Pays de Caux
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| Région administrative | Haute-Normandie | |||
| Département(s) | Seine-Maritime | |||
| Superficie approximative | 3 000 km² | |||
| Villes principales | Le Havre, Dieppe Bolbec, Fécamp, Yvetot |
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| Géologie | Bassin Parisien plateau de craie du Crétacé |
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| Relief/Terroirs | 100-180 mètres | |||
| Productions | polyculture, lin, élevage bovin |
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| Communes | }} | |||
| Population totale | hab. (}}) |
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| Régions voisines | Pays de Bray, Vexin | |||
| Pays (div. territoriale) | ||||
| Régions et espaces connexes |
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| Région naturelle de France | ||||
Le Pays de Caux est une région naturelle de Normandie appartenant au Bassin parisien. Il s?agit d?un plateau crayeux sis en Haute-Normandie, délimité au sud par la Seine, à l'ouest et au nord par les falaises de la Côte d'Albâtre, à l'est par les hauteurs dominant les vallées de la Varenne et de l'Austreberthe. Son territoire occupe toute la partie occidentale du département de la Seine-Maritime.
Le nom du Pays de Caux provient d'une tribu celte, les Calètes, qui occupe le territoire avant la présence romaine. Il est conquis en 56 av. J.-C. par les légions de Jules César avant d?être intégré à la Lyonnaise par l'empereur Auguste. À la chute de Rome au Ve siècle, les peuplades franques qui s?y installent encouragent le développement du monachisme ? abbaye de Saint-Wandrille (649), de Jumièges, de Fécamp (709) ? et substituent le pagus à la civitas avant son intégration à l?Empire carolingien. À partir de la fin du VIIIe siècle, des pillards vikings dévastent la région, puis s?y implantent en fondant le duché de Normandie en 911. Intégré en même temps que le duché au royaume de France en 1204, le pays de Caux est particulièrement frappé par les effets de la Guerre de Cent Ans et des guerres de religion, les Cauchois comme les autres Normands s?étant convertis au protestantisme en grand nombre. Au XXe siècle, après le débarquement allié en Normandie, un bombardement massif ravage la ville du Havre en septembre 1944.
Le Pays de Caux est une région dynamique grâce à une industrie chimique puissante, une agriculture compétitive et l'ensemble portuaire havrais. La proximité de Paris, une forte identité, la présence de nombreux châteaux et manoirs, d'une architecture rurale particulière (clos-masures, colombiers) font de la région une destination touristiquement attractive. Les habitants du pays de Caux sont appelés Cauchois ; le cauchois étant un dialecte important de la langue normande. Les villes principales sont Le Havre, Étretat, Fécamp, Saint-Valéry-en-Caux et Dieppe sur le littoral, Bolbec & Yvetot à l'intérieur des terres.
Sommaire |
[] Géographie
Le Pays de Caux se distingue du reste de la Normandie par ses caractéristiques géographiques et géologiques. Ces paysages, uniques en France, ont été façonnés par l'eau et les activités humaines.
[] Situation et limites
Le Pays de Caux forme grossièrement un triangle à l'ouest du département de la Seine-Maritime, en Haute-Normandie. Il est bordé au nord et à l'ouest par la Manche. Mais à l'est, les limites sont plus floues et dépendent des auteurs. On admet généralement que le Pays de Caux se termine à l'ouest de la forêt d'Eawy et de la forêt Verte ou sur l'interfluve entre la Varenne et la Scie[1]. La boutonnière du Pays de Bray, par ses altitudes plus élevées et par la nature de ses terrains se différencie nettement du Pays de Caux[2]. On désigne par l'expression « Petit Caux », la région littorale située entre Dieppe et le Tréport.
La ville la plus au nord est Dieppe ( ) ; l'extrémité sud-ouest est occupée par l'agglomération havraise ( ). Ces deux cités sont des sous-préfectures. Enfin, la vallée de la Seine marque la limite méridionale du Pays de Caux.
Les hautes falaises de craie, qui constituent l'essentiel du littoral, et la Seine ont, par le passé, représenté des obstacles naturels aux transports et aux communications, si bien que le territoire cauchois est longtemps resté relativement enclavé (voir le paragraphe sur les transports).
[] Géomorphologie
Le pays de Caux est un vaste plateau sédimentaire à la surface légèrement ondulée. Il s?élève doucement vers l?est, passant de 100 à 180 mètres d?altitude[3],[1]. Il se termine par le plus bel ensemble de hautes falaises en France, qui atteignent les 110 mètres de hauteur au Cap Fagnet, à Fécamp.
Le plateau cauchois appartient à l'ensemble géologique du Bassin Parisien, formé à l'ère secondaire. Le sous-sol est constitué d'une grande épaisseur de craie, pouvant mesurer jusqu?à 200 mètres de profondeur[3]. Il est couvert d?une couche d?argile à silex et d'un limon fertile[2]. Dans quelques secteurs, on peut trouver des placages datant de l'époque éocène, notamment entre Saint-Valery-en-Caux et Dieppe (sables, grès, argiles inhabituels pour la région[4]). Il faut signaler la présence de quelques accidents tectoniques : anticlinal de Villequier et de Yerville, faille de Fécamp, qui sont somme toute peu visibles aujourd?hui.
Le plateau du Pays de Caux est entaillé par des vallées et des vallons tapissés d?alluvions et de sédiments : les vallées humides, désignées ainsi car elles sont parcourues par un fleuve ou une rivière, possèdent un fond plat et large de quelques centaines de mètres. Elles s'ouvrent sur la Manche au nord ou sur la Seine au sud. Elles sont plus nombreuses et plus longues au nord (vallées de Scie, de la Saâne, du Dun, de la Durdent, de la Valmont, etc.). Les versants exposés au sud ont une pente plus raide[5] et sont en général plus boisés.
Les vallées sèches et les valleuses coupent également le plateau de craie : on les trouve à Yport, Étretat, Saint-Valery-en-Caux ... Elles n'ont pas d'écoulement en surface[1] et sont peu peuplées, sauf à leur embouchure. Les versants sont boisés car la craie affleure à cause de l'érosion : il est donc impossible de pratiquer l'agriculture. Certaines valleuses sont « suspendues » à cause du lent recul de la falaise : elles ne permettent pas d'accéder directement à la plage. Les hommes y ont parfois aménagé des escaliers ou des échelles pour descendre (valleuse d'Életot par exemple).
[] Histoire géologique
C'est au cours de l'ère primaire que le socle du Pays de Caux s'est constitué, à la suite du rapprochement des blocs ardennais et armoricain[6]. Le socle résulte de la déformation, puis de l'érosion de la montagne née de cette collision. Des forages effectués dans le secteur d'Étretat-Fécamp-Lillebonne ont montré la présence de sable du primaire sous les couches de l'ère secondaire[7]. D'autres sondages profonds ont mis en évidence des gneiss et des roches schisteuses très déformées[8].
Le socle primaire a été ensuite submergé par la mer au Jurassique et au Crétacé. Le niveau de cette mer chaude a fortement évolué au cours de cette période, ce qui a donné lieu à la formation de couches d'argiles, de marnes, puis de craie. L'analyse de ces couches révèle la présence de fossiles d?ammonites, d?oursins ainsi que des dents de requins[9]. Pendant plusieurs millions d'années, les strates se sont empilées pour constituer au total 500 à 1 000 mètres de terrains sédimentaires, dont plus de 200 mètres de craie, divisés par les géologues en plusieurs étages (cénomanien, turonien, coniacien, santonien, campanien)[10]. Lorsque l'apport en silice était suffisant, des bancs de silex se sont créés au milieu des couches calcaires.
À la fin du crétacé, le soulèvement général du Bassin Parisien provoque le retrait de la mer et des déformations tectoniques (fractures, failles). L'ère tertiaire est marquée par l'altération de la craie des surfaces émergées et la formation d'argile à silex. La mer envahit de nouveau plusieurs secteurs du Pays de Caux, ce qui entraîne des dépots de sables, d'argiles et de calcaires, visibles dans le synclinal d?Ailly. Il y a 4 millions d?années environ, la mer quitte définitivement la région[11]. Une première phase de refroidissement se produit, il y a quelque 2,6 millions d?années[12]. Le quaternaire (-1,8 millions d?années) voit se succéder plusieurs périodes glaciaires, au cours desquelles la Seine se creuse, forme des méandres et des couches d?alluvions. L'alternance de périodes froides et de périodes interglaciaires, mais aussi la poursuite du soulèvement du Bassin Parisien expliquent la migration des méandres de la Seine, l'encaissement rapide des vallées et les falaises mortes situées au sud du plateau[13].
C'est aussi pendant le quaternaire que les loess se déposent, formant des épaisseurs allant jusqu'à 10 mètres[14],[15]. Ces particules sont arrachées aux vasières et aux alluvions par les vents violents. Depuis 10 000 ans environ, avec le réchauffement du climat, les vallées ont tendance à se combler et les milieux à évoluer.
[] Climat
Le pays de Caux se trouve en climat tempéré océanique : les précipitations sont relativement importantes, comprises entre 700 mm sur la côte et 1 200 mm par an autour de Goderville, à l?intérieur des terres[16]. La Manche joue un rôle de régulateur thermique, si bien que les hivers sont généralement plus doux et les étés plus frais qu?à l?intérieur du continent. Ces conditions climatiques sont favorables aux activités agricoles.
| Station | Temp. moy. de janvier (°C) |
Temp. moy. de juillet (°C) |
Précipitations annuelles moy. (mm) |
Nb. moy. de jours de gel /an |
Nb. moy. de jours de brouillard /an |
Insolation moy. /an (h) |
record abs. des vents (km/h) |
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|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| La Hève[17] | 4,6 | 17 | 708,6 | 24,9 | 52,8 | 1787,9 | 180 | ||||||
| Dieppe | 4,4 | 16,1 | 798,8 | 35,8 | 37,5 | nd | 155 | ||||||
| Rouen | 3,3 | 17,1 | 785,2 | 55,3 | 97 | 1687,2 | 137 | ||||||
| Paris | 4,1 | 19,5 | 641,6 | 28,9 | 13,4 | 1798 | 122 | ||||||
| Source : site d'Infoclimat. | |||||||||||||
Les précipitations se répartissent tout au long de l?année, avec un maximum en automne et en hiver. Les mois de juin et juillet sont marqués par quelques orages[18] qui peuvent produire des crues catastrophiques dans les vallées. L?un des traits caractéristiques du Pays de Caux est la grande variabilité du temps, même au cours d?une journée[19]. Les vents dominants soufflent du sud et du sud-ouest ; les tempêtes arrivent en hiver, surtout en janvier[18]. Le record absolu pour le Pays de Caux a été enregistré le 16 octobre 1987 au Cap de la Hève : 180 km/h.[16] Enfin, il existe des microclimats liés à une situation particulière ; la côte nord (autour de Dieppe) est plus froide et humide que le reste du littoral[20]. L?intérieur du plateau de Caux possède une nuance flamande.
| Mois | Jan | Fev | Mar | Avr | Mai | Jui | Jui | Aou | Sep | Oct | Nov | Dec | Année |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Températures moyennes (°C) | 4,6 | 4,9 | 6,8 | 8,8 | 12,1 | 14,8 | 17 | 17,2 | 15,7 | 12,6 | 8,2 | 5,6 | 10,7 |
| Précipitations moyennes (mm) | 62,6 | 49 | 54,3 | 42,9 | 52,7 | 52,6 | 50,2 | 48,5 | 64,5 | 74,1 | 88,1 | 69,4 | 708,6 |
| Insolation moyenne (h) | 62,9 | 87,7 | 136,2 | 179,5 | 214,6 | 224,4 | 237,8 | 218,5 | 168,3 | 124,5 | 74,7 | 56,7 | 1787,9 |
| Source : « Cap de la Hève, Seine-Maritime (76), 100m - [1961-1990] », site d'Infoclimat. | |||||||||||||
[] Des milieux et des paysages fragiles
Les paysages sont d?aspect tabulaire et marqués par l?openfield (champs ouverts) nécessité par la mécanisation agricole. La spécificité du Pays de Caux est le clos-masure qui est un espace entouré de haies vives servant de rideau brise-vent. Les arbres sont plantés sur un talus (appelé de façon paradoxale « fossé » par les Cauchois[21]) d'environ un mètre de hauteur[22]. On utilise des hêtres, des chênes ou, de nos jours, le peuplier en raison de sa croissance rapide. Il existe parfois deux rangées d'arbres sur le même talus.
Abritée par cette haie qui crée un microclimat se trouve une cour complantée de pommiers pour la production du cidre ou de poiriers (présence d'un pressoir). La haie protège en outre le jeune bétail et la basse-cour. On trouve aussi une mare et des bâtiments d?exploitation et d?habitation (ferme). L'accès à la cour se fait par deux ou quatre portails qui correspondent le plus souvent aux points cardinaux[21]. L?évolution des modes de vie conduit à un arrachage ou un manque d?entretien des haies, ce qui accélère l?érosion des sols. Ayant un rôle de brise-vent, les talus plantés également freinent en effet l?écoulement des eaux de pluie. Avec la croissance démographique du XVIIIe siècle, les clos-masures ont fini par former des hameaux, eux-mêmes entourés de haies. Le paysage du pays de Caux ne doit pas être confondu avec le bocage de Basse-Normandie.
Le littoral est constitué de falaises de craie plus ou moins hautes dont les plus célèbres sont celles d?Étretat. Leur couleur blanche explique la désignation « Côte d'Albâtre » pour cette partie de la Normandie. Cette falaise recule plus ou moins rapidement en fonction de l?érosion marine, ainsi le littoral de la Seine-Maritime recule de vingt centimètres par an en moyenne[23]. Les plages sont tapissées de galets, détachés de la falaise et polis par la mer. Ces galets ont néanmoins tendance à migrer et le sable peut affleurer à certains endroits.
[] Milieu naturel
Le milieu naturel du pays de Caux est composé principalement de prairies humides, de tourbières, de roselières, de mares, de rivières, de coteaux crayeux et de forêts. Le développement naturel du Pays de Caux s'est principalement installé dans ces milieux, créant une nature riche et abondante[24].
[] Parc des Boucles de Seine
Le Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande a été créé le 17 mai 1974 pour entretenir la coupure verte entre les deux espaces urbains et industriels de Rouen et du Havre. Il s'étend sur les régions du Pays de Caux, du Val de Seine, du Roumois, du Marais Vernier et de la basse vallée de la Risle, le long de 180 kilomètres de Seine[25]. Le parc dispose de neuf grandes missions en matière d'agriculture, d'architecture, de culture, d'eau, d'économie, d'éducation, d'environnement, de paysage et de tourisme[26]. À l'intérieur du parc, il existe quatre sites remarquables, à savoir la Réserve naturelle du Vallon du Vivier, la Réserve naturelle des Mannevilles, les Marais de Saint-Sulpice, la Réserve naturelle des Courtils à Bouquelon[27].
[] La faune
Le relief rocheux allié à la présence importante d'algues favorise la diversité animale du Pays de Caux. Ces deux facteurs sont observés principalement dans le secteur Antifer-Senneville et profitent pour de nombreuses espèces sessiles et vagiles[28].
Les autres secteurs profitent aussi de leur caractéristique pour le développement de certaines espèces de mollusques bivalves et de vers endogés qui apprécient particulièrement la roche tendre des estrans de Veulettes ou de Veules-les-Roses[29].
Parmi les espèces caractéristiques du Pays de Caux, on peut citer de nombreuses espèces parmi lesquelles les spongiaires, cnidaires, Planaires, annélides, crustacés, pycnogonides, insectes, mollusques, bryozoaires, échinodermes, urochordés, poissons[30].
La déforestation et la pollution ont mis en péril certains animaux notamment : l'anguille, la chouette chevêche, la cigogne, le damier de la succise et le triton crêté[31].
L'animal caractéristique du Pays de Caux est la vache normande[32].
[] La flore
La flore du pays de Caux se compose en grande partie de thallophytes ; la zone de balancement des marées du littoral du Pays de Caux est particulièrement diversifiée du fait de la nature rocheuse de l'estran[33].
Cependant certains secteurs possèdent une flore plus ou moins diversifiée en raison de l'influence des nombreux facteurs auxquels les algues sont soumises (exposition au vent et à la houle, qualité de l'eau, degré d'ensoleillement, hétérogénéité du platier, degré d'ensablement...)[34].
La zone biologiquement la plus riche débute au nord du port pétrolier d'Antifer et va jusqu'à Senneville-sur-Fécamp[35].
Le Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande, qui couvre 80 000 hectares[36], possède environ 70 espèces d'arbres[37] et contribue à la préservation d'espèces végétales comme la rossolis à feuilles rondes, l'osmonde royale, l?ache rampante et l?orchis singe. On compte aussi un certain nombre de forêt dans le pays de Caux : forêt de Brotonne (qui est rataché au Parc des boucles de Seine) et forêt d'Eu.[38]
Le chêne d'Allouville, situé au sud du pays de Caux, est considéré comme le plus vieux chêne de France, on estime qu'il aurait entre 800 et 1 200 ans[39].
[] Histoire
L'histoire du pays de Caux a été marquée par le peuple des Calètes dans l'Antiquité et par la colonisation viking au Moyen Âge. Elle s'inscrit dans l'histoire de la Normandie tout en gardant une certaine originalité, liée à son ouverture maritime et à ses caractéristiques géologiques.
[] Préhistoire
Les premiers habitants du pays de Caux ont pu habiter dans les nombreuses grottes des vallées et de la côte, sans qu?on puisse évaluer leur nombre de façon certaine[40]. Les sites les plus anciens datent du Paléolithique inférieur et ont révélé des outils taillés en pierre de types clactonien et acheuléen ( Havre, Sassetot-le-Mauconduit[40] par exemple).
Pendant le Mésolithique, les cultures préhistoriques qui occupent le pays de Caux se rattachent à celles du bassin parisien avec des influences belges. La population se sédentarise au cours du Néolithique et fabrique des outils en bronze et des céramiques.
[] Gaule indépendante
Dans l?Antiquité, le Pays de Caux est occupé par les Calètes, descendants des Belges qui se sont installés en Normandie à partir du IVe siècle av. J.-C.[41]. Le nom « Calète » vient peut-être du gaulois « cal » signifiant « dur »[42]. Ils vivent groupés dans les oppida (Étretat, Camp de Canada à Fécamp[43]) ou des villages agraires à enclos. Malgré une lutte acharnée contre les troupes de Jules César, les Calètes sont vaincus par les Romains au milieu du Ier siècle av. J.-C.
[] La paix romaine
En 27 av. J.-C., l?empereur Auguste réorganise le territoire gaulois. Il crée la civitas caletorum (« cité des Calètes ») qui est incorporée à la province de Gaule lyonnaise. Avec la paix romaine, les populations délaissent les oppida pour habiter dans les vallées. Les campagnes sont défrichées, les cultures et l?élevage se développent et l?artisanat fournit les exportations vers la Bretagne[44]. De nombreuses villas gallo-romaines sont construites, comme celle de Sainte-Marguerite-sur-Mer. Elles utilisent les matériaux locaux : silex, craie, calcaire, brique, torchis. La technique du colombage est héritée de cette époque et des huttes celtiques. La romanisation du Pays de Caux, comme ailleurs en Occident, passe par l?urbanisation et la construction de routes : Juliobona (l?actuelle Lillebonne) et Caracotinum (Harfleur) sont alors les principales villes de la civitas caletorum.
Les premières attaques germaniques surviennent au IIIe siècle : la côte d'Albâtre subit les incursions saxonnes et l?Empereur romain ordonne la construction du litus saxonicus pour défendre le plateau[45]. Les invasions s?intensifient au Ve siècle et provoquent le déclin des villes, la crise des campagnes et le retour de la forêt. Lorsque l?autorité de Rome commence à s?effacer, les Calètes se joignent à d?autres tribus au sein d?une vaste fédération connue sous le nom de « Confédération armoricaine » destinée à se défaire de l?occupant.
[] Moyen Âge
À la fin du Ve siècle, le Pays de Caux passe sous domination franque et fait partie de la Neustrie mérovingienne. Il est divisé en deux pagi[46], le Caux et le Talou[45], dirigés chacun par un comte qui représente l?autorité royale. De nombreux toponymes en « -court » et « -ville » datent de cette époque franque. Au VIIe siècle, le comte de Caux, Vaning, fonde le premier monastère de Fécamp[47]. Les rois mérovingiens favorisent la christianisation des campagnes et la fondation d?abbayes : Fontenelle, Jumièges, Pavilly et Montivilliers sont créées au VIIe siècle. Elles adoptent rapidement la règle de saint Benoît et constituent de grands domaines fonciers.
En 751, le royaume mérovingien passe aux mains de la dynastie carolingienne et le centre politique s?éloigne vers les rives du Rhin. Les raids vikings sur la côte normande commencent au IXe siècle. En 841, les Scandinaves remontent la Seine sur leurs drakkars, pillent et dévastent les monastères et les villes de la région. Les habitants et les moines, livrés à eux-mêmes, ne trouvent de salut que dans la fuite. En 911, le roi Charles le Simple décide de donner la Basse-Seine au chef viking Rollon : le Traité de Saint-Clair-sur-Epte marque la fondation du comté de Rouen, futur duché de Normandie. Le pays de Caux connaît un peuplement scandinave relativement dense[48], comme le montre la toponymie : parmi les suffixes les plus fréquents, citons « ?bec » du scandinave « bekkr » cours d'eau (Caudebec-en-Caux, Bolbec), « ?dalle » du scandinave « dalr » vallée (Dieppedalle, Oudalle), « ?fleur » encore du scandinave « floi » embouchure (Harfleur, Fiquefleur) et « ?tôt » toujours du scandinave « topt » village (Yvetot, Criquetot-l'Esneval). Les Vikings laissent également une empreinte durable dans les coutumes, l?architecture, le dialecte et le type ethnique cauchois.
Au Xe siècle, les premiers ducs de Normandie résident souvent dans leurs palais de Fécamp et de Lillebonne, jusqu?à l'invasion de l?Angleterre en 1066 par Guillaume le Conquérant, qui devient roi d?Angleterre. Plus tard, Henri II met en place le bailliage du Pays de Caux, qui est repris par le roi de France au XIIIe siècle. Après les invasions vikings, les ducs s?emploient à rétablir la vie monastique en Normandie : vers 960, le réformateur Gérard de Brogne ressuscite Saint-Wandrille. Richard Ier fait reconstruire l?église abbattiale à Fécamp. Richard II fait venir Guillaume de Volpiano pour ranimer la vie de l?abbaye, selon la règle bénédictine.
La condition des paysans cauchois est alors relativement meilleure qu?ailleurs en France[49] : les esclaves exploitent la réserve seigneuriale et les communautés rurales sont influentes. Les innovations agricoles (collier d'épaule, assolement triennal) arrivent très tôt en Normandie et entraînent une augmentation des récoltes[49]. L?industrie textile se développe en liaison avec la culture des plantes tinctoriales ainsi qu'avec l?élevage ovin. La population du plateau de Caux augmente et les bourgs se développent, grâce à la draperie. Les habitants de Montivilliers, Harfleur et Fécamp achètent à Jean Sans Terre leur charte communale en 1202 et les bourgeois acquièrent des privilèges. Les échanges commerciaux se développent avec les régions voisines et avec l?Angleterre. Les marchands pêcheurs de Fécamp organisent une ghilde qui les protège et réglemente leurs activités[49]. Les foires régionales se multiplient, celle d?Harfleur est alors l?une des plus réputées du pays de Caux[49].
En 1204, la Normandie est intégrée au domaine royal français. Le XIIIe siècle est une période de prospérité pour le pays de Caux. Le Grand Coutumier de Normandie est rédigé au milieu du XIIIe siècle. La Charte aux Normands est octroyée le 19 mars 1315, par le roi de France Louis le Hutin, qui fait écho à la Grande Charte des Anglais. Cette charte, ainsi que la seconde de 1339, est considérée jusqu?en 1789 comme le symbole du particularisme normand.
Au début du XIVe siècle, le Pays de Caux est touché, comme le reste de l'Occident, par des vagues de famines et d?épidémies. La peste, qui fait son apparition en 1348, tue jusqu?à ¾ des habitants dans certains villages[50]. Puis la région est dévastée par les chevauchées, les pillages et les batailles de la guerre de Cent Ans. La démographie s?effondre et de nombreux villages sont abandonnés. Le commerce est ralenti et l?activité économique perturbée.
Au début du XVe siècle, les Anglais razzient les campagnes du Pays de Caux[51]. En 1415, le roi d?Angleterre Henri V débarque au Chef-de-Caux (l?actuelle Sainte-Adresse)[52], puis assiège la ville d?Harfleur qui finit par tomber au bout d?un mois[52]. La Normandie est occupée par les Anglais jusqu?en 1450.
[] L?essor et les guerres du XVIe siècle
En dépit des incursions de Charles le Téméraire en 1472, les campagnes cauchoises retrouvent un climat de paix pendant environ un siècle. La construction ou les transformations de nombreux édifices religieux témoignent du retour de la prospérité : les églises d?Harfleur, de Caudebec-en-Caux, Saint-Jacques de Dieppe sont bâties en style gothique flamboyant. De nombreux manoirs et châteaux sont influencés par l?architecture de la Renaissance à la fin du XVe siècle : manoir de Jean Ango, château d?Angerville-Bailleul, d?Ételan, etc. Le commerce reprend et les ports se développent : sous le règne de François Ier, l?armateur dieppois Jehan Ango envoie ses navires vers l'Amérique. Dieppe est aussi le siège d'une école de cartographie et d?hydrographie. Les pêcheurs de la côte d?Albâtre vont jusqu?à Terre-Neuve, d?où ils ramènent la morue. Le port du Havre est fondé en 1517 à la pointe du pays de Caux, à la suite de l?ensablement du port d?Harfleur. Cependant, Rouen reste la métropole économique de la région.
C?est aussi au XVIe siècle qu?est rédigée la Coutume générale de Normandie : le Pays de Caux garde cependant sa propre coutume, qui fixe notamment les conditions de l?héritage : le fils aîné reçoit la majeure partie de l?héritage, ce qui a contribué au maintien de la grande propriété dans la région. La charte aux Normands est confirmée en 1587.
Le XVIe siècle est également marqué par le succès du protestantisme (Dieppe, Luneray, Le Havre, Bolbec, etc.) et les guerres de religion. Ces dernières ravagent le Pays de Caux et de nombreuses abbayes et églises sont mutilées. La révocation de l'édit de Nantes en 1685 provoque l'exil de centaines de huguenots cauchois vers les pays protestants d?Europe et l?Amérique du Nord ; ces exilés étaient souvent des entrepreneurs et des négociants et leur départ représente une perte pour l'économie de la région.
[] XVIIe et XVIIIe siècles : vers une économie moderne
L?agriculture progresse aux XVIIe et XVIIIe siècles : la culture du blé est le fait de grandes exploitations sur lesquelles est pratiqué l?assolement triennal. La jachère est remplacée progressivement par le trèfle, ce qui améliore la productivité. Le pays de Caux occupe alors, avec le Vexin, la première place en Normandie pour la céréaliculture[53]. Sur les côtes se développe la culture du lin. Au nord, on commence à cultiver du colza. Les récoltes servent surtout à approvisionner la ville de Rouen. Les paysans cauchois sont propriétaires d?une part importante du territoire[54].
L?artisanat est dominé par la production textile dans les foyers paysans et les villes. À la fin du XVIIIe siècle, 20 % de la population active cauchoise travaille dans le tissage[55] et la filature du coton commence son essor[56]. Le marché de
Revue de presse Pays_de_Caux
