|
{revue}
Pierre Mendès France, né à Paris le 11 janvier 1907, mort le 18 octobre 1982, fut un homme politique français. Sa vie politique commence officiellement à Louviers en 19321. Radical-socialiste, il a participé au Front populaire. Il a exercé l'autorité de l'État quelques semaines en 1938 sous l'égide de Léon Blum, puis de 1944 à 1945 dans la mouvance de Charles de Gaulle2 dans la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale. Il a ensuite été président du Conseil, de juin 1954 à février 1955. Bien qu'il n'ait gouverné la France que pendant une durée d'un peu plus de sept mois, il constitue une importante figure morale pour une partie de la gauche modérée en France. La postérité retient de lui son action en faveur de la décolonisation, notamment son habileté diplomatique qui aboutit le 20 juillet 1954 à la conclusion des Accords de Genève mettant fin à la guerre d'Indochine, reconnaissant le partage du Viêt Nam en deux États, au niveau du 17e parallèle, ainsi que les pourparlers qu'il engage ensuite avec les Tunisiens et qui prépareront l'accès de la Tunisie à l'indépendance en 1956. Mais ses maladresses vis-à -vis de la question algérienne entraîneront la chute de son gouvernement, cible à la fois de ses adversaires colonialistes et de ses soutiens politiques habituels anti-colonialistes.
BiographieVie personnellePierre Mendès France est issu d'une famille de vieille ascendance judéo-portugaise du nom de « Mendes de França » installée à Bordeaux, Rochefort, Louviers et Paris. Son père, Cerf-David Mendès France était rigoureusement a-religieux. L'Affaire Dreyfus avait été la grande bataille de sa vie qu'il avait vécue « moins en juif solitaire qu'en démocrate indigné », démocrate de gauche bien qu'il n'ait jamais adhéré à aucun parti politique. Concernant les études de son fils, sa position était claire : le parcours sera laïque, de la communale au doctorat de droit3. Bachelier à quinze ans, Pierre devient en 1928, à vingt et un ans, après des études de droit et un passage par l'École libre des sciences politiques de la rue Saint-Guillaume, le plus jeune avocat de France. Très intéressé par les questions économiques et financières, il soutient en mars 1928 une thèse sur la « politique de redressement du franc menée par Raymond Poincaré », dans laquelle il salue l'efficacité « brute » de cette politique, mais en critique les conséquences économiques et sociales. Il est initié le 19 mai 1928 à la Respectable Loge Paris et visite la Loge Union et Progrès à Pacy-sur-Eure4. En 1933, Pierre Mendès France épouse Lily Cicurel (1910-1967), sœur de Raymond Cicurel. De leur union naîtront deux enfants : Bernard Mendès France (1934-1991) et Michel Mendès France (né en 1936) – ce dernier ayant lui-même deux enfants : Tristan Mendès France (1970) et Margot Mendès France (1975). En 1971, Pierre Mendès France épouse en secondes noces Marie-Claire de Fleurieu (née Servan-Schreiber). Vie publiqueIIIe RépubliqueParallèlement à ses études, Pierre Mendès France se tourne vers le militantisme. Il sera l'un des membres fondateurs en 1924 de la Ligue d'action universitaire républicaine et socialiste, un mouvement étudiant d'opposition à l'extrême droite, très actif dans le Quartier latin à la fin des années 1920, qu'il présidera en 1928. Pierre Mendès France apparait alors comme l'un des espoirs du Parti radical auquel il est inscrit depuis 1923, c'est-à -dire dès l'âge de seize ans. Il fait partie, aux côtés de Jacques Kayser, Gaston Bergery, Pierre Cot, Jean Zay ou encore Bertrand de Jouvenel, des « Jeunes Turcs » qui réclament un renouvellement de la doctrine du mouvement, demandent son ancrage à gauche et contestent les orientations de la direction du mouvement incarnée par la figure historique d'Édouard Herriot. Député de l'Eure à partir de 1932 et maire de Louviers à partir de 1935, il est élu conseiller général de l'Eure en 1937. Il n'hésite pas à attaquer Herriot, président du Parti, au congrès du Parti de Clermont-Ferrand (mai 1934), soutient Édouard Daladier ainsi que la stratégie du Front Populaire (1936) d'alliance avec les socialistes. Il prend la tête de la commission des douanes de la Chambre des députés, avant d'être nommé sous-secrétaire d'État au Trésor dans le deuxième et éphémère gouvernement Léon Blum (du 13 mars au 8 avril 1938). La gauche (PCF compris) s'abstenant lors du vote du 9 juillet 1936 à propos de la participation française aux Jeux olympiques de Berlin, organisés par le régime nazi, Pierre Mendès France est le seul député de gauche à voter contre, soutenant ainsi les Olympiades populaires organisées par le Front populaire espagnol. Mendès France élabore ensuite avec le directeur de cabinet de Léon Blum, Georges Boris, un projet de réforme économique audacieux, axé sur le contrôle des actifs et sur le soutien à l'investissement militaire, dont l'exposé des motifs se réclame pour la première fois en France de préceptes keynésiens. Très contesté, ce projet sera rejeté par le Sénat, ce qui précipite la chute du gouvernement. 1940-1945Député à la déclaration de la guerre, il est mobilisé comme officier au Moyen-Orient où il passe un brevet d'observateur aérien. Au moment de la déroute qui a obligé le gouvernement à se réfugier à Bordeaux, il est de ceux qui veulent poursuivre la guerre à partir de l'Afrique du Nord, et il embarque à bord du Massilia avec un certain nombre de députés et d'hommes politiques. Il est arrêté le 31 août 1940 au Maroc sur l'ordre du résident général Charles Noguès et accusé, avec trois autres officiers, de désertion, alors que bien au contraire il est de ceux qui veulent se battre. Rapatrié à Marseille en même temps que Jean Zay, il est jugé le 9 mai 1941 par le tribunal militaire de Clermont-Ferrand et condamné à six ans de prison et à la destitution pendant dix ans. Incarcéré par le régime de Vichy, puis transféré à l'hôpital militaire, il s'en échappe le 21 juin 1941 et rejoint les Forces aériennes françaises libres à Londres où il participe aux combats. Le 3 octobre 1943, il est promu capitaine des aviateurs du Groupe Lorraine. Le lieutenant colonel Luc de Rancourt assigne à ce groupe, qui compte aussi dans ses rangs Jean d'Astier de La Vigerie, une mission : attaquer la centrale électrique de Chevilly-Larue, groupe des trois stations qui alimentaient en énergie Paris, sa banlieue et une partie de Bordeaux5. Nommé par le général de Gaulle, en 1943, commissaire aux finances, dans le Comité français de la Libération nationale d'Alger, il représente la France à la conférence de Bretton Woods avant de devenir ministre de l'Économie nationale du Gouvernement provisoire de la République française, à partir du 4 septembre 1944. En désaccord avec René Pleven, ministre des Finances, sur l'orientation à donner à la politique économique, qu'il désire énergique, il démissionne le 6 avril 1945 faute d'obtenir le soutien du général de Gaulle pour prendre les mesures de rigueur et d'assainissement monétaires que lui semble exiger la situation économique du pays. Le litige portait tout particulièrement sur l'échange des billets de banque afin de corriger certains abus que le marché noir et l'économie souterraine avaient favorisés durant l'occupation. Nommé au conseil d'administration de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Il représentera ensuite la France au Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC). IVe RépubliqueBretton-Woods et le Fond Monétaire InternationalEn 1944, Pierre Mendès-France participe à Bretton Woods aux travaux fondateurs de deux institutions : la Banque internationale pour la reconstruction, et le Fond monétaire international6. À Bretton-Woods, il se lie d'amitié avec Lord Keynes qui représente la Grande-Bretagne6. Mendès admire la Théorie générale de Keynes, et il se range à ses côtés pour obtenir dans le système monétaire international défini par les Américains, une place qui ne soit pas trop défavorable aux pays endettés par la guerre. Mais rien ne peut fléchir le géant américain. Bretton-Woods se solde par une « défaite stratégique » ainsi que la nomme Keynes 7. Ni Keynes, ni Mendès, ne peuvent empêcher la mise en place du monopole américain. Mais d'autres délégations, notamment latino-américaines, élèvent la voix, et parlent, elles, non seulement de « reconstruction », objectif premier de la banque mondiale, mais aussi de « développement », ce qui aboutit à la création de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) dont Mendès est élu membre du « Comité des directeurs exécutifs ». Il est aussi nommé membre du conseil d'administration du FMI, où il restera jusqu'en 1947, date à laquelle il donne sa démission 8. En 1947 il est délégué de la France au Conseil économique et social de l'ONU (ECOSOC), poste dont il va démissionner en 19518. L' IndochineLe 19 octobre 1950, à l'occasion d'un débat budgétaire, le député de l'Eure monte à la tribune de l'Assemblée nationale et se lance dans un véritable réquisitoire contre la guerre d'Indochine. Il ne se contente pas de dire que le conflit coûte trop cher, il ouvre aussi le dossier politique et militaire.9. Il dénonce très vivement l'engagement militaire français et devient l'un des principaux opposants au conflit. Déclaration de Pierre Mendès France à l'Assemblée nationale après le revers militaire dans la province de Cao Bang (1950) : « C'est la conception globale de notre action en Indochine qui est fausse car elle repose à la fois sur un effort militaire qui est insuffisant pour assurer une solution de force, et sur une politique qui est impuissante à nous assurer l'adhésion des populations. Cela ne peut continuer ainsi. (...) En vérité, il faut choisir entre deux solutions également difficiles mais qui sont les seules vraiment qu'on puisse défendre à cette tribune sans mentir... La première consiste à réaliser nos objectifs en Indochine par le moyen de la force militaire. Si nous la choisissons, évitons enfin les illusions et les mensonges pieux. Il nous faut pour obtenir rapidement des succès militaires décisifs, trois fois plus d'effectifs et trois fois plus de crédits ; et il nous les faut très vite... L'autre solution consiste à rechercher un accord politique, un accord évidemment avec ceux qui nous combattent. Sans doute, ne sera-ce pas facile... Un accord, cela signifie des concessions, de larges concessions, sans aucun doute plus importantes que celles qui auraient été suffisantes naguère. Et l'écart qui séparera les pertes maintenant inéluctables et celles qui auraient suffi voici trois ou quatre ans mesurera le prix que nous payerons pour nos erreurs impardonnables... », Journal officiel, 195010,9. » Président de la commission des finances à partir de 1953, les revers rencontrés par les forces françaises finissent par l'imposer comme l'un des recours possibles pour faire aboutir une résolution négociée du conflit. Après une première tentative infructueuse pour former un gouvernement en 1953, il est finalement investi président du Conseil avec une forte majorité le 18 juin 1954, quelques semaines après la défaite française à la Bataille de Dien Bien Phu, pour faire la paix en Indochine. Il ne dirigera le Gouvernement que pendant sept mois et demi, mais son passage aux affaires sera l'un des temps forts de l'histoire institutionnelle de la Quatrième République. En dehors d'Edgar Faure, ministre des Finances et numéro deux du gouvernement, son cabinet, qu'il forme sans négocier directement comme c'était alors l'usage avec l'état-major des partis politiques, comporte peu de poids lourds de la vie parlementaire sous la IVe République. C'est une équipe relativement jeune, resserrée et technicienne. On y trouve des CNIP, des MRP, des radicaux, quelques gaullistes dont Jacques Chaban-Delmas. François Mitterrand en est le ministre de l'Intérieur. Le gouvernement est assuré du soutien des députés communistes, bien qu'il ait annoncé qu'il démissionnerait s'il était investi grâce aux voix communistes (c'est-à -dire si, sans compter les voix communistes, il n'avait pas la majorité à l'Assemblée). Dans son discours d'investiture, il se donne trente jours pour faire aboutir les négociations de paix sur l'Indochine. La Tunisie, le Maroc, l'AlgérieLorsque Pierre Mendès France devient président du conseil en 1954, il doit régler, après l'Indochine, des problèmes des colonies et protectorats français du Maghreb qui sont multiples. Au Maroc d'abord. Depuis la déposition du sultan Sidi Mohammed, en août 1953, le pays sombre dans le chaos, en Tunisie, Habib Bourguiba a été interné11. Lors de sa déclaration d'investiture du 17 juin 1954, Pierre Mendès France annonce qu'il a pris le parti de négocier :
La stratégie tunisienne de Mendès consiste d'abord à restaurer l'autorité morale du bey, ensuite associer aux négociations le Néo-Destour et enfin s'appuyer sur les militaires12. L'habileté de Mendès France à engager des pourparlers et à jouer sur tous les registres fait l'admiration de Bourguiba qui s'en confie à Roger Stéphane13. Les résidents français ne partagent pas son enthousiasme, pourtant « l'opération Carthage »14 de Mendès France aboutit le 20 mars 1956 à l'indépendance de la Tunisie. Cette politique de négociation sera poursuivie après lui par Edgar Faure et Guy Mollet pour le Maroc. En revanche, pour l'Algérie, l'attitude du président du conseil est bien différente car, dans son esprit « l'Algérie, c'est la France 15. » Le 9 novembre 1954, à l'Assemblée nationale, Pierre Mendès France et son ministre François Mitterrand sont félicités pour leur riposte ferme à l'agitation algérienne par le porte-parole de la grande colonisation : René Mayer16. Une phrase de Mendès résume assez bien sa pensée :
. Le 12 novembre, Mendès France rectifie le tir en donnant des indications sur la nécessité d'une « coopération généreuse que la métropole doit créer pour une vie meilleure en Algérie, amélioration des terres incultes etc... », ce qui a pour effet de lui mettre à dos à la fois les porte-parole de la colonisation, et les défenseurs des droits des algériens qui dénoncent les exactions de policiers tortionnaires18. C'est dans un climat de sommations et d'hyperboles, de dénonciations venues des deux pôles de l'opinion, que s'ouvrira, le 2 février, le grand débat à propos du Maghreb où sombrera le cabinet de Pierre Mendès France19. Son gouvernement est renversé le 5 février 1955 sur la question de l'application du statut de l'Algérie. La politique intérieure et européenneSur le plan institutionnel, sa politique se caractérise par un effort de rationalisation du régime parlementaire de la IVe République et par une tentative de rééquilibrage des institutions en faveur de l'exécutif. Refusant le principe de la double investiture par lequel le président du Conseil pressenti se présentait deux fois devant la chambre, d'abord seul, ensuite avec son Gouvernement, il dénonce les marchandages auxquels cette pratique donne lieu et parvient à faire réviser la Constitution de 1946 pour entériner la fin de cet usage. Cette révision donne également l'occasion d'un assouplissement limité du droit de dissolution. Largement accaparée par les problématiques internationales, son expérience gouvernementale n'a pas le temps de s'inscrire, sur le plan socio-économique, dans des réformes d'ampleur. L'opinion retient néanmoins sa politique de lutte contre l'alcoolisme qui se traduit à l'automne 1954 par une série de dispositions durcissant le régime fiscal des bouilleurs de crus et l'abolition de la transmission par héritage du privilège qui leur donnait par tradition le droit de fabriquer une dizaine de litres d'alcool par foyer. Malgré l'hostilité déclarée d'une grande partie de l'hémicycle, il soumet au vote de l'Assemblée, sans le soutenir véritablement, le projet de Communauté européenne de défense (CED) en août. Son rejet, qui ouvre la voie au réarmement allemand dans le cadre de l'OTAN, lui vaut l'hostilité ouverte du MRP, très favorable à la construction européenne, et prive le cabinet Mendès France de la base parlementaire indispensable à sa survie au-delà du très court terme. Vice-président du Parti radical, il tente de le régénérer et mène campagne pour le Front républicain. En 1956, il prend la tête du Front républicain, coalition électorale rassemblant les radicaux, les socialistes et les membres de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), la formation dirigée par François Mitterrand. Mais le succès de cette alliance aux élections législatives ne lui vaut qu'un poste de ministre d'État (du 1er février au 23 mai 1956) dans le nouveau gouvernement, Guy Mollet lui ayant été préféré pour en prendre la tête. Opposé à ce dernier sur sa politique en Algérie, et estimant que les mesures politiques indispensables pour reconquérir la confiance des Algériens n'ont pas été prises, Pierre Mendès France démissionne en mai 1956 du gouvernement et quitte la direction du Parti radical, qu'il n'a pas réussi à moderniser et qui penche de plus en plus vers la droite. La modernisation du parti radicalEn 1955 PMF tente d'insuffler un souffle nouveau au parti radical et organise, Salle Wagram, un congrès extraordinaire le 4 mai. Le plus vieux parti de France va y subir les assauts des jeunes militants parisiens20, parmi lesquels Charles Hernu, qui, selon Francis de Tarr, « se conduisait en ultra mendésiste plutôt qu'en radical-mendésiste21 ». Du congrès des "agités de Wagram", il sortira un néo-radicalisme mendesiste entériné par le parti radical en novembre 1955 et qui rend Mendès maître du mouvement. Il est élu vice-président du parti, président dans les faits puisque Herriot, président à vie, est trop âgé pour assumer cette fonction22. Il peut ainsi préparer les élections législatives de l'année suivante avec des chances de succès. Mais Edgard Faure décide de dissoudre l'assemblée nationale et de procéder à des élections anticipées, ce qui hypothèque les projets de PMF. Edgard Faure est alors exclu du parti le 1er décembre 1955 ainsi que Martineau. Cependant le "mendésisme de Wagram" ne se relèvera pas de ce coup porté, et dès avril 1956, PMF est marginalisé et confiné à la fonction de ministre d'état23. Il démissionne du gouvernement en mai 1956, puis l'année suivante, attaqué dans son propre parti sur la question algérienne, considéré comme un "traître", il est contraint de démissionner de la vice-présidence du parti radical le 23 mai 1957. La tentative de conquête et de rénovation du parti radical a échoué parce que Mendès a multiplié les congrès, multipliant ainsi les occasions d'intrigues24 Le 18 janvier 1958, quelques mois avant la signature des traités de Rome (Euratom et CEE), il exprime devant l'Assemblée nationale ses doutes sur un marché commun où les pouvoirs de la démocratie sont délégués « à une autorité extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d'une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »[réf. nécessaire] Plus tard, il votera contre les pleins pouvoirs à Charles de Gaulle25 ; opposé aux conditions dans lesquelles ce dernier prend le pouvoir et par conséquent au projet de constitution élaboré par le gouvernement de Gaulle. Il mène vigoureusement campagne pour le non au référendum du 28 septembre 1958, qui se soldera par l'adoption du projet et la rapide promulgation de la Constitution du 4 octobre 1958 de laquelle naîtra la Ve république. Battu aux élections législatives de novembre 1958 dans son fief de l'Eure, ainsi que Édouard Depreux et Robert Verdier, il abandonne ses mandats de maire et de conseiller général pour se consacrer à la réflexion politique et à la réorganisation de la gauche. Maurice Clavel salue son départ dans un article plutôt aigre, l'accusant de « se jucher, prendre des poses à Guernesey pour que de Gaulle soit forcé d'être Bonaparte. Pour avoir raison, Cassandre (PMF) brûlerait Troie elle-même26 » Ve RépubliqueDu parti radical au parti socialisteEn 1959, Mendès France rompt avec le parti radical parce qu'il voit les jeunes s'en éloigner27, mais aussi parce qu'il en a été exclu selon les termes de Jean Bothorel28
. Cette expérience est une initiative de Jean-Jacques Servan-Schreiber, en février 1959 il organise pour l'hebdomadaire l'Express un débat entre Mendès France et deux des principaux leaders socialiste européens : l'italien Pietro Nenni et le travailliste anglais Aneurin Bevan30. C'est là que Mendès se sent un langage commun avec une famille politique, celle des vrais socialistes, notamment de Bauvan qui lui explique sans ménagement que l'administration américaine ne peut accepter chez elle des idéologies qu'elle combat dans les pays étrangers. Nenni lui fait remarquer que ce qui sépare PMF du socialisme, c'est son approche plus économiste.31. Cependant, malgré quelques oppositions, l'adhésion de PMF au PSA donne une nouvelle impulsion au nouveau parti, ce que reconnaît Édouard Depreux. « Jamais, écrit-il , le PSA n'a autant recruté que dans la foulée de Mendès France. Des jeunes en particulier n'ayant jamais appartenu à aucune organisation ont rejoint, dans toute la France, les sections du PSA. Notre pénétration dans les milieux étudiants, déjà importante, s'est sensiblement accrue32 » Malgré les réticences de ses amis de l'UFD et de ceux d'une filiale spécifiquement mendésiste : le CAD (centre d'action démocratique) qui tentent de le mettre en garde contre une adhésion au PSA en soulignant la doctrine contraignante, la discipline pesante, Mendes France rejoindra le Parti Socialiste Autonome, sans toutefois se précipiter. C'est Georges Boris qui le convainc. Il fait valoir à PMF tout ce que peut lui apporter l'adhésion à un parti tout neuf, non corrompu par les intriques et les rivalités. C'est à lui, Georges Boris, que Mendès donne son adhésion écrite. Boris l'apporte le 22 septembre 1959 à Édouard Depreux33,34. Mendès-France se réclame désormais d'« un socialisme (...) qui devra s'inspirer de la tradition humaniste de Léon Blum et Jean Jaurès », reconnaissant également l'échec de sa politique antérieure de réforme au coup par coup, qui doit être abandonnée par une réforme en bloc 35. Ainsi PMF passe du radicalisme au socialisme. Mais il quand réclame de pouvoir entraîner avec lui ses amis du CAD, on lui répond que chacun d'eux devra subir des tests35. Ce qu'il font. Alain Gourdon surnomme ces examens des ordalies36 Le PSA ne sera qu'une étape puisque l'année suivante, le 3 avril 1960 avec le congrès de fusion présidé par Laurent Schwartz, le Parti Socialiste Unifié (PSU) est fondé avec un bureau national comprenant Édouard Depreux, Alain Savary, Robert Verdier, Gilles Martinet, Henri Longeot Claude Poperen et Hernu32 Mendès refuse tout poste de responsabilité à l'intérieur de ce parti, et il se tient à l'écart du congrès constitutif d'Issy-les-Moulineaux37 Il charge alors ses fidèles : Richard Dartigues, Charles Hernu ou Harris Puisais de maintenir le contact avec les militants38. La question algérienne et les rapports avec de Gaulle
Écarté du parlement, Mendès ne reste pas pour autant silencieux. Notamment à propos de l'Algérie. Bien que le général de Gaulle ait reconnu le droit des Algériens à « l'autodétermination » PMF reste sceptique, parce que le général a aussi évoqué l'indépendance de l'Algérie comme une catastrophe possible37. Le deuxième souffle socialiste
Le PSA fusionne ensuite, non sans discussions, avec d'autres mouvements pour former le Parti socialiste unifié (PSU), et participe à la recomposition de la gauche socialiste : c'est l'heure de gloire de la Deuxième Gauche. Il soutient la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1965 et redevient député en 1967, cette fois d'une circonscription grenobloise. Lors des événements de 1968, il apparaît dans l'agitation ambiante comme l'un des recours possibles en cas d'effondrement du régime. Son apparition lors d'un rassemblement public au stade Charléty le 27 mai, durant lequel il reste toutefois silencieux, lui sera par la suite beaucoup reprochée39. Il est battu aux élections législatives de 1968, où il se représente sous l'étiquette PSU bien qu'il ait déjà choisi de quitter ce parti avec lequel il ne se sent plus en phase. Il veut néanmoins rester solidaire de ce parti et ne veut pas l'abandonner juste avant des élections difficiles. Plus tard, il estimera que c'est cette étiquette PSU qui lui a coûté son siège de député. En 1969, il mène campagne aux côtés de Gaston Defferre pour les élections présidentielles, annonçant qu'en cas de victoire de celui-ci il serait son Premier ministre. Le « ticket » ne convainc pas et obtient tout juste 5 % des suffrages. Malade après 1972, il prend ses distances avec la vie politique française et choisit d'œuvrer en faveur de la paix au Proche-Orient. Il soutient François Mitterrand lors des élections présidentielles de 1981. Il restera jusqu'à la fin proche de sa famille, de ses amis, compagnons et collaborateurs tels que les Gabriel Ardant, Georges Boris, Claude Cheysson, Pierre Cot, Georges Gombault, Didier Grumbach, Georges Kiejman, Simon Nora, Philippe de Seynes... Pierre Mendès France demeure alors une référence dans la classe politique française, comme symbole d'une conception exigeante de la politique40. Utilisation des médias
Jouissant d'une réelle popularité dans l'opinion, il fut l'un des premiers responsables publics français à intégrer les médias de masse dans sa stratégie de communication. Il bénéficia d'autre part d'efficaces soutiens, par exemple le magazine L'Express, dirigé par Jean-Jacques Servan-Schreiber. Tous les samedis à la radio, ses « causeries au coin du feu » lui permettent d'expliquer aux Français les grandes lignes de sa politique41. La bête noire de l'extrême droiteSes origines juives, ses positions sur la décolonisation et sa politique de fiscalisation des bouilleurs de cru firent de Pierre Mendès France l'une des cibles favorites, en utilisant par exemple son aspect de « chien battu », de l'extrême droite et du mouvement poujadiste représentée à l'Assemblée à partir de 1956 par Jean-Marie Le Pen. Pierre Poujade lui a ainsi lancé en 1955 : « Si vous aviez une goutte de sang gaulois dans les veines, vous n'auriez jamais osé, vous, représentant de notre France producteur mondial de vin et de champagne, vous faire servir un verre de lait dans une réception internationale ! C'est une gifle, monsieur Mendès, que tout Français a reçue ce jour-là , même s'il n'est pas un ivrogne42. » En effet, en 1954 alors président du Conseil il institue et organise la distribution de lait dans les écoles et les casernes42. Pierre Mendès France fut également le seul député à s'opposer jusqu'au bout à la participation française aux Jeux olympiques de Berlin en 1936, sous la férule nazie43. DistinctionsDe nombreux établissements scolaires et universitaires portent son nom (notamment à Paris et Grenoble), ainsi que le lycée français de Tunis. Le Palais des sports de Grenoble porte également son nom. Pierre Mendès France était titulaire, entre autres, de la Croix de Guerre et de la Médaille de la Résistance. Mandats locaux
Œuvres de Pierre Mendès France
Bibliographie de référence
Articles et communications
Notes et références
Voir aussiLiens internes
Liens externes
Chronologies
Le Texte ci-dessus est disponible sous GNU Free Documentation License. La source est wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/{title} |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||