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Maurice Thorez

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Maurice Thorez
Timbre soviétique à l'effigie de Maurice Thorez en 1965.
Timbre soviétique à l'effigie de Maurice Thorez en 1965.
Fonctions
Vice-président du Conseil des ministres
Président du Conseil Félix Gouin
Gouvernement Gouin
Président du Conseil Georges Bidault
Gouvernement Bidault I
Président du Conseil Paul Ramadier
Gouvernement Ramadier I
Ministre d'État
Président du Conseil Charles de Gaulle
Gouvernement de Gaulle II
Président du Conseil Paul Ramadier
Gouvernement Ramadier I
Député de la Seine
19321940
19451964
Secrétaire général du Parti communiste français
Prédécesseur Pierre Semard
Successeur Waldeck Rochet
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Noyelles-Godault
Date de décès (à 64 ans)
Lieu de décès Mer Noire
Parti politique PCF

Maurice Thorez (né à Noyelles-Godault, Pas-de-Calais, le et mort en mer Noire, le ) a été secrétaire général du PCF de 1930 à 1964, ministre de la Fonction publique de 1945 à 1947 et vice-président du Conseil en 1947.

Biographie |

Enfance et jeunesse |

Petit-fils de Clément Baudry, mineur socialiste (guesdiste) de Noyelles-Godault, délégué ouvrier à la caisse de secours, qui reste jusqu'à sa mort, le 31 (?) avril 1931, l'animateur de la section CGT des vieux pensionnés de Noyelles-Godault, Maurice ne connaît jamais son père biologique, le fils de l'épicier du pays qui se tranche la gorge en 1912. Reconnu à deux ans et demi par Louis Thorez, un mineur qui l'élève comme son propre fils, il ne connaît que tardivement le secret de sa naissance. Clémence, la fille de Clément Baudry, et Louis Thorez ont quatre autres enfants, deux fils et deux filles qu'ils élèvent dans une maison du coron appartenant à la Compagnie des mines de Dourges. Louis Thorez est touché par une maladie professionnelle.

Bien que la famille de Maurice ne soit pas pratiquante, Maurice fait sa communion et sert comme enfant de chœur. Il est par ailleurs excellent élève à l'école publique et passe son certificat d'études en 1912. Selon Philippe Robrieux, son instituteur serait intervenu auprès de la mine pour que Maurice Thorez soit embauché comme aide-commissionnaire, début d'une carrière administrative, mais dans sa fiche autobiographique, Maurice Thorez déclare : « Je fus embauché comme trieur de pierres à la fosse n° 4 », affirmation que l'on retrouve dans sa fiche autobiographique communiquée à la direction de l'Internationale communiste. Selon Claude Pennetier, il ne fait pas de doute qu'en 1919-1921, il travaille pendant 306 jours comme mineur de fond à la fosse 4.

Le 30 septembre 1914, Maurice doit fuir devant l'avance allemande avec son grand-père. Après un mois d'errance, ils sont finalement évacués vers la Creuse et envoyés à Clugnat. Ils y reçurent bon accueil. Maurice peut suivre des cours du soir mais décline la proposition de préparer l'École normale. Il préfère être embauché comme valet de ferme chez un cultivateur socialiste, le « père Ménager », mais s'adonne aussi à la lecture : Victor Hugo, Jules Verne, Eugène Le Roy, Jules Vallès et Alexandre Dumas. En mars 1917, Maurice et son grand-père quittent la Creuse pour Amiens. Ils travaillent dans une scierie et deviennent bateliers sur la Somme.

Après la guerre, Maurice retrouve ses parents et rentre à Noyelles-Godault où il travaille d'abord à la reconstruction du chemin de fer, puis, 16 avril 1919, comme mineur de fond. Le 15 mars 1920, il commence son service militaire.

Les débuts au parti (1920-1924) |

En mars 1919, Maurice Thorez avait adhéré à la CGT et à la SFIO. Deux mois plus tard, enthousiasmé par la révolution russe, il rejoint le Comité pour l'adhésion à la IIIe Internationale, s'éloignant ainsi de son grand-père, resté dans le camp de Blum. Il fait son service militaire au 3e régiment du génie1, à Arras, lorsque la motion dite Cachin-Frossard (qu'ils n'ont en réalité pas rédigée, elle fut écrite principalement par Loriot et Souvarine) triomphe au Congrès de Tours. Les deux tiers du parti socialiste SFIO rejoignent le nouveau parti : la SFIC (section française de l'Internationale communiste) qui devient par la suite le PC (Parti Communiste). Ce n'est qu'en 1943 que le nom de PCF (Parti communiste français) est définitivement adopté.

Comme les ouvriers révolutionnaires de l'époque Maurice Thorez reste simple soldat. Il est d'abord magasinier puis secrétaire du commandant ce qui lui permet de consacrer une partie de son temps à la lecture et aux discussions politiques avec ses camarades. Lors d'une permission, portant la contradiction au député socialiste de la circonscription, il prend conscience de ses talents d'orateur.

À son retour du service, au printemps 1922, la mine refuse de le réembaucher. Il exerce alors une série de petits métiers tout en restant un ardent militant aux Jeunesses communistes et au syndicat unitaire des mineurs. Il se marie avec Aurore Membœuf, la nièce du secrétaire de la fédération communiste du Pas-de-Calais.

En octobre 1922, Maurice Thorez assiste au Congrès de Paris. Il s'était engagé auparavant pour la ligne du « Front unique », soutenue par l'Internationale communiste (IC) et défendue par Frossard et Souvarine. Au cours de la préparation du Congrès, dans une réunion de tendance, Souvarine avait remarqué le jeune militant du Pas-de-Calais, solide, limpide, sachant analyser simplement une situation concrète.

L'irrésistible ascension d'un jeune ouvrier communiste (1924-1930) |

Maurice Thorez commence alors une ascension spectaculaire au sein du jeune parti communiste : Secrétaire à la propagande de son département en janvier 1923, il devient permanent au printemps de la même année. Il fait partie de ces jeunes ouvriers que le parti voudrait former et promouvoir à des postes de responsabilité. Ainsi le 30 mai 1923, Souvarine écrivant de Moscou au Bureau politique qu'il faudrait envoyer une vingtaine d'élèves en URSS pour suivre des cours de marxisme le prend en exemple : « À mon avis, l'élève type d'une telle école serait par exemple Thorez, du Pas-de-Calais ». Thorez impressionne également les militants du Pas-de-Calais qui le délèguent au congrès national de Lyon, en janvier 1924 où il est élu suppléant du Comité directeur.

Au printemps 1924, au Comité directeur, Souvarine était en opposition avec la nouvelle majorité emmenée par Albert Treint et ardemment soutenue par l'IC dominée par Zinoviev. À la conférence des secrétaires fédéraux, Thorez, toujours lié à Souvarine, vote contre les thèses de la majorité. Il soutient également le projet de Souvarine d'éditer une traduction de la brochure de Trotski "Cours nouveau" et entraîne avec lui la commission exécutive du Pas-de-Calais. Il faut que l'IC envoie Gouralski dans le Pas-de-Calais pour faire obtenir de la commission exécutive un vote favorable aux thèses de l'IC. Thorez, isolé, se réfugie dans l'abstention. Dans les mois qui suivent, Souvarine est exclu et Thorez doit se rallier à la politique de la Troïka (Zinoviev, Kamenev, Staline) dont les porte-parole en France sont alors Albert Treint et Suzanne Girault. En novembre, Thorez devient secrétaire adjoint permanent de la région Nord. Délégué au congrès national de Clichy, il y est élu membre titulaire du Comité central, et le , il entre à la commission d'organisation.

C'est à ce titre qu'il participe à Moscou, en mars 1925 à la conférence d'organisation de l'IC, clôturée par une rencontre collective avec Staline. Le 13 juillet 1925, Suzanne Girault le coopte au bureau politique du parti français.

Thorez est alors chargé de l'action contre la guerre du Maroc. Au sein du bureau politique, Thorez est amené à s'opposer à Treint à qui il reproche son sectarisme. Il reste partisan, avec Pierre Semard, d'une politique de Front Unique. Alors que l'influence de Zinoviev décline, Thorez et Sémard reçoivent le soutien de Manouïlski contre Treint, Girault et Doriot qui apparaît de plus en plus comme le seul rival de Thorez.

En février 1926, au 6e plénum de l'Internationale, à Moscou, Thorez se prononce contre la réintégration de Souvarine. Ce n'est pas encore suffisant pour qu'il ait la pleine confiance de Staline qui prononce la disgrâce de Treint et Girault. Au congrès national de Lille, en juin 1926, Thorez est confirmé au bureau politique, parmi 12 autres membres dont le secrétaire en titre, Pierre Sémard. Thorez, qui reste secrétaire à l'organisation est naturellement l'un des hommes forts de cette équipe.

Le , Albert Sarraut ministre de l'Intérieur avait annoncé à Alger : « Le communisme voilà l'ennemi. » Thorez avait déjà été condamné à des amendes à cause de son action contre la guerre du Maroc. Le 30 juillet, des inspecteurs de police essaient de l'interpeler devant le siège du PC, rue Lafayette, mais il réussit à s'enfuir et passe dans la clandestinité.

C'est à ce moment que l'Internationale demande aux différents partis nationaux d'opérer un revirement, d'abandonner le « Front unique » pour une nouvelle politique « classe contre classe ». Thorez essaye de résister jusqu'en septembre, mais finit par obtempérer, et c'est lui qui devient le champion de cette nouvelle ligne, contre l'avis de Pierre Sémard et d'autres dirigeants alors emprisonnés à la Santé.

En 1928, Maurice Thorez est l'un des principaux dirigeants du Parti communiste, il souhaite s'ancrer dans une circonscription et son choix se porte sur Ivry-sur-Seine, une commune de la banlieue rouge, où il se présente comme député, mais sans pouvoir faire campagne, car il est toujours clandestin. Son résultat est honorable, mais il est battu, comme la plupart des candidats communistes qui paient ainsi l'isolement qui résulte de la ligne « classe contre classe ». Activement recherché par la police, il part à Bruxelles, puis participe au VIe congrès de l'Internationale communiste où il continue à défendre une position « gauchisante ». Pierre Semard, le secrétaire général en titre est alors très affaibli par le peu d'enthousiasme dont il fait preuve vis-à-vis de la ligne officielle. Le poste de secrétaire général est supprimé. Thorez apparaît un temps comme le principal dirigeant du parti, mais après le VIe congrès national tenu à Saint-Denis en mars 1929, le pouvoir passe entre les mains d'une équipe ultra-gauchisante composée de 2 dirigeants des J.C. (Jeunesses communistes), Barbé, Célor et de Gitton (chargé du contrôle politique de la CGTU) s'appuyant sur les responsables venant de la J.C.

Les affrontements se multiplièrent avec les dirigeants plus expérimentés comme Vassart ou Ferrat. Le conflit fut arbitré à Moscou en juin 1930. En sortit une nouvelle direction composée de Thorez (secrétaire général bien que ce titre ne fut pas employé publiquement), Barbé et Frachon, avec pour objectif de rectifier les excès sectaires.

C'est à ce moment que Thorez effectue un séjour de onze mois en prison. Il est arrêté le 9 juin 1929. En février 1930, Thorez peut être libéré s'il paie une amende. Ceci est contraire aux règles en usage dans le parti. Il demande une dérogation au bureau politique qui refuse à l'unanimité. Passant outre, Thorez verse l'amende de 500 francs et retrouve la liberté le 23 avril. Cet acte d'indiscipline se montre payant, car l'IC prend alors partie contre le bureau politique et Barbé doit faire son autocritique.

L'équipe dirigeante se rend alors à Moscou où l'IC qui n'a pas encore renoncé officiellement à la tactique « classe contre classe » et à la dénonciation du « social-fascisme » demande alors à Thorez de préparer un tournant dans l'autre sens. C'est au cours de ce voyage à Moscou que Thorez rencontre, dans l'hôtel symbolique du Gotha communiste, le Lux à Moscou, une jeune ouvrière du textile en stage, Jeannette Vermeersch qui devient sa compagne, puis sa femme.

L'accès au secrétariat général (1930-1935) |

Maurice Thorez, député de la Seine (1932).

À son retour de Moscou, début juillet, Thorez est plus ou moins le nouveau secrétaire général du parti, même si le poste n'a pas encore été officiellement recréé. Il doit pendant quelques mois continuer de faire équipe avec Barbé jusqu'en avril 1931. Le 8 mai, fort du soutien de l'IC, représentée à Paris par le Slovaque Eugen Fried, Thorez annonce au bureau politique qu'il prend la fonction de secrétaire général, assisté de Jacques Duclos et Benoît Frachon. En fait, il est loin d'être assuré du soutien total de l'IC puisqu'en juillet, il envoie une lettre à l'IC où il fait part de son découragement et présente sa démission.

La réponse vient en août sous la forme de la venue à Paris de Manouïlski, le responsable de l'IC qui suit le parti français depuis longtemps. Il désigne le groupe des jeunes, Barbé, Celor et Lozeray comme responsables des mauvais résultats du parti. Avec l'encouragement de Fried, Thorez prend ses distances avec la ligne sectaire à laquelle il a pourtant pleinement participé depuis 1928. Le 13 octobre, il déclare à un meeting à la salle Bullier :

« Nous voulons que chaque membre du Parti puisse librement et sans crainte, exprimer son opinion, critiquer les directions, la discipline nécessaire n'étant que le résultat de la conviction et de la soumission aux décisions régulièrement prises par les organismes qualifiés, après discussion. »

La ligne sectaire avait en effet opéré des ravages dans le parti : entre 1927 et 1931, les effectifs avaient chuté de 55 000 à 25 000. Aux élections législatives de 1932, le parti communiste tombe à son plus bas niveau (6,8 %). La plupart des dirigeants sont battus. Thorez fait exception, l'emportant de justesse dans la circonscription d'Ivry-sur-Seine. Cette victoire lui donne enfin un fief en milieu ouvrier. Cela lui est particulièrement utile pour triompher de son rival Jacques Doriot, qui n'a pas renoncé à lui prendre la première place dans la rivalité et qui est lui aussi élu dans un autre bastion ouvrier, Saint-Denis. En septembre 1932, lors du 12e plenum de l'IC, les deux hommes en viennent aux mains dans un square de Moscou.

Le « règne » de Thorez sur le parti dure plus de trente ans. Son ascension jusqu'à la plus haute fonction au sein du parti résulte à la fois de qualité personnelles qui s'imposent à tous et d'une parfaite discipline vis-à-vis de l'Internationale Communiste dont il a toujours défendu les positions. Son maintien à la tête du parti pendant plusieurs décennies est aussi celui d'une équipe dirigeante au premier rang de laquelle on retrouve toujours Jacques Duclos et Benoît Frachon. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, Eugen Fried, qui devient un ami personnel de Thorez est en fait l'éminence grise et a tout pouvoir sur les dirigeants du Parti français. À partir de février 34, la vie commune avec Jeannette Vermeersch contribue à équilibrer la vie politique et affective de Maurice Thorez qui arrive par ailleurs à préserver ses matinées pour lire, étudier et écrire, souvent dans son bureau de la chambre des députés. Il garde toujours une certaine distance avec les autres membres de la direction.

Les années 1932-1934 sont marquées sur le plan international, par l'arrivée au pouvoir d'Hitler, et en France par de timides tentatives de l'équipe Thorez de sortir le parti de son isolement. En janvier 1933, Thorez et Doriot rencontrent des membres de la SFIO. L'IC condamne ce rapprochement, mais après la prise du pouvoir par Hitler, demande à tous les partis nationaux de renoncer aux attaques contre les organisations socialistes « durant l'action commune contre l'offensive du capital et contre le fascisme ». Thorez envoie un télégramme à l'IC pour lui demander de prendre contact avec l'Internationale ouvrière socialiste. Le parti français est alors violemment désavoué par l'IC. En décembre 1933, Thorez et Frachon se rendent à Moscou où André Marty, délégué permanent auprès du Komintern ne cesse de dénoncer les illusions démocratiques de la direction française. Ils doivent faire leur autocritique et accepter que Marty vienne contrôler l’Humanité.

Lorsque survinrent les évènements de février 1934, Thorez était très affaibli à la direction du parti. Doriot se fait le champion d'une politique de « Front unique », au sein du Bureau politique dont les membres sont de plus en plus réceptifs à ce discours. Mais Thorez résiste. Pour des raisons de sécurité, il va se cacher à Barbizon et n'apparaît pas lors de la manifestation unitaire du 12 février. Son nom ne réapparaît dans l'Humanité que le 8 mars. « Le Parti communiste, écrit-il, … ne tolérera jamais une politique d'entente au sommet, une politique de recul et d'abdication devant le social-fascisme. »

Lors du comité central du 14 mars, Thorez est pris à partie par Renaud-Jean et Doriot. Ce dernier démissionne alors de son mandat de maire de Saint-Denis pour se faire réélire triomphalement le 6 mai par les trois quarts de ses électeurs. Devant cet acte d'indiscipline manifeste, ni Thorez, ni l'IC ne provoquent la rupture, et Manouïlski invite à Moscou Thorez et Doriot pour que chacun présente ses positions. Doriot, déjà engagé sur la voie de la rupture, décline l'invitation, et Thorez part seul le 26 avril. Le 16 mai, à une réunion de Présidium de l'IC, Manouïlski fixe pour objectif la reconquête de Saint-Denis et l'isolement de Doriot, mais les moyens qu'il indique pour y parvenir, une politique de Front unique dirigée vers les ouvriers socialistes, revient en fait à pratiquer la politique de Doriot.

Le 11 juin, les socialistes Blum et Zyromski rencontrent les communistes Frachon, Gitton et Thorez lui-même. Lors de la conférence nationale de juin 1934 à Ivry, Thorez propose l'unité d'action et l'unité syndicale à tout prix. Le tournant de l'antifascisme était pris, et la route pour le Front populaire ouverte. Thorez avait freiné ce tournant vers une politique de Front unique, mais à partir de juin 1934, encouragé par Fried, il s'enhardit et devance de plusieurs mois les mots d'ordre du Komintern. Le 9 décembre, il défend sa politique devant le présidium de l'IC par un remarquable plaidoyer qui impressionne Manouilsky et fait oublier sa piteuse prestation du mois de mai.

Le Front populaire et l'avant-guerre (1935-1939) |

En France, après des années de déclin, les organisations communistes recrutent et retrouvent leur dynamisme. Thorez est l'incarnation des nouvelles valeurs du parti : l'antimilitarisme des années 1920 est oublié, et dans une certaine mesure l'anticolonialisme, au profit de valeurs plus traditionnelles et l'adoption de mythes et de symboles nationaux comme le drapeau tricolore ou Jeanne d'Arc. Les camarades du parti sont invités à cesser d'être des révolutionnaires professionnels le dimanche pour s'intéresser à leurs compagnes et à leur famille. Cette politique est sanctionnée en avril et mai 1936 par d'excellents résultats électoraux.

Le , dans une allocution radiodiffusée, Thorez tend la main aux catholiques et aux Croix-de-feu. En , selon Claude Pennetier, son rôle fut important dans les grèves de juin 1936 et son intervention le 11 juin, quatre jours après les Accords de Matignon (« Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue »), déterminante dans leur achèvement. Sans participer au gouvernement, il s'entretient avec Léon Blum chaque semaine. En , il propose d'élargir vers la droite le Front populaire en faisant, sur la base de l'antifascisme, un « Front des Français ». Ceci n'empêche pas le parti communiste de dénoncer la non-intervention en Espagne et de s'investir massivement dans le soutien à l'Espagne républicaine.

C'est à cette époque que Thorez, suivant le modèle de Staline en URSS, instaure, au sein du parti, un certain culte vis-à-vis de sa personne. En effet, Thorez a une grande admiration pour Staline. Pour renforcer son image personnelle, il publie, en 1937, une autobiographie, Fils du peuple, écrite en fait par Jean Fréville qui sous-traitait lui-même la biographie à un autre nègre et devait, selon la suggestion de Paul Vaillant-Couturier, incarner l'histoire du communisme français1. Thorez dédicace à Staline un exemplaire publié en 1937 aux Éditions sociales internationales (E.S.I.) : « Au camarade Staline, le constructeur génial du socialisme, le chef aimé des travailleurs du monde entier, le guide des peuples, le Maître et l'ami, qui me fit, un jour heureux entre tous, le grand honneur de me recevoir, en témoignage de ma fidélité absolue et de mon amour filial2. »

La popularité de Thorez atteint alors son plus haut niveau. Le , on entendit des manifestants scander, place de la Nation, « Thorez au pouvoir ».

Après Munich, l'année 1939 est placée sous le signe de la menace de guerre. En janvier, à la conférence nationale de Gennevilliers, Thorez consacre une grande partie de son rapport à la question paysanne. Il participe également à Ivry à la célébration de la Révolution française à l'occasion de son 150e anniversaire. En février, lors d'une tournée en Algérie, il évoque « le peuple algérien uni autour de la France » en ajoutant « Il y a une nation algérienne qui se constitue, elle aussi, dans le mélange de vingt races ».

La Seconde Guerre mondiale (1939-1944) |

L'annonce du Pacte germano-soviétique, le 23 août 1939, et la déclaration de guerre, le 3 septembre, bouleversent complètement la situation du parti communiste. Il semble que Thorez, en vacances dans les Alpes, n'ait pas été mis au courant de la signature du pacte. Fried lui-même n'apprend la nouvelle qu'à Bruxelles, centre de regroupement de l'IC, en cas de crise. À Paris, l’Humanité est saisie dès le 25 août 1939. Le 1er septembre, le groupe parlementaire communiste réuni sous la présidence de Thorez décide de voter les crédits de guerre pour réagir à l'agression allemande contre la Pologne. Le 3 septembre 1939, Thorez répond à l'ordre de mobilisation et rejoint son régiment, le 3e régiment du génie1, à Arras. Les hommes étaient en effet mobilisables jusqu'à quarante ans.

À partir de la mi-septembre, l'IC fait parvenir des consignes demandant clairement de dénoncer la guerre comme étant le fait de l'impérialisme britannique. Le parti communiste est interdit le 26 septembre. Le secrétaire de l'IC, Dimitrov envoie un télégramme enjoignant au secrétaire général du parti français de déserter. Mounette Dutilleul, en compagnie de Jeannette Vermeersch, enceinte, porte le message à Chauny, où Maurice Thorez est en garnison. « Qu'en pensent Benoît et Jacques ? » (Frachon et Duclos) aurait demandé Thorez qui se soumet à la décision de l'IC comme il l'a fait tout au long de sa carrière. Le couple Thorez-Vermeersch est embarqué dans la 11 CV du militant Pelayo, passe en Belgique avant de rejoindre Moscou via Stockholm, quelques semaines plus tard. Thorez est donc considéré comme déserteur3.

Thorez arrive à Moscou le 8 novembre 1939. Il s'installe dans une proche banlieue de Moscou, parmi d'autres « clandestins », se laisse pousser la barbe et se fait appeler Ivanov. Officiellement, Thorez est resté en France jusqu'en 1943, date à laquelle il se serait rendu à Moscou pour la dissolution de l'Internationale. Cette version de l'histoire a été maintenue par le PCF jusqu'à la fin des années 1960. Il retrouve l'autre dirigeant français André Marty, bien en vue auprès des Soviétiques et des responsables du Komintern, toujours prêt à critiquer le parti français. Jusqu'en juin 1941, au moins, Thorez, reste en contact avec la direction clandestine du parti restée en France. A-t-il eu un rôle important dans les différentes orientations prises par le parti, pourparlers pour la reparution de l’Humanité en juin-juillet 1940, politique de semi-légalisation en août-septembre, politique de Front national au printemps 1941 ? Les archives du Komintern à Moscou ne sont pas très claires sur ce point.

En automne 1941, l'offensive allemande provoque l'évacuation des Thorez à Oufa, dans l'Oural. Il n'a pratiquement rien à faire, doit rester clandestin et vit une des périodes les plus sombres de son existence. Il supporte difficilement que De Gaulle autorise Marty à se rendre à Alger pour prendre la tête de la délégation communiste alors que lui, Thorez, reste personna non grata pour cause de désertion.

Le 20 janvier 1944, il est reçu par la délégation de la France libre à Moscou. Il raconte qu'il est resté « à son poste de combat », en France, jusqu'en mai 1943 et demande à rejoindre Alger. De Gaulle répond quelques semaines plus tard que la condamnation de Thorez pour désertion garde force de loi.

Après l'installation à Paris le 31 août 1944, du gouvernement provisoire de la République française (GPRF) qui comprend deux ministres communistes, le PCF mène une campagne pour exiger le retour de Maurice Thorez qui envoie lui-même un télégramme à De Gaulle, le 17 octobre. Le 28 octobre, le conseil des ministres donne un avis favorable au retour de Thorez en même temps qu'il donne l'ordre de dissoudre les milices patriotiques. Le 6 novembre, quelques jours avant le voyage de De Gaulle à Moscou, Thorez bénéficie d'une grâce individuelle et rentre en France le 27 novembre.

Maurice Thorez avait une grande admiration pour Charles Péguy4.

Le retour en France et les débuts de la guerre froide (1944-1950) |

De retour en France, Maurice Thorez retrouve sans problème sa place au premier rang du PCF, qui est, depuis la dissolution de l'IC, le nom officiel de l'ex-Section Française de l'Internationale Communiste. La popularité qu'il avait acquise avant-guerre reste intacte. Il bénéficie également du prestige de Résistant, car d'après la logique de propagande du parti, le secrétaire général du « parti des fusillés » ne peut qu'avoir été un résistant. Ainsi, Marcel Prenant, biologiste et authentique membre de la direction des FTPF sous l'occupation, prend-il la parole au congrès de Paris, en juin 1945, en ces termes :

« …Salut à Maurice Thorez, le premier en date des combattants sans uniforme, contre le fascisme hitlérien et les traîtres ! Salut à Maurice Thorez, le premier des francs-tireurs et des partisans français !… »

Plus tard, dans l'édition de Fils du peuple de 1947, on peut lire :

« La direction du Parti prit la décision juste de me faire passer à l'activité clandestine… Le 4 octobre (1939), je repris ma place à la tête des militants communistes traqués et persécutés…En 1943, en ma qualité de membre du Bureau de l'Internationale, je participais à Moscou aux délibérations d'où sortit la dissolution… »

Fin 1944, avec le retour de Thorez en France, le PCF tourne le dos aux tentations d'insurrection révolutionnaire en acceptant la dissolution des milices patriotiques. En septembre 1944, au nom de la CGT, Benoît Frachon avait lancé la « bataille pour la production ». Le 21 juillet 1945, Maurice Thorez surenchérit en déclarant à Waziers, dans le bassin houiller, devant des ouvriers impatients de voir leurs conditions s'améliorer :

« Produire, c'est aujourd'hui la forme la plus élevée du devoir de classe, du devoir des Français. Hier, notre arme était le sabotage, l'action armée contre l'ennemi, aujourd'hui, l'arme, c'est la production pour faire échec aux plans de la réaction. »

En automne 1944, peu de temps après le retour de Thorez en France, De Gaulle avait rencontré Staline à Moscou, et ce dernier, avait déclaré à propos de Thorez : « Ne vous fâchez pas de mon indiscrétion… je me permets de vous dire que je connais Thorez, et qu'à mon avis, il est un bon Français ; si j'étais à votre place, je ne le mettrais pas en prison… du moins pas tout de suite… » Charles de Gaulle avait alors répondu : « Le gouvernement français traite les Français d'après les services qu'il attend d'eux. »

En automne 1945, le temps était donc venu pour Thorez, de prendre des responsabilités dans un gouvernement. Après les élections pour l'assemblée constituante d'octobre 1945, qui donnent 26,1 % des suffrages aux communistes, c'est comme ministre de la fonction publique, en compagnie de quatre autres ministres communistes qu'il fait son entrée au gouvernement de de Gaulle. Il a rang de ministre d'État. Dans le gouvernement Félix Gouin, en janvier 1946, il est « vice-président du conseil ». En novembre 1946, après des résultats électoraux meilleurs qu'ils n'avaient jamais été, 28,6 %, et qui font du PCF « le premier parti de France », Thorez revendique la présidence du conseil. Il affirme alors, dans une interview pour le Times du 18 novembre qu'il existe pour aller vers le socialisme « d'autres chemins que celui suivi par les communistes russes ». Finalement, seulement 261 sur 579 votants se portent sur son nom. Toujours vice-président du conseil, Thorez ne quitte le gouvernement Ramadier, qu'en mai 1947, avec les 4 autres ministres communistes.

Pendant son passage au gouvernement, Thorez qui avait toujours su se montrer bon élève aux yeux de Manouïlski et de Staline, sait également se montrer bon ministre. Ceux qui l'on côtoyé, de Charles de Gaulle à Jules Moch décrivent un ministre efficace, non dénué du sens de l'État. Il mène à bien la réforme de la fonction publique et le statut de la fonction publique lui survit jusqu'au XXIe siècle. Très proche de Marcel Paul depuis l'avant-guerre, il soutient activement sa lutte victorieuse pour la nationalisation de l'électricité et du gaz (loi du 8 avril 1946), puis des houillères.

Les historiens situent le début de la guerre froide en 1947. Ce n'était pas si clair que ça à l'époque, puisque Thorez place le congrès de Strasbourg, en juin 1947 dans la perspective de la reconquête par le PCF de son rôle de « parti de gouvernement ». Les choses ne deviennent claires que le 22 septembre 1947, à la conférence de Szklarska-Poreba, en Pologne, où partis français et italien sont mis en accusation devant le Kominform qui remplace plus ou moins le Komintern défunt. Avec la guerre froide, Thorez dirige le parti dans le contexte du stalinisme. Avec Jeannette Vermeersch, Le , ils officialisent leur union à la mairie de Choisy-le-Roi (actuel Val-de-Marne) après qu'il a divorcé d'Aurore Memboeuf.

Ses prises de positions patriotiques de la période 1944-47 font place à des positions plus conformes à la nouvelle ligne :

« …si l'armée soviétique défendant la cause des peuples, la cause du socialisme, était amenée à pourchasser les agresseurs jusque sur notre sol, les travailleurs, le peuple de France pourrait-il se comporter envers l'armée soviétique autrement que les travailleurs, que les peuples de Pologne, de Roumanie, de Yougoslavie, etc. ? »

— 23 février 1949.

Lors de l'affaire Lyssenko, il approuve la théorie des deux sciences, la bourgeoise et la prolétarienne, au grand dam de Marcel Prenant, qui l'avait sacré résistant quelques années plus tôt.

La maladie (1950-1956) |

L'année 1950 voit culminer le culte de Staline5 et de Thorez à l'occasion de leurs 70e et 50e anniversaire. C'est alors qu'à l'apogée de l'autorité qu'il exerce sur le PCF, il est victime d'une maladie qui l'écarte pendant plusieurs années de la scène politique française, en même temps qu'elle rend possible des luttes pour le pouvoir au sein du PCF. Victime d'une attaque d'hémiplégie le 10 octobre 1950, il part dans l'avion personnel d'Andreï Vychinski le 12 novembre se faire soigner en URSS, déléguant à Jacques Duclos, comme en 1940, la conduite des affaires du PCF. Duclos n'a jamais essayé de profiter de la situation pour évincer son camarade. C'est Duclos qui règle les évictions de Marty et de Tillon, et Thorez ne rentre en France6 le 10 avril 1953 qu'après la mort de Staline, mais il repart bientôt, laissant à nouveau Duclos régler l'exclusion d'Auguste Lecœur, l'étoile montante du PCF depuis la période de la Résistance. Il est encore difficile de dire si l'affaire Lecœur est uniquement une affaire interne au PCF, Lecœur ayant été trop pressé de remplacer Thorez, où si, comme le pense l'historien Marc Lazar, Lecœur avait été chargé par Souslov de transmettre au PCF des critiques contre Staline, et que déjà Thorez, aux côtés de Molotov, se situe dans une attitude de résistance à la déstalinisation.

La fin du règne Thorez (1956-1964) |

En février 1956, Maurice Thorez conduit la délégation française au XXe congrès du PC de l'Union soviétique. Il est le seul, avec Mao, à citer le nom de Staline dans son discours d'introduction. Dans la nuit du 25 au 26 février, il reçoit une copie en russe d'un rapport secret rédigé par Nikita Khrouchtchev et destiné aux partis frères. Ce rapport est traduit immédiatement par Georges Cogniot en présence de Jacques Duclos et Pierre Doize.

À la fin du mois de mars, Thorez rend visite à Togliatti, secrétaire du parti italien, pour chercher un appui contre Khrouchtchev, mais, selon l'historien Philippe Robrieux, « Togliatti, tout en déplorant la méthode utilisée par le leader russe, avait clairement manifesté son choix en sens contraire. » C'est la rupture entre les dirigeants des deux partis les plus puissants d'Europe occidentale.

Le public français apprend l'existence de ce rapport par la presse « bourgeoise ». Thorez avait d'abord choisi de dissimuler l'existence de ce rapport. Robrieux a écrit que cette dissimulation est le fruit d'une discussion au sein du couple Thorez-Vermeersch, qui pensaient que le rapport allait rester enfoui dans les archives du PCUS à Moscou et qu'il était de nature à déstabiliser les militants français. À la table familiale, le jeune Jean Thorez, 20 ans, se serait exclamé : « Nous sommes tous des assassins7 ! »

La tombe de Maurice Thorez au cimetière du Père-Lachaise (division 97).

Au sein du PCF, des tiraillements se font sentir, de nombreux dirigeants se sentant plus proches de la position de Togliatti que de celle de Thorez. À la fin de 1956, l'affaire hongroise permet à Thorez de reprendre la situation en main : de violentes manifestations anticommunistes qui ont lieu devant les locaux du parti réveillent le « patriotisme de parti » : Thorez soutient Khrouchtchev et la répression de l'insurrection hongroise, et au sein du PCF, les rangs se resserrent autour de Thorez qui continue par ailleurs à freiner la déstalinisation au sein du mouvement communiste.

En 1959, Thorez doit faire face aux analyses krouchtchéviennes de Laurent Casanova et Marcel Servin, proches des positions italiennes : ils sont mis sur la touche. Mais à partir de 1961, Thorez appuie Khrouchtchev contre Mao et les Albanais.

En mai 1964, affaibli par la maladie, il fait nommer Waldeck Rochet, plutôt krouchtchévien, au secrétariat général du PCF lors du XVIIe congrès, alors que lui-même prend le titre de président.

Autour de 1960, Thorez soutient son épouse, Jeannette Vermeersch, lorsqu'elle s'exprime en tant que vice-présidente de l'Union des femmes françaises, contre le « contrôle des naissances » : « Le « birth control », la maternité volontaire, est un leurre pour les masses populaires, mais c'est une arme entre les mains de la bourgeoisie contre les lois sociales. » Cette position va à l'encontre de celles de nombreux militants, notamment dans les milieux médicaux. Thorez prend parti pour Jeannette en condamnant les thèses néo-malthusiennes.

Le 12 juillet 1964, il meurt brutalement lors d'une escale à Istanbul en mer Noire, sur un bateau qui l'emmenait passer ses vacances (sa maladie lui interdisant l'avion), comme chaque été, en URSS. Le PCF le fait ramener en France à bord d'un Tupolev et lui organise des funérailles grandioses, le 16 juillet 1964 à Paris.

Synthèse |

Comme l'a écrit Claude Pennetier, Maurice Thorez reste avec Palmiro Togliatti une des grandes figures du communisme en Europe occidentale, celle d'un ouvrier devenu dirigeant d'un des plus grands partis de France. L'influence controversée de cet homme sur la vie politique française n'a pas fini d'alimenter la réflexion.

Pour expliquer le destin de Thorez, Claude Pennetier met en avant « d'incontestables qualités de base : clarté dans l'expression, sens de la synthèse, comportement populaire (le goût de la chanson en fin de banquet) mais aussi un art de s'adapter aux différents milieux qui devait faire l'admiration de la classe politique. Thorez avait surtout une grande intelligence des situations politiques qui lui permettait de tirer le meilleur parti des situations, quitte à soutenir des positions qu'il avait d'abord combattues. »

Jean Bruhat, historien communiste a écrit (le Monde, 13 juillet 1974) que « de toute conversation avec Thorez, un universitaire sortait abasourdi par la richesse de sa culture et sa fringale de connaissance. » Philippe Robrieux, biographe de référence de Thorez parle du professeur d'université qu'il aurait pu être et évoque sa passion pour la géologie et le latin. Il insiste aussi sur sa détermination à se laisser une plage de temps pour la lecture et l'étude.

Dans son « message de condoléances », De Gaulle lui rend hommage à sa manière :

« À une époque décisive pour la France, le Président Maurice Thorez a, à mon appel, et comme membre de mon gouvernement, contribué à maintenir l'unité nationale. »

Que s'est-il passé entre sa volonté d'étudier sans a priori la « question russe » qu'il manifeste dans sa lettre à Souvarine du 11 avril 1924 et son attitude lorsqu'il refuse d'admettre le contenu du rapport « secret » de Khrouchtchev lors du comité central du 9 mai 1956 ? Probablement la complaisance dont il a fait preuve vis-à-vis du culte de la personnalité autour de sa personne et sa répugnance vis-à-vis du travail collectif.

Philippe Robrieux conclut que ce militant sincère, totalement intégré au mouvement communiste international, était devenu après sa maladie, le type le plus achevé du secrétaire général stalinien, corrompu par l'exercice d'un des pouvoirs les plus absolus de tous les temps. Le PCF lui doit sans doute ses heures de gloire, mais aussi certainement le retard dans la déstalinisation pris dans les dernières années du règne de Thorez.

Famille |

Marié le 8 septembre 1923 avec Aurore Membœuf, séparé en 1930, divorcé le 29 janvier 1947, remarié le 17 septembre 1947 avec sa compagne Jeannette Vermeersch.

Père de quatre enfants : Maurice né en 1926 de son premier mariage, puis, de son union avec Jeannette Vermeersch, Jean en 1936, Paul en 1940, Pierre en 1946.

Chronologie |

  • 1912 Embauché aux mines de Dourges
  • 1919 Militant à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO)
  • 1920 Il se rallie au mouvement communiste lors du congrès de Tours et y occupe rapidement des postes importants ; début de son service militaire.
  • 1923 Secrétaire de la fédération communiste du Pas-de-Calais. Mariage avec Aurore Memboeuf
  • 1924 secrétaire de la région Nord, permanent du parti communiste, membre suppléant du Comité directeur.
  • 1925 membre du bureau politique du PCF, après un flirt rapide avec l'opposition de gauche.
  • 1926 responsable à l'organisation au sein du bureau
  • 1925-1926 Milite activement contre la guerre du Maroc
  • Eté 1927-juin 1929 principal dirigeant du parti.
  • 1929-1930 Incarcéré pour provocation de militaires à la désobéissance
  • Avril 1930- mai 1931 Dirige le parti avec Henri Barbé.
  • à partir de mai 1931 Dirigeant principal du parti (mais ne devient secrétaire général en titre qu'en janvier 1936).
  • 1932 Député d'Ivry à la Chambre des Députés, délégué à l'Assemblée consultative provisoire, député de la Seine aux deux Assemblées nationales constituantes (1945-1946), député à l'Assemblée Nationale, du 10 novembre 1946 à sa mort.
  • 1934 Signe, au nom du PCF un pacte d'union nationale avec la SFIO et les radicaux créant le Front populaire.
  • 1939 Déserte (4 octobre) pour rejoindre la Belgique, puis Moscou (8 novembre), sur l'ordre de l'Internationale communiste. Condamné pour désertion, gracié le 6 novembre 1944.
  • 1944 Revient en France (26 novembre) où il reprend la direction du PCF
  • du 21 novembre 1945 au 26 janvier 1946 : Ministre d'État du gouvernement Charles de Gaulle (2)
  • du 26 janvier au 24 juin 1946 : Vice-président du Conseil du gouvernement Félix Gouin
  • du 24 juin au 16 décembre 1946 : Vice-président du Conseil du gouvernement Georges Bidault (1)
  • du 22 janvier au 4 mai 1947 : Ministre d'État, vice-président du Conseil du gouvernement Paul Ramadier (1)
  • 1950 Frappé brutalement d'hémiplégie, il part se faire soigner en URSS.
  • 1953 Retour en France. Il reprend ses fonctions à la tête du PCF et les conservera jusqu'à sa mort malgré ses problèmes de santé.
  • 1964 Décès

Hommage de l'URSS |

L'université linguistique de Moscou a pris le nom de Maurice Thorez de 1964 à 19908.

Voir également le timbre-poste placé en tête de l'article.

Une ville aujourd’hui en Ukraine a été nommée, le 16 juillet 1964, Thorez (on écrit aussi Torez en français), pour lui rendre hommage. Cette ville porte toujours ce nom.

Notes et références |

  1. a, b et c Maurice Thorez, Fils du peuple, Éditions sociales,‎ 1949 Œuvre remaniée en 1949, 1954 et 1960 lors de ses différentes rééditions.
  2. Cité dans Philippe Buton, « Le Parti communiste français et le stalinisme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale », dans Journal of Modern European History.
  3. Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti, 1939-1940, Messidor, 1983, p. 148-153 (ISBN 2201016461).
  4. De Maurice Thorez à Aragon : « Pourquoi ne t'occupes-tu pas de Charles Péguy ? Pourquoi laisses-tu à d'autres le soin d'en parler ? Pourquoi ne nous montres-tu pas comment Péguy est aussi bien à nous, aux ouvriers, au peuple, qu'aux autres, peut-être même davantage ? » ; voir publié par Louis Aragon avec une préface de Vercors : "Deux voies françaises Péguy - Péri" ed.de minuit, 1944. Voir l'article de Jean Bastaire : "Thorez et Aragon admirateurs de Péguy" dans Amitié Charles Péguy, no 16 oct., décembre 1981.
  5. Culte auquel Thorez participe au premier chef : « Stalinien : nous redisons bien haut, comme il y a vingt ans déjà, notre fierté de ce titre d'honneur et de gloire que nous nous efforçons de mériter ! Oui de tout notre cœur, nous proclamons notre amour ardent pour Staline, et nous l'assurons de notre confiance inébranlable ! » (déclaration de 1949, extrait filmé présent dans Banlieue rouge, Daniel Kupferstein, 2005).
  6. Aragon écrit à ce propos son poème « Il revient. »
  7. Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste français, tome II, Fayard, 1981, pp. 436-437.
  8. «Мос­ковский иняз имени М.Тореза»

Sources |

  • Le récit autobiographique, Fils du peuple 1937-1960, est d'un grand intérêt sur l'enfance, la Première Guerre mondiale, et l'entrée dans la vie militante de Maurice Thorez.

Bibliographie, autre que les sources de l'article |

  • Georges Cogniot, Victor Joannès, Maurice Thorez, l'homme, le militant, Paris, Éditions sociales, 1970, 186 p.
  • Annie Kriegel, « Bureaucratie, culte de la personnalité et charisma. Le cas français : Maurice Thorez, secrétaire général du PCF (1900-1964) », in Communismes au miroir français, Paris, Gallimard, 1974
  • Jacqueline Mer, Le Parti de Maurice Thorez ou le Bonheur communiste français, Paris, Payot, 1977, 237 p.
  • Guillaume Bourgeois, Annie Kriegel, Les communistes français 1920-1970, Paris, Seuil, 1985, 400 p.
  • Serge Wolikow, « Le Parti communiste français et l'Internationale communiste (1925-1933) », thèse d'État, Paris VIII, 1990, 2100 p.
  • Stéphane Sirot, Maurice Thorez, Paris, Presses de Sciences Po, 2000, 302 p.
  • Pierre Durand, Maurice Thorez, le fondateur, Pantin, Le temps des cerises, 2000, 258 p.
  • Damon Mayaffre, Le Poids des mots. Le discours de gauche et de droite dans l'entre-deux guerres. Maurice Thorez, Léon Blum, Pierre-André Flandin et André Tardieu (1928-1939), Paris, Honoré Champion, 2000, p. 166-219 et p. 483-544
  • Annette Wieviorka, Maurice et Jeannette. Biographie du couple Thorez , éd. Fayard, 2010l
  • Valère Staraselski, Maurice Thorez (1900 - 1964) - Entre l’oubli et l’ignorance Chronique'[1]

Voir aussi |

Articles connexes |

Liens externes |