|
{revue}
Mahomet, ou Mohammed (et de nombreuses variantes), fondateur de l'islam, est un chef religieux, politique et militaire arabe, né à La Mecque en 570 et mort à Médine en 632. Les musulmans le considèrent comme le dernier des prophètes du monothéisme, au sens où il termine et scelle le cycle de la révélation monothéique abrahamique. Ses biographies rapportent qu'il récitait à ses premiers compagnons (sahabas) les versets du Coran qu'il présentait comme la parole même de Dieu, (Allah en arabe), transmise à lui par l'archange Gabriel. Le Coran aurait été compilé après la mort de Mahomet, à partir de transcriptions sur des supports divers, par ces disciples. Par ailleurs, certaines de ses actions et de ses paroles forment la sunna qui est la seconde source à la base du droit musulman. La fondation de l'islam et de la culture islamique en font un personnage historique de première importance1.
Ses noms
Calligraphie arabe de محمد sur une assiette
En arabeSon nom est en arabe : محمّد (Mouḥammad), qu'on peut traduire par « digne de louanges2 », et de façon plus complète Abou l-Qâsim Mohammed ben `Abd Allâh ben `Abd al-Mouttalib ben Hâchim (أبو القاسم محمّد بن عبد الله بن عبد المطلب بن هاشم) soit « père de Qasim, Mohammed, fils de Abdallah, le fils de Abdelmuttalib, le fils de Hachim ». Article connexe : Nom arabe.
De nombreux autres noms lui ont été attribués, soit de son vivant, soit par la tradition islamique. On en compte deux cent un, dont Al-Mustafâ et Al-Mukhtâr qui signifient « l'élu », Al-Amine qui signifie « le loyal », Ahmad et Mahmoud qui sont dérivés de la même racine que Mohammed. Dans le Coran et les hadiths, Mahomet est habituellement appelé « le messager de Dieu » (rasoul) (الرَّسول, ar-rasūl, « le messager », « l'envoyé »), plus de deux cents fois dans le Coran. Il est également désigné par l'expression (Nabi) (النَّبيّ, an-nabīy, traduit « le Prophète »). Ces deux appellations renvoient à une distinction faite en islam entre deux catégories de personnes investies d'une mission apostolique ; les messagers de Dieu, appelés aussi envoyés de Dieu, sont, d’après la terminologie islamique, les personnages qui auraient reçu la révélation de lois abrogeant les lois des messagers précédents, avec l'ordre de le transmettre aux hommes, tandis que les prophètes auraient reçu une révélation par les mêmes voies et l'ordre de transmettre aux hommes un message du messager précédent. Selon cette classification, tout messager est un prophète, mais tout prophète n'est pas messager. Les uns comme les autres auraient reçu la révélation, mais seuls les messagers amèneraient un livre ou une loi nouvelle. Selon la tradition musulmane il y aurait cent vingt-quatre mille prophètes et trois cent treize messagers, le premier d'entre eux étant Adam, le premier des humains, et le dernier, Mahomet, l'un comme l'autre étant considérés comme des prophètes messagers3. Lorsque les musulmans pieux prononcent ou écrivent son nom, ils emploient la forme arabe et ajoutent généralement une bénédiction, « le salut soit sur lui»4. Le nom propre Mahomet dans la langue française
Son nom arabe (محمد) est parfois aussi transcrit Mohammed ou encore Muhammad, ce dernier étant la forme utilisée dans les ouvrages anglophones11. Parmi les variantes :
Biographie
Frontispice d'une vie de Mahomet publiée en anglais au XVIIIe siècle.
Article détaillé : Sira.
Selon les chroniqueurs musulmans de la Sira comme Ibn Ishaq, Tabari, Ibn Kathir, Ibn Hicham, etc., Mahomet nait à la Mecque, alors importante ville, au carrefour de plusieurs routes caravanières. Avant sa mission prophétique, Mahomet est un marchand. Après le début de sa mission prophétique, il est perçu comme une menace pour les intérêts économiques des tribus arabes en charge de l'administration de la ville, craignant que le discours du monothéisme ne fasse fuir les caravaniers aux diverses croyances, dont certains faisaient le déplacement à la Mecque en pèlerinage. Mahomet est contraint de fuir la Mecque à la mort de son oncle, marquant l'Hégire, l'an un de l'ère musulmane. Il se rend à Yathrib, qui sera connu plus tard sous le nom de Madinat el Nabi, ou ville du prophète, qui deviendra par la suite simplement Médine. Là, il continue sa mission et devient un chef politique et militaire. Il mène sa première bataille à Badr, où il attaque les caravanes mecquoises chargées des avoirs pillés dans les maisons de tous ceux ayant suivi Mahomet à Médine. C'est à l'issue de cette bataille que l’islam sera fondé politiquement. De bataille en traité, et devant le nombre important de convertis, La Mecque dépose finalement les armes devant les troupes de Mahomet. Mahomet rentre triomphant à la Mecque. Il devient alors homme d’État pour unifier l’Arabie sous une seule idéologie, religieuse : l’Arabie, avec une langue unique, une culture unique, des valeurs uniques, pouvait ainsi trouver son unité. Naissance et enfanceArticle détaillé : Enfance de Mahomet.
Mahomet est né à la fin du VIe siècle, la tradition retient la date de 57020, à La Mecque, cité caravanière vivant du commerce de marchandises transitant de l'Inde vers l'Occident via Aden puis la Syrie, en traversant le désert de la péninsule Arabique. Il serait né précisément un lundi soir, le douzième jour du rabî`a premier21, troisième mois lunaire du calendrier arabe22. L'année de naissance de Mahomet est appelée traditionnellement « année de l’éléphant » en référence aux évènements qui s'y seraient déroulés22. Le général chrétien éthiopien et vice-roi du Yémen, Abraha, aurait attaqué en vain La Mecque avec une troupe d’éléphants pour démolir le sanctuaire vénéré par les Arabes (la Kaaba ou Ka`ba). Le Coran rapporte ce récit (Le Coran, « L’Éléphant, CV » ((ar)الفيل)), et il est dit que l'attaque fut repoussée par la riposte miraculeuse d'oiseaux jetant des pierres brûlantes. La tradition musulmane dit que des témoins oculaires de cette attaque étaient encore en vie lors de la révélation de cette sourate. Plusieurs textes éthiopiens mentionnent l'apparition de ces mystérieux oiseaux.[réf. nécessaire] D'après Ikrima ibn abî Jahl, un compagnon de Mahomet, les oiseaux avaient la tête comme celles des oiseaux voraces, et personne n'a plus observé des oiseaux de cette espèce dans la région, avant ou après l'évènement. Les chroniqueurs rapportent toujours d'après le récit d'Ikrima, que ces oiseaux auraient occasionné aux soldats des blessures superficielles et qu'ils auraient été achevés par la vérole23. Mahomet appartient à la tribu de Quraych (ou Koreish), une ancienne tribu arabe. Il descend de Ghâlib, fils de Fihr, surnommé Quraych, guerrier puissant et redouté. Son père `Abd Allâh ibn `Abd Al-Muttalib est fils de `Abd Al-Muttalib, fils de Hâchim, prince des Quraychites, gouverneur de La Mecque et intendant de la Ka`ba. La famille de Mahomet est hachémite par référence à son arrière-grand-père Hâchim ibn `Abd Manaf. Les Quraychites se réclament de descendances de Ismaël, fils d'Abraham et ont la garde de la Ka'ba, sanctuaire qu'auraient reconstruit Abraham et son fils Ismaël, selon la tradition musulmane, et désigné par le père des trois monothéismes comme un lieu de pèlerinage. Mahomet est issu du mariage de `Abd Allâh ibn `Abd Al-Muttalib et Amina (Amina ou Amina bint Wahb) fille de Wahb, chef du clan médinois des Banû Zahrah. Elle accouche de lui à La Mecque dans la maison de son oncle paternel Abû Tâlib du clan des Banû Hâchim, le lundi 12 rabî`al-awwal. Son accoucheuse est Ash-Shifâ', la mère de `Abd Ar-Rahmân ibn `Awf24. La mort de son père `Abd Allâh survient avant la naissance de Mahomet à Yathrib, qui depuis a pris le nom de Médine. Le septième jour après sa naissance, son grand-père `Abd Al-Muttalib donne un nom à son petit-fils : Mahomet, ce qui signifie « Le Loué ». D'après l'historien médiéval Tabari, le lendemain de sa naissance, Abdou'l-Mottalib lui donna le nom de Mohammed, car son père était mort depuis quatre mois. Mahomet a été gardé par Halîma, fille d'Abou Dsouwaib appelé Abdellah ben al Harith et son mari était Harith fils d'abdou l Ozza fls e Rifa. Les deux personnes faisaient partie de la famille des Beni Sa`d25. C'était une famille pauvre qui devait élever Mahomet26. La coutume arabe préconisait que les enfants soient élevés à la campagne26. Conformément à la coutume des familles nobles de Quraych, sa mère Amina le confie à une nourrice, d'abord à Thuwaybah, la servante de son oncle Abû Lahab, puis à Halîma bint Al-Hârith As-Sa`diyyah27 (de la tribu des Saadites, Banû Sa`d), qui emporte le nourrisson dans le désert où son mari vit avec la tribu des Saadites à l'écart du reste de la population. La vie dans le désert, au milieu des Bédouins réputés pour la pureté de leur langue, était censée prodiguer aux enfants santé et force d'expression. Alors que Mahomet et l'un de ses frères de lait avaient la garde de quelques bêtes à proximité des habitations, Halîma et son mari Abû Kabshah auraient été alertés par leur fils de lait qu'il aurait été pris à partie par deux hommes de blanc vêtus, qu'ils l'auraient couché sur le sol et lui auraient ouvert le torse. Accourant sur les lieux, Halîma et son mari auraient trouvé leur enfant debout tout pâle. Le jeune Mahomet leur aurait donné la même version que celle du fils de lait. Selon la tradition musulmane, les deux hommes vêtus de blanc auraient été deux anges, envoyés pour purifier le cœur de l'enfant, destiné à être prophète de l'islam, et pour apposer le sceau de la prophétie entre ses épaules. Craignant pour la santé de l'enfant, Halîma se serait empressée de rendre l'enfant à sa mère Amina qui serait morte trois ans plus tard. Mahomet n'a alors que six ans. Son grand-père paternel `Abd Al-Muttalib le prend alors dans sa maison. Deux ans après, sur son lit de mort, `Abd Al-Muttalib charge Abû Tâlib, l'aîné de ses enfants, frère utérin de `Abd Allâh, de prendre soin de Mahomet. Son oncle Abû Tâlib — le père d'Ali — l'élève comme ses propres enfants28. JeunesseArticle détaillé : Jeunesse de Mahomet.
Alors que Mahomet a douze ans, Abu Talib décide de tenter sa chance dans le commerce caravanier avec la Syrie. Son neveu insiste pour l'accompagner. À La Mecque, d'après les deux biographies (Sîra Ibn Hichâm et Sîra Ibn Kathir), Mahomet se serait distingué des gens de son âge. Une tradition, avec ses exagérations selon l'historien Maxime Rodinson, « en fait dès cette époque un modèle de perfection physique, intellectuelle et morale »29 : il aurait été fort, judicieux dans ses propos, énergique dans ses expressions, fidèle à ses amis et plus encore à ses promesses. Il aurait évité avec un soin extrême tout ce qui peut faire soupçonner en lui quelque goût pour le vice. Les Quraychites ayant déclaré la guerre (connue sous le nom d'al-Fijâr30, (l'impie) vers 590) aux Tribus de Kénan (Canaan) et de Hawazan31, ils marchèrent contre elles commandés par Abu Talib. Mahomet, âgé de vingt ans (ou de quatorze ans32) se serait distingué par son intrépidité. Les deux Tribus sont battues et dispersées33. Quelques temps plus tard, les fondations de la Kaaba sont gravement touchées par des pluies torrentielles33. Menaçant de s'effondrer, le sanctuaire doit être démoli et reconstruit par les Quraychites. Quand il s'agit d'y reloger la Pierre noire, une météorite qui serait vénérée par les Arabes depuis le temps d'Abraham, les tribus ne s'accordent pas sur le choix de celui qui aura l'honneur de replacer la pierre sacrée. Elles conviennent qu'il reviendra au premier qui se présentera le lendemain à la porte du temple. Selon cette tradition, cela aurait été Mahomet. Pour ménager les susceptibilités, il aurait enlevé sa cape et y aurait placé la pierre noire, qu'il aurait fait élever ensuite par deux Arabes de chaque tribu et la prenant alors, il l'aurait placée lui-même, sous le regard approbateur de tous les habitants de La Mecque, enchantés de la noblesse de cette action, pour démêler l'orgueil qui en avait été le motif34. La question des informations sur la première partie de sa vieJusqu'à l'âge de 40 ans, on ne sait pas grand chose de sa vie. Elle est reconstituée d'après la tradition orale, mise par écrit 140 ans après sa mort, grâce aux témoignages indirects de ceux qui avaient connu ses premiers compagnons. « C'est dire combien l'imagination [a] pu travailler pendant ce laps de temps », explique l'historien Maxime Rodinson35. Cependant, selon les sources écrites disponibles, des biographies de Mahomet ont été déjà écrites par les enfants de compagnons de Mahomet. La première biographie écrite sur Mahomet est celle d'Urwah ibn al-Zubayr (en) (mort en 713 - H/92) petit fils d'Abu Bakr, fils d'Asmaa bint Abu Bakr et Zubayr ibn al-Awwam, deux compagnons de Mahomet. Il rédigea cette biographie se basant sur les témoignages de plusieurs compagnons de Mahomet. Son ouvrage, dont nous ne disposons plus, a inspiré les biographes tels que Tabari, Al-Waqidi et ibn Ishaq36. De même le fils du troisième calife, Abân ibn Uthmân (mort en 724 - H/105) compte parmi les premiers auteurs de sira chez qui puiseront les biographes ultérieurs. Citons également le manuscrit qui décrit les batailles de Mahomet qui se trouve à Heidelberg en Allemagne, écrit par Wahb ibn Munabbih (en) (mort en 728 - H/110) fils d'un autre compagnon de Mahomet nommé Munabbih ibn Kamil (en) comme une autre source primitive en la matière. Il existait encore les biographies selon Churahbîl ibn Sa'd (mort en 741 - H/123), Âsim ibn Umar ibn Qatida (mort en 738 - H/120) et Abdallah ibn abi Bakr ibn Hazm (mort en 753 - H/135) disparus, mais qui ont tous servi de sources écrites aux biographies rédigées après 758 (H/140) dont nous disposons encore37. Selon ces biographies, Mahomet est d'abord berger puis caravanier avant d'entrer au service de Khadija, une riche veuve à la tête d'un commerce caravanier. Au moment de leur mariage, elle avait 40 ans (ou 28 selon ibn Habîb et al-Balâdhurî)38. Ils eurent deux fils (ou trois, selon les sources) qui mourront en bas âge : Al-Qâsim et Tayeb, ainsi que quatre filles, Zaynab, Ruqayyah, Umm Kulthûm et Fatima Zahra, la future épouse d'Ali ibn Abi Talib. Il semble que Mahomet ne savait ni lire, ni écrire. Dans le coran, il est qualifié de « ummî », c'est-à-dire « illettré », ce qui est confirmé par le verset 48 de la sourate 29 : « Avant (la révélation du Coran), tu ne récitais aucun livre, ni n'en écrivais aucun de ta dextre ». Des hadiths pour sourcePour le reste de sa vie, on dispose de quelques sources écrites. Des enseignements de Mahomet, ainsi que certains de ses faits et gestes, ses attitudes lors de telle ou telle bataille, furent mis par écrit très tôt. Voici une liste d'ouvrages rédigés déjà du vivant de Mahomet ou par ses compagnons : Abu Bakr, premier calife, aurait compilé 500 hadiths qu’il aurait détruits par crainte d’insérer des fautes39. Amr bin Hazm, gouverneur du Yémen du temps de Mahomet, a compilé tout un opuscule qui nous est parvenu intégralement40. Jâbir bin Abdallah a rédigé plusieurs ouvrages41. Samurah bin Jundab composa également un grand volume de hadiths42. Sa’d bin Ubadah rédiga également un important ouvrage de hadiths que sa descendance conserva43. Abdallah bin Abbas, fils de l’oncle de Mahomet, a laissé de nombreux livres de hadiths à sa mort44. Abu Huraira rédigea la ‘’Sahifah as-Sahihah‘’ avec son disciple Hammam bin Munabbih. Il avait mis par écrit de nombreux rouleaux remplissant un grand coffre en bois qu'il consultait fréquemment..45. Salmân'ul Fârisî (m. 32) a rédigé des hadiths qu'il communiqua à abu'd-Dardâ46. Abu Ayyûb al Ansârî rédigea un manuscrit contenant 122 hadiths qu'il transmit à ses enfants47. Les ouvrages qui regroupent la quasi totalité des hadiths certifiés sont ""Sahih al-Boukhari"" et ""Sahih muslim"" Aspects de la psychologie de MahometArticle détaillé : Aspects de la psychologie de Mahomet.
Selon Maxime Rodinson, Mahomet donne « l'impression d'un homme sage, pondéré, équilibré. Toute sa vie nous le voyons réfléchir avant de prendre une décision, mener ses affaires publiques et privées de façon habile, sachant attendre quand il faut, reculer le cas échéant. »49. « Et pourtant, derrière toute cette façade, il y a un tempérament nerveux, passionné, inquiet, fiévreux, plein d'aspirations impatientes ». Selon le même auteur, cela peut aller « jusqu'à des crises nerveuses d'une nature tout à fait pathologiques »50. Bref, Mahomet, qui a réussi sur le plan matériel et politique, ne semble pas heureux. C'est un « insatisfait ». Une des raisons semble être « si étrange que cela puisse nous paraître »51,qu'il soit privé d'« héritiers mâles »52. « C'était là une honte chez les Arabes53 comme chez les Sémites en général, et on désignait les hommes qui en souffraient par le nom d'"abtar" (Coran, CVIII.)54. »55. « Cette incapacité de Khadîja de lui donner une descendance mâle viable devait servir de prétexte supplémentaire à une certaine insatisfaction (érotique, charnelle) envers cette femme irréprochable. »56. Maxime Rodinson poursuit : « Une autre cause d'insatisfaction est sans doute à rechercher dans son ambition, « une ambition légitime, due à une nette conscience de sa valeur. » On aurait affaire à un « malaise d'homme ridiculisé pour sa stérilité en mâles, frustration de l'homme de tempérament érotique que sa propre conscience morale empêche de réaliser ses désirs, colère rentrée de l'homme intimement sûr de lui, méprisé par les réalistes de la politique ». L'ensemble de ces frustrations s'ajoute, selon Maxime Rodinson, à une « constitution pathologique ». C'est ainsi qu'il explique l'épisode des anges venus "lui ouvrir le cœur" quand il était enfant : Mahomet avait alors 6 ans et son père nourricier inquiet avait dit « Halima, j'ai peur que ce garçon n'ait eu une attaque, ramène le à sa famille, avant que cela ne se déclare »57. Mahomet, sujet à des crises nerveuses, était aussi de ces personnalités exceptionnelles « aptes à voir, à écouter, à ressentir des choses inaccessibles aux sens des autres êtres humains ». Maxime Rodinson rapproche cette personnalité de celle des poètes arabes illuminés de la période préislamique, les kohhân (au singulier kâhin) qui avaient des visions et se sentaient accompagnés d'esprits familiers, sortes de génies qui leur inspiraient un texte saccadé, murmuré à toute vitesse pour impressionner le public. Ils étaient capables de retrouver les chameaux perdus et d'expliquer les songes58. « Mais comme il était doué d'une personnalité singulièrement plus riche et plus puissante que celle des Kâhin ordinaires, cette insatisfaction le poussait aussi à réfléchir. Toute une élaboration intellectuelle se déroulait parallèlement aux répercutions de son tempérament inné de son histoire personnelle sur le plan nerveux. Et cette élaboration intellectuelle était d'une rare qualité... Petit à petit, son esprit s'avançait sur une voie qui devait le mener à dépasser l'horizon de son pays et de son temps. » 59. Après une longue comparaison, sur une quarantaines de pages, de Mahomet avec certains mystiques comme Thérèse d'Ávila et appuyé l'idée que Mahomet croyait sincèrement à la Voix qui lui dictait des choses60, Rodinson conclut : « Mohammed dut aussi éliminer, trier, inconsciemment sans doute, et ne retenir que ce qui édifiait, exhortait, consolait. Ses plus beaux poèmes n'ont sans doute jamais été écrits. Il attendait de Dieu des messages dans un sens donné et son attente modelait le verbe qui cherchait, en vain, à se montrer plus fort que lui. Au-delà des glossalistes chrétiens, il découvrait la démarche des grands prophètes d'Israël »61.
Des psychologues[Qui ?] disent que cette période fut importante pour son mental. Aussi, Mahomet a vécu une vie d'orphelin. Une situation familiale et sociale semblable provoque en général un caractère faible et un déséquilibre mental grave. « Mais, Mahomet sera au contraire équilibré , fort , ouvert, loyal, créatif et équilibré , même dans les moments les plus difficiles. Il défendra toujours les orphelins et condamnera les égoïstes et les prévaricateurs63. »
Bennabi écrit : « En effet, le prophète est un sujet qui peut nous parler de cet "état interne" qui le raisonne même, d'abord pour sa conviction personnelle et ensuite pour l'économie extérieure de sa mission. (...) Si prophétisme il y a, il doit tout d'abord être considéré comme la cause perturbatrice qui engendre dans un "Moi" humain l'irrésistible attraction d'une mission dont les mobiles et les buts ne s'expliquent pas comme données de ce "Moi". (...) Jonas, Jérémie, Mahomet sont ainsi autant d'individus qui ont voulu tout d'abord se soustraire volontairement à la vocation prophétique. Ils résistent mais sont finalement emportés par leur vocation67. » Bennabi décrit ainsi ce qui lui semble caractériser le prophétisme chez Mahomet : « 1) Un absolu psychologique élimine tous les autres facteurs du "Moi" dans la détermination finale du prophète pour son comportement. Ainsi Bennabi réfute-t-il la thèse de la schizophrénie, et traite le prophétisme d'une manière qu'il estime plus neutre par la phénoménologie. Il réfute également l'hypothèse de l'épilepsie de Mahomet. « En effet, chaque révélation s'accompagnera, chez lui, de symptômes particuliers. Par la suite, il confiera à ses compagnons, qu'au moment où le phénomène va se manifester, il entend un bourdonnement annonciateur : parfois semblable à celui d'un essaim d'abeilles se ruant hors de la ruche et parfois plus métallique comme un tintement de cloche. (...) D'autre part, ses compagnons pouvaient remarquer chaque fois, que la "révélation" se manifestait, la soudaine pâleur suivie d'une rougeur congestionnée du visage chez Mohammed. D'ailleurs, lui-même s'en rendait compte puisqu'il ordonnait qu'on lui couvrît la tête d'un voile, chaque fois que le phénomène avait lieu. (...) Cette précaution ne signifie-t-il pas que ce phénomène était indépendant de la volonté de l'homme puisque celui-ci se trouvait momentanément paralysé, incapable de se couvrir la face lui-même et gémissant dans un état extrêmement douloureux comme l'a noté la tradition ? (...) S'emparant de ces indices physiologiques, cartains critiques se hâtent d'y reconnaître les symptômes de l'épilepsie. (...) Les symptômes physiologiques eux-mêmes ne sont pas propres à un diagnostic de l'épilepsie, laquelle déclenche une paralysie convulsive chez le sujet, privé momentanément de ses facultés intellectuelles69 et notamment physique. Or chez Mohammed seul le visage est congestionné : l'homme gardant par ailleurs une attitude normale, et de toute façon, une liberté intellectuelle bien marquée, au point de vue psychologique, par le fait que Mohammed utilise parfaitement sa mémoire pendant la crise même. Or chez un épileptique, la crise abolit notamment la mémoire et la conscience70. » Un autre point sur lequel s'arrête Bennabi est que, selon les chroniqueurs, plusieurs événements historiques du phénomène de prophétie chez Mahomet semblent échapper complètement à son propre contrôle, ce en quoi Bennabi décèle certaines oppositions du "Moi Mohamédien" au phénomène prophétique71. Contexte historiqueLe contexte en ArabieAu sudLa langue du Sud est différente de celle du Nord de la péninsule d'Arabie. Le Sud était en plein déclin, après la chute du royaume de Saba, qui avait duré des millénaires. Les Himyarites sont les derniers souverains de cette région. Dhu Nuwas fut le dernier roi de la dynastie à la fin du Ve siècle, il se convertit au judaïsme et punit les chrétiens à cause de la persécution des Byzantins. Les Éthiopiens, majoritairement chrétiens, prennent la région. Vers 575, les Perses font une incursion. La domination des deux est éphémère. Les habitants étaient sédentaires et habiles dans la construction de digues ; ils étaient bons agriculteurs. Ils produisaient et exportaient les épices, la myrrhe, l'encens, les aromates, etc., à une partie du monde. Les routes étaient prospères en temps de paix (voir l'accord signé entre les Arabes et les Romains à l'époque de l'empereur Philippe l'Arabe, à la fois arabe et romain). Le Yémen était une société monarchique et ses habitants étaient polythéistes. La découverte de plusieurs inscriptions laisse penser qu'une partie de la population savait écrire72. Le centre et le nordLes régions plus au nord étaient influencées par la culture araméenne hellénisée. Les voies commerciales étaient établies. Les Nabatéens fondent leur royaume dont la ville de Pétra fut la capitale. Trajan concrétise une province romaine au nord de la Nabatène. De 244 à 249, Philippe l'Arabe dirigeait toute la province. Au sud la Syrie était connue sous le nom de Palmyre, Odénat ("Udhayna") était le premier souverain puis sa femme Zénobie ("Zayneb") le remplaça. Aurélien prend la région puisque presque la totalité de la population était semi-nomade ou nomade. L’histoire demeure obscure au sujet des autres dynasties Lihyan et Thamud. Des inscriptions relèvent l'existence des deux pays. Le peuple de Thamud est cité de nombreuses fois dans le Coran, comme un peuple rebelle n’ayant pas voulu écouter son prophète Sâlih. Voir par exemple Le Coran, « El-Araf, VII, 73-79 » ((ar)الأعراف), Le Coran, « L’Immunité ou le Repentir, IX, 70 » ((ar)التوبة), Le Coran, « Houd, XI, 61-68 » ((ar)هود), Le Coran, « Abraham, la paix soit avec lui, XIV, 9 » ((ar)إبراهيم), Le Coran, « Le Voyage nocturne, XVII, 59 » ((ar)الإسراء), Le Coran, « Le Pèlerinage de La Mecque, XXII, 42 » ((ar)الحج), Le Coran, « Alforkan ou Distinction, XXV, 38 » ((ar)الفرقان), etc. En 384, le traité de paix entre les Sassanides et les Romains fait arrêter les guerres dans la région. Cette paix durera jusqu'en 502. Les Byzantins et les Perses pratiquaient les routes de la région qui étaient sûres72. Entre les IVe et VIe siècles, La région se dégrade par la suite. Les Byzantins et les Sassanides se sont désintéressés de cette région. La société arabe demeure tribale. L'élevage était important pour la survie, parfois les Bédouins attaquent les caravanes des arabes qui habitent les contrées sédentaires. Les tribus arabes avaient un chef élu et avaient un conseil formé de membre de la même famille (Ahl al-Bayt) (les gens de la maison). La religion des tribus était polydémonisme72. La MecqueLa Mecque réunissait les grands marchands dont ceux de la tribu des Quraychites. Ces derniers concluaient des traités avec les Byzantins, les Éthiopiens, les Sassanides, etc. Les notables de la ville dirigeaient tout par l'intermédiaire d'un conseil (madjles)72. La littératureLa poésie arabe tenait une place importante dans La Mecque. Les premiers écrits seront compilés deux siècles plus tard dans deux recueils de poèmes : les Mu'allaqât et les Mufaddaliyat. Ces ouvrages de synthèse donnent une vision partielle de ce que pouvait être la littérature de l'époque. Il est probable que seules les meilleures parties de poèmes aient été conservées. Rites et religionsLes hommes de la tribu de Mahomet, les Quraychites avaient la réputation d'enterrer leurs filles vivantes avant l'apparition de l'islam73. Cette tribu a été celle la plus hostile à la nouvelle religion. Le polythéisme arabe existait depuis longtemps. Il y avait plusieurs religions préislamiques chez les Arabes74. Les spécialistes soulignent trois groupes importants dans l'Arabie méridionale, centrale et septentrionale. Le Coran révèle plusieurs divinités de cette époque ( Houbal, Quzeh, Lât, Al-Ozzâ, Wadd (Amour), Amm, Yagût, Nasr, etc74). Le culte des morts existait chez les Arabes, mais il est mal connu. Le culte des anciens était assez davantage répandu chez les Arabes sédentaires que les nomades. Les Arabes faisaient des visites aux tombeaux et faisaient des rites74. La Ka'ba faisait partie des visites et des rites sacrés chez les Arabes avant Mahomet74. Certains chercheurs parlent d' animisme arabe75. Il existait des communautés d'Arabes chrétiens. Les Arabes judaïsés étaient éparpillés dans la région, ils étaient à Yathrib (Médine) et étaient des agriculteurs et des artisans72 Quelques décennies avant la naissance de Mahomet, le mouvement des hanifs naît en Arabie d'une frustration vis-à-vis des religions existantes et aspire à la restauration de la religion d'Ibrahim (Abraham). Les adeptes de ce mouvement s'écartent de ce qu'ils considèrent comme des turpitudes (beuveries et luxure) dont les Arabes seraient devenus coutumiers au fil des siècles et du culte des divinités. La venue annoncée de l'ultime prophète occupe les cercles religieux et fait l'objet de surenchères entre les différentes communautés religieuses qui espèrent le soutien victorieux de « l’envoyé du ciel »76. Le Coran affirme que la venue de Mahomet comme prophète de l'islam pour toute l'humanité est annoncée dans la Torah et dans l'Injil (l'Évangile) sous le nom de Ahmed : « Et quand Jésus fils de Marie dit : ô Enfants d’Israël, je suis vraiment le Messager de Dieu [envoyé] à vous, confirmateur de ce qui, dans la Torah, est antérieur à moi, et annonciateur d’un Messager à venir après moi, dont le nom sera Ahmad. Puis quand celui-ci vint à eux avec des preuves évidentes, ils dirent : C’est là une magie manifeste77. » Le terme ahmadu utilisé dans le Coran peut aussi se traduire simplement par « très louangé » ou « dont le nom sera très louangé78. » Contexte étrangerLe chroniqueur médiéval Tabari énumère des signes censés annoncer la venue de Mahomet :
Naissance d'une religionPremiers pas de l'islamArticle détaillé : Islam.
Mahomet effectue de nombreuses retraites spirituelles. La tradition musulmane affirme que c'est en 610 que, pour la première fois, l'archange Gabriel (Jibril) lui serait apparu dans la grotte de Hira où il avait coutume de se recueillir et lui aurait transmis, selon les croyances musulmanes, la révélation, la parole de Dieu. Mahomet, qui a alors 40 ans, commence à transmettre des versets qu'il déclare être révélé par Allah et dicté en arabe par Gabriel, cette dictée aurait duré vingt-trois ans. Les révélations se seraient accomplies ponctuellement ou régulièrement selon les péripéties de sa vie et de la communauté musulmane. Selon le dogme musulman, c'est là l'origine du Coran, que Mahomet aurait pris soin d'enseigner oralement dès le début. La tradition rapporte que, effrayé par la première visite de Gabriel, Mahomet se serait réfugié auprès de son épouse et lui aurait raconté cette vision. Khadija aurait couvert Mahomet, à sa demande (d'où l'intitulé de la sourate : al-Muzzammil, « l'Enveloppé ») et se serait enquise auprès de son cousin, Waraqah ibn Nawfal, qui lui aurait annoncé la nature prophétique de son époux. Plus tard, Khadija serait retournée voir son cousin, en compagnie de Mahomet. Waraqah lui aurait réaffirmé qu'il était un prophète de Dieu et que l'apparition de la grotte de Hira aurait été l'archange Gabriel. Il aurait annoncé à Mahomet des difficultés dans l'accomplissement de sa mission, notamment un bannissement de sa tribu. D'emblée, Khadija aurait cru en son époux et lui aurait apporté un soutien inconditionnel ; elle est, de ce fait, considérée par les musulmans comme la première croyante. Mahomet aurait fait part secrètement de son message à ses proches, et avec eux il fonde, une sorte de « secte »82, un groupe de croyants qui seront appelés plus tard les musulmans : nommés ainsi en référence à Abraham (muslim, celui qui se donne, qui se soumet volontairement à Allah (Dieu)). Puis, la prédication devient publique et s'étend à l'ensemble des Quraychites83. Selon l'historien médiéval Tabari, Khadija, la femme de Mahomet, aurait été la première à se convertir à l'islam. Le deuxième homme qui a connu l'histoire de Mahomet, aurait été un savant chrétien du nom de Waraqua, il aurait été le premier homme à suivre Mahomet parce qu'il savait que certains Juifs et certains judéo-chrétiens attendaient la naissance d'un prophète et de deux Messies84,85. Après sa femme Khadija et Waraqua, les premiers convertis à l'islam seraient par ordre chronologique : Abou-Bakr; puis Zayd ibn Harithah (en) (esclave de khadija et donné à Mahomet pour l'affranchir et même le considérer comme son fils )86; Bilal ibn Rabah (esclave de Omayyah Ibn Khalaf. Ce dernier l'a torturé parce qu'il s'est converti à l'islam. Il a donc été acheté par le plus riche des compagnons de Mahomet Abou Bakr pour être affranchi). Par la suite, plusieurs se convertiront à l'islam.87. Au départ, les compagnons de Mahomet auraient été au nombre de trente-sept qui gardaient secret leur confession88
Lettre attribuée à Mahomet, adressée à Muqawqis, gouverneur d'Égypte.
La première mosquée de Médine fut édifiée par Mahomet26, puis elle a été modifiée par les dynasties musulmanes à travers les siècles.
Bien que ses contemporains acceptent difficilement d'abandonner leurs croyances et leurs pratiques ancestrales89, en trois ans, il réussit à s'entourer d'une petite cinquantaine de disciples. Ils sont une centaine au bout de cinq ans. La croissance du groupe inquiète les Mecquois et les persécutions contre Mahomet et les siens se font de plus en plus vives après la mort de Khadija et d'Abû Tâlib. Une première vague d'immigration emmène une partie des musulmans en Éthiopie où ils vivent quelque temps sous la protection du négus ou roi d'Éthiopie. Mahomet profite de la saison du pèlerinage qui voyait affluer vers La Mecque les Arabes de toutes les régions de la péninsule d'Arabie pour prêcher le message de l'islam. Il conclut un pacte avec un groupe de Médinois qui acceptent son message. L'année suivante, la communauté musulmane médinoise est plus nombreuse. 70 hommes se rendent en pèlerinage à La Mecque pour prêter allégeance à Mahomet et lui proposer leur protection s'il s'installait à Médine90. L'ordre est donné aux musulmans mecquois d'émigrer (hégire) à Yathrib (future Médine) en 622, an 0 du calendrier musulman. Selon la tradition, Mahomet aurait été le dernier à partir, en compagnie de son fidèle ami et futur calife Abou Bakr. Ali, quant à lui, reste sur place avec pour mission de restituer les dépôts, dont Mahomet avait la garde, à leurs propriétaires. Chef de guerre et fondateur politique de l'oummaArticle détaillé : Batailles de Mahomet.
Mahomet réorganise Yathrib, où il est en même temps chef religieux, politique et militaire. Il s'appuie à la fois sur les deux tribus arabes et les trois tribus juives qui y vivent (voir l'article Tribus musulmanes et juives de Yathrib). Un pacte-constitution dit aussi charte de Médine, en fait huit documents rédigés à des dates différentes, régit les relations entre les différentes communautés religieuses qui habitent la ville, garantissant notamment à tous les citoyens la liberté de conscience. Néanmoins, ce nouvel ordre est venu contrarier les intérêts des notables de la ville, dont Abd Allah ibn Ubayy ibn Salul et ceux des tribus juives de Médine. Quelques juifs, par conviction, reconnaissant en Mahomet le prophète tant attendu à l'instar du rabbin Abdullah ibn Salam (en), ou par opportunisme, embrassent l'islam91,92. Mais les Juifs de Médine ne se convertissent pas pour autant en masse. Au fil du temps, les musulmans déchantent et prennent leurs distances avec les « gens du livre ». La rupture est marquée lorsque la direction de la prière devient la Ka'ba à La Mecque et non plus Jérusalem. Les musulmans font l'objet d'attaques de la part des Mecquois et ripostent : Pendant le mois de ramadan en l'an 624, la bataille de Badr éclate. Il s'agit du premier conflit mené par une armée musulmane stricto sensu. Elle aurait opposé 317 soldats musulmans à un millier de soldats mecquois. La victoire contre les Mecquois assoit l'Empire musulman naissant et constitue un atout psychologique pour les musulmans. Le mois de jeûne, Ramadan, est par la suite fixé le mois anniversaire où aurait commencé la révélation du Coran ou, selon une autre version, pour commémorer la bataille de Badr. Les Mecquois prennent leur revanche lors de la bataille de Uhud, en l'an 625. Supportant mal la mainmise des musulmans sur Médine, certains notables juifs, à l'instar de Salam ibn Abi Al-Haqiq, auraient profité de cette défaite pour se rendre à la Mecque et inciter les Mecquois à revenir à la charge. Afin d'en finir avec la menace que constituait à leurs yeux ce nouvel état, les Mecquois forment une coalition regroupant plusieurs tribus arabes dont Gatafan, Banu Sulaym, Banu Asad, Fazarah et Ashja. En l'an 627, une armée de dix mille soldats marche sur Médine, qui se retranche derrière un fossé creusé sur la proposition du compagnon de Mahomet, le Persan Salman Al-Farisi. Le siège de la ville s'installe dans la durée. Quelques escarmouches opposent les deux parties. La diplomatie Mecquoise a tenté secrètement et a réussi à soudoyer la tribu juive des Banu Qurayza qui avait la charge d'une partie du front. Mahomet envoie quatre émissaires aux Banu Qurayza pour s'assurer de la réalité de leur soutien, mais les émissaires sont mal reçus et constatent la défection des Banu Qurayza. En parallèle, un homme de Ghatafan nommé Nuaym ibn Masud se convertit secrètement à l'islam et reçoit l'ordre de semer la zizanie entre les coalisés. Il réussit à faire douter les Banu Qurayza de la solidarité des coalisés en cas de défaite et fait douter les premiers de la sincérité de leurs alliés médinois. Exténués par le siège et les intempéries, les coalisés décident de lever le siège laissant les Banu Qurayza à leur sort. Après un siège de 25 jours, ces derniers sont soumis au jugement de la Torah par leur allié de jadis Saad ibn Muadh : les hommes de la tribu sont tués, leurs biens confisqués et leurs femmes et enfants sont asservis. En 628, Mahomet part en pèlerinage à La Mecque à la tête d'un convoi de 1 400 pèlerins et multiplie les signes de ses intentions pacifiques. Les Mecquois leur refusent l'accès au sanctuaire, mais signent avec les musulmans la trêve dite d'Al-Hudaybiyah. En 632 après l'hégire (en 629 - 630), la trêve est rompue lorsqu’une tribu alliée de La Mecque agresse une tribu alliée de Médine. Mahomet marche secrètement sur La Mecque à la tête de dix mille soldats. Aux portes de la ville, il garantit la sécurité de toute personne non combattante et déclare une amnistie générale. La Mecque se rend alors sans opposition. À partir de l'hégire, il aura fallu neuf ans pour que toute l'Arabie embrasse l'islam. Mahomet ordonne l'arrêt des razzias entre tribus arabes déclarant lors de son Sermon d'Adieu : « Le musulman est intégralement sacré pour le musulman, son sang est sacré, ses biens sont sacrés, son honneur est sacré. » L'unification de la péninsule arabe sous la bannière de l'islam n'est pas de nature à laisser ses puissants voisins indifférents. Mahomet décide donc d'envoyer ses ambassadeurs en Égypte, en Perse et à Byzance, entre autres destinations, pour transmettre son message. L'ère de la conquête au-delà de la péninsule va alors commencer. Mort de MahometAprès avoir réorganisé l'administration et assis l'influence de l'islam à La Mecque, il retourne à Médine, où il meurt le 8 juin 632 âgé de soixante-trois ans après une courte maladie. Il est enterré dans son appartement mitoyen de la « mosquée prophétique ». Un agrandissement de la mosquée de Médine sous la dynastie omeyyade se fait autour de son tombeau, dorénavant à l'intérieur de la mosquée, isolé par un triple mur. La tradition musulmane rapporte aussi qu'il est mort sans rien laisser en héritage93, il ne possédait au moment de sa mort qu’une tunique, un pagne de tissu grossier94 et avait gagé son armure contre un gallon d’orge chez un juif95. Par la suite, ses disciples continueront de se transmettre oralement et sous forme d'écrits les sourates, avant que elles ne soient rassemblées définitivement en un seul livre, le Coran, par le troisième calife Uthman moins de vingt ans après la disparition de Mahomet96. Mahomet considéré comme intercesseurPlusieurs hadiths donnent à Mahomet le rôle d'intercesseur78, de même certains passages du Coran97. « Il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu » correspond bien à l'idée selon laquelle Mahomet, qui est illettré, retransmet ce que lui dicte l'archange Gabriel. Diplomatie et batailles internesArticle détaillé : Batailles de Mahomet.
Mahomet aurait participé à trente-cinq expéditions, selon les uns, à quarante-huit selon d'autres98. Mahomet aurait envoyé huit ambassadeurs vers huit rois ou gouverneurs, pour les appeler à Allah99. Il s'agirait de :
La lettre aurait contenu : « Au nom d'Allah clément et miséricordieux. Dis : Ô humain, je suis l'apôtre d'Allah, envoyé vers vous tous, de celui qui possède les cieux et la terre. Il n'y a pas de dieu en dehors de lui, qui donne la vie et fait mourir, etc. »102 La lettre finissait par « Salut à celui qui suit la droite voie. Mets-toi à l’abri du châtiment de Dieu si tu ne le fais pas, eh bien, moi je t'ai fait parvenir ce message ! »99. Le récit de l'intervention des chrétiens qui ont défendu les troupes de Mahomet face aux Mecquois a été soulevé par la tradition. Mahomet aurait demandé le refuge d'une partie des musulmans en Abyssinie, chez les chrétiens éthiopiens après avoir subi le mécontentement des mécquois103. Le roi éthiopien aurait accepté d'aider le groupe de réfugiés après avoir vérifié le contenu du Coran et la lettre de Mahomet. Mahomet trouve refuge chez la population de Yathrib après avoir quitté la Mecque. Il aurait recherché l'appui des juifs104. Autour de MahometAnnonce de la venue de MahometArticle détaillé : Annonce de la venue de Mahomet.
Le Coran affirme que la venue de Mahomet comme prophète de l'islam pour toute l'humanité est annoncée dans la Torah et dans l'Évangile. Plusieurs passages de la Bible sont interprétés en ce sens105,106
— Coran VII, Al-A'raf : 157107,108,109 MiraclesMahomet aurait dit que « le Coran est un miracle »110. Selon le Coran et des hadiths, Mahomet aurait fait une série de miracles :
Mahomet, la médecine, la sorcellerie et les démonsLe livre Al-teb al-Nabaoui118 d'Ibn Qayyim al-Jawziyya renferme presque tous les dits du prophète pour traiter les maladies, cette médecine est appelée la « médecine prophétique ». Les mêmes s'intéressent de près au "mauvais oeil"119 et à la sorcellerie, au commerce avec les démons120 ou aux jinns : « une autre race habitant la terre, des esprits qui habitent les endroits déserts, les points d'eau, les cimetières et les forêts121. » La même source indique que Sahih Boukhari rapporte 129 hadiths sur la médecine. Et, par la suite, quelques médecins musulmans ont prétendu établir des essais cliniques pour attester les dits de Mahomet. Les plus anciens sont Abou Nouaim, Ibn Qayyim al-Jawziyya et al Jalaluddin Suyuti122. ArmesLe professeur M. Hamidullah écrit123 que toutes les batailles livrées par Mahomet étaient défensives. Les raisons de chacune sont systématiquement expliquées dans la biographies de Mahomet d'Ibn Ishaq connue par la version d'Ibn Hicham. Mahomet dira sur le combat et les armes « Le vrai combat ne se livre pas au sabre, mais dans l'âme de l'homme »124. Selon les traditions musulmanes médiévales, Mahomet aurait possédé sept épées125.
Mahomet aurait eu trois arcs, trois cuirasses, trois lances et un bouclier127. Ses secrétairesMahomet aurait choisi dix secrétaires pour écrire ses révélations et pour gérer l'argent et les revenus128. Ses affranchisArticle détaillé : Esclavage dans le monde arabo-musulman.
Mahomet aurait dit à une personne qui voulait avoir le paradis: « Délivrez vos frères des chaînes de l'esclavage129. » Mahomet a acheté 17 esclaves pour leur rendre la liberté130. Bilal fut un des premiers Noirs à jouir de la liberté pour devenir le premier muezzin de l'islam131.
— Le Coran, « La Lumière, XXIV, 33 » ((ar)النور) Son pèlerinageMahomet a accompli trois fois le rituel du pèlerinage. Deux fois avant sa fuite et une fois lorsqu'il était à Médine. Le dernier pèlerinage s'appelle Hadjetou el Wadâ (« le pèlerinage de l'adieu » ou « de la perfection »). Mahomet a fait quatre fois la visite de l'Accomplissement133. Sa vie maritaleArticle détaillé : famille de Mahomet.
Selon ses biographes, Mahomet aurait eu en tout quinze épouses134 tout au long de sa vie. Dans son livre La chronique, l'historien médiéval Tabari signale que Mahomet aurait convoité cinq femmes et qu'il avait deux esclaves dont l'une « Maria fille de Siméon le Copte »135, lui donna un fils, Ibrahîm, qui mourut à l'âge de deux ans. « Il avait parfois en même temps onze femmes, parfois neuf et parfois dix. Quand il mourut, il laissa neuf veuves. » 134. Un peu plus loin, Tabari signale que selon d'autres traditions, Mahomet aurait épousé vingt femmes et qu'« il y a en outre cinq femmes que le prophète a convoitées, mais qu'il n'a pas épousées »136. Après la mort de Khadija, sa première épouse, il épouse la veuve Saouda, puis, pratique conforme aux normes et aux valeurs de l'Arabie de l'époque137,138 et toujours actuelle dans certains pays139, âgé d'environ 50 ans, il épouse Aïcha fille d'Abu Bakr et âgée de 6 ans140. Trois ans plus tard, il consomme le mariage ; elle a 9 ans141. En 627, il se marie avec Rayhana une juive, puis Myriam en 629 une chrétienne ; la même année, il se marie avec Safiyya une juive, en accord avec les règles de mariage de l'islam. À la fin de sa vie, Mahomet aurait eu neuf femmes142, dont une esclave chrétienne copte qui lui avait été donnée par le roi d’Égypte. Selon le Coran143,144, ce statut spécial de Mahomet lui autorisant d'avoir plus de quatre épouses lui aurait été révélé par l'archange Gabriel :
La plupart de ses unions avaient un caractère politique et accompagnait le ralliement de tel notable ou tel clan145. Au Moyen Âge la polygamie est fréquente en Arabie, Mahomet la limite à quatre épouses146. A part Aycha, toutes les autres épouses de Mahomet étaient veuves, pour certaines plusieurs fois. L'une de ses épouses perdait continuellement du sang. Les mariages sont tous liés à un intérêt diplomatique comme le veut la tradition arabe de l'époque. Chaque mariage établissait un lien de sympathie avec la tribu de la mariée147,148. Description physique et représentationsArticle détaillé : Représentation figurée dans les arts de l'Islam.
Mort de Mahomet, Istanbul, 1595
Mahomet selon une illustration persane (Bibliothèque nationale de France)
Mahomet lors de l'épisode du Voyage Nocturne chevauchant le cheval Bouraq est entouré d'anges, dont l'archange Gabriel, à gauche. Le visage de Mahomet (entouré d'une aura de feu) est absent dans ce tableau d'origine perse, voilé par un tissu blanc (ou effacé ultérieurement à sa composition).
Après la mort de Mahomet, il y a eu la naissance de plusieurs branches philosophiques et religieuses qui ne partagent pas une vision commune de sa vie. Les plus importantes sont le sunnisme et le chiisme149. Le sunnisme réprouve la représentation de tout être possédant une âme, d'autant plus s'il s'agit de Mahomet, ce qui pourrait alors être considéré comme un blasphème. Cette règle n'existe pas chez les chiites duodécimains, habitués au contraire à afficher de grands portraits. Mahomet aurait donné l'ordre d'enlever une image d'un portrait humain, qui était représenté sur un bouclier. Cette image aurait disparu sans que personne n'y touche150. L'art s'est développé au début de l'islam. Plusieurs travaux artistiques sur la céramique, sur le bois, sur la pierre, sur le métal, etc., ont été gardés dans les monuments musulmans historiques. Ils font partie du trésor artistique laissé par les musulmans. La calligraphie, la miniature, la cartographie, etc., tous les genres et modèles techniques témoignent de l'habilité artistique des musulmans au Moyen Âge. Plusieurs artistes persans ont élaboré des chefs-d’œuvre en produisant des portraits de personnages célèbres et de Mahomet151. L'interdiction sunnite n'est pas respectée de façon absolue. Mahomet est ainsi parfois représenté chez les Turcs, avec différentes variantes : visage vide ou caché par un voile, etc. Article détaillé : Caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten.
La publication de caricatures dans un journal danois, puis dans des médias internationaux, a soulevé quelques mois plus tard un tollé dans plusieurs pays de tradition et de culture islamiques et certaines communautés musulmanes des pays occidentaux. En fait, trois phénomènes se superposent dans cette affaire de caricatures :
En France, seul le troisième point autorisait une action judiciaire, qui fut menée. Malgré le déboutement des plaignants, le jugement contenait des attendus généraux dont le Conseil français du culte musulman (CFCM) se déclara officiellement satisfait, et ne fit donc pas appel. Cependant, l'islam permet la description d'un personnage. L'historien médiéval Tabari dans son livre La Chronique fait une longue description de Mahomet d'après Ali. Ali dira qu'il était de taille moyenne. La couleur de la peau était blanc rosée. Les yeux étaient noirs et sa chevelure longue. Mahomet nouait des fois ses cheveux en deux ou quatre boucles. Et parfois, ses cheveux tombent sur sa tête150. Son nez était droit et les dents écartées. La barbe était bien fournie150. D'après les témoignages de ses compagnons152,153, il n'était ni longiligne ni trapu, sa peau n'était ni d'une blancheur éclatante ni foncée, sa chevelure n'était ni crépue ni outrancièrement longue. Il avait les paumes et les pieds épais, sa tête était grosse et ses articulations imposantes. Les poils qui descendaient de sa poitrine à son nombril formaient une longue ligne. Quand il marchait, il s'inclinait vers le devant comme s'il descendait d'une pente. Sa barbe était ample et ne paraissait que la moitié de son âge154. ReliquesDe nombreuses reliques du prophète de l'islam sont aujourd'hui conservées à Istanbul, ainsi qu'à Médine, entre autres. Une paire de chaussures de Mahomet, très sacrée pour les pèlerins musulmans, qui se trouvaient à Lahore au Pakistan ont été volées en 2002 155. Ses descendantsPrinces arabesAprès la mort de Mahomet, de nombreux musulmans se réclament de sa descendance. Ils sont alors qualifiés de chérif, littéralement « noble » ou sayyid « seigneur ». Leur lignée remonterait à Mahomet par l'intermédiaire d'al-Hasan ou d'Al-Husayn, les enfants de Ali ibn Abi Talib et de Fatima Az-Zahra, la fille de Mahomet. Ces considérations généalogiques peuvent revêtir une dimension politique importante lorsque certaines familles régnantes la font valoir pour asseoir leur légitimité, à l'instar des Hachémites en Jordanie et de la famille royale du Maroc, les Alaouites. Néanmoins il n'y a rien à ce sujet dans le Coran. , le fait d'être descendant de Mahomet ne donne aucun privilège particulier156. Noblesse européenneArticle détaillé : Descendance mahométane.
Par les Omeyyades :
Autre branche Oméyade :
Mahomet dans la littératureMoyen ÂgeMahomet apparait tout d'abord dans la littérature populaire occidentale, sous le nom de Mahound (entre autres corruptions comme Mahowne, Mahon...) en temps que divinité païenne ou démon157 : il est parfois identifié comme l'une des principales divinités des sarrasins au sein d'un panthéon variant d'une œuvre à l'autre (par exemple, aux côtés d'Apollyon et Termagant dans la chanson de Roland, voire comme une divinité païenne générique d'autres peuples « infidèles » : ainsi, dans les mystères du cycle de York, Pharaon à l'orée de la mort, appelle son armée à adresser ses prières à la divinité « Mahowe»158. Sous l'influence de sources espagnoles comme les chroniques d'Euloge de Cordoue ou de récits de pèlerins revenant de Terre Sainte comme celui de Maître Thietmar, le Mahomet de la littérature se rapproche aux XIIe et XIIIe siècles de celui de la tradition musulmane, sa vie est enrichie de nombreuses histoires fabuleuses et quelque peu calomnieuses. Des biographies occidentales fleurissent, telles la Vita Mahumeti de Embricon de Mayence, les Otia de Machomete de Gautier de Compiègne ou le Roman de Mahomet de Alexandre du Pont. Mahomet y est présenté comme un schismatique de la chrétienté, brutal et perfide, souvent comme un sorcier malfaisant. Au XIIIe siècle, Dante, dans La Divine comédie, présente Mahomet en compagnie de son cousin ʿAlī ibn Abī T̩ālib dans son neuvième cercle des enfers, celui qu'il réserve aux "schismatiques", les entrailles sortant de son ventre ouvert. Cette description sera utilisée par plusieurs artistes, comme récemment Salvador Dali, pour représenter Mahomet les entrailles exposées ou encore Gustave Doré dans son illustration de la Divine Comédie. On rencontre aussi le Mahomet éventré de Dante dans certaines églises, telle l'église de San Petronio de Bologne, où il est représenté tourmenté par un diable. XVIIIe siècleDans la littérature occidentale du XVIIIe siècle, Mahomet est souvent considéré comme l'auteur du Coran159. Selon le critique littéraire François Busnel, parlant de la pièce de Voltaire Le Fanatisme ou Mahomet, « Le fanatisme ou Mahomet le prophète est une charge contre l'islam et, plus largement, contre toute religion monothéiste »160. Dans cette pièce, Voltaire fait dire à l'un de ses personnages que Mahomet est un « imposteur », un « faux prophète », un « fanatique » et un « hypocrite »161,162. C'est pourtant « l'intolérance de l'Église catholique et les crimes commis au nom du Christ » qui étaient les premiers visés par le philosophe des Lumières163. C'est ce qu'écrit Voltaire dans une lettre de 1742 : « Ma pièce représente, sous le nom de Mahomet, le prieur des Jacobins mettant le poignard à la main de Jacques Clément »164. Ce double sens de la pièce est confirmé par le critique littéraire Julien Louis Geoffroy : « Mahomet est donc un mauvais charlatan, un caffard imprudent et téméraire : à travers son costume éblouissant, on reconnaît toujours le capuchon du révérend père Bourgoing »165. Les dévots qui n'ont pas été dupes l'ont attaqué immédiatement en justice pour impiété et scélératesse, et Voltaire a dû retirer sa pièce. Par ailleurs selon Emmanuel Leroy-Ladurie, « le philosophe tenant du Déisme attribue d’abord au Coran l’immense mérite d’avoir affirmé avec plus de rigueur et de raison que le christianisme l’unicité de Dieu. “Il a retiré toute l’Asie de l’Idolâtrie…” »166 Le Marquis de Sade fait émettre par son personnage du moribond des critiques violentes contre l'ensemble des chefs religieux, dont évidemment Mahomet : « Ton Jésus ne vaut pas mieux que Mahomet, Mahomet pas mieux que Moïse, et tous trois pas mieux que Confucius qui pourtant dicta quelques bons principes pendant que les trois autres déraisonnaient; mais en général tous ces gens-là ne sont que des imposteurs, dont le philosophe s'est moqué, que la canaille a crus et que la justice aurait dû faire pendre. »167 XIXe siècleAlphonse de Lamartine écrit une Vie de Mahomet en 1854168, dont on peut dire que c'est la première biographie écrite par un occidental qui ne soit pas à charge. Il y dit : « Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet. À toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ? »169 De même, Victor Hugo, dans un poème de La Légende des siècles (1858), L'an neuf de l'Hégire, présente de façon romantique la mort de Mahomet : Et sa femme Aïscha se tenait en arrière ; Mahomet est aussi une pièce théâtrale de Johann Wolfgang Von Goethe171. Selon le spécialiste de la littérature allemande du XIXe siècle, Adolphe Bossert172, « Le Mahomet de Goethe n’est pas, comme celui de Voltaire, un imposteur ; c’est un croyant, possédé du besoin de répandre sa foi. Il commence par adorer les étoiles ; mais bientôt, au-dessus des étoiles, il découvre celui qui leur a donné l’existence et qui a formé l’univers. « Élève-toi, cœur aimant, vers l’auteur de toutes choses ! Sois mon seigneur et mon dieu, toi qui as créé le soleil, et la lune et les étoiles, et la terre et le ciel, et moi-même ! » La foi de Mahomet reste pure, aussi longtemps qu’elle est renfermée en lui-même, qu’elle demeure un colloque entre son dieu et lui ; elle se rabaisse et se corrompt, dès qu’il cherche à la faire pénétrer dans les âmes grossières. Il est obligé d’employer la force, même la ruse, pour fonder sa religion ; il suscite des inimitiés légitimes, et, à la fin, il meurt empoisonné. »173. Johann Wolfgang Von Goethe a appris l'arabe et il est allé en Arabie pour comprendre le personnage principal de sa pièce théâtrale Mahomet174. Il dira après que « Si c'est ça l'Islam, alors nous sommes nous tous musulmans »175. Pour Ernest Renan, parlant de la pièce de Voltaire, « Mahomet nous apparaît comme un homme doux, sensible, fidèle, exempt de haine. Ses affections étaient sincères; son caractère, en général, porté à la bienveillance... Rien de moins ressemblant à cet ambitieux machiavélique et sans cœur qui explique en inflexibles alexandrins ses projets à Zopyre » mais « ses précautions dans les batailles étaient peu dignes d'un prophète176 ». XXe siècle
Article détaillé : Les Versets sataniques.
AnnexesBibliographieChroniqueurs musulmans médiévaux
Travaux universitaires
Biographies dans l'ordre chronologique
Théologie
Pièces de théâtre et oeuvres de fiction
Actualité de Mahomet
Autres
Articles connexes
Liens externes
Notes et références
Le Texte ci-dessus est disponible sous GNU Free Documentation License. La source est wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/{title} |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||