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{revue}
NapolĂ©on Bonaparte1 (nĂ© le 15 aoĂ»t 1769 Ă Ajaccio, en Corse ; mort le 5 mai 1821 sur l'Ăźle Sainte-HĂ©lĂšne) fut gĂ©nĂ©ral, premier consul, puis empereur des Français. Il fut un conquĂ©rant de l'Europe continentale. Objet dĂšs son vivant d'une lĂ©gende dorĂ©e comme d'une lĂ©gende noire, il a acquis une notoriĂ©tĂ© aujourd'hui universelle pour son gĂ©nie militaire (victoires d'Arcole, Rivoli, Pyramides, Marengo, Austerlitz, IĂ©na, Friedland, Wagram, La Moskova) et politique, mais aussi pour son rĂ©gime autoritaire, et pour ses incessantes campagnes (voulues ou non) coĂ»teuses en vies humaines, soldĂ©es par de lourdes dĂ©faites finales en Espagne, en Russie et Ă Waterloo, et par sa mort en exil Ă Sainte-HĂ©lĂšne sous la garde des Anglais. Il dirige la France Ă partir de la fin de lâannĂ©e 1799 ; il est d'abord Premier Consul du 10 novembre 1799 au 18 mai 1804 puis Empereur des Français, sous le nom de NapolĂ©on Ier, du 18 mai 1804 au 11 avril 1814, puis du 20 mars au 22 juin 1815. Il rĂ©organise et rĂ©forme durablement l'Ătat et la sociĂ©tĂ©. Il porte le territoire français Ă son extension maximale avec 134 dĂ©partements en 1812, transformant Rome, Hambourg, Barcelone ou Amsterdam en chefs-lieux de dĂ©partements français. Il est aussi prĂ©sident de la RĂ©publique italienne de 1802 Ă 1805, puis roi dâItalie du 17 mars 1805 au 11 avril 1814, mais encore mĂ©diateur de la ConfĂ©dĂ©ration suisse de 1803 Ă 1813 et protecteur de la ConfĂ©dĂ©ration du Rhin de 1806 Ă 1813. Il conquiert et gouverne la majeure partie de lâEurope continentale et place les membres de sa famille sur les trĂŽnes de plusieurs royaumes europĂ©ens : Joseph sur celui de Naples puis d'Espagne, JĂ©rĂŽme sur celui de Westphalie, Louis sur celui de Hollande et son beau-frĂšre Joachim Murat Ă Naples. Il crĂ©e aussi un grand-duchĂ© de Varsovie, sans oser restaurer formellement l'indĂ©pendance polonaise, et soumet Ă son influence des puissances vaincues telles que la Prusse et l'Autriche. NapolĂ©on tente de mettre un terme Ă son profit Ă la sĂ©rie de guerres que mĂšnent les monarchies europĂ©ennes contre la France depuis 1792. Il conduit les hommes de la Grande ArmĂ©e, dont ses fidĂšles « grognards », du Nil et de l'Andalousie jusqu'Ă la ville de Moscou. Comme le note l'historien britannique Eric Hobsbawm, aucune armĂ©e n'Ă©tait allĂ©e aussi loin depuis les Vikings ou les Mongols et aussi de soumettre autant de grandes puissances de l'Ă©poque. MalgrĂ© de nombreuses victoires initiales face aux diverses coalitions montĂ©es et financĂ©es par la Grande-Bretagne (devenue le Royaume-Uni en 1801), lâĂ©popĂ©e impĂ©riale prend fin en 1815 avec la dĂ©faite de Waterloo. Peu d'hommes ont suscitĂ© autant de passions contradictoires que NapolĂ©on Bonaparte. Selon les mots de lâhistorien Steven Englund : « le ton (âŠ) qui convient le mieux pour parler de NapolĂ©on serait (âŠ) une admiration frisant lâĂ©tonnement et une dĂ©sapprobation constante frisant la tristesse. » Toute une tradition romantique fait prĂ©cocement de NapolĂ©on l'archĂ©type du grand homme appelĂ© Ă bouleverser le monde. Ălie Faure, dans son ouvrage NapolĂ©on, qui a inspirĂ© Abel Gance, le compare Ă un « prophĂšte des temps modernes ». D'autres auteurs, tel Victor Hugo, font du vaincu de Sainte-HĂ©lĂšne le « PromĂ©thĂ©e moderne ». L'ombre de « NapolĂ©on le Grand » plane sur de nombreux ouvrages de Balzac, Stendhal, Musset, mais aussi de DostoĂŻevski, de TolstoĂŻ et de bien d'autres encore. BiographieJeunesse et ascension dans lâarmĂ©eNaissance de NapolĂ©on
Le Blason de la famille Bonaparte (avant Napoléon Ier).
NapolĂ©on Bonaparte naĂźt Ă Ajaccio, le 15 aoĂ»t 1769, un an aprĂšs le traitĂ© de Versailles par lequel GĂȘnes cĂšde l'Ăźle Ă la France. Il a pour nom de baptĂȘme Napoleone di Buonaparte (acte du 21 juillet 1771, mais sur son acte de mariage avec JosĂ©phine de Beauharnais, il signa Napoleone Buonaparte). Issu dâune famille faisant partie de la noblesse de robe italo-corse dont la prĂ©sence sur l'Ăźle est attestĂ©e depuis le XVIe siĂšcle2 (Maison Bonaparte dâorigine toscane[rĂ©f. nĂ©cessaire]), il est le quatriĂšme enfant (second des enfants survivants) de Carlo Maria Buonaparte, avocat au Conseil supĂ©rieur de l'Ăźle, et de Maria Letizia Ramolino. Son prĂ©nom, Napoleone (ou Nabulione selon la graphie corse3), lui est donnĂ© en mĂ©moire d'un oncle mort Ă Corte en 17674. La formation militaireEn 1777, Charles Bonaparte, reprĂ©sentant la noblesse, fait partie de la dĂ©putation que lâAssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Ătats de la Corse envoie Ă Versailles auprĂšs du roi Louis XVI. Ă cette occasion, le comte de Marbeuf, gouverneur de l'Ăźle, fait obtenir, auprĂšs du ministre de la guerre le prince de Montbarrey, une bourse pour faire entrer le deuxiĂšme fils de Charles Ă l'Ă©cole militaire, son frĂšre aĂźnĂ© Joseph Ă©tant destinĂ© Ă suivre une carriĂšre ecclĂ©siastique5. Le 1er janvier 1779, Charles Bonaparte fait entrer provisoirement ses deux fils Joseph et NapolĂ©on au collĂšge dâAutun. NapolĂ©on y reste trois mois, le temps pour son pĂšre de faire les dĂ©marches pour le faire admettre Ă l'Ă©cole militaire, devant pour cela fournir les preuves de sa noblesse et de quatre degrĂ©s d'anciennetĂ© pour obtenir la bourse du roi6. Le dossier fut examinĂ© par le juge d'armes Antoine-Marie d'Hozier de Serigny7. Charles Bonaparte ayant fourni les preuves de noblesse de la famille, NapolĂ©on est agréé par le ministĂšre de la guerre pour entrer au collĂšge militaire de Tiron, mais, suite Ă des dĂ©fections, il est finalement admis Ă lâĂcole royale militaire de Brienne-le-ChĂąteau (Aube)7. NapolĂ©on y entre le 15 mai 1779 en classe de septiĂšme8. Câest lâun des douze collĂšges de France qui accueillent les enfants de la petite noblesse. Il va y rester cinq ans. ConsidĂ©rĂ© comme bon Ă©lĂšve, particuliĂšrement douĂ© pour les mathĂ©matiques, Bonaparte nâaurait pas Ă©tĂ© trĂšs apprĂ©ciĂ© de ses camarades notamment Ă cause de son admiration pour Pascal Paoli9. Il montre dĂ©jĂ une propension Ă lâart du commandement, en organisant des jeux militaires dont il prend la tĂȘte. Une bataille de boules de neige, qu'il aurait dirigĂ©e un hiver, fait partie de sa lĂ©gende10. Son frĂšre Joseph, ayant abandonnĂ© son projet d'entrer au sĂ©minaire, Ă©tudie le droit, Lucien entre au sĂ©minaire dâAix-en-Provence et ses sĆurs sont Ă©duquĂ©es par Mme Campan. Son pĂšre lui rend visite le 21 juin 178411. Le 22 septembre de la mĂȘme annĂ©e, le sous-inspecteur des Ă©coles Marie-Antoine-SĂ©rapion Reynaud des Monts fait passer aux Ă©lĂšves cadets de Brienne l'examen d'entrĂ©e Ă l'Ăcole militaire de Paris, oĂč aprĂšs un an d'Ă©tudes ils pourront ĂȘtre affectĂ©s Ă un rĂ©giment d'artillerie, de gĂ©nie, ou de la marine12. NapolĂ©on est jugĂ© apte Ă y entrer ainsi que quatre de ses condisciples. Il quitte l'Ă©cole le 17 octobre et arrive cinq jours plus tard Ă Paris oĂč il intĂšgre la compagnie des cadets gentilshommes13. Le 24 fĂ©vrier 1785, Charles Bonaparte meurt d'un cancer de l'estomac ; le rĂŽle de chef de la famille Ă©choit Ă l'aĂźnĂ© Joseph, mais NapolĂ©on le juge d'un caractĂšre trop faible pour diriger la famille14. En septembre, il passe l'examen de sortie de l'Ă©cole afin d'intĂ©grer un rĂ©giment d'artillerie, interrogĂ© par le mathĂ©maticien Pierre-Simon Laplace. Il est reçu lieutenant en second, (42e sur 58) Ă lâexamen de lâartillerie, et reçoit lâordre de rejoindre la destination quâil a choisie, le rĂ©giment d'artillerie de la FĂšre alors en garnison Ă Valence15. Il quitte Paris pour Valence le 30 octobre 1785. Le 15 septembre 1786, sept ans et neuf mois aprĂšs son dĂ©part, il repose les pieds sur lâĂźle de Corse Ă lâoccasion de son congĂ© de semestre. Le 1er juin 1788, il sâembarque pour rejoindre son rĂ©giment de La FĂšre en garnison Ă Auxonne et apprendre son mĂ©tier dâartilleur. Dans ses loisirs, il travaille assidĂ»ment. Ses nombreuses lectures, quâil accompagne de Notes16 tĂ©moignent du sens dans lequel il a dirigĂ© ses Ă©tudes et des sujets qui lâont particuliĂšrement attirĂ©. Il quitte Auxonne, pour un congĂ© de semestre au dĂ©but du mois de septembre 1789. Le 11 ou 12 fĂ©vrier 1791, la fin de son congĂ© le ramĂšne dans la citĂ© auxonnaise quâil quitte dĂ©finitivement le 14 juin 1791. Article dĂ©taillĂ© : NapolĂ©on Bonaparte Ă lâĂcole Royale dâArtillerie Ă Auxonne.
Les premiĂšres armesLorsque la RĂ©volution Ă©clate en 1789, le lieutenant Bonaparte a 19 ans. Il est prĂ©sent depuis le 15 juin 1788 au rĂ©giment de La FĂšre, alors Ă l'Ă©cole royale d'artillerie Ă Auxonne dirigĂ©e par le marĂ©chal de camp-baron Jean-Pierre du Teil. Ce dernier lui confie la rĂ©pression de la premiĂšre Ă©meute locale qui Ă©clate le 19 juillet 1789. PrĂ©sent ponctuellement Ă Paris, le jeune officier est spectateur de lâinvasion des Tuileries par le peuple le 20 juin 1792 et aurait manifestĂ© alors son mĂ©pris pour l'impuissance de Louis XVI. Ce dernier signe quelques jours plus tard son brevet de capitaine, un de ses derniers actes publics. NapolĂ©on retourne Ă plusieurs reprises en Corse, oĂč les luttes de clans avaient repris, les Paolistes soutenant la monarchie Ă lâanglaise, et les Bonaparte la RĂ©volution. NapolĂ©on se fait Ă©lire lieutenant-colonel de la Garde nationale en mars 1792, en arrachant de force lâaccord du commissaire du gouvernement. C'est Ă ce poste de commandant en second du bataillon Quenza-Bonaparte qu'il fait ses premiĂšres armes en fĂ©vrier 1793, participant Ă la tĂȘte de l'artillerie Ă l'expĂ©dition de La Maddalena. MalgrĂ© l'efficacitĂ© et la dĂ©termination de NapolĂ©on, l'opĂ©ration commandĂ©e par Colonna Cesari, un proche de Paoli, est un Ă©chec cuisant. Cet Ă©vĂ©nement et lâexĂ©cution du roi en janvier 1793 attisent la division avec les Paolistes, provoquant une rĂ©volte des indĂ©pendantistes. Les dĂ©saccords entre Paoli et Bonaparte s'accentuent et suite Ă une lettre de Lucien Bonaparte Ă la Convention pour dĂ©noncer Paoli, la famille de NapolĂ©on, dont la maison a Ă©tĂ© mise Ă sac, est contrainte de quitter l'Ăźle prĂ©cipitamment Ă destination de Toulon, le 10 juin 1793. Peu aprĂšs l'arrivĂ©e des Bonaparte dans le (nouveau) dĂ©partement du Var, la rĂ©gion se rĂ©volte contre la Convention et Toulon est livrĂ©e aux Britanniques par la population rĂ©voltĂ©e. Capitaine dâartillerie, Bonaparte y est envoyĂ© Ă l'automne 1793 et obtient, Ă la demande des commissaires Augustin Robespierre et son compatriote Salicetti, le commandement de l'artillerie, avec le grade de chef de bataillon. Il y rencontre de jeunes officiers comme Marmont, Junot ou Victor. Le plan quâil soumet au gĂ©nĂ©ral Dugommier permet la reprise de la ville aux troupes royalistes et britanniques le 18 dĂ©cembre. Ses ordres contribuent Ă forcer la flotte britannique Ă quitter la rade de Toulon et Ă priver ainsi les insurgĂ©s d'un soutien prĂ©cieux. Il est fait gĂ©nĂ©ral de brigade le 22 dĂ©cembre. AprĂšs cette victoire, il sert en Italie. Ses amitiĂ©s avec les jacobins lui valent dâĂȘtre briĂšvement arrĂȘtĂ© aprĂšs la chute de Robespierre le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794). Le 13 vendĂ©miaire, le mariage et lâarmĂ©e dâItalieLibĂ©rĂ©, il refuse d'ĂȘtre affectĂ© en VendĂ©e et erre Ă Paris un temps sans commandement effectif, puis Barras lui demande le 13 vendĂ©miaire an IV de rĂ©primer lâinsurrection royaliste contre la Convention nationale. Ă cette occasion, Bonaparte a sous ses ordres un jeune officier, Joachim Murat, son futur beau-frĂšre. Ce dernier joue un rĂŽle dĂ©terminant, en transfĂ©rant Ă temps les canons indispensables depuis les Sablons jusqu'aux abords des Tuileries. La canonnade de Saint-Roch â oĂč les boulets ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par de la mitraille plus « efficace » â disperse les forces royalistes faisant de nombreuses victimes... Quelques jours plus tard, Bonaparte est promu gĂ©nĂ©ral de division, puis nommĂ© commandant de lâarmĂ©e de l'IntĂ©rieur, succĂ©dant Ă Barras qui devient lâun des 5 membres du Directoire. Officier dâartillerie de formation, il innove vers cette Ă©poque dans lâutilisation de lâartillerie (canon de Gribeauval) comme force mobile dâappui des attaques dâinfanterie. Il doit Ă JosĂ©phine de Beauharnais, amie et ancienne maĂźtresse de Barras, qu'il vient d'Ă©pouser au dĂ©but de 1796, sa promotion Ă la tĂȘte de la petite armĂ©e d'Italie, appelĂ©e en principe Ă ouvrir un simple front de diversion. Il sait motiver ses hommes et fait, sur le terrain qu'il avait reconnu en 1793-94, une campagne dâexception qui reste Ă©tudiĂ©e dans toutes les Ăcoles de guerre. Il bat sĂ©parĂ©ment quatre gĂ©nĂ©raux piĂ©montais et autrichiens (dont Colli, Von Beaulieu et Argenteau Ă Millesimo, Montenotte), et signe lâarmistice de Cherasco avec le premier royaume. Dans une deuxiĂšme phase, il bat une nouvelle armĂ©e autrichienne envoyĂ©e en renfort et commandĂ©e par Sebottendorf Ă Lodi et Beaulieu Ă Borghetto, ce qui lui assure la conquĂȘte de Milan. Dans une troisiĂšme phase organisĂ©e autour du siĂšge de Mantoue, il bat deux nouvelles armĂ©es autrichiennes commandĂ©es par Quasdanovich et Wurmser dans sept batailles, dont Castiglione, Roveredo. Enfin, les renforts commandĂ©s par Alvinczy sont Ă nouveau battus au pont dâArcole et Ă Rivoli. Tout en organisant lâItalie en RĂ©publiques sĆurs sur le modĂšle de la RĂ©publique française, il marche sur lâAutriche et signe seul les prĂ©liminaires de paix de Leoben. En un peu plus dâun an, il bat cinq armĂ©es autrichiennes, frĂ©quemment Ă un contre deux, et dĂ©cide seul du sort de la guerre, les armĂ©es françaises du Rhin Ă©tant battues par les Autrichiens qui doivent affaiblir leurs troupes sur ce front pour envoyer des renforts en Italie. La rue de Paris oĂč il habite est renommĂ©e rue de la Victoire. Article dĂ©taillĂ© : Campagne d'Italie (1796-1797).
Campagne dâĂgypteArticle dĂ©taillĂ© : Campagne d'Ăgypte.
Ă son retour dâItalie, en dĂ©cembre 1797, Bonaparte est accueilli comme un hĂ©ros par le Directoire qui organise une cĂ©rĂ©monie officielle pour cĂ©lĂ©brer la paix de Campo-Formio. Il est nommĂ© membre de l'Institut dans la classe de mathĂ©matiques. En fĂ©vrier 1798, le Directoire soumet Ă Bonaparte l'idĂ©e d'une invasion de l'Angleterre. Il inspecte les cĂŽtes françaises de Boulogne, Calais et Dunkerque, en vue de la rĂ©alisation du projet. Sa popularitĂ© auprĂšs des Français est de plus en plus importante. Le 23 fĂ©vrier 1798, le gouvernement abandonne le projet d'invasion de l'Angleterre sur les conseils de Bonaparte, qui, lui-mĂȘme influencĂ© par Talleyrand, persuade alors le Directoire de porter la guerre en Ăgypte, oĂč il pourra couper la route des Indes Ă la Grande-Bretagne. Le 24 fĂ©vrier 1798, le rapport est prĂ©sentĂ© Ă Barras ; le 5 mars, inquiet de la popularitĂ© de Bonaparte, le Directoire le charge de mener l'expĂ©dition en Ăgypte, avec aussi l'idĂ©e de s'en dĂ©barrasser. En avril 1798 est créée lâarmĂ©e dâOrient, placĂ©e sous les ordres de Bonaparte. Des scientifiques formant lâInstitut dâĂgypte l'accompagnent. Il est, en outre, accompagnĂ© des gĂ©nĂ©raux KlĂ©ber, Desaix, Murat, Lannes, Davout et Caffarelli. Le 19 mai 1798, Bonaparte quitte Toulon avec le gros de la flotte française et parvient Ă Ă©chapper Ă la poursuite de la flotte britannique de Nelson. Mais il y a eu peut-ĂȘtre une ruse des Anglais de laisser passer la flotte française pour mieux l'Ă©craser plus tard. Au passage, les Français sâemparent de Malte, le 10-11 juin 1798, pour assurer les communications ultĂ©rieures avec la mĂ©tropole. Le 19 juin 1798, aprĂšs avoir laissĂ© une garnison de 3 000 hommes sur place, la flotte met le cap sur Alexandrie quâelle atteint le 1er juillet 1798. AprĂšs une courte rĂ©sistance, la ville est prise le lendemain. Bonaparte laisse 3 000 hommes Ă Alexandrie et longe la cĂŽte Ă©gyptienne vers lâest jusquâau delta du Nil quâil remonte vers Le Caire. Le premier vĂ©ritable combat de la campagne d'Ăgypte a lieu Ă ChebreĂŻs le 13 juillet 1798 oĂč les cavaliers mamelouks sont dĂ©faits, grĂące Ă lâartillerie de lâarmĂ©e dâOrient. Le 21 juillet 1798, Ă la bataille des Pyramides de Gizeh, Bonaparte bat Ă nouveau lâarmĂ©e des mamelouks. Le 24 juillet 1798, Bonaparte et son armĂ©e entrent triomphalement au Caire. Les 1er et 2 aoĂ»t 1798, la flotte française est presque entiĂšrement dĂ©truite Ă Aboukir par les navires de Nelson. DĂ©sormais, les Britanniques sont maĂźtres de la MĂ©diterranĂ©e et Bonaparte est prisonnier de sa conquĂȘte. Suite Ă cette dĂ©faite, les Turcs, le 9 septembre 1798, dĂ©clarent la guerre Ă la France. Il faut rappeler quâĂ cette Ă©poque l'Ăgypte fait partie de l'empire ottoman, comme la majoritĂ© du Proche-Orient.
Napoléon et ses généraux en Egypte., Jean-Léon GérÎme
Pendant quâil dĂ©cide de faire de l'Ăgypte un vĂ©ritable Ătat capable de vivre en autarcie, Bonaparte envoie le gĂ©nĂ©ral Desaix poursuivre Mourad Bey jusquâen Haute-Ăgypte, complĂ©tant ainsi la soumission du pays. PoussĂ©s par les Britanniques et les Turcs, les mamelouks survivants travaillent la population du Caire, qui se rĂ©volte le 21 octobre 1798 contre les Français. Cette rĂ©volte est impitoyablement rĂ©primĂ©e par les troupes. Le calme revient et Bonaparte rĂ©tablit la situation en dĂ©crĂ©tant finalement une amnistie gĂ©nĂ©rale, non sans avoir fait couper bon nombre de tĂȘtes exhibĂ©es Ă la foule terrorisĂ©e et canonner la Grande MosquĂ©e du Caire. En fĂ©vrier 1799, Bonaparte se dĂ©place en Syrie pour affronter les troupes ottomanes que le sultan a envoyĂ©es pour attaquer les Français en Ăgypte. Le 10 fĂ©vrier 1799, Bonaparte quitte le Caire avec son armĂ©e et bat les Turcs aux combats dâEl-Arich et de Gaza. Le 7 mars 1799, la ville de Jaffa est prise et pillĂ©e par les Français. NapolĂ©on ordonne l'exĂ©cution de quelque 2 500 prisonniers turcs qui sont fusillĂ©s ou Ă©gorgĂ©s faute de munitions17. Par ce massacre, il espĂšre impressionner ses adversaires. Câest Ă ce moment-lĂ que la peste apparaĂźt dans les rangs français. NapolĂ©on est favorable Ă l'euthanasie des soldats agonisants Ă l'aide de fortes doses d'opium (utilisĂ© pour calmer la douleur), mais son mĂ©decin Desgenettes s'y oppose Ă©nergiquement. Le 19 mars 1799, Bonaparte met le siĂšge devant Saint-Jean dâAcre. Le 13 avril 1799, les cavaliers de Junot mettent en dĂ©route les cavaliers ottomans Ă la bataille de Nazareth et le 16 avril 1799, Bonaparte et KlĂ©ber Ă©crasent lâarmĂ©e turque de secours envoyĂ©e par le sultan pour libĂ©rer le siĂšge de Saint-Jean dâAcre Ă la Bataille du Mont-Thabor. Bien que victorieuse Ă cette bataille, le 16 avril 1799, lâexpĂ©dition en Syrie sera dĂ©cimĂ©e par la peste puis arrĂȘtĂ©e Ă Acre. De retour Ă Acre, Bonaparte essayera en vain, du 24 avril au 10 mai 1799, de prendre la ville. Le 17 mai 1799, Bonaparte dĂ©cide dâabandonner le siĂšge et retourne en Ăgypte. Le 14 juin 1799, il arrive au Caire et, dans un retournement de situation, bat les Turcs le 25 juillet 1799 Ă la bataille terrestre d'Aboukir. La situation du Directoire lui paraissant favorable Ă un coup de force, Bonaparte, qui nâa plus quâune armĂ©e de terre affaiblie, ayant perdu sa marine, abandonne le commandement de lâarmĂ©e dâĂgypte Ă Jean-Baptiste KlĂ©ber. Retour Ă Paris, situation de la FranceIl rentre discrĂštement en France le 23 aoĂ»t 1799 Ă bord de la frĂ©gate La Muiron, abandonnant au gĂ©nĂ©ral KlĂ©ber une armĂ©e diminuĂ©e et malade. Il dĂ©barque Ă Saint-RaphaĂ«l le 9 octobre 1799 aprĂšs avoir miraculeusement Ă©chappĂ© aux escadres britanniques pendant les 47 jours de la traversĂ©e. Sur le chemin qui le mĂšne Ă Paris, il est acclamĂ© par la population. Jean-Baptiste KlĂ©ber se rĂ©vĂšle un excellent administrateur et le 20 mars 1800, rĂ©alise lâexploit de vaincre les Turcs Ă la bataille dâHĂ©liopolis. Cette victoire permet Ă la France de conserver lâĂgypte, mais KlĂ©ber meurt assassinĂ©, le 14 juin 1800 au Caire, le jour oĂč NapolĂ©on gagne de justesse la bataille de Marengo en Italie, grĂące Ă la charge hĂ©roĂŻque de Desaix, qui est tuĂ© lors de lâassaut, trĂ©passant ainsi le mĂȘme jour que KlĂ©ber. Le successeur de KlĂ©ber, le gĂ©nĂ©ral Menou, capitule le 31 aoĂ»t 1801 devant les forces turco-britanniques aprĂšs avoir perdu 13 500 hommes, principalement victimes des Ă©pidĂ©mies au cours des nĂ©gociations de paix. Les soldats français restants sont rapatriĂ©s sur les vaisseaux britanniques vers la France. Le ConsulatArticle dĂ©taillĂ© : Consulat (histoire de France).
Le coup dâĂtatArticle dĂ©taillĂ© : Coup d'Ătat du 18 brumaire.
ArrivĂ© dans la capitale, le gĂ©nĂ©ral sâentretient avec Talleyrand, homme politique dâexpĂ©rience et fin connaisseur des forces en jeu. Le schĂ©ma du coup dâĂtat du 18 brumaire (9 novembre 1799) prĂ©voit les opĂ©rations suivantes : Bonaparte aura le commandement en chef de lâarmĂ©e pour le maintien de lâordre dans Paris et dans les assemblĂ©es. On envisage de dĂ©placer les assemblĂ©es au chĂąteau de Saint-Cloud sous le prĂ©texte dâun pĂ©ril jacobin. En effet, depuis 1789, les assemblĂ©es se trouvent toujours sous la menace de la population parisienne. L'essentiel des Ă©vĂ©nements se dĂ©roule le 19 brumaire Ă Saint-Cloud. Les rĂ©visionnistes avaient envisagĂ© une dĂ©mission collective des cinq directeurs, mais les assemblĂ©es ont du retard car cette idĂ©e ne fait pas lâunanimitĂ© ; Bonaparte sâimpatiente et dĂ©cide dâintervenir. Il tient un discours maladroit devant le Conseil des Cinq-Cents, discours huĂ© par les dĂ©putĂ©s qui lâaccusent de vouloir instaurer la dictature. Bonaparte est alors contraint de quitter lâassemblĂ©e. Mais il prend rapidement la situation en main avec lâaide de son frĂšre Lucien qui prĂ©side les Cinq-Cents. Lucien Ă©vite que NapolĂ©on soit mis en cause par les dĂ©putĂ©s qui veulent voter pour mettre hors-la-loi Bonaparte. Lucien retarde le vote et va chercher Murat, qui vient avec la troupe et met de lâordre dans les assemblĂ©es, disant que certains dĂ©putĂ©s voulaient poignarder Bonaparte pour justifier une intervention de lâarmĂ©e. Les reprĂ©sentations des dĂ©putĂ©s sortant par les fenĂȘtres et voulant poignarder NapolĂ©on sont trĂšs rĂ©pandues. Bonaparte est de fait lâhomme fort de la situation, qui fait basculer un coup dâĂtat parlementaire en un coup dâĂtat militaire. Le 20 brumaire, les trois Consuls sont dĂ©signĂ©s : Bonaparte, SieyĂšs et Ducos. Câest le dĂ©but du Consulat. Roger Ducos est tout acquis Ă Bonaparte, alors que SieyĂšs lui nâentend pas se rĂ©signer Ă abandonner le pouvoir Ă Bonaparte seul. Il entend bien jouer un rĂŽle dans le gouvernement du Consulat. Pour contrecarrer son encombrant collĂšgue, Bonaparte, multipliant les provocations, maintient aux portefeuilles ministĂ©riels les ennemis de SieyĂšs en offrant les relations extĂ©rieures Ă Talleyrand et celui de la Police Ă FouchĂ©. Le travail de rĂ©daction de la Constitution est confiĂ© officiellement Ă deux commissions lĂ©gislatives formĂ©es de dĂ©putĂ©s des Cinq-Cents et des Anciens. Mais en fait, câest SieyĂšs qui va proposer un projet. Ă lâexamen, le projet sâavĂ©rera trop complexe, voire irrĂ©aliste. En effet, il prĂ©voit lâinstauration dâun rĂ©gime dĂ©mocratique fondĂ© sur un pouvoir lĂ©gislatif fort reprĂ©sentĂ© par trois chambres. LâexĂ©cutif sera, quant Ă lui, rĂ©duit Ă une magistrature Ă vie purement honorifique et Ă deux consuls aux fonctions limitĂ©es. Bonaparte profite des faiblesses de ce plan pour imposer son propre projet et se dĂ©barrasser de son encombrant rival. Du 4 au 13 dĂ©cembre 1799, il rĂ©unit ainsi les deux commissions dans son bureau pour Ă©laborer le texte de la nouvelle constitution. La Constitution de lâan VIII est adoptĂ©e en comitĂ© restreint le 13 dĂ©cembre 1799. Elle sâinspire en partie du projet de SieyĂšs, mais intĂšgre les idĂ©es politiques de NapolĂ©on Bonaparte, notamment concernant le pouvoir exĂ©cutif. SieyĂšs, lui-mĂȘme, sera chargĂ© de dĂ©signer les trois consuls de la rĂ©publique : Bonaparte comme premier consul, puis Jean-Jacques-RĂ©gis de CambacĂ©rĂšs et Charles-François Lebrun, comme 2e et 3e consuls de la RĂ©publique. SieyĂšs, quant Ă lui, sera relĂ©guĂ© au poste de prĂ©sident du SĂ©nat.
â Bonaparte La ConstitutionLa Constitution de lâan VIII entre en vigueur le 25 dĂ©cembre 1799. Bonaparte Ă©tablit la Constitution sous des apparences dĂ©mocratiques, mais organise un pouvoir autocratique, toutes les Ă©volutions du rĂ©gime ne feront quâaccentuer le caractĂšre autocratique du pouvoir. Le pouvoir lĂ©gislatif est divisĂ© en trois assemblĂ©es (tricamĂ©risme) :
La prĂ©paration de la loi appartient Ă l'exĂ©cutif, par le biais du Conseil dâĂtat, chargĂ© de rĂ©diger les textes lĂ©gislatifs. Le pouvoir fonctionne de maniĂšre autoritaire, les procĂ©dĂ©s de dĂ©mocratie semi-directe (quelque peu fictive) sont soigneusement organisĂ©s et contrĂŽlĂ©s. Le consul corrige lui-mĂȘme les rĂ©sultats sâils ne sont pas satisfaisants. Le Consulat est une forme de despotisme Ă©clairĂ©, qui n'est pas Ă©tranger Ă l'expĂ©rience de Pasquale Paoli en Corse, dont le jeune Bonaparte avait Ă©tĂ© un admirateur fervent. Du Consul Ă lâEmpereurEn 1800, Bonaparte attaque et vainc lâAutriche une nouvelle fois. Battus Ă Marengo par NapolĂ©on et Ă Hohenlinden par Moreau, les Autrichiens doivent signer le traitĂ© de LunĂ©ville le 9 fĂ©vrier 1801, ce qui amĂšne les Britanniques Ă signer la paix dâAmiens le 25 mars 1802 (4 germinal an X, contresignĂ©e deux jours plus tard). Si son pouvoir Ă©tait fragile au lendemain de Brumaire, la victoire de Marengo et ses suites consolident fortement la situation de Bonaparte. Le 24 dĂ©cembre 1800, une « machine infernale » (bombe) lâattend rue Saint-Nicaise. Le cocher du Premier consul passe au grand galop. La bombe explose trop tard et seules les vitres du vĂ©hicule sont soufflĂ©es. Sur place, en revanche, c'est le carnage. On dĂ©nombre 22 morts et une centaine de blessĂ©s. FouchĂ©, alors ministre de la Police, rĂ©ussit Ă prouver que lâattentat est lâĆuvre des royalistes, alors que Bonaparte est persuadĂ© avoir affaire aux Jacobins. En 1802 Bonaparte met en branle son grand dessein pour l'AmĂ©rique. Il s'agit pour lui, profitant de la paix d'Amiens qui permet la libre circulation de la flotte française dans l'Atlantique, de dĂ©velopper la Louisiane, cet immense territoire qui s'Ă©tend sur la rive droite du Mississippi et qui revient de droit Ă la France depuis la signature secrĂšte du traitĂ© de San Ildefonso en 1800. Pour cela il lui faut une base d'opĂ©rations sĂ»re. La colonie de Saint-Domingue est tout indiquĂ©e. De cette tĂȘte de pont de la France dans le Nouveau-Monde, il pourra reprendre pied en douceur Ă la Nouvelle-OrlĂ©ans sans brusquer le jeune Ătat amĂ©ricain qui verrait son expansion vers l'Ouest dĂ©finitivement circonscrite au Mississippi. Mais Ă Saint-Domingue, Toussaint Louverture est un obstacle Ă ce plan. Le gĂ©nĂ©ral noir est Gouverneur gĂ©nĂ©ral de la colonie au nom de la France depuis 1797 et il est suspectĂ© de connivences avec les Ătats-Unis d'AmĂ©rique avec lesquels, au mĂ©pris du principe de l'exclusif, il commerce ouvertement depuis que la prospĂ©ritĂ© est revenue. D'ailleurs, l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente il a fait voter par les grands planteurs, ses alliĂ©s objectifs, une constitution autonomiste qui le proclame gouverneur gĂ©nĂ©ral Ă vie et a eu l'outrecuidance de l'envoyer en France pour simple ratification, une fois le fait accompli. Cet acte de rĂ©bellion ouverte d'un chef de guerre rĂ©putĂ© invincible et fermement accrochĂ© Ă son Ăźle tombe Ă pic pour justifier l'importance des forces commises Ă l'expĂ©dition qui se prĂ©pare. Et la raison d'Ătat, froide et impĂ©rieuse, justifie Ă©galement le rĂ©tablissement de l'esclavage dans les colonies du Nouveau Monde car il va sans dire que la grande Louisiane française devra se dĂ©velopper rapidement pour prendre de vitesse Anglais et AmĂ©ricains, ce qu'elle ne saurait faire sans la main-d'Ćuvre servile qui a si bien fait ses preuves Ă Saint-Domingue. VoilĂ pourquoi deux flottes font voile vers les Antilles, Leclerc, propre beau-frĂšre de Bonaparte, vers Saint-Domingue avec 20 000 hommes et Richepanse vers la Guadeloupe avec 3 400 hommes. Ces chefs sont munis d'instructions secrĂštes fort explicites rĂ©digĂ©es de la main mĂȘme de Bonaparte. Ils doivent prendre le contrĂŽle militaire des deux colonies et dĂ©sarmer les officiers indigĂšnes avant de rĂ©tablir l'esclavage. Des proclamations sont prĂȘtes, en français et en crĂ©ole, qui visent Ă rassurer les populations indigĂšnes de l'attachement personnel de Bonaparte Ă la libertĂ©. Cette plĂ©thore de prĂ©cautions dĂ©montre que ce dernier avait compris que le succĂšs ou l'Ă©chec dĂ©pendrait du secret et les faits lui donnĂšrent raison. AprĂšs une rĂ©sistance acharnĂ©e de trois mois, le vieux Toussaint, trahi par ses officiers gĂ©nĂ©raux habilement entrepris par Leclerc, dĂ©pose les armes. CapturĂ© et dĂ©portĂ© en France, il y mourra quelques mois plus tard, au Fort de Joux prĂšs de Pontarlier. Leclerc peut passer Ă la deuxiĂšme phase du plan et dĂ©sarmer les officiers de couleur mais Richepance Ă la Guadeloupe a rĂ©tabli l'esclavage sans attendre et la nouvelle de cette trahison de la parole du Premier Consul fait basculer Saint-Domingue dans l'insurrection. Le corps expĂ©ditionnaire, affaibli par une Ă©pidĂ©mie de fiĂšvre jaune, recule partout. Leclerc obtient bien prĂšs de 20 000 hommes de renfort mais la maladie fauche un tiers des EuropĂ©ens qui touchent ces rivages. Le gĂ©nĂ©ral en chef succombe lui-mĂȘme le 2 novembre 1802. Dos Ă la mer, les dĂ©bris de son armĂ©e seront bientĂŽt contraints Ă la reddition par les soldats du gĂ©nĂ©ral Dessalines qui proclamera l'indĂ©pendance de l'ancienne colonie sous son ancien nom indien d'HaĂŻti. Le temps de l'AmĂ©rique française est dĂ©jĂ passĂ©. En ce dĂ©but 1803, la paix avec l'Angleterre vacille et l'ocĂ©an Atlantique est redevenu une mer hostile. DĂ©clarant forfait, le 30 avril, Bonaparte solde la Louisiane aux Ătats-Unis pour quatre-vingt millions de francs. Le prisonnier de Sainte-HĂ©lĂšne tentera de s'exonĂ©rer de ce monstrueux gĂąchis en prĂ©tendant, anachroniquement et fallacieusement18, avoir Ă©tĂ© contraint Ă l'usage de la force par les actes sĂ©ditieux de celui qui s'adressait Ă lui comme "le premier des noirs au premier des blancs". AprĂšs que Bonaparte eut Ă©tendu son influence sur la Suisse (qui met alors en place les institutions dĂ©centralisĂ©es actuelles) et sur lâAllemagne, une dispute Ă propos de Malte sert de prĂ©texte aux Britanniques pour dĂ©clarer une nouvelle fois la guerre Ă la France en 1803, et pour soutenir lâopposition royaliste Ă Bonaparte. Des agents royalistes, dont Pichegru, sont dĂ©barquĂ©s clandestinement en France et se mettent en rapport avec Georges Cadoudal et Jean-Victor Moreau. Le complot est rapidement Ă©ventĂ© et ses membres arrĂȘtĂ©s. Pichegru meurt mystĂ©rieusement Ă©tranglĂ© dans sa cellule ; les autres sont jugĂ©s et condamnĂ©s. Cadoudal est exĂ©cutĂ©, Moreau banni. Mais le complot fait aussi une victime collatĂ©rale : le duc dâEnghien, prince Bourbon. Le Premier consul le fait enlever en territoire Ă©tranger, juger sommairement par une commission militaire et exĂ©cuter, suite Ă des dĂ©clarations recueillies auprĂšs de Cadoudal aprĂšs son arrestation et probablement mal interprĂ©tĂ©es. LâexĂ©cution qui se dĂ©roule Ă Vincennes ne suscite pas dâautres protestations que celles du Royaume-Uni, de la Russie et de lâAutriche qui sâen tiennent Ă quelques timides reproches. C'est cependant cet acte qui assoit la rĂ©putation de « Robespierre Ă cheval » de NapolĂ©on (Ă Sainte-HĂ©lĂšne, NapolĂ©on assumera cet acte, malgrĂ© la trĂšs probable implication de Talleyrand). AprĂšs ce gage donnĂ© aux rĂ©publicains, dans la mesure oĂč le Premier consul rĂ©itĂšre le geste des rĂ©gicides, celui-ci se couronne Empereur le 2 dĂ©cembre 1804. Ă proprement parler, l'Empire naĂźt Ă la demande du SĂ©nat. Steven Englund se rallie Ă l'opinion selon laquelle il s'agissait, initialement, de protĂ©ger la RĂ©publique. Le Consulat abattu, lâordre se serait effondrĂ© avec lui. L'Empire, lui, Ă©tait une institution scellant la pĂ©rennitĂ© des valeurs rĂ©publicaines. NapolĂ©on Bonaparte pouvait mourir : l'hĂ©rĂ©ditĂ© du titre Ă©tait censĂ©e protĂ©ger le pays des bouleversements et de la perte des acquis rĂ©volutionnaires (avec, en premier lieu, l'Ă©galitĂ©, loin devant la libertĂ©). Câest ainsi que les monnaies impĂ©riales portĂšrent, sans hypocrisie, la mention « NapolĂ©on Empereur - RĂ©publique française ». Par suite seulement, cet Empire « rĂ©publicain », protĂ©geant les acquis rĂ©volutionnaires, se fera « impĂ©rialiste ».
â Bonaparte. LâEmpireArticle dĂ©taillĂ© : Premier Empire.
La symbolique impĂ©rialeLe sacre impĂ©rial, Ă©vĂ©nement unique dans lâHistoire de France, reprĂ©sentĂ© sur le tableau de Jacques-Louis David, Le Sacre de NapolĂ©on, est lourdement chargĂ© en symboles. Le passage de la RĂ©publique Ă lâEmpire nĂ©cessite la crĂ©ation dâarmoiries impĂ©riales, ainsi que la crĂ©ation dâobjets symboliques destinĂ©s Ă Ă©tablir une tradition auparavant inexistante. NapolĂ©on, qui se veut rassembleur, dĂ©cide dâassocier aux symboles de son rĂšgne les images qui ont pu reprĂ©senter auparavant la France, ainsi que les pouvoirs forts europĂ©ens.
Le Sacre de NapolĂ©on, de Jacques-Louis David â Cette scĂšne montre le moment oĂč NapolĂ©on prend des mains de Pie VII la couronne impĂ©riale pour en coiffer sa femme lâimpĂ©ratrice JosĂ©phine.
Lâaigle est choisi en rĂ©fĂ©rence aux aigles romaines, portĂ©es par les lĂ©gions, mais il est Ă©galement le symbole de Charlemagne, lâaigle Ă©ployĂ©e. Câest dâailleurs une erreur de lecture qui donnera pour symbole de lâEmpire français un aigle aux ailes dĂ©ployĂ©es : en hĂ©raldique, Ă©ployĂ©e se dit des oiseaux et des animaux chimĂ©riques reprĂ©sentĂ©s avec les ailes Ă©tendues (un aigle Ă deux tĂȘtes aux ailes dĂ©ployĂ©es en est un bon exemple). La couleur rouge du manteau impĂ©rial est une rĂ©fĂ©rence directe Ă la pourpre de lâimperium romain. NapolĂ©on se pose ainsi en hĂ©ritier de lâEmpire romain et de Charlemagne. Les abeilles sont censĂ©es rappeler les MĂ©rovingiens (des broches les reprĂ©sentant ayant Ă©tĂ© retrouvĂ©es dans des tombeaux de cette Ă©poque), et leur disposition sur les armoiries et le manteau impĂ©rial doit rappeler les fleurs de lys des CapĂ©tiens. La main de justice, utilisĂ©e par les CapĂ©tiens lors des sacres royaux, doit faire apparaĂźtre que l'Empereur est lâhĂ©ritier de leur pouvoir. NapolĂ©on veut montrer quâil est le fondateur de la « quatriĂšme dynastie », celle des Bonaparte, aprĂšs les MĂ©rovingiens, les Carolingiens, et les CapĂ©tiens. Dâautres symboles utilisĂ©s pendant le sacre sont chargĂ©s de valeurs morales. Ainsi NapolĂ©on tient-il un moment le globe de Charlemagne ; il porte la couronne de ce mĂȘme empereur (ces deux Ă©lĂ©ments ayant Ă©tĂ© forgĂ©s de toutes piĂšces avant le sacre). Son Ă©pĂ©e et son sceptre sont dits « de Charlemagne » : ils ont Ă©tĂ© en rĂ©alitĂ© utilisĂ©s depuis plusieurs siĂšcles par les Valois puis les Bourbons lors de leurs sacres. NapolĂ©on et lâĂgliseArticle dĂ©taillĂ© : Sacre de NapolĂ©on Ier.
La signature du Concordat par le Premier consul en 1801 reconnaĂźt le catholicisme comme la religion « de la majoritĂ© des Français », et non plus comme religion dâĂtat. Les prĂȘtres reçoivent dĂ©sormais un traitement de la part de lâĂtat. Afin de montrer sa puissance, NapolĂ©on ne va pas se faire sacrer Ă Rome, comme autrefois Charlemagne et les empereurs germaniques (jusqu'au XVe siĂšcle) ; c'est le pape que lâon fera venir Ă Paris. NapolĂ©on lâaccueille en forĂȘt de Fontainebleau, Ă cheval et en habit de chasse, voulant faire croire au caractĂšre fortuit de la rencontre. NapolĂ©on offensera le Souverain Pontife en lui prenant des mains la couronne de lâimpĂ©ratrice, mais surtout en se couronnant lui-mĂȘme. Le rapprochement entre NapolĂ©on et lâĂglise est le fruit dâun calcul politique de la part de l'Empereur. Au-delĂ de la valeur morale quâa pu avoir un sacre religieux aux yeux des catholiques, de la valeur symbolique dâun couronnement pontifical rappelant le sacre des empereurs germaniques, NapolĂ©on se place Ă lâĂ©gal, voire au-dessus des rois europĂ©ens comme successeur de Charlemagne et des empereurs de la Rome antique. La prĂ©sence du pape au sacre donne une dimension morale et lĂ©gitime supplĂ©mentaire Ă lâEmpire. Celui-ci nâest plus simplement le fruit dâune rĂ©volution, câest un couronnement divin comme celui des autres souverains europĂ©ens mais quâaucun dâeux ne peut Ă©galer. NapolĂ©on se place au mĂȘme niveau que le souverain du Saint-Empire romain germanique avant de le dĂ©passer pour devenir l'unique Empereur en Europe. François II l'avait d'ailleurs bien compris puisqu'aprĂšs la proclamation de l'Empire français, il dĂ©crĂšte que l'Autriche, alors archiduchĂ©, devient aussi un Empire. La prĂ©sence du pape est donc davantage un message aux pays europĂ©ens quâune profession de foi catholique de la part de NapolĂ©on. NapolĂ©on, dâailleurs peu sensible au sort du pape, le retient plus tard prisonnier Ă Fontainebleau. Dans lâidĂ©e dâaffirmer la puissance de la France dans le domaine spirituel, il envisagea mĂȘme de transfĂ©rer la rĂ©sidence du pape de Rome Ă Paris, avant dâabandonner cette idĂ©e. Ă la fin de sa vie, NapolĂ©on reçevra l'extrĂȘme-onction des mains de l'abbĂ© Jean-François de Kermagnan. LâEmpire victorieuxArticle dĂ©taillĂ© : PremiĂšres annĂ©es du Premier Empire.
PremiÚre distribution de la Légion d'honneur instituée par l'empereur le 14 juillet 1804 dans la chapelle des Invalides d'aprÚs le peintre Jean-Baptiste Debret
En 1804, lâheure nâest donc pas encore aux vastes conquĂȘtes, et, persuadĂ© depuis longtemps que le seul moyen dâobtenir une paix dĂ©finitive est de neutraliser le Royaume-Uni, NapolĂ©on met au point, avec lâamiral Latouche-TrĂ©ville (qui mourra avant dâavoir pu lâexĂ©cuter), un plan visant Ă lâinvasion du Royaume-Uni. Cette ambition sombre dĂ©finitivement Ă la bataille de Trafalgar, oĂč la flotte franco-espagnole commandĂ©e par lâamiral de Villeneuve est dĂ©truite par celle de lâamiral Nelson. Le Royaume-Uni y gagne la domination des mers pour le siĂšcle Ă venir. En 1805, la TroisiĂšme coalition se forme en Europe contre NapolĂ©on. LâEmpereur qui, Ă Boulogne, supervisait les prĂ©paratifs en vue de lâinvasion du Royaume-Uni, doit faire face Ă une guerre soudaine, et Ă lâautre bout de lâEurope. Il mĂšne une offensive immĂ©diate, acheminant la Grande ArmĂ©e en Autriche Ă marche forcĂ©e, et sâassure une brillante victoire contre lâAutriche et la Russie Ă la bataille dâAusterlitz, dite « bataille des Trois-Empereurs ». En 1806, la Prusse provoque un nouveau conflit. La campagne que mĂšne NapolĂ©on (« lâEsprit en marche », selon Hegel) est impressionnante de rapiditĂ© : il balaie lâarmĂ©e prussienne Ă la bataille d'IĂ©na (doublĂ©e de la victoire de Davout Ă Auerstaedt oĂč, avec 30 000 hommes, le MarĂ©chal Davout bat les 63 500 Prussiens qui l'assaillent). LâannĂ©e suivante, NapolĂ©on traverse la Pologne, remporte une victoire sur les Russes Ă Friedland et finit par signer, Ă Tilsit, au milieu du NiĂ©men, au cours d'une entrevue dont la mise en scĂšne est conçue pour frapper les esprits, un traitĂ© avec le tsar Alexandre Ier, qui divise lâEurope entre les deux puissances. Pourtant formĂ© dans les Ă©coles et par les maĂźtres de lâAncien RĂ©gime, officier de lâarmĂ©e royale, NapolĂ©on brise les anciennes conceptions militaires. Il ne sâagit plus pour lui de livrer une guerre de siĂšge Ă lâaide de 30 Ă 50 000 hommes, mais de rechercher la bataille dĂ©cisive, engageant plus de 100 000 hommes sâil le faut. Son objectif n'est pas de rester maĂźtre du champ de bataille, mais dâanĂ©antir lâennemi. En 1808, NapolĂ©on crĂ©e la noblesse dâEmpire : bientĂŽt ses marĂ©chaux et gĂ©nĂ©raux arboreront des titres de comte dâEmpire, prince de NeuchĂątel, duc dâAuerstaedt, duc de Montebello, duc de Dantzig, duc dâElchingen, roi de Naples. Du 27 septembre au 14 octobre 1808, NapolĂ©on donne rendez-vous Ă Alexandre Ier Ă Erfurt, pour un nouveau traitĂ©, afin quâils sâunissent contre lâAutriche qui menace de redĂ©clarer la guerre Ă la France. Le tsar refuse en prĂ©fĂ©rant que ce traitĂ© soit Ă©tabli dans le but de renouveler lâalliance qui sâĂ©tait forgĂ©e entre eux lâannĂ©e prĂ©cĂ©dente Ă Tilsit ; cela permet en fait Ă NapolĂ©on de sâassurer encore plus longtemps de la fidĂ©litĂ© dâAlexandre. Mais c'est un Ă©chec car l'empereur s'aperçoit bientĂŽt de la trahison de Talleyrand, qui avait approchĂ© le tsar en lui conseillant de rĂ©sister Ă NapolĂ©on, mĂȘme s'il Ă©tait sĂ©duit. Articles dĂ©taillĂ©s : TraitĂ© de Tilsit et CongrĂšs d'Erfurt.
Campagnes de la pĂ©ninsule IbĂ©rique et dâAutricheEn rĂ©ponse Ă la lâattitude britannique vis-Ă -vis des bateaux de commerce français, NapolĂ©on tente dâimposer le Blocus continental, qui vise Ă asphyxier lâindustrie britannique. Le Portugal, vieil alliĂ© des Britanniques, refuse de signer ce traitĂ©. NapolĂ©on recherche donc lâaide de lâEspagne pour envahir le Portugal. Il finit par envahir lâEspagne et y installe son frĂšre Joseph Bonaparte comme roi. Le Portugal est Ă©galement envahi, mais trois campagnes (1808, 1810, 1811), menĂ©es notamment par le gĂ©nĂ©ral Junot et le marĂ©chal MassĂ©na ne viennent pas Ă bout de la rĂ©sistance anglo-portugaise ; le roi Jean VI de Portugal, la cour et le gouvernement portugais dĂ©mĂ©nagent Ă Rio de Janeiro et le BrĂ©sil devient le siĂšge du royaume jusqu'Ă 1821. Une partie de la population espagnole se soulĂšve contre les Français. BientĂŽt, l'infanterie britannique commandĂ©e par le futur duc de Wellington, aprĂšs avoir dĂ©barquĂ©e au Portugal en 1808, prend pied en Espagne. Avec lâaide des nationalistes espagnols, elle pousse peu Ă peu lâarmĂ©e française hors de la pĂ©ninsule IbĂ©rique. Alors que les meilleures troupes de lâarmĂ©e française sont engagĂ©es en Espagne, lâAutriche attaque une nouvelle fois la France en Allemagne et elle est finalement vaincue lors de la bataille de Wagram. Le marĂ©chal Lannes, compagnon et ami de NapolĂ©on, pĂ©rit Ă la bataille d'Essling. Quelques mois plus tard, le 2 avril 1810, NapolĂ©on Ă©pouse lâarchiduchesse Marie-Louise dâAutriche, qui, le 20 mars 1811, lui donnera un fils ; cet enfant sera titrĂ© roi de Rome et nommĂ© « NapolĂ©on II ». Articles dĂ©taillĂ©s : Marie-Louise d'Autriche et NapolĂ©on II.
Le « Grand Empire » compte alors 130 dĂ©partements, qui vont dâAmsterdam Ă Rome, et une population de 70 millions dâhabitants (dont 30 seulement sont français), cela sans compter plusieurs Ă©tats vassaux (royaume d'Italie, Naples, ConfĂ©dĂ©ration germanique, etc.) LâEmpire est Ă son apogĂ©e.
Napoléon dans son cabinet de travail peint par David (1812)
Article dĂ©taillĂ© : Ătendue de l'Empire français en 1810.
Campagnes de Russie et dâAllemagneArticle dĂ©taillĂ© : Le Premier Empire en 1812-1813.
Alexandre Ier, poussĂ© par la noblesse russe acquise aux Britanniques, refuse de coopĂ©rer avec NapolĂ©on pour porter le coup final au Royaume-Uni. NapolĂ©on, croyant la guerre inĂ©vitable, envahit la Russie en 1812. La Grande ArmĂ©e, grossie de contingents italiens, allemands et autrichiens, devient gigantesque : ce sont 600 000 hommes qui franchissent le NiĂ©men. Les Russes, dirigĂ©s par Koutousov, appliquent la stratĂ©gie de la terre brĂ»lĂ©e, reculant sans cesse devant les troupes françaises. La bataille de la Moskowa, le 12 septembre, est indĂ©cise. Bien que les Russes abandonnent le terrain, les pertes sont presque Ă©quivalentes dans les deux camps. DĂšs le lendemain de lâentrĂ©e des troupes françaises dans leur capitale, les Russes incendient la ville. NapolĂ©on, espĂ©rant une dĂ©marche de la part dâAlexandre, s'attarde Ă Moscou. Lorsqu'il donne le signal de la retraite, l'hiver est dangereusement proche. La Grande ArmĂ©e entame une course dĂ©sespĂ©rĂ©e vers lâAllemagne Ă travers les rĂ©gions dĂ©vastĂ©es quâelle a parcouru Ă lâaller. Le froid, la neige et les cosaques provoquent d'effroyables pertes. Des 600 000 hommes qui entrĂšrent en campagne, seuls quelques dizaines de milliers franchissent la BĂ©rĂ©zina. La Grande ArmĂ©e est dĂ©truite. Article dĂ©taillĂ© : Campagne de Russie (1812).
EncouragĂ©s par ce dramatique Ă©chec, les rois reprennent les armes contre la France. MalgrĂ© deux victoires remportĂ©es en Allemagne (Bautzen et Lutzen), une partie de ses alliĂ©s allemands trahit NapolĂ©on sur le champ de bataille mĂȘme de la bataille de Leipzig, aussi appelĂ©e « Bataille des nations », qui voit sâopposer 180 000 Français Ă 300 000 alliĂ©s (russes, autrichiens, prussiens, suĂ©dois). La dĂ©faite subie ce jour lĂ est dĂ©cisive. Le marĂ©chal Poniatowski, prince polonais et neveu de Stanislas II, dernier roi de Pologne, y perd la vie en tentant de traverser lâElster avec ses hommes. On dĂ©nombre 100 000 morts et blessĂ©s. La campagne de France
Statue équestre de Napoléon Ier à Cherbourg
Acte de la premiĂšre abdication, 12 avril 1814.
Article détaillé : Campagne de France (1814).
En 1814 se forme une alliance entre le Royaume-Uni, la Russie, la Prusse et lâAutriche. MalgrĂ© une sĂ©rie d'incroyables victoires (batailles de Champaubert, Montmirail, ...) remportĂ©es par NapolĂ©on Ă la tĂȘte dâune armĂ©e de jeunes recrues inexpĂ©rimentĂ©es (les « Marie-Louise »), Paris tombe le 31 mars et les marĂ©chaux forcent l'Empereur Ă abdiquer. Lâintention de NapolĂ©on Ă©tait de le faire en faveur de son fils (NapolĂ©on II), mais les puissances alliĂ©es exigent une abdication inconditionnelle. NapolĂ©on, qui pense que les alliĂ©s vont le sĂ©parer de lâimpĂ©ratrice Marie-Louise d'Autriche et de son fils le roi de Rome, prend, dans la nuit du 12 au 13 avril, une dose de poison qui doit lui permettre de se suicider. On a longtemps cru qu'il s'agissait dâopium dans un peu dâeau mais il semblerait que ce ne soit pas le cas 20. Les troubles et la nature du malaise de NapolĂ©on ne correspondent pas Ă une intoxication par l'opium. S'il choisit cette façon de mourir, c'est qu'il pense que son corps sera par la suite exposĂ© aux Français : il veut que sa garde reconnaisse le visage calme quâelle lui a toujours connu au milieu des batailles. En plein malaise, lâEmpereur se plaint du lent effet de la substance quâil a avalĂ©e. Il dĂ©clare Ă Armand de Caulaincourt : « Quâon a de peine Ă mourir, quâon est malheureux dâavoir une constitution qui repousse la fin dâune vie quâil me tarde tant de voir finir ! ». Les nausĂ©es de NapolĂ©on sont de plus en plus violentes, il se met Ă vomir. Ă la venue du docteur Yvan, NapolĂ©on lui demande une dose de poison supplĂ©mentaire mais le docteur refuse, en disant quâil nâest pas un assassin et quâil ne fera jamais une chose allant Ă l'encontre de sa conscience. Le docteur a lui-mĂȘme une crise de nerfs, s'enfuit Ă cheval, et personne ne le revoit plus. Lâagonie de lâEmpereur se poursuit, Caulaincourt sort de la piĂšce pour demander au valet de chambre et au service intĂ©rieur de garder le silence. NapolĂ©on rappelle Caulaincourt en lui disant quâil prĂ©fĂšre mourir plutĂŽt que de signer le traitĂ©. Les effets du poison se dissipent et lâEmpereur peut reprendre ses activitĂ©s normales21. Il est, par la suite, dĂ©chu par le SĂ©nat le 3 avril et exilĂ© Ă lâĂźle dâElbe, selon le TraitĂ© de Fontainebleau signĂ© le 11 avril, conservant le titre dâEmpereur mais ne rĂ©gnant que sur cette petite Ăźle. Les Cent-JoursArticle dĂ©taillĂ© : Cent-Jours.
En France, Louis XVIII Ă©carte « NapolĂ©on II » et prend le pouvoir. NapolĂ©on sâinquiĂšte du sort de sa femme et surtout de son fils qui est aux mains des Autrichiens. Le gouvernement royaliste refuse bientĂŽt de lui verser la pension promise et des rumeurs circulent quant Ă sa dĂ©portation vers une petite Ăźle de lâocĂ©an Atlantique sud. NapolĂ©on dĂ©cide donc de retourner sur le continent pour reprendre le pouvoir. La Route NapolĂ©on et le « Vol de lâAigle »
Les armĂ©es envoyĂ©es pour lâarrĂȘter lâaccueillent en hĂ©ros partout sur la route qui porte aujourd'hui son nom. Le marĂ©chal Ney, qui avait jurĂ© Ă Louis XVIII de lui ramener Bonaparte dans une cage de fer, sâincline devant son ancien souverain, ce qui lui vaudra dâĂȘtre le seul marĂ©chal exĂ©cutĂ© pour trahison lors de la Seconde Restauration. NapolĂ©on arrive sans coup fĂ©rir Ă Paris. Cette montĂ©e Ă Paris est connue comme le « Vol de lâAigle », inspirĂ© des paroles de NapolĂ©on : « LâAigle volera de clocher en clocher jusquâaux tours de Notre-Dame ». En 1932, la Route NapolĂ©on sera inaugurĂ©e entre Golfe-Juan et Grenoble. Des aigles volants jalonnent ce parcours. Le retour au pouvoir et la dĂ©faite finaleLa fuite de Louis XVIII et le retour de NapolĂ©on aux Tuileries le 20 mars 1815 marquent le dĂ©but de la pĂ©riode dite des Cent-Jours. NapolĂ©on fait Ă©tablir lâActe additionnel aux Constitutions de lâEmpire (22 avril), connu aussi sous le nom de Charte de 1815. Une Chambre des reprĂ©sentants est Ă©lue. Sur le plan international, NapolĂ©on affirme ses volontĂ©s pacifiques, mais les alliĂ©s nâacceptent pas ce retour et reprennent les armes contre la France. LâarmĂ©e napolĂ©onienne est finalement dĂ©faite Ă la bataille de Waterloo le 18 juin 1815. La jonction des armĂ©es prussiennes et britanniques, que ne peut empĂȘcher le marĂ©chal Grouchy, a raison des troupes impĂ©riales. Le retour de NapolĂ©on et sa dĂ©faite finale rendent encore plus prĂ©caire la situation internationale de la France. Celle-ci est traitĂ©e plus durement par les alliĂ©s en 1815 que lors des traitĂ©s de Vienne. NapolĂ©on laisse en effet une France exsangue. DĂ©mographiquement, elle a perdu environ 1 700 000 hommes depuis 1792, dont la majoritĂ© pendant les guerres napolĂ©oniennes. Elle est Ă©conomiquement ruinĂ©e. Ses ports et ses arsenaux le sont Ă©galement. Le pays a perdu toutes les colonies qui lui restaient de lâAncien RĂ©gime. Son influence internationale, mise en place depuis Richelieu et Louis XIV, est rĂ©duite Ă nĂ©ant. Le territoire national est ramenĂ© Ă une Ă©tendue moindre que sous Louis XVI. La Sarre et les villes de Marienbourg, Philippeville et Landau, acquises sous Louis XIV, sont cĂ©dĂ©es aux coalisĂ©s. De plus ce territoire est occupĂ©, et le pays doit payer une lourde indemnitĂ© de guerre pour lâentretien des troupes Ă©trangĂšres Ă©tablies sur son sol. Lorsque NapolĂ©on quitte la France, il nâest pas regrettĂ©. Câest Ă Sainte-HĂ©lĂšne que va se forger sa lĂ©gende. Demandant l'asile au « plus constant de ses ennemis », l'Angleterre, il est d'abord pris en charge par le BellĂ©rophon, puis transfĂ©rĂ© le 7 aoĂ»t 1815 sur le Northumberland qui le dĂ©posera Ă Sainte-HĂ©lĂšne. On ne lui donne pas l'occasion de poser le pied en Angleterre, les officiers britanniques voulant absolument Ă©viter que NapolĂ©on puisse demander le droit d'asile en invoquant l'Habeas Corpus. Par ailleurs, les britanniques, qui n'ont jamais officiellement reconnu l'Empire, affectent d'appeler NapolĂ©on « gĂ©nĂ©ral Bonaparte », ce qui met l'Empereur hors de lui. Exil Ă Sainte-HĂ©lĂšne et mortArticle dĂ©taillĂ© : Exil de NapolĂ©on Ă Sainte-HĂ©lĂšne.
NapolĂ©on est dĂ©portĂ© et emprisonnĂ© par les Britanniques sur lâĂźle Sainte-HĂ©lĂšne, commandĂ©e d'abord par l'amiral Cockburn puis par Sir Hudson Lowe. L'Empereur est accompagnĂ© d'une petite troupe de fidĂšles, parmi lesquels le Grand MarĂ©chal du palais Bertrand, le comte de Las Cases, le gĂ©nĂ©ral Montholon, et le gĂ©nĂ©ral Gourgaud. Il se consacre Ă lâĂ©criture de ses mĂ©moires qu'il dicte Ă Las Cases. Il essaye aussi dâapprendre lâanglais ; il reçoit plusieurs visiteurs de passage Ă Sainte-HĂ©lĂšne, qui est alors une escale importante pour tout navire contournant l'Afrique. Une fois installĂ© Ă Longwood, il Ă©vite de sortir car Lowe a donnĂ© lâordre que lâempereur doit ĂȘtre partout sous garde. NapolĂ©on tombe progressivement malade et sâaffaiblit. Dans la seconde moitiĂ© du mois dâavril 1821, il Ă©crit lui-mĂȘme ses derniĂšres volontĂ©s et plusieurs codicilles, une quarantaine de pages au total. Ses derniers mots sont : « France, armĂ©e, JosĂ©phine », ou, selon les mĂ©moires de Sainte-HĂ©lĂšne : « tĂȘte⊠armĂ©e⊠Mon Dieu ! ». Nerval, dans son poĂšme Ă la mort de lâExilĂ©, note : « Les derniĂšres paroles de NapolĂ©on mourant furent : « Mon Dieu et la nation française⊠française⊠mon fils⊠tĂȘte armĂ©e ». On ne sait ce que signifiaient ces mots. », et une version courante affirme quâil aurait dit en fait : « tĂȘte dâarmĂ©e », ce qui est bien moins Ă©nigmatique. NapolĂ©on meurt un samedi, le 5 mai 1821, « Ă 17 heures et 49 minutes », rendant ainsi « le plus puissant souffle de vie qui eut jamais agitĂ© l'argile humaine » (Chateaubriand). Cependant, les causes de sa mort ont fait l'objet de controverses ; officiellement les mĂ©decins ont conclu Ă une mort des suites d'un cancer de l'estomac, mais l'hypothĂšse fut avancĂ©e d'un empoisonnement Ă l'arsenic. Hudson Lowe, geĂŽlier de NapolĂ©on Ă Sainte-HĂ©lĂšne, devant son lit de mort, dĂ©clara :
Retour de ses cendres en France (1840)Article détaillé : Le retour des cendres de Napoléon.
NapolĂ©on demanda Ă ĂȘtre enterrĂ© sur les bords de la Seine, auprĂšs du peuple français quâil avait tant aimĂ©, mais lorsquâil mourut en 1821 il fut inhumĂ© Ă Sainte-HĂ©lĂšne.
Tombeau de Napoléon aux Invalides
Dix-neuf ans aprĂšs la mort de NapolĂ©on, le roi Louis-Philippe Ier put obtenir du Royaume-Uni la restitution des cendres de NapolĂ©on. Lâexhumation du corps eut lieu le 15 octobre 1840. Son corps fut rapatriĂ© triomphalement Ă Paris et enterrĂ© aux Invalides, dans « un grand sarcophage (...) de porphyre rouge â en fait du quartzite aventurinĂ© de Finlande, proche du porphyre â, posĂ© sur un socle de granit vert des Vosges »22,23. Le socle en marbre noir provient de la carriĂšre de marbre de Sainte-Luce (IsĂšre). Le transport de ce bloc de 5,5 mĂštres de long, 1,20 mĂštre de large et 0,65 mĂštre d'Ă©paisseur, ne se fit pas sans peine24. AprĂšs 1854, lâEmpereur NapolĂ©on III nĂ©gocia avec le gouvernement britannique lâachat de Longwood House et de la vallĂ©e du Tombeau (Sainte-HĂ©lĂšne), qui devinrent propriĂ©tĂ©s françaises en 1858 et sont gĂ©rĂ©es depuis par le ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres. Ătat de santĂ© de NapolĂ©onSi la mort de NapolĂ©on a mis en avant les problĂšmes de santĂ© dont il souffrait durant son exil Ă Sainte HĂ©lĂšne, toute sa vie cependant fut marquĂ©e par des dĂ©sordres pathologiques plus ou moins graves. Lors de son autopsie on mesura sa taille qui Ă©tait de 5 pieds, 2 pouces, 4 lignes ce qui correspond Ă 1,68725 m. De constitution robuste et endurante, il pouvait monter plusieurs heures Ă cheval sans Ă©prouver de fatigue26. Le gĂ©nĂ©ral Bonaparte apparaĂźt dans sa jeunesse maigre et Ă©lancĂ©, les annĂ©es venant il s'empĂąte devenant presque obĂšse Ă l'Ă©poque de son exil. En 1785, il souffre de fiĂšvre alors qu'il se trouve Ă Auxonne comme lieutenant27. Ă partir de 1786, il est atteint de paludisme et soufre de fiĂšvre par crises intermittentes jusqu'en 179628,29, En 1793, il contracte la gale lors du siĂšge de Toulon dont il garde des sĂ©quelles durant toute sa vie, l'obligeant Ă prendre des bains pour calmer des dĂ©mangeaisons30. Talleyrand et la comĂ©dienne Mademoiselle George ont Ă©tĂ© tĂ©moins de crises qui furent assimilĂ©es Ă l'Ă©pilepsie31 Il souffre principalement de problĂšmes abdominaux dont une douleur chronique au cĂŽtĂ© droit, et hĂ©patiques, ainsi que de dysurie dont l'aggravation est constatĂ©e lors de la campagne de Russie32. NapolĂ©on ne portait pas la main dans son gilet pour soulager une douleur Ă l'estomac33. Ce geste rencontrĂ© dans les portraits officiels, Ă©tait une posture inspirĂ©e de l'attitude oratoire du philosophe Eschine, et que l'on retrouve dans d'autres portraits du XVIIIe siĂšcle34. Controverses sur sa mortArticle dĂ©taillĂ© : Mort de NapolĂ©on.
La cause officielle du dĂ©cĂšs de NapolĂ©on Ă©tait un cancer de lâestomac. Mais si lâEmpereur montrait un certain embonpoint au moment de sa mort (75,5 kg pour 1,67 m, « surpoids » pouvant engendrer des risques mĂ©dicaux non nĂ©gligeables), certains chercheurs[Qui ?] ont observĂ© les pantalons quâil mettait Ă lâĂ©poque et constatĂ© quâau cours des 5 derniers mois de son existence, il avait perdu prĂšs de 11 kg. En 1955, le journal de Louis Marchand, le valet de NapolĂ©on, fut publiĂ©. Il dĂ©crit les derniers mois de NapolĂ©on jusquâĂ sa mort et Sven Forshufvud conclut Ă sa lecture que l'Empereur fut victime dâun empoisonnement Ă long terme Ă lâarsenic, qui lâaurait suffisamment affaibli pour que les traitements mĂ©dicaux de lâĂ©poque puissent lâachever35. Pascal Kintz, de lâinstitut lĂ©gal de Strasbourg, fit en 2001 une Ă©tude du niveau dâarsenic trouvĂ© dans les cheveux de NapolĂ©on aprĂšs sa mort, de 7 Ă 38 fois le niveau normal, mais il ne conclut pas que cela soit le rĂ©sultat d'un empoisonnement36 ; les analyses du magazine Science & vie montrent que des concentrations similaires dâarsenic peuvent ĂȘtre trouvĂ©es dans des Ă©chantillons prĂ©levĂ©s en 1805, 1814 et 1821. Des Ă©tudes françaises ont montrĂ© que NapolĂ©on plongeait quotidiennement ses cheveux dans des bains dâarsenic car la croyance populaire voulait que lâarsenic prolonge la vie et lâĂ©clat de la chevelure, ce qui expliquerait le taux anormalement Ă©levĂ© dâarsenic retrouvĂ© dans ses cheveux. Une analyse des mĂšches de cheveux de sources variĂ©es permet de reconstituer un histogramme dĂ©taillĂ© du contenu d'arsenic dans le corps de NapolĂ©on. La concentration est le plus souvent basse puis de temps en temps une concentration trĂšs forte apparaĂźt, indiquant qu'une dose forte d'arsenic aurait Ă©tĂ© absorbĂ©e. Toutefois les cheveux Ă©tudiĂ©s ayant Ă©tĂ© prĂ©levĂ©s sans le bulbe, il est impossible d'affirmer avec certitude que ce soit les vrais cheveux de NapolĂ©on37. En revanche, la thĂšse d'empoisonnement est rendue difficilement soutenable suite Ă une Ă©tude clinico-pathologique le 12 janvier 2007 menĂ©e par des chercheurs suisses, amĂ©ricains et canadiens de l'universitĂ© de BĂąle et publiĂ©e dans la revue Nature Clinical Practice Gastroenterology and Hepatology, selon laquelle l'Empereur aurait Ă©tĂ© emportĂ© par un cancer gastrique avancĂ© avec envahissement des ganglions lymphatiques38. Leurs travaux, se fondant sur les rapports des mĂ©decins prĂ©sents Ă Sainte-HĂ©lĂšne, indiquent que son cancer serait survenu sur fond d'inflammation chronique de l'estomac causĂ© par un micro-organisme, et non pas sur fond de prĂ©disposition familiale. Toujours selon les descriptions contemporaines, la paroi de l'estomac prĂ©sentait une lĂ©sion d'environ dix centimĂštres. En mai 2009, Arne SĂžrensen, nĂ©phrologue danois Ă la retraite, publie Napoleons Nyrer (Les Reins de NapolĂ©on), livre dans lequel il affirme que NapolĂ©on serait dĂ©cĂ©dĂ© des suites d'« insuffisances et intoxications rĂ©nales39 ». LâhĂ©ritage napolĂ©onienArticle dĂ©taillĂ© : LĂ©gende napolĂ©onienne.
Fin 1799, lâĂ©tat de la France est catastrophique. Lâanarchie administrative rĂšgne, les impĂŽts nâarrivent pas aux caisses de lâĂtat, le brigandage sâest dĂ©veloppĂ©, les routes sont dĂ©foncĂ©es, les rĂ©gions frontaliĂšres dĂ©vastĂ©es Ă cause de la guerre, le commerce est au plus mal, lâindustrie (notamment celle de la soie Ă Lyon) ruinĂ©e, le chĂŽmage fait une percĂ©e, le prix du pain est trop Ă©levĂ© pour les ouvriers, les hĂŽpitaux ne marchent pas⊠Câest le moment que Bonaparte, qui est Ă lâĂ©poque encore un gĂ©nĂ©ral rĂ©volutionnaire, choisit pour abandonner son armĂ©e en Ăgypte et monter Ă Paris, fomenter un coup dâĂtat, le 10 novembre 1799. EntourĂ© dâune aurĂ©ole de prestige (il vient de sortir vainqueur de la campagne dâItalie et la campagne dâĂgypte est, pour le moment, encore une rĂ©ussite), il ne trouve que peu de rĂ©sistance et lâopinion publique ne le dĂ©savoue pas. Mais les rĂ©publicains sont inquiets : NapolĂ©on incarne-t-il l'avĂšnement dĂ©finitif des valeurs de la RĂ©volution, ou promet-il, au contraire, la destruction de la pensĂ©e rĂ©volutionnaire ? On peut considĂ©rer aujourd'hui que NapolĂ©on solidifiera Ă plus d'un titre lâhĂ©ritage de la RĂ©volution ; s'il en finit avec la RĂ©publique et arrĂȘte le mouvement rĂ©volutionnaire, il restera fidĂšle aux principes de la RĂ©volution qu'il cherchera Ă exporter Ă l'Ă©chelle europĂ©enne voire mondiale. Le Consulat, en somme, objective ce mouvement. Le Consul NapolĂ©on Bonaparte, grĂące Ă une sĂ©rie de mesures, permet Ă la rĂ©volution de sâinstaller dans le temps. Bonaparte va d'abord s'employer Ă crĂ©er des institutions neuves, lesquelles perdureront jusqu'Ă nos jours. La nouvelle constitution quâil fait rĂ©diger renforce le pouvoir exĂ©cutif au dĂ©triment du pouvoir lĂ©gislatif, crĂ©e une administration centralisĂ©e, organisĂ©e en directions et ministĂšres (dont le nouveau ministĂšre de lâIntĂ©rieur, confiĂ© Ă FouchĂ©) spĂ©cialisĂ©s et uniformisĂ©s. Il garde les divisions administratives créées lors de la RĂ©volution. Ces institutions solides permettent un renforcement de lâautoritĂ© de lâĂtat, font revivre le pays et Ă©loignent un peu plus le risque de retour Ă lâAncien RĂ©gime. Les caisses de lâĂtat sont renflouĂ©es, NapolĂ©on dĂ©cide Ă©galement de fonder des villes nouvelles comme La Roche-sur-Yon ou Pontivy Ensuite, NapolĂ©on Bonaparte sâinscrit dans la lignĂ©e de la RĂ©volution. AprĂšs le coup dâĂtat, les institutions changent, mais la majoritĂ© des personnes qui vont occuper des postes Ă©taient dĂ©jĂ en place lors du Directoire : dans les assemblĂ©es créées par la Constitution de l'an X, la plupart des sĂ©nateurs, tribuns ou membres du Conseil dâĂtat avaient dĂ©jĂ des postes Ă responsabilitĂ© sous le rĂ©gime prĂ©cĂ©dent, les prĂ©fets sont choisis dans les assemblĂ©es rĂ©volutionnaires⊠Cela permet Ă Bonaparte de mieux contrĂŽler lâopposition. Les rĂ©formes quâil met en place sont la suite logique de celles dĂ©jĂ entreprises sous la RĂ©volution. Les rĂ©formes financiĂšres et commerciales qui lui sont attribuĂ©es ont, pour une partie dâentre elles, Ă©tĂ© imaginĂ©es par les membres du Directoire. La signature du Concordat en 1801 permet Ă NapolĂ©on de sâassurer le soutien de beaucoup de catholiques qui Ă©taient hĂ©sitants jusquâalors, et les royalistes en perdent autant, lâune des raisons fondamentales de lâappui de la population Ă ce mouvement Ă©tant le caractĂšre anti-catholique de la RĂ©volution. Ce Concordat, qui nâinstaure pas le catholicisme comme religion dominante et qui aurait pu ĂȘtre vu comme une volontĂ© de retour Ă lâAncien RĂ©gime, permet Ă Bonaparte dâobtenir une nouvelle lĂ©gitimitĂ© et dâasseoir un peu plus son autoritĂ©. Le Concordat maintient la vente des biens nationaux. GrĂące Ă ces deux traitĂ©s, Bonaparte neutralise lâopposition royaliste et semble sâinscrire dans lâhĂ©ritage rĂ©volutionnaire. Finalement, le Code civil français est un ouvrage rĂ©volutionnaire. CommencĂ© en 1800 et publiĂ© finalement en 1804, il remplace tout le droit antĂ©rieur, et conserve la mĂ©ritocratie, lâimpĂŽt Ă©galitaire, la conscription, la libertĂ© dâentreprise et de concurrence ainsi que de travail, consacre la disparition de lâaristocratie fĂ©odale, et en principe lâĂ©galitĂ© devant la Loi. En conservant et en inscrivant dans le Code tous ces acquis de la RĂ©volution, Bonaparte leur permit de traverser les rĂ©gimes et rassura une grande partie de la population. Mais NapolĂ©on a aussi supprimĂ© bon nombre dâacquis rĂ©volutionnaires. Tout dâabord, les cultes rĂ©volutionnaires sont abolis. Les libertĂ©s dâexpression, de rĂ©union, de circulation et de presse sont supprimĂ©es au profit dâun Ă©tat autoritaire et dâune surveillance trĂšs accrue de la population, orchestrĂ©e par FouchĂ©. LâĂ©galitĂ© proclamĂ©e dans le Code civil nâest pas respectĂ©e : la femme dĂ©pend de son mari ; les patrons ont un trĂšs grand pouvoir sur les ouvriers, le livret ouvrier les rĂ©duisant Ă ĂȘtre des quasi-serfs ; lâesclavage est rĂ©tabli dans les colonies ; les fonctionnaires sont privilĂ©giĂ©s en matiĂšre de Justice⊠Ensuite, lâinstauration des prĂ©fets, qui sont lâĂ©quivalent des intendants, la crĂ©ation du conseil dâĂtat, Ă©quivalent du conseil du roi, dâune nouvelle noblesse basĂ©e sur la notabilitĂ©, les faux plĂ©biscites organisĂ©s (des votes sont inventĂ©s, il nây a pas de secret de vote, on ratifie un fait dĂ©jĂ accompliâŠ) font redouter le pire aux jacobins. Le spectre du retour Ă la monarchie les hante. Finalement, en devenant tour Ă tour premier consul, consul Ă vie puis empereur, il en finit avec la RĂ©publique. La faveur publique lui permet de rĂ©diger la Constitution de lâan VIII, qui lui donne la rĂ©alitĂ© des pouvoirs et surtout ne fait pas mention de la souverainetĂ© nationale. Cette constitution divise le pouvoir lĂ©gislatif, qui Ă partir de ce moment, perdra toute influence. Câest au cours de lâan X que sâest opĂ©rĂ©e la transformation du rĂ©gime encore rĂ©publicain en un despotisme auquel ne manquait quâune couronne. Le poste de premier consul Ă vie sonne le glas de la RĂ©publique. Ces changements de rĂ©gime permettent surtout Ă NapolĂ©on dâĂȘtre de moins en moins dĂ©pendant de ses succĂšs ou Ă©checs et lui donnent une autre dimension vis-Ă -vis des autres dirigeants europĂ©ens. NapolĂ©on a donc aussi supprimĂ© bon nombre dâacquis rĂ©volutionnaires. NapolĂ©on arrĂȘte le mouvement rĂ©volutionnaire mais non la RĂ©volution. En obtenant la confiance des bourgeois (grĂące Ă la vente des biens nationaux, Ă la paix maritime et continentale, Ă la crĂ©ation dâune noblesse mĂ©ritocratiqueâŠ), grĂące au prestige de grandes victoires (Marengo 1800), Ă la bonne rĂ©solution des crises telle celle de 1802 (disette et chĂŽmage), NapolĂ©on obtient le soutien populaire et sâaffranchit peu Ă peu du processus rĂ©volutionnaire, qui ne lui est plus nĂ©cessaire. Au fil des annĂ©es, alors que sa popularitĂ© ne va cesser de croĂźtre, il va monter en puissance et sâĂ©loigner de la RĂ©publique. En 1804, aprĂšs divers complots visant son assassinat et la reprise des hostilitĂ©s avec le Royaume-Uni, il est perçu comme le seul rempart face aux ennemis de la RĂ©volution, et la question de lâhĂ©rĂ©ditĂ© devient un sujet de prĂ©occupations. Il en profite pour se faire sacrer Empereur (ou plutĂŽt, se sacrer). Ce qui pourrait ĂȘtre vu comme lâaboutissement du projet dâun tyran ne lâest pas. En effet, lors du sacre, NapolĂ©on dĂ©clare ĂȘtre dans la continuitĂ© de la rĂ©volution, et est soutenu par les rĂ©volutionnaires eux-mĂȘmes, malgrĂ© la fin du processus rĂ©volutionnaire. Les guerres impĂ©riales ont perpĂ©tuĂ© la RĂ©volution. Dans tous les pays conquis, NapolĂ©on Ier impose le Code civil et par consĂ©quent toutes les notions rĂ©volutionnaires qui en font partie. Il est considĂ©rĂ© dans un premier temps comme le libĂ©rateur de lâEurope. Mais Ă partir de la QuatriĂšme coalition, qui commence en 1806, le but de ces guerres ne sera plus la propagation des idĂ©es rĂ©volutionnaires. MalgrĂ© la dĂ©faite napolĂ©onienne de 1815, les idĂ©es de libertĂ© et dâĂ©galitĂ© resteront fermement implantĂ©es dans les pays qui avaient Ă©tĂ© conquis, et de nombreux bouleversements au fil du XIXe siĂšcle en dĂ©couleront. RĂ©tablissement de l'esclavageNapolĂ©on nâest pas esclavagiste comme le prouve pendant sa jeunesse, et jusqu'en 1789 au moins, sa passion pour les ouvrages de lâAbbĂ© Raynal. Toutefois, la premiĂšre abolition de l'esclavage, dans les colonies le 4 fĂ©vrier 1794 et ses consĂ©quences Ă©conomiques et politiques nĂ©fastes amĂšnent le Premier consul Ă se saisir du problĂšme. DĂšs leurs entrĂ©es en fonction, les trois Consuls assurent aux anciens esclaves que la libertĂ© qui leur a Ă©tĂ© accordĂ©e par la Convention sera respectĂ©e. C'est le cas jusquâen 1802. Car, Ă la signature du TraitĂ© d'Amiens le 25 mars 1802, lâAngleterre doit rendre Ă la France les Ăźles occupĂ©es. Parmi celles-ci se trouvent notamment Sainte-Lucie et la Martinique qui nâont pas bĂ©nĂ©ficiĂ© de la loi sur l'abolition de lâesclavage. Face Ă cet imbroglio, le pouvoir en place se dĂ©cide au statu quo : les Ăźles oĂč il nây a plus d'esclavage resteront libres, par contre celles occupĂ©es jusque lĂ par l'Angleterre conserveront les lois existantes. Une commission composĂ©e de CambacĂ©rĂšs et de trois conseillers d'Ătat Dupuis, RĂ©gnault de St Jean dâAngĂ©ly et de l'amiral Bruix travaille sur un projet qui allait dans le sens dĂ©sirĂ© par Bonaparte. Mais il apparaĂźt difficile de faire cohabiter deux principes opposĂ©s dans le mĂȘme projet de loi. Il est dĂ©cidĂ© de ne mentionner que le cas des territoires rĂ©cupĂ©rĂ©s Ă l'occasion du traitĂ© d'Amiens, et de ne rien mentionner pour les colonies oĂč l'esclavage Ă©tait dĂ©jĂ aboli. Dans le maintien de l'esclavage en Martinique, le Premier Consul est poussĂ© notamment par ses ministres (l'amiral DĂ©crĂšs, Talleyrand...) et l'intendant gĂ©nĂ©ral aux colonies Guillemin de Vaivre, originaire de Saint Domingue, mais aussi par son Ă©pouse JosĂ©phine, d'origine martiniquaise et dont la famille et les amis avaient de nombreux intĂ©rĂȘts en Martinique... « Lâesclavage ainsi que la Traite des Noirs et leur importation dans les colonies restituĂ©es par le traitĂ© d'Amiens auront lieu conformĂ©ment aux lois et rĂšglements antĂ©rieurs Ă 1789 ». Article dĂ©taillĂ© : Loi du 20 mai 1802.
DĂ©but juin, il fait arrĂȘter et dĂ©porter Toussaint Louverture, qui s'Ă©tait distinguĂ© pendant la rĂ©volte des esclaves de Saint-Domingue onze ans plus tĂŽt et qui, convaincu par l'abolition de l'esclavage de 1794, avait gardĂ© la colonie Ă la France. L'Antillais devait mourir - de froid - un an plus tard au fort de Joux, dans le Doubs, dĂ©partement rĂ©putĂ© pour la rigueur de ses hivers. Une deuxiĂšme phase de la guerre de Saint-Domingue dĂ©bute, elle provoque bien des massacres de part et d'autre. Ce sont les soldats indigĂšnes de Saint-Domingue qui sortent victorieux de ces terribles combats et crĂ©ent, en janvier 1804, la premiĂšre RĂ©publique noire indĂ©pendante HaĂŻti. Article dĂ©taillĂ© : ExpĂ©dition de Saint-Domingue.
La Guadeloupe se rĂ©volte aussi en 1802 mais la rĂ©bellion conduite par Louis DelgrĂšs Ă©choue et se termine par le suicide collectif des insurgĂ©s. Ă des milliers de kilomĂštres de la France, le gĂ©nĂ©ral Richepance et son Ă©tat-major ont rĂ©tabli l'ordre avec beaucoup de brutalitĂ©. Ils vont progressivement rĂ©imposer l'ancien Code noir et l'esclavage. Ă noter que dans les armĂ©es françaises, il se trouvait des gĂ©nĂ©raux et des soldats noirs et mĂ©tis (mulĂątres). La lutte entre les rĂ©voltĂ©s et le pouvoir consulaire n'a pas toujours eu des origines raciales au sens oĂč l'on entend aujourd'hui mais plutĂŽt sociales entre possĂ©dants et possĂ©dĂ©s. De retour de l'Ăźle dâElbe en 1815, NapolĂ©on dĂ©crĂšte l'abolition de la traite des esclaves, qui aligne la France sur la dĂ©cision que vient de prendre le CongrĂšs de Vienne. Sa dĂ©cision est confirmĂ©e par le traitĂ© de Paris le 20 novembre 1815. NĂ©anmoins, Ă la Restauration, celle-ci reste lettre morte. Les rĂ©alisations de NapolĂ©on BonaparteSous le ConsulatLe Consulat est essentiellement une pĂ©riode de pacification et de stabilisation de la France, aprĂšs la dĂ©cennie rĂ©volutionnaire. De nombreuses institutions sont fondĂ©es, qui survivent longtemps Ă leur crĂ©ateur ; elles reprennent certains acquis de la RĂ©volution et existent encore de nos jours. Ainsi dĂšs le 13 dĂ©cembre (22 frimaire an VIII) 1799, la Constitution de l'an VIII rĂ©digĂ©e par Bonaparte, en son article 52 crĂ©e le Conseil dâĂtat. Cet organe est au dĂ©part chargĂ© de rĂ©diger les lois pour dĂ©charger les ministĂšres et doit conseiller le gouvernement sur la lĂ©gislation Ă entreprendre. Dans cette Constitution, NapolĂ©on Bonaparte crĂ©e Ă©galement le SĂ©nat, s'inspirant du SĂ©nat romain, il est chargĂ© de veiller au respect de la Constitution et ses membres sont nommĂ©s par le Premier Consul, puis par l'Empereur. En 1800, le Premier consul Bonaparte crĂ©e deux institutions importantes, existant toujours : d'une part, le 13 fĂ©vrier (24 pluviĂŽse an VIII), il instaure la Banque de France ; d'autre part, le 17 fĂ©vrier (loi du 28 pluviĂŽse an VIII), Bonaparte crĂ©e les prĂ©fectures avec Ă leur tĂȘte un corps prĂ©fectoral nommĂ© par l'Empereur et reprĂ©sentant de l'Ătat. Toutes ces institutions permettent de rĂ©organiser l'administration en France, qui ne fonctionnait plus depuis le dĂ©but de la RĂ©volution en 1789[rĂ©f. nĂ©cessaire]. Cette rĂ©organisation permet de ramener l'ordre et de relancer l'Ă©conomie. Mais l'ordre intĂ©rieur sera totalement ramenĂ© le 15 juillet 1801, quand NapolĂ©on Bonaparte signe avec le pape Pie VII le Concordat rĂ©conciliant la France avec l'Ăglise, tout en maintenant la libertĂ© de cultes Ă©tablie par la DĂ©claration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Bonaparte souhaite rĂ©organiser la sociĂ©tĂ© française dans de nombreux domaines :
NapolĂ©on Bonaparte instaure aussi la LĂ©gion d'honneur, dĂ©cernĂ©e aux personnes mĂ©ritantes et ayant accompli une bonne action. La pĂ©riode du Consulat est considĂ©rĂ©e comme la pĂ©riode la plus bĂ©nĂ©fique et prolifique du rĂšgne de NapolĂ©on[rĂ©f. nĂ©cessaire]. En effet, durant cette pĂ©riode, Bonaparte rĂ©organise tout et pose les fondations de la France actuelle ; ainsi la quasi-totalitĂ© des rĂ©alisations de Bonaparte existent-elles encore aujourd'hui malgrĂ© les rĂ©formes successives. Durant cette pĂ©riode, la France voit son Ă©conomie redynamisĂ©e, son administration rĂ©organisĂ©e, une justice plus performante, une Ă©ducation dĂ©veloppĂ©e et la paix retrouvĂ©e tant Ă l'intĂ©rieur qu'Ă l'extĂ©rieur. Mais toutes ces transformations ne sont qu'une maniĂšre de parvenir Ă la plus haute marche, celle de l'Empire. Sous lâEmpire
LâĆuvre lĂ©gislativeBonaparte opĂšre dĂšs les dĂ©buts du Consulat de nombreuses rĂ©formes dans lâĂ©ducation, la justice, la finance et le systĂšme administratif. Son ensemble de lois civiles, rĂ©digĂ© par Portalis, Maleville, Bigot de PrĂ©ameneu et Tronchet et connu sous le nom de Code NapolĂ©on de 1804, a encore une forte influence dans de nombreux pays de nos jours. Le Code civil français est toutefois trĂšs largement inspirĂ© dâun Ă©ventail de lois et coutumes diverses dĂ©jĂ existantes sous lâAncien RĂ©gime quâil unifia. Son Ćuvre administrative se prolongea jusquâen 1814. Entre autres rĂ©formes, il dĂ©butera le travail de cadastrer le territoire français. En architecture et urbanismeĂ Paris
En dehors de l'Ăle-de-France
Regards des contemporainsD'aprĂšs Jean-Antoine Chaptal,
Surnoms
CorrespondanceNapolĂ©on Bonaparte a entretenu une abondante correspondance, en partie Ă usage privĂ©, mais surtout une importante correspondance officielle. De son vivant, quelques-unes de ces lettres ont Ă©tĂ© publiĂ©es, soit isolĂ©ment, soit en recueils, mais souvent dans un but dâexaltation ou au contraire de polĂ©mique. Dans les annĂ©es 1850, lâempereur NapolĂ©on III fait publier la correspondance de son oncle. Si cette nouvelle publication a aussi un but de propagande, elle sera plus sĂ©rieuse que ce qui avait Ă©tĂ© fait jusque-lĂ . Toutefois, certaines lettres nâont pas Ă©tĂ© retrouvĂ©es, dâautres ont Ă©tĂ© volontairement omises, et le texte a parfois Ă©tĂ© expurgĂ© sous divers prĂ©textes. Lorsque paraĂźt en 1869 le dernier volume de la correspondance de NapolĂ©on Ier, l'officier Louis Rossel dĂ©montre que les livres de stratĂ©gie attribuĂ©s Ă ce dernier par la commission chargĂ©e de publier la correspondance, ne sont pas et ne peuvent pas ĂȘtre de lui. Dans les annĂ©es suivantes, de nouvelles lettres ont Ă©tĂ© publiĂ©es, souvent sous la forme de recueils spĂ©cifiques (lettres de NapolĂ©on Ă un mĂȘme correspondant). Dâautres rĂ©apparaissaient ponctuellement. La Fondation NapolĂ©on a entrepris depuis quelques annĂ©es une vaste entreprise de publication scientifique de lâensemble de la correspondance de lâempereur. Elle a lancĂ© pour cela un appel afin de rĂ©cupĂ©rer les documents qui pourraient se trouver dans diffĂ©rents dĂ©pĂŽts dâarchives ou bibliothĂšques, et surtout chez des particuliers. Pour les rĂ©fĂ©rences des Ă©ditions, voir plus bas. NapolĂ©on et l'islamComme il le confie aprĂšs sa campagne d'Ăgypte, NapolĂ©on s'est inspirĂ© des ouvrages de Volney censĂ©s aider Ă la domination de l'Orient, voire les a appliquĂ©s de façon littĂ©rale40. Ainsi, dĂšs son arrivĂ©e et celle de ses troupes en Ăgypte, tout est fait pour convaincre les musulmans qu'il se bat pour l'islam40. Il proclame par exemple le 2 juillet 1798 Ă Alexandrie, en parlant de lui et de son armĂ©e : « nous sommes les vĂ©ritables musulmans40. » Ăternellement sans identitĂ© fixe, il renaĂźt en tant que Sultan el-Kebir (« le Grand ») et converti Ă l'islam. Il porte Ă titre expĂ©rimental le turban et le kaftan, et se promeut comme l'apĂŽtre de Mahomet envoyĂ© pour restaurer la gloire de l'islam d'antan. Il aurait voulu que ses soldats se convertissent en masse mais cela ne fut pas possible Ă©tant donnĂ© qu'ils buvaient tous de l'alcool et Ă©taient la plupart non circoncis41. Certains chercheurs estiment que NapolĂ©on s'est sincĂšrement intĂ©ressĂ© Ă l'islam42, et en a mĂȘme fait l'Ă©loge, le considĂ©rant comme l'accomplissement de la religion, rĂ©ussissant lĂ ou le christianisme et le judaĂŻsme avaient Ă©chouĂ©43. Toutefois, au crĂ©puscule de sa vie, il avoua Ă Las Cases, son mĂ©morialiste et confident Ă Sainte-HĂ©lĂšne, que ces paroles relevaient de « la haute charlatanerie44 ». La familleFamille dâenfanceParentsFrĂšres et sĆurs
Mariages et enfantsNapolĂ©on sâest mariĂ© deux fois :
Napoléon s'était fiancé le 21 avril 1795 à Désirée Clary (1777-1860), future reine de SuÚde et de NorvÚge. Mais la rencontre par Napoléon de Joséphine de Beauharnais à Paris, le 15 octobre 1795, par le biais de son ami Paul Barras, le fait renoncer à ce projet de mariage, non sans mauvaise conscience comme en témoigne sa correspondance avec Désirée. Napoléon a également eu au moins deux enfants illégitimes, qui tous les deux ont eu des descendants :
Et selon des sources plus contestées :
Neveux et niĂšces
Oncle
Descendance célÚbreVoir aussiLiens internesVie personnelle
ĂvĂ©nements â RĂ©gimes
Divers
Chevaux de NapoléonLiens externes
BibliographieTextes de Napoléon Ier
Ăditions de la correspondance
Ăcrits de jeunesse
Bibliographie sur Napoléon Ier
Témoignages
Ouvrages de fiction
Ătudes historiques classiques
Ouvrages modernes
Napoléon et Joseph Fouché
Iconographie
Filmographie sélectiveFilmographie sur Napoléon Ier
Parmi les trĂšs nombreux films et tĂ©lĂ©films consacrĂ©s au personnage ou le faisant figurer, avec lâacteur qui lây incarne :
Jeux vidéo
Musées
Notes et références
Chronologies
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