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Le mot politique vient du grec politikè (« science des affaires de la Cité »). Étymologiquement, la politique est donc synonyme d'organisation de la Cité. La Cité visée est celle de l'Antiquité grecque, aujourd'hui appelée Cité-État du fait de la similitude de son organisation avec celle de nos États modernes (pouvoir centralisé, institutions, diplomatie...). Notion polysémique, la politique recouvre au moins trois sens : La politique en son sens plus large, celui de civilité ou Politikos, indique le cadre général d'une société organisée et développée. Plus précisément, la politique, au sens de Politeia, renvoie à la constitution et concerne donc la structure et le fonctionnement (méthodique, théorique et pratique) d'une communauté, d'une société, d'un groupe social. La politique porte sur les actions, l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses rapports à d'autres ensembles. La politique est donc principalement ce qui a trait au collectif, à une somme d'individualités et/ou de multiplicités. C'est dans cette optique que les études politiques ou la science politique s'élargissent à tous les domaines d'une société (économie, droit, sociologie, et cetera) Enfin, dans une acception beaucoup plus restreinte, la politique, au sens de Politikè, ou d'art politique se réfère à la pratique du pouvoir, soit donc aux luttes de pouvoir et de représentativité entre des hommes et femmes de pouvoir, et aux différents partis politiques auxquels ils peuvent appartenir, tout comme à la gestion de ce même pouvoir. L'origine de la politiqueMythes des origines : État de nature et contrat socialArticle détaillé : État de nature.
La question de l'État de nature et du contrat social s'inscrit dans un contexte particulier de la pensée occidentale. À partir du XVIIe siècle, s'amorce en effet une contestation des thèses politiques aristotélicienne, à partir d'un contre-argumentaire humaniste. Pour Aristote, en effet, « L'État est un fait de nature », et « Naturellement, l'homme est un être sociable », par le simple fait qu'il maîtrise le langage rationnel, et est ainsi apte, plus qu'aucun autre animal à se regrouper en société : « l'homme est infiniment plus sociable que tous les autres animaux qui vivent en groupe ». Il s'ensuit que « La Nature pousse donc instinctivement tous les hommes à l'association politique » et que « ἄνθρωπος φύσει πολιτικὸν ζῷον » — « l'homme est un animal politique »1. À contrario, « pour l'âge moderne, l'humanité de l'homme ne dépend pas essentiellement de son rapport à autrui dans la construction d'un ordre juste »2. Dans l'esprit de l'humanisme, la relation entre l'homme et la morale ou la nature n'est en effet pas d'ordre collectif, mais individuel. Dans la mesure ou l'homme précède l'État, celui-ci ne saurait être un fait de nature, et n'a pu être instauré qu'à un moment précis de l'histoire humaine, pour répondre à des besoins non moins précis. Il est à noter qu'une telle position conventionnaliste existait déjà au temps d'Aristote. Outre un certain nombre de sophistes cités par ce dernier et dont l'œuvre ne nous a pas été transmise, tels que Lycophon, Épicure partageait ces conceptions. Pour ce dernier, l'État fut instauré par convention (Sunkhétai), afin de permettre aux philosophes de s'adonner à la science, sans redouter l'insécurité des rapports humains : « Épicure voit le fondement de la cité, et plus généralement des liens de droit, dans des contrats ou des conventions liant des sujets autonomes (...) les hommes s'associent parce qu'ils ont éprouvé la douleur de subir des dommages (...) l'homme n'est pas un animal naturellement politique »3. Le hasard de la transmission des textes a contribué à occulter cette position conventionnaliste, alors relativement fréquente. Réhabilité par Hugo Grotius, qui établit l'existence, dans son Traité du droit de la guerre et de la paix, d'un droit naturel préexistant aux divers droits politiques, l'État de nature est exposé clairement par Samuel Pufendorf dans le premier livre du Droit de la nature et des gens. Pour celui-ci, l'État ne fait que confirmer positivement un système de droit et de devoir préexistant en l'homme : il existe des lois naturelles, telles que la loi de sociabilité, qui régissent les rapports humains. Toutefois, pour que ces lois naturelles puissent réellement être appliquées, l'intervention d'une autorité politique est nécessaire : « Le but des législateurs de cette terre est de régler les actions extérieures de chacun, le mieux qu'il est possible »4. L'Anthropologie politiqueArticle détaillé : Anthropologie politique.
Selon l'anthropologue français Georges Balandier, l'anthropologie politique « tend à fonder une science du politique, envisageant l'homme sous la forme de l'homo politicus et recherchant les propriétés communes à toutes les organisations politiques reconnues dans leur diversité historique et géographique. »5 Les anthropologues ont distingués quatre systèmes politiques primitifs, qui se situeraient en dehors de toute logique étatique6. Premièrement les bandes de chasseurs-cueilleurs nomades. Du fait de leur taille réduite (guère plus d'une centaine d'individus), et de leur mobilité, ces bandes n'éprouveraient nul besoin d'instituer des autorités politiques permanentes. Deuxièmement, les sociétés lignagières. Décrit par Evans-Pritchard, dans son étude classique sur les Nuer, ce système politique implique la réunion de plusieurs groupes familiaux, au sein desquels les aînés possèdent une légitimité particulière, qui les rend aptes à dénouer un conflit. Troisièmement, les sociétés à notables charismatiques. Ici, le pouvoir est représenté ponctuellement par quelques personnalités reconnues pour leurs qualités morales ou leurs attributs matériels. Toutefois, cette dignité demeure individuelle, et n'est pas transmissible héréditairement. Dernièrement, les sociétés à chefferies. Quelques individus exercent un pouvoir incontestable et héréditaire, dont l'étendue reste cependant variable. L'existence de sociétés sans États reste néanmoins sujette à caution. Les États proche-orientauxAu cours de la civilisation d'Obeid en Mésopotamie, le phénomène de structuration économique initié au début de l'ère Néolithique atteint un niveau critique, qui entraîne l'émergence d'une nouvelle cellule sociologique, la ville, ainsi que l'avènement d'inégalités sociales7. Par ailleurs, l'invention de l'écriture permet l'administration rationnelle d'un espace donné : « les écrits, en effet, permettent de porter au loin des messages, de noter des comptes de conserver des archives, toutes ressources susceptibles d'aider au plus haut degré l'administration de l'État »8. L'avènement conjoint de ce modèle sociologique et de cette technologie intellectuelle a permis de concevoir une structure humaine nouvelle, l'État, et son corollaire, la politique. A partir de l'an 3000 av. J-C, des Cités-États commencent à apparaître en Mésopotamie. Elles semblent privilégier des régimes politiques assez proches de la monarchie constitutionnelle, voire de la république. Un poème sumérien étudié en particulier par Samuel Noah Kramer fait ainsi état de la présence de deux assemblées à Uruk, l'une, l'assemblée des anciens, s'apparentant à une sorte de sénat, l'autre à une assemblée du peuple. La légitimité du roi d'Uruk semble dépendre étroitement de ces deux assemblées : il ne déclare en effet la guerre à la cité de Kish qu'après avoir reçu au moins le soutien de l'assemblée du peuple9. Qui plus est, l'attribution du pouvoir royal n'est que rarement héréditaire. Le terme sumérien pour désigner le roi, Lugal, consiste en effet en l'association de la racine Lu, homme et gal, grand. Ce qui importe ici avant tout ce sont les qualités morales et nullement l'appartenance héréditaire : Sargon d'Akkad n'obtient ainsi le trône que grâce à ses vertus royales10. Progressivement le pouvoir monarchique tend à se renforcer, tout à la fois en puissance (les premières cérémonies de sacre, qui impliquent une légitimité de droit divin apparaissent au début du IIe millénaire av. J-C11) et en étendue (les cités-États sont absorbées par de grands royaumes). Les institutions démocratiques et républicaines, notées par Kramer, tombent de fait en désuétude. Ce renforcement de l'autorité monarchique va favoriser, au cours du premier quart du IIe millénaire av. J-C, la mise en place d'une administration et d'une jurisprudence normalisées, évolution dont sont emblématiques les codes d'Ur-Nammu (vers -2100), de Lipit-Ishtar (vers -1930) et d'Hammurabi (vers -1750), ainsi que les Lois d'Eshnunna (vers -1760)12. Certes ces premiers corpus juridiques n'ont aucune visée exhaustive et s'apparentent plutôt par leur style à des recueils de morales13. Toutefois ils représentent une rupture importante, en ce qu'ils n'hésitent pas à corriger les traditions orales dans une optique rationnelle : « la situation dans une société proche-orientale est donc très différente de celle des sociétés sans histoires, où les coutumes sont absolument fixes et où le changement est subi et non organisé »14 L'affermissement de grands États centralisés et rationnalisés, va permettre l'organisation de relations internationales. De la fin du IIe millénaire av. J.-C. à -1100, un espace allant de l'Égypte à Élam, et de l'Arabie au royaume Hittite sera régi par un système diplomatique élaboré : le système d'Armana15. Fondé sur relatif équilibre géopolitique entre quatre ou cinq grandes puissances, ce système disposera de sa lingua franca, l'akkadien, et de ses protocoles propres. Ainsi, les « différents rois entretenant des relations diplomatiques sont réputés appartenir à une seule et même grande famille ou grande maison (…) les rois de statut identique se traitent de frères, ceux de moindre envergure sont les fils ou les serviteurs des premiers »16. Les invasions successives des peuples de la mer mettront fin à cette construction politique élaborée. Il semble ainsi que les États proche-orientaux ont forgé la quasi-totalité des formes et structures politiques. Pour autant quelque chose manque encore : la pensée et la théorie politique. Le politique est certes un objet bien établi, mais il ne s'agit en aucun cas d'un pensé : « jamais le mythe, la loi, la coutume dans leur sensemble ne deviendront objet de débat explicite, parce qu'elles continuent à relever du sacré, et du sacré seul »17. Les hommes d'États proche-orientaux se préoccupaient avant tout des politiques, de la gestion des affaires administratives, et fort peu de la Politique, de l'ordre étatique dans son ensemble — ordre qui, partie prenante de l'ordre divin dans son ensemble, ne saurait être contesté, discuté ou simplement considéré18. La Cité grecqueArticle détaillé : Cité grecque.
En dépit des précédents proche-orientaux, l'origine de la politique se confond généralement avec celle de la pensée politique et donc de fait, avec la Cité grecque. Ainsi l'helléniste anglais Moses Finley, a-t-il pu affirmer que la politique « est une des activités les moins répandues dans le monde pré-moderne ». Il s'agit en effet, « d'une invention grecque, ou, pour être plus précis, une invention que firent séparément les Grecs, les Étrusques et/ou les romains »19. Tout au long du IIe millénaire av. J.-C., la Grèce apparaît comme une simple continuité périphérique du système d'Amarna. Comme le note en effet Jean-Pierre Vernant : « la Méditerranée ne marque pas encore de part et d'autre de ses rives, une coupure entre l'Orient et l'Occident. Le monde égéen et la péninsule grecque se rattachent sans discontinuité (…) d'une part au plateau anatolien (…) de l'autre (…) à la Mésopotamie et à l'Iran »20. De la sorte, le premier État grec connu, le royaume mycénien, s'apparente par de nombreux traits aux monarchies proche-orientales contemporaines. Il s'agit en effet d'une royauté bureaucratique, caractérisé par une régulation quasi-maniaque de la vie sociale21. De plus, le roi ou anax possède une autorité essentiellement militaire et religieuse 22. Aussi, la politique à l'ère mycénienne prend ainsi la forme d'une activité essentiellement administrative, inscrite dans un cadre cosmogonique plus large. Effectif à partir du XIIe siècle av. J.-C. le déclin du monde mycénien va entraîner un redéploiement complet des structures politiques initiales : l'anax disparaît et les potentats locaux, dits basileus ne conservent le plus souvent que des prérogatives religieuses23. Le reflux de la souveraineté monarchique va favoriser deux forces sociales jusqu'ici quasiment exclues du jeu politique : « d'une part les communautés villageoises, et de l'autre une aristocratie guerrière »24. Les dissensions fréquentes entre ces deux forces, vont rendre nécessaire la mise en place du débat politique ou agôn, sur une place publique. Le pouvoir cesse dès lors de dépendre d'un centre unique, pour être le produit d'une délibération constante : « l'archè ne saurait plus être la propriété exclusive de qui que ce soit ; l'État est précisément ce qui a dépouillé tout caractère privé, particulier, ce qui, échappant au ressort des genè, apparaît déjà comme l'affaire de tous »25. Progressivement s'instaure une entité politique d'un genre nouveau : la polis ou cité. Elle se caractérise par trois traits principaux : l'usage du discours rationnel, la publicisation des actes politiques, et la croyance en l'égalité des citoyens devant la loi (ou isonomie)26. Cette instauration invalide de fait les vieilles coutumes orales, qui régulaient jusqu'alors le jeu politique et social. Plusieurs législateurs, regroupés sous l'appellation générique de sept sages vont promouvoir en conséquence une nouvelle éthique citoyenne, qui témoigne d'une volonté de rationaliser la justice : le criminel n'est ainsi plus jugé coupable vis-à-vis de sa victime, mais de la cité entière27. Pendant moral de cette éthique, la « sôphrosunè » ou modération, fait converger l'ensemble des structures sociales vers un « juste milieu »28. Solon impose ainsi une égalité géométrique, ou homoneia, des corps de citoyens, en accord avec les rapports de types musicaux (2/1, 3/2, 4/3) : la première classe de citoyen reçoit ainsi cinq cent mesures de blé, quand la dernière classe n'en reçoit que deux cents29. Par la suite les démocrates comme Clisthène généralisent le principe de l'égalité absolue, basée sur le rapport 1/1 : chaque citoyen devient dès lors l'entité indivisible d'un corps unique : la cité30. Afin de garantir ce principe, Clisthènes procède à une réforme profonde de l'espace civique athénien, en regroupant les douze tribus traditionnelles en dix tribus : purement conventionnelle, cette division administrative achève de rationaliser la cité31. Politique et nature humaineUn extrait d'Antigone de Sophocle résume fort bien toute la problématique opposant la Politique et la nature humaine. « Κρέων — καὶ δῆτ᾽ ἐτόλμας τούσδ᾽ ὑπερβαίνειν νόμους; Ἀντιγόνη — οὐ γάρ τί μοι Ζεὺς ἦν ὁ κηρύξας τάδε, οὐδ᾽ ἡ ξύνοικος τῶν κάτω θεῶν Δίκη τοιούσδ᾽ ἐν ἀνθρώποισιν ὥρισεν νόμους. οὐδὲ σθένειν τοσοῦτον ᾠόμην τὰ σὰ κηρύγμαθ᾽, ὥστ᾽ ἄγραπτα κἀσφαλῆ θεῶν νόμιμα δύνασθαι θνητὸν ὄνθ᾽ ὑπερδραμεῖν. » « Créon — Et ainsi, tu as osé violer ces lois ? Antigone — C'est que Zeus ne les a point faites, ni la justice qui siège auprès des dieux souterrains. Et je n'ai pas cru que tes édits pussent l'emporter sur les lois non écrites et immuables des dieux, puisque tu n'es qu'un mortel. Ce n'est point d'aujourd'hui, ni d'hier, qu'elles sont immuables ; mais elles sont éternellement puissantes, et nul ne sait depuis combien de temps elles sont nées. Je n'ai pas dû, par crainte des ordres d'un seul homme, mériter d'être châtiée par les dieux. »32 La Philosophie politiqueArticle détaillé : Philosophie politique.
La Grèce antiqueLa philosophie politique avant PlatonLa pensée politique de Socrate se résume à deux apports fondamentaux33. Premièrement, le développement d'une méthode critique d'évaluation de la connaissance politique. A la différence de Protagoras, il affirme que la vérité existe. Toutefois, cette vérité n'est pas dogmatique : on ne peut l'atteindre que par l'exercice constant d'un esprit critique. Rétif aux concepts, Socrate s'efforce d'instiller le doute quant à la moralité et l'efficacité des systèmes politiques : « en mettant ses interlocuteurs en contradiction avec eux-mêmes, il montre que l'opinion est (…) incapable de servir de base à la délibération et à la décision politique, ce qui ruine le postulat athénien (…) de l'universelle compétence des citoyens »34. Deuxièmement, la conceptualisation de la morale comme un objet de science. Il y a, selon Socrate, des lois morales universelles, que l'on ne saurait découvrir que par une éducation véritablement philosophique. Rarement innée, la science du gouvernement s'apprend ; si bien que pour Socrate, la Politique apparaît comme un véritable métier. PlatonAristotePar opposition à Socrate, qui part du monde des idées pour en déduire des applications concrètes, Aristote tend à vouloir s'appuyer sur l'observation du réel pour en déduire des principes théoriques. Cette approche aristotélicienne est aussi vraie en politique. Pour Aristote, l'homme est fait pour vivre en communauté politique. Pour lui, la cité est voulue par la nature et est donc inhérente à tout groupe humain, selon le principe que l'homme est un animal politique (ἄνθρωπος φύσει πολιτικὸν ζῷον/ anthropos phusei politikon zoon) Dans son œuvre La Politique, Aristote analyse l'origine et le fonctionnement des différents régimes politiques de son époque, le IVe siècle av. J.-C., pour définir le meilleur d'entre eux, qui doit donner naissance à la Cité idéale. Les philosophes hellénistiquesLa ChineLa pensée politique chinoise émerge, comme en Grèce archaïque dans un contexte de crise. La décomposition des structures politiques traditionnelles suscite en effet dans les deux cas une prise de conscience philosophique et politique. Effectif à partir du VIIIe siècle, le déclin de l'empire des Zhou, permet aux divers fiefs et seigneuries de s'émanciper et constituer de multiples royaumes indépendants. Le confucianismeDans une société chinoise divisée par le féodalisme, Confucius cherchait à restaurer l'ordre et la paix grâce au respect des traditions, à la légitimité du pouvoir et à la hiérarchie sociale. Au-delà de ses principes directeurs, son expérience l'amène à la conclusion théorique suivante : pour que le pouvoir politique puisse vivre et être pérenne, le Prince est tenu de se comporter comme un homme de qualité, un sage en montrant sans cesse l'exemple. « Si un homme sait se gouverner lui-même, quelle difficulté aura-t-il à gouverner son État ? » Le TaoïsmeLe LégismeLa Théologie politiqueLe JudaïsmeL'IslamLe ChristianismeRenaissance et sécualarisationMachiavel incarne une rupture absolue par rapport à la tradition politique chrétienne et, à ce titre, apparaît comme le premier penseur politique moderne. Selon lui, en effet, « un prince nouveau, dans une cité, ou une province conquise doit faire toute chose nouvelle »35. Pour Machiavel, trois principes doivent diriger le Politique : la force, le respect des lois, la ruse36. Pour Machiavel, le prince n'a pas besoin de faire profession d'homme de bien. Ces conceptions politiques se doublent d'une interprétation théologique également renouvelée. En effet, selon Léo Strauss : « Puisqu'il caractérise comme tyrannique une façon d'agir que le Nouveau Testament attribue à Dieu, il nous conduit à la conclusion, non, il dit en effet que Dieu est un tyran »37 Les contractualistes« L'extraordinaire développement des théories du contrat entre 1600 et 1800 (…) peut faire penser que le contractualisme a décidément partie liée avec la Modernité »38. Répondant aux critiques de la pensée politique chrétienne formulée par les philosophes de la Renaissance, le contractualisme va en effet s'efforcer de refonder le politique sur un ordre rationnel, et, à ce titre, accompagner le développement de l'État moderne. Thomas HobbesEn 1651, Thomas Hobbes, théoricien du contrat, publia son œuvre la plus célèbre, Léviathan, dans laquelle il proposa un modèle de souveraineté et de développement social avancé pour justifier la création d'un gouvernement. Il préconise un État fort, tentaculaire, omniprésent ; en effet, le Léviathan est en fait une sorte d'immense pieuvre. Hobbes décrit un État de Nature où chacun possède un même droit sur les ressources naturelles et est libre d'utiliser tous les moyens pour acquérir ces ressources. Tous les Hommes sont égaux dans la possibilité de mourir, aucun Homme ne peut s'imposer aux autres. Il avance qu'un tel dispositif conduit à une ”guerre de tous contre tous” (bellum omnium contra omnes) puisque, d'après sa propre formule, « l'homme est un loup pour l'homme ». De plus, il écrit que les hommes doivent adhérer à un contrat social et devraient abandonner leurs droits absolus en échange de certaines protections. Hobbes affirme que la solution au problème d'agression est un État autoritaire centralisé, qu'il a appelé Leviathan. Hobbes n'est pas le seul à avoir imaginé l'Homme dans l'état de nature, Rousseau a lui aussi imaginé un état de nature. Tant qu'il apparaît que la coopération sociale et les hiérarchies de dominance précèdent les sociétés humaines, le modèle de Hobbes indique un système pour l'apparition des régimes politiques. John LockeAu départ, il est assez favorable à la monarchie absolue car il a vécu la guerre civile. Locke va participer à la mise en place de la monarchie constitutionnelle (janvier 1689); il va réfléchir à la façon d’empêcher la dérive vers le pouvoir absolu. Son œuvre politique principale est l'essai sur le gouvernement civil. On parle de l’homme à l’état de nature,l’état de nature est antérieur à la société, la société est une création de l’homme. John Locke est quelqu’un de paisible de calme, et pour lui l’homme n’est pas un loup pour l’homme; au contraire, il est paisible et raisonnable. Il sait qu’il a besoin des autres pour réaliser ses affaires, de ce fait, il va confier des tâches à la société et les transfère à la collectivité qui permettra de faire prospérer leurs intérêts. Mais en aucun cas le transfert est total : jamais un homme raisonnable n’acceptera de transférer tous ses droits à une autre entité. Il fait diviser pour mieux régner : deux pouvoirs, législatif et exécutif. Plus une puissance fédérative qui concerne les relations avec les pays extérieurs. Si les pouvoirs ne remplissent plus leurs fonctions, l'on peut et même l'on a le devoir de les renverser. Jean-Jacques RousseauPour Rousseau, contrairement à la vision de Hobbes, l'Homme à l'état de nature n'est pas un loup pour l'homme mais il n'est pas non plus l'image de la sagesse. Il s'agit tout simplement d'un humain certes marqué par sa brutalité en l'absence de moralité et de culture de l'intelligence mais heureux. N'ayant que peu de besoins, ceux-ci sont satisfaits facilement. Il n'était donc pas en principe prédisposé à être agressif. En accédant à la société politique de manière volontaire par un contrat, le contrat social, l'homme est corrompu par cette société et devient de plus en plus agressif au fur et à mesure que s'accroissent les inégalités. Seul remède, la démocratie intégrale39. L'idéologieArticle détaillé : Idéologie.
La première mention du terme idéologie remonte à 1801, lors de la publication des Éléments d'idéologie par Antoine-Louis-Claude Destutt de Tracy. Toutefois, le sens que Tracy appliquait à ce néologisme n'avait rien de politique : il s'agissait d'une science des idées et des sensations : « je veux dans cet écrit, non pas vous enseigner, mais vous faire remarquer tout ce qui se passe en vous quand vous pensez, parlez, et raisonnez »40. Elle ne recouvre en fait son sens actuel qu'à partir de l'Idéologie Allemande de Karl Marx, écrit en 1846, mais publié beaucoup plus tard. Le LibéralismeArticle détaillé : Libéralisme.
Le libéralisme est un courant de pensée de philosophie politique, né d'une opposition à l'absolutisme et au droit divin dans l’Europe des Lumières (xviiie siècle), qui affirme la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelles sur le pouvoir du souverain. Il repose sur l’idée que chaque être humain possède des droits fondamentaux qu'aucun pouvoir ne peut violer, ses libertés, que défendent les libéraux. En conséquence, ces derniers entendent limiter les obligations imposées par un organe de pouvoir hétéronome, au profit du libre choix de chaque individu. A ce titre, le libéralisme peut se décliner selon l'organe de soumission qu'il rejette: on pourra ainsi parler de libéralisme économique, politique, social ou culturel, ou encore de libéralisme (sans qualificatif), désignant toutes les formes de privation de liberté. Le libéralisme repose sur un précepte moral qui s'oppose à l'assujettissement de l'individu, d'où découlent une philosophie et une organisation de la vie en société permettant à chaque individu de jouir d'un maximum de liberté, notamment en matière économique. La dichotomie entre « libéralisme économique » et « libéralisme politique » n'existe donc pas si l'on considère la soumission à un État comme une forme d'asservissement. Au contraire, si l'État est perçu comme une forme consentie incarnant le contrat social, les deux notions sont distinctes. De nos jours cependant, en français courant, le terme « libéralisme » désigne principalement sa déclinaison économique par une forme d' antonomase. Au sens large, le libéralisme prône une société fondée sur la liberté des individus dans le respect du droit du pluralisme et du libre échange des idées. Elle doit joindre d'une part dans le domaine économique, l'initiative privée, la libre concurrence et son corollaire l'économie de marché, d'autre part, des pouvoirs politique et économique bien encadrés par la loi et les contre-pouvoirs. Elle valorise donc le mérite comme fondement de la hiérarchie. Cela suppose idéalement un état de droit où sont respectées les minorités jusqu'à la plus petite, l'individu, l'État n'étant que le garant de ce respect et devant rendre des comptes de son action. Il existe au sein du courant libéral des différences d'opinion quant aux justes limites à fixer à l'action de l'État, ainsi qu'aux modalités de l'action publique (notamment aux rôles respectifs de l'action administrative et de la loi). La plupart des libéraux considèrent que l'action de l'État est nécessaire à la protection des libertés individuelles, dans le cadre de ses fonctions régaliennes, et nombre d'entre eux (comme Adam Smith, Raymond Aron, Karl Popper ou Benedetto Croce) acceptent voire recommandent certaines interventions de l'État dans l'économie, notamment en matière de contrôle et de régulation. À l'opposé, les libertariens (ou anarcho-capitalistes) refusent à l'État toute légitimité dans quelque domaine que ce soit. Le TraditionalismeArticle détaillé : Traditionalisme.
Le SocialismeArticle détaillé : Socialisme.
Le socialisme désigne un type d'organisation sociale basé sur la propriété collective (ou propriété sociale) des moyens de production, par opposition au capitalisme. Il est l'objectif de divers courants apparus et développés depuis le 19e siècle, et ayant abouti aujourd'hui aux différents courants marxistes et anarchistes, ainsi qu'aux sociaux-démocrates. Le mouvement socialiste recherche une justice sociale, condamne les inégalités sociales et l’exploitation de l’homme par l’homme, défend le progrès social, et prône l'avènement d'une société égalitaire, sans classes sociales. Pour leur part, les universitaires Georges Bourgin et Pierre Rimbert définissent le socialisme comme « une forme de société dont les bases fondamentales sont les suivantes :
Le FascismeArticle détaillé : Fascisme.
Le fascisme (en italien fascismo) est un mouvement politique d'origine italienne apparu en 1919. Ce terme, très utilisé, a par la suite pris un sens beaucoup plus large. Il est donc nécessaire de cerner ses différents niveaux d'acception. Au sens strict, le terme désigne le mouvement politique fondé par Benito Mussolini, ainsi que le régime qui était en vigueur sous la monarchie italienne quand Mussolini était au pouvoir, de 1922 à 1945. Adversaire de la démocratie, du parlementarisme, du socialisme et du marxisme, le fascisme mussolinien est autoritaire et nationaliste, et recourt à la violence. Ce sens strict est notamment utilisé par les historiens de l'Italie. Au sens large, le terme fascisme a pris un sens générique. Il s'est étendu à tout mouvement politique s'appuyant sur un pouvoir fort, les métiers organisés en corporations, l'exaltation du sentiment nationaliste, le rejet des institutions démocratiques et libérales, la répression de l'opposition et un contrôle politique extensif de la société civile. Le nazisme s'est en partie inspiré du fascisme. Dans son acception la plus large, le terme est employé pour disqualifier l'ennemi politique. Cette acception a été employée par les Soviétiques durant la guerre froide, dans le cadre de la « tactique du salami »2. Dans la discussion politique contemporaine, le terme fasciste continue d'être employé comme une injure. Cependant, le fascisme est encore revendiqué par certaines mouvances d'extrême droite (les néofascistes). L'organisation du pouvoirLes régimes politiques selon la légitimité du pouvoirPour s'exercer sans rencontrer d'opposition, le pouvoir politique s'est toujours attaché à justifier de sa légitimité. Celle-ci peut reposer sur :
Historiquement, il semble que dans un certain nombre de premières civilisations, le pouvoir politique n'apparaît pas distinct du pouvoir religieux (voir par exemple la Politique dans l'Égypte antique). La confusion du pouvoir politique et religieux, ou la soumission du pouvoir politique au religieux, ou la très grande proximité des deux, s'appelle théocratie. Autres typologies de régimes politiquesLa politique consiste d'abord en l'organisation du pouvoir dans la société. On distingue entre plusieurs Systèmes de prise de décision. On distingue traditionnellement entre monarchies et républiques, une distinction institutionnelle finalement jugée peu pertinente de nos jours compte tenu du fait de la diversité des types de monarchie (de la monarchie parlementaire scandinave ou britannique à la théocratie saoudienne) et de types de républiques. Les distinctions actuelles reposent plus sur le degrés de démocratie caractérisant le régime. On distingue ainsi les régimes démocratiques, autoritaires, ou totalitaires. Les pouvoirs politiquesLe pouvoir politique est constitué d'au moins deux fonctions distinctes :
À cela s'ajoutent des pouvoirs non directement « politiques » mais qui participent au système politique :
Dans la pensée politique démocratique occidentale (née en Grande-Bretagne puis formalisée par le philosophe français Montesquieu), qui sert actuellement, au moins sur le papier, de modèle au niveau international, les pouvoirs doivent être séparés. Dans les démocraties ont distingue ainsi entre :
Les pouvoirs territoriauxLes modes d'organisation territoriale constituent une autre aspect de l'organisation du pouvoir. À cet égard, on distingue :
Classiquement, les États comprennent deux grands types de subdivisions territoriales :
Entre les deux, existent parfois des échelons politique et/ou administratifs tels, en France, le département et les cantons. Au-dessus du cadre national, existent des structures politiques plus ou moins souples « régionales » (telle l'Union européenne) et mondial (telle l'Organisation des Nations unies). Politiké : l'art et la pratiqueLe PolitiqueL'accession au pouvoir et la lutte pour le pouvoir : la vie politiqueLes modalités d'accession au pouvoir sont, comme l'organisation du pouvoir, déterminées par les institutions et sont une part du régime politique. Cependant, elles dépassent également la question de l'organisation du pouvoir pour les raisons suivantes :
Mode d'accession au pouvoirLes différents mode d'accession au pouvoir dépendant de la légitimité du régimes en place (lire supra) ainsi que du type de régime (supra). Sur le papier, le système de l'élection, basé sur le présupposé théorique de la démocratie, s'est imposé au XXe siècle comme le système standard international de désignation des dirigeants. Il existe des exceptions avec en particulier des monarchies (Arabie saoudite, sultanat de Brunei, etc.). Au sein du système démocratique, on distingue notamment entre :
Modes d'action politiqueDans les régimes démocratiques, le mode normal d'accession au pouvoir est la participation aux élections. D'autres modes d'expression non violent existent également (manifestations, grèves, Non-violence, Désobéissance civile, Conflit non-violent, boycott, campagnes de presse, cybermouvements, etc.). Le domaine de la politique recouvre cependant également des modes d'actions politique violents : coup d'État, révoltes, Révolution. Certains actes violents sont considérés comme du Terrorisme par ceux contre lesquels ils sont destinés et des actes de Résistance par ceux qui le pratiquent. Les partis politiquesDes factions politiques opposées ont toujours existé au sein de tous les régimes, souvent plus basés sur le soutien à une personnalité du régime (souvent un prince ou un grand seigneur au sein des monarchies). À partir de la Révolution française au moins (mais bien plus tôt en Angleterre avec les tories et whigs), s'est mis en place un modèle basé sur des partis politiques ou mouvements politiques théoriquement plus soudés par des idées politiques plus que par le soutien à une personnalité. Les systèmes politiques multipartistes se sont répandus à travers le monde, introduisant des notions politiques nouvelles :
Les mouvements politiques peuvent être associés dans leur action avec des mouvements sociaux, des associations, etc. L'article 4 de la Constitution de 1958 régit l'organisation des partis politiques en France. Le rôle politique des médiasLes médias ont toujours joué un rôle important dans la vie politique, constituant un relais de la vie politique envers le public. L'influence des médias a conduit à appeler la presse le « quatrième pouvoir ». Le pouvoir politique a suivi les évolutions technologiques, utilisant la presse, la radio (les « causeries au coin du feu » de Franklin Delano Roosevelt), le cinéma (les films de propagande des régimes totalitaires), la télévision puis Internet et le marketing direct. En France, l'utilisation de médias touchant directement le grand public, hormis la presse, était considéré au début du XXe siècle avec suspicion par les milieux républicains pour qui le lien direct de la tête de l'exécutif avec le peuple relevait de la tradition bonapartiste. L'utilisation de la radio tout d'abord (l'appel du 18 juin du Général De Gaulle) puis de la télévision par le général de Gaulle a brisé ces tabous. Le développement des médias a conduit à une modification des comportements des hommes politiques, une tendance appelée peoplelisation au début des années 2000. Il s'agit de montrer une autre image (non institutionnelle et plus intime) de l'Homme politique et de mettre en scène sa vie privée afin de créer une image favorable et un lien de proximité avec l'électeur potentiel. En France, on peut tracer ses prémisses dans les années 1970 lorsque Valéry Giscard d'Estaing mis sa femme en scène et se fit filmer en train de jouer de l'accordéon. L'exercice du pouvoir : les politiquesLa politique menée par un gouvernement recouvre l'ensemble de ses décisions prises à l'échelon politique ou à l'échelon administratif. Cette politique « générale » se subdivise en politique sectorielle dont les principales sont la politique sociale, la politique économique, la politique étrangère, etc. Un concept qui peut être affiné (politique du logement, politique culturelle, politique agricole, etc.). L'action politique s'exerce concrètement à travers l'émission de règles (de niveau politique ou administratif) appliquées ou contrôlées par une administration. L'Homme politique : représentationsLa présence des femmes en politique a augmenté lentement mais sûrement entre 2000 et 2009. D'après un rapport des Nations unies[réf. nécessaire], la proportion de sièges qu'elles occupent dans les parlements nationaux est passée de 17 à 23 % pour les régions développées et de 11 à 17 % pour celles en développement. Notes et références
Voir aussiBibliographie Sélective
Articles connexesArticles généraux
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