Keigo
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Le keigo (??, littéralement langage du respect) est l'ensemble du système de politesse en japonais. À la différence des langues occidentales dans lesquelles la notion de politesse se réalise essentiellement à partir de vocabulaire et d'expressions plus ou moins polis, le japonais possède un système grammatical bien défini pour exprimer la politesse. Les mécanismes de politesse en japonais mettent en évidence, aussi bien de manière positive que négative, non seulement la relation qui existe entre le locuteur et l'interlocuteur mais aussi entre le locuteur et les personnes dont il est question au cours de la communication.
Sommaire |
[] Politesse énonciative et politesse référentielle
Il existe deux ordres de politesse en japonais : la politesse énonciative et la politesse référentielle.
La politesse énonciative concerne l'interlocuteur et sert à instaurer une distance psychosociale avec le locuteur adaptée au contexte de la conversation. On ne s'adresse en effet pas de la même manière à sa famille, à un ami, à un collègue et à un supérieur ou à un client. À ce titre, la politesse énonciative est à comparer au vouvoiement en français.
La politesse référentielle quant à elle concerne les protagonistes de la conversation, qu'ils soient des personnes dont il est question et ne participant pas physiquement à la conversation ou les interlocuteurs eux-mêmes. Elle sert à témoigner du respect et de la déférence aux personnes dont on fait référence.
[] Types de politesse
La politesse en japonais se classe globalement en trois catégories :
- teineigo (???), langage poli (politesse énonciative)
- sonkeigo (???), langage du respect (politesse référentielle)
- kenj?go (???), langage de la modestie (politesse référentielle)
Le sonkeigo et le kenj?go peuvent se combiner avec le teneigo car on peut très bien être à la fois poli et respectueux envers son interlocuteur ou bien être à la fois poli envers son interlocuteur et se montrer modeste.
Un autre nom du kenj?go ??? est kensongo ???. Ce terme est toutefois très peu utilisé.
[] Langage poli
Le langage poli, teneigo, la forme la plus simple du keigo, s'emploie par le locuteur lorsqu'il souhaite mettre une certaine distance entre lui et l'interlocuteur, par exemple avec un supérieur hiérarchique ou avec une personne qu'il ne connaît pas. Cependant, il peut arriver que deux amis utilisent un langage familier entre eux dans un contexte privé et le langage poli dans un contexte professionnel. De la même façon, il arrive que les personnes d'une même famille utilisent le langage poli pour s'échanger des lettres alors qu'elles utiliseraient le langage familier à l'oral.
Le registre poli se caractérise par les marqueurs de politesse desu et masu. Un maximum de distance, pour exprimer son respect à l'interlocuteur, peut être atteint en utilisant des verbes de substitution plus formels (voir tableau des verbes, colonne formel).
[] Langage du respect
Le langage du respect, sonkeigo, est utilisé pour exprimer le respect dû par le locuteur à la personne dont il parle, par exemple un supérieur ou un client/sa société. Cette personne peut très bien être l'interlocuteur à qui le locuteur est en train de parler ou une personne qui n'est pas présente physiquement.
Les termes locuteur et personne dont on parle peuvent être pris au sens large, c'est à dire que le locuteur peut parler pour lui-même ou pour son groupe (uchi), par opposition à la personne ou au groupe (soto) dont il est question (voir plus bas, groupes sociaux).
Les conventions sociales impliquent en règle générale que l'on n'utilise pas le sonkeigo pour parler de soi-même ou de son groupe. Ceci étant, cette construction, même si très rarement utilisée car socialement non-acceptable, est théoriquement possible. (cf. par exemple le suffixe ? (sama) dans les mots « ?????? » (kono ore sama ga) , manière de parler de soi-même que l'on peut retrouver dans de nombreux anime)
[] Langage de la modestie
Le langage de la modestie, ou kenj?go, est celle des trois dimensions de la politesse japonaise qui est la plus difficile à appréhender, et qui est en général la plus mal comprise. Le kenj?go s'utilise pour exprimer une relation verticale existant entre deux personnes (ou leurs groupes respectifs) dont le locuteur parle.
Le cas le plus fréquent d'utilisation du kenj?go est de très loin celui où le locuteur parle de lui-même en se plaçant en bas de la relation verticale qui l'oppose à son interlocuteur, afin de se montrer modeste.
[] Utilisation
[] Relations verticales
La société japonaise, marquée par le confucianisme, met l'accent sur la différenciation des statuts et l'importance de la hiérarchie. La grammaticalisation du système de politesse en japonais tire son origine du respect envers les divinités puis au VIIIe siècle et au XIIe siècle de la complexification de la hiérarchie de la Cour.
Aujourd'hui, la hiérarchie établie à l'époque de la société féodale japonaise, reste profondément ancrée dans la société moderne : relations chef/subordonné, professeur/élève, parent/enfant, aîné/cadet. La politesse est extrêmement importante dans les relations professionnelles et à ce titre, il arrive que les jeunes employés soient formés à son utilisation correcte.
[] Groupes sociaux
Dans le cas de la politesse référentielle, la position de la personne dont il est fait référence, par rapport au locuteur, influe sur le choix du mode de politesse. Lorsque le locuteur parle de lui-même ou d'une personne qui appartient à son groupe (? uchi, à l'intérieur) à une personne hors de son groupe (? soto), il utilisera le langage de la modestie. Si au contraire, le locuteur parle d'une personne hors du groupe, le langage du respect sera systématiquement utilisé. Les personnes du groupe correspondent à la famille, les collègues, les personnes d'un même club. Les personnes hors du groupe peuvent par exemple correspondre à des personnes que l'on rencontre pour la première fois ou à des employés d'autres entreprises avec lesquelles on est en relation.
La maîtrise de la politesse en japonais est importante pour le fonctionnement de la société japonaise. Ne pas parler suffisamment poliment peut être insultant mais parler trop poliment peut créer une distance non nécessaire et donc être d'une certaine manière insultant. Des études récentes tendent cependant à montrer que la politesse est de moins en moins considérée comme importante par les japonais vivant en zone urbaine.
[] Sexe du locuteur
Selon la situation, le sexe du locuteur peut influer sur l'utilisation de la politesse en japonais. En général, les femmes utilisent plus souvent le langage poli, que ce soit par l'utilisation de formes spécifiques ou par l'utilisation d'un vocabulaire plus poli.
[] Constructions de la politesse
La politesse en japonais se traduit par différents mécanismes linguistiques :
- verbes spécifiques
- constructions honorifiques
- forme passive
- noms polis
- préfixes/suffixes de politesse
[] Verbes
| Signification | Forme du dictionnaire | Respect (sonkeigo) | Modestie (kenj?go) | Formel (teichôgo) |
|---|---|---|---|---|
| être1 | ?? aru | ?????????) gozaru (gozaimasu) |
||
| ?? iru |
?????? irassharu ?????? oideninaru |
???????? oru (orimasu) |
||
| aller1 | ?? iku | ?? ukagau ?? mairu |
???????? mairu (mairimasu) |
|
| venir1 | ?? kuru | |||
| recevoir | ??? morau | ???? itadaku ² | ||
| donner | ??? ageru | ????? sashiageru | ||
| ??? kureru | ???? kudasaru | |||
| faire | ?? suru | ??? nasaru | ??? itasu | ??? (?????) itasu (itashimasu) |
| dire | ?? iu | ????? ossharu | ????? môshiageru ?? môsu |
???????? môsu (môshimasu) |
| voir | ?? miru | ????? goran ni naru | ???? haiken suru | |
| rencontrer | ?? au | ?????? oai ni naru | ?????? ome ni kakaru | |
| savoir | ?? shiru | ???? gozonji da | ????? zonjiteiru | ?????????????? zonjiteiru (zonjiteorimasu) |
| porter (vêtements) | ?? kiru | ?????? omeshi ni naru | ||
| manger | ??? taberu | ????? meshi agaru | ???????????? itadaku ² (itadakimasu) |
|
| boire | ?? nomu |
|||
| mourir | ?? shinu | ???????? onaku nari ni naru | ???????????? nakunaru (naku narimasu) |
- 1 La distinction entre ces verbes est perdue au passage en forme du respect ou de la modestie.
- 2 ?? itadaku est la forme modeste de recevoir (??? morau); il peut aussi être utilisé pour les verbes manger (???taberu) et boire (?? nomu).
La forme du dictionnaire correspond à la forme de base des verbes, telle que trouvée dans les dictionnaires et utilisée en langage neutre ou familier.
Pour exprimer de la courtoisie envers son interlocuteur (teneigo), on utilise la terminaison masu avec les verbes.
Pour le langage de respect (sonkeigo) et le langage de modestie (kensongo/kenj?go), soit on change la structure du verbe, soit on utilise un verbe spécifique. Généralement, en plus de ces formes, on utilise également la terminaisin masu du teineigo, car les cas d'utilisation de sonkeigo/kenj?go correspondent le plus souvent à des cas où l'on doit en même temps exprimer de la courtoisie à son interlocuteur.
Par ailleurs, dans de nombreux cas, il existe une façon plus formelle que le verbe standard d'exprimer la même idée (cf. colonne "Formel"). C'est notamment le cas de ??? gozaru par rapport à ??? (de)aru = ?? desu, ou encore des verbes construits selon le modèle [kanji en on-yomi] ? [suru] (exemple : ???? shokuji suru vs. ??? taberu).
Le terme « plus formel » n'a pas le même sens que le terme « plus poli » : même si elles ont comme point commun une « augmentation d'intensité », il s'agit néanmoins de deux dimensions indépendantes. Contrairement à la politesse (keigo) qui est régie par des règles précises et complexes exposées ici, la « formalité » correspond simplement à l'existence dans le dictionnaire d'un verbe ayant globalement le même sens que le verbe « standard », mais comportant une connotation plus « formaliste » (penser par exemple aux différences entre les verbes « écrire » et « rédiger » en français), verbe auquel il est par ailleurs possible d'appliquer les règles du keigo.
En conclusion, le simple verbe suffit donc pour savoir quelles relations régissent le locuteur, l'interlocuteur et la personne dont il est fait référence.
[] Sources
- Grammaire japonaise systématique, Volume 2, Reïko Shimamori, Éditions Maisonneuve, 384 p. (2001) ISBN 2-7200-1134-7
- Manuel de japonais, Volume 2, Kunio Kuwae, Éditions L'Asiathèque, Collection Langues de l'Asie, 1185 p. (2002) ISBN 2-9017-9508-0
- ?????????? Keigo no iroha oshiemasu (pp.22-59), ?? ?? HAGINO Sadaki, ???? Riyon-sha, ISBN 4-576-02232-6
[] Voir aussi
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La source est wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/ Keigo
Revue de presse Keigo
