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L’occitan ou langue d’oc (en occitan : occitan, lenga d’òc ou óucitan, lengo d’o) est une langue romane2 parlée dans le tiers sud de la France, les Vallées occitanes et Guardia Piemontese (en Italie), le Val d’Aran (en Espagne) et à Monaco1. L’Occitanie est l’espace linguistique et culturel de l’occitan. L’occitan présente une grande variabilité (six dialectes, plusieurs normes littéraires3, plusieurs normes graphiques), une importante production culturelle et une littérature prestigieuse4 qui font sa richesse. Un locuteur de cette langue parle un des dialectes d’oc car il n’existe pas de standard oral unifié. Les dialectes de l’occitan sont l’auvergnat, le gascon, le languedocien, le limousin, le provençal et le vivaro-alpin5. L’occitan est à la fois une langue orale, parlée par des millions de personnes jusqu’à aujourd’hui6; une langue littéraire, qu’à partir du XIIe siècle les troubadours vont véhiculer dans toutes les cours d’Europe; et aussi une langue administrative encore utilisée en Catalogne. En France et en Italie, elle fût aussi une langue administrative et juridique en concurrence avec le latin pendant le Moyen Âge. Ce statut perdurera parfois jusqu’à l’époque contemporaine, puis elle fût remplacée progressivement par le français ou l’italien. La disparition de l’écrit officiel (l’impact de l’ordonnance de Villers-Cotterêts fait débat7) a précédé celle de l’usage oral, liée à une politique de dévalorisation (emploi du mot patois) et de répression8, qui met la langue en danger d’extinction9. ÉtymologieLe terme « langue d’oc » apparaît chez Dante en 1304. Parallèlement, le terme latin lingua occitana, qui en dérive, apparaît au XIVe siècle dans des textes administratifs10. De ce terme latin est issu le mot occitan qui s’est imposé chez les romanistes dans la seconde moitié du XXe siècle11, mais c'est le terme langue romane qui est le plus usuel pour désigner les actes en langue locale. « Langue d’oc », « occitan » et « provençal »12 sont synonymes dans la linguistique romane. La totalité du mouvement culturel depuis le XIXe siècle parle d'occitan et de langue d'oc. Ces termes sont synonymes et sont employés dans les textes administratifs récents13. Origines de l’occitanSuite à la domination romaine, les populations locales adoptent un latin vernacularisé. Ce processus prend plusieurs siècles, il est fort complexe dans son déroulement. Cette langue évolue en se superposant aux parlers autochtones qui finiront par être éliminés. La chute de l'Empire romain, au Ve siècle, et les invasions barbares aboutissent à la transformation du latin en un certain nombre de parlers nouveaux dont l'occitan. La formation de la langue d'oc a été favorisée par certaines circonstances qui ont donné à l’occitan son originalité :
LocuteursLe nombre de ses locuteurs varie fortement en fonction de la méthodologie employée pour le calculer. En effet, l’évaluation qui en est faite varie d'environ six-cent mille 19 à trois millions et demi20, voire à douze millions21de personnes selon les sources. Celles-ci confondent souvent la pratique active avec la connaissance passive permettant la compréhension orale, voire écrite, mais dont la conversation est limitée dans cette langue22. Malgré les différences statistiques, toutes s'accordent à montrer que le français est aujourd'hui plus parlé que l'occitan en Occitanie sous l'effet de la politique linguistique française. L'occitan, du statut de langue majoritaire encore en 1900 est passée à celui de langue minoritaire. Noms de l’occitanÀ partir du XIIIe siècle et jusqu'au début du XXe siècle23, on rencontre fréquemment le terme de provençal pour désigner l'occitan. Le terme, originaire d'Italie, fait référence à la provincia romaine et on trouve encore parfois ce terme en anglais pour toute la langue d'oc (provençal).
Entrée oucitan dans le trésor du Félibrige de Frédéric Mistral
L'appellation "provençal" présente des ambiguïtés car elle désigne également le dialecte provençal, que par ailleurs certains considèrent comme une langue distincte24. D’autre part l’expression de « langue d’oc » fait penser d’emblée au dialecte languedocien (occitan central). Peut-être pour ces raisons le terme généralement considéré comme le plus clair est « occitan ». Certains Valenciens nomment occitan l’ensemble occitano-roman (catalan et occitan25). L’occitan fut appelé autrefois, lenga romana, romans26 aux XIIIe et XIVe siècles (terme utilisé au XIXe siècle pour désigner l’ancien occitan), limousin au XIIIe siècle, mondin ou raimondin, gascon au XVIe siècle, catalan, provençal aux XIIIe et XIXe siècles ; ou encore lingua occitana au XIVe siècle, langue d’oc, languedocien27 (voire occitanique, occitanien). Les Occitans eux-mêmes disaient lo romans (roman), lo lemozi(n) (limousin) ou lo proensal (provençal) au XIIIe siècle . L’expression « langue d’oc » fut créée par Dante vers 1290 et on trouve l’expression lingua occitana (langue occitane) peu après dans certains textes administratifs en latin. Cependant, les termes « occitan » et « Occitanie » ne se sont généralisés que depuis le XIXe siècle et davantage encore depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Les Occitans ont utilisé et utilisent toujours d’autres formules pour désigner leur langue, comme « la lenga nòstra » (notre langue) « parlam a nòstra mòda » (nous parlons à notre manière) ou encore en Gascogne « Que parli » (je parle). Dans certaines régions, les locuteurs les plus âgés utilisent le terme de patois (Larousse : parler local, rural et d’extension restreinte) pour désigner leur langue, mais ce terme est également rejeté de nos jours pour ses connotations dépréciatives. Ailleurs, dans les régions à forte identité, le nom de la province sert à désigner la langue, parfois en discordance avec les variations de celle-ci28. On dit : « l’auvergnat, le limousin, le gascon, le béarnais, le provençal, le niçois ». Distribution géographiqueArticle détaillé : Occitanie.
L'aire d’expansion géographique de l'occitan couvre 33 départements du sud de la France (39 en comptant les départements minoritairement occitans), 14 vallées occitanes (dans les Alpes piémontaises) et Guardia Piemontese en Italie, le Val d’Aran en Espagne. Régions occitanes
L’occitan dans le mondeDes communautés de langue occitane ont existé ailleurs dans le monde. Leur présence peut être lié au départ des protestants de France, à la colonisation française, à l'immigration vers le Nouveau monde ou même aux croisades.
Il peut arriver que certaines personnes parlent encore aujourd’hui l’occitan ou plus sûrement ont conservés quelques mots mêlés à la langue locale41. Famille linguistiqueL’occitan constitue avec le catalan le groupe occitano-roman des langues romanes occidentales : il fait la transition entre le gallo-roman et l'ibéro-roman, d’après le linguiste Pierre Bec42. On le voit bien dans les équivalents occitans de essere ("être" en latin populaire) : esser (Ariège), èstre ou èsse (Allier, en provençal et encore une grande partie de toute la France du Sud-Est [9]), estar en castillan, en catalan et dans l'Ariège, le Gers, la Gironde, les Hautes-Pyrénées, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques. L’occitan et le catalan sont proches linguistiquement et permettent l’intercompréhension43. Certains romanistes (toutefois minoritaires) comme A. Sanfeld incluent ces deux langues sous la même dénomination linguistique d’occitan. Le terme de langue limousine a été utilisé par les catalans pour désigner soit le catalan, la langue des troubadours, l'occitan ou l'ensemble des langues occitano-romanes. Les liens entre l’occitan et le catalanÀ un stade ancien, comme pour toutes les langues romanes, le catalan et la langue d'oc ne pouvaient pas être différenciés. Le fait qu’on écrive quasi exclusivement en latin au haut moyen-âge rend impossible toute catégorisation formelle. En tout cas, les premiers textes en langues vulgaires, bien que très semblables montrent déjà quelques différences[réf. souhaitée], lesquelles se sont accentuées à la moitié du XIIe siècle. Le gascon a été souvent considéré comme un dialecte occitan ; tandis que le catalan, plus proche du languedocien d’un point de vue linguistique que d’autres, a été considéré comme une langue différente. Les poètes catalans écrivirent en occitan jusqu’au XIVe siècle. Le premier écrivain qui écrivit toute son œuvre en catalan, ainsi qu’en langue d'oc, fut le Valencien Ausiàs March. Dans l’œuvre du philologue du XIXe siècle Friedrich Christian Diez le catalan est considéré comme une part intégrante de l’occitan (appelé « provençal ») ; cependant il en signale les différences. En 1931, le récent retour au statut d’autonomie de la Catalogne risquait d’être entravé par la défense de l’appartenance des catalans à un ensemble majoritairement non espagnol. En 1934, les intellectuels catalans ont proclamé solennellement que le catalan était distinct de l’occitan44. L’occitan et le catalan se distinguent par la manière d’écrire la langue (graphie). Les Occitans d’aujourd’hui ont majoritairement choisi d’utiliser une graphie qui essaye de rassembler des héritages de la langue médiévale avec des ajouts contemporains importants. Les choix qui ont opéré en Catalogne, ont conduit les locuteurs à écrire avec une graphie centrée à la fois sur les manières de prononcer (pas de n final à català par exemple) mais aussi à conserver des origines latines, par exemple en ajoutant le -r final qui est « caduque » dans certains dialectes. La prononciation varie entre catalan et occitan, par exemple :
Pour les catalanophones, la graphie classique des occitans a l’avantage de ressembler assez à la catalane. Cela est dû pour une bonne part à ce que dans les travaux d’actualisation et de fixation de cette graphie, conduite par Loís Alibèrt en 1937, on a suivi des critères très semblables à ceux suivis par Pompeu Fabra pour le catalan. Les deux graphies se sont basées sur la graphie médiévale, formée quand les deux langues étaient plus proches de leurs origines communes et qu’en plus les contacts étaient plus intenses (la poésie en Catalogne a été faite principalement en occitan même au XIVe siècle). Malgré tout, il y a quelques différences dont il faut tenir compte pour lire avec la facilité les textes occitans :
L’aspect politique, culturel et religieux est important aussi. La Catalogne, contrairement à l’Occitanie a bénéficié longtemps d’une indépendance étatique alliée à un fort développement économique. De plus, l’espace occitan est globalement défini par son appartenance à la France, le catalan est majoritairement défini par son appartenance à l’Espagne. Encore récemment les langues continuent d’évoluer séparément : le catalan est un ensemble de dialectes qui ont tendance à s’hispaniser au contact du castillan ; l’occitan, lui, a tendance à se galliciser au contact du français. Le poids important des langues espagnole et française dans le monde pèse lourdement sur les rapports de domination linguistique au sein de la France et de l’Espagne. Il ne faut toutefois pas en conclure que l’occitan et le catalan soient très différents. Il existe une assez bonne intercompréhension entre catalanophones et occitanophones.
Voici un texte dans sa version languedocienne (occitan méridional-ouest) et catalane majorquine (catalan des îles Baléares). La forme littéraire ou archaïque du catalan majorquin est parfois précisée dans les remarques.
Caractérisation linguistiqueJules Ronjat a cherché à caractériser l’occitan en s’appuyant sur 19 critères principaux et parmi les plus généralisés. Onze critères sont phonétiques, cinq morphologiques, un syntaxique, et deux lexicaux. On peut ainsi noter la moindre fréquence des voyelles semi-fermées (en français standard : rose, jeûne). C’est une caractéristique des occitanophones grâce à laquelle on reconnaît leur accent « méridional » même quand ils parlent en français. Il existe aussi la non-utilisation du pronom personnel sujet (exemple : canti/cante/chante/chanto je chante ; cantas/chantas tu chantes). On peut trouver encore d’autres traits discriminants. Sur les dix-neuf critères principaux, il existe sept différences avec l’espagnol, huit avec l’italien, douze avec l'arpitan et seize avec le français. CodificationStandardisationA l'époque des troubadours (entre le XIe siècle et le XIIIe siècle), l'occitan a vraisemblablement connu une norme littéraire unifiée appelée koinè. Par la suite, toutes les graphies de l'occitan (classique, mistralienne, bonnaudienne, de l'École du Pô) ont été conçues d'abord en notant les parlers, sans fixer une variété standard de l'occitan. Cependant la norme mistralienne a entraîné depuis la fin du XIXe siècle l'apparition de trois normes littéraires régionales: une en provençal général, une en niçard et une en gascon (béarnais). On peut dire en outre que la norme provençale mistralienne est une langue standard (avis des partisans de la norme dite moderne) ou préfigure une langue standard (avis des partisans de la norme classique). La norme classique, à partir du XXe siècle, a poursuivi le développement de ces trois formes littéraires mais a favorisé également des formes régionales supplémentaires en limousin et en languedocien. Depuis l'officialisation de l'occitan dans le Val d'Aran en 1990 puis dans toute la Catalogne en 2006, la norme classique favorise également une variété codifiée de gascon aranais 47. L'occitan largeOutre ces expériences de normes littéraires, du côté de la norme classique, la volonté consciente de fixer une variété standard en occitan est apparue dans les années 1970 avec les recherches des linguistes Pierre Bec, Robert Lafont, Roger Teulat, Jacme Taupiac, suivis dans les années 1980 par Patrick Sauzet. La variété standard est appelée selon les auteurs occitan référentiel, occitan standard ou plus récemment occitan large (occitan larg, P. Sauzet). Selon le consensus de la majorité des spécialistes qui travaillent sur ce projet, l'occitan large se compose :
Normes graphiques
Graphie bonnaudienneArticle détaillé : norme bonnaudienne.
Graphie de l'Escòla dau PòArticle détaillé : norme de l'école du Pô.
Graphie fébusienneArticle détaillé : norme fébusienne.
Graphie mistralienneArticle détaillé : norme mistralienne.
Graphie classiqueArticle détaillé : norme classique.
La graphie classique de l'occitan a été mise au point au XIXe et au XXe siècle par Simon-Jude Honnorat50, Joseph Roux51, Prosper Estieu, Antonin Perbosc, Louis Alibert52 et Joseph Salvat53. Elle a été stabilisée et étendue à l'ensemble des dialectes occitans entre 195054 et 1969555657. Elle a été plus particulièrement été adaptée à l'aranais58, au gardiol59 et au vivaro-alpin parlé dans le Piémont60. Article connexe : alphabet occitan.
Prononciations de l'occitan classiqueArticle connexe : Prononciation de l'occitan.
Il n'y a pas une prononciation unique de l’occitan puisque par définition la norme classique permet de lire les différents dialectes. Elle se fait selon des règles de lecture propres à chaque dialecte et il existe donc de nombreuses exceptions. À partir de lettres de base, l’occitan utilise des symboles modificateurs qui changent la prononciation de certaines lettres ou simplement marquent une tonicité dans le langage comme : l’accent fermé (´), l’accent ouvert (`) et la diérèse (¨) ou le point de séparation entre s et h ou n et h (s∙h ; n∙h) en Gascon.
Voyelles
Consonnes
Unité ou négation de la langue d'ocUne langue différente du français ?La délimitation des langues romanes61, au XIXe et au XXe siècle, a fait l'objet de débats, essentiellement en France, sur l'appartenance ou non de l'espace d'oc au français. Alors que les premières grammaires des langues romanes62 séparent nettement le provençal (au sens large de langue d'oc) du français, tout un courant autour de Gaston Paris s'attache à présenter l'unité des dialectes gallo-romans (français, francoprovençal, occitan) en développant la théorie du continuum des parlers romans (l'enquête de Charles de Tourtoulon et d'Octavien Bringuier, en 187663, est lancée par le Félibrige pour contredire cette théorie). Cette négation de l'occitan, de son existence en tant que langue indépendante, se traduit par des appellations diverses :
Une langue d'oc ou plusieurs ?Alors que cette dichotomie a fait place, dans la plupart des ouvrages sur les langues romanes68,69,70 à une reconnaissance assez large de l'occitan comme langue distincte du français, c'est l'unité de la langue qui a été remise en cause à partir de la fin des années 1960 par un certain nombre de mouvements régionalistes. Louis Bayle, un écrivain et linguiste provençal71, anime l'Astrado, association et maison d'édition provençale. Après avoir critiqué l'adaptation de la graphie classique au provençal72,73, il multiplie les publications hostiles à l'occitanisme74,75 et même au Félibrige avec lequel il finira par rompre76. En 1975, l'Astrado publie, en collaboration avec Pierre Bonnaud77 un document sous la signature de la CACEO (Confédération des associations culturelles et enseignants d'oc), qui remet en cause l'unité de la langue d'oc78. Cela se traduit, début 1976, par une circulaire du ministère de l'éducation (René Haby) utilisant pour la première fois le terme au pluriel "langues d'oc". L'Astrado publiera par la suite, en 1980, un ouvrage de Jean-Claude Rivière79, Langues et pays d'oc, qui développe le concept de langues d'oc au pluriel.80 Dès 197681, le Secteur de linguistique de l'Institut d'études occitanes a rejeté l'ensemble de ces arguments en rappelant :
Cette utilisation officielle de "langues d'oc" au pluriel (par ailleurs sans suite) soulève des protestations d'autant qu'elle est assortie, en Provence, à l'interdiction de toute graphie autre que mistralienne82 (alors qu'au contraire, en Auvergne, les partisans de P. Bonnaud et de la graphie classique finissent par se "partager" le terrain83). Suite au changement de majorité politique en France, en 1981, la pluralité des graphies est rétablie. Les tensions s'apaisent un temps pour aboutir à la création, fin 1991, du CAPES d'occitan-langue d'oc (il porte les deux noms, et le premier jury est composé d'un panel d'occitanistes tel Gérard Gouirand et de provençalistes comme Claude Mauron). Dans la même période, Philippe Blanchet propose une nouvelle théorie sociolinguistique pour expliquer la séparation du provençal de l'occitan84. Néanmoins, les partisans des "langues d'oc" au pluriel (l'Astrado a rejoint un Collectif Provence85 plus large) reçoivent de nouveaux soutiens dans les années 2000 avec d'une part l'émergence d'un Enstitut Biarnés e Gascoûn, en Béarn86, et d'autre part Aigo Vivo, en Cévennes87. Les manifestations biannuelles pour l'occitan, organisées par l'Institut d'études occitanes, le Félibrige, la FELCO, la Confédération des calandretas et Oc-Bi (Carcassonne, 2005, Béziers, 2007, Carcassonne, 200988, 13 000 personnes selon la police) sont assorties de contre-manifestations "pour les langues d'oc". La dernière en date, qui s'est déroulée le 3 octobre 2009 entre Beaucaire et Tarascon8990, a regroupé 500 personnes. En parallèle, plusieurs hommes politiques, donc Michel Vauzelle, Jean-Claude Gaudin ou Michel Charasse ont soutenu publiquement cette revendication91. Langue littéraire unifiéeEntre le XIe siècle et le XIIIe siècle, il exista une langue littéraire nommée par les troubadours du nom générique de « langue romane » ou « roman » pour la différencier du latin. Les auteurs modernes l’ont rapproché de la koinê grecque, qui était une forme de grec relativement unifié sous la période hellénistique (300 av. J.-C. - 300 ap. J.-C.), même si cette dernière langue était plus diverse régionalement qu’on le croit trop souvent. À partir du XIXe siècle l'hypothèse dominante lancée par Camille Chabanneau en 1876 fut que la « langue romane » utilisée par les troubadours semblait avoir pour base le dialecte limousin. La présence de certains des premiers troubadours originaires du Limousin et de la Gascogne à la cour de Guillaume X (1126-1137) fils du premier troubadour Guillaume IX, expliquent la diffusion de cette langue littéraire au sein du duché d’Aquitaine. Le futur Languedoc et la Provence ne connurent les troubadours que par la suite dans la seconde moitié du XIIe siècle. L'autre hypothèse avancée d'une origine poitevine s'appuie sur l'idée que le dialecte poitevin parlé à la cour de Guillaume IX de Poitiers faisait partie des langues d'oc et que le prestige du duc aurait permis ensuite la diffusion de cette langue dans tout l'espace troubadouresque. La dernière hypothèse apparue dans les années cinquante considère la langue littéraire comme une langue classique forgée à partir des textes trouvés dans l'occitan central, région où ont été conservées les plus anciennes chartes en langues d'oc datant du XIe siècle. Pierre Bec, spécialiste des troubadours indiquait dès 1967 qu’« Il est d’ailleurs difficile de juger de cette langue avec précision puisque nous n’en connaissons qu’une pâle copie, celle que les scribes ont bien voulu nous transmettre dans les différents manuscrits. Si substrat dialectal il y a, c’est souvent celui du copiste qui se manifeste à son insu. Et là, bien souvent, règne l’arbitraire le plus absolu : à un vers d’intervalle, tel ou tel mot se présente, non seulement avec une autre graphie, mais avec un phonétisme appartenant à un dialecte absolument différent. Et que dire encore si l’on compare, à propos d’un même texte, les diverses leçons léguées par les manuscrits ! Il est impossible de dire exactement dans quelle langue ont été écrites les poésies des troubadours. »92 En dehors de la littérature des troubadours, on ne peut pas trouver d’éléments prouvant l’usage d’une norme linguistique unifiée dans les chartes et les autres documents du Languedoc, de Provence, d’Auvergne, de Catalogne, du Limousin ou de la Gascogne. Pour résumer, les pratiques écrites étaient assez distinctes d’une région à l’autre et les perceptions accréditant l’idée d’une unification linguistique sur tout l’espace couvrant toutes ces régions ne sont bien souvent que le résultat d’une graphie relativement homogène car issue de la graphie utilisée pour le latin. La place du catalan et du gasconLe gascon et le catalan posent un problème de classification au vu de certains côtés ibéro-romans93. Dans son ouvrage Linguistique romane, la romaniste Martin-Dietrich Glessgen opte pour classer le gascon dans l'ensemble occitan. La place du catalan a longtemps fait débat, les mouvements de renaissance de la langue (Félibrige, occitanisme des années 1930) l'ayant longtemps inclus dans la langue d'oc.61
Classification des parlers occitansL'occitan présente une continuité linguistique. Cependant pour des raisons de catégorisation linguistique, des dialectes ont été définis. Le gascon constitue le seul dialecte clairement différencié. Les limites entre les autres dialectes restant floues94. En dehors de la classification dialectale usuelle, il existe d'autres méthodes de classification scientifique des parlers occitans. Dialectes de l'occitanL’occitan est généralement classé en six dialectes :
Classifications supradialectalesLa classification supradialectale classique97 de l'occitan est la suivante :
Anciens dialectes et zones interférentiellesAnciens dialectes du nord-ouestLes anciens dialectes d’oc du nord-ouest : du Poitou, de la Saintonge, de l’Aunis ainsi que de l’Angoumois sont remplacés par des dialectes d’oïl29. Les parlers d’oïl actuels de ces régions conservent quelques traits d’origine occitane (ex : le mot tarantelle pour désigner une araignée). Cette région avait apparemment un dialecte occitan spécifique, très proche du limousin. Il était le dialecte d’expression poétique du troubadour Richard Cœur de Lion (Richard Còr de Leon), roi d’Angleterre et prince-duc d’Aquitaine. La capitale de l’Aquitaine était Poitiers à cette époque, c’est pourquoi de nombreux troubadours (occitanophones) étaient originaire de cette région, par exemple Jauffré de Pons et Rigaut de Barbezieux (voir Histoire de la Charente-Maritime). L’existence de parlers de type occitan, ou tout au moins de type intermédiaires, est confirmée par de nombreux noms de lieux du sud de la Saintonge et du Poitou. H. Malet a tracé en 1940 la ligne de démarcation entre les toponymes en -ac, de caractère occitan : Cognac, Jarnac ou Jonzac, et de l’autre les toponymes en -ay, -é (ou -y) de type septentrional, provenant des noms de villas gallo-romaine en -acum : Beurlay, Plassay ou Tonnay-charente. De même dans le sud des Deux-Sèvres (région de Melle) et dans le sud et l’est de la Vienne (régions de Civray, Montmorillon et Chauvigny) des toponymes en -ac et en -ade indiquent une ancienne présence occitane. O. Herbert l’a démontré dans son travail de diplôme « Les noms de lieux de la Vienne à la limite des domaines français et provençal ». J. Pignon estime que l’on a usé d’un parler de type occitan dans le Sud-Est du Poitou jusqu’à la fin du XIIe siècle. Ce serait l’influence de Poitiers qui a fait peu à peu triompher les formes d’oïl sans éliminer totalement tous les traits occitans. Dans le sud de la Saintonge, le clivage beaucoup plus brutal entre saintongeais et gascon fait penser plutôt à une cause accidentelle. L’abbé Th. Lalanne trouve l’explication dans les dévastations de la guerre de Cent Ans. En effet, la région a été très étroitement impliqué dans des luttes qui avaient déjà commencé près de trois siècles avant la guerre de Cent ans. En 1152, Aliénor d’Aquitaine, divorçait d’avec Louis VII Roi de France qu’elle avait épousé en 1137 pour se remarier deux ans plus tard avec Henri II Plantagenêt, Comte d’Anjou, et futur Roi d’Angleterre. Les luttes qui s’ensuivirent trouvèrent provisoirement leur conclusion dans le rattachement du Poitou à la couronne de France. C’est une étape importante dans l’histoire de la langue puisque le français devient alors la langue de la chancellerie. Après la mort de Louis IX, la guerre reprit de plus belle. Poitiers devient pendant un temps la capitale de la France sous Charles VII. La Saintonge devient un des champs de bataille en raison de sa proximité avec la Guyenne tenue par les Anglo-aquitains. Les guerres qui s’y sont déroulées furent particulièrement meurtrières. À ces ravages s’ajoutèrent ceux d’épidémies de pestes répétées, dont la peste noire de 1349. Après la fin de la guerre marquée par la défaite des Anglo-aquitains à Castillon (Gironde) en 1453, la population de la région était décimée à 90 %. Il fallut faire appel de manière massive à des populations francophones (parlant la langue d’oïl) venus de régions plus au nord pour la repeupler. C’est ainsi que s’explique, semble-t-il, l’absence de tout parler intermédiaire entre langue d’oïl et langue d’oc en Saintonge. Il s’avère que dès le début du XIIIe siècle les documents de Saintonge, d’Angoumois, d’Aunis et du Poitou étaient déjà écrits dans un parfait français, ce qui pourrait laisser supposer que les dialectes locaux étaient plutôt proches des langues d’oïl que d’un dialecte d’oc de type limousin. Ou au contraire cela constitue une preuve supplémentaire d’une francisation précoce. En effet, l’utilisation du « bon » français dans les écrits, au détriment de l’usage du parler local démontre une certaine acceptation de l’autorité royale par les élites locales. Interférences ou transitions
La langue et ses atoutsRichesse du lexiqueLe dictionnaire d’occitan usuel comporte environ 50 000 à 60 000 mots, comme pour le français, mais on a aussi pu avancer des chiffres aussi élevés que 450 000 mots36, ce qui est donné comme comparable à l’anglais100. Le magazine Géo36 affirme que la littérature anglo-américaine peut être traduite plus facilement en occitan qu’en français. En faisant toutefois exception des termes technologiques modernes, que toutes les langues vivantes ont intégrés. Le lexique est parfois très prolifique du fait de la diversité interne forte dans l'espace considéré, en particulier dans la description de la nature et de la vie rurale. Il existe ainsi 128 synonymes pour signifier l’idée d’une terre cultivée, 62 pour marécages, 75 pour désigner un éclair36. Cette richesse s’explique par le fait que l’occitan est composé de multiples dialectes faisant partie intégrante de la langue et dont chacun possède son lexique propre. De plus l’occitan n’a pas connu d’épuration, contrairement au français qui a été amputé de ses formes dialectales par l’Académie française aux XVIIe et XVIIIe siècles. La langue ayant subi une éclipse pendant la période d’industrialisation, la richesse du vocabulaire lié à la vie de cette époque est moins importante que celle des périodes précédentes. Récemment, un effort particulier a été fait pour développer le vocabulaire (souvent scientifique et technologique) propre aux langues modernes101. Apprentissage de langues étrangèresL’occitan prédisposerait aussi, selon les sources du magazine Géo, à l’apprentissage des langues étrangères. En effet, l’oreille humaine a la capacité d’entendre 24 000 hertz. Cependant, l’usage de la langue maternelle filtre et « déforme » les sons étrangers. Les personnes de langue maternelle française percevraient 5 000 hertz, tandis que les locuteurs maternels d'un dialecte occitan en percevraient 8 000 au minimum36. De plus, l’occitan est une langue romane centrale, ce qui facilite la compréhension des langues latines voisines : italien, espagnol, portugais… L’occitan est la langue romane qui a le plus de points communs avec les autres langues de la même famille. Ci-dessous, une comparaison du languedocien (dialecte central de la langue), du gascon et d’autres langues latines : Tableau de comparaison de langues romanes
Il ne faut pas oublier que l’anglais a aussi reçu un vocabulaire latin, angevino-normand (langue d’oïl) et occitan. Il existe une certaine proximité de vocable entre l’occitan et l’anglais qui n’a jamais existé ou a disparu en français : jump (anglais) / jumpar (occitan), record / recordar (mais existait en ancien français : recorder), etc. L’amélioration des connaissances en françaisLa maîtrise de l’occitan, comme celle d’autres langues romanes, entraîne un accroissement de la faculté de parler avec un langage varié en français. Le français, notamment, a emprunté de nombreux mots d’origine occitane. Cependant, certains dictionnaires français sont mal renseignés au sujet de l’occitan. Ils peuvent se tromper d’origine ou de date d’apparition des termes. En fait, il ne faut pas oublier que l’occitan a servi de zone linguistique de transmission de termes venus du Sud de l’Europe ou du Maghreb. L’italien et le castillan, par exemple, ont fourni nombre de leurs mots au français en passant par l’occitan. Or, certains dictionnaires ne signalent que la langue-source en dernière analyse et non la langue à laquelle le mot a été emprunté. Les dictionnaires plus récents ou universitaires (Grand Robert, Trésor de la langue française) sont relativement à l’abri de ces erreurs. À l’heure actuelle, certains mots occitans permettent de comprendre des mots en français dans un registre populaire, familier, commun ou bien relevé : abelha > abeille, balada > ballade. On peut aussi noter quelques autres mots de création occitane ou dont la forme occitane est à l’origine des mots en français : cocagne, flageolet, gabarit, mascotte, soubresaut, etc. Langue évolutiveTout comme dans les autres langues romanes, les emprunts au latin et au grec ancien permettent de créer de nouveaux mots très précis, par exemple pour un usage technologique ou scientifique. De plus, l’Académie de la langue catalane étant très active, l’emprunt direct au catalan est facile et rapide à réaliser, au détriment cependant d’une autonomie de la langue occitane face aux évolutions de la société. D’un autre côté, l’écoute des néologismes d’occitanophones naturels permet aussi des évolutions en utilisant les ressources propres de la langue. Par exemple, pour le mot "parachutiste", on peut dire : "un paracaigudista" (catalanisme) ou "un paracasudista" (italianisme). Tandis que certains occitanophones naturels disent : "un paracabussaire", du verbe "cabussar" qui veut dire : "plonger, tomber la tête la première". L'histoire de la langue occitaneRepères chronologiques
L’apogée de la culture occitaneL’occitan fut la langue culturelle du sud de la France pendant toute la période médiévale, tout particulièrement avec les troubadours (« celui qui trouve », de trobar, « trouver » en occitan). Les troubadours ont inventé l’amour courtois en répandant l’idée novatrice de fidélité à la dame plutôt qu’au seigneur. Leur idéologie s’est rapidement propagée dans toute l’Europe. Ainsi, ils donnent le ton aux cours européennes après les temps tristes qui ont suivi les invasions barbares et créent le style de vie raffiné des cours seigneuriales. Témoin le fait que la littérature en occitan fut plus fournie que celle en français au début du bas moyen age, même si les deux langues ont connues une forme écrite à peu près à la même époque.
Au Moyen Âge, Dante est le premier à avoir employé le terme de « lingua d’oco ». Il opposait l’appellation la langue d’oc (l'occitan) à la langue d'oïl (le français et ses dialectes) et à la langue de si (l’italien, sa langue maternelle). Il se basait sur la particule servant à l’affirmation : dans la première, « oui » se dit òc en ancien occitan, mais oïl en ancien français, et sí dans les dialectes italiens. Les trois termes viennent du latin : hoc est pour le premier, illud est pour le second et sic est pour le troisième. Un des passages les plus notables dans la littérature occidentale en occitan est le 26e chant en parallèle au Purgatoire de Dante, dans lequel le troubadour Arnaut Daniel répond au narrateur : « Tan m’abellis vostre cortés deman, / qu’ieu no me puesc ni voill a vos cobrire. / Ieu sui Arnaut, que plor e vau cantan; / consiros vei la passada folor, / e vei jausen lo joi qu’esper, denan. / Ara vos prec, per aquella valor / que vos guida al som de l’escalina, / sovenha vos a temps de ma dolor ». La décadence de la langueSous la monarchieLe déclin de l’occitan comme langue administrative et littéraire dure de la fin du XVe au XIXe siècle. L’occitan n’a cessé de perdre son statut de langue savante. Au cours du XVIe siècle, la graphie précédemment en usage tombe dans l’oubli (ce qu’a accentué l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui impose l’usage administratif du français) . Pierre Bec (op. cit.) précise qu’en 1500 encore la prononciation et la graphie correspondaient mais qu’en 1550 le divorce est consommé. En 1562, le duc de Savoie donne l’ordre aux notaires du Comté de Nice de rédiger désormais leurs actes en italien. À partir de ce moment-là, prolifèrent des graphies patoisantes prenant pour référence les langues officielles. La langue du roi de France finira par s’imposer dans tout le pays dans l’oral (anciennes provinces occitanophones comme le Poitou, la Saintonge ou les Charentes, la Marche et la Basse-Auvergne, ainsi qu’une partie de Rhône-Alpes). Elle s’imposera seulement dans les écrits administratifs et juridiques ailleurs (régions actuellement occitanophones). Colbert en 1666:
Pendant la RévolutionLa Révolution française confirmera cette tendance, car les jacobins, pour favoriser l’unité nationale, imposeront le français comme seule langue officielle, ce qui n’empêchera pas la langue d’oc de rester la langue parlée, voire d’être utilisée par les révolutionnaires pour propager plus efficacement leurs thèses. Citations de l’Abbé Grégoire en 1793 :
Actions de la presseLa langue, malgré quelques tentatives littéraires au XVIe siècle, ne survit plus que dans les usages populaires rarement écrits et ce jusqu’au XIXe siècle avec le renouveau du Félibrige. Les médias occitans deviennent eux-mêmes d’ardents adversaires de l’occitan :
— un lecteur de L’Écho du Vaucluse, 1828
— La Gazette du Midi, 1833
— Le Messager, 24 septembre 1840 Sous la République : l'école, l'administration et l'arméeL’occitan restera pour une grande majorité la seule langue parlée par la population jusqu’au début du XXe siècle. À cette époque, l’école (avant, pendant et après la Troisième République) joue un grand rôle dans la disparition de l’usage oral de la langue occitane. Après les Lois Jules Ferry, si l’école devient gratuite et obligatoire pour tous, elle continue de causer un recul important de l’occitan par le biais d’une politique de dénigrement et de culpabilisation des personnes parlant les autres langues que le français. La répression de l’utilisation de la langue au sein de l’école est très importante et consiste principalement à humilier les patoisants en leur donnant un signe distinctif. Le terme de patois est d’ailleurs contestable car péjoratif106. Il a eu pour but de faire oublier que l’occitan est une véritable langue et de faire croire que l’utilisation du patois était obscurantiste107 car supposée non universelle.
— Correspondance générale de l’Inspection primaire, 1893
— Léon Bérard, Ministre de l’Instruction publique, décembre 1921 Mutations socialesLes changements sociaux du début du XXe siècle sont aussi à l’origine de la dépréciation de la langue. Avec la révolution industrielle et l’urbanisation, ne parler que l’occitan constituait un handicap pour accéder à des postes importants. De nombreux parents ont alors choisi de ne parler que le français à leurs enfants. Pourtant, pour eux-mêmes, le français était la langue de l’école et de l’administration, mais ce n’était pas leur langue maternelle. Déclin démographiqueLes hécatombes de la première guerre mondiale ont singulièrement accéléré le mouvement de francisation. En effet, en Occitanie, il existait des comportements démographiques spécifiques : le choix de l’enfant unique. On peut dès lors considérer que le dynamisme linguistique occitan est mort avec le déclin démographique des occitans. L'immigrationSuite aux pertes de la Première Guerre mondiale, l’Occitanie a eu recours dès les années 1920 à l’immigration étrangère pour se repeupler et se rebâtir (espagnols, italiens, arméniens…). Les nouveaux arrivant ont appris la langue qui était incontournable pour s’intégrer : le français. Cette immigration fut essentiellement urbaine occasionnant de ce fait une dilution des occitanophones en ville et une coupure avec les populations rurales, encore largement occitanophones. Il est à noter que les rares immigrants en zones rurales ont souvent appris l’occitan et l’ont parfois transmis à leurs enfants. Formes modernes d'anti-occitanismeLes adversaires de l’occitan existent encore aujourd’hui, sous diverses formes, en voici quelques citations caricaturales :
— Le principal adjoint d’un collège de la banlieue toulousaine, années 1990
— Un maire des Alpes-Maritimes années 1990105
— Danièle Sallenave, Partez, briseurs d’unité !, Le Monde, 3 juillet 1999 Les renaissances de la languePremière renaissanceAlors que la langue semble fortement attaquée, différents mouvements de défense de la littérature occitane voient le jour dans la période 1650-1850, et préparent l’avènement du Félibrige. La reconnaissance de la littérature occitane peut être attribuée, notamment, à l’agenais Jacques Boé (dit Jasmin) et au nimois Jean Reboul. Pierre Bec2 distingue les mouvements suivants :
Après l’oubli des troubadours, ceux-ci connaissent dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle un renouveau d’intérêt. Dans les cercles aristocratiques méridionaux, on remet en cause la prétendue suprématie littéraire du français. On assiste à une recherche linguistique et littéraire. On retrouve le goût romantique pour le Moyen Âge. Le folklore, les romans et les contes champêtres présentent de l’intérêt. Les historiens travaillent sur la « croisade des Albigeois » et sur l’histoire du Midi.
« Apelavam ma lenga una lenga romana ». Ce vers est la jonction de deux courants de l’occitan renaissant. L’un : la « langue » : son « patois » quotidien ; l’autre : la « lenga romana » est une marque d’érudition. Le patois est vu comme une langue d’un rang très haut. L’amour pour le peuple et ses misères est chanté par Victor Gélu.
A contrario des « savants » qui sont tournés vers le passé dans un sens de recherches érudites et des « ouvriers » qui mettent en avant leurs dynamisme de prolétaires, les poètes bourgeois (ou de petite noblesse) se situeront entre les deux. Le mouvement est plus amateur, mais avec une grande passion pour la langue.
Le Dr Honnorat comprit la nécessité de plus de réalisme linguistique. La langue avait perdu sa codification orthographique et morphologique. L’indiscipline dans la grammaire ou la graphie était même revendiquée dans le mouvement ouvrier. Honnorat publia son dictionnaire provençal-français dès 1840. C’est un précurseur qui redonna à l’occitan sa dignité et sa cohérence. Seconde renaissanceUne première tentative de retour à une norme graphique a lieu au XIXe siècle : elle est conçue par Joseph Roumanille et popularisée par Frédéric Mistral. La seconde renaissance littéraire de la langue s’est faite au XIXe siècle sous la conduite du Félibrige. À cette époque la langue est essentiellement utilisée par le peuple rural. Mistral et ses confrères du Félibrige ont redonné du prestige à la langue, en lui donnant une norme et des œuvres littéraires. Leur action a parfois été mêlée d’une volonté politique. Les félibres ont dit : « une nation qui n’a qu’une littérature, une nation qui détruit les langues périphériques, c’est une nation indigne de son destin de nation ». L’occitan, sous sa forme provençale et sa graphie avignonnaise, a été diffusé bien plus loin que les frontières de l’occitanophonie. Encore aujourd’hui la littérature mistralienne est étudiée dans des pays comme le Japon ou en Scandinavie. Mistral est le seul auteur uniquement occitanophone à avoir été récompensé pour son œuvre au plus haut point, il a reçu le prix Nobel de littérature. La réforme linguistique mistralienne trouva son meilleur ouvrier dans Auguste Fourès de Castelnaudary (1848-1891) qui, dans ses divers recueils poétiques, l’acclimata en Languedoc. Plus tard, d’autres écrivains du Languedoc ou du Limousin Joseph Roux (1834-1905), Antonin Perbosc (1861-1944), Prosper Estieu (1860-1939), tentent d’unifier la langue. Ils ont restauré la graphie classique et ont débarrassé la langue de gallicismes. Le système Perbosc-Estieu devient la base de la graphie de l’occitan « moderne ». Le lexicographe et grammairien Louis Alibert, soutenu par les catalans, publie, entre 1935 et 1937, à Barcelone : la Gramatica occitana segón los parlars lengadocians. Il perfectionne l’écrit pour établir la graphie classique inspirée de la norme ancienne et adaptée à la langue moderne. Exemples de graphie occitane classiqueLecture et prononciation de la graphie découlant de la norme classique de l'occitan :
Époque contemporaineMalgré une période de forte dévalorisation de la langue (voir le chapitre sur la décadence), de nouveaux auteurs voient le jour :
En 1931-39, l’autonomie acquise par la Catalogne, qui soutient l’occitanisme, redonna un coup de fouet au dynamisme occitan. L’IEO (Institut d’Estudis Occitans) œuvre depuis 1945 pour la défense et la promotion de la langue occitane. Son action est responsable en grande partie de la sauvegarde et du développement de l’occitan. Il intervient dans : - la recherche - les études, colloques et publications - la promotion de l’enseignement de l’occitan - la formation : stages, rencontres d’été… - les centres de vacances jeunesse - les arts plastiques : expositions - la musique - l’édition : l’IEO est le plus gros éditeur de langue d’oc avec ses collections : prose, poésie, vulgarisation, livres pour les enfants… De plus, les sections régionales et départementales de l’IEO, les Cercles occitans locaux participent à l’animation et à la vie culturelle du pays. Si on prend le cas du Cantal, on peut citer des auteurs comme Félix Daval, Terésa Canet, Daniel Brugès ou Joan Fay qui ont publié de nombreux textes tant dans les revues que dans des livres personnels. En 1951, la loi Deixonne autorise l’enseignement de l’occitan dans les établissements scolaires en France. Cette loi sera complétée ensuite par la création d’un CAPES (Certificat d’aptitude pédagogique à l’enseignement secondaire) d’occitan en 1991, bien que le nombre de postes proposés soit en dessous des besoins et de la demande. Période récenteStatut actuel de l’occitan
Comparaison d'aides publiques pour les langues régionales en France111
Utilisation80 % des habitants de la zone linguistique occitane interrogés (locuteurs ou pas de la langue) sont favorables à l’enseignement de l’occitan. Cependant le nombre de postes offerts par l’administration est très en deçà des besoins exprimés.114. Les deux tiers des sondés considèrent que la langue est plutôt sur le déclin.[réf. nécessaire] Le déclin est aussi souligné par les institutions européennes, ainsi que l’UNESCO. Les dialectes occitans sont classés en situation de danger important ou très important de disparition. Ce déclin est peut-être l’explication au fait que seulement 5 % de la population occitanophone active de France (12 % en Aquitaine) transmette sa langue à ses descendants. Ce taux de transmission est très faible, bien qu’il soit meilleur que pour d’autres langues régionales de France (exemples : breton, arpitan…). Cependant, une jeune génération qui se ré-occitanise est apparue. Cette génération est principalement d’origine rurale, ou issue de milieux cultivés ayant effectué des études supérieures. Le nombre d’élèves suivant un enseignement en occitan (hors catalan) est de 71 912 personnes pour l'année scolaire 2000/2001 . Certaines régions (Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, la Provence-Alpes-Côte d’Azur et l'Aquitaine) ont développé une politique en faveur de la langue et de la culture d’oc. Cela consiste à donner des aides pour l’enseignement, les mouvements culturels, les publications, à soutenir les émissions de télévision en occitan (magazines, journaux d’informations sur la télévision publique (France 3), web-tv) et à favoriser l’emploi en public de l’occitan. La réalité occitane est une part constitutive de la culture européenne. Elle est reconnue et étudiée comme telle dans les universités étrangères : en Allemagne, aux États-Unis, en Scandinavie, au Japon même… L’occitan est étudié dans des universités du monde entier dans le cadre des études des langues romanes. La langue et culture occitanes peuvent s’étudier également un peu partout dans le monde, par exemple dans les universités en115 : Allemagne, Belgique, Brésil, Canada, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Pays-Bas, Roumanie et en Suisse. En Catalogne espagnole, l’apprentissage de l’occitan est possible à l’école (y compris hors de la zone occitanophone). En France, elle a été longtemps refoulée par l’école, elle commence à être reconnue dans l’enseignement officiel : cours d’occitan en options ou bilinguisme des écoles calandretas. Même le gouvernement français, dans son rapport de 1998 sur les langues régionales, reconnaît aujourd’hui, que « l’occitan se caractérise par son extension géographique, de loin la plus importante ramenée au territoire français, et par une production culturelle -en particulier littéraire- au prestige certain, à la fois très ancienne et vivace ». La principale difficulté pour le dynamisme de la langue Occitane est le fait que bien souvent les Occitans eux-mêmes ne sont pas conscients de la réalité occitane. Développements récents
Alain Rainal de la Fédération des enseignants de langue et culture d’oc (FELCO) parle de liquidation de l’enseignement de l’occitan et donc de liquidation de la langue occitane. En effet, les postes de CAPES diminuent de 30% en moyenne; le CAPES d’occitan diminue, lui, de 71%. Selon lui, le gouvernement demande plus de solidarité aux plus pauvres, et demande moins aux plus riches. Il rajoute que les langues et cultures régionales, c’est quelque chose de très important, un patrimoine inestimable. Donc cela mérite de ne pas être baissé, mais au moins d’être laissé au niveau d’avant. M. Rainal rajoute : que cette nouvelle est inquiétante pour l’enseignement de l’occitan bilingue ou trilingue. Les parents d’élèves savent qu’il y a une possibilité de valoriser professionnellement cette connaissance acquise. Le nombre de postes au concours se réduisant, il faudra passer un concours pour seulement quatre postes. Cela crée une grande difficulté et n’accorde que peu de perspectives professionnelles 116.
Le Conseil général d’Aran a demandé un nouveau statut à la région de Catalogne en Espagne. Ce statut lui permettrait d’avoir des compétences propres afin de négocier des accords avec les régions occitanes de France. De plus, le Conseil général gérerait lui-même les actions concernant la langue et la culture aranaises. Par ailleurs, une demande de co-officialité de l’occitan et du catalan dans toute la région a été formulée. Ceci aurait pour conséquence de faire reconnaître l’occitan comme une des langues officielles de l’Espagne. Le 30 septembre 2005, le parlement catalan a adopté à la majorité absolue le projet de nouveau statut d’autonomie de la Catalogne. Le nouveau statut reconnait dans son article 9.5 l’officialité (dans toute la Catalogne) de "la langue occitane, dite aranès dans le Val d’Aran". La reconnaissance de Val d’Aran dans le Statut aussi a été soutenu par les partis ERC et ICV-EUiA, alors que le PP Catalan était partisan de reconnaître dans le Statut la singularité d’Aran, mais en aucun cas de se référer à ce territoire comme une "réalité nationale occitane". Le projet a reçu l’aval de Madrid pour que ce statut devienne loi. Le parlement espagnol avait notamment supprimé le terme «nation» de l’article premier pour qualifier la Catalogne. Certains politiciens espagnols considérent que le projet de nouveau statut est un pas vers la division de l’État et qu’il n’est donc pas conforme à la Constitution. Le 18 juin 2006, le référendum concernant le nouveau statut pour la Catalogne est largement approuvé par la population catalane : plus de 70 % de votes favorables. Trois partis avaient appelé à voter «oui» : le Parti Socialiste Catalan (PSC, à la tête du gouvernement régional), les communistes et les verts d’Iniciativa per Catalunya (ICV, membre de la coalition gouvernementale) et les démocrates-chrétiens de Convergencia i Unio (CiU). Les républicains indépendantistes catalans d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) avaient appelé à voter «non», de même que le Parti Populaire (PP, droite centralisatrice). Les premiers reprochent au nouveau statut de ne pas reconnaître la Catalogne comme "nation" et de ne pas donner totale autonomie à la région sur les impôts, sur les ports et les aéroports. Les seconds estiment que le texte accorde trop d’autogestion, notamment fiscale, à la Catalogne et qu’il est "anticonstitutionnel". Le Statut donne l’officialité à l’aranais et considère le Val d’Aran "réalité occitane". L’article 11, du nouveau statut dit : « Le peuple aranais exerce l’autogouvernement selon ce Statut par le Conselh Generau d’Aran (institution supérieure politique de la Val d’Aran) et les autres institutions propres ». Le second paragraphe annonce : « Les citoyens de Catalogne et ses institutions politiques reconnaissent Aran comme une réalité occitane fondée sur sa spécificité culturelle, historique, géographique et linguistique, défendue par les Aranais au fil des siècles ». « Ce Statut reconnaît, défend et respecte cette spécificité et reconnaît aussi Aran comme une entité territoriale singulière dans la Catalogne, qui est l’objet d’une protection particulière par le moyen d’un régime juridique spécial ». D’autre part, dans l’article 6, se référant aux langues de Catalogne, figure dans le nouveau Statut que « la langue occitane, appelée aranès en Aran, est la langue propre et officielle de ce territoire est aussi officielle en Catalogne, en accord avec ce qu’établi ce Statut et les lois de normalisation linguistique »118.
Bibliographie
Voir aussiPrix Nobel de littérature de langue occitane
Articles connexes
Articles historiques et politiquesLiens externes
Notes & Références
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