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Mémoire (psychologie) 
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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mémoire.

En psychologie, la mémoire est la faculté de l'esprit permettant de stocker, conserver et rappeler des expériences passées et des informations.

Sommaire

La mémoire en psychologie cognitive

Le courant cognitiviste classique regroupe habituellement sous le terme de mémoire les processus d'encodage, de stockage et de récupération des représentations mentales. Beaucoup de recherches sur la mémoire en psychologie cognitive consistent à repérer et à décrire ses différents composants. Pour ce faire, les psychologues se basent sur des résultats expérimentaux et sur les symptômes manifestés par des patients cérébrolésés.

Perspectives structurales

Le plus influent de ces modèles structuraux de la mĂ©moire est le modèle modal, qui divise la mĂ©moire en trois sous-systèmes : registre sensoriel, mĂ©moire Ă  court terme et mĂ©moire Ă  long terme. La notion de mĂ©moire Ă  court terme a ensuite Ă©tĂ© profondĂ©ment renouvelĂ©e par le concept de mĂ©moire de travail.

En ce qui concerne la mĂ©moire Ă  long terme, plusieurs distinctions ont Ă©tĂ© Ă©tablies :

  • Entre la mĂ©moire Ă©pisodique et la mĂ©moire sĂ©mantique
  • Entre la mĂ©moire implicite (procĂ©durale) et la mĂ©moire explicite (dĂ©clarative)

En outre, de très nombreuses recherches en psychologie cognitive portent sur les formes de représentations mentales utilisées en mémoire à long terme.

Modèle modal de la mémoire

Le modèle modal divise la mémoire en trois sous-systèmes principaux. Ce modèle est une synthèse de nombreux résultats expérimentaux et représente la conception dominante de la mémoire humaine dans la psychologie cognitive de la fin des années 1960. Une formulation classique de ce modèle a été proposée par Atkinson et Schiffrin (1968).

Les trois composantes de la mĂ©moire dans le modèle modal sont :

  • Le registre sensoriel : il peut retenir une grande quantitĂ© d'informations sous forme visuelle pendant un temps extrĂŞmement court (quelques millisecondes). Ce processus est diffĂ©rent du phĂ©nomène de rĂ©manence visuelle
  • La mĂ©moire Ă  court terme (MCT) : elle contient un nombre limitĂ© d'Ă©lĂ©ments, stockĂ©s sous forme verbale pendant quelques secondes
  • La mĂ©moire Ă  long terme (MLT) correspond Ă  notre conception intuitive de la mĂ©moire. Les informations en MLT sont de nature sĂ©mantique. La MLT ne connait pas en pratique de limites de capacitĂ© ou de durĂ©e de mĂ©morisation.

Pour Atkinson et Schiffrin, la probabilité de mémorisation en mémoire à long terme (c'est-à-dire d'un apprentissage durable) dépend uniquement de la durée de présence en mémoire à court terme

Mémoire de travail (MDT)

Pour le modèle modal, la MCT joue un rôle particulier dans la cognition et particulièrement dans l'apprentissage de nouvelles informations. Les preuves expérimentales de ce fonctionnement sont cependant limitées. Devant les difficultés de ce modèle, et particulièrement pour rendre compte des propriétés dynamiques de la MCT, Alan Baddeley et ses collègues ont proposé un nouveau modèle de la mémoire de travail composé de plusieurs sous-systèmes.

Les trois composants du modèle de Baddeley et Hitch sont :

  • L'administrateur central : mĂ©canisme attentionnel de contrĂ´le et de coordination des systèmes esclaves (boucle phonologique et calepin visuo-spatial)
  • La boucle phonologique (BP) : elle est capable de retenir et de manipuler des informations sous forme verbale
  • Le calepin visuo-spatial (CVS) : il est chargĂ© des informations codĂ©es sous forme visuelle.

Un autre auteur, Cowan (1988), a dĂ©veloppĂ© sa propre thĂ©orie et son propre modèle de la mĂ©moire de travail. Selon Cowan, la mĂ©moire de travail ne reprĂ©sente que la partie activĂ©e de la MLT. Cowan, au contraire de Baddeley, se situe donc dans une vision unitaire de la MDT. Autrement dit, il n'y aurait pas spĂ©cifiquement de diffĂ©rence structurelle, mais seulement des diffĂ©rences fonctionnelles qui permettraient de rendre compte des diffĂ©rents « modules Â» ou fonctionnement de la MDT. Selon cet auteur, la partie la plus activĂ©e de la mĂ©moire de travail correspond Ă  ce qu'il nomme le focus attentionnel. En effet, l'attention portĂ©e sur certaines des informations activĂ©es serait dĂ©pendante du degrĂ© d'activation de ces dernières, soit par la perception, sous la forme de stimuli, soit sous la forme d'informations rĂ©cupĂ©rĂ©es par les phĂ©nomènes d'amorçage. En d'autres termes, moins une information serait activĂ©e, moins elle aura de chance de faire partie d'une reprĂ©sentation explicite, verbale ou imagĂ©e.

Les diffĂ©rents types de mĂ©moires dĂ©crits par Baddeley trouveraient leur explication dans la quantitĂ© de ressources ou d'Ă©nergie cognitive qu'il serait possible de solliciter par l'ensemble du système cognitif. Ainsi, cette quantitĂ© d'Ă©nergie plus ou moins limitĂ©e serait dirigĂ©e vers des « pĂ´les d'attraction Â» correspondant aux zones les plus « centrales Â» par rapport Ă  un contexte occurrent : situation vĂ©cue, thĂ©matique, raisonnement particulier, domaine de connaissances. On sait par ailleurs que la centralitĂ© d'une information, ou item, se mesure proportionnellement Ă  sa familiaritĂ© (frĂ©quence d'occurrence) dans un domaine, et par sa connexitĂ©, ou le nombre et la force des relations qu'entretient l'item considĂ©rĂ© avec les autres informations du mĂŞme domaine.

La mĂ©moire de Cowan est Ă  proprement parler un modèle de type connexionniste et automatiste : il n'existe qu'une seule structure composĂ©e d'unitĂ©s fortement inter-reliĂ©es entre elles couplĂ©es Ă  une fonction Ă©nergĂ©tique, reprĂ©sentant l'activation, qui se localise dans certaines zones du rĂ©seau d'unitĂ© en fonction des besoins. Ce modèle est automatiste puisqu'il ne fait pas non plus appel Ă  certaines structures de contrĂ´le ou de supervision : les propriĂ©tĂ©s physiques et mathĂ©matiques du rĂ©seau, des unitĂ©s et de la fonction Ă©nergĂ©tique suffisent Ă  rendre compte de l'ensemble des Ă©lĂ©ments dĂ©crits par Baddeley.

Bien que ce modèle de MDT soit largement moins populaire que celui de Baddeley, il n'en reste pas moins très pertinent pour rendre compte de phénomènes tels que la conscience ou le traitement sélectif d'information. Il reste par ailleurs le modèle qui est certainement le plus à même d'interpréter les phénomènes liés à la mémoire de travail dans le cadre des modèles connexionnistes tels que les mémoires autoassociatives de Hopfield (1984).

Mémoire implicite et mémoire explicite

La distinction entre mĂ©moire implicite et mĂ©moire explicite inclut approximativement celle de mĂ©moire procĂ©durale et de mĂ©moire dĂ©clarative :

  • La mĂ©moire procĂ©durale permet l'acquisition et l'utilisation de compĂ©tences motrices comme faire du vĂ©lo, pratiquer un sport…
  • La mĂ©moire dĂ©clarative est responsable de la mĂ©morisation de toutes les informations sous forme verbale, c'est-Ă -dire celles que l'on peut exprimer avec notre langage.

La notion de mémoire implicite et explicite généralise cette distinction à l'ensemble des natures de traitements d'information liés à la cognition humaine. Autrement dit, il existe des automatismes pour les informations verbales, imagées, sensitives et gestuelles autant qu'il existe des représentations mentales manipulables par la conscience et l'attention, sur lesquelles peuvent porter des décisions.

Une dĂ©cision se rĂ©fère Ă  la conscience : prendre une dĂ©cision correspond Ă  autoriser ou au contraire Ă  inhiber un processus automatique prĂ©existant. Au contraire des prĂ©supposĂ©s courants, la prise de dĂ©cision ne « crĂ©e Â» pas Ă  proprement parler de nouvelles informations, elle ne permet pas non plus d'en rĂ©cupĂ©rer : elle permet simplement de porter un dernier processus de vĂ©rification sur des processus dĂ©jĂ  dĂ©clenchĂ©s et des informations dĂ©jĂ  activĂ©es et prĂ©-structurĂ©es.

Comme pour l'ensemble des domaines liĂ©s Ă  la cognition humaine, deux thĂ©ories s'affrontent pour rendre compte de la distinction entre implicite et explicite : l'une structurelle et l'autre fonctionnelle. La thĂ©orie structurelle explique la diffĂ©rence implicite/explicite par une diffĂ©rence de nature physique : explicite et implicite correspondent Ă  la sollicitation de modules et de structures cĂ©rĂ©brales diffĂ©rentes. La thĂ©orie fonctionnelle suppose au contraire qu'il n'existe qu'un « tout Â» correspondant au support de la mĂ©moire, mais aussi que ce tout est apte Ă  diffĂ©rentes fonctions et au traitement de diffĂ©rentes natures d'information. Ce serait donc dans ce cas la sollicitation spĂ©cifique de diffĂ©rents contextes, fonctions et informations qui permettraient de rendre compte de la diffĂ©rence implicite/explicite.

Mémoire épisodique et mémoire sémantique

L'idée de la nécessité d'une mémoire sémantique contenant des connaissances générales pour la perception et la compréhension du langage a été suggérée par les recherches en intelligence artificielle.

En psychologie, Endel Tulving a proposé en 1972, la distinction entre mémoire sémantique et mémoire épisodique (mémoire des événements de la vie personnelle), notamment pour rendre compte des symptômes de certains patients cérébrolésés présentant des troubles spécifiques à l'un de ces deux types de mémoire.

Modèle SPI de Tulving

Endel Tulving (1995) a proposĂ© un modèle structural de la mĂ©moire dans lequel il distingue cinq systèmes de mĂ©moire organisĂ©s de façon hiĂ©rarchique, Ă  la fois en termes d'origine phylogĂ©nĂ©tique et en termes de prĂ©pondĂ©rance au sein du système cognitif. On peut rappeler que Sherry et Schacter (1987) ont dĂ©fini le terme de système de mĂ©moire comme l'« interaction entre mĂ©canismes d'acquisition, de rĂ©tention et de rĂ©cupĂ©ration, caractĂ©risĂ©s par certaines règles opĂ©ratoires (...), 2 systèmes (ou plus) se caractĂ©risant par des règles fondamentalement diffĂ©rentes Â».

Du plus ancien au plus rĂ©cent, il considère les systèmes suivants, chacun d'eux nĂ©cessitant l'intĂ©gritĂ© des systèmes prĂ©cĂ©dents pour fonctionner :

  • La mĂ©moire procĂ©durale : elle constitue selon ce modèle le plus ancien et le plus important système de mĂ©moire ; son intĂ©gritĂ© est nĂ©cessaire au fonctionnement des suivants
  • Le système de reprĂ©sentation perceptive SRP) : il contiendrait des Ă©bauches perceptives des Ă©lĂ©ments constitutifs de la mĂ©moire sĂ©mantique.

Ces deux premiers systèmes sont dits anoĂ©tiques puisqu'ils n'impliqueraient pas de prise conscience de l'« objet Â»

  • La mĂ©moire sĂ©mantique se rĂ©fère Ă  l'ensemble des reprĂ©sentations sur les connaissances gĂ©nĂ©rales sur le monde
  • La mĂ©moire primaire correspond Ă  la MCT ou Ă  la MDT. Ce système permet le maintien temporaire et la manipulation de l'information.

Ces deux systèmes sont dits noétiques puisqu'ils impliquent une prise de conscience des objets qu'ils traitent

  • La mĂ©moire Ă©pisodique concerne les reprĂ©sentations des Ă©vĂ©nements situĂ©s dans le temps et dans l'espace (contexte). Ce système est dit auto-noĂ©tique parce qu'il implique une prise de conscience de l'objet et du sujet propre en tant qu'il perçoit l'objet.

Le modèle SPI (pour sĂ©riel, parallèle et indĂ©pendant) soutient que :

  • L'encodage se fait de façon sĂ©rielle, dans un système après l'autre, item après item
  • Le stockage est parallèle, un Ă©lĂ©ment pouvant ĂŞtre stockĂ© dans plusieurs systèmes en mĂŞme temps
  • La rĂ©cupĂ©ration se fait de manière indĂ©pendante, dans le système concernĂ©.

Perspectives fonctionnelles

Mémoire et cognition située et distribuée

Alors que la plupart des modèles évoqués jusqu'à présent s'inscrivent dans la perspective du traitement de l'information en psychologie cognitive, certains auteurs proposent une vision radicalement différente de la cognition comme processus collectif inscrit dans l'environnement social et physique. Ces diverses perspectives sont généralement regroupées sous l'étiquette cognition située et distribuée.

Dans le domaine de la mémoire, on peut notamment citer le travail d'Edwin Hutchins sur le pilotage d'avions de ligne et la navigation maritime. Il décrit, par exemple, comment le traitement (mémorisation, rappel, utilisation) d'un paramètre comme la vitesse de l'avion se distribue entre les deux membres de l'équipage et les outils à leur disposition dans le cockpit. Il suggère ainsi que les processus cognitifs ne sont pas des phénomènes purement individuels mais le résultat de l'activité coordonnée des participants et de leurs instruments.

Approche unitaire de la mémoire

Versace, Padovan et Nevers (2002) proposent une approche diffĂ©rente de la mĂ©moire. Cette approche remet en question la conception en systèmes multiples de la mĂ©moire, ainsi que la notion de reprĂ©sentation dans la valeur abstractive (l'objectif des systèmes sensoriels serait d'« abstraire Â» des invariants) que lui donne l'approche cognitiviste classique. La conception en traces multiples considère que chaque confrontation Ă  un Ă©vĂ©nement entraine la crĂ©ation d'une trace mnĂ©sique, qui correspond strictement aux activations sensori-motrices (et notamment Ă©motionnelles) provoquĂ©es par celui-ci. Ce serait l'accumulation de ces traces qui permettrait, Ă  partir des confrontations rĂ©pĂ©tĂ©es Ă  un objet par exemple, dans une large Ă©tendue de contextes diffĂ©rents, d'extraire en quelque sorte un sens, recréé Ă  chaque activation. Ce sens, qui n'est pas stockĂ© en tant que tel, correspond en quelque sorte Ă  l'ensemble des activations sensori-motrices liĂ©es Ă  cet objet, en fonction du degrĂ© de liaison.

Méta-mémoire

Pour expliquer la production du concept de l'écoulement temporel, il est nécessaire de faire appel au concept de méta-mémoire ou méta-mnèse, c’est-à-dire une mémoire de la mémoire, caractérisée par le souvenir des variations de celle-ci. La méta-mnèse permet à l'esprit de s'abstraire du présent et d'imaginer un cours du temps en considérant la succession des souvenirs de ses états de mémoire ou plus précisément encore le souvenir des variations de sa mémoire.

Cette propriété serait aussi nécessaire à la construction de la conscience de soi.

Courbe de l'oubli

Les courbes d'oubli suivent une asymptote, ce qui signifie :

Voir aussi

Bibliographie

Textes généraux

  • Alan Baddeley, Essential of Human Memory, Psychology Press, Hove, 1999.
    Un texte récent à mi-chemin entre un livre grand public (texte accessible) et un manuel universitaire (peu d'illustrations, références bibliographiques complètes) par un des spécialistes les plus connus de la mémoire en psychologie cognitive.
  • Alan Baddeley, La mĂ©moire humaine, Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble, 1993.
    La traduction française d'un texte un peu plus ancien du même auteur. Très complet et toujours d'actualité.
  • R. Versace, B. Nevers & C. Padovan, La mĂ©moire dans tous ses Ă©tats, Solal, Marseille, 2002.
    Une présentation d'une approche novatrice de la mémoire, d'inspiration plus connexionniste. Ce texte dresse un horizon des modèles actuels ainsi que de leurs lacunes, et tente d'y remédier par une approche unitaire de la mémoire, en termes de traces multiples. Le texte est accessible et profond.
  • IsraĂ«l Rosenfield, L'invention de la mĂ©moire (trad. A-S Cismareso), Flammarion, Paris, 1994.
    Revue critique de l'ensemble des approches anciennes et plus récentes de la mémoire, des théories localisationnistes au darwinisme neuronal d'Edelmann, en passant par la psychanalyse et le connexionnisme. Très documenté, synthétique, accessible à tout lecteur sans prérequis, et très rigoureux sur le plan théorique.
  • Alain Lieury Psychologie de la mĂ©moire : Histoire, thĂ©ories, expĂ©riences, Dunod, Paris, 2005.
    Synthèse des recherches internationales prĂ©sentĂ©es comme un manuel universitaire mais avec des thèmes « grand public Â» comme les souvenirs anciens et les mĂ©moires prodigieuses des joueurs d'Ă©chec.

Articles originaux

  • Atkinson Richard & Shiffrin Richard (1968) « Human memory: A proposed system and its control processes Â» in K. Spence and J. Spence (dir.), The Psychology of Learning and Motivation: Advances in Research and Theory, Vol. 2, p. 89-195, New York, Academic Press.
  • Sherry, D.F., & Schacter, D.L. (1987). The evolution of multiple memory systems. Psychological Review, 94, 439-454.
  • Tulving Endel (1995) Organisation of memory: quo vadis? In M.S. Gazzaniga (Ed), The cognitive neurosciences, Cambridge, Mass: MIT Press (p. 839-847) .

Articles connexes

 
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