Lugdunum
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La fondation de Rome |
Lugdunum est le nom latin d'origine celtique de l'actuelle ville de Lyon, fondée officiellement en -43, capitale des Gaules à partir de -27, sous l'impulsion de Marcus Vipsanius Agrippa, général et gendre d'Auguste.
Cependant, le site est occupé de façon continue depuis le VIe siècle av. J.-C., soit bien avant l'arrivée des Romains. Ceux-ci établissent leur colonie au sommet de la colline de Fourvière, mais la cité va largement déborder du site initial et occuper les pentes de la colline de la Croix-Rousse et la presqu'île actuelle. Certains historiens[1] ont émis l'hypothèse qu'il s'agissait d'une île, l'île des Canabae.
[] Origine du nom
Le nom de Lugdunum est issu du nom de Lug, dieu suprême de la mythologie celtique, auquel un autel aurait été consacré sur l'actuelle colline de Fourvière, et de l'élément celtique -duno (forteresse, colline).
Le nom de la ville signifie donc « colline de Lug », dont le nom est lui-même à rapprocher soit du mot gaulois lukos, nom du corbeau annonciateur de la présence de Lug dans la mythologie celtique, soit du mot latin lux, lucis (lumière). Les deux interprétations ne sont d'ailleurs pas contradictoires, Lug étant une divinité solaire et de la lumière.
D'autres villes ont porté le nom de Lugdunum, comme Laon dans l'Aisne, Saint-Bertrand-de-Comminges (Lugdunum Convenarum) dans la Haute-Garonne, Loudun dans la Vienne ou Leyde aux Pays-Bas[2].
[] Une fondation légendaire
À l'instar de Rome fondée par Romulus et Rémus, Lugdunum doit sa fondation à deux personnages celtes légendaires, le druide Momoros et le roi Atepomaros :
Le traité sur les fleuves De fluviis attribué à Plutarque relate la création de Lyon sous des traits mythologiques :
« L'Arar[3] est un cours d'eau de la Gaule celtique, ainsi nommé jusqu'à sa réunion avec le Rhône (...) Auprès de cette rivière s'élève un mont appelé Lougdouno [-u?] n ; il a changé de nom pour la raison que voici : Mômoros et Atépomaros, chassés du pouvoir par Sésèroneus, vinrent sur cette colline, obéissant à un oracle, pour y fonder une ville. Alors qu'on creusait ses fondations, tout à coup, apparurent des corbeaux, voltigeant de tous les côtés, qui emplirent les arbres alentour. Alors Mômoros, expert en présages, appela cette ville Lougdounon. En effet, dans leur dialecte, on appelle corbeau "lougos" et une éminence "dounon" comme le rapporte Clitophon, au livre 13 de ses fondations urbaines »
[] Histoire
[] L'occupation pré-romaine
[] Néolithique et âge du bronze
La présence humaine sur le site antique est attestée à différentes périodes sans que l'on puisse parler de continuité[4]. La plupart des découvertes ont été faites dans le quartier de Vaise et les pentes qui mènent à la Duchère, dans le 9e arrondissement de Lyon.
De nombreux objets ont été découverts : armatures de flèches en silex du Mésolithique (-12 000), découverts au pied du quartier de la Duchère, silex et ossements d'animaux domestiqués (rue des Tuileries[5]), des trous de poteaux, des silex et une pointe en cristal de roche (rue Mouillard) datant du Néolithique ancien (-5 500 à -4 900). La culture de Chassey-Cortaillod-Lagozza est attestée durant le Néolithique moyen (-4 800 à -3 500), puis une colonie agricole sur le site de l'ancienne usine Rhodiacéta (quartier Saint-Pierre) durant le Néolithique moyen bourguignon (-4 000 à -3 000). Au Néolithique final (-3 500 à -2 500) on trouve des trous de poteaux, vases et jarres à grains, ossements de boeuf, de chat et de lapin (rue Gorge de Loup). Enfin, le Campaniforme (-2 500 à -2 100) est attesté par des poteries en forme de cloche (du latin campana : cloche).
À l'âge du bronze (-2 200 à -800), les découvertes sont encore principalement situées dans la plaine et sur les coteaux de Vaise dans 9e arrondissement de Lyon) : l'occupation est inégale conformément à l'appauvrissement régulier des sols mais elle est toutefois représentée par des foyers culinaires (vers -2 000 à -1 500 rue Mouillard) et une sépulture à incinération en urne (rue Gorge de Loup), des traces d'habitat sur le site de la Croix-Rousse et un dépôt d'objets en bronze découverts dans les environs de Lyon à Vernaison.
[] Le premier âge du fer
De nombreuses traces d'habitat ont été découvertes dans le quartier de Vaise (rue Marietton, rue du Souvenir, quartier de Gorge de Loup, rue du Dr Horand) : fragments de balsamaire rhodien en verre bleu, traces de poteaux, de maisons de bois et torchis, foyers domestiques, restes alimentaires, palissades, tombes, cultures céréalières, céramique abondante (notamment des amphores de vin d'origine étrusque et marseillaise), objets en fer (épée)[6].
Ces traces attestent l'existence d'un relais de commerce de vin entre le littoral méditerranéen et le nord (VIe siècle). En l'absence d'artéfacts plus élaborés, on ne peut à ce stade parler de village ou de ville[6].
[] Second âge du fer
En 1989, l'analyse de Christian Goudineau réfute la présence d'une importante occupation pré-romaine du site[7] malgré les découvertes faites sur le site du clos du Verbe Incarné et sous l?hôpital Sainte-Croix à Fourvière. Les archéologues ont longtemps suggéré qu?il s?agissait de vestiges de camps militaires romains
À Fourvière, les analyses sont réinterprétées par l?archéologie récente et les datations sont reculées. Ces traces, que l?on pensait contemporaines de la fondation de la colonie romaine, interprétées comme étant celles d'un camp militaire, sont en fait plus anciennes d?une cinquantaine ou d?une centaine d?années : les fossés découverts, larges de plusieurs mètres et long de plusieurs centaines de mètres, délimitent en fait de vastes enclos comportant de très nombreux ossements animaux et tessons d?amphores à vin provenant d?Italie. Sans remettre en cause l?absence d?une occupation permanente, on ne peut négliger l?interprétation de la présence de ces dizaines de milliers d?amphores et d?ossements. On ne peut conclure à un habitat permanent en la quasi-absence d?objets liés à la vie quotidienne[8]. Ces vestiges donnent vie aux immenses banquets gaulois décrits dans les textes (Phylarque, Histoires, cité par Athénée IV, 34) longtemps interprétés comme imaginaires. Au vu des restes et des fossés découverts à Fourvière, on peut imaginer la présence de plusieurs milliers de convives dans ces enclos provisoires. La multiplicité du phénomène dans le périmètre de Fourvière n?est pas anodine. Les sites identiques fouillés en Gaule précisent qu?il s?agit de grands sanctuaires fédéraux ou des futures capitales de tribus gauloises.
Dans le quartier Saint-Vincent[9], les fouilles effectuées en trois points de la zone montrent une occupation durant la période dite de Hallstatt : traces de charbon de bois, fragments de céramiques domestiques. Du début du Ier siècle av. J.-C. au IVe siècle, on trouve un atelier de potier, des fours circulaires, une aire de stockage, des céramiques campaniennes.
Enfin, bien qu?officiellement la fondation de la ville soit datée de -43, le site de la rue du Souvenir atteste l?existence d?un emporium[10]. Situé à la frontière du monde romain (la cité romaine de Vienne est à moins de 30 km au sud), l?emporium faisait le pont entre les cultures romaines et gauloises et servait également de port de transbordement (le goulet d?étranglement de la Saône à Pierre-Scize interdisait la navigation). La céramique indigène retrouvée lors des fouilles traduit l?intensité du commerce entre Ségusiaves et Éduens, ces derniers étant eux-mêmes « amis » des Romains dès le IIe siècle av. J.-C..
[] Conclusions
L?archéologie corrobore la toponymie : Lugdunum est bien la colline ou la forteresse (dunum) dédié au dieu Lug. Calembour historique, théonyme et toponyme renvoient, en latin comme en celte, à la même racine : la lumière. Lug est identifié à Mercure dont on retrouve, sans qu?on puisse parler de hasard, deux sanctuaires sur le site même de Fourvière à Saint-Just et dans le clos du Verbe Incarné. Le glissement historique paraît facile, mais il conviendrait d?imaginer la colline de Fourvière comme un grand centre votif dont le vocable s?entend désormais comme une dédicace au dieu Lug.
La fondation historique en -43 n'est qu'une étape dans l'histoire de la ville. Les fouilles entreprises depuis 1990 attestent une présence humaine continue dès le VIe siècle av. J.-C..
[] La fondation de la ville
[] Une colonisation planifiée ?
Les Allobroges, peuple gaulois occupant la Savoie et le Dauphiné (le nord de la province romaine de Narbonnaise), se révoltent contre Rome en -61 sur le site de Solonion. En -58, César les trouve mal disposés. Il aurait établi, après la conquête de la Gaule (de -58 à -52), un plan de construction de cités visant à stabiliser et à pacifier les territoires nouvellement conquis. Ainsi auraient été fondées, sur un axe sud-ouest nord-est, les villes de Lugdunum (Lyon), Nyon (Noviodunum en Suisse) et Augusta Raurica (Augst, près de Bâle, en Suisse)[11].
Il fonde d'abord la colonie de Vienne, Julia Vienna, en -46 : les Allobroges perdent leur indépendance mais restent en apparence fidèles à César qui leur impose "l'honneur" de cette colonie en faveur de ses vieux soldats[12]. La cession obligatoire de terres et les injustices inévitables qui lèsent leur intérêts rendent les Allobroges particulièrement hostiles à ces soldats encombrants et aux aventuriers du négoce qui les suivent. Ils expulsent les colons, profitant de la période de troubles consécutifs à l'assassinat de César.
Le 26 avril -43, Lucius Munatius Plancus, gouverneur de la Gaule chevelue et césarien convaincu (comme les colons chassés de Vienne), est à la tête des légions à la frontière entre les deux gouvernements. Il traverse le Rhône et occupe bientôt avec ses troupes tout le territoire des Allobroges. En novembre -43, Vienne est condamnée à verser aux vétérans césariens qu'elle vient d'expulser une rente perpétuelle et elle perd une partie de son territoire colonial au profit de Lugdunum. Elle est enfin déchue de son statut de droit romain et se voit assujettie au droit latin synonyme d'avantages restreints (ce n'est que vers 39 que l'empereur Caligula relèvera la cité en lui conférant à nouveau le droit romain).
Christian Goudineau nuance cette hypothèse : l'occupation du sommet de la ville haute par les réfugiés viennois serait antérieure à la fondation. Munatius Plancus n'aurait fait que confirmer leur installation en leur conférant divers avantages dont le droit romain[13].
En interprétant la correspondance de Munatius Plancus et de Cicéron[14], il propose un autre scénario : les Allobroges expulsent de leur capitale Vienna (Vienne) les colons installés par Tiberius Néron (auxquels il avait conféré le droit latin). Ils fuient sur le site de la future Lugdunum où se trouve déjà un emporium dirigé par des compatriotes (des Italiques ou Massaliotes ?). Les réfugiés protestent auprès du Sénat qui, dans cette période de troubles, ne réagit pas. Ils renouvèlent leurs protestations et le Sénat charge deux gouverneurs (Lépide, comme gouverneur de la Gaule cisalpine (où se situe Vienne), et Lucius Munatius Plancus, comme gouverneur de la Gaule chevelue) (où se situe le site de Lugdunum, sur le territoire des Ségusiaves), de résoudre cette crise, ce que confirme partiellement Dion Cassius[15] bien qu'il relie plutôt le fait aux troubles consécutifs à l'assassinat de Jules César en -44 (ses généraux entrent en rébellion contre le Sénat romain qui ordonne aux deux gouverneurs, d'aller fonder une colonie sur le sommet de la colline de Fourvière (Forum Vetus, le vieux forum) pour un groupe de réfugiés, chassés de la cité romaine de Vienne par les Allobroges pour les empêcher de joindre leurs troupes à celles de Marc Antoine).
Comment régler la crise ? Faut-il réinstaller les colons à Vienne et redouter une insurrection des Allobroges (dont on sait qu'ils ont été parmi les derniers à reconnaître l'autorité de Rome et qu'ils sont redoutés pour leur force militaire) ? Probablement pas. Ce serait jeter le discrédit sur Rome qui promet de garantir la colonisation notamment pour ses vétérans. Vienne était une colonie de droit latin (statut moindre obligeant ses habitants un passage par la magistrature pour obtenir la citoyenneté romaine et se voir conférer le droit romain)[16]. Munatius Plancus proposerait une solution convenable pour tous : pour éviter un nouvelle crise avec les Allobroges, les réfugiés peuvent fonder une colonie de droit romain (bien que la correpondance de Cicéron fasse état d'une dernière difficulté[17]). Les premiers arrivants (dont on peut avoir une idée en observant un relief découvert à Glanum montrant des légionnaires en armes) seraient donc des vétérans chassés de Vienne, cité à laquelle eux-mêmes et leur descendants voueront une haine tenace dont un des effet serait la crise de 69 (voir plus bas).
[] Une fondation rituelle
L'épitaphe de la tombe de Munatius Plancus suggère qu'il est l'unique fondateur de la cité[18]. Une source plus tardive, Eusèbe de Césarée, attribue aussi la fondation à Munatius Plancus, en l'an 728 de Rome, cette date n'étant pas retenue par les historiens[19].
Plancus fonde la ville sous le nom de Colonia Copia Felix Munatia Lugdunum le 9 ou 10 octobre de l'année 43 av. J.-C.. Cette date est calculée selon l'axe du decumanus qu'Amable Audin situe sous l'actuelle rue Cléberg (voir plus bas la polémique sur la date de la fondation, paragraphe sur le decumanus) . Selon Gabriel Chevallier, Munatius Plancus n'aurait fait « que tracer l'enceinte de la nouvelle ville au moyen d'une charrue tirée par une génisse et un taureau blanc, selon un rite sacré, autour d'un acte central est-ouest (...) »[20].
Le rite de fondation de toute colonie romaine est cependant bien renseigné : le prélude à la fondation de la cité consiste pour les agrimensores (arpenteurs) à dresser les plans et déterminer le périmètre de la cité, et aux metatores (métreurs) à procéder à la division du terrain en lots. L'imperium que possède le gouverneur Lucius Munatius Plancus lui confère tous les pouvoirs, religieux, civils et militaires :
- pontife et assisté d'un augure, il allume le feu sacré, source de tous le foyers de la colonie et offre un premier sacrifice, la « consécration » symbolisant l'abandon fait aux immortels d'un terrain désormais sacré. Il enfouit ensuite, dans un trou creusé devant l'autel, une motte de terre provenant du sol de Rome, conférant ainsi la romanité et l'inviolabilité au terrain. Ce terrain, le templum, c?ur de la colonie, est délimité jusqu'au pomerium l'enceinte sacrée en traçant un sillon à l'aide d'un araire au soc d'argent attelé d'une vache et d'un taureau blancs[21]. .
- magistrat, il distribue les lots et règle les conflits que la répartition fait naître.
Les premières décennies de la colonie sont mal connues, car les éléments archéologiques ne datent que de -30 environ. L'archéologue Christian Goudineau s'interroge sur l'existence d'un délai entre la fondation et l'installation des premiers colons [22] mais conlut que rien ne permet de l'affirmer ou de l'infirmer en expliquant que les couches stratigraphiques de référence, pour la période -50 à -20 concernant des camps romains qui ont été fouillées, sont postérieures à -20 si bien que la datation pour cette période est malaisée, davantage encore en l'absence de céramique.
La dernière campagne de fouilles (1991-2001), effectuée sur le site du pseudo sanctuaire de Cybèle, renseigne sur la nature du premier établissement : le decumanus identifié par Amable Audin sous l'actuelle rue Cléberg serait en fait l'actuelle rue Roger Radisson ce qui remettrait en question la date de fondation du 9 ou 10 octobre -43. La colonie est fondée sur un plan hippodamique avec comme base la future voie d'Aquitaine (rue Roger Radisson). Les réfugiés viennois que Christian Goudineau voit dans la zone comprise entre les deux fleuves (dont on sait qu'elle est instable du fait de sa soumission aux régimes hydrologiques du Rhône et de la Saône qui butent sur ses flancs) auraient très bien pu s'installer au sommet, proche de l'emporium (dirigé par des Italiques ou des Massaliotes ?) décrit plus haut, situé dans la plaine alluviale de Vaise. Il n'est donc pas exclu qu'un camp ait précédé la colonie. Le fait que le camp des réfugiés soit placé au sommet de la colline ou entre les deux cours d'eau ne change rien.
La colonie de Munatius Plancus n'est pas pourvue de muraille, tout au plus une levée de terre avec fossés et palissades à l'image des camps romains. Les premiers bâtiments sont faits de bois et et de terre. On ne connaît que des îlots d'habitations reconnus sous les sites du pseudo sanctuaire de Cybèle et du Clos du Verbe Incarné. Ne comportant aucun bâtiment de taille, ni forum (du moins dans l'état actuel des fouilles en 2007), la colonie est de taille réduite, tout au plus un quadrilatère de 400 mètres de côté. Ces dimensions sont à rapprocher de celles des colonies contemporaines de Nyon (Noviodunum en Suisse) et Augusta Raurica. Toutes les trois semblent être destinées à l'accueil des légions de vétérans[23].
La ville semble ne pas occuper la bordure nord-ouest du plateau comme l'atteste la découverte des ateliers de potiers de Loyasse et de la Sarra. La topographie du site impose des îlots carrés de petite taille d'environ 36 mètres de côté (dimensions à mettre en rapport étroit avec celles trouvées précisément à Nyon) bien que ce phénomène soit rare, il permet une plus grande souplesse dans l'aménagement de cette colline au relief accidenté.
La ville de terre et de bois laisse la place à des bâtiments aux soubassements en maçonnerie de pierres. L'essor de la cité est rapide du fait de son emplacement éminemment stratégique.
Le nom de la cité évolue en Colonia Copia Lugdunum auxquels on ajoutera les cognomina de Augusta et Claudia. La référence à Munatius Plancus (Munatia) disparaît.
[] Lugdunum, capitale des Gaules sous les Julio-Claudiens (-27 / 69)
Au cours des Ier siècle av. J.-C. et Ier siècle, la ville fait l'objet d'attentions multiples de la part des empereurs. Auguste vient trois fois entre -16 et -8, Drusus, frère du futur empereur Tibère, réside à Lyon entre -13 et -9 où nait son fils, le futur empereur Claude, en -10. La cité reçoit également la visite des empereurs Caligula entre 37 et 41 et Claude en 43 et 44.
[] Auguste (-27 / +14) : Lugdunum est capitale des Gaules
En -27, le général Agrippa, gendre et ministre d'Auguste divise la Gaule. Lugdunum devient la capitale de la province de Gaule lyonnaise et le siège du pouvoir impérial pour les trois provinces gauloises ("capitale des Gaules"). Dès -19, Auguste aménage le réseau urbain qui accueille les quatre voies ouvertes à travers la Gaule[24]. Strabon indique également "Agrippa traça les routes à partir de Lugdunum (Lyon), la première (...) vers le pays des Santons et d'Aquitaine, la deuxième vers le Rhin, la troisième vers l'océan par le pays des Bellovaques et des Ambiens, la quatrième vers (...) Narbonne et Marseille[25]".
- La voie d'Aquitaine, ou chemin pierré, se confond avec le chemin des Ségusiaves (rue Roger Radisson) et se relie à l'extrémité du decumanus (angle des actuelles rue Cléberg et Roger Radisson), son départ est commun avec la voie de l'océan. Elle se dirige vers Saintes en Charente-Maritime.
- La voie du Rhin descendant de la ville haute par la montée Saint-Barthélemy, franchissant la Saône vers Saint-Vincent, jouxtant l'amphithéâtre des trois Gaules, et suivrait la montée des Carmélites.
- La voie de l'Océan : le tracé à la sortie de la ville haute est connu : carrefour des rues de la Favorite et avenue Barthélemy Buyer[26], puis rue Pierre-Audry, rue du sergent-Michel-Berthet, rue des Tanneurs, place Valmy.
- La voie Narbonnaise s'embranche à Choulans, elle est située sous l'actuel chemin des Fontanières, à la limite entre Lyon et Sainte-Foy-lès-Lyon.
On ajoute à ces quatre voies, une cinquième en direction des Alpes Grées :
- La voie d'Italie. Le franchissement du Rhône n'est pas défini avec exactitude, mais les mausolées retrouvés, notamment rue de l'Université, permettent d'imaginer la voie romaine sous cette rue.
L'alimentation en eau de la cité reste une énigme tant la datation des aqueducs est difficile. Les archéologues placent la construction du premier aqueduc, celui de l'Yzeron, sous le règne d'Auguste, probablement entre -20 et -10[27] en partant de l'hypothèse d'un accès au bassin de cette rivière facilité par le nouveau réseau de voies romaines (dont la voie d'Aquitaine) mis en place par Agrippa.
Le plus ancien théâtre des trois Gaules, comportant environ 4 500 places, est inauguré entre -16 et -14 sous l'empereur Auguste[28] (il sera agrandi sous l'empereur Hadrien). Le rôle privilégié de Lugdunum est renforcé par l?installation en -15 du second atelier monétaire impérial (jusqu'en 78) puis par la dédicace en l?an -12 du sanctuaire fédéral des trois Gaules, sur les pentes de la Croix-Rousse, où se rassemblent chaque année les délégués des tribus gauloises pour célébrer le culte de Rome et de l'empereur. On connaît les premiers sacerdotes (prêtres) du sanctuaire fédéral : l'Éduen Caius Julius Vercondaridubnus le 1er août -12, puis le Cadurque M. Lucterius Sencianus et le Santon Caius Julius Rufus[29].
Le futur empereur Tibère passe à Lugdunum entre -5 et -4 dans son avancée vers le nord[30].
Tite-Live commente : « Lyon commandait les Gaules, comme l'acropole domine une cité ». Quant à Strabon, dont la venue à Lugdunum paraît peu probable, il décrit la cité à la fin du règne de l'empereur Auguste (vers 14) :
« La ville même de Lugdunum, qui s'élève adossée à une colline, au confluent de l'Arar[3] et du Rhône, est un établissement romain. Il n'y a pas dans toute la Gaule, à l'exception cependant de Narbonne, de ville plus peuplée, car les Romains en ont fait le centre de leur commerce, et c'est là que leurs préfets font frapper toute la monnaie d'or et d'argent. C'est là aussi qu'on voit ce temple ou édifice sacré, hommage collectif de tous les peuples de la Gaule, érigé en l'honneur de César Auguste : il est placé en avant de la ville, au confluent même des deux fleuves, et se compose d'un autel considérable, où sont inscrits les noms de soixante peuples, d'un même nombre de statues, dont chacune représente un de ces peuples, enfin d'un grand naos ou sanctuaire. »
[] Tibère (14-37) : le modeste
En 19 est inauguré l'amphithéâtre des Trois Gaules, grâce notamment aux dons du Santons Caius Julius Rufus[31] (agrandi vers 130-136).
Selon Tacite, en 21, les cités gauloises « essayèrent une rébellion dont les plus ardents promoteurs furent, parmi les Trévires, Julius Florus, chez les Éduens, Julius Sacrovir (...) Ils conviennent de soulever, Florus la Belgique, Sacrovir les cités gauloises les plus proches de la sienne »[32] « (...) Il n'y eut presque pas de cité où ne fussent semés les germes de cette révolte. Les Andécaves furent réduits par le légat Acilius Aviola, qui fit marcher une cohorte tenant garnison à Lyon »[33]. Rappelons que seuls trente kilomètres séparent Lugdunum et Vienne, capitale des Allobroges.
[] Caligula (37-41) : un tyran fou ?
L'empereur Caligula vient au moins une fois à Lugdunum, pendant son règne entre 37 et 41, où selon Suétone « il ouvrit (...) un concours d'éloquence grecque ou latine (...) Quant aux concurrents qui avaient particulièrement déplu, on leur ordonna (...) d'effacer leurs écrits avec une éponge ou avec la langue, à moins qu'il ne préférassent être battus à coups de férule ou précipités dans le fleuve voisin »[34]. Il faut ici préciser que Suétone est incohérent, notamment quand il indique que la cruauté de Caligula s'était transmise à sa fille : il accuse celle-ci de chercher à crever les yeux de ses petits camarades. Mais elle est assassinée avec son père... avant d'avoir atteint son premier anniversaire[35]...
Quelques certitudes sur la présence de Caligula à Lugdunum : il est resté en Gaule aux côtés de Galba d'octobre 39 au printemps 40 pour préparer l'invasion de la Bretagne. Pour financer cette campagne, il lance les ventes à l'encan qui ont lieu à Lugdunum durant cette période. Il souhaite vendre les effets de ses s?urs après qu'elles ont ourdi un complot contre lui. De Rome, il fait venir bijoux, meubles et esclaves qu'il met en vente. Devant ce succès, il décide de céder les biens de sa propre famille, et fait lui-même le boniment de la marchandise. Si les enchères ne montent pas assez, il fustige les participants et les encourage à augmenter l'enchère[36]... Il revêt alors son troisième consulat. L'argent de la campagne est réuni, il quitte Lugdunum pour rejoindre Galba sur le Rhin.
C'est également durant le règne de Caligula que la cité de Lugdunum accueille l'exil forcé du tétrarque de Galilée et de Pérée, Antipas, beau-frère d'Hérode Agrippa après la fameuse affaire du temple de Jérusalem en 40 (l'érection d'une statue de l'empereur à l'intérieur du temple en réponse à la révolte des Juifs à Jamnia durant l'hiver 39-40)[37].
Caligula fait enfin assassiner Ptolémée de Maurétanie, petit-fils de la reine Cléopâtre et de Marc Antoine, à Lugdunum en 40.
[] Claude (41-54) : le natif de Lugdunum
Claude, succédant à Caligula au trône impérial en 41, passe à Lugdunum, sa ville natale, en 43 et 44 à l'aller et au retour de la conquête de la Bretagne. On lui accorde généralement la construction de l'aqueduc de la Brévenne (débit 28 000 mètres cubes) grâce au témoignage d'une trentaine de tuyaux de plomb à ses initiales[38] (bien que ces tuyaux puissent avoir fait l'objet d'un réemploi, auquel cas il faudrait reculer cette datation). La plus fabuleuse trace que Claude laisse à Lyon, est le fameux discours qu'il prononce en 48 devant le Sénat et qui accorde aux Gaulois l'accès à la magistrature publique de Rome. Les habitants de Lugdunum, reconnaissants, font graver le discours sur une plaque de bronze (aujourd'hui connue sous le nom de Tables Claudiennes) et la placent dans le sanctuaire fédéral des trois Gaules. Cette table est retrouvée en 1528 et se trouve désormais présentée au musée de la Civilisation gallo-romaine dont elle constitue l'un des plus fabuleux trésors.
[] Néron (54-68) : l'incendie de 65
Sous le règne de Néron en 64, les notables de Lugdunum ont connaissance de l?incendie qui a ravagé Rome, et envoient quatre millions de sesterces d?aide pour la reconstruction. L?année suivante en 65, Lugdunum est lui-même victime d?un terrible incendie. Sénèque indique : « Assez souvent on a vu des villes endommagées par le feu, mais jamais tellement qu'il ne restât quelque vestige de ce qu'elles étaient auparavant... Après cela, qui croirait que tant de palais capables d'embellir plusieurs villes se soient évanouis en une nuit... Lyon qu'on avait accoutumé de montrer dans la Gaule comme l'un de ses plus beaux ornements, se cherche aujourd'hui et ne se trouve plus. » L'historien lyonnais André Steyert indique, en 1899, que Sénèque use de figures stylistiques et tempère : « Le feu s'est propagé dans la ville basse, s'est étendu sur les flancs de la colline, mais n'a pas atteint la partie la plus élevée. » Néron fait à son tour un don de quatre millions de sesterces à Lugdunum pour sa reconstruction. Selon Tacite, « Le prince (Néron), soulagea le désastre de Lyon (Lugdunum) par le don de quatre millions de sesterces qu'il fit à la ville pour relever ses ruines ; les Lyonnais nous avaient eux-mêmes offert cette somme dans les malheurs de notre ville »[39]
Les fouilles de la ville haute n'ont montré aucune trace d'incendie dans les couches stratigraphiques, ce qui corroborerait l'hypothèse selon laquelle seules les parties basses de la cité auraient été touchées (rive droite, Canabae, Vaise ?). Il faut également comparer cette somme de quatre millions de sesterces aux cent millions que coûta la reconstruction d'une partie du cirque et des maisons particulières détruites par l'incendie de 36 à Rome[40] ainsi qu'aux dix millions accordés à la colonie de Bologne ruinée par l'incendie de 53[41]. Ces quatre millions ne paraissent plus aussi considérables et relativisent l'étendue de l'incendie.
La position clé de Lugdunum, au confluent de l'Arar (Saône) et du Rhodanus (Rhône), en fait un important port fluvial. C'est aussi un n?ud routier, relié au Sud de la Gaule (la Narbonnaise), à l'Aquitaine, la Bretagne, la Germanie et bientôt l'Italie. Cette double position met Lugdunum en contact avec l'ensemble de l'Empire. Son statut de colonie romaine accordé par le Sénat et le rôle de capitale des Gaules favorisent l'essor de la ville.
[] Galba (68-69), Othon (69), Vitellius (69) : Lugdunum et Vienne, cités rivales
Les événements antérieurs à la colonisation révèlent un antagonisme entre les deux cités. En -50, Vienne (Colonia Julia Vienna) obtient le statut de colonie latine. On rappelle que les premiers habitants de Lugdunum sont des vétérans chassés de Vienne par les Allobroges vers -44. Bien que les motifs ne soient pas connus, on sait que les Allobroges font partie des dernières tribus gauloises à se soumettre à Rome. Tiberius Néron aurait permis à ces vétérans (dont la légion reste inconnue) de s'installer sur le territoire des Allobroges, et dans leur capitale Vienne. Auraient-ils vécu cette colonisation comme une provocation, et en conséquence auraient chassé les intrus ? Auraient-ils été jaloux du statut supérieur de colonie de droit romain obtenu par Lugdunum, alors qu'elle serait restée colonie de droit latin ?
Leurs descendants respectifs ont manifestement développé une certaine rancune, ce que révèle la crise de 69. Les habitants de Lugdunum se sentent déshonorés, ce que rappelle la correspondance entre Cicéron et Munatius Plancus[42] après leur expulsion.
Lors des événements de 68, Julius Vindex, légat de la Gaule lyonnaise, se révolte contre Néron et soutient son rival Galba. Les Lyonnais restent fidèles à Néron, tandis que leurs voisins Viennois prennent le parti de Galba. Selon Tacite, « la colonie de Lyon, par haine pour Galba et dans sa fidélité à Néron était particulièrement fertile en rumeurs »[43]. Tandis que Vindex se fait battre à Besançon par l?armée du Rhin, les Viennois montent une expédition armée contre Lugdunum, qui parvient à résister. La fin de Néron et l?arrivée au pouvoir de Galba marquent une pause dans ce conflit. En guise de représailles, Galba confisque la rente que les Viennois versaient aux habitants de Lugdunum depuis -43 au profit du fisc impérial[44]. Mais l?année suivante, en 69, la situation politique est toujours confuse : l?armée du Rhin de Vitellius, marche contre l'Italie et contre Othon. Il passe à Divodorum (Metz) où il répand la terreur en faisant exterminer 4 000 hommes « par rage et sans savoir pourquoi »[45]. De telle sorte qu' « ensuite, à l'approche de leur colonnes, les cités tout entières accouraient avec leur magistrats et des prières ». Les armées de Vitellius, dont une partie est commandée par Fabius Valens, cherchent « un prétexte de guerre contre les Éduens : sommés de remettre de l'argent et leur armes (...) Ce que les Éduens avaient fait par peur, les Lyonnais le firent avec joie. Mais on leur retira les légions Italica et Tauriana[46]. » Vitellius descend la Saône en barque à la tête de 40 000 hommes durant l'hiver 68-69[47] et arrive à Lugdunum fort de sa réputation de sanguinaire et où « Julius Blaesus, chef de la Gaule Lyonnaise prend son parti[48] ». Le gouverneur lui donne une maison où il trouve ses deux généraux Fabius Valens et Alienus Caecina. Vitellius désire que l'armée admire son fils au berceau. Cette armée est probablement une milice provinciale levée et commandée par les autorités locales[49]. Seule la XVIIIe cohorte demeure à Lugdunum où elle a généralement ses quartiers d'hiver. Vitellius apprend la victoire de ses partisans à Bedriac et quitte Lugdunum vers la fin avril 69 (Selon Tacite, il ne s'est pas passé quarante jours entre Bedriac et son arrivée pour contempler les restes hideux de la victoire[50]).
Les habitants de Lugdunum vont profiter de la présence de ces troupes pour se venger des Viennois. Cependant, toujours selon Tacite, Fabius Valens dissuade ses troupes de ravager Vienne, « toutefois, la cité dut livrer ses armes, et les habitants fournirent chacun aux soldats toute sorte de provisions (...) Valens lui-même s'était laissé acheter à bon prix »[51].
[] L'apogée de Lugdunum (69-192)
Sous les Flaviens (de 69 à 96), puis sous les Antonins (de 96 à 192) Lugdunum prospère et connaît la paix à l'instar du monde romain. Sa population est estimée entre 50 000 et 80 000[52] habitants, ce qui en fait l'une des plus grandes villes de la Gaule avec Narbo Martius (Narbonne).
L'étude de l'épigraphie permet de définir la proportion de Grecs à Lyon au cours de cette période. Sur un total de 522 épitaphes, on trouve 243 noms grecs sur 1116[53] : de 19% au début du Ier siècle, ils sont 24 % au milieu du IIe siècle et 30% à la fin du siècle. Cette population nombreuse est composée des esclaves et des affranchis des riches notables de la ville haute. Le tombeau de Turpio révèle l'existence de cinq affanchis dont deux portent des noms grecs. Le fléchissement de la proportion de noms grecs au cours du IIe siècle s'explique par le discrédit qui frappe une origine modeste ou servile. La tendance s'accentue au cours du IIIe siècle où les noms grecs ne représentent plus que 18 %. Amable Audin explique le phénomène, non pas par une diminution de la population d'origine orientale (qui constitue jusqu'à 35% des habitants du quartier des Minimes, quartier qu'il désigne comme le c?ur administratif de la cité), mais par une latinisation des noms. Ce phénomène est également constaté chez les Celtes du bourg de Condate (autour de l'amphithéâtre), mais le faible nombre d'épitaphes permet une interprétation moins évidente.
Cette prospérité est visible par l'embellissement de la ville haute et par les nombreux échanges commerciaux et artisanaux dont les traces sont nombreuses. Les communautés commerciales s'enrichissent : les bateliers (ou nautes) du Rhône et de la Saône, les négociants en vin, les utriculaires (des fabricants d'outres, ou des nautes utilisant des radeaux dont les flotteurs sont des outres [54]), les artistes stucateurs, les potiers. Ces communautés de marchands ou d'habitants possèdent leur siège, leur conseil, leurs dignitaires et bien souvent leur cimetière. Les dernières campagnes de fouilles de l'ex-sanctuaire de Cybèle attribuent l'un des stades du bâtiment au siège d'une de ces importantes communautés, peut-être celle des nautes.
La ville s'étale principalement sur quatre zones particulièrement délimitées : la ville haute (lieu où a été fondée la colonie originelle), le bourg celtique de Condate, les Canabae et la rive droite de la Saône en contrebas de la ville haute. Les nécropoles sont situées le long des voies d'accès à la cité.
La cité se dirigeait en théorie de manière autonome, mais en cas de problème, elle pouvait recevoir de la part du pouvoir central un curateur (curator) destiné à l'aider à contrôler ses comptes. Un curateur est attesté pour Lyon durant le règne de Marc Aurèle, il s'agit du sénateur Fulvius Aemilianus[55]. Il supervisa notamment la réfection de cinq cents places du cirque aux frais du collège des centonniers[56]. La cité conserva des liens étroits avec la famille de ce puissant personnage, un de ses descendants fut sans doute patron de la ville, et peut-être aussi curateur, sous Alexandre Sévère[57].
[] La ville haute
- L'enceinte : en 1957, à l'est de la place de l'Abbé-Larue (5e arr.), des travaux mettent au jour un élément de mur et la base d'une tour, et en 1968, dans la partie nord de cette place, à proximité de la rue des Farges, sont dégagés des restes d'un mur antique rectiligne, large d'1,80 m et long de 41 m. Amable Audin interprète ces restes comme étant ceux de l'enceinte romaine : "Le cardo (...) monte (...) jusqu'au mur d'enceinte qu'il traverse"[58]. Toutefois, aucune épigraphe ou aucun texte ne corroborent cette hypothèse et il peut tout aussi bien s'agir d'un mur de soutènement[59]. Il faut rappeler que l'érection d'un mur d'enceinte est un privilège accordée à une cité par l'empereur lui-même et que c'est un phénomène plutôt rare en Gaule.
- Le vieux forum est situé sous l'actuelle esplanade devant la basilique de Fourvière.
Il est entouré de bâtiments dont certains nous sont connus :
- Le temple capitolin[60] : abritant la triade religieuse essentielle de la religion romaine traditionnelle, le temple capitolin est en théorie un des éléments essentiels de toute fondation urbaine. Au début de notre ère, les écrits de Vitruve sur l?urbanisme [61], se référant à une vieille tradition, celle de la science des haruspices, et faisant ainsi un écho à Servius[62], conseillent de placer les sanctuaires de Jupiter, Junon et Minerve au lieu le plus élevé, d?où l?on peut découvrir le plus de murailles. Cette recommandation est respectée à Lugdunum : le temple est à l'emplacement de l'actuelle basilique de Fourvière. Il nous est connu par l'existence de quelques tambours de colonnes d'un diamètre de 2 mètres (longtemps conservés dans un local voisin de la basilique, ils disparaissent définitivement pendant la Seconde Guerre mondiale), une tête en marbre de Jupiter trouvée en 1899 dans un égout romain de la montée de Fourvière et un fragment de main colossale trouvée sous la maison des Missions de Syrie en 1933, et une griffe d'aigle de bronze trouvée dans les fondations d'une tour de la basilique. Jupiter se serait naturellement substitué au dieu celtique Lug.
- La curie (délibérations municipales) de la basilique (délibérations judiciaires) doit être située sur le pourtour du forum. Bien que leur emplacement ne soit par connu avec exactitude, ces deux lieux pourraient être identifiés par la découverte de nombreux marbres précieux, notamment sur la façade ouest du forum, ainsi que dans les puissantes substructions découvertes en 1961 lors de travaux montée Nicolas-de-Lange.
- Le palais impérial : il serait situé à l'extrémité nord-est du plateau, (au nord de la basilique, à proximité de la tour métallique de télécommunication) selon les archéologues. Y vécurent Auguste, Tibère, Caligula, Vitellius, Hadrien puis, plus tard, Septime Sévère et Clodius Albinus et y naquirent Claude et Caracalla
- La rue d'Aquitaine[63] (l'actuelle rue Roger Radisson), orientée sud-ouest/nord-est, prend son départ à l'angle sud-ouest du forum. Les fouilles récentes l'identifient au decumanus bien qu'Amable Audin lui préfère la rue Cléberg. La voie traverse le plateau en une diagonale large de 12 m dont le dallage est constitué de grands blocs de granit remarquablement assemblés. Cette rue débouche, au nord-ouest de la cité, sur le nouveau forum identifié par les fouilles du clos du Verbe Incarné. Le podium du temple de Jupiter est découvert. On relève des colonnes hautes de 15 m, dont les proportions sont indiquées par la base d'une modénature ornée de l'inscription Vital[64].
- Le decumanus : son identification pose problème. Deux hypothèses existent :
- Amable Audin le place sous la rue Cléberg : large de 8,88 m et long de 300 m, il est bordé sur sa façade nord, par un édifice (un temple ?) bâti sur une terrasse et, sur sa façade sud, de portiques qui abritaient probablement des échoppes. L'archéologue lyonnais se base sur l'orientation de la rue pour fixer la date de fondation de la colonie au 9 octobre -43.
- Plus récemment, la trame urbaine contemporaine de la fondation est retrouvée dans l'axe de la rue Roger-Radisson, qui serait le decumanus originel imprimant l'oriention des rues du quartier de la Sarra. Ceci remet en cause la date de la fondation de la colonie.
- Au sud du decumanus, le théâtre voit sa capacité passer de 4 500 à 10 700 places[65].
Antonin parachève l'?uvre de ses prédécesseurs : vers 160[66] on adjoint au théâtre un odéon de 3 000 places, dédié à la musique.
- Le cirque, probablement bâti en bois, serait situé dans le fossé de Trion, seul endroit suffisamment plat pour abriter cette structure. La proximité des nécropoles renforce cette supposition, car les jeux du cirque et la mort sont souvent liés dans la Rome antique (cette proximité est à mettre en parallèle avec le cas de la Vienne antique (Isère), ou nécropole et cirque sont géographiquement proches).
Une magnifique mosaïque visible au musée de la Civilisation gallo-romaine présente le monument lyonnais. La spina est étonnamment formée de bassins aquatiques, ce qui confirmerait sa proximité avec l'aqueduc du Gier dont l'eau est nécessaire à l'alimentation des bassins. Un bloc est découvert dans le quartier Saint-Irénée (1,90 x 0,75 m) qui, du fait de ses dimensions, ne pouvait pas venir de très loin. Ce bloc et une inscription désormais perdue[67] nous renseignent plus sur ce cirque : au cours du IIe siècle, 500 places sont aménagées par les soins de l'édile Sextus Julius Januarius. Détruits ou dégradés par la suite, ces gradins sont rétablis sous Marc Aurèle ou Septime Sévère[68] par la communauté des centonaires[69] (chiffonniers). On sait également que Sextus Ligurius Marinus, questeur et duumvir, offrit des jeux du cirque à son accession au pontificat perpétuel[67]
Revue de presse Lugdunum

