Mont Kenya
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| Mont Kenya | ||
|---|---|---|
| Altitude | 5 199 m | |
| Pays | ||
| Massif | Vallée du grand rift | |
| Type | Volcan rouge | |
| Activité | Éteint | |
| Dernière éruption | 2,6 ? 3,1 Ma | |
| Code [1] | Aucun | |
| Observatoire volcanologique | Aucun | |
| Coordonnées géo. | ||
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Le mont Kenya, dont le nom signifie « montagne de l'autruche » chez les Wakamba[1],[2], une des tribus vivant à ses pieds, est le point culminant du Kenya et le deuxième plus haut sommet d'Afrique, derrière le Kilimandjaro[3]. Les plus hautes cimes culminent à 5 199 mètres à la pointe Batian, 5 188 mètres à la pointe Nelion et 4 985 mètres à la pointe Lenana. Il se situe au centre du pays, juste au sud de l'équateur, à approximativement 150 kilomètres au nord-nord-est de la capitale Nairobi[3].
Le mont Kenya est un volcan rouge né il y a environ 3 millions d'années de l'ouverture du rift est-africain[4]. Il a été recouvert pendant des millénaires par une importante calotte glaciaire qui a fortement érodé ses pentes[5] et lui a donné ce relief particulier, avec de nombreuses vallées qui descendent du sommet[6]. Il reste aujourd'hui une douzaine de petits glaciers en phase de retrait rapide[2], malgré des températures souvent négatives[7], avec un climat très variable au cours des millénaires et des siècles[8],[9], des saisons[10] et des jours[11]. La montagne demeure une source d'eau essentielle pour une grande partie du pays[12].
Le volcan est découvert par les Européens en 1849 avec Johann Ludwig Krapf[13]. Mais la communauté scientifique reste longtemps circonspecte sur l'existence de neige à ces latitudes[14] et l'existence du mont Kenya n'est confirmée qu'en 1883[15]. La première exploration a lieu en 1887[16] et le sommet est véritablement vaincu en 1899 par l'équipe d'Halford John Mackinder[17]. Aujourd'hui de nombreux itinéraires et refuges permettent d'effectuer l'ascension vers les principaux pics[18].
La montagne possède huit étages de végétation entre le bas et le sommet, avec notamment une vaste couronne de forêt[19]. De nombreuses espèces sont endémiques ou très caractéristiques du mont Kenya, comme les lobelias, les séneçons ou les daman du Cap[20]. C'est pourquoi une zone de 715 km2 autour du sommet est protégée par le parc national du mont Kenya[21], classé au patrimoine mondial de l'UNESCO[22], et reçoit plus de 15 000 visiteurs par an[12].
Sommaire |
[] Toponymie et étymologie
Les croyances et les rituels des tribus locales envers le mont Kenya sont la source de l'appellation du pays[23],[24]. Il a obtenu son orthographe actuelle après une série d'évolutions depuis que Johann Ludwig Krapf l'a observé en 1849.
Différentes tribus ont leurs propres noms pour désigner le mont Kenya. Les Kikuyu l'appellent Kirinyaga qui signifie « montagne blanche » ou « montagne brillante », les Embu Kirenia qui signifie « montagne de la blancheur », les Masaï Ol Donyo Eibor ou Ol Donyo Egere, soit respectivement « la montagne blanche » et « la montagne tachetée »[15] et les Akamba Kiinyaa qui signifie « montagne de l'autruche ». Ce dernier nom renvoie à la couleur des pics qui sont blancs avec la neige et noirs avec les rochers, ressemblant au plumage du mâle[1],[2]. Krapf demeurait dans un village Wakamba lorsqu'il vit la montagne pour la première fois[25] et lui attribua donc le nom de Kegnia (?ki?nj? dans la prononciation phonétique en anglais[26]), une déformation de Kiinyaa[27].
À l'époque, il n'était pas nécessaire d'ajouter « mont » dans le nom de la montagne. On ne commence à trouver le toponyme actuel « mont Kenya » qu'en 1894[5], avant qu'il ne devienne officiel en 1920 lorsque la colonie du Kenya, précédemment Protectorat britannique d'Afrique de l'Est, est fondée[23]. Pourtant, on continue à trouver d'autres orthographes après cette date, comme dans l'ouvrage de Dutton en 1929[28],[29].
Le Kenya obtient son indépendance en 1963 et Jomo Kenyatta est élu premier président[19]. La coïncidence sur l'orthographe de son nom de famille entraîne le changement de la prononciation de Kenya[27], qui devient ?k?nj? dans la prononciation phonétique anglaise[26], rejoignant la prononciation française.
Les pics du mont Kenya ont obtenu leur nom de trois sources distinctes. Les pics Batian renvoient au chef soigneur Masaï M'batian et à sa famille : Nelion d'après son frère Nelieng, Sendeyo pour son fils ainé, et Lenana pour son second fils et successeur. Ces noms ont été proposés par Mackinder sur une suggestion de Hinde, officier résident du Maasailand[28]. Terere, autre pic Batian, provient d'un autre chef Masaï. D'autres pics ont été nommés d'après des grimpeurs ou des explorateurs comme Shipton, Sommerfelt, Tilman, Dutton et Arthur. Shipton réussit la première ascension du Nelion, et Sommerfelt, accompagné du même Shipton, la seconde. Tilman a réalisé plusieurs premières avec Shipton en 1930. Dutton et Arthur ont exploré la montagne entre 1910 et 1930. Arthur Firmin, pour sa part, a donné son nom au col Firmin. Humphrey Slade a exploré la zone des landes, et a probablement réalisé la première exploration du Sendeyo[30]. Les noms restant proviennent de personnalités kenyanes connues, à part les pointes John et Peter qui étaient deux disciples du missionnaire Arthur. Pigott était administrateur du protectorat d'Afrique de l'Est à l'époque de l'expédition Gregory. Quatre pics formant un groupe à l'est des pics principaux sont nommés d'après des gouverneurs du Kenya et premiers colons : Coryndon, Grigg, Delamere et McMillian[30]. Étrangement, la pointe Thomson n'est pas ainsi nommée en l'honneur de Joseph Thomson qui confirma l'existence de la montagne mais d'après un photographe officiel de la Royal Geographical Society[30].
[] Géographie
[] Situation
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Le mont Kenya se situe sur les hauts plateaux du Kenya, à l'est de la vallée du Grand Rift, à 150 kilomètres au nord-nord-est de Nairobi[3].
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Le mont Kenya s'élève à 5 199 mètres d'altitude, au centre du Kenya, à 150 kilomètres au nord-nord-est de la capitale Nairobi. Il est entouré par les villes de Nyeri au sud-ouest, Nanyuki au nord-ouest et Embu au sud-est. Administrativement, il se trouve à cheval sur la Province centrale et la Province orientale. Le sommet, qui se situe légèrement au sud de l'équateur, est le point culminant du pays et le deuxième d'Afrique, derrière le Kilimandjaro situé à 320 kilomètres plus au sud, du côté tanzanien de la frontière[3].
Le mont Kenya forme un complexe volcanique quasi circulaire de 80 à 100 kilomètres de diamètre. La route qui en fait le tour à sa base fait plus de 300 kilomètres de longueur. Pourtant, il est presque deux fois moins volumineux que le Kilimandjaro[21].
[] Topographie
Les pics qui dominent le mont Kenya sont presque tous d'origine volcanique. La majorité est localisée près du centre de la montagne. Ils ont une apparence alpine prononcée par le fait qu'ils sont très découpés et s'élèvent à l'intersection des crêtes[6]. Un peu plus loin, les necks sont recouverts de cendre volcanique et de terre.
Les plus hautes cimes culminent à 5 199 mètres d'altitude à la pointe Batian, 5 188 mètres à la pointe Nelion et 4 985 mètres à la pointe Lenana. Les deux premiers sont séparés par la « Porte du Brouillard ». La quatrième cime par l'altitude est le pic Coryndon avec 4 960 mètres d'altitude mais contrairement aux précédents, il ne fait pas partie de la formation centrale. Autour des trois principales cimes, on trouve la pointe Pigott (4 957 mètres), la pointe Dutton (4 885 mètres), la pointe John (4 883 mètres), la pointe John inférieure (4 757 mètres), la pointe Slade (4 750 mètres) et le pic Midget (4 700 mètres) ; tous ont une forme pyramidale prononcée. Une crête au sud de la Gorges Valley comporte de nombreux autres pics élevés. Au nord de la formation principale, le Terere (4 714 mètres) et le Sendeyo (4 704 mètres) constituent des pics jumeaux et une formation à part entière.
[] Hydrologie et glaciologie
Le mont Kenya constitue la principale source de deux des plus larges rivières du pays : le Tana et l'Ewaso Ng'iro. Il fournit de l'eau directement à deux millions de personnes[12]. Les cours d'eau ont été nommés d'après les villages sur les versants de la montagne où ils s'écoulent. La rivière Thuchi forme la frontière entre les districts de Meru et Embu. Le cours du Tana fournissait en 1988 80% de l'électricité du Kenya grâce à une série de sept installations hydroélectriques[31].
La densité de cours d'eau est très importante, spécialement sur les pentes basses qui n'ont jamais été recouvertes de glaciers. Sur la partie haute, la calotte glaciaire qui couvrait la montagne au Pliocène a érodé de larges vallées glaciaires au profil en « U » qui ne possèdent généralement qu'un large cours d'eau[6]. Là où le relief du volcan bouclier a été préservé, ils ont disposé de millions d'années pour éroder les versants de la montagne. Pour cette raison, la partie basse est caractérisée par de fréquentes profondes vallées au profil en « V ». La transition entre les deux types de vallées est clairement visible[18].
De nombreux ruisseaux du mont Kenya, comme le Keringa et la Nairobi au sud-ouest, se jettent dans le Sagana, affluent du Tana, qu'il rejoint au réservoir de Masinga ou directement en aval de ce fleuve, à l'instar des Mutonga, Nithi, Thuchi et Nyamindi au sud et à l'est. Les cours d'eau qui s'écoulent sur le versant septentrional, telles les rivières Burguret, Naro Moru, Nanyuki, Liki ou Sirimon, se jettent dans l'Ewaso Ng'iro[6],[18].
Le seul glacier suspendu du mont Kenya se trouve entre le Batian et le Nelion, les autres étant des glaciers de vallée ou de cirque. L'ensemble des glaciers connaît une phase de retrait rapide. Le Mountain Club of Kenya à Nairobi possède des photographies de la montagne lors de sa première ascension en 1899 montrant, par comparaison, un recul prononcé. Des témoignages historiques conseillent de chausser des crampons mais actuellement il n'y a plus de glace sur les itinéraires en question. La neige se fait très rare en hiver, même sur le glacier Lewis, le plus grand de tous, donc la glace ne peut plus se former. La disparition des glaciers est prédit pour dans une trentaine d'années[2]. Leur surface a été estimée à 0,7 km2 en 1980[32]. On trouve (dans le sens des aiguilles d'une montagne à partir du nord) les glaciers Northey, Krapf, Gregory, Lewis, Diamond, Darwin, Forel, Heim, Tyndall, Cesar et Josef.
[] Climat
[] Climat passé
[] Généralités
Le climat passé est déterminé en utilisant plusieurs méthodes dont l'étude des niveaux des lacs, le débit des rivières, les systèmes de dunes, l'extension des glaciers ou encore les pollens[8]. Plus on recule dans le temps, plus les signaux deviennent approximatifs. Alors que le climat peut être inféré pour un endroit spécifique il y a 20 000 ans[33], il faut considérer le climat au-dessus de quasiment tout le continent africain et ajuster les résultats en utilisant des analogies habituelles pour retracer ce qu'il était il y a cinq millions d'années. Les difficultés liées à remonter sur une aussi longue période comprennent une inégalité de la répartition des enregistrements et un manque de végétation fossile dû à des conditions défavorables[8].
Sur de grandes échelles de temps, le climat est régi par les cycles de Milankovi? changeant la quantité de rayonnement solaire qui atteint la Terre. L'affaiblissement ou le renforcement de la mousson joue également un rôle important. F. Sirocho et ses collègues suggèrent que la force de la mousson est en lien avec l'albédo dans l'Himalaya. Des températures plus froides dans l'hiver de l'hémisphère Nord entraîne une plus grande réflexion des rayons sur la neige et la glace, des moussons d'été plus faibles et finalement un climat plus sec en Afrique de l'Est[34]. La force de la mousson est liée aux cycles de Milankovi? avec un décalage d'environ 8 000 ans. Généralement, le maximum de la mousson survient 2 500 ans après un minimum glaciaire et correspond à un minimum des températures de la surface océanique[35].
Depuis le début du Quaternaire, l'hémisphère Nord a subi vingt-et-un âges glaciaires majeurs ressentis jusqu'en Afrique de l'Est[8]. Le climat passé du Kenya fait écho à l'alternance climatique en Europe, entrant et sortant de ces phases froides en même temps[28]. Durant le dernier maximum glaciaire il y a 20 000 ans, l'inlandsis européen aurait détourné le climat océanique atlantique au-dessus du Kenya qui aurait ainsi bénéficié de conditions climatiques similaires à celle de l'Europe actuelle[28]. Au cours des 6 000 dernières années, le mont Kenya a connu une série d'au moins six avancées glaciaires mineures avec le dernier à la fin du petit âge glaciaire en 1900[36].
Les traces de ces refroidissements climatiques en Afrique de l'Est sont observées sur les autres montagnes comme le Kilimandjaro, la chaîne du Rwenzori et le mont Elgon. Ce sont toutes des poches isolées d'écosystèmes alpins similaires avec une faune et une flore identiques. Cela signifie que cet écosystème a dû être plus étendu, à faible altitude, et recouvrir chacune de ces montagnes[28]. Cependant, des poches de l'écosystème actuel des plaines ont dû subsister sinon les espèces animales de ce milieu seraient éteintes[37]. Une explication alternative suggère que sur cette échelle des temps de plusieurs millions d'années, la probabilité de tornades transportant la flore et la faune entre les montagnes est forte[11].
[] Histoire climatique
Au Pliocène, il y a entre 2,5 et 5 millions d'années, le mont Kenya est un volcan actif[6]. Cinq millions d'années avant notre ère, la mer Méditerranée est à sec[38] et les dunes du Sahara s'étendent beaucoup plus au sud ; la région actuelle du Kenya est une savane aride. Il y a environ 3,7 millions d'années, le climat devient plus humide qu'il ne l'est actuellement. Une végétation riche s'établit en Afrique de l'Est, bien qu'elle variera beaucoup, en termes d'espèces et de distribution selon l'altitude, en fonction des oscillations climatiques. À -2,5 millions d'années survient le premier des vingt-et-un âges glaciaires majeurs du Quaternaire dans l'hémisphère Nord. L'Afrique tropicale subit des températures plus basses qu'à présent[8]. L'étagement végétal en Éthiopie est plus bas[39], et des changements identiques auraient affecté le Kenya. Une période d'un million d'année, plus sèche, s'ensuit, une tendance qui se poursuit globalement aujourd'hui[8].
Il y a 150 000 ans se produit le maximum de la glaciation de Riss, l'avant-dernière glaciation majeure, la plus étendue du Pléistocène. Elle est suivie par l'interglaciation de Eem, plus humide et plus chaude que l'époque actuelle[40]. Ensuite, une phase aride de -100 000 à -90 000 ans est responsable de la formation de dunes jusqu'en Afrique australe[41] remplacée par une courte mais intense phase froide de -75 000 à -58 000 ans. Vers la fin de cette période, le premier des évènements de Heinrich (H6) survient, relâchant une grande quantité de glace dans l'Atlantique Nord[42], entraînant des températures plus froides dans l'hémisphère Nord et une diminution de l'intensité de la mousson[41],[40]. D'autres évènements de Heinrich se succèdent avec un assèchement associé du climat Est-africain à -50, -35, -30, -24, -16 et finalement -12 milliers d'années, au Dryas récent. Selon des données collectées au Congo, la période de -31 000 à -21 000 est sèche et froide, avec l'étagement végétal qui s'abaisse. Les espèces forestières présentes en haute montagne deviennent des espèces de basse montagne, très répandues à faible altitude[8]. Cependant, Lowe et Walker suggèrent que l'Afrique de l'Est était plus humide qu'actuellement. Ce désaccord peut s'expliquer par la difficulté d'associer différents lieux géographiques donnés avec les dates[42].
Le dernier maximum glaciaire se déroule de -23 000 à -14 000 ans avec une phase très aride en Afrique, avec des déserts s'étendant des centaines de kilomètres plus au sud que de nos jours[43]. La mousson d'été est très faible[9], les températures sont de 5 à 6°C inférieures aux températures actuelles et un retrait général de la forêt humide se produit[8],[33]. Les moraines datant de la fin du dernier maximum glaciaire en Afrique de l'Est montrent que la mousson de sud-est de l'époque est plus sèche que la mousson de nord-est actuelle, déjà relativement peu humide. Les stratus ont pu avoir de larges conséquences dans cette tendance froide et peu pluvieuse[8].
Il y a 13 800 ans, le climat redevient humide et les forêts de montagne s'étendent de nouveau[42]. La mousson se renforce[9], le niveau des lacs et le débit des rivières en Afrique de l'Est augmentent[42],[8]. La végétation alpine est limitée par les températures et non plus par la sécheresse[9]. Avant le Dryas récent, les températures atteignent leurs valeurs actuelles mais la couverture forestière reste incomplète, et lorsque cette période commence, la mousson s'affaiblit et le niveau des lacs d'Afrique de l'Est diminue[42]. Finalement, les forêts atteignent leur couverture et leur densité actuelles après le Dryas récent, lorsque le climat redevient humide[34]. Pendant les 5 000 ans suivants, la tendance hygrométrique se poursuit globalement malgré de nouvelles oscillations[8],[43],[44]. Au cours des 5 000 dernières années et jusqu'à aujourd'hui, la mousson faiblit progressivement[44] et le mont Kenya rentre dans des séries d'avancées glaciaires mineures. Un minimum des températures se produit voici 3,7 à 2,5 milliers d'années puis durant le petit âge glaciaire, ressenti entre 1300 et 1900, alors qu'un pergélisol subsiste sur la montagne.
[] Glaciations
Le mont Kenya a été recouvert d'une calotte glaciaire qui a érodé ses pentes et exposé les necks formant le sommet actuel[6],[5]. Un climat plus froid et une altitude ayant atteint 5 000 à 6 500 mètres en sont les facteurs responsables,[5]. Depuis, la montagne a subi une série de glaciations mais seule la plus récente peut être chronologiquement reconstituée car chacune a érodé les moraines formées par la précédente dès lors que les glaciers ont avancé jusqu'à elles.
Les glaciations en Afrique de l'Est sont associées à un climat plus froid et plus sec avec des précipitations plus faibles mais qui subsistent sous forme de neige. Les stratus qui auraient dominé durant ces glaciations ont pu avoir de larges conséquences dans cette tendance froide et peu pluvieuse[8]. Des avancées glaciaires mineures sont recensées sur le mont Kenya au cours des 7 000 dernières années. La première s'est déroulée il y a 6 950 à 4 500 ans avec une avancée majeure dans la Teleki Valley. Une moraine dans la Hobley Valley est légèrement plus ancienne encore. Il y a 5 700 ans, les glaciers Cesar et Josef se retirent définitivement du Hausberg Tarn. Ce petit lac de montagne a depuis servi à déterminer le climat passé en étudiant ses sédiments[36]. Une série de retraits et d'avancées s'ensuivent avec des maxima glaciaires vers -3800, -3000, -2800, entre -2400 et -2300, vers -2100, -1200, -900, -50, 750, 1350, 1550 et 1900. Les glaciers formés il y a 2 800 à 2 300 ans ont une base très froide qui a gelé sur leur lit et n'ont par conséquent pas érodé la montagne[36]. En 1900, lorsque Halford John Mackinder visite le mont Kenya, les glaciers sont proches de leurs moraines frontales du petit âge glaciaire[17]. Ces avancées glaciaires sont vaguement corrélées aux niveaux minimaux du lac Turkana, dans le nord-ouest du Kenya, vers -2800, -2200, -1700, -1500, -1000, -500, -10 et entre 400 et 600[45].
Depuis 1900, les glaciers ont constamment reculé et sept sur dix-huit ont totalement disparu[46]. Hastenrath a démontré que ce phénomène est vraisemblablement dû à un réchauffement de quelques dixièmes de degré centigrade en liaison avec une faible diminution de l'albédo au cours du XXe siècle, particulièrement dans les années 1920 et 1930[46]. La tendance actuelle des dix dernières années montre que les glaciers du mont Kenya auront disparu à la fin du XXIe siècle.
[] Paléobotanique
La paléobotanique repose sur le fait que chaque écosystème est caractérisé par certaines plantes, qui à leur tour jouent un rôle de marqueur climatique qui renseigne sur le biotope où elles se sont développées. Un carottage effectué dans le Sacred Lake, à 2 400 mètres d'altitude sur le mont Kenya, retrace la température passée en étudiant les pollens trouvés dans l'échantillon. L'âge peut être déterminé par la méthode de datation au carbone 14, considérant un taux de sédimentation constant. Le carottage du Sacred Lake, d'une longueur de 13,4 mètres, a été estimé à 18 600 ans. Il montre un pic en spécimens de pollen remontant à 11 000 ans, correspondant à la phase du Dryas récent en Europe. À cette époque, Hagenia abyssinica apparaît, cet arbuste étant intimement associé à la limite supérieure de l'étage subalpin. Au préalable, les espèces des tourbières et des bruyères dominent dans le carottage. Plus tard, d'autres espèces d'arbres apparaissent jusqu'à inclure le lac dans les forêts de l'étage montagnard, voici 5 000 ans. Cette phase correspond à un réchauffement de 8°C par rapport au début du carottage alors que le biotope correspondait à ce qu'il est aujourd'hui à 3 400 mètres, soit 1 000 mètres plus haut que le lac[33]. Il faut toutefois préciser que ces recherches ne s'appliquent qu'à un endroit précis de la montagne[37]. Cette étude montre que les changements survenus dans le climat du mont Kenya sont corrélés à ceux de l'Europe. Une explication alternative aux variations en pollens suggère que le climat est devenu moins humide mais que les températures n'ont pas changé autant que ce qui est annoncé[47].
[] Climat actuel
[] Système climatique saisonnier
Le mont Kenya, comme la plupart des régions tropicales, connaît deux saisons humides et deux saisons sèches résultant de la mousson. De mi-mars à juin, la saison des pluies abondantes est connue sous le nom de long rains (« longues pluies »). Elle est suivie par la moins prononcée des deux saisons sèches, qui dure jusqu'en septembre. D'octobre à décembre se déroulent les short rains (« courtes pluies ») puis, de décembre à mi-mars, a lieu la saison la plus sèche.
Le mont Kenya chevauche l'équateur. Cela implique que durant l'été dans l'hémisphère Nord, le soleil est au nord de la montagne. L'altitude et l'aspect des bassins versants et des pics principaux induisent des conditions estivales sur le versant septentrional de la partie supérieure de la montagne. Simultanément, le versant méridional éprouve des conditions hivernales. Lors de l'été dans l'hémisphère Sud, la situation s'inverse.
La ceinture de basse pression autour de l'équateur, connue sous le nom de zone de convergence intertropicale (ZCIT) est responsable de l'alternance des saisons sèches et humides[10]. Durant les deux saisons sèches, la ZCIT se situe au dessus de la péninsule Arabique au mois de juillet, puis entre le sud de la Tanzanie et le nord de la Zambie en mars. Lorsque les basses pressions passent d'un extremum à l'autre au dessus du Kenya, la région connaît une saison humide. La quantité de précipitations varie d'une année à l'autre et dépend de la température de surface de la mer sur l'océan Atlantique et l'océan Indien, ainsi que du phénomène El Niño[48]. Des eaux chaudes et un El Niño fort entraînent des précipitations abondantes[49].
Tout au long de l'année, excepté en janvier, une basse pression située au-dessus du Tibet entraîne des vents en forme de fer à cheval depuis l'océan Indien, au-dessus de l'Afrique de l'Est puis jusqu'en Inde. Localement, sur le mont Kenya, l'effet donne des vents prédominants de sud-est. En janvier, une inversion se produit avec des vents de nord-est[48]. Le mont Kenya s'élève brusquement de 1 400 mètres à 5 199 mètres d'altitude et devient un obstacle majeur à ces vents dominants. Durant la saison humide, la mousson de l'océan Indien apporte de l'air saturé en eau, parfaitement stratifié et nuageux. Il est la plupart du temps dévié autour des flancs de la montagne pour finalement l'encercler, en particulier de juin à octobre. Le reste de l'année, il arrive que l'air soit forcé de monter en altitude, entraînant des pluies orographiques. Dans ce cas, de violents orages peuvent se produire[50].
[] Variations météorologiques journalières
Durant la saison sèche, le mont Kenya suit pratiquement toujours le même modèle météorologique journalier : de larges fluctuations de températures quotidiennes se produisent qui ont valu à Hedberg de s'exclamer « l'hiver toutes les nuits et l'été tous les jours »[11]. Il y a des variations dans les températures minimum et maximum d'un jour à l'autre mais l'écart type de la moyenne horaire est faible. Un jour ordinaire est clair et frais le matin avec peu d'humidité. La montagne est éclairée directement par les rayons du soleil et les températures augmentent rapidement jusqu'à un pic entre neuf heures et midi. Dans le même temps, les pressions atteignent leur maximum généralement à dix heures. À basse altitude, sur la montagne, entre 2 400 mètres et 3 000 mètres d'altitude, des nuages commencent à se former au-dessus de la zone forestière occidentale en raison de l'humidité apportée par le lac Victoria[31]. Les vents anabatiques causés par l'air chaud ascensionnel entraînent progressivement ces nuages au sommet dans l'après-midi. Aux environs de quinze heures, le rayonnement solaire au sol est le moins intense et l'humidité, alors à son maximum, cause une hausse des températures réelles et perçues. À seize heures, la pression atteint un creux. Cette couverture nuageuse quotidienne protège les glaciers sur le versant sud-ouest qui, sans ça, seraient directement exposés au rayonnement solaire chaque jour, augmentant leur fonte[46]. Les nuages, poursuivant leur ascension, atteignent finalement les courants d'air sec de l'est, laissant place à un temps dégagé à partir de dix-sept heures. Un autre pic de température a alors lieu.
Étant situé sur l'équateur, le mont Kenya bénéficie, à une minute près, d'une durée du jour constante sur l'année avec douze heures de soleil. L'astre se lève à 5h30 et se couche à 17h30[51]. Durant la nuit, le ciel est habituellement clair avec des vents catabatiques soufflant vers les vallées. En amont de la zone alpine basse, il gèle en général chaque nuit[7].
[] Températures
La température sur le mont Kenya fluctue énormément. Cette fluctuation est plus importante sur les pentes basses des landes. L'écart moyen des températures sur 24 heures est de 11,5°C à 3 000 mètres d'altitude, 7,5°C à 4 200 mètres et 4°C à 4 800 mètres[6]. La fluctuation des températures diurnes se réduit avec l'altitude, et donc le gradient thermique adiabatique diminue pendant la journée[20]. Ceci implique que ce gradient est plus faible que la moyenne pour de l'air sec durant la journée. Durant la nuit, il est encore plus faible en raison des vents catabatiques provenant des glaciers. Il arrive que les températures descendent en-dessous de -12°C dans les zones alpines[7]. La fluctuation thermique est moindre pendant la saison humide étant donné que les nuages persistants agissent comme un tampon.
Les variations de température sont en relation étroite avec le rayonnement solaire direct. Il réchauffe rapidement de quelques degrés le sol, qui réchauffe à son tour l'air au raz du sol. Cet air se refroidit pour atteindre très rapidement une température d'équilibre avec l'air ambiant lorsque le ciel se couvre[20]. Les couches d'air sur une hauteur de cinquante centimètres du sol, dans les vallées, transmettent aussi de la chaleur aux couches d'air supérieures la nuit. Pendant les nuits claires de la saison sèche, le sol refroidit rapidement, refroidissant à son tour l'air à proximité. Ces échanges thermiques permettent la circulation des vents catabatiques depuis les crêtes vers les vallées, induisant un phénomène d'inversion de température. Baker a découvert que la Teleki Valley est régulièrement plus froide de 2°C la nuit que les crêtes la surplombant[6]. Les plantes, comme les lobelias ou les séneçons, ont dû s'adapter, seuls les spécimens les plus grands subsistant au gel, généralement fatal à leurs parties vitales[7].
[] Précipitations
Le record des précipitations sur le mont Kenya survient durant la saison humide de mi-mars à juin mais leur niveau peut varier grandement d'une année sur l'autre[20]. Durant les saisons humides, il est arrosé presque continuellement. La moitié des hauteurs de pluie annuelles tombe pendant les long rains[19], de mi-mars à juin, avec encore un tiers du total entre octobre et décembre pendant les short rains. Quelle que soit la saison, l'endroit le plus arrosé se situe sur le versant sud-est[6],[20],[52] en raison de la direction des vents dominants. À l'ouest, les quantités d'eau importantes sont dues aux effets du soleil, lorsque le ciel est dégagé en raison des vents anabatiques dans les vallées, emportant les nuages au sommet de la montagne en début d'après-midi. Sans ça, il a été démontré que cet endroit serait dans une zone d'ombre pluvieuse[50].
Au delà de 4 500 mètres d'altitude, la plupart des précipitations tombent sous forme de neige[53] mais comme l'air est sec, elles sont plutôt rares. Par conséquent, la source d'eau principale dans les zones alpine et nivale est apportée par le gel nocturne[7],[20]. Il joue un rôle très important dans l'alimentation des glaciers, bien qu'il n'y ait actuellement aucun moyen précis de mesurer sa contribution. En aval, pendant la saison sèche, la rosée matinale a un rôle similaire, et il est estimé que la majorité des petits cours d'eau sont alimentés de cette manière.
[] Faune et flore
[] Plaines
Les lowlands, associées approximativement à des plaines entourant le mont Kenya, font partie du plateau Est-africain et se situent autour de 1 000 mètres d'altitude. Le climat est très chaud et sec, et la végétation est principalement constituée de savane avec des épineux. De nombreuses espèces d'herbes y poussent tandis que les arbres et les arbustes sont utilisés par les populations locales à des fins variées. Le lantanier et des espèces d'euphorbe sont des buissons fréquemment utilisés dans les haies et les palissades[19]. Il existe des foyers d'essences originelles, dominés par des espèces des genres Acacia et Combretum, mais les autres espèces, comme un eucalyptus et les arbres fruitiers, ont été introduites pour des raisons alimentaires et économiques[19].
[] Forêt tropicale
[] Zones cultivées
Les pentes basses de la montagne, en dessous de 1 800 mètres, ont un fort potentiel agricole et sont intensivement cultivées. Les sols sont humides et très fertiles grâce à l'activité volcanique passée[19]. La majeure partie de la zone aujourd'hui cultivée autour du mont Kenya était à l'origine une forêt. Malgré la déforestation entreprise pour fournir des terres cultivables et des pâturages, des arbres ont été épargnés. Ils donnent une idée des espèces présentes jadis dans les forêts, bien qu'elles ne soient pas représentatives, étant donné que certaines ont été plus volontiers abattues et d'autres conservées pour des raisons spécifiques, telles que leur caractère sacré avec par exemple le ficus, ou simplement utile[19]. Il est possible de faire pousser certaines espèces d'arbres aux côtés de culture vivrières. Beaucoup de ces arbres ont été laissés debout lors de la déforestation ainsi que les espèces fournissant de l'ombre au bétail[19]. Dans le même temps, plusieurs espèces exotiques ont été introduites comme le pin, l'eucalyptus et le cyprès.
Les cultures autour du mont Kenya ont changé depuis l'arrivée des Euro
Revue de presse Mont_Kenya
