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{revue}
Un philosophe est une personne pratiquant la philosophie. Comme il y a certainement autant de manières de la pratiquer qu'il y a de philosophes, il n'est pas facile de décrire brièvement ce que peut être un philosophe ; néanmoins, l'idée la plus générale que l'on peut s'en faire est sans doute celle d'un homme ou d'une femme qui réfléchit avec sa raison sur le monde et la pensée, pour accéder à la sagesse ou pour comprendre le sens de la vie, dans l'espoir d'être plus heureux ou libre. Ces hommes répondent au qualificatif général de philosophes puisqu’ils incarnent, plus ou moins bien, un certain type idéal, comme Picasso ou Van Gogh répondent au qualificatif du type de l’artiste ou comme Einstein, le type idéal du scientifique. On reconnaît ainsi en eux des traits caractéristiques de ce qui semble être le type philosophique. Au sens populaire, est « philosophe » celui qui, face aux petits ou grands événements de l'existence, fait preuve de patience, de courage, de sérénité, et cherche une existence paisible, à la façon des anciens stoïciens ou épicuriens ; en ce sens, on parle de « vivre en philosophe », de « se montrer philosophe ». Au sens antique, est « philosophe » la personne qui « cherche la vérité et cultive la sagesse », comme Socrate et Platon, Épicure et Lucrèce, Épictète et Sénèque. Au sens professionnel est « philosophe » celui qui pense de façon conceptuelle, radicale, critique, systématique les grands principes et valeurs de la vie et de la connaissance, par exemple Hume, Kant, Hegel, Heidegger ou Sartre.
Origine du mot « philosophe »Héraclide du Pont (340 av. J.-C.) attribue la création du mot « philosophe » à Pythagore (530 av. J.-C.), lequel ne se présentait pas comme un sage, mais comme « amoureux de la sagesse » (φιλόσοφος) :
Il s'étonna peut-être aussi de la modestie : le philosophe n'est pas sage, il se présente seulement comme un apprenti en sagesse, un amateur de connaissances profondes et de maîtrise de soi. Les mots « philosophe » et « philosophie » n'ont pris ce sens, classique, qu'avec Platon, lors de sa lutte contre les sophistes3, qui se prétendaient savants. Le philosophe, dit Platon, est celui qui « aspire à apprendre », l'homme qui désire savoir de façon droite, l'amoureux de connaissance, le « philomathe » (Ménon, 82cd ; La République, II, 376b), et donc seul Dieu est sage.
— Platon, Phèdre, 278d Figures historiques du philosopheLe philosophe antique : un mode de vieLe philosophe fait de la philosophie une activité libre à laquelle il consacre sa vie. La philosophie suppose un certain genre de vie, ou un art de vivre. Pythagore, là aussi, intervient. Il se distingue par un genre de vie, « le genre de vie pythagoricien » (βίος πυθαγορικός). Et il distingue trois genres de vie : l'action, le gain (ou la gloire), la contemplation.
L'Antiquité a médité sur le thème de l'accord entre la pensée et la vie. Platon, dans le Lachès (188 d) parle de « la vie qui mettra les actes à l'unisson avec les paroles ». Épictète, dans ses Entretiens (I, 29, 55-57) y insiste :
Platon donne comme origine au philosophe l'étonnement : « Cet état, qui consiste à s'émerveiller, est tout à fait d'un philosophe. »5 Ensuite, sur le « naturel philosophe », il donne le trait caractéristique, dans La République (II, 376) : il y a « désir de connaître et amour du savoir, ou philosophie ». Et cette activité consiste à chercher le Vrai, le Beau, le Juste, donc des valeurs, des normes, des principes, des idéaux, par-delà les choses sensibles, cela avec une sagesse et dans une perception globales. D'une part, « le philosophe a envie de sagesse, non d'une sagesse et pas d'une autre, mais de la totalité de ce qu'elle est »6. D'autre part, il parvient à une vue synoptique : il prend « une vue d'ensemble de ce qui est disséminé »7. Finalement, Platon oppose deux modes de vie : la vie active et la vie contemplative8, mais lui-même a mené une vie contemplative axée sur la vision du Beau ou du Bien, et une vie active marquée par la fondation de l'Académie et ses efforts pour conseiller un État juste à Syracuse. Aristote insiste sur le désir de savoir, commun aux hommes, mais central chez le philosophe : « Tous les hommes désirent naturellement savoir »9. Plus précisément, pour Aristote10, le philosophe est un chercheur universel : il possède la totalité du savoir, mais seulement au niveau des principes les plus élevés (par exemple la loi logique de non-contradiction) et des causes premières et les plus générales (par exemple la cause motrice, la nécessité) ; profond : il pense des choses difficiles, abstraites, générales, éloignées des sens, comme l'Être ; précis ; instructif ; désintéressé : il veut savoir dans le seul but de savoir, savoir ce qui est universel et nécessaire ; enfin, dominant : « il ne faut pas que le philosophe reçoive, mais qu'il donne des lois ». Au final, « si le bonheur est la sagesse, il est manifeste que c'est aux seuls philosophes qu'il appartiendra de vivre heureux »11. Une révolution dans notre conception du philosophe grec a été faite par Pierre Hadot. Il a démontré que, pour les Anciens, le philosophe se signale moins par des opinions, des théories, que par un « enseignement oral » et par un « mode de vie ». « Cet enseignement oral, et les oeuvres écrites qui en émanent, ne communiquent pas un savoir tout fait, mais ils sont destinés avant tout à former un savoir faire, à un savoir discuter, à un savoir parler, qui permettra au disciple de s'orienter dans la pensée, dans la vie de la cité, ou dans le monde. (...) La philosophie est un mode de vie qui comporte comme partie intégrante un certain mode de discours. » Socrate veut « rendre meilleurs » les hommes ; chez Platon, « la dialectique n'est pas seulement un exercice logique, mais c'est le dialogue de deux âmes qui ne s'élèvent vers le bien que parce qu'elles s'aiment » ; chez Aristote « la vie théorétique n'est pas une pure abstraction, mais une vie de l'esprit »12. Le philosophe à la fin de l'Antiquité : un mage ?
Le philosophe, par Rembrandt
À la fin de l'Antiquité, depuis le IIIe siècle av. J.-C.13 jusqu'à la fin du Ve siècle, le mot « philosophe » prend fréquemment le sens de « docteur ès sciences occultes »14. « C'est un titre dont les alchimistes aimaient particulièrement se parer »15. Un grand nombre de philosophes se lance dans la théurgie (Jamblique, Proclos), la magie (Apulée), l'alchimie (Synésios, Olympiodore d'Alexandrie le Jeune)16, l'astrologie, la numérologie... Inversement, les mages (Nigidius Figulus, Apollonius de Tyane, Maxime d'Éphèse), les alchimistes (Bolos de Mendès, Zosime de Panopolis), les hermétistes du Corpus Hermeticum se disent « philosophes » ou « pythagoriciens »17. Hermès Trismégiste, autorité mythique des hermétistes et des alchimistes, sera appelé « le Père des philosophes », « très ancien théologien et excellent philosophe » ou « grand philosophe, prêtre et roi », et Zosime de Panopolis, le premier grand alchimiste (vers 300), est appelé « la couronne des philosophes ». Les hermétistes prétendent représenter la vraie philosophie :
Le philosophe au Moyen-Âge : les philosophantesArticle détaillé : Philosophie chrétienne.
Même si l'expression est postérieure au Moyen-Âge, la fameuse théorie de la "philosophie servante de la théologie" (philosophia ancilla theologiae) remonte à la fin du IIe s., avec Clément d’Alexandrie, dans les Strômates (I, 5).
Cette expression sera reprise par Thomas d'Aquin au XIIe siècle, pendant la période dite scolastique. Durant cette prédiode, la théologie avait pris le pas sur la philosophie. Cependant, après l'entrée d'Aristote en théologie, les théologiens se mirent à la réflexions philosophique. Ils se nommèrent eux-mêmes des philosophantes (des théologiens philosophants)20. Le pape Grégoire IX, par la bulle Parens scientiarum (Père des sciences), exige « que les maîtres de théologie ne jouent pas aux philosophes » (nec philosophos se ostentent), à plus forte raison les maîtres ès-arts. Existe-t-il une « philosophie chrétienne » ? La question fait rage aujourd'hui encore. Laquelle, de la raison ou de la foi, doit diriger l'autre ? Les options sont contradictoires. Dès son premier livre, en 386, saint Augustin met le doigt sur le problème de méthode ou de croyance qui se pose à un philosophe chrétien : faut-il suivre la voie de la foi (via fidei) ou la voie du raisonnement (via rationis) ? Il choisit les deux : « Je désire ardemment saisir la vérité non seulement par la foi mais encore par l’intelligence »21. Plusieurs combinaisons sont possibles : foi seule (Pierre Damien), intelligence seule (Pierre Abélard), priorité à la foi (Boèce, Thomas d’Aquin), priorité à l’intelligence (Roger Bacon), foi en quête d’intelligence (Augustin, Anselme de Cantorbéry), foi et intelligence en complémentarité, en autonomie (Lanfranc de Pavie) ou peut-être même en contradiction (Averroès, Boèce de Dacie et Siger de Brabant, selon une tradition qui parle – à tort - de « double vérité »). Force est de reconnaître que les principaux philosophes du Moyen Âge sont, quant à leur statut, moines, prêtres, papes, et, quant à leur spécialité, théologiens. Le philosophe des Lumières : du militantismeUne autre grande figure du philosophe est celle du philosophe des Lumières. Les plus illustres sont, en France, Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau, d'Alembert, Helvétius, d'Holbach ; en Angleterre, Toland et Hume ; en Allemagne : Wolff, Lessing et Kant. Le philosophe des Lumières croit au progrès, il pratique le libre examen, il conteste la religion révélée.
Bien après la philosophie des Lumières, Charles Peirce caractérise ainsi le philosophe, à partir de la figure de Kant :
Le philosophe d'aujourd'hui : la déconstruction ou la construction phénoménologiqueComment caractériser le philosophe d'aujourd'hui (en France : Michel Foucault, Jules Vuillemin, Jacques Derrida, Michel Onfray...) ? Luc Ferry retient ces traits-ci24 :
Profils didactiques du philosopheLes philosophes se divisent, quant aux idées, en de nombreuses doctrines : rationalisme/empirisme, spiritualisme/matérialisme, dogmatisme/scepticisme/relativisme... Mais ils se distinguent aussi, au sein du mode de vie philosophique, par leurs profils de penseurs, leurs styles de pédagogues, leurs manières en méthodologie.
Philosophie, culture, société, ÉtatLe philosophe et sa cultureLa plupart des grands philosophes étaient aussi des scientifiques pratiquant plusieurs disciplines. L'ensemble de ces disciplines leur permettait de se construire une représentation de l'univers comportant plusieurs perspectives plus ou moins solidaires (biologique, physique, philosophique, etc.). La valorisation de la connaissance dans la culture occidentale fait que le philosophe est largement considéré, à tort ou à raison, comme le sommet du prestige intellectuel. Mais ce statut est aussi souvent remis en cause, et cela pour des raisons qui apparaissent depuis l'Antiquité, comme par exemple l'instrumentalisation de la philosophie par des opportunistes, ou parce qu'il arrive qu'il y ait des malentendus sur ce que l'on peut attendre de la philosophie. Ce prestige de la philosophie a aussi souffert du développement du monde moderne et de la professionalisation de cette discipline. Dans le monde moderne, le philosophe peut paraître inutile, d'une part face aux sciences qui prétendent parfois être la source unique de la connaissance, d'autre part face aux idéaux de confort et de bien-être des sociétés démocratiques, idéaux soutenus par la science. L'esprit moderne n'est donc peut-être pas compatible avec la discipline de l'esprit et de la vie exigée par une pratique de la philosophie qui ne semble pas rentable. Bien plus, aux yeux du philosophe, la culture moderne comporte bien des aspects pour le moins douteux. La « substitution » de la philosophie par les sciences à l'époque moderne est en quelque sorte un parricide. La pensée philosophique est, en effet, à l'origine de toute pensée rationnelle en Occident. Dans la Grèce antique, modèle de modernité à son époque, les gens faisaient systématiquement appel aux mythes, aux opinions pour expliquer les mystères du monde. Ce n'est qu'avec l'arrachement de conscience que constitue la philosophie, l'effort fait pour se dégager du mythe par les philosophes, que la pensée occidentale a pu accéder à un niveau rationnel de réflexion. Elle a ainsi donné naissance à la pensée rationnelle, logique, qui est le substrat nécessaire à toutes autres sciences ultérieures31,32. Le philosophe peut donc apparaître soit comme un vestige archaïque de temps révolus, soit au contraire comme un défenseur d'une vie authentique menacée par la rationalisation outrancière des sociétés marchandes et par la dévalorisation que de tels systèmes de consommation font subir aux individus. Ainsi, si la place des philosophes dans la société est un problème soulevé depuis Platon, ce problème est remarquable au XXIe siècle par la force avec laquelle il se pose : il remet en cause la légitimité même de la philosophie. Le philosophe et sa sociétéDans un essai, Pierre Riffard33 a isolé quelques caractéristiques du philosophe, à travers les âges, depuis Thalès jusqu'à Jean-Paul Sartre.
Le philosophe conseiller politiqueLe philosophe s'est fait, parfois, « conseiller du Prince », en général de façon maladroite et inefficace. Dans la Grèce antique, plusieurs philosophes se sont occupés activement et pratiquement de politique, pas seulement dans leurs livres :
Enfin,
Du côté des néo-platoniciens, on peut rappeler que :
Dans les temps modernes, on voit :
Le dernier mot revient à Pascal : « Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher »38. CritiquesPierre Thuillier écrivit contre les philosophes professionnels un pamphlet nommé Socrate fonctionnaire, essai contre l'enseignement de la philosophie à l'université. Perçu lors de sa sortie comme un suicide professionnel, l'ouvrage rencontra cependant le succès. Citations
Notes et références
Voir aussiBibliographie
(par ordre chronologique)
(par ordre alphabétique)
Articles connexes
Lien externe
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