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Phénoménologie 
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La phĂ©nomĂ©nologie est un terme philosophique, auquel on attribue quatre sens diffĂ©rents :

  • Tout d'abord pour Fichte, la phĂ©nomĂ©nologie est la doctrine de l'apparition, dans le concept, ou la phĂ©nomĂ©nalisation, du savoir absolu (qui n'est pas le savoir d'un objet, mais savoir du savoir). La phĂ©nomĂ©nologie est une partie essentielle de la doctrine de la science (voire elle se confond avec celle-ci) parce que sans elle, le savoir absolu n'aurait pas d'"existence".
  • Pour Hegel en 1807, c'est une approche de la philosophie qui commence par l'exploration des phĂ©nomènes (c'est-Ă -dire ce qui se prĂ©sente consciemment Ă  nous) afin de saisir l'Esprit absolu, logique, ontologique, mĂ©taphysique qui se manifeste dans les phĂ©nomènes. Pour Hegel, contrairement Ă  Fichte, le phĂ©nomène dĂ©signe un moment d'apparition d'une dĂ©termination du savoir.
  • Ensuite pour Edmund Husserl, la phĂ©nomĂ©nologie prend pour point de dĂ©part l'expĂ©rience en tant qu'intuition sensible des phĂ©nomènes afin d'essayer d'en extraire les dispositions essentielles des expĂ©riences ainsi que l'essence de ce dont on fait l'expĂ©rience. La phĂ©nomĂ©nologie est la science des phĂ©nomènes, c'est-Ă -dire la science des vĂ©cus par opposition aux objets du monde extĂ©rieur. La phĂ©nomĂ©nologie husserlienne se veut Ă©galement une science philosophique, c'est-Ă -dire universelle. En outre, elle est une science apriorique, ou eidĂ©tique, Ă  savoir une science qui Ă©nonce des lois dont les objets sont des « essences immanentes Â». Ce caractère apriorique oppose la phĂ©nomĂ©nologie de Husserl Ă  la psychologie descriptive de son maĂ®tre Franz Brentano, qui en fut nĂ©anmoins, Ă  d'autres Ă©gards, un prĂ©curseur. Cela constitue la « phĂ©nomĂ©nologie transcendantale Â». Sa philosophie fut ensuite dĂ©veloppĂ©e par entre autres Maurice Merleau-Ponty, Max Scheler, Hannah Arendt, Suzanne Bachelard, Dietrich von Hildebrand, Jan PatoÄŤka et Emmanuel Levinas.
  • Pour Martin Heidegger la vision phĂ©nomĂ©nologique d'un monde d'ĂŞtres doit ĂŞtre dĂ©viĂ©e vers l'apprĂ©hension de l'ĂŠtre en tant qu'ĂŞtre, comme une introduction Ă  l'ontologie mais qui reste une ontologie critique face Ă  la mĂ©taphysique. C'est la « phĂ©nomĂ©nologie existentielle Â».

Le conflit phĂ©nomĂ©nologique entre Husserl et Heidegger a influencĂ© le dĂ©veloppement de la phĂ©nomĂ©nologie existentielle et l'existentialisme en France comme on peut le constater avec le travail de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir ; la phĂ©nomĂ©nologie de Munich (Johannes Daubert, Adolf Reinach) et Alfred SchĂĽtz ; et la phĂ©nomènologie hermĂ©neutique de Paul RicĹ“ur.

Sommaire

Histoire

Kant

Une section de la Critique de la raison pure de Kant devait s'appeler PhĂ©nomĂ©nologie ; mais Kant remplaça finalement ce nom par celui d'EsthĂ©tique transcendantale. Kant y opère la sĂ©paration entre la chose en soi et le phĂ©nomène, ce dernier Ă©tant donnĂ© dans le cadre transcendantal de l'espace, du temps et de la causalitĂ©.

Schopenhauer

Les conceptions Ă©pistĂ©mologiques de Schopenhauer en font un prĂ©curseur de l'Ă©cole de la phĂ©nomĂ©nologie. Il recherche l’essence du phĂ©nomène Ă  partir d'une Ă©tude descriptive prĂ©alable du donnĂ© phĂ©nomĂ©nal. Ainsi, le corps est pour lui une porte qui ouvre au monde tel qu'il est en soi, "d'une part comme reprĂ©sentation dans la connaissance phĂ©nomĂ©nale, comme objet parmi d'autres objets et comme soumis Ă  leur loi ; et d'autre part, en mĂŞme temps, comme ce principe immĂ©diatement connu de chacun, que dĂ©signe le mot VolontĂ©" (Le Monde comme volontĂ© et comme reprĂ©sentation, livre II).

Fichte

La phénoménologie est un concept central de la philosophie de Fichte. Elle désigne la partie de la doctrine de la science qui développe la phénoménalisation (apparition, extériorisation) du fondement et du principe du savoir. Il ne peut y avoir de savoir absolu (qui n'est pas un savoir d'un objet mais de ce qui fait qu'un savoir est effectivement un savoir) que phénoménalisé. Aussi oppose-t-il, dès La Doctrine de la Science de 1804, à la doctrine de l'être et de la vérité la doctrine du phénomène ou phénoménologie. A la fin de sa vie, Fichte identifie même la phénoménologie à la doctrine de la science.

Hegel

Article dĂ©taillĂ© : PhĂ©nomĂ©nologie de l'esprit.

Après Fichte, Hegel donne lui aussi au concept de phĂ©nomĂ©nologie une place capitale. Il publie en 1807 la PhĂ©nomĂ©nologie de l'esprit. Toutefois, cette entreprise n'a qu'un rapport très Ă©loignĂ© avec la phĂ©nomĂ©nologie de Husserl (Ă  savoir, il s'agit d'une « science de l'expĂ©rience de la conscience Â»). La phĂ©nomĂ©nologie est Ă©galement une partie de l'esprit subjectif dans l'EncyclopĂ©die des sciences philosophiques.

C'est le contexte qui dĂ©termine si l'on parle de la phĂ©nomĂ©nologie au sens fichtĂ©en, hegelien ou husserlien ; mais en gĂ©nĂ©ral, le terme de phĂ©nomĂ©nologie, pris isolĂ©ment, dĂ©signe celle de Husserl ou de ses hĂ©ritiers.

Définition et méthode

La phĂ©nomĂ©nologie de Edmund Husserl se dĂ©finit d'abord comme une science transcendantale qui veut mettre au jour les structures universelles de l'objectivitĂ©. Elle propose une apprĂ©hension nouvelle du monde, complètement dĂ©pouillĂ©e des prĂ©jugĂ©s naturalistes qui persistaient Ă  l'Ă©poque. La phĂ©nomĂ©nologie de Husserl repose sur la dĂ©finition de l'intentionnalitĂ© telle que donnĂ©e par Franz Brentano et qui affirme que la particularitĂ© de la conscience est qu'elle est toujours conscience de quelque chose. Le leitmotiv des phĂ©nomĂ©nologues est Aux choses mĂŞmes !. Les phĂ©nomĂ©nologues illustrent ainsi leur dĂ©sir d'apprĂ©hender les phĂ©nomènes dans leur plus simple expression et de remonter au fondement de la relation intentionnelle.

Le projet de la phĂ©nomĂ©nologie fut d'abord de refonder la science en remontant au fondement de ce qu'elle considère comme acquis et en mettant au jour le processus de sĂ©dimentation des vĂ©ritĂ©s qui peuvent ĂŞtre considĂ©rĂ©es comme Ă©ternelles. Husserl espère ainsi Ă©chapper Ă  la crise des sciences qui caractĂ©rise le XXe siècle.

Phénoménologie contemporaine

La phénoménologie est une branche de la philosophie particulièrement prolifique.


c'est aussi une application pratique en psychiatrie, en entretien.

Influence

Franz Brentano

Le philosophe Brentano, professeur de Freud et de Edmund Husserl peut être considéré comme le "père" de la phénoménologie, notamment par son cours sur l'intentionnalité chez Thomas d'Aquin, que l'on retrouve ensuite chez Husserl.

Bien que le terme ait Ă©tĂ© employĂ© antĂ©rieurement dans un sens voisin, c'est Ă  Edmund Husserl (1859-1938) qu'on attribue gĂ©nĂ©ralement la crĂ©ation de la phĂ©nomĂ©nologie. La phĂ©nomĂ©nologie a connu un essor impressionnant au XXe siècle. Mais la plupart des disciples et des hĂ©ritiers de Husserl se sont dĂ©tournĂ©s de son « idĂ©alisme transcendantal Â». Les principaux hĂ©ritiers de cette tradition sont, en Allemagne, Martin Heidegger et Eugen Fink. Du cĂ´tĂ© français, la phĂ©nomĂ©nologie conduira aux travaux de Maurice Merleau-Ponty, de Jean-Paul Sartre, d'Emmanuel Levinas et de Paul RicĹ“ur.

La phénoménologie a aussi eu une grande influence sur la psychologie telle qu'elle se pratique encore de nos jours et plus généralement sur l'épistémologie. Elle a donné naissance à une clinique psychiatrique particulièrement riche, à partir des travaux du psychanalyste Ludwig Binswanger. En France, elle influença le courant de la psychothérapie institutionnelle.

Bibliographie

Edmund Husserl

Se reporter Ă  l'article Edmund Husserl

Littérature

  • BENOIST, Jocelyn, Autour de Husserl: L'ego et la raison. Paris: Vrin, 1994.
  • BENOIST, Jocelyn, IntentionalitĂ© et langage dans les « Recherches logiques Â» de Husserl. Paris : PUF, 2001.
  • BENOIST, Jocelyn, KARSENTI, Bruno, PhĂ©nomĂ©nologie et sociologie. Paris : PUF, 2001.
  • BERNET, Rudolf, KERN, Iso et MARBACH, E., Edmund Husserl: Darstellung seines Denkens. Hambourg: Meiner, 1989.
  • CABESTAN, Philippe, Introduction Ă  la phĂ©nomĂ©nologie. Paris: Ellipses, 2003.
  • DASTUR, Françoise, Husserl : Des mathĂ©matiques Ă  l'histoire. Paris: PUF, 1999.
  • DASTUR, Françoise, La phĂ©nomĂ©nologie en questions: Langage, altĂ©ritĂ©, temporalitĂ©, finitude. Paris: Vrin, 2004.
  • DERRIDA, Jacques, La voix et le phĂ©nomène, Paris: PUF, 1967.
  • MARION, Jean-Luc, Etant donnĂ©, essai d'une phĂ©nomĂ©nologie de la donation, Paris, PUF 1997,1998.
  • MORAN, Dermot, Introduction to Phenomenology. Londres-New York: Routledge, 2000.
  • SCHNELL, Alexander, Husserl et les fondements de la phĂ©nomĂ©nologie constructive, coll. « Krisis Â», Grenoble, J. Millon, 2007.
  • SERON, Denis, Introduction Ă  la mĂ©thode phĂ©nomĂ©nologique. Bruxelles: De Boeck UniversitĂ©, 2001.
  • SERON, Denis, Objet et signification: MatĂ©riaux phĂ©nomĂ©nologiques pour la thĂ©orie du jugement. Paris: Vrin, 2003.
  • SOKOLOWSKI, Robert, Introduction to Phenomenology. Cambridge et New York : Cambridge University Press, 2000.
  • SMITH, Barry,SMITH, David Woodruff (eds.), The Cambridge Companion to Husserl. Cambridge-New York: Cambridge University Press, 1995.
  • ZAHAVI, Dan, Husserl’s Phenomenology. Stanford: Stanford University Press, 2003.

Voir aussi

Liens externes


 
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