'intervention soviétiques soutenus par le NKVD expliquent pour une large part la dégradation de l'assise républicaine, incapable de reconquérir le terrain perdu sur les nationalistes.

[] L'attitude des pays étrangers et les interventions

[] La non-intervention de la France et du Royaume-Uni

Article détaillé : Non-intervention (guerre d'Espagne).

En France, Léon Blum, de tout c?ur avec les républicains reçoit une demande d'assistance le 20 juillet 1936 à laquelle il répond positivement, mais il doit faire marche arrière devant l'opposition de la droite, des radicaux (Édouard Herriot), du président modéré Albert Lebrun et du Royaume-Uni. Finalement, le choix est fait d'appliquer une politique de « non-intervention », seule notion permettant d'associer les Britanniques au règlement du conflit.

Côté britannique, le gouvernement de Neville Chamberlain et les élites britanniques voient l'Espagne comme un pays en pleine révolution « communiste » (les Anglais refusent de se battre pour des « communistes espagnols »). De plus, tout est fait pour éviter un conflit avec les puissances totalitaires : on pense qu'en étant conciliant avec l'Allemagne, on peut arriver à s'entendre avec Hitler sur ses ambitions expansionnistes.

C'est dans ce contexte que Léon Blum propose le pacte de non-intervention, signé par la quasi-totalité des pays européens. Un comité est créé à Londres pour en définir les modalités. Chaque pays se voit chargé d'empêcher la livraison d'armes en Espagne : les Britanniques doivent assurer le respect d'un embargo sur les armes dans l'Atlantique, la France dans les Pyrénées, et l'Italie sur la côte méditerranéenne.

La France et le Royaume-Uni envoient cependant des armes aux républicains mais secrètement.

[] La participation italienne

Affiche républicaine appelant à combattre l'invasion italienne
Affiche républicaine appelant à combattre l'invasion italienne

L'aide italienne au camp nationaliste, limitée au début du conflit, devient massive dès la fin de l'année 1936. Elle se matérialise par des livraisons importantes de matériel (près de 700 avions et 950 chars) mais surtout par l'envoi de nombreux soldats. Le corps des volontaires italiens (CTV) atteint jusqu'à 50 000 hommes. Contrairement aux troupes allemandes, les Italiens sont bien intégrés dans les combats après sa défaite à bataille de Guadalajara.

Mussolini semble envoyer ses troupes davantage dans le but de renforcer son rayonnement que par affinité idéologique avec les nationalistes, car même si le fascisme partageait son inspiration socialiste avec Franco, celui-ci avait une connotation nettement catholique, que Mussolini n'avait pas. C'est ainsi l'occasion pour lui d'effectuer une propagande d'ampleur internationale. Il a aussi des intérêts économiques (les armes italiennes sont vendues aux nationalistes) et stratégiques (utopie d'une mainmise sur la Méditerranée). Mussolini espérait également placer un régent italien sur une plus ou moins grande partie de l'Espagne.

En mars 1938, les Italiens bombardent Barcelone, fief des républicains espagnols. Les quelques 3 000 morts et nombreux blessés soulèvent l'indignation de la communauté internationale. Le pape Pie XI va jusqu'à protester auprès de Mussolini.

[] La participation allemande

Le beau-frère de Franco, alors admirateur de Goering, demande de l'aide à l'Allemagne nazie pour que l'Italie n'ait pas la mainmise sur l'Espagne

L'Allemagne nazie participe au conflit aux côtés des nationalistes en engageant 10 000 hommes au plus fort du conflit, mais ce sont essentiellement des techniciens et instructeurs, peu de soldats. Les rares forces de combat sont limitées à quelques compagnies de chars et aux avions de la légion Condor. Hitler se sert de cette guerre pour essayer le nouveau matériel et y gagne aussi sur le plan économique : en effet, il a négocié en échange de son aide le contrôle des sociétés minières espagnoles. Parmi les faits marquants des envoyés allemands en Espagne, le bombardement de civils à Guernica, le 26 avril 1937, préfigure les stratégies de la guerre totale à venir. Après cet événement, condamné par une bonne partie de la communauté internationale, l'aide allemande se réduit.

[] Les autres aides aux nationalistes

Les nationalistes ont également obtenu l'aide du Portugal de Salazar qui enverra une légion de 20000 hommes (appelés Viriatos).Toutefois l'aide du Portugal s'arretera là. Le général Sanjurjo qui était en exil au Portugal ne fut pas autorisé à partir d'un aéroport officiel. Son avion dut décoller d'un terrain privé et s'écrasa dans un bois en bout de piste. Sanjurjo trouva la mort dans cet accident. Les troupes franquistes n'étant pas autorisées à rentrer en terrain portugais, trouvèrent d'énormes difficultés pour franchir les cols de Somosierra et Guadarrama durement défendu par les républicains. Ce passage fut facilité par la désertion d'une compagnie de gardes civils entière. On peut noter aussi le renfort plus anecdotique des 600 Irlandais de la Légion Saint-Patrick.

[] La participation de l'Union soviétique

L'URSS intervient timidement en faveur des républicains, notamment par l'intermédiaire du Komintern, au nom de la lutte contre le fascisme.

Notons que plusieurs généraux républicains, membres du PCE, comme Juan Modesto ou Enrique Líster, ne sont pas sortis du rang, mais avaient été formés en URSS où ils avaient trouvé refuge au début des années 30.

Staline livre de nombreuses armes modernes (chars et avions) mais exige en contrepartie que les réserves d'or de l'Espagne détenues par la République "soient mise en sécurité" en URSS où elles y resteront après la fin de la guerre et ne seront jamais rendues.

L'URSS envoie peu d'hommes (seulement 2 000, pour la plupart des conseillers) et de plus les livraisons d'armes sont irrégulières et l'acheminement difficile vers certaines régions.

Après les accords de Munich, l'aide soviétique décroît rapidement.

Les Soviétiques encouragent et soutiennent également les Brigades internationales et cherchent à éliminer les marxistes non staliniens (principalement en Catalogne) et les anarchistes.

Drapeau des Brigades Internationales
Drapeau des Brigades Internationales

[] Les Brigades internationales

Voir l'article détaillé Brigades internationales.

Aux côtés des républicains, des volontaires venus du monde entier,dont une majorité de français[réf. nécessaire], souvent des communistes, des marxistes, des socialistes ou des anarchistes, mais aussi des anti-fascistes plus modérés, se sont engagés dans des groupes qui ont pris le nom de Brigades internationales.

Avant même la constitution des Brigades internationales, des étrangers participèrent à la colonne Durruti ; Simone Weil en est un exemple.

[] Les autres aides aux républicains

Le Mexique envoie quelques armes aux républicains.

Comportements des Nations

Seuls le Mexique et le Portugal auront une conduite correspondant à leur langage officiel.

Avec le recul, on peut constater que les gouvernements qui aidèrent les républicains étaient plus motivés par des enjeux économiques ou politiques que par une éventuelle sympathie ou compassion, envers le peuple espagnol déchiré. A l?inverse, les nombreux volontaires, venant d?une cinquantaine de pays qui s?engagèrent pour soutenir les républicains, le firent, dans une immense majorité, poussés par un idéal généreux et fraternel.

En ce qui concerne les considérations économiques : le téléphone était américain ; les mines de cuivre, le commerce du liège et les adductions d'eau des grandes villes étaient anglaises; les Français possédaient des mines de cuivre, mais surtout les mines d'argent et d'importantes participations dans les mines du charbon. Les Belges faisaient du commerce de bois de construction, dans les chemins de fer et les tramways ; les Canadiens fournissaient une grande partie de l'électricité. Puis? La vente d'armes est un commerce très lucratif.

Les considérations politiques sont plus longues et plus complexes à comprendre: Trois pays apporteront de l'aide aux nationalistes. En hommes et en matériel de guerre pour l'Allemagne et l'Italie, en hommes seulement en ce qui concerne Portugal.

Le 18 juillet 1936, le coup d'État des généraux est loin d?être une victoire. Les jours suivants va régner une confusion indescriptible. La situation est si incertaine que les deux forces en présence vont se tourner vers l'étranger pour demander de l'aide.

Franco qui avait été rapatrié des Canaris par un appareil britannique privé, s'adresse donc à l'Angleterre, mais l'Angleterre, qui voit l'Allemagne faire des mouvements de troupes vers le Rhin, ne veut s'engager officiellement ni pour un parti, ni pour un autre. Ce qui ne l'empêchera pas de « man?uvrer » tantôt à droite, tantôt à gauche, pendant toute cette guerre. Franco veut alors s'adresser à la France, mais il apprend que le Gouvernement Blum est déjà en négociation avec le Gouvernement Républicain. Il ne lui reste plus que l'Italie et, pourquoi pas, l'Allemagne ? Dans l'autre camp on s'aperçoit aussi, que l'on n'a pas le matériel nécessaire. l'armée espagnole manque de tout pour se lancer dans des opérations d'envergure. Et même si la Marine et l'aviation sont restées du côté républicain, pratiquement tous les cadres sont chez l'adversaire, ont été assassinés, ou ne leur inspirent aucune confiance. Quelques heures vont séparer les appels de détresses des belligérants vers les pays voisins ou « amis ». Mais les républicains sont Frente Popular, José Giral est socialiste, en France le Gouvernement est Front Populaire et à sa tête un autre socialiste : Léon Blum. Il semble naturel que il appréhende avec sympathie et compréhension les problèmes d'un gouvernement « frère ». Mais il y a surtout les mouvements de troupes allemandes et italiennes qui inquiètent Paris, tout comme elles inquiètent Londres. Bien que l'on ne sache pas encore à quoi s'en tenir, on prête aux généraux rebelles des idées fascistes. (On se refuse à croire que ce conflit, au départ, n'est que purement espagnol) La peur d'être encerclés par trois Etats de même tendance pousse Blum et son équipe vers les Républicains.

Mais, à Paris, l'ambassade espagnole est favorable aux nationalistes. Aussitôt l'ambassadeur prévient son collègue à Londres. Dés le 21 juillet le Gouvernement Anglais est au courant des intentions de la France. Pour Sir Anthony Eden, ministre des Affaires étrangères, les réalités doivent passer avant les sentiments. A son avis, en Espagne, les torts sont partagés, l'anarchie dans le plus mauvais sens du terme pour les uns, avait créé une situation qui n'était plus supportable et il fallait que cela explose ; le coup d'État plaçait l'autre camp dans l'illégalité totale. Condamner les uns serait exclure les autres! Eden demande une réunion avec la France et que le Président du Conseil lui-même y assiste pour parler de l'Espagne. Léon Blum et son ministre des Affaires Etrangères Yvon Delbos viennent donc à Londres pour s'entendre dire qu'il ne faut surtout pas compter sur l'Angleterre pour une quelconque participation à la guerre civile d'Espagne. Le matin déjà les journaux londoniens avaient publié des articles disant clairement que le Gouvernement de Londres condamnait l'attitude du Gouvernement Français. Winston Churchill lui même, bien que farouchement opposé à l'Allemagne et l'Italie, écrivit à l'ambassadeur de France, Corbin, pour demander « une neutralité absolument inflexible ». L'Angleterre ne variera jamais dans cette attitude officielle, même si l'on trouvera de nombreux anglais dans les Brigades internationales.

En France donc, officiellement, Léon Blum hésite. Toute sa politique étrangère est étroitement liée à celle de l'Angleterre et il se trouve que, sur l'Espagne, il y a une totale divergence de vues. Et voilà que la presse française de droite se déchaine. La Gauche applaudit, la Droite s'indigne, le Centre ne se prononce pas, mais manifeste ses inquiétudes sur l'avenir de la France. L'état-major exprime ses plus vives réticences à se démunir d'un matériel qui lui fera faute en cas de conflit avec l'Allemagne. Le climat politique se tend. Le Président de la République Albert Lebrun convoque un conseil de ministres extraordinaire dans lequel il va solennellement réprouver ses actions à Léon Blum : -« Ce que vous voulez faire, ce que vous avez commencé à faire, peut avoir des répercussion infinies. Cela risque de signifier ou bien la guerre extérieure, ou bien la révolution intérieure. »- Mais à l'issue de ce Conseil de Ministres, il a quand même été décidé qu'on enverra du matériel de guerre en faisant croire qu'il procède du Mexique, tout en démentant énergiquement que la France soit impliquée dans ce trafic. Les trains chargés d'armes circuleront la nuit. Le recrutement de volontaires se fera sous couvert de partis politiques ou d'organisations non gouvernementales. Alors, si on ne le fait pas par la voie officielle, on le fera en catimini. Et voilà comment la France aura, pendant toute cette guerre, une triple attitude. 1: Un langage médiatique de complète neutralité. 2: Des ventes ou des fournitures d'armes plus ou moins secrètes ainsi que le recrutement de volontaires. (Des personnages influents prennent publiquement position pour la République). 3: Des ventes de matériel de guerre par des entreprises privées, aux Nationalistes avec la plus totale hypocrisie de l'État qui feindra de ne rien voir.

Dés le 24 juillet 1936 deux trains de bombes et de grenades sont chargés sur le Ciudad de Tarragona via Barcelone. Toujours le 24, vingt avions décollent d'Étampes vers le sud. Le 26 et 27 d'importants chargements de mitrailleuses et leurs munitions traverseront, pendant la nuit, les frontières de Cerbère et Hendaye. Quelques jours plus tard une dizaine de bombardiers, douze avions de chasse, une quinzaine de transports seront livrés aux Républicains. Mais par la France transiteront aussi, toutes sortes d'armes vendues par des trafiquants venus de tous pays. Pierre Cot, André Malraux et Josip Broz, qui deviendra le maréchal Tito, seront les principaux organisateurs de cet trafic[25].

Pendant ce temps Yvon Delbos fait voter une « convention nationale de non ingérence » qui est proposée ensuite aux autres pays européens! L'état-major français dira plus tard : -« Nous n'avons laissé partir que des vieux coucous »-.

À Moscou, Staline, lui aussi sollicité par les Républicains espagnols, a réfléchi : l'Espagne ne compte en juillet 1936 que trois mille adhérents communistes. Ce lointain pays ne l'intéresse pas. Ce n'est qu'un mois plus tard, quand il aura compris l'intérêt qu'il peut en tirer, aussi bien sur le plan national qu'international, qu'il changera d'avis et commencera un chantage aux armes.

Mais, tout de suite, il se livre à de savants calculs. Il pense qu'une victoire Nationaliste encerclerait la France par trois pays à tendance fasciste, et surtout que cela pourrait aider l'Allemagne si une agression contre la Russie avait lieu. Il faut, en conséquence empêcher cette victoire, mais, d'un autre côté une victoire communiste alarmerait la France et la Grande-Bretagne et pourrait même entrainer une guerre mondiale. En outre, il ne faut pas gaspiller ses armes et, il ne faut pas, non plus, que les Républicains gagnent la guerre trop vite.... et même il ne faut pas qu'ils la gagnent du tout ! En conséquence, Staline aussi, n'enverra des armes en Espagne qu'en quantités calculées et jouera sur plusieurs tableaux.

On lui prête d'ailleurs des idées encore plus tortueuses, qui seraient celles de glisser vers des alliances avec les droites et les fascistesGeorges Roux : "la guerre civile d'Espagne". Des plans dont l'apothéose aurait été le pacte germano-soviétique de 1939. Plus tard, une toute autre raison poussera Staline à faire durer cette guerre civile le plus longtemps possible : faire dépenser le plus possible de matériel militaire à l'Allemagne de façon à l'affaiblir au maximum. Mais pour l'instant, et alors qu'il s'apprête à faire une nouvelle purge parmi les vieux bolchéviks, il médite sur ce que sera sa stratégie en Espagne. Pour l'anecdote, il faut quand même parler des quelques mesures qu'il va prendre tout de suite : Il retranche une somme sur les salaires des ouvriers pour « aider » leurs camarades espagnols. Plus sérieusement, il envoie en Espagne le chef du parti communiste italien Togliatti, le français Jacques Duclos, un autre italien, Vidali et le hongrois Ernö Gero, afin de renforcer le Komintern, mais aussi et surtout pour qu'ils espionnent et éliminent les communistes tentés de suivre Trotski. D'autre part, et en garantie, il se fait livrer 510 tonnes d'or en lingots des réserves de la banque d'Espagne et des chargements de bijoux par le gouvernement républicain. Cet or ne sera jamais rendu à l'Espagne.

En Italie, le 22 juillet 1936, arrivent à Rome deux représentants de Franco. Ils sont reçus par le ministre des Affaires étrangères, le comte Ciano, (gendre de Mussolini). Le ministre ne s'engage pas, mais promet de consulter. Deux fois Mussolini refuse l'appui demandé. Ce n'est que le 24, en apprenant que Blum aide la République espagnole, qu'il va consentir l'aide aux généraux rebelles. Mais lui aussi, s'est livré à de savants calculs. Premièrement, le fait que l'on vienne solliciter son aide le flatte. Deuxièmement, il pense que son ambition de dominer la Méditerranée se trouverait facilitée par la reconnaissance, à la fin d'une guerre qu'il aurait contribué à gagner, d'une « Espagne nouvelle » à qui l'on prête des idées semi-fascistes. Puis la victoire de cette « Espagne nouvelle » obligerait la France à partager ses troupes entre les deux frontières et l'empêcherait de recevoir des renforts du Maroc. Il vient de faire la conquête de l'Abyssinie (Éthiopie) et ce triomphe lui est monté à la tête. L'Espagne lui offre une nouvelle possibilité de faire valoir sa personnalité. Le langage officiel va être qu'il faut absolument faire barrage au communisme, alors que ses invectives s'étaient toujours adressées aux « démocraties décadentes » (France et Grande-Bretagne) Toutefois il n'aurait consenti cette aide à Franco qu'à contrec?ur et sous l'insistance de Ciano.

La guerre d'Espagne va avoir une conséquence inattendue : le rapprochement de Hitler et Mussolini, alors que le Duce s'était toujours méfié de Hitler comme de la peste.

Toujours le 22 juillet, Franco envoie deux émissaires vers l'Allemagne portant une lettre destinée à Hitler en personne pour lui demander une dizaine d'avions d'une capacité maximum. En Allemagne, le ministre des Affaires étrangères, Dieckhoff et un autre ministre von Neurath se déclarent opposés à toute livraison d'armes à cause des graves conséquences qu'elle pourrait avoir sur la colonie allemande, très importante en Espagne. Le chef du parti nazi et l'Amiral Canaris, chef des Services Secrets y sont, par contre, tout à fait favorables. Goering, chef de la Luftwaffe, insiste auprès du Führer avec ces arguments : Franco se trouve au Maroc, il ne pourra pas faire passer ses troupes étant donné que la Marine reste aux mains des Républicains. Il faut absolument empêcher une nouvelle avance du communisme. Il avance ensuite un autre raisonnement :