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Une langue construite ou langue artificielle est une langue créée par une ou plusieurs personnes dans un temps relativement bref, contrairement aux langues naturelles dont l'élaboration est largement spontanée. Pourtant, toutes deux sont in fine des créations de l'espèce humaine. Il est donc parfois difficile de cloisonner les langues dans ces deux catégories. En particulier :
La différence tient donc davantage à un facteur d'échelle :
Les motivationsOn peut distinguer six types de motivations pour la création d'une langue : Une langue internationaleLa volonté de créer une langue internationale est avant tout un acte politique :
Il est d'usage de considérer comme « langues internationales », les six langues officielles des Nations unies à savoir : l'anglais, le français, l'espagnol, l'arabe, le russe et le chinois. Cependant la pratique de ces langues dans le monde est inégale. Certaines sont utilisées principalement comme langue vernaculaire (cas du chinois, qui est d'ailleurs pour cette raison, la langue la plus parlée dans le monde), d'autres sont utilisées à la fois comme langue vernaculaire et langue véhiculaire dans des proportions variables. Il est à noter que même dans le cas de l'anglais, la plus grande partie des échanges (écrits et oraux) dans cette langue sont le fait de locuteurs natifs (et non d'échanges internationaux) qui fait que l'anglais reste principalement une langue vernaculaire et seulement accessoirement une langue véhiculaire. L'espéranto occupe une place à part. Malgré un nombre de locuteurs réguliers inférieur au million, c'est une des langues les plus utilisées comme langue véhiculaire (certes loin derrière des langues comme l'anglais, le français, l'espagnol ou l'arabe). Cependant, contrairement aux autres langues dites « internationales », l'espéranto est la seule langue qui est utilisée exclusivement comme langue véhiculaire. Conçu dès le départ comme langue internationale, l'espéranto bénéficie d'une grammaire et d'un vocabulaire réguliers qui en font l'une des langues les plus rapide à apprendre et à maitriser. Différences entre « langue universelle » et « langue internationale »La « langue universelle » prétend devenir la langue maternelle de l'ensemble de l'humanité. Même si cette idée semble partir de bons sentiments, elle véhicule intrinsèquement l'idée de nivellement de toutes les cultures humaines, bien que l'on ne puisse pas réduire la culture à la langue. La « langue internationale » a un objectif radicalement contraire : celui de devenir une langue auxiliaire destinée aux échanges internationaux, venant en complément des langues nationales, qui doivent rester les langues maternelles privilégiées. La question est de savoir si un système de double langue peut perdurer, et de quelle manière. Car une fois ce système mis en place, rien n'empêcherait un système politique totalitaire de tenter de faire disparaître certaines langues nationales, voire toute langue autre que la langue internationale, si un tel système politique parvient à dominer la planète entière. Ce danger existe cependant quelle que soit la langue internationale (devenant alors « universelle ») utilisée, construite ou non. L'application d'un principe théoriqueCertaines langues construites, comme le lojban, ont été créées pour illustrer des théories linguistiques. Un besoin utilitaire nécessitant une interface de communicationDeux cas de figure se présentent :
Une langue de fictionLa création d'une langue (comme celle d'une mythologie ou d'une histoire par exemple) permet de donner une profondeur à une civilisation. Plusieurs auteurs ont ainsi créé des langues pour les héros de leur œuvre (par exemple les langages elfiques de J. R. R. Tolkien). De même, des groupes de musique comme Magma (musique progressive des années 1970) ne chantait qu'en kobaïen, langue créée pour l'occasion, ou encore Sigur Rós qui chante en vonlenska. Dans le domaine de la BD, le schtroumpf peut être considéré comme une langue. Le plaisir de la créationCette motivation peut sembler étonnante lorsque l'on songe au temps que nécessite la création d'une langue. Pourtant, il suffit de lancer une recherche sur Internet avec le mot clef conlang pour voir que le nombre de langues construites sans autre finalité que le plaisir de créer est impressionnant. La résolution d'un conflit précisLorsque deux camps sont engagés dans une guerre longue, une meilleure compréhension est indispensable, et la création d'une langue locale commune, basée sur les deux cultures en jeu uniquement, permettrait de limiter les influences étrangères. Le russenorsk est un exemple de ce cas de figure. Un peu d'histoireLe premier essai vaguement connu de création d'un langage universel nous ramène au IIe siècle. Précurseur dans le domaine de l'expérimentation médicale, Galien construit un système de signes dont il ne reste pour traces que quelques notes historiques. Dix siècles s'écoulent ensuite sans événement notable dans ce domaine jusqu'à ce que l'abbesse Hildegarde de Bingen élabore un système de langue écrite (a-t-elle été parlée ?) par elle seule, Lingua Ignota. Dante Alighieri (1265- 1321) poète italien, rédigea, entre 1304 et 1307, Il Convivio (Le Banquet), où il entrevoit la possibilité d'une langue commune à toute l'Italie : « Il y a une langue qui n'est la propriété de personne, qui est audible dans chaque ville, dans chaque région mais qui n'appartient à aucune ville ou région définie. C'est un nouveau soleil qui brillera là où était l'obscurité. Et... on la critique par fierté personnelle... parce que l'on connaît. Francis Bacon (1561-1626), savant et philosophe anglais, chancelier d'Angleterre sous Jacques Ier. Adversaire de la scolastique et partisan de la méthode expérimentale dans Instauratio magna, il établit une théorie de l'induction dans Novum Organum (1620) et une nouvelle classification des sciences ; il élabora le schéma d'une langue universelle. René Descartes (1596-1650) philosophe et savant français : 20 novembre 1629. Lettre à son ami, le Père Marin Mersenne : « Il faudra que l'humanité crée une langue internationale ; sa grammaire sera si simple qu'on pourra l'apprendre en quelques heures ; il y aura une seule déclinaison et une seule conjugaison ; il n'y aura point d'exceptions ni irrégularités et les mots dériveront les uns des autres au moyen d'affixes. » Comenius (1592 - 1670) humaniste tchèque, auteur de Porte ouverte sur les langues (1631), il est un précurseur de la pédagogie moderne. Une langue commune est nécessaire pour le monde. Elle doit être « entièrement nouvelle » et « plus facile que toutes les langues ». Montesquieu (1689 - 1755) écrivain français : La communication des peuples est si grande qu'ils ont absolument besoin d'une langue commune. André-Marie Ampère (1775 - 1836) physicien et mathématicien français a inventé à 18 ans, « une langue universelle au service de la paix et du rapprochement des peuples. »[réf. nécessaire] Ludwik Lejzer Zamenhof (1859 - 1917), médecin ophtalmologiste et linguiste polonais : Initiateur (en 1887) de l’espéranto. Léon Tolstoï (1828 - 1910) écrivain russe : « J'ai trouvé le volapük très compliqué et, au contraire, l'espéranto très simple. Il est si facile qu'ayant reçu, il y a déjà six ans, une grammaire, un dictionnaire et des articles en cette langue, j'ai pu arriver, au bout de deux petites heures, sinon à l'écrire, du moins à la lire couramment. Les sacrifices que fera tout homme de notre monde européen en consacrant quelque temps à l'étude de l'espéranto sont tellement petits, et les résultats qui peuvent en découler tellement immenses, qu'on ne peut pas se refuser à faire cet essai. » Lettre aux Éditions Posrednik du 27 avril 1894. Gandhi (1869 - 1948), philosophe, ascète et homme politique indien, il fut le principal artisan de l'indépendance de l'Inde, qu'il entreprit d'obtenir de la Grande-Bretagne par la non-violence active. « Je suis pour un même calendrier pour le monde entier, comme je suis pour une même monnaie pour tous les peuples et pour une langue auxiliaire mondiale comme l'espéranto pour tous les peuples. » Ferdinand de Saussure, fondateur de la linguistique, Cours de linguistique générale : « L'homme qui prétendrait composer une langue immuable, que la postérité devrait accepter comme telle, ressemblerait à la poule qui a couvé un œuf de canard : la langue créée par lui serait exportée bon gré mal gré par le courant qui emporte toutes les langues. » Antonio Gramsci (1891 - 1937), le penseur révolutionnaire italien, décrivit l'espéranto comme un « cadavre qui empeste qui agresse la vie dans son devenir » : « La réussite et la diffusion d'une langue donnée dépend strictement de la complexité et de l'activité sociale du peuple qui la parle. […] L'espéranto, la langue unique, n'est rien d'autre qu'une superstition, l'illusion de mentalités cosmopolites, humanitaires, démocratiques, qui n'ont pas encore été rendues fertiles, pas encore démystifiées par le criticisme historique. » La construction d'une langueFondamentalement, une langue se construit autour de cinq piliers :
Les types de langues construitesOn distingue trois types de langues construites, selon que leur vocabulaire et leur grammaire s'inspirent ou non des langues naturelles : dans le premier cas on parle de langue construite a posteriori, dans le second cas de langue construite a priori. Les cas intermédiaires, plus difficiles à analyser, sont ceux des langues dites mixtes. La tendance d'une langue à se rapprocher des langues naturelles se nomme le naturalisme. La tendance inverse est qualifiée de schématisme. Il va de soi que cette classification n'est qu'un outil commode mais sommaire. Dans un même type, différentes langues construites peuvent présenter un plus ou moins haut degré de naturalisme ou de schématisme. Ainsi, dans la catégorie des langues a posteriori, l'interlingua représente un cas extrême de naturalisme, le novial, l'occidental ou l'ido présentant cette tendance à des degrés moindres. Une langue construite a posteriori peut souvent se reconnaître par l'utilisation qu'elle fait de mots provenant d'une ou plusieurs langues naturelles (ainsi en espéranto, terre = tero, ciel = ĉielo, eau = akvo, feu = fajro), encore que cette utilisation ne soit pas toujours immédiatement transparente (algorithme du lojban…). La langue des oiseaux ou langue des anges est un type de langue secrète créée à partir des correspondances phonétiques et analogiques des mots. Sans qu'il soit possible d'en faire une généralité, les langues construites a posteriori sont plutôt majoritaires et ont vocation à servir de langues auxiliaires internationales, pour des raisons évidentes d'aspect pratique d'apprentissage et d'enrichissement du vocabulaire courant (espéranto, afrihili...). Toutes les langues a posteriori n'ont pas pour autant cette prétention et certaines tiennent simplement de l'exercice théorique ou philosophique (brithenig, novlangue…). Selon leurs objectifs, les langues construites a priori sont souvent plus théoriques ou à vocation artistique et fictionnelle - sans exclure cependant la communication internationale (cas par exemple du kotava). Elles possèdent un vocabulaire qui a son ton propre (klingon, langues d'Arda...), et utilisent même parfois des chiffres, des symboles (langage Bliss, pasigraphies...), des notes de musique (Solresol). Les langues construites mixtes représentent pour leur part une catégorie plus vague et de multiples raisons peuvent conduire à y classer une langue. On citera tout d'abord le volapük procédant d'un mélange entre d'une part, une grammaire extrêmement schématique aux éléments souvent a priori (pronoms, conjonctions, terminaisons, etc.) et d'autre part des racines naturelles considérablement déformées par les idées et la fantaisie du créateur de la langue. Un cas apparemment très différent est celui du bolak qui associe une grammaire relativement naturaliste à des règles phonétiques arbitraires générant mécaniquement des mots tout aussi arbitraires. Ces deux démarches presque inverses donnent naissance à deux langues présentant finalement plus de points communs qu'il peut y sembler dès l'abord.
Autres catégoriesPour des besoins pratiques et transversalement à la classification présentée ci-dessus, on distingue différentes autres catégories de langues, bâties sur des critères variés. On distingue ainsi des langues flexionnelles (interlingua), isolantes (glosa), logiques (loglan), fictionnelles (klingon), simplifiées (latino sine flexione), philosophiques (projet de Delormel), etc. Les anglophones distinguent :
Exemples de langues construitesArticle détaillé : Liste de langues construites.
La liste qui suit est volontairement limitée à quelques exemples significatifs. Davantage de langues construites sont présentes dans la liste de langues construites (classées en nombre de locuteurs, par but, etc.) ainsi que dans la catégorie:Langue artificielle. langue construite étatique
langue construite non étatique
Exemples de langues construites dans des œuvres de fiction
Exemples de langues construites dans des œuvres musicales
Voir aussiBibliographie
Liens externes
Notes et références
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