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Revue de presse Maurice_Ravel
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Image:Ravel au piano.jpg

Contents

Biographie

1875?1900 : l?apprentissage

Enfance heureuse

Image:Joseph Ravel Marie Delouart.JPG

Maurice Ravel naquit le 7 mars 1875 quai de la Nivelle à Ciboure, dans les Pyrénées-Atlantiques. Son père, Joseph Ravel (1832?1908), était un ingénieur renommé, aux ascendants suisses et savoyards (Ravex). Sa mère, Marie Delouart-Ravel (1840?1917), était une basque, descendante d?une vieille famille espagnole (Deluarte). Il eut un frère, Édouard Ravel (1878?1960) avec lequel il eut toute sa vie de forts liens affectifs.<ref>Source : Marnat M, Maurice Ravel, Fayard, 1986, pp. 19-22.</ref>

En juin 1875, la famille Ravel déménagea pour Paris. Les légendes tenaces qui veulent que l?influence de l?Espagne sur l?imaginaire musical de Maurice Ravel soit liée à ses « origines basques » sont donc exagérées, d?autant que le musicien ne retourna pas au Pays basque avant l?âge de 25 ans. En revanche, il revint régulièrement par la suite séjourner à Saint-Jean-de-Luz pour y passer des vacances ou pour travailler.

L?enfance de Ravel fut heureuse. Ses parents, attentionnés et cultivés, fréquentant les milieux artistiques, encouragèrent les premiers pas de leur fils qui témoigna très tôt un don musical exceptionnel. Il commença l?étude du piano à l?âge de six ans sous la férule d?Henry Ghys et reçut précocement l?enseignement de Charles René (harmonie, contrepoint, composition). Le climat artistique et musical prodigieusement fécond du Paris de la fin du Template:S ne pouvait que convenir à l?épanouissement du petit Maurice qui cependant, au désespoir de ses parents et de ses professeurs, reconnut plus tard avoir joint à ses nombreuses dispositions « la plus extrême paresse. » <ref>Source : Jankélévitch V, Ravel, Seuil, 1995, p. 127.</ref>

Template:Citation (Ravel, Esquisse autobiographique, 1928).<ref>Note : la courte Esquisse autobiographique de Maurice Ravel, dictée par le musicien à son élève et ami Roland-Manuel en oct. 1928, a paru pour la première fois dans la Revue musicale de déc. 1938. Elle est reprise intégralement dans les ouvrages d?Arbie Orenstein (Lettres, écrits et entretiens, Flammarion, 1989, pp. 43-47) et Vladimir Jankélévitch (Ravel, Seuil, 1995, pp. 197-204).</ref>

Avenir prometteur

Image:PH03920.jpg

Entré au Conservatoire de Paris en 1889, Ravel fut l?élève de Charles de Bériot et se lia d?amitié avec le pianiste espagnol Ricardo Viñes, qui devint l?interprète attitré de ses meilleures ?uvres et avec qui il rejoignit plus tard la Société des Apaches. Enthousiasmé par la musique de Chabrier et de Satie, admirateur de Mozart <ref>Citation : « Mon maître préféré ? En ai-je un ?... En tout cas, j?estime que Mozart demeure au plus parfait de tous. (...) Il n?était que musique. » ? Ravel cité par Nino Franck dans le journal Candide, mai 1932.</ref>, Saint-Saëns, Debussy et de l'école russe, influencé par la lecture de Baudelaire, Poe, Condillac, Villiers de L?Isle-Adam et surtout de Mallarmé, Ravel manifesta précocement un caractère affirmé et un esprit musical très indépendant. Ses premières compositions en témoignèrent : elles étaient déjà empreintes d?une personnalité et d?une maîtrise telles que son style ne devait guère connaître d?évolution par la suite : Ballade de la reine morte d?aimer (1894), Sérénade grotesque (1894), Menuet antique (1895) et les deux Sites auriculaires pour deux pianos (Habanera, 1895 et Entre cloches, 1897).

1897 vit entrer Ravel dans la classe de contrepoint d?André Gedalge. La même année, Gabriel Fauré devint son professeur de musique. Ce dernier jugea le compositeur avec bienveillance et salua Template:Citation à la Template:Citation <ref>Source : rapport scolaire de Fauré sur Ravel, juin 1900.</ref>. Avec la fin de ses études vint la composition de l?ouverture de Shéhérazade (créée en mai 1899 sous les sifflets du public, à ne pas confondre avec les trois poèmes de Shéhérazade pour voix de femme et orchestre datés de 1903), et de la célèbre Pavane pour une infante défunte qui reste son ?uvre pour piano la plus jouée par les mélomanes amateurs, même si son auteur ne l?estimait pas beaucoup.<ref>Citation : « J?en perçois fort bien les défauts : l?influence de Chabrier, trop flagrante, et la forme assez pauvre. L?interprétation remarquable de cette ?uvre incomplète et sans audace a contribué beaucoup, je pense, à son succès » ? Ravel cité dans la revue musicale de la S.I.M., fév. 1912, in : Orenstein A, Lettres, écrits et entretiens, Flammarion, 1989, p. 295.</ref>

À la veille du Template:S, le jeune Ravel était déjà un compositeur reconnu, et ses ?uvres discutées. Pourtant son accession à la célébrité n?allait pas être chose aisée. L?audace de ses compositions et son admiration proclamée pour les « affranchis » Chabrier et Satie allaient lui valoir bien des inimitiés parmi le cercle des traditionalistes.

1900?1918 : la grande période

Prix de Rome

Les quatre candidatures de Ravel au Prix de Rome (1901, 1902, 1903, 1905) se soldèrent ainsi par d?appréciables échecs. Second Grand prix en 1901 <ref>Source : Institut de France.</ref> (derrière André Caplet et avec Gabriel Dupont) pour sa cantate Myrrha inspirée du Sardanapale de Lord Byron, il fut éliminé prématurément en 1902 (cantate Alcyone d'après Les Métamorphoses d'Ovide) et 1903 (cantate Alyssa sur un texte de Marguerite Coiffier) avant d?être expulsé en 1905 pour avoir dépassé de quelques mois la limite d?âge <ref>Citation : « Monsieur Ravel peut bien nous considérer comme des pompiers, il ne nous prendra pas impunément pour des imbéciles » ? Un membre de la section musicale de l?Institut apprenant la candidature de Ravel en 1905, In: Jankélévitch V, Ravel, Seuil, 1995, p. 183.</ref>. Largement relayée par la presse, cette dernière affaire provoqua un véritable scandale et déclencha un courant de sympathie pour le compositeur (Romain Rolland notamment prit sa défense) <ref>Citation : « Ravel n?est pas seulement un élève qui donne des promesses; il est dès à présent un des jeunes maîtres les plus en vue de notre école, qui n?en compte pas beaucoup. (...) Un tel musicien fait honneur au concours. (...) C?est le devoir de chacun de protester contre un jugement qui, même s?il est conforme à la justice littérale, blesse la justice réelle de l?art » ? Lettre de Romain Rolland à Paul Léon, directeur de l?Académie des Beaux-Arts, mai 1905. In: Marnat M, Maurice Ravel, Fayard, 1986, p. 162.</ref> qui aboutit à la démission de Théodore Dubois, alors directeur du Conservatoire de Paris, et à son remplacement par Fauré. Au-delà du tapage médiatique qui opposa conservateurs et tenants du modernisme, « l?affaire Ravel » contribua à faire connaître le nom du musicien.

Premiers chefs-d??uvre

C?est avec les Jeux d?eau pour piano, datés de 1901, que s?affirma pour de bon la personnalité musicale de Ravel, qui allait rester profondément indépendante dans la richesse du patrimoine musical de l?époque. Bien qu'ayant longtemps porté l?étiquette de « debussyste »<ref>Citation : « J?ai trouvé plus debussyste que Debussy : Ravel » ? Romain Rolland, 1901.</ref>, il s'avéra que Ravel lui-même avait eu une influence sur Debussy, visible notamment dans les Estampes pour piano (1903). Les critiques musicaux aidant (en particulier Pierre Lalo du Temps, l'un des plus farouches adversaires de la musique de Ravel), cette influence mutuelle fut assez vite vécue comme une dualité par Debussy, et les deux hommes n'eurent jamais que des relations strictement professionnelles.

Dès cette époque s'affirmèrent les traits ravéliens les plus caractéristiques. Réserve, pudeur, raffinement mélodique, goût pour les sonorités hispaniques et orientales, pour l?exotisme et le fantastique, recherche de la perfection formelle irradièrent l'?uvre du compositeur au cours de la période qui s?étendit de 1901 à 1908, à laquelle appartiennent notamment le Quatuor à cordes en fa majeur (1902), les mélodies de Shéhérazade sur des poèmes de Tristan Klingsor (1904), les Miroirs et la Sonatine pour piano (1905), l'Introduction et allegro pour harpe (1906), la Rapsodie espagnole (1908) et la suite Ma Mère l'Oye (1908) qu'il dédia aux enfants de ses amis Ida et Cipa Godebski <ref>Note : Xavier-Cyprien (dit Cipa) et Ida Godebski, famille d'origine polonaise installée à Paris, comptèrent parmi les plus fidèles amis de Ravel qui dédia Ma mère l?Oye à leurs enfants Jean et Mimie. Cipa était le fils du sculpteur Cyprian Godebski et le frère de Misia Sert, la future dédicataire de La Valse.</ref>, puis son grand chef-d??uvre pianistique, Gaspard de la nuit (1908), inspiré du poème éponyme d?Aloysius Bertrand.

Succès et déceptions

Image:Bakst Daphnis et Chloë Set Act II 1912.jpg

Avril 1909 trouva Ravel à Londres, chez Ralph Vaughan Williams, pour sa première tournée de concerts à l?étranger. Il put à cette occasion découvrir qu?il était déjà connu et apprécié outre-Manche. Il fut en 1910 (avec Charles Koechlin et Florent Schmitt notamment) l?un des fondateurs de la Société Musicale Indépendante créée pour promouvoir la musique contemporaine, par opposition à la Société Nationale de Musique, plus conservatrice, alors présidée par Vincent d?Indy. Deux ?uvres majeures allaient pourtant donner à Ravel bien des difficultés.

L'Heure espagnole, premier ouvrage lyrique du compositeur, écrit sur un livret de Franc-Nohain, fut achevé en 1907 et créé en 1911. L'opéra fut mal accueilli par le public et surtout par la critique (le mot pornographie fut lâché). Ni l?humour savoureux du livret ni les hardiesses orchestrales de Ravel n?ont été compris. Parallèlement, pour répondre à une commande de Serge de Diaghilev dont les Ballets russes triomphaient à Paris, Ravel composa à partir de 1909 le ballet Daphnis et Chloé. Cette symphonie chorégraphique, qui utilise des ch?urs sans paroles, est une vision de la Grèce antique que Ravel voulait proche de celle que les peintres français du Template:S- avaient donnée. L?argument de l??uvre fut co-rédigé par Michel Fokine et Ravel lui-même. Il s?agit de l??uvre la plus longue du compositeur, et celle dont la composition fut la plus laborieuse. Là encore l?accueil fut inégal après la création en juin 1912, deux ans après le triomphe du révolutionnaire Oiseau de feu de Stravinski. Ce semi-échec provoqua pour longtemps l'amertume de Ravel.

1913. Homme engagé, Ravel soutint sans conditions son ami Stravinski lors de la création tumultueuse du Sacre du printemps à Paris.<ref>Citation : « Le soir du Sacre, j?avais vu un Ravel coléreux, insolent, cramoisi, défendant l??uvre qu?il aimait avec une indignation tonitruante » ? Valentine Hugo, In: Marnat M, Maurice Ravel, Fayard, 1986, p. 363.</ref> Cette période qui précédait la guerre, Ravel la décrivit plus tard comme la plus heureuse de sa vie. Il habitait alors un appartement de la prestigieuse avenue Carnot, près de la place de l?Étoile.

La guerre

Image:Maurice Ravel 1912.jpg

Août 1914. La Première Guerre mondiale surprit Ravel en pleine composition de son Trio en la mineur qui fut finalement créé en 1915. Dès le début du conflit, le compositeur chercha à se faire engager, mais, déjà exempté de service militaire en raison de sa petite taille, il fut refusé pour être « trop léger de deux kilos ».<ref>Source : Marnat M, Maurice Ravel, Fayard, 1986, p. 407.</ref> Dès lors, l?inaction devint une torture pour Ravel. À force de démarches, il finit par se faire engager comme conducteur de camion (mars 1916) et fut envoyé près de Verdun. Depuis le front, tandis que Debussy tombait dans les travers du nationalisme <ref>Citation : « Trente millions de boches ne peuvent pas détruire la pensée française » proclamait Debussy en signant sa Sonate pour violon et piano, In: cite-musique.fr</ref>, Ravel fit une démonstration éclatante de sa probité artistique en refusant, au risque de voir sa propre musique bannie des concerts, de prendre part à la Ligue nationale pour la défense de la musique française, organisation créée en 1916 qui faisait de la musique un outil de propagande nationaliste et interdisait entre autres la diffusion en France des ?uvres allemandes et austro-hongroises.

Template:Citation (Ravel, 7 juin 1916) <ref>Source : lettre de Ravel au Comité de la Ligue nationale pour la défense de la musique française, In: Orenstein A, Maurice Ravel : Lettres, écrits et entretiens, Flammarion, 1989, p. 157</ref>

Victime selon toute vraisemblance d?une péritonite à la fin de 1916, Ravel fut opéré avant d?être démobilisé<ref>Source : Marnat M, Maurice Ravel, Fayard, 1986, p. 420-21.</ref>. La mort de sa mère, en janvier 1917, le plongea dans un tourment sans comparaison avec celui causé par la guerre ? il ne devait jamais vraiment s?en remettre <ref>Citation : « Je songe qu?il y aura bientôt trois ans qu?elle est partie (...) J?y songe encore plus depuis que je me suis remis au travail, que je n?ai plus cette chère présence silencieuse m?enveloppant de sa tendresse infinie, ce qui était, je le vois plus que jamais, ma seule raison de vivre. » ? Lettre à Ida Godebska, déc. 1919, In: Orenstein, Lettres, écrits et entretiens, Flammarion, 1989, lettre 163.</ref>. Mais son activité créatrice, bien que ralentie, résista à ces épreuves accumulées. Il acheva cette année-là six pièces pour piano regroupées sous le titre du Tombeau de Couperin, suite dans un style néo-baroque français qu?il dédia à des amis morts à la guerre.<ref>Image : Dessin de Ravel pour la couverture de la partition de son Tombeau de Couperin, 1917.</ref>

Jusqu?à 1919, traumatisé par le conflit autant que par la perte de sa mère, Ravel traversa une période de silence et de doute que vinrent seulement interrompre deux commandes cruciales, qui allaient aboutir plus tard à La Valse et à L'Enfant et les Sortilèges. Ainsi prenait fin la période la plus féconde de la vie créatrice du musicien, époque de laquelle date son image communément admise de dandy, homme volontiers froid, réservé, masqué derrière une affectation et une élégance soigneusement calculées. Mais rien mieux que ses chefs-d??uvre de l?après-1918 n'allait laisser entrevoir sa vraie nature.

1918?1928 : Ravel se démasque

L'héritage de Debussy

Image:Claude Debussy ca 1908, foto av Félix Nadar.jpg

La guerre, terminée, avait bouleversé la société et remis en cause les canons esthétiques hérités de la « Belle Époque » : les années d'après-guerre virent ainsi tout un pan de la musique européenne, de Prokofiev (Symphonie classique) à Stravinski (Pulcinella), prendre un virage néoclassique auquel Ravel allait contribuer à sa manière. Pour les quelque douze années d?activité qui lui restaient, la production du musicien se ralentit considérablement (une ?uvre par an en moyenne, en excluant les orchestrations) et son style évolua selon son propre mot dans le sens d?un Template:Citation. Son art allait s?ouvrir dans le même temps aux innovations rythmiques et techniques venues de l?étranger, en particulier d?Amérique du Nord.

Les années passant, et après la mort de Claude Debussy en 1918, Ravel était désormais considéré comme le plus grand compositeur français vivant. Lui qui avait essuyé des échecs dans la première partie de sa carrière se trouvait désormais comblé d?honneurs, et ce n?est pas sans désinvolture qu?il réagit à l?annonce de sa promotion au rang de chevalier de la Légion d?Honneur en 1920 : pour une raison qu'il ne précisa jamais, il se paya le luxe de refuser la distinction, sans même prendre la peine de répondre à cette annonce <ref>Note : le refus fit scandale à l?époque. Hélène Jourdan-Morhange rapporta que « les distinctions honorifiques lui paraissaient vaines autant que les paroles creuses des discours » (Ravel et nous, Genève, 1945). Ravel accepta pourtant d?être fait Chevalier de l?Ordre de Léopold, à Bruxelles en mars 1926 et fut décoré plusieurs fois dans d?autres pays.</ref>. Satie, brouillé avec Ravel depuis 1913, s?en amusa dans une boutade célèbre : Template:Citation <ref>Source : cité dans le journal Le Coq, mai 1920.</ref>

Le premier chef-d??uvre de l?après-guerre fut La Valse, poème symphonique dramatique commandé pour le ballet par Serge Diaghilev et joué en première audition en avril 1920 en présence de Stravinski et Poulenc <ref>Note : Diaghilev accueillit l??uvre avec réserve, arguant que ce n?était pas un ballet, mais « la peinture d?un ballet ». Stravinski ne dit pas un mot pour défendre son ami, ce que Ravel ne lui pardonna jamais. Scène rapportée par Francis Poulenc dans Moi et mes amis, Paris, 1963.</ref>. Ravel y défigurait sciemment la valse viennoise en dépeignant un Template:Citation, évocation musicale de l'anéantissement de la civilisation par la guerre récemment achevée. Mû désormais par un désir de dépouillement, se tournant vers une réaction en faveur de la mélodie, c?est à la mémoire de Debussy qu'il composa sa vaste Sonate pour violon et violoncelle que créa sa violoniste fétiche, Hélène Jourdan-Morhange (1922).

Montfort-l?Amaury

En 1921, désireux de se fixer, Ravel acheta une maison à Montfort-l?Amaury dans les Yvelines, voulant acquérir Template:Citation : le ?Belvédère? <ref>Source : Les musées des Yvelines ? Le Belvédère de Maurice Ravel à Montfort-l?Amaury.</ref> . C?est dans cette maison, aujourd?hui un musée, qu?il devait composer la majeure partie de ses dernières ?uvres. Cette époque vit la naissance des sensuelles Chansons Madécasses, sur des poèmes d?Evariste Parny (1923), dans lesquelles le musicien exprimait au passage son anticolonialisme (Aoua), et de la rhapsodie virtuose Tzigane (1924). Le Belvédère s?imprégna vite de la personnalité du musicien qui en fit, de son vivant même, un véritable musée (collection de porcelaines asiatiques, jouets mécaniques, horloges).

Image:Montfort-l'Amaury Maison Ravel.jpg

Bien que solitaire et pudique, Ravel eut une riche vie sociale. Le Belvédère de Montfort-l'Amaury devint rapidement le repaire incontournable du cénacle ravélien (entre autres l?écrivain Léon-Paul Fargue, les compositeurs Maurice Delage, Arthur Honegger, Jacques Ibert, Florent Schmitt, Germaine Tailleferre, les interprètes Marguerite Long, Robert Casadesus, Jacques Février, Madeleine Grey, Hélène Jourdan-Morhange, le sculpteur Léon Leyritz, et les deux fidèles élèves de Ravel, Roland-Manuel et Manuel Rosenthal). Mais bien que tous les témoignages convergent pour louer chez lui une générosité et une loyauté indéfectibles, les apparences ne pouvaient entièrement cacher la solitude et la tristesse de cet homme <ref>Citation : « Nous ne sommes pas faits pour nous marier, nous autres artistes. Nous sommes rarement normaux, et notre vie l?est encore moins. » ? Lettre à H. Casella, jan. 1919, In: Orenstein A, Lettres, écrits et entretiens, 1989, lettre 150</ref>, qui trouva une échappatoire dans l?orchestration des Tableaux d?une exposition de Moussorgski, 1922, et dans une série de tournées à l?étranger (Pays-Bas, Italie, Angleterre, Espagne). La question de la sexualité du compositeur a souvent fait l'objet de gloses, sans qu'une réponse précise lui soit apportée. Ravel ne se maria jamais et aucune relation sentimentale, féminine ou masculine, ne lui est connue. <ref>Note : Dans un entretien accordé à France Culture en 1985, Manuel Rosenthal rapporta toutefois que Ravel fréquentait des prostituées à l'occasion, In: Marnat M, Maurice ravel, Fayard, 1986, p. 464</ref>

Lyrisme et blues

C'est en 1925, année de son 50Template:E anniversaire, que Ravel acheva son ?uvre peut-être la plus originale : L'Enfant et les sortilèges. Le projet de cette fantaisie lyrique remontait à 1919, quand Colette se vit proposer (par Jacques Rouché, alors directeur de l?Opéra de Paris) la collaboration de Ravel pour mettre en musique un poème de sa main, intitulé au départ Divertissement pour ma fille. Au terme d'une genèse longue de plusieurs mois, le compositeur en tira une comédie musicale mêlant des genres aussi riches que variés, exprimant plus qu'il ne l'avait encore fait son penchant pour le monde du merveilleux et de l'enfance. L?accueil du public fut mitigé lors de la création de l?opéra à Monte-Carlo en mars 1925, mais la postérité donna la place qu?il méritait à ce bijou du répertoire lyrique. Colette a rapporté avec humour la relation purement professionnelle et distante dans laquelle Ravel la tint au cours de l?élaboration de ce projet.<ref>Source : Forum Opéra</ref> Tandis qu?en 1927 était achevée la Sonate pour violon et piano (dont le second mouvement est intitulé Blues), Ravel s'apprêtait à devenir, avec Stravinsky, la personnalité la plus en vue du monde de la musique.

1928?1932 : la consécration

La tournée américaine

1928 fut pour Ravel l?année de la consécration. De janvier à avril il effectua une gigantesque tournée de concerts aux États-Unis et au Canada <ref>Note : au total, 25 villes visitées à travers tout le continent. « Il se laissa fasciner par le dynamisme de la vie américaine, ses immenses villes, ses gratte-ciel (...) et fut impressionné par le jazz, les negro spirituals et l?excellence des orchestres américains ». Orenstein A, Lettres, écrits et entretiens, Flammarion, 1989, p. 24.</ref> qui lui valut, dans chaque ville visitée, un immense succès <ref>Note : lors d?un programme qui lui était entièrement consacré au Carnegie Hall à New York, sous la direction de Serge Koussevitzky, il reçut une ovation de dix minutes lorsqu?il entra prendre sa place. Profondément ému, il confia à Alexandre Tansman : « Vous savez, jamais une chose pareille ne pourrait arriver à Paris. » In: Marnat M, Maurice Ravel, Fayard, 1986, p. 604.</ref>. Il se produisit comme pianiste dans sa Sonatine, accompagna sa Sonate pour violon et certaines de ses mélodies, dirigea l?orchestre, prononça des discours sur la musique dont aucun enregistrement direct, hélas, ne nous est parvenu <ref>Note : un grand discours de Ravel sur la musique contemporaine, prononcé à Houston le 6 avril 1928, a été reproduit d?après sténographie directe dans les ouvrages de Marcel Marnat (Maurice Ravel, Fayard, 1986, pp. 612-22) et Arbie Orenstein (Lettres, écrits et entretiens, Flammarion, 1989, pp. 48-57).</ref>. À New York il fréquenta les clubs de jazz de Harlem et se fascina pour les improvisations du jeune George Gershwin, auteur quatre ans plus tôt d'une retentissante Rhapsody in Blue et dont il appréciait particulièrement la musique. À celui-ci lui réclamant des leçons, Ravel répondit par la négative, argumentant : Template:Citation <ref>Source : Jankélévitch V, Ravel, 1995, p. 193.</ref>. Dans cet esprit Ravel insista à plusieurs reprises auprès des Américains pour qu'ils cultivent la spécificité de leur musique nationale <ref>Source : bisbigliando.com</ref>.

Boléro

Image:Serov140.jpg Template:Loupe De retour en France, Ravel s'attela à ce qui devait devenir son ?uvre la plus célèbre et, malgré lui, l'instrument de sa consécration internationale. Après quelques tergiversations, le « ballet de caractère espagnol » que lui avait commandé son amie Ida Rubinstein en 1927 adopta le rythme d'un boléro andalou. Le Boléro fut créé à Paris le 22 novembre 1928 devant un parterre quelque peu stupéfié. Cette ?uvre singulière, qui tient le pari de durer plus d?un quart d?heure avec seulement deux thèmes et une ritournelle inlassablement répétés, était considérée par son auteur comme une expérience d?orchestration « dans une direction très spéciale et limitée » <ref>Source: Entretien accordé par Maurice Ravel au London?s Daily Telegraph, 1931, repris dans Ravel 1989, p. 365</ref> , et Ravel lui-même fut vite exaspéré par le succès de cette partition qu?il disait « vide de musique ». À propos d?une dame criant: Template:Citation après avoir entendu l??uvre, le compositeur aurait confié à son frère : Template:Citation <ref>Source : Marnat M, Maurice Ravel, Fayard, 1986, p. 634.</ref>.

En octobre 1928, Ravel fut fait docteur en musique honoris causa à l?Université d?Oxford.<ref>Image : Ravel docteur en musique honoris causa à Oxford, oct. 1928</ref> Dans sa ville natale, il inaugura, en août 1930, le quai qui porte son nom.<ref>Image : Inauguration du quai Maurice-Ravel à Ciboure en présence des pelotari, août 1930.</ref>

Derniers chefs-d??uvre

De 1929 à 1931, Ravel conçut ses deux derniers grands chefs-d??uvre. Composés simultanément et créés à quelques jours d?intervalle en janvier 1932, les deux concertos pour piano et orchestre apparaissent comme la synthèse de l?art ravélien, combinant forme classique et style moderne empruntant au jazz. Mais ces deux ?uvres frappent par leur contraste. Au Concerto pour la main gauche, ?uvre grandiose baignée d?une sombre lumière et empreinte de fatalisme qu?il dédia au pianiste manchot Paul Wittgenstein, répondit l?éclatant Concerto en sol dont le mouvement lent constitue l?une des plus intimes méditations musicales du compositeur. Avec les trois chansons de Don Quichotte à Dulcinée, composées en 1932 sur un poème de Paul Morand, les concertos mirent un point final à la production musicale de Maurice Ravel.

Le temps d?une tournée triomphale en 1932 en compagnie de la pianiste Marguerite Long, qui diffusa le Concerto en sol dans toute l?Europe, Ravel prit une dernière fois la mesure de sa renommée. De retour en France, après avoir enregistré ce même concerto sous sa propre direction, il n?avait plus que des projets : notamment un ballet-oratorio, Morgiane, inspiré des Mille et Une Nuits, et un grand opéra, Jeanne d?Arc, d?après le roman éponyme de Joseph Delteil.

1933?1937 : une fin tragique

Image:Portrait jeanne d'arc.jpg À partir de l?été 1933, Ravel commença à présenter les signes d?une maladie neurologique qui allait le condamner au silence pour les quatre dernières années de sa vie. Troubles de l?écriture, de la motricité et du langage en furent les principales manifestations <ref>Note : la description sémiologique que fit Théophile Alajouanine de la maladie de Ravel est reproduite dans : De Recondo J, Sémiologie du système nerveux, Flammarion Médecine, 2004</ref>, tandis que son intelligence était parfaitement préservée et qu?il continuait de penser sa musique, sans plus pouvoir en écrire ou en jouer une note. L?opéra Jeanne d?Arc, auquel le compositeur attachait tant d?importance, ne devait jamais voir le jour. On pense qu?un traumatisme crânien consécutif à un accident de taxi dont il fut victime en octobre 1932  <ref>Citation : « Il a suffi de ce stupide accident pour m?anéantir pendant trois mois. Ce n?est que depuis quelques jours que j?ai pu me remettre au travail, et assez difficilement. » ? Lettre à Alfred Perrin, fev. 1933, In: Orenstein A, Lettres, écrits et entretiens, 1989, lettre 328.</ref> précipita les choses, mais Ravel, qui souffrait depuis longtemps d'insomnies récurrentes, semblait conscient du trouble depuis le milieu des années 1920 (la thèse d?une démence de Pick est discutée).<ref>Source : Template:En The exceptional brain of Maurice Ravel, A Otte, P De Bondt1, C Van de Wiele1, K Audenaert, Med Sci Monit, 2003; 9(6): RA154-159.</ref> Le public resta longtemps dans l?ignorance de la maladie. Chacune des rares apparitions publiques de Ravel lui valait un triomphe, ce qui rendit d?autant plus douloureuse son inaction. <ref>Citation : « Nous n'avons pas pu ignorer que Ravel se vit dépouillé du don de mémoire, perdit la parole, le geste d'écrire, mourut jugulé et conscient alors qu'en lui se débattaient encore tant d'harmonies, tant d'oiseaux, de guitares, de danses et de nuits mélodieuses. » ? Colette, citée dans Jourdan-Morhange H, Ravel et nous, Éditions du milieu du monde, 1945, p. 11</ref>

En 1935, sur proposition d?Ida Rubinstein, Ravel entreprit un ultime voyage en Espagne et au Maroc qui lui apporta un réconfort salutaire, mais vain. Le musicien se retira définitivement à Montfort-l?Amaury où, jusqu?à sa mort, il put compter sur la fidélité et le soutien de ses amis et de sa fidèle gouvernante, Madame Révelot. Le mal continua de progresser. Le 19 décembre 1937, malgré les réticences du musicien, le professeur Clovis Vincent tenta à Paris une intervention chirurgicale sur son cerveau dans l'hypothèse d'une atteinte tumorale. Ravel se réveilla un court moment après l?intervention, puis plongea définitivement dans le coma <ref>Source : Jourdan-Morhange H, Ravel et nous, Éditions du milieu du monde, 1945, p. 252</ref>. Il s'éteignit le 28 décembre 1937, à l?âge de 62 ans. Sa mort provoqua dans le monde une véritable consternation, que la presse relaya dans un hommage unanime. Le discours officiel de la République française fut prononcé à son enterrement par Jean Zay, alors ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts <ref>Source : info-levallois.com</ref>. Le compositeur repose au cimetière de Levallois-Perret près de ses parents et de son frère.

Avec Ravel disparaissait le dernier représentant d?une lignée de musiciens qui avaient su renouveler l?écriture musicale sans jamais renoncer aux principes hérités du classicisme. Par-là même, le dernier compositeur dont l??uvre dans sa totalité, toujours novatrice et jamais rétrograde, soit « entièrement accessible à une oreille profane » (Marcel Marnat).

Template:Citation (Ravel, Esquisse autobiographique, 1928)

Ravel et son art

Les influences

Image:Emmanuel Chabrier.jpg Né à une époque plus que propice à l?éclosion des arts, Ravel bénéficia d?influences très diverses. Mais comme le souligne Vladimir Jankélévitch dans sa biographie, Template:Citation <ref>Source : Jankélévitch V, Ravel, Seuil, 1995, p. 7-8.</ref>

Aussi la musique de Ravel apparaît-elle d?emblée, comme celle de Debussy, profondément originale, voire inclassable selon l?esthétique traditionnelle. Ni absolument moderniste ni simplement impressionniste (comme Debussy, Ravel refusait catégoriquement ce qualificatif qu'il estimait réservé à la peinture <ref>Citation : « Si vous me demandez si nous avons une école impressionniste en musique, je dois dire que je n'ai jamais associé ce terme à la musique. La peinture, ah, ça, c'est autre chose ! Monet et son école étaient impressionnistes. Mais dans l'art s?ur, il n'y a pas d'équivalent à cela. » ? Extrait d'un entretien accordé au Musical Digest, mars 1928, In: Orenstein A, Maurice Ravel : Lettres, écrits et entretiens, Flammarion, 1989, p. 327</ref>), elle s?inscrit bien davantage dans la lignée du classicisme français initié au Template:S- par Couperin et Rameau et dont elle fut l?ultime prolongement. Ravel par exemple (à l?inverse de son contemporain Stravinski) ne devait jamais renoncer à la musique tonale et n'usa qu'avec parcimonie de la dissonance, ce qui ne l?empêcha pas par ses recherches de trouver de nouvelles solutions aux problèmes posés par l?harmonie et l?orchestration, et de donner à l?écriture pianistique de nouvelles directions.

De Chabrier au jazz

De Fauré et Chabrier (Sérénade grotesque, Pavane pour une infante défunte, Menuet antique) à la Musique noire américaine (L?Enfant et les sortilèges, Sonate pour violon, Concerto en sol) en passant par l?école russe (À la manière de? Borodine, orchestration des Tableaux d?une exposition), Satie, Debussy (Jeux d?eau, Quatuor à cordes), Couperin et Rameau (Le Tombeau de Couperin), Chopin et Liszt (Gaspard de la nuit, Concerto pour la main gauche), Schubert (Valses nobles et sentimentales), Schönberg (Trois poèmes de Mallarmé), et enfin Saint-Saëns et Mozart (Concerto en sol), Ravel a su faire la synthèse de courants extrêmement variés et imposer son style dès ses premières ?uvres. Ce style ne devait d?ailleurs que très peu évoluer au cours de sa carrière, sinon comme il le disait lui-même dans le sens d?un « dépouillement poussé à l?extrême » (Sonate pour violon et violoncelle, Chansons madécasses).

L?éclectique

Image:William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) - The Bohemian (1890).jpg Éclectique par excellence tout en s'inscrivant dans une esthétique indiscutablement française, Ravel sut tirer profit de son intérêt pour les musiques de toutes origines. L?influence notoire jouée sur son imaginaire musical par le Pays basque (Trio en la mineur) et surtout l?Espagne (Habanera, Pavane pour une infante défunte, Rapsodie espagnole, Boléro, Don Quichotte à Dulcinée) participe beaucoup à sa popularité internationale, mais conforte aussi l?image d?un musicien toujours épris de rythme et de musiques folkloriques. L?Orient (Shéhérazade, Introduction et Allegro, Ma mère l?Oye), la Grèce (Daphnis et Chloé, Chansons populaires grecques) et les sonorités Tziganes (Tzigane) l?inspirèrent également.

La musique noire américaine, que lui fit mieux découvrir Gershwin au cours de la tournée américaine de 1928, fascina Ravel. Il en introduisit de nombreuses touches dans les chefs-d??uvre de sa dernière période créatrice (ragtime dans l'Enfant et les sortilèges, blues dans le second mouvement de la Sonate pour violon, jazz dans le Concerto en sol et le Concerto pour la main gauche).

Enfin, il est nécessaire de souligner la fascination qu?exerça le monde de l?enfance sur Ravel. Que ce soit dans sa propre vie (attachement absolu, quasi-infantile, à sa mère, collection de jouets mécaniques?) ou dans son ?uvre (de Ma mère l?Oye à l'Enfant et les sortilèges), Ravel exprima régulièrement une extrême sensibilité et un goût prononcé pour le fantastique et le domaine du rêve.

L?orfèvre du son

Template:Citation (Ravel, Esquisse autobiographique, 1928).

Cette recherche de la perfection fit autant pour son succès auprès du grand public que pour sa défaveur auprès de certains critiques. Tandis que son ami Stravinski raillait sa méticulosité en le qualifiant d? Template:Citation, certains ne virent dans sa musique que sécheresse, froideur ou artifice. Ravel, qui ne reniait rien de son amour pour les artifices et les mécanismes mais cherchait toujours, en citant Edgar Poe, Template:Citation <ref>Source : www.ville-montfort-l-amaury.fr</ref>, répliqua avec une phrase devenue célèbre : Template:Citation <ref>Source : cité par Calvocoressi dans Galerie de Musiciens, Londres, Faber, 1933.</ref>

Composer semble n?avoir jamais été chose facile pour Ravel. Son refus de céder à cette Template:Citation lui donna le goût de la contrainte auto-imposée, et plus encore de la difficulté vaincue. C?est sans doute ce qui explique la faible abondance de ses ?uvres, dans une période créatrice pourtant longue de près de quarante ans, et l'état d'inachèvement dans lequel il laissa plusieurs projets, notamment l'opéra La Cloche engloutie (1906) et le concerto Zazpiak Bat (1914). Pleinement conscient de son caractère, Ravel pouvait confier à Manuel Rosenthal : Template:Citation <ref>Source : Orenstein A, Maurice Ravel : Lettres, écrits et entretiens, Flammarion, 1989, p. 39.</ref>

Quoi qu?il en soit, de l?incroyable ouverture de L'Heure espagnole aux onomatopées de L'Enfant et les Sortilèges, de la pédale obstinée de si bémol du Gibet dans Gaspard de la nuit à la rigidité rythmique et temporelle du Boléro, cet entêtement dans la quête de la perfection et ce goût de la gageure font beaucoup pour la légende ravélienne.

Image:RavelScarbo.PNG

L?orchestrateur

Ravel fut selon Marcel Marnat Template:Citation et de l?avis de nombreux mélomanes l?un des meilleurs orchestrateurs de l?histoire de la musique occidentale. Son ?uvre la plus célèbre, le Boléro, ne doit-elle pas sa tenue à la seule variation des timbres et à un immense crescendo de l?orchestre ?

Image:Boléro thème A1.png

Passé maître dans le maniement des timbres (quoique n?étant pas lui-même adepte de nombreux instruments), sachant trouver l?équilibre harmonieux le plus subtil, Ravel sut transcender de nombreuses ?uvres originales (le plus souvent écrites pour le piano) et leur donner une dimension nouvelle, que ces pages fussent de lui (Ma mère l?Oye, 1912, Valses nobles et sentimentales, 1912, Alborada del gracioso, 1918, Le Tombeau de Couperin, 1919?) ou de ses éminents confrères : Moussorgski (Khovantchina, 1913), Schumann (Carnaval, 1914), Chabrier (Menuet pompeux, 1918), Debussy (Sarabande et Danse, 1923) ou encore Chopin (Étude, Nocturne et Valse, 1923).

Mais ce fut l?orchestration des célèbres Tableaux d?une exposition de Moussorgski, commande de Serge Koussevitzky achevée en 1922 à Lyons-la-Forêt chez son ami Roland-Manuel, qui assit définitivement la réputation internationale de Ravel en la matière. Sa version reste la référence et éclipse celle des autres compositeurs qui s?y sont essayés, même si certains regrettent que ce travail ait diminué la simplicité et la naïveté de la page originale. Les Tableaux orchestrés par Ravel font partie, avec le Boléro, des ?uvres françaises les plus représentées à l?étranger.

L?interprète

Faute d'un entraînement assidu, Ravel fut bon pianiste sans être un virtuose (certaines de ses propres ?uvres, notamment le Concerto en sol qu?il rêvait de présenter lui-même <ref>Citation : « À maintes reprises, il s?épuisa à essayer d?accéder au niveau de virtuosité indispensable. Les longues heures passées à briser ses doigts sur les Études de Chopin et de Liszt le fatiguèrent beaucoup et privèrent le génial compositeur d?autant de moments d?inspiration fructueuse. » ? Marguerite Long, Au piano avec Maurice Ravel, Éd. Billaudot, 1971.</ref>, lui restèrent inaccessibles). Il fut propriétaire de plusieurs pianos droits, le dernier étant encore exposé à Montfort-l'Amaury <ref>Image: pianoparadise.com ? Ravel devant son piano à Montfort-l'Amaury vers 1930</ref>. Au piano le compositeur assura la création, entre autres, de ses Histoires naturelles (1907), des Mélodies hébraïques (1914), de La Valse (1920), de la Berceuse sur le nom de Fauré (1922) et de la Sonate pour violon et piano (1927). Au cours de sa tournée américaine en 1928, il joua sa Sonatine, accompagna sa Sonate pour violon et certaines de ses mélodies.

En tant que chef d?orchestre, Ravel créa l'ouverture de Shéhérazade (1899) et la version de concert du Boléro (1930). À la baguette il n?égala jamais, même de loin, ses qualités d?orchestrateur. Le seul enregistrement <ref>Note : un Concerto en sol daté de 1932 publié sous son nom était en fait dirigé par Pedro de Freitas Branco</ref> qu?il a laissé (un Boléro daté de 1930) et les témoignages de l?époque confirment que Ravel n?était pas un virtuose au pupitre. Il dirigea pourtant avec un immense succès son Concerto en sol au cours de sa dernière tournée, en 1932.

?uvres principales

L'?uvre de Ravel se caractérise d'une façon générale par son abondance relativement modeste, sa diversité (tous les genres musicaux ayant été abordés à l'exception de la musique religieuse) et sa proportion notable d'?uvres reconnues comme majeures. Le catalogue complet <ref>Source : Université du Québec</ref> établi par Arbie Orenstein et complété par Marcel Marnat compte cent onze ?uvres achevées par le compositeur entre 1887 et 1933, soit quatre-vingt six ?uvres originales et vingt-cinq ?uvres adaptées. Les quelque soixante ?uvres principales sont sous-citées.

?uvres originales

Période Titre Instrumentation Parties / Indications
?UVRES POUR PIANO
1892 - 93 Sérénade grotesque <center>Piano 2 mains Très rude
1895 Menuet antique <center>Piano 2 mains Maestoso
1895 Habanera <center>2 pianos En demi-teinte et d'un rythme las
1899 Pavane pour une infante défunte <center>Piano 2 mains Assez doux, mais d'une sonorité large
1901 Jeux d'eau <center>Piano 2 mains Très doux
1903 - 05 Sonatine <center>Piano 2 mains I. Modéré - II. Mouvement de menuet - III. Animé
1904 - 05 Miroirs <center>Piano 2 mains I. Noctuelles - II. Oiseaux tristes - III. Une barque sur l'océan

IV. Alborada del gracioso - V. La vallée des cloches

1908 Gaspard de la nuit <center>Piano 2 mains I. Ondine - II. Le gibet - III. Scarbo
1908 - 10 Ma Mère l'Oye <center>Piano 4 mains I. Pavane de la Belle au bois dormant - II. Petit Poucet - III. Laideronnette, impératrice des

pagodes - IV. Les entretiens de la Belle et de la Bête - V. Le jardin féerique

1909 Menuet sur le nom de Haydn <center>Piano 2 mains Mouvement de menuet
1911 Valses nobles et sentimentales <center>Piano 2 mains I. Modéré. Très franc - II. Assez lent - III. Modéré - IV. Assez animé - V. Presque lent

VI. Vif - VII. Moins vif - VIII. Épilogue. Lent

1912 À la manière de... Chabrier <center>Piano 2 mains Allegretto
1912 À la manière de... Borodine <center>Piano 2 mains Valse. Allegro giusto
1914 - 17 Le Tombeau de Couperin <center>Piano 2 mains I. Prélude - II. Fugue - III. Forlane - IV. Rigaudon - V. Menuet - VI. Toccata
1918 Frontispice <center>2 pianos 5 mains Pas d'indication
?UVRES ORCHESTRALES
1898 Ouverture de Shéhérazade <center>Orchestre Ouverture de féerie
1907 Rapsodie espagnole <center>Orchestre I. Prélude à la nuit - II. Malagueña - III. Habanera - IV. Feria
1909 - 12 Daphnis et Chloé <center>Orchestre et ch?urs Symphonie chorégraphique en deux parties
1919 - 20 La Valse <center>Orchestre Mouvement de valse viennoise - Un peu plus modéré - 1er Mouvement - Assez animé
1922 - 24 Tzigane <center>Violon et orchestre Lento - Moderato - Allegro
1928 Boléro <center>Orchestre Tempo di Bolero moderato assai
1929 - 30 Concerto pour la main gauche <center>Piano et orchestre Lento - Allegro - Tempo I
1929 - 31 Concerto en sol majeur <center>Piano et orchestre I. Allegramente - II. Adagio assai - III. Presto
MUSIQUE DE CHAMBRE
1897 Sonate posthume <center>Violon, piano Allegro moderato
1902 - 03 Quatuor à cordes <center>2 violons, alto, violoncelle I. Allegro moderato - II. Assez vif, très rythmé III. Très lent - IV. Vif et agité
1905 Introduction et Allegro <center>Harpe, flûte, clarinette,

2 violons, alto, violoncelle

Introduction - Allegro
1914 Trio avec piano <center>Piano, violon, violoncelle I. Modéré - II. Pantoum. Assez vif - III. Passacaille. Très large - IV. Finale. Animé
1920 - 22 Sonate pour violon et violoncelle <center>Violon, violoncelle I. Allegro - II. Très vif - III. Lent - IV. Vif, avec entrain
1924 Tzigane <center>Violon, piano ou luthéal Lento - Moderato - Allegro
1924 - 27 Sonate pour violon et piano <center>Violon, piano I. Allegretto - II. Blues. Moderato - III. Perpetuum mobile
MUSIQUE VOCALE
1897 - 99 Deux épigrammes <center>Soprano et piano I. D'Anne jouant de l'espinette - II. D'Anne qui me jecta de la neige - (Clément Marot)
1901 Myrrha <center>Soprano, ténor, baryt., orch. Cantate pour le Prix de Rome - (Lord Byron)
1902 Alcyone <center>Soprano, ténor, baryt., orch. Cantate pour le Prix de Rome - (Ovide)
1903 Alyssa <center>Soprano, ténor, baryt., orch. Cantate pour le Prix de Rome - (Marguerite Coiffier)
1903 Shéhérazade <center>Soprano et orchestre I. Asie - II. La flûte enchantée - III. L'indifférent - (Tristan Klingsor)
1906 Histoires naturelles <center>Voix et piano I. Le paon - II.Le grillon - III. Le cygne - IV. Le martin-pêcheur - V. La pintade - (Jules Renard)
1907 Chansons populaires grecques <center>Soprano et piano I. Chanson de la mariée - II. Là-bas, vers l'église - III. Quel galant m'est comparable

IV. Chanson des cueilleuses de lentisques - V. Tout gai ! - (Grèce)

1913 Trois poèmes de Mallarmé <center>Voix et orch. de chambre I. Soupir - II. Placet futile - III. Surgi de la croupe et du bond - (Stéphane Mallarmé)
1914 Mélodies hébraïques <center>Voix et piano I. Kaddich - II. L'énigme éternelle - (Israël)
1914 - 15 Trois chansons pour ch?ur <center>Ch?ur mixte a cappella I. Nicolette - II. Trois beaux oiseaux du paradis - III. Ronde - (Maurice Ravel)
1922 Chansons madécasses <center>Soprano/baryton, piano,

flûte et violoncelle

I. Nahandove - II. Aoua - III. Il est doux - (Évariste Parny)
1923 - 24 Ronsard à son âme <center>Voix et piano Amelette Ronsardelette - (Pierre de Ronsard)
1927 Rêves <center>Voix et piano Un enfant court - (Léon-Paul Fargue)
1932 - 33 Don Quichotte à Dulcinée <center>Baryton et piano/orch. I. Chanson romanesque - II. Chanson épique - III. Chanson à boire - (Paul Morand)
?UVRES LYRIQUES
1907 - 11 L'Heure espagnole Opéra pour cinq voix solistes avec orchestre sur un livret de Franc-Nohain
1919 - 25 L'Enfant et les sortilèges Fantaisie lyrique en deux parties pour solistes et ch?urs avec orchestre sur un livret de Colette

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Orchestrations et arrangements

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ARRANGEMENTS DE SES PROPRES ?UVRES
Période Titre Arrangement Parties / Indications
1906 Une barque sur l'océan <center>Orchestration D'un rythme souple
1910 Pavane pour une infante défunte <center>Orchestration Lent
1911 - 12 Ma Mère l'Oye <center>Orchestration I. Prélude - II. Danse du rouet et scène - III. Pavane de la Belle au bois dormant

IV. Les entretiens de la Belle et de la Bête - V. Petit Poucet - VI. Laideronnette, impératrice

des pagodes - VII. Le jardin féerique

1912 Valses nobles et sentimentales <center>Orchestration I. Modéré. Très franc - II. Assez lent - III. Modéré - IV. Assez animé - V. Presque lent - VI. Vif

VII. Moins vif - VIII. Epilogue. Lent

1918 Alborada del gracioso <center>Orchestration Assez vif
1919 Le Tombeau de Couperin <center>Orchestration I. Prélude - II. Forlane - III. Menuet - IV. Rigaudon
1920 La Valse <center>Réductions pour 2 pianos Mouvement de valse viennoise
1929 Boléro <center>Réduction pour piano Tempo di Bolero moderato assai
1929 Menuet antique <center>Orchestration Maestoso
1932 Concerto en sol majeur <center>Réduction pour 2 pianos I. Allegramente - II. Adagio assai - III. Presto
ARRANGEMENTS D'AUTRES ?UVRES
Période Titre Auteur original Arrangement Parties / Indications
1909 Trois Nocturnes <center>Claude Debussy <center>Réduction pour 2 pianos I. Nuages - II. Fêtes - III. Sirènes
1910 Prélude à l'après-midi d'un faune <center>Claude Debussy <center>Réduction pour piano à 4 mains Très modéré
1913 La Khovanchtchina <center>Modeste Moussorgski <center>Orchestration Orchestration complétée avec Igor Stravinski
1914 Carnaval <center>Robert Schumann <center>Orchestration
1914 Les Sylphides <center>Frédéric Chopin <center>Orchestration I. Prélude - II. Nocturne - III. Valse
1917 - 1918 Menuet pompeux <center>Emmanuel Chabrier <center>Orchestration Extrait des Dix Pièces pittoresques
1922 Tableaux d'une exposition <center>Modeste Moussorgski <center>Orchestration 10 tableaux et 5 promenades
1923 Sarabande et Danse <center>Claude Debussy <center>Orchestration I. Sarabande - II. Danse ou Tarentelle styrienne

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?uvres les plus jouées

D?après le Portail de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique <ref>Source : Portail Sacem.</ref>, Ravel est le musicien français non tombé dans le domaine public qui s?exporte le mieux depuis des décennies. Le Boléro est ainsi resté en tête du classement mondial des droits SACEM jusqu?en 1993 <ref>Source : Sacem ? Palmarès 1993</ref>, suivi de près par l?orchestration des Tableaux d?une exposition de Moussorgski. En 1994 et 1995, sur les dix ?uvres de la SACEM les plus exportées, cinq étaient de Ravel <ref>Source : Sacem ? Palmarès 1994</ref> : le Boléro, les Tableaux d?une exposition, Daphnis et Chloé, le Concerto en sol et Ma mère l?Oye. En 2005 <ref>Source : Sacem - Palmarès 2005</ref>, le Boléro pointait encore à la cinquième place.

Médiathèque

Image:Montfort-l'Amaury Commémo. Ravel.jpg

Références, notes et citations

Template:Références

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Roland-Manuel, À la gloire de Ravel, éditions de la Nouvelle Revue Critique, Paris, 1938, 285 p.