Jean II de France
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
| Jean II | ||
| Roi de France | ||
| Anonyme vers 1350, Portrait de Jean II le Bon, musée du Louvre | ||
|
|
||
| Règne | ||
| 22 août 1350 - 8 avril 1364 | ||
| Sacre | 26 septembre 1350 en la cathédrale de Reims | |
|---|---|---|
| Dynastie | Valois | |
| Titre complet | Roi de France | |
| Prédécesseur | Philippe VI | |
| Successeur | Charles V | |
| Héritier | Charles V |
|
|
|
||
| Biographie | ||
| Naissance | 26 avril 1319 | |
Le Mans, France |
||
| Décès | 8 avril 1364 | |
| Père | Philippe VI | |
| Mère | Jeanne de Bourgogne | |
| Conjoint(s) | Bonne de Luxembourg puis Jeanne d?Auvergne |
|
| Descendance |
Charles V Catherine (1338) Louis Jean Philippe Jeanne Marie Agnes (1345-1349) Marguerite (1347-1352) Isabelle Catherine (1352) un fils (1354) |
|
| Résidence(s) | Paris | |
|
|
||
| Autres fonctions | ||
| }} | ||
| Mandat {{{début fonction1}}} - {{{fin fonction1}}} |
||
| Président | }} | |
| Monarque | }} | |
| Gouverneur général | }} | |
| Prédécesseur | }} | |
| Successeur | }} | |
|
|
||
| }} | ||
| Mandat {{{début fonction2}}} - {{{fin fonction2}}} |
||
| Président | }} | |
| Monarque | }} | |
| Gouverneur général | }} | |
| Prédécesseur | }} | |
| Successeur | }} | |
|
|
||
| Rois de France | ||
Jean II de France, dit Jean le Bon, (né le 26 avril[1] 1319 au château du Gué de Maulny (Le Mans) - mort à Londres le 8 avril 1364), fils du roi Philippe VI et de son épouse Jeanne de Bourgogne, fut roi de France de 1350 à 1364, second souverain issu de la maison capétienne de Valois.
Il est sacré roi de France le 26 septembre 1350.
Le règne de Jean II le Bon est marqué par la défiance du pays envers les Valois choisis à la mort de Charles IV pour éviter qu'Édouard III, le plus proche descendant de Philippe le Bel ne prenne possession du royaume de France. La nouvelle dynastie, confrontée à la crise de la féodalité, aux cinglantes défaites du début de la guerre de Cent Ans et à la grande peste, perd rapidement beaucoup de crédit. D'autant plus que, dans l'incapacité de faire rentrer les impôts, elle recourt à des mutations monétaires pour renflouer le trésor. Ces manipulations entraînent des dévaluations extrêmement impopulaires. Jean II le Bon, confronté aux intrigues de Charles le Mauvais, roi de Navarre et prétendant le plus direct à la couronne, gouverne dans le secret entouré d'hommes de confiance. Profitant de tous ces troubles et sûrs de la supériorité tactique conférée par l'arc long, les Anglais, menés par Édouard III et son fils le Prince Noir, relancent la guerre en 1355.
Le 19 septembre 1356, Jean le Bon est battu et fait prisonnier à la bataille de Poitiers, malgré la restructuration de l'armée qu'il a menée. Le pays sombre alors dans le chaos. Les états généraux menés par Étienne Marcel et Robert Le Coq prennent le pouvoir à Paris et tentent d'installer Charles de Navarre à la tête d'une monarchie contrôlée. En 1358, les campagnes se soulèvent et s'allient avec Étienne Marcel, mais le dauphin, le futur Charles V, se fait nommer régent et retourne la situation. Jean le Bon peut regagner la France en 1360, après la signature du traité de Brétigny qui lui rend la liberté, mais cède un tiers du pays à Édouard III.
Son retour est difficile. Il faut payer son énorme rançon et les finances du royaume de France sont au plus bas. Il stabilise la monnaie grâce à la création du franc, mais les compagnies pillent les campagnes et bloquent le commerce. Il tente de mettre fin à leurs agissements mais l'armée royale est vaincue à Brignais. Il tente ensuite d'en débarrasser le pays en les menant en croisade contre les Turcs avec l'argent du Pape. Il essuie un nouvel échec, Innocent VI mourant 15 jours avant son arrivée en Avignon et étant remplacé par le peu dispendieux Urbain V.
Un de ses fils retenus en otage pour garantir le paiement de sa rançon, s'enfuit en 1363. Jean le Bon, obéissant aux lois de l'honneur, retourne se constituer prisonnier à Londres où il meurt en 1364.
[] Personnalité
Jean le Bon est de santé fragile[2]. Il a peu d'activités physiques, joute peu mais pratique la chasse[2]. Il est d?une personnalité sensible et laisse facilement cours à son émotivité, jusqu'à devenir violent, ce qui lui vaut quelques déboires diplomatiques[2]. Il aime les livres, protège peintres et musiciens[3].
Son image de roi chevalier provient de sa conduite héroïque à la bataille de Poitiers, de la création de l?Ordre de l'Étoile ou encore de la création du Franc où il figure en armure et à cheval brandissant une épée : toutes guidées par la nécessité politique, chez un roi devant prouver avant tout la légitimité de sa couronne. Le règne de Jean le Bon est en effet marqué, comme celui de son père, par la contestation de la légitimité des Valois par Charles de Navarre et par Édouard III. Il doit lutter dès son plus jeune âge (il est Duc de Normandie à 13 ans) contre les forces centrifuges qui affectent les villes et la noblesse, attirées par l'influence économique anglaise ou le parti réformateur. Il évolue dans les intrigues et les trahisons. Il est logique qu'il soit méfiant et gouverne dans le secret avec un cercle très fermé de familiers. C'est aussi pour cette raison que les premiers Valois ont cherché à donner un tour fastueux aux cérémonies : cela va avec la conception médiévale de la noblesse. Cependant, les temps ont changé et les contribuables voient d'un mauvais ?il ces dépenses somptuaires.
[] Biographie
[] Premier héritier d?une nouvelle dynastie
Jean de Valois, nait au Château de Gué-de-Mauny près du Mans, le 26 avril 1319. Il est le fils de Philippe de Valois, le cousin du roi Charles IV le Bel, et de sa première femme, Jeanne de Bourgogne.
Son père Philippe VI monte sur le trône de France en 1328. Sa légitimité découle d'un choix politique, fait à la mort de Louis X le Hutin en 1316 puis à celle de Charles IV en 1328, afin d'éviter que la couronne n'échoie à un étranger. Édouard III, pourtant petit-fils de Philippe le Bel, est ainsi évincé au profit du neveu de ce dernier. Le nouveau roi doit donc impérativement asseoir la légitimité de sa dynastie. À son avènement, au printemps 1328, Jean, alors âgé de neuf ans, est son seul fils vivant. En 1332, naît Charles de Navarre, prétendant plus direct qu'Édouard III à la couronne de France. Philippe VI décide donc de marier rapidement son fils - alors âgé de treize ans - pour nouer l'alliance matrimoniale la plus prestigieuse possible et de lui confier un apanage (la Normandie). Il envisage un temps de l'unir à Aliénor s?ur du roi d'Angleterre.
Depuis Saint Louis, la modernisation du système juridique attire dans la sphère culturelle française de nombreuses régions limitrophes. En particulier en terres d'Empire, les villes du Dauphiné ou du comté de Bourgogne (future Franche-Comté) recourent depuis Saint Louis à la justice royale pour régler des litiges. Le roi envoie par exemple le bailli de Mâcon, qui intervient à Lyon pour régler des différends, comme le sénéchal de Beaucaire intervient à Vivier ou à Valence[4]. Ainsi, la cour du roi Philippe VI est largement cosmopolite : beaucoup de seigneurs tels le connétable de Brienne ont des possessions à cheval sur plusieurs royaumes. Les rois de France élargissent l'influence culturelle du royaume en attirant à leur cour la noblesse de ces régions en lui allouant des rentes et en se livrant à une habile politique matrimoniale. Ainsi, les comtes de Savoie prêtent hommage au roi de France contre l'octroi de pensions. Jean de Luxembourg, dit l'Aveugle, roi de Bohême, est donc un habitué de la cour de France tout comme son fils Venceslas, le futur empereur Charles IV[5]. Philippe VI l'invite à Fontainebleau pour lui proposer un traité d'alliance qui serait cimenté par le mariage d'une de ses filles avec le futur Jean le Bon. Le roi de Bohême, qui a des visées sur la Lombardie et a besoin du soutien diplomatique français, accepte cet accord. Les clauses militaires du traité de Fontainebleau stipulent qu'en cas de guerre, le roi de Bohême se joindrait à l'armée du roi de France avec quatre cents hommes d'armes si le conflit se déroule en Champagne ou dans l'Amiénois ; avec trois cents hommes, si le théâtre des opérations est plus éloigné. Les clauses politiques prévoient que la Couronne lombarde ne serait pas contestée au roi de Bohême s'il parvient à la conquérir ; et que s'il peut disposer du royaume d'Arles, celui-ci reviendrait à la France. Par ailleurs, le traité entérine le statu quo concernant les avancées françaises en terre d'Empire. Le choix est laissé au roi de France entre les deux filles du roi de Bohême. Il choisi Bonne comme épouse pour son fils car elle est en âge de procréer (elle a 16 ans et sa s?ur Anne 9). La dot est fixée à 120?000 florins.
[] Mariage avec Bonne de Luxembourg
Jean est déclaré majeur et émancipé par son père le 26 avril 1332. Il reçoit en apanage le duché de Normandie, ainsi que les comtés d'Anjou et du Maine. Les noces sont célébrées le 28 juillet à l'église de Notre-Dame de Melun en présence de six mille invités.
Les festivités se prolongent deux mois plus tard par l'adoubement du jeune marié, à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le duc Jean de Normandie est solennellement armé chevalier devant une assistance prestigieuse réunissant les rois de Luxembourg et de Navarre, les ducs de Bourgogne, de Lorraine et de Brabant.
[]
Duc de Normandie
[] Rebelles normands
En 1332, Jean le Bon reçoit la Normandie en apanage et doit constater qu'une grande partie de la noblesse normande est attirée par le camp anglais. En effet, économiquement la Normandie dépend des échanges maritimes à travers la Manche autant que des échanges par le transport fluvial sur la Seine. Le duché n'est plus anglais depuis 150 ans mais nombre de propriétaires fonciers ont des possessions de part et d'autre de la Manche[6]. Dès lors, se ranger derrière l'un ou l'autre souverain entraînerait confiscation d'une partie des terres. C'est pourquoi la noblesse normande se regroupe en clans solidaires qui lui permettent de pouvoir faire front: c'est ainsi qu'elle à pu obtenir et maintenir des chartes garantissant au duché une grande autonomie. Raoul de Brienne est une figure significative : il mène une politique étrangère indépendante et s'il commande l'armée française envoyée en Écosse en 1335 c'est en tant que capitaine général engagé par contrat et non comme l'obligé du roi. La noblesse normande est divisée en deux partis de longue date, les comtes de Tancarville et d'Harcourt se livrant à une guerre sans merci depuis plusieurs générations[7]. Leur rivalité est relancée quand, en 1341, les Tancarville, forts du soutien royal, soufflent une riche héritière promise à Geoffroy d'Harcourt. Le roi, soucieux d'éviter que la plus riche région du royaume soit mise à feu et à sang, donne l'ordre aux baillis de Bayeux et du Cotentin d'empêcher cette guerre[8]. Geoffroy d'Harcourt lève les armes contre le roi, ralliant une bonne partie d'une noblesse normande jalouse de son autonomie et qui voit d'un mauvais ?il l'immixtion du roi dans les affaires normandes. Les rebelles souhaitent voir leur chef Geoffroy d'Harcourt devenir duc de Normandie, ce qui garantirait la large autonomie octroyée par les chartes[9]. Son château de Saint-Sauveur-le-Vicomte est occupé par les troupes royales et Geoffroy d'Harcourt doit quitter le Cotentin pour rejoindre le Brabant, pays de sa mère. Trois de ses compagnons sont décapités à Paris le 3 avril 1344 et leurs têtes envoyées à Saint-Lô pour y être exposées sur une roue en plein marché[9].
En Brabant, le rebelle constate que les Flamands menés par Jacob Van Artevelde ont pu reconnaître comme roi Édouard III qui a fait valoir ses droit à la couronne de France lors de la déclaration de guerre[10]. Début 1345, il franchit le pas et se rend en Angleterre où Édouard III le prend sous sa protection. L'hommage éventuel des seigneurs normands à Édouard III constitue une menace majeure pour la légitimité des Valois. Le désastre de Crécy et la reddition de Calais ont fait effondrer tout leur prestige. Ils doivent lutter contre les nombreuses défections qui risquent d'affecter la noblesse des façades nord et ouest du royaume dont les terres sont dans la sphère d'influence économique de l'Angleterre. Dès lors les Valois décident de traiter. Le duc Jean rencontre Geoffroy d'Harcourt auquel le roi rend tous ses biens. Il le nomme même capitaine souverain en Normandie[9]. Il est dès lors logique que Jean se rapproche des Tancarville qui représentent le clan loyaliste pour pouvoir assurer son autorité sur la Normandie. Or, le vicomte Jean de Melun a épousé Jeanne, la seule héritière du comté de Tancarville[11]. Par la suite ce sont les Melun-Tancarville qui forment l'ossature du parti de Jean le Bon, alors que Godefroy de Harcourt est le défenseur historique des libertés normandes et donc du parti réformateur. Le rapprochement entre ce dernier et Charles de Navarre, qui se pose en champion des réformateurs, devient donc logique[9].
[] Chef de guerre
Jean, duc de Normandie, comte d'Anjou, du Maine et de Poitiers, seigneur des conquêtes de Languedoc et de Saintonge, n'est pas très puissant. Ce sont les officiers du roi qui administrent la plupart de ses possessions. Par contre, il participe aux diverses campagnes militaires de l'époque :
Il combat contre les Anglais en Hainaut en 1340, en Bretagne en 1341-42 et en Guyenne en 1346[12].
Le 7 septembre 1341, Philippe VI choisit Charles de Blois pour la succession de Bretagne[13]. L'autre prétendant Jean de Montfort, avait pris possessions de toutes les places fortes du Duché au printemps et il avait donné l'hommage lige à Édouard III sachant que le roi de France ne l'accepterait pas[14]. Jean le Bon réunit une forte armée renforcée de mercenaires génois et pénètre en Bretagne fin 1341. Il enlève la forteresse de Champtoceaux qui sur la rive gauche de la Loire, verrouille l'accès de Nantes. Après deux semaines de siège, il prend Nantes et capture Jean de Montfort[15]. Les villes ne tardent pas à reconnaître Charles de Blois. Avec l'hiver le duc de Normandie achève la campagne sans avoir annihilé les derniers montfortistes : pensant avoir réglé l'affaire en s'assurant de la personne de Jean de Montfort, il rentre à Paris. Au contraire, Jeanne de Flandre, épouse de Jean de Montfort, ranime la flamme de la résistance et rallie ses partisans à Vannes : le conflit nullement réglé va se prolonger 23 ans et permette aux anglais de prendre pied durablement en Bretagne. Édouard III débarque à Brest en 1342 alors que l'armée française l'attend à Calais. Il assiège Vanne et une armée menée toujours par le Duc de Normandie entre en Bretagne. Mais Jean de Montfort étant prisonnier et Jeanne de Flandre ayant sombré dans la folie, une trêve est signée le 19 janvier 1343[16]. De fait, les Anglais occupent et administrent les places fortes encore fidèles à Jean de Montfort. Une large garnison anglaise occupe Brest et Vannes est administrée par le pape.
Au printemps 1346, à la tête de 8?000 à 10?000 hommes il se rend en Guyenne, pour tenter de reprendre le terrain perdu lors d'une offensive anglaise en 1345 (Bergerac, Aiguillon, la Réole, et Angoulême ont été prises)[17]. Il reprend Angoulême et met le siège devant Aiguillon qui occupe une position stratégique au confluent de la Garonne et du Lot[17]. Mais la place est bien fortifiée et il est tenu en échec par la garnison. Il s'entête à vouloir prendre la place pendant 4 mois pendant que Henry de Grosmont comte de Derby à la tête de l'armée anglaise prend du terrain. En effet, l'Aquitaine lassée par les impôts royaux se tourne vers les Gascons. Des évêques passent ouvertement dans le camp d'Édouard III et Domme ouvre ses portes à Derby[17].
Après le désastre de Crécy, il faut trouver des boucs émissaires. Jean (à qui on reproche d'avoir immobilisé l'armée royale devant Aiguillon[18]) et son oncle le duc Eudes de Bourgogne tombent en disgrâce, comme les banquiers chargés par le roi des manipulations monétaires nécessaires à l'entretien des finances royales[19]. En Europe circule l'idée lancée par sainte Brigitte de Suède, d'une adoption d'Édouard III par le roi de France, qui en ferait son successeur et mettrait fin au conflit avec l'Angleterre[20]. Le duc de Normandie, se sentant menacé, cherche l'appui de son beau-frère, le très puissant Charles de Luxembourg, le futur empereur. Le 7 mai 1347, celui-ci s'engage par serment à venir à son secours et à celui de ses quatre fils au cas où on l'empêcherait de succéder à la couronne de France[19].
[] Premiers contacts avec le pouvoir
En 1347, après la chute de Calais, Philippe VI, âgé (53 ans) et discrédité, doit céder à la pression. C'est le duc de Normandie qui prend les choses en main. Ses alliés (les Melun et les membres de la bourgeoise d'affaires qui viennent d'être victimes de la purge qui a suivi Crécy et qu'il fait réhabiliter) entrent au conseil du roi, à la chambre des comptes[21] et occupent des postes élevés dans l'administration. L'attraction politique de la France permet d'étendre le royaume vers l'est en dépit des défaites militaires. Ainsi, le comte Humbert II ruiné par son incapacité à lever l'impôt[22] et sans héritier après la mort de son fils unique, vend le Dauphiné[23] à Philippe VI. Jean prend part directement aux négociations et finalise l'accord.
Bonne de Luxembourg meurt de la peste en 1349 et Philippe VI réalise une nouvelle man?uvre diplomatique qui accroît ses possessions vers l'est. Jean épouse en secondes noces, le 19 février 1350 à Nanterre, la comtesse Jeanne de Boulogne et d'Auvergne, fille de Guillaume d'Auvergne et de Marguerite d'Évreux, veuve âgée de 24 ans. Elle est héritière du duché de Bourgogne, qui, après son décès, serait rattaché à la couronne. Déjà comtesse de Boulogne et d'Auvergne, depuis la mort de son père, elle est à la tête du duché et du comté de Bourgogne ainsi que de l'Artois après la disparition de son mari, Philippe de Bourgogne, en 1346, et de son beau-père. En contrepartie de ces terres appartenant à son domaine, elle reçoit les seigneuries de Montargis, Lorris, Vitry-aux-Loges, Boiscommun, Châteauneuf-sur-Loire, Corbeil, Fontainebleau, Melun et Montreuil.[24].
[] Prise de pouvoir
La guerre de Cent Ans connaît une période de trêve depuis la grande peste de 1349. La première partie de la guerre a tourné largement à l'avantage des Anglais. Édouard III remporte des victoires écrasantes aux batailles de L'Écluse et Crécy et prend Calais. Le pouvoir des Valois est largement contesté. Édouard III et Charles II de Navarre, tous deux descendants de Philippe le Bel par les femmes, revendiquent la couronne. Jean le Bon les prend de court par son couronnement très rapide (le 26 septembre 1350) après la mort de Philippe VI (le 22 août 1350). Le 29 août, au large de Winchelsea, une escadre conduite par Charles de La Cerda intercepte Édouard III suspecté de vouloir se rendre à Reims pour se faire sacrer roi de France. La bataille navale tourne à l'avantage de l'Anglais, au prix de lourdes pertes et ce dernier ne peut plus s'opposer au sacre de Jean le Bon[25]. Il est sacré, en compagnie de sa deuxième épouse Jeanne d'Auvergne, à Reims, le 26 septembre 1350, par l'archevêque Jean II de Vienne. Son intronisation est suivie par celle de quatre cents nouveaux chevaliers appartenant aux grandes familles du royaume. Jean le Bon choisit pour emblème l'aigle, qui est celui de son saint patron Jean l'évangéliste[26].
Charles II de Navarre, dont la mère Jeanne a renoncé en 1328 à la couronne de France contre celle de Navarre, est l'aîné d'une puissante lignée et sait regrouper autour de lui les mécontents des règnes des premiers Valois. Il est soutenu par ses proches et leurs alliés : la famille des comtes de Boulogne (le comte, le cardinal, leurs deux frères et leur parenté d'Auvergne qui en 1350 se voient évincés de la gestion de la Bourgogne par le mariage de leur s?ur avec le roi Jean le Bon[24]), les barons champenois fidèles à Jeanne de Navarre (la mère de Charles et dernière comtesse de Champagne)[27] et les fidèles de Robert d'Artois, chassé du royaume par Philippe VI. Il est soutenu par la puissante Université de Paris et les marchands du nord-ouest du royaume (pour lesquels le commerce trans-Manche est vital)[28].
[] L'exécution du comte de Guînes
Le 19 novembre 1350, Jean le Bon fait exécuter le connétable Raoul de Brienne, comte de Guînes, alors que celui-ci rentre de sa captivité anglaise[29]. Les causes de son exécution sont restées secrètes mais il aurait été convaincu de haute trahison. En effet, le domaine de ce gentilhomme est partagé entre plusieurs royaumes (France, Angleterre et Irlande)[30]. Et, comme beaucoup de seigneurs dont les possessions ont une façade maritime à l'ouest (sauf ceux dont les domaines sont dans le bassin de la Seine et qui peuvent facilement commercer avec Paris), il a intérêt à soutenir l'Angleterre pour des raisons économiques (le transport maritime étant à l'époque plus performant que le transport terrestre, la Manche constitue une intense zone d'échange)[31]. Il aurait négocié sa libération contre l'engagement de reconnaître Édouard III comme roi de France, ce dont Jean le Bon aurait eu connaissance par l'interception de courriers à destination du souverain anglais[32]. Le roi ne souhaite pas que cela s'ébruite car cela remettrait en avant la question des droits d'Édouard à la couronne de France[32]. En 24 heures, Raoul de Brienne est arrêté, jugé à huis clos, décapité et ses biens confisqués[32]. L'opacité sur les raisons de cette exécution expéditive laisse place aux rumeurs. Il se dit que le connétable a été exécuté pour avoir entretenu une liaison supposée avec feue la reine Bonne de Luxembourg. Ces rumeurs permettent de plus de jeter le discrédit sur les futurs Valois en instillant un doute sur leur hérédité et donc leur légitimité[33]. L'émotion est vive, Raoul de Brienne a de nombreux soutiens qui se rangent alors dans le camp navarrais[34]: les seigneurs normands et la noblesse du nord-ouest (de Picardie, d'Artois, du Vermandois, du Beauvaisis et des Flandres dont l'économie dépend des importations de laine anglaise), susceptibles de se ranger au côté de l'Anglais, se sentent menacés et se rangent derrière Charles de Navarre ou les frères de Picquigny, fidèles alliés du connétable[27]. Au lendemain du meurtre du connétable, Charles le Mauvais écrit au duc de Lancastre : « Tous les Nobles de Normandie sont passées avec moi à mort à vie »[27].
[] Premières mesures
[] Ordonnance sur les métiers de la ville de Paris
Les effets démographiques de la grande peste entraînent une raréfaction de la main-d??uvre et des produits agricoles. Pour éviter une inflation dont les effets sont très mal perçus à l'époque, le roi bloque prix et salaires par ordonnance du 30 janvier 1351 à l?instar de ce qu?a fait Édouard III avec le statut des travailleurs en 1349[35]. L?ordonnance interdit aussi la mendicité car l?inactivité aggrave la pénurie de main d??uvre et les vagabonds peuvent être recrutés dans les bandes de mercenaires non soldés qui déjà sévissent dans le pays[35]. Enfin chacun peut s?établir comme artisan dans Paris, ce qui brise le système des corporations et contribue à empêcher la hausse des prix (les corporations fixent l?autorisation d?exercice et les prix pratiqués)[35]. Dès lors, cette mesure permet de limiter l'inflation dans un premier temps, mais n'empêche pas à moyen terme le marché de réguler les prix en fonction de l'offre et de la demande. On sait qu'en Angleterre, après promulgation d'une ordonnance analogue, les prix ont recommencé à augmenter après une génération[36].
[] Réorganisation de l'armée
Le roi a le souci de réorganiser l'armée qui a été vaincue à Crécy. Pour restaurer le prestige et l'autorité des Valois, il faut que l'argent concédé par les impôts serve à financer une armée valeureuse et efficace. En particulier, il faut éviter les défections sur le champ de bataille et les pillages une fois la paix revenue.
[] Création de l?Ordre de l?Étoile
L?Ordre de la Jarretière, créé par Édouard III, risque d'attirer nombre de chevaliers car, à l?époque, après des générations d?alliances matrimoniales, les domaines seigneuriaux sont fréquemment épars et dépendants de plusieurs royaumes[37]. Les seigneurs de l?Ouest de la France pourraient suivre la logique économique qui fait de la Manche une grande zone d?échange et basculer dans le camp anglais. Jean le Bon crée donc l?Ordre de l'Étoile. La féodalité est en crise au XIVe siècle et la noblesse est confrontée à une importante baisse de ses revenus fonciers suite aux nombreuses dévaluations alors que le cens est à montant fixe. Or, l'appartenance même à la noblesse se définit par une conduite honorable et dispendieuse. Vivant du labeur paysan, le maître se doit de manifester sa largesse en entretenant la masse de ses dépendants[38]. Des membres désargentés de la noblesse pourraient donc changer de camp si Édouard III leur proposait une rente. Une solde est donc versée aux chevaliers membres de l'Ordre de l'Étoile. Ses règles flattent l?idéal chevaleresque, le siège est placé à Saint-Ouen près de Saint-Denis l?Abbaye où sont conservés les tombeaux des rois et les insignes de la royauté. Les membres se reconnaissent à un collier et une étoile blanche sur émail rouge avec cette devise : Monstrant regibus astra viam.
Il s'agit également de substituer des valeurs de discipline militaire à l?esprit de prouesse qui est dans une large mesure à l?origine du désastre de Crécy[39]. On substitue au simple orgueil, même valeureux, le sentiment de l'honneur. Le mérite personnel y représente, avant la naissance et la fortune, la première condition pour être admis. Les succès dans les tournois ne comptent pas, mais la valeur et la fidélité sur le champ de bataille. C'est une chevalerie d'État où le chevalier promet « loyal conseil au prince soit d'armes, soit d'autre chose »[40]. Les statuts stipulent que ses membres ne doivent jamais tourner le dos à l'ennemi et, à la première réunion de l'ordre, ils jurent de ne pas reculer plus de quatre pas. D'un point de vue tactique ces mesures sont censées donner plus de cohésion à un ost qui s'est débandé à Crécy, mais dans les faits une unité qui ne recule pas quand elle est mise en difficulté se retrouve encerclée et risque d'être perdue. C'est ainsi que lors de la bataille de Poitiers, ces dispositions provoque la mort ou la capture de plusieurs membres, dont le grand-maître, le roi en personne. L'ordre tombe ainsi rapidement en désuétude.
[] Règlement pour la gens de guerre
Jean II souhaite « encadrer au service de l'État l'immense fourmillement des hommes de guerre soldés ». Le pays abonde en gens de guerre mais pas forcément bien équipés ni disciplinés. Ils peuvent fuir le champ de bataille ou se transformer en pillards pendant les périodes de trêve. D'autre part, les impôts étant difficiles à faire rentrer, il convient d'éviter les gaspillages. Il est courant que des hommes se présentent dans plusieurs compagnies en se prêtant mutuellement leurs équipements pour recevoir plusieurs soldes.
Le 30 avril 1351, une nouvelle ordonnance augmente les soldes contre l'institution de revues (la montre) contrôlant les troupes. Chaque combattant doit faire partie d?une compagnie sous l?ordre d?un capitaine[41], les chevaux sont marqués pour éviter que les mêmes montures puisse être montrées dans deux unités différentes. Les soldes sont donc versées à vue à l'issue de la montre ce qui permet de solder une seule fois les combattants et seulement s?ils sont correctement équipés[42].
Cette ordonnance crée une véritable armée royale en lieu et place des troupes seigneuriales, peu disciplinées[42]. Les barons, vassaux et arrière-vassaux sont logés à la même enseigne et intégrés dans des compagnies. Les capitaines de ces unités sont responsables de la tenue et de la disponibilité de leur troupe, et doivent rendre des comptes au connétable et aux maréchaux[42].
Cette ordonnance, qui est un complément à la création de l'ordre de l'étoile, prévoit, pour le haut commandement, des conseillers techniques dans l'emploi des armes, assistant les princes et les chefs[40].
[] Suspension de la dette du roi
Au prétexte de constituer un trésor de guerre en cas de reprise des hostilités, Jean le Bon suspend la dette durant la trêve (du 11 septembre 1351 au 12 septembre 1352)[43]. Il est habituel à cette époque d?emprunter à de riches créanciers qui se remboursent en prélevant des taxes au nom du roi ce qui allège d?autant le nombre de fonctionnaires nécessaires pour la marche de l?État[44]. Ces créanciers étant ainsi fort impopulaires, la mesure est très bien accueillie. En revanche, elle met en lumière le besoin de réformer l?impôt et on ressort du trésor des chartes la Grande ordonnance de réforme de 1303[43].
[] Conflit avec Charles de Navarre
[] L?assassinat de Charles de la Cerda
[] Le parti du Roi
Les proches du roi ont la réalité du pouvoir entre les mains au détriment du parti navarrais. Le parti royal est structuré autour des Melun-Tancarville : Jean vicomte de Melun a épousé Jeanne seule héritière du comté de Tancarville qui est à la tête de l'un des deux grands partis normands[45], ses frères Guillaume l'archevêque de Sens et Adam qui récupère la charge de Chambellan de Normandie habituellement donnée aux Tancarville. Jean le Bon ramène dans ce parti les fils de Robert d'Artois en donnant en 1350 à Jean d'Artois, le comté d'Eu[46] qu'il vient de récupérer en faisant exécuter le connétable Raoul de Brienne[32]. Les Artois entrent de plain pied dans le clan des Meulun-Tancarville quand il épouse Isabelle de Melun, fille de Jean de Melun. Il est soutenu par ses cousins Bourbons. Mais l'incarnation de son parti est son favori Charles de La Cerda, celui ci est le beau fils du vicomte Jean de Melun qui s'est remarié avec sa mère. Charles de La Cerda peut compter sur le soutien de la comtesse d'Alençon, Marie de la Cerda[47], sa cousine, veuve des comtes Charles d'Étampes et Charles II d'Alençon[48]. En 1352, il épouse Marguerite de Blois, fille de Charles de Blois, (le candidat à la succession de Bretagne soutenu par le roi de France) ce qui lui vaut le soutien de seigneurs bretons tels que Bertrand du Guesclin. Il a ses fidèles dans l'armée royale, comme le maréchal Arnoul d'Audrehem. Charles de La Cerda joue un jeu habile, attire à lui des membres de familles liées depuis des années aux Évreux-Navarre pour affaiblir l'influence du puissant parti navarrais qui menace le roi[48].
[] La rivalité entre Charles de Navarre et Charles de La Cerda
Charles de La Cerda accumule les honneurs. Jean le Bon lui confie missions diplomatiques et commandements militaires ou maritimes. Il reçoit du roi le comté Angoulême en décembre 1350 et la charge de connétable en 1351. Après la mort de Philippe VI, la trêve signée en 1347 n?est plus valable, Charles de La Cerda s'illustre par une brillante campagne en Poitou où il prend Saint-Jean-d'Angely le 11 août 1351[35]. Jean le Bon, essayant de se concilier les bonnes grâces de Charles de Navarre, le nomme lieutenant du Languedoc. Le Navarrais s'acquitte bien de ses fonctions civiles, mais il échoue à reprendre la place de Montréal près d'Agen[49].
En 1352, le roi lui donne sa fille Jeanne en mariage avec une dot de 100 000 écus (il doit recourir à une mutation monétaire pour la réunir[49]). Mais bien que gendre du roi, Charles de Navarre reste soigneusement tenu à l'écart du conseil du roi alors que Charles de La Cerda s'active à détricoter son réseau de fidèles. Tout cela ne peut qu'en faire l'ennemi mortel du parti navarrais, qui répand des rumeurs calomnieuses d'homosexualité pour expliquer ses liens avec le roi. C'est l'affaire du comté d'Angoulême qui met le feu aux poudres : par un accord entre le roi de France et Jeanne de Navarre, cette dernière a cédé ce comté contre les châtellenies de Beaumont, Asnières-sur-Oise et Pontoise. Ces châtellenies n'ayant jamais été remises, le comté aurait du revenir à Charles de Navarre, mais il échoit à Charles de La Cerda[50]. La tension monte et au printemps 1353, une empoignade oppose Philippe de Navarre (le frère de Charles le Mauvais), et le connétable, dans les appartements du roi. Ce dernier, ramène Philippe de Navarre à la raison alors qu'il a dégainé sa dague et Charles de La Cerda quitte les lieux sous les insultes du Navarrais[51].
[] Négociations de paix
Sous la pression du pape Innocent VI, Anglais, Français et Bretons négocient la paix dans la guerre de Cent Ans et dans la guerre de succession de Bretagne. Le conflit breton est en effet dans une phase de statu quo : Jean de Montfort soutenu par les Anglais est mort et son fils n'a que 4 ans. Charles de Blois, soutenu par les Français, est prisonnier à Londres et négocie sa rançon. Édouard III obtient, par le traité de Westminster du 1er mars 1353, qu'en contrepartie de la reconnaissance de Charles de Blois comme duc de Bretagne, ce dernier s'engage à verser une rançon de 300 000 écus et à ce que la Bretagne signe un traité d'alliance perpétuelle avec l'Angleterre. Cette alliance doit être scellée par le mariage de Jean (le fils de Jean de Montfort) avec la fille d'Édouard III, Marie[52]. Les époux étant cousins, le mariage nécessite des lettres de dispense canonique que le pape n'accorderait qu'avec l'approbation du roi de France. Or, Charles de La Cerda s'est marié en mars 1352 avec Marguerite de Blois (la fille de Charles de Blois). Très proche du roi de France, il a son mot à dire dans cette négociation et fait partie des plénipotentiaires[52]. En revanche, Charles le Mauvais est soigneusement tenu à l'écart des négociations. Une paix franco-anglaise nuirait à ses intérêts car, sans la menace d'une alliance anglo-navarraise, il n'a aucune chance de faire valoir ses prétentions sur la Champagne et a fortiori sur la couronne de France. Or, début janvier 1354, au moment où Charles de la Cerda part pour la Normandie, le roi a donné son accord au mariage[53]. Dès lors, Charles le Mauvais décide de faire échouer les négociations et de se saisir de la personne de Charles de La Cerda, dans le but d'influer sur le cours des tractations. Il passe à l'action et fait assassiner Charles de la Cerda le 8 janvier 1354, à L'Aigle.
[] Traité de Mantes
Charles de Navarre souhaitait la capture du connétable et non son assassinat. Il en endosse la responsabilité pour couvrir son ombrageux et impulsif frère Philippe de Navarre qui fut l'exécutant. Alors que Jean le Bon reste prostré quatre jours à l'annonce de la mort de Charles de La Cerda, montrant qu'il ne peut maîtriser son émotion, le Navarrais se pose en chef d'État et revendique pleinement le meurtre qu'il justifie comme une question d'honneur[54].
Charles de Navarre est fortement soutenu et les seigneurs normands se rangent derrière lui. Les châteaux normands sont réarmés. Il envoie Jean de Fricamp, surnommé Friquet, emprunter de l'argent à Bruges pour lever une armée[54]. Dès le 10 juillet 1354, la chancellerie navarraise envoie des courriers demandant une aide militaire à Édouard III, au Prince noir, à la reine Philippa de Hainaut, et à Jean de Gand, duc de Lancastre[54]. Allié aux Anglais, il a les moyens de contraindre le roi de France à accepter l'assassinat de son favori. Le 22 février 1354, Jean le Bon doit accepter des concessions au traité de Mantes pour éviter une reprise de la guerre de Cent Ans. Par ce traité, Charles le Mauvais renonce à réclamer les châtellenies d'Asnières-sur-Oise, Pontoise et Beaumont que le roi ne lui avait toujours pas remises. En contrepartie, il reçoit le comté de Beaumont-le-Roger, les châteaux de Breteuil, Conches et de Pont-Audemer, le clos du Cotentin avec la ville de Cherbourg, les vicomtés de Carentan, Coutances et Valognes en Normandie. Il peut recevoir l'hommage des seigneurs normands qui l'ont soutenu. Ce traité lui donne également la permission de tenir chaque année un échiquier pour y rendre justice sans que des appels puissent être envoyés au parlement de Paris[55]. Au total, il reçoit toutes les prérogatives du duc de Normandie sans en avoir le titre. D'autre part, l'assassinat de Charles de La Cerda a compromis les accords de paix franco-anglais : ni la guerre de Cent Ans, ni la guerre de succession de Bretagne ne sont réglées. Pour faire bonne figure, il doit demander pardon au roi devant son lit de justice le 4 mars, mais ne subit aucun autre châtiment. Charles le Mauvais est en position de force, il n'a jamais été aussi puissant.
[] Négociations à Avignon
En novembre 1354, Charles le Mauvais est convié par le pape aux négociations de paix d'Avignon. Pour lui un traité de paix franco-anglais serait une catastrophe surtout si Édouard III acceptait de renoncer à la couronne. Il conclut donc avec le duc de Lancastre un pacte qui prévoit le démembrement de la France. Édouard recevrait la couronne de France mais laisserait à son cousin Charles de Navarre la Normandie, la Champagne, la Brie, le Languedoc et quelques autres fiefs[56]. Un débarquement anglais est prévu pour la fin de la trêve qui expire le 24 juin 1355[57]. Mais les Anglais échaudés par les revirements incessants du Navarrais se méfient et le débarquement promis n'eut jamais lieu.
[] États généraux de 1355 et 1356
La création d'une armée soldée est coûteuse et doit être financée. Le roi recourt aux États généraux qu'il convoque le 8 mai 1355. On tente de simplifier le calcul de l'impôt pour le rendre plus efficace[58]. Mais les impôts ne rentrent pas et le roi a recours une nouvelle fois aux manipulateurs de la monnaie honnis. Il rappelle Jean Poilevillain et Nicolas Braque qu'il nomme respectivement aux Comptes et aux Monnaies[58]. La monnaie est dévaluée une nouvelle fois. Les rentes et loyers diminuent au grand dam de la bourgeoisie, de la noblesse et des prélats[58]: la grogne monte.
Après avoir su mater d'une main de fer une rébellion dans son comté anglais de Chester, Édouard de Woodstock, dit le Prince Noir, fils aîné d'Édouard III, est gratifié de la confiance de son père qui lui confie le poste de lieutenant de Gascogne. Ainsi commence la première chevauchée du célèbre capitaine anglais. Avec l'échec des négociations d'Avignon, la trêve prend fin et en 1355, le Prince Noir, parti de Bordeaux, pille la campagne française dans les comtés de Julliac, d'Armagnac et d'Astarac. Ses troupes commettent de nombreuses atrocités dans la région de Carcassonne. Confronté à la menace anglaise, Jean le Bon convoque les États généraux de langue d'oïl à Paris, dans la grande salle du palais de la Cité, le 2 décembre 1355, pour lever l?armée de 30 000 hommes qu'il juge nécessaire. Étienne Marcel et ses alliés (son cousin Imbert de Lyon, son associé Jean de Saint-Benoît, son prédécesseur à la prévôté des marchands de Paris Jean de P
Revue de presse Jean_II_de_France
