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Un mot-valise est un néologisme formé par la fusion d'au moins deux mots existant dans la langue de telle sorte qu'un de ces mots au moins y apparaisse tronqué voire méconnaissable1,2. Il peut s'agir d'une haplologie : une même syllabe constitue à la fois la fin d'un mot et le début d'un autre, et le procédé consiste alors à les accoler sans répéter cette partie commune, d'autres fois, un seul des mots se voit amuï. Le mot-valise se distingue du mot composé et du mot dérivé par la troncation (abrègement de mots par la suppression d'au moins une syllabe) et l'amalgame des éléments des mots d'origine, et par le fait que ceux-ci ne sont plus, par conséquent, immédiatement identifiables. Le but du mot-valise est de faire un jeu de mots, ou d'enrichir la langue en « luttant contre les dictationnaires » (Bruno San Marco). C'est un phénomène proche de l’orthographe fantaisiste.
À propos du nomL'expression « mot-valise » est la traduction de l'anglais « portmanteau word ». Le mot « portmanteau » désignait autrefois une grande valise à deux compartiments3. C'est la raison pour laquelle Lewis Carroll, dans son célèbre roman De l'autre côté du miroir, utilisa l'image du portmanteau pour montrer l'intérêt des mots télescopés : il suffit d'un seul mot pour dire deux choses à la fois. Au chapitre 6, Humpty Dumpty (l'œuf Gros Coco) explique à Alice la signification du mot « slithy » (« slictueux ») qu'elle a lu au début du poème Jabberwocky :
ExemplesSont définitivement entrés dans la langue des mots-valises comme :
Comme tout néologisme, les mots-valises peuvent fournir une alternative aux emprunts lexicaux, notamment aux anglicismes :
Les mots-valises ne sont pas tous des créations récentes :
En linguistique, le terme peut être utilisé comme synonyme plaisant de forme contractée (forme unique issue de deux lexèmes qu'on ne peut plus reconnaître : à + le → au, de + les → des en français, in + dem → im en allemand, etc.). De la même manière, un morphème porte-manteau est un morphème qui porte simultanément plusieurs significations : par exemple, le morphème anglais -s porte les significations : indicatif + présent + troisième personne + singulier. Cette forme de néologisme créée par contraction d'expressions n'est pas propre au français et existe dans de nombreuses langues. En littératureLa création de mots-valises permet un nombre illimité de combinaisons, ce qui ne peut manquer de séduire les écrivains et les passionnés de jeux de langage :
Lewis Carroll a ouvert la voie pour les poètes et la poésie, qu’emprunteront en France aussi bien Raymond Roussel et Antonin Artaud que Michel Leiris (avec son « a guest + a host = a ghost »), et les oulipiens dont, bien sûr, Marcel Duchamp et Raymond Queneau. Ce dernier, dans les Fleurs bleues fait ainsi dire à Lalix : « Vous êtes tournipilant à la fin ! ». Boris Vian inventa de même le « pianocktail » de L'écume des jours, objet onirique qui unit deux plaisirs sensuels, le gustatif et l'auditif, grâce à l'ivresse de l'alcool et celle du jazz. Le jeu peut alors devenir définitionnel :
Le propre des auteurs littéraires est de créer leurs mots-valises :
Certains l'emploient dans une perspective ludique :
Dans son roman 1984, George Orwell a élaboré le novlangue (déjà un mot-valise), dont l'objectif était, grâce à la simplification lexicale et syntaxique de la langue, d'asservir la pensée elle-même. Exemples de mots-valises en novlangue :
Article détaillé : Novlangue.
Extensions
Occasionnellement, le télescopage porte sur la phrase entière. Dupriez10 donne comme exemple : "Soldats de Fontenoy, vous n'êtes pas tombés dans l'oreille d'un sourd" (Jacques Prévert) Ouvrages sur les mots-valises
Notes et références
Voir aussiArticles connexes
Liens externes
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