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Souvenirs entomologiques : étude sur l'instinct et les moeurs des insectes, tome 1
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Jean-Henri Fabre

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Pour les articles homonymes, voir Fabre.
Jean-Henri Fabre
Naissance : 21 décembre 1823
Saint-Léons du Lévézou (France)
Décès : 11 octobre 1915
Sérignan-du-Comtat (France)
Nationalité : Française
Diplômé : Brevet supérieur, baccalauréat ès-lettres (1844), licence de sciences mathématiques (1847), licence de sciences physiques (1848), licence ès-sciences naturelles (1857), doctorat (1855)
Distinctions : légion d'honneur

Jean-Henri[1] Casimir Fabre, né le 21 décembre 1823 à Saint-Léons du Lévézou (Aveyron), mort le 11 octobre 1915 à Sérignan-du-Comtat (Vaucluse), est un homme de sciences, un humaniste, un naturaliste, un entomologiste éminent, un écrivain passionné par la nature et un poète français, lauréat de l'Académie française et d'un nombre élevé de prix.

Il peut être considéré comme l'un des précurseurs de l'éthologie, science du comportement animal, et de l'écophysiologie[2].

Ses découvertes sont comparées par certains observateurs à celles proposées par Darwin et sont tenues en haute estime en Russie, aux États-Unis[3] et surtout au Japon où Jean-Henri Fabre est considéré comme le modèle accompli de l'homme de sciences et de lettres réunis et est, à ce titre, au programme des enseignements de l'école primaire. Il est aussi mondialement connu pour ses Souvenirs entomologiques, qui ont été traduits en quinze langues[4].

Sommaire

[] Biographie

Le château de Saint-Léons, dominant la maison natale de Jean-Henri Fabre
Le château de Saint-Léons, dominant la maison natale de Jean-Henri Fabre

[] L'éveil à la nature : un autodidacte précoce

Son père, Antoine Fabre, est originaire du Puech de la Fon, au lieu-dit Malaval[5], au nord de Saint-Léons, sur la paroisse de Vaysse. Marié à Victoire Salgues, fille de l?huissier de Saint-Léons, il s?y établit dans l?espoir de succéder à son beau-père[6]. Jean-Henri est élevé par ses grands-parents paternels, Pierre-Jean Fabre et Élizabeth Poujade, dans la ferme du Malaval. C'est dans ce Rouergue que le petit garçon découvre très tôt les réalités d'une nature contrastée et sauvage, qui va aiguiser son esprit d'observation et sa pugnacité[7].

« L'?il toujours en éveil sur la bête et sur la plante, ainsi s'exerçait tout seul, sans y prendre garde, le futur observateur, marmouset de six ans. Il allait à la fleur, il allait à l'insecte comme la Piéride va au chou et la Vanesse au chardon[8]. »

De retour au village de Saint-Léons à l'âge de sept ans, en compagnie de son frère Frédéric, de deux ans son cadet, le jeune garçon s'instruit dans de nombreux domaines avec les moyens mis à sa disposition. Son instituteur est son parrain, Pierre Ricard. Pendant trois ans, il lui apprend à lire et à écrire dans une grange transformée en classe, entouré d'animaux de basse-cour[5]. Son plus précieux outil scolaire est alors un abécédaire illustré par des animaux que son père Antoine lui a rapporté de la ville. Dans le chapitre IV de la 6e série des "Souvenirs entomologiques", sous le titre Mon école, il le décrit de la sorte : « C'était une grande image de six liards, coloriée et subdivisée en compartiments où des animaux de toute sorte enseignaient la série des lettres par les initiales de leur nom (...) ». Puis, progressant sur l'utilisation de son abécédaire et ses capacités de lecture : « Comme récompense de mes progrès, on me donne les fables de La Fontaine, livre de vingt sous, très riche en images, petites il est vrai, très incorrectes, délicieuses toutefois. Il y a là le corbeau, le renard, le loup, la pie, la grenouille, le lapin, l'âne, le chien, le chat, tous personnages de ma connaissance. »

Les difficultés professionnelles de son père, paysan devenu cafetier, vont interrompre sans cesse sa scolarité, obligeant Jean-Henri à être autodidacte dès l'âge de 10 ans. Dès 1833 et pendant les six années suivantes, l'exode rural va pousser la famille à Rodez, Aurillac, Toulouse, Montpellier, Pierrelatte et enfin Avignon[9].

À dix ans, élève au Collège royal de Rodez, il est clergeon dans la chapelle de l'établissement universitaire ce qui lui vaut la gratuité de l'externat[5]. Quatre ans après, son père s?installe à Toulouse où Jean Henri peut suivre gratuitement les cours du séminaire de l?Esquille. Puis la famille déménage à nouveau[10]. À Montpellier, âgé de quatorze ans, il est tenté par la médecine mais doit y renoncer pour aider ses parents. Il abandonne ses études pour gagner sa vie et se retrouve à vendre des citrons à la foire de Beaucaire[11] puis se fait embaucher comme man?uvre pour la construction du chemin de fer Nîmes-Beaucaire.

Il y a pourtant appris assez de latin et de grec pour se passionner pour les auteurs de l'Antiquité. Il affectionne surtout Virgile, en qui il découvre un poète épris de nature. Décidé à se présenter à un examen pour obtenir une bourse, en 1840, ayant appris qu'un concours d'entrée recrutait des élèves instituteurs, il part à Avignon, sort premier de sa promotion et rentre à l'École normale d'instituteurs[12]. Reçu en qualité de pensionnaire boursier, il est, à dix-sept ans, enfin assuré du gîte et du couvert[12].

Les résultats de sa première année sont passables. Au milieu de la seconde, il est déclaré « élève insuffisant et médiocre »[10]. Piqué au vif, il demande et obtient de suivre son dernier semestre en 3e et obtient le « Brevet supérieur »[13] en 1842, avec une année d'avance sur le cycle habituel.

[] Carpentras : l'instituteur érudit

Le mont Ventoux fut pour lui un important terrain d'étude
Le mont Ventoux fut pour lui un important terrain d'étude

Âgé de dix-neuf ans, il devient instituteur à l?école primaire annexe du collège de Carpentras[9]. Il va y rester sept ans. En cette année 1842, ses émoluments ne dépassent pas 700 F. Il reprend pourtant ses études latines en relisant Virgile et en traduisant Homère[10]. C'est aussi en 1842 qu'il publie son premier recueil de poèmes Invocations et qu'il escalade pour la première fois le mont-Ventoux.

L?installation de l?aîné attire sa famille. Son père et sa mère rejoignent Pierrelatte pour tenir un nouveau café sur la Place d?Armes, tandis que son frère est nommé instituteur à Lapalud[14]. Le 30 octobre 1844, il épouse Marie-Césarine Villard[12], institutrice originaire de Carpentras, avec qui il aura sept enfants dont plusieurs mourront avant d'atteindre l'âge adulte.

Étouffé par l'enseignement de l'époque, qu'il qualifie de « prison », il met à profit la clémence du climat de la région pour encourager l'enseignement en plein air. Poussé par son envie d'apprendre, il consacre son temps libre à la préparation de nouveaux diplômes, tout en menant diverses recherches, notamment en entomologie. Il obtient en 1844, à Montpellier, le baccalauréat ès-lettres, en 1846 le baccalauréat en mathématiques, en 1847 la licence de sciences mathématiques enfin en 1848 la licence de sciences physiques.

C?est cette même année que son jeune fils est atteint de fièvre, son état empirant et devant l?impuissance avouée des médecins traitants, il tente de la sauver avec les méthodes prescrites par François-Vincent Raspail. L?enfant meurt et il annonce son deuil à son frère le 8 septembre 1848. Pour faire face et ne pouvant plus se contenter de son maigre salaire, il postule à un poste de professeur de mathématiques au lycée de Tournon, qui lui échappe tout comme celui d?Avignon[14].

Durant toute cette période, Fabre avait fait sien le précepte de Platon : « Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre. »[15]. Entre vingt et trente ans, il se perfectionne en mathématiques et en particulier l'ellipse, l'hyperbole, les tangentes, la mécanique analytique, le calcul infinitésimal. Lui pour qui le nombre est empreint de poésie, va jusqu'à lui consacrer une ode, Arithmos.

Séduit par la richesse botanique et entomologique de la Provence, il s'adonne à nouveau à sa passion des insectes et commence une carrière d'« historien des bêtes ». Mais c'est la lecture des travaux de Léon Dufour qui vont le pousser vers sa nouvelle carrière[16].

[] Ajaccio (1849-1852) : éclosion du naturaliste

Nommé professeur de physique au collège impérial d?Ajaccio[9], le 22 janvier 1849,il s'installe dans l'île avec son épouse. Fabre, qui enseigne à présent la physique et la chimie dans les classes secondaires, bénéficie d'une nette amélioration de ses conditions de travail puisque ses appointements se montent à 1 800 francs. La Corse ouvre au jeune professeur un champ de recherches et d?observation qui va compléter ce qu?il a déjà entrepris sur les pentes du Ventoux[14].

La découverte de la nature corse et de la civilisation méditerranéenne lui offre un important champ d'investigation. Jean-Henri et Marie-Césarine multiplient les excursions, découvrent la richesse de la faune des mollusques, et récoltent de nombreuses espèces de coquillages marins, terrestres ou d'eau douce. Fabre réunit les éléments pour une Conchyliologie de la Corse. Ce travail d?inventaires et de descriptions des mollusques et coquillages, réunissant les connaissances de Linné, Lamarck et bien d'autres savants, est enrichi d'une foule de notes et d'observations personnelles. Il ne sera cependant jamais publié, la brièveté de son séjour ne lui permettant pas de l'achever.

Alfred Moquin-Tandon, joua un rôle dans le choix de Fabre pour la botanique
Alfred Moquin-Tandon, joua un rôle dans le choix de Fabre pour la botanique

Avec Esprit Requien[9], qui habitait Bonifacio, il amasse les plantes rares et, profitant des vacances scolaires pour herboriser, constitue un herbier imposant. Il décrit cela dans Mon école[5] : « En mes heures de liberté, je l'accompagnais dans ses courses botaniques, et jamais le maître n'eut disciple plus attentif ». Leur projet commun de réaliser une flore de la Corse sera anéanti par la mort subite et prématurée du naturaliste avignonnais, emporté par une congestion cérébrale en mai 1851.

La Corse, c'est aussi pour Fabre la rencontre avec le zoologiste montpelliérain Moquin-Tendon venu y étudier la riche faune d'araignées, insectes, crustacés et reptiles. Grâce à Requien, Fabre avait déjà échangé quelques lettres botaniques et lorsque celui-ci ne trouva aucune chambre dans les hôtels, Fabre lui offrit le gite et le couvert[5]. Membre de plusieurs Académies, Moquin-Tendon, qui était de plus très cultivé en littérature et poète, aura une influence déterminante dans le choix de la carrière naturaliste de Fabre[17]. Il lui donna, dit-il, « la seule et mémorable leçon d'histoire naturelle que j'aie jamais reçue dans ma vie » en disséquant un escargot avec seulement deux aiguilles à coudre, avant de prononcer la fameuse phrase qui eut raison de ses hésitations : « Laissez là vos mathématiques [...]. Venez à la bête, à la plante; et si vous avez, comme il me semble, quelque ardeur dans les veines, vous trouverez qui vous écoutera.[18] »

Malgré les conditions idéales que lui offrait la Corse, plusieurs raisons incitent Fabre à demander son retour sur le continent : des accès de paludisme qu'il avait contracté en herborisant exigeaient un climat plus sain ; les traitements des professeurs du collège avaient été réduits de moitié et la chaire de physique risquait d'être supprimée ; il voulait préparer un doctorat ou l'agrégation. Diminué fortement, il demande et obtient son retour sur le continent pour se soigner. Ainsi, il se rapprochait de ses parents et de son frère Frédéric[19], durablement installés dans la banlieue d'Avignon, à la ferme de Roberty.

Dans un courrier adressé à son cadet le 3 décembre 1851, il narre les péripéties de son éprouvante traversée. Au lieu des 18 heures normales du trajet, son bateau pris dans la tempête mit trois jours et deux nuits pour rejoindre Marseille dans des conditions épouvantables[14].

[] Avignon (1853-1871) : l'enseignant chercheur

Exemple de myriapodes, (Trigoniulus corallinus)
Exemple de myriapodes, (Trigoniulus corallinus)
Le cerceris, le plus beaux des hyménoptères qui butinent au pied du Ventoux
Le cerceris, le plus beaux des hyménoptères qui butinent au pied du Ventoux
Ammophila sabulosa, appartenant à la famille des sphégiens
Ammophila sabulosa, appartenant à la famille des sphégiens
Victor Duruy, ministre de l'Instruction Publique et admirateur de Jean-Heri Fabre
Victor Duruy, ministre de l'Instruction Publique et admirateur de Jean-Heri Fabre

Ayant choisi de s'orienter vers la recherche en éthologie des insectes, science des m?urs des insectes, Fabre rentre définitivement de Corse en janvier 1853. Il est nommé « professeur, répétiteur de physique et chimie » au lycée impérial d'Avignon[9] où il va enseigner pendant dix-huit ans[20].

L'année suivante, en juillet 1854, il est reçu à la licence ès-sciences naturelles[17] avec les félicitations du jury ; réussite déterminante qui lui ouvre la voie du doctorat ou de l'agrégation. Renonçant à contre-c?ur à l'agrégation, qui l'aurait empêché de s'engager dans une recherche personnelle, Fabre prépare un doctorat. Son sujet de thèse principal s'intitulait Recherche sur l'anatomie des organes reproducteurs et sur le développement des myriapodes, et son sujet secondaire, portant sur la botanique, Recherche sur les tubercules de l'Himantoglossum Hircinum. Au cours de l?hiver de la même année, il prend connaissance des travaux de l?entomologiste Léon Dufour, qui venait d?étudier dans les Landes une grosse guêpe, le cerceris. C?est un déclic. Fabre connaît cet insecte qui a colonisé les pentes du Ventoux. Il se remet à l?étudier, et publie le résultat de ses recherches en 1855 dans les « Annales de Sciences Naturelles » sous le titre La guêpe géante ou grand cerceris, le plus beaux des hyménoptères qui butinent au pied du Ventoux[21].

La même année, il soutient sa thèse à Paris devant un jury composé de deux professeurs au Muséum national d'histoire naturelle, Henri Milne-Edwards et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, et du botaniste Jean-Baptiste Payer[19]. Sur place, il rend visite à son ami Moquin-Tandon, qu?il avait hébergé à Ajaccio. Mais les retrouvailles entre le petit professeur de province et celui qui est devenu maître de la chaire d?histoire naturelle de la Faculté de médecine de Paris manquent de cordialité[21].

Toujours en 1855, son Étude sur l'instinct et les métamorphoses des sphégiens obtient la mention « honorable » au concours pour le prix Montyon[19] de physiologie, décerné par l'Académie des sciences. À partir de 1856, Fabre multiplie les observations et rompt son isolement en échangeant fructueusement ses notes et échantillons avec Léon Dufour.[19] Il réfute son hypothèse d'une liqueur conservatrice à l'origine de la paralysie des proies vivantes des cerceris en démontrant la destruction sélective des centres nerveux non vitaux des buprestes, par les savants coups de stylets des hyménoptères.

En 1857, il décrit les comportements les plus intimes des hyménoptères, bembex, scolies et coléoptères avec une rigueur méthodologique et dans une langue de qualité. Il étudie la reproduction de la truffe, sujet sensible pour la prospérité économique du département et, dans une note présentée en avril à la "Société d'Agriculture et d'Horticulture de Vaucluse", réfute la théorie de la galle du chêne.

Fabre s'étant lié d'amitié avec le botaniste avignonnais Théodore Delacour qui dirigeait à Paris les Établissements Vilmorin, celui-ci lui présente Bernard Verlot, chef des cultures au Muséum national d?histoire naturelle à Paris.[19] Ensemble, ils explorent la flore du Mont Ventoux[22] et instruisent Fabre des dernières techniques en horticulture.

Pensant tirer profit de ses connaissances en chimie, Fabre effectue des recherches sur la garancine, poudre de racine de garance qui permettait de teindre les tissus en rouge, fournissant notamment les fameux pantalons rouges de l'infanterie française. De 1859 à 1861, il dépose quatre brevets d'invention touchant à l'analyse des fraudes, mais surtout à l'alizarine pure, qu'il avait réussi à extraire par une méthode d?une simplicité étonnante. Hélas, la découverte de l'alizarine artificielle, réalisée par Carl Graebe et Liebermann en 1868, sonna le glas de l'industrie tinctoriale de la garance et des ressources agricoles qu'elle représentait dans le Vaucluse, ruinant du même coup les dix années d?efforts que Fabre avait consacrées à ses procédés.

En 1865, sur la recommandation du célèbre chimiste Jean-Baptiste Dumas, l'illustre Louis Pasteur vient en personne le consulter pour tenter de sauver l'industrie séricicole française[23]. Les vers à soie étaient décimés par une désastreuse épidémie de pébrine, caractérisée par l'éruption de points noirs, évoquant des grains de poivre. Fabre lui explique la biologie du bombyx du mûrier et les moyens de sélectionner les ?ufs indemnes. Il le reçoit à son domicile, 14 rue des Teinturiers, et son hôte est étonné, qu?au milieu de leur entretien, le savant lui demande de voir sa cave[24]. Fabre ne put que lui montrer une dame-jeanne posée sur un tabouret de paille dans un coin de sa cuisine. Mais la leçon porta ses fruits et Pasteur réussit à enrayer la redoutable épidémie.

En 1866, la municipalité nomme Fabre au poste de conservateur du musée d'Histoire naturelle d'Avignon (rebaptisé musée Requien depuis 1851), alors abrité dans l'église Saint-Martial désaffectée[25]. C'est là que Fabre travaillait aux colorants et donnait des cours publics de chimie. C'est là également qu'il reçoit en 1867 la visite surprise de Victor Duruy (1811-1894). Ce fils d'ouvrier devenu normalien et inspecteur de l'enseignement avait pris en amitié le naturaliste avec qui il partageait le rêve d'une instruction accessible aux plus démunis. Devenu Ministre de l'Instruction publique, Duruy convoque Fabre à Paris deux ans plus tard pour lui remettre la Légion d'honneur et le présenter à l'empereur Napoléon III[17].

Duruy le charge de donner des cours du soir pour adultes qui, ouverts à tous les publics, vont connaître un franc succès. Ses leçons de botanique attirent un public attentif composé de jeunes villageoises qui lui apportent tant de fleurs que « son bureau disparaissait sous les richesses des serres voisines », d'agriculteurs curieux de science, mais aussi de personnalités fort cultivées, telles que l'éditeur Joseph Roumanille et le philosophe anglais John Stuart Mill (1806-1873), directeur de la Compagnie des Indes, qui va devenir l'un de ses plus fidèles amis.

Mais la loi Duruy (10 juillet 1867) pour la démocratisation de l'enseignement laïque, notamment l'accès des jeunes filles à l'instruction secondaire, déclenche une cabale des cléricaux et des conservateurs, obligeant le ministre à démissionner. Accusé d'avoir osé expliquer la fécondation des fleurs devant des jeunes filles jugées innocentes par certains moralisateurs, les cours du soir sont supprimés après deux années d'existence[19] et Fabre dénoncé comme subversif et dangereux. Incapable de gérer une telle atteinte à son honneur, il démissionne de son poste au lycée fin 1870[19]. Malgré ses vingt-huit ans de service, il quitte l?enseignement sans obtenir de pension.

De plus, ses propriétaires, deux vieilles demoiselles bigotes, convaincues de son immoralité, le mettent en demeure de quitter la rue des Teinturiers. À leur demande, il reçoit la visite d'un huissier pour être expulsé dans le mois avec sa femme et ses enfants. C'est grâce à l'aide de Stuart Mill, qui lui avance la somme de trois mille francs, que Fabre et sa famille vont pouvoir s'installer, en novembre, à Orange. Bien que riche sur le plan scientifique, cette période n'a pas été favorable à Fabre d'un point de vu financier puisqu'il n'a bénéficié d'aucun avancement ni augmentation de salaire en dix-huit ans[26].

« Un soir d'hiver, à côté d'un poêle dont les cendres étaient encore chaudes, et la famille endormie, j'oubliais, dans la lecture, les soucis du lendemain, les noirs soucis du professeur de physique qui, après avoir empilé diplôme universitaire sur diplôme et rendu pendant un quart de siècle des services dont le mérite n'était pas méconnu, recevait pour lui et les siens 1 600 francs, moins que le gage d'un palefrenier de bonne maison. Ainsi le voulait la honteuse parcimonie de cette époque pour les choses de l'enseignement. [?] j'étais un irrégulier, fils de mes études solitaires. J'oubliais donc au milieu des livres, mes poignantes misères du professorat[27] »

Si la lecture était le réconfort de sa misère, c?est sa plume qui va lui permettre d'en sortir. Le succès remporté par deux de ses livres destinés à la jeunesse, Le Ciel, et Histoire de la bûche; récits sur la vie des plantes, édités par la librairie Garnier en 1867 et largement diffusés par Hachette, l?encourage à poursuivre son ?uvre de pédagogue en composant des livres scolaires. Grâce à la confiance et à l'amitié de l'éditeur Charles Delagrave, Fabre va pouvoir participer activement à la naissance de l'école républicaine et aux prémices d'une pédagogie universelle.

[] Orange (1871-1879) : écrivain pédagogue

La "Chrysomèle de la menthe", Chrysolina herbacea
La "Chrysomèle de la menthe", Chrysolina herbacea

Désormais libéré des charges et des contraintes de l?enseignement, Fabre se retrouve, à 47 ans, sans situation, sans ressources et sans toit, alors que la guerre de 1870 bat son plein. Tandis que Marie-Césarine et les enfants séjournent chez ses parents à Carpentras, Fabre loge provisoirement chez un ami, le docteur Ripert, au Castel des Arènes à Orange. Puis il trouve un logement au centre ville, place des Cordeliers, qui lui permet de réunir la famille, mais trop bruyant et trop loin de la nature pour y poursuivre des études entomologiques.

En 1872, les Fabre s'installent en location pour huit ans dans la maison dite la Vinarde, située à la sortie de la ville. La garrigue aux portes du logis lui permet de recréer, avec l'aide de son fils Jules (né en 1861), un petit jardin botanique et de reprendre ses observations du Chalicodome, d'étudier le Pompile apical, les Halictes, les Chrysomèles, de récolter les champignons et d'en peindre les premières aquarelles.

Mais surtout, Fabre entreprend de très importants travaux de vulgarisation qui le préparent à sa mission d'écrivain scientifique. En plus du premier volume des Souvenirs et une étude sur les Halictes, il va rédiger pendant les neuf ans de son séjour à Orange plus de quatre-vingt ouvrages destinés à l'enseignement, dont des manuels scolaires et livres de lecture pour enfants qui, publiés par Charles Delagrave, vont connaître un grand succès : Arithmétique, Algèbre et Trigonométrie, Botanique et Zoologie, Géographie, Géologie, Physique, Chimie organique, Astronomie élémentaire, Cours de cosmographie, Le ménage ou causerie sur l'économie domestique, L'industrie?

Plusieurs générations d'élèves ont étudié leurs matières scolaires avec ces textes à la fois scientifique et littéraire. Fabre s'en explique ainsi dans les Souvenirs :

« D'autres m'ont reproché mon langage, qui n'a pas la solennité, disons mieux, la sècheresse académique. Ils craignent qu'une page qui se lit sans fatigue ne soit pas toujours l'expression de la vérité. Si je les en croyais, on n?est profond qu?à la condition d?être obscur. [?] oui, mes pages non hérissées de formules creuses, de savantasses élucubrations, sont l?exact narré des faits observés, rien de plus, rien de moins [?] l?histoire naturelle, cette magnifique étude du jeune âge, à force de perfectionnement cellulaire, est devenue chose odieuse, rebutante. Or, si j?écris pour les savants, pour les philosophes qui tenteront un jour de débrouiller un peu l?ardu problème de l?instinct, j?écris aussi, j?écris surtout, pour les jeunes, à qui je désire faire aimer cette histoire naturelle que vous faites tant haïr ; et voilà pourquoi, tout en restant dans le scrupuleux domaine du vrai, je m?abstiens de votre prose scientifique, qui trop souvent, hélas ! semble empruntée à quelque idiome des Hurons[28] ». »

John Stuart Mill, Photogravure depuis un livre du 19e
John Stuart Mill, Photogravure depuis un livre du 19e

Le 7 mai 1873, il est invité à la villa « Mon Loisir » par John Stuart Mill pour déjeuner. Arrivé à Avignon, il s?arrête d?abord chez le libraire Clément Saint-Just à l?angle de la rue des Marchands et de la place du Change, et apprend qu'il vient de décéder[29].Le lendemain, son ami et protecteur, mort des suites d'une pneumonie, rejoint sa femme qui l'attendait au cimetière Saint Véran à Avignon. Fabre lui-même est frappé par une pneumonie mais fini par guérir.

Le 14 septembre 1877, à midi, son fils Jules, gravement malade, décède à l'âge de 16 ans. Fabre est très affecté par cette disparition. Non seulement son fils l'assistait dans ses travaux entomologiques mais il voyait en lui son successeur. Il lui consacre la deuxième série des Souvenirs entomologiques[19]et inscrit en dédicace :

« À mon fils Jules
Cher enfant, mon collaborateur si passionné pour l?insecte, mon aide si perspicace pour la plante, à ton intention j?avais commencé ce travail : en ton souvenir, je l?ai poursuivi, et je le poursuivrai dans l?amertume de mon deuil.
Ah ! que la mort est odieuse quand elle fauche la fleur dans tout l?éclat de son épanouissement !
Ta mère et tes s?urs apportent sur ta pierre des couronnes cueillies dans le rustique parterre qui faisait tes délices.
À ces couronnes fanées par le soleil d?un jour, j?ai joint ce livre qui, je l?espère, aura un lendemain.
Il me semble ainsi continuer nos études communes, fortifié que je suis par mon indomptable foi dans le réveil de l?eau-delà[30]. »

Loin d'être perdues, ces dix années à Orange lui permettent de préparer les neuf volumes suivants de son ?uvre capitale, les "Souvenirs entomologiques". Un incident va précipiter son départ. Son propriétaire ayant fait élaguer l?allée de platanes qui conduit à sa maison, sans l?avoir prévenu, il l?accuse d?acte de barbarie et décide de quitter Orange et la Vinarde[31].

[] Le maître de Sérignan (1879-1915)

Statue en hommage à Jean-Henri Fabre à Sérignan du Comtat
Statue en hommage à Jean-Henri Fabre à Sérignan du Comtat

En mars 1879, grâce à l'argent que lui rapporte la vente de ses livres[32], Fabre achète une superbe propriété à huit kilomètres d'Orange sur une terre non cultivée, qu'il nomme L'Harmas[33], à la sortie du village de Sérignan-du-Comtat[19]. Il va pouvoir enfin, dans cette nouvelle demeure, se consacrer à son rêve de toujours, l'observation des insectes et faire de l?Harmas de Sérignan le premier laboratoire vivant de la nature et de l?entomologie.

« C'est là ce que je désirais, hoc erat in votis : un coin de terre, oh ! pas bien grand, mais enclos et soustrait aux inconvénients de la voie publique ; un coin de terre abandonné, stérile, brûlé par le soleil, favorable aux chardons et aux hyménoptères.[28] »

Son installation marque à la fois la dislocation de sa famille, certains de ses enfants sont mariés, d?autres vont le quitter, mais aussi sa recomposition puisque il accueille son père. Le vieux cafetier de Pierrelatte devient même une figure familière du village où il va s?éteindre à l?âge de 96 ans[31].

Par contre, Fabre se retrouve veuf. Son épouse décède le 25 juillet 1885, âgée de 62 ans. Pour aider aux tâches ménagères, il décide de prendre à son service une jeune domestique, fille de la dame Daudel, l?épicière du village[31]. Par la suite, le 23 juillet 1887, il épouse en seconde noce Marie Josèphe de 41 ans sa cadette[34] qui va lui donner trois enfants[19]. Le couple voit naître successivement Paul, le 14 septembre 1888, Pauline, le 30 mars 1890, et Anna, le 31 octobre 1893[35].

L'Harmas devient rapidement son lieu privilégié d'observation des m?urs des insectes[36]. Pour ce faire, Fabre est amené à concevoir des appareils aussi curieux que rudimentaires mais dont l'utilité est prouvée par les résultats de ses observations. Ce qui lui permet d'écrire la deuxième série des Souvenirs entomologiques. Huit autres séries vont suivre, à un rythme irrégulier jusqu'en 1907.

Pour ce faire, il s'adjoint deux jardiniers auxquels il va rendre hommage dans son ?uvre. Le premier est Favier, un ancien militaire. Dans son tome II, Fabre cite une anecdote mettant en exergue ses répliques assassines, son esprit vif et son bon sens :

« Je venais de récolter une poignée de crottes de lapin où la loupe m'avait révélé une végétation cryptogamique digne d'examen ultérieur. Survient un indiscret qui m'a vu recueillir dans un cornet de papier la précieuse trouvaille. Il soupçonne une affaire d'argent, un commerce insensé.
Tout, pour l'homme de la campagne, doit se traduire par le gros sou. À ses yeux, je me fais de grosses rentes avec ses crottes de lapin.
« Que fait ton maître de ces pétourles (c'est le mot de l'endroit)? » demande-t-il insidieusement à Favier. « Il les distille pour en retirer de l'essence » répond mon homme avec un aplomb superbe.
Abasourdi par la révélation, le questionneur tourne le dos et s'en va[37]. »

À la mort de Favier, l'entomologiste engage Marius Guigues, un rempailleur de chaises aveugle depuis l'âge de 20 ans. En dépit de son handicap, celui-ci va se révéler particulièrement doué pour réaliser sur les indications de son employeur tout l'appareillage (cages, pièges, boîtes d'étude) pour les expériences et les observations menées par celui-ci[37].

L'académicien Edmond Rostand, qui écrivit le 7 avril 1910 à propos des ouvrages de Jean-Henri Fabre :« Ses livreshttp://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/51/Edmond_Rostand_en_habit_vert_01.jpg/180px-Edmond_Rostand_en_habit_vert_01.jpg
L'académicien Edmond Rostand, qui écrivit le 7 avril 1910 à propos des ouvrages de Jean-Henri Fabre :
« Ses livres ont été mon enchantement pendant une bien longue convalescence[38] »

C'est en 1907 que des liens se créent puis qu'une amitié s'installe entre Fabre et son disciple le docteur Legros, député du Loir-et-Cher. Celui-ci décide de le faire connaître du monde entier et rédige en 1910 une première biographie illustrée de 112 pages, Jean-Henri Fabre, naturaliste, puis une seconde en 1912, richement documentée par la correspondance de Fabre : La vie de J.-H. Fabre, naturaliste, ouvrage qui va être traduit dans de nombreuses langues, la version anglaise paraissant dès 1913.

Le docteur est aussi à l'origine de l'idée de célébrer son jubilé. Pour ce faire, il réussit à réunir autour de lui des personalités comme Henri Poincaré, Edmond Rostand, Romain Rolland et Maurice Maeterlinck, tous admirateurs de Fabre. Le jour de la cérémonie, le 3 avril 1910, Edmond Perrier, de l'Institut, lui remet une plaquette d'or sur laquelle avait été gravé au recto le portrait du maître et au verso une composition représantant son ?uvre, son village de Sérignan et le Ventoux. Edmond Rostand, qui n'a pu être sur place, envoie un message :

« Empêché de venir au milieu de vous, je suis du meilleur de mon c?ur avec ceux qui fêtent aujourd'hui un homme admirable, une des plus pures gloires de France, le grand savant dont j'admire l'?uvre, le poète savoureux et profond, le Virgile des insectes, qui nous a fait agenouiller dans l'herbe, le solitaire dont la vie est le plus merveilleux des exemples de sagesse, la noble figure qui, coiffée de son feutre noir, fait de Sérignan, le pendant de Maillane[39]. »

C'est justement au cours de l'année 1913, que se rendant à Maillane pour saluer Frédéric Mistral, le président de la République Raymond Poincaré apporte l'hommage de la nation à Fabre[17]. Devant une foule immense, il lui s'adresse à lui en ces termes :

« Ce n'est pas seulement par la patience de vos recherches et la consciencieuse exactitude de vos observations que vous avez donné à l'entomologie et à la science en général une gloire nouvelle. Vous avez lis dans les êtres les plus humbles une attention si passionnée, une pénétration si ardente, un enthousiasme si bienveillant et si compréhensible, que dans les plus petites choses, vous avez fait voir de très grandes et qu'à chaque pas de votre ?uvre nous éprouvons la sensation de nous pencher sur l'infini[40]. »

Deux années plus tard, Jean-Henri Fabre apprend avec joie la victoire de la Marne : son fils Paul est parmi les combattants.

Jean-Henri Fabre s'éteint le 11 octobre 1915, à l'âge de 92 ans. Il est enterré dans la tombe familiale du vieux cimetière de Sérignan. Fabre y avait fait graver deux phrases en latin : « Quos periisse putamus praemissi sunt » (ceux que nous croyons perdus ont été envoyés en avant) de Sénèque et « Minime finis sedlimen vitae excelsioris » (la mort n'est pas une fin mais le seuil d'une vie plus haute), de lui-même.[41]

[] Poète félibre et compositeur

Les sept membres fondateurs du Félibrige, dont Joseph Roumanille et Frédéric Mistral, que Fabre rejoignit en tant Felibre di Tavan
Les sept membres fondateurs du Félibrige, dont Joseph Roumanille et Frédéric Mistral, que Fabre rejoignit en tant Felibre di Tavan

Épris de poésie depuis son enfance, on sait qu'à l'âge de dix sept ans, Fabre n'hésita pas à sacrifier ses trois francs durement gagnés pour l'achat des Poésies de Jean Reboul. L'année suivante, il publie un premier poème dans L'indicateur d'Avignon du 26 juin 1842, suivi du commentaire : « Ces vers, qui annoncent d'heureuses dispositions pour la poésie, sont d'un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans, élève de l'École normale d'Avignon. » Il a vingt et un ans quand L'Écho du Ventoux du 20 janvier 1844 publie son poème Les Fleurs, puis Ce que donne l'or, bientôt suivi d'une série de poèmes sur la nature, dont Les Mondes paru dans le Mercure Aptésien.

Dès 1868, Fabre se lie avec Joseph Roumanille, fervent admirateur de ses cours du soir, qui lui présente ensuite son élève Frédéric Mistral. Ce dernier l'invite à rejoindre le Félibrige et à publier ses poèmes sous le nom de « Felibre di Tavan » (le Félibre des Hannetons)[19]. En 1909, Roumanille édite un recueil de 21 poésies de Fabre en provençal, avec traduction française en regard : Oubreto Prouvençalo dóu Felibre di Tavan et dont le titre complet était:

  • Oubreto Prouvençalo dóu Felibre di Tavan, rambaiado pèr J.H. Fabre[42], (?uvrettes Provençales du Félibre des Hannetons recueillies par J.-H. Fabre), Avignon, Roumanille, 1909

Un recueil de soixante-six poésies, écrites à ses brèves heures de loisir entre 1842 et 1908, dont une série de vingt-six avec pièces musicales composées par Fabre lui-même sur le petit harmonium de l'Harmas, a été publiée pour le centenaire du félibrige chez Delagrave en 1925, puis rééditée en 1980 chez Marcel Petit, Raphèle-lès-Arles :

  • Poésies françaises et provençales de Jean-Henri Fabre, recueillies en édition définitive du Centenaire par Pierre Julian[43]

[] Homme de sciences

Jean-Henri Fabre, vers la fin de sa vie
Jean-Henri Fabre, vers la fin de sa vie

Jean-Henri Fabre entretient une correspondance avec Charles Darwin, dont il n'admet pas la théorie de l'évolution, avec Stuart Mill, Joseph Roumanille et Frédéric Mistral.

En 1859, soit vingt ans avant la parution des Souvenirs, Darwin, qui avait déjà pressenti son génie, le cite dans l? Origine des espèces et le sacre « inimitable observer » (observateur incomparable)[44].

On trouve au chapitre VII de la série II des Souvenirs, intitulé Nouvelles recherches sur les chalicodomes, un témoignage de l'estime que Fabre avait pour Darwin[45] : « Ce chapitre et le suivant devaient être dédiés, sous forme de lettre, à l'illustre naturaliste anglais qui repose maintenant à Westminster, en face de Newton, à Charles Darwin. Mon devoir était de lui rendre compte du résultat de quelques expériences qu'il m'avait suggérées dans notre correspondance, devoir bien doux pour moi, car si les faits, tels que je les observe, m'éloignent de ses théories, je n'ai pas moins en profonde vénération sa noblesse de caractère et sa candeur de savant. Je rédigeais ma lettre quand m'arriva la poignante nouvelle : l'excellent homme n'était plus ; après avoir sondé la grandiose question des origines, il était aux prises avec l'ultime et ténébreux problème de l'au-delà. Je renonce donc à la forme épistolaire, contresens devant la tombe de Westminster. Une rédaction impersonnelle, libre d'allures, exposera ce que j'avais à raconter sur un ton plus académique. »

Docteur ès-Sciences, ses recherches touchent à l'entomologie, la botanique, la chimie organique, la mycologie et la biologie :

[] Thèses et publications scientifiques

  • Thèse de Doctorat présentée à la Faculté des Sciences de Paris en 1855 (Imprimerie de L. Martinet, Paris, 1855):
    • Sujet principal en zoologie: « Recherche sur l'anatomie des organes reproducteurs et sur le développement des myriapodes » [46] ;
    • Sujet secondaire en botanique : « Recherche sur les tubercules de l'Himantoglossum Hircinum » [47].

[] Botanique

La botanique occupe une place non négligeable dans l'?uvre de Fabre. Son fameux carnet de notes, qui ne le quitte pas, est émaillé de diagrammes de fleurs et d'observations originales, notamment sur les aspects dynamiques des végétaux et leur écologie : il étudie les mouvements des étamines des Opuntia, ceux des vrilles des Cucurbitacées, la germination des Ophrys (orchidées) et les parties hypogées (souterraines) des Vesces.

  • Observations sur les fleurs et les fruits hypogés de Vicia amphicarpa, Paris (1855), Bulletin de la Société Botanique de France 1;
  • Sur la nature des vrilles des Cucurbitacées, Paris (1855), Bull. Soc. Bot. France 2;
  • De la germination des Ophrydées et de la nature de leurs tubercules, Paris (1857), Annales des sciences naturelles et de zoologie, 4e série, tome V (3);

[] Mycologie

Fabre s'intéressa aux champignons depuis son plus jeune âge, comme le montre de nombreuses anecdotes rapportées dans les Souvenirs.

[] Publications
Les truffes noires du Ventoux dont Fabre étudia la reproduction
Les truffes noires du Ventoux dont Fabre étudia la reproduction

En tant que naturaliste, il publia les travaux suivants :

  • Sur la phosphorescence de l'agaric de l'olivier; Note de M. Fabre présentée par M. Ad. Brongniart, Comptes rendus des séances de l'Académie des Sciences, juillet-décembre 1855, (Tome XLI) p. 1245 ;
  • Recherche sur les causes de la phosphorescence de l'agaric de l'olivier, Annales des sciences naturelles et de zoologie, 4e série, tome IV, Cahier n° 3, Paris (1856)[48]  ; réédition Imprimerie de L. Martinet ;
  • Notes sur le mode de reproduction des truffes, Bulletin de la Société d'Agriculture et d'Horticulture de Vaucluse, Avignon (séance du 6 avril 1857)  ;
  • Essai sur les Sphériacées du département de Vaucluse, Annales des sciences naturelles, Botanique, 6e série, 9: 66-118 (1878) ;
  • Insectes et champignons, Souvenirs entomologiques, Xe série, chapitre XX (1907) ; [49]

[] Aquarelles de champignons

Fabre a consacré sept années de sa vie à l?étude des champignons du mont Ventoux et aux spécimens envoyés par son fils. Près de 700 aquarelles d'une étonnante précision, peintes de la main de Fabre, ont été retrouvées dans les greniers de l'Harmas en 1955 par son petit-fils, parmi lesquelles de nombreuses espèces méditerranéennes rares ou inconnues. Ses planches n'ont pas été publiées de son vivant, privant la mycologie méditerranéenne d'une contribution qui aurait sans aucun doute fait sensation à l'époque.

Son grand souci a été de préserver ce trésor pour les générations futures. Il a noté à ce sujet :

« Que deviendra cette haute pile d'aquarelles, objet de tant de travail ? Sans doute les miens garderont quelques temps la relique : mais tôt ou tard, devenue encombrante, déménagée d'un placerd dans un autre placard, d'un grenier dans un autre gernier, visitée des rats et souillée de maculatures, elle tombera dans les mains d'un arrière-neveu qui, enfant, la découpera en carrés pour en faire des cocotes. C'est la règle. Ce que nos illusions ont caressé avec le plus d'amour, finit de façon misérable sous les griffes de la réalité[50]. »

Il n'en a heureusement rien été. Un tiers d'entre elles sont exposées au musée de l'Harmas et 221 planches ont été publiées en 1991 dans Champignons de Jean-Henri Fabre[51], suivie d'une adaptation japonaise[52] en 1992.

[] Chimie

La garance des teinturiers
La garance des teinturiers

La compétence de Fabre en chimie fut confirmée en remportant le premier prix au concours ouvert sur la recherche des altérations frauduleuses de la garance.

  • Mémoire sur la recherche des corps étrangers introduits frauduleusement dans la garance en poudre et dans ses dérivés, Avignon (1859), Impr. Bonnet fils ; [53]
  • Brevets sur la garancine, colorant extrait de la racine de garance :
    • Description du perfectionnement apporté par le soussigné au procédé de fabrication de la Garancine[54];
    • Description du procédé par lequel on transforme la fane de Garance en une matière tinctoriale identique à celle de la racine de la même plante[55] ;
    • Description du procédé propre à réduire la quantité d'acide dans le traitement des Rubiacées tinctoriales; [56]
    • Nouvel engrais appelé noir de garance, Avignon (1861), Bulletin de la Société d'Agriculture et d'Horticulture de Vaucluse ;
  • Rapport sur l?alizarine artificielle de M. Roussin, Bulletin de la Société d'Agriculture et d'Horticulture de Vaucluse, août 1861;

[] Entomologie

Outre les Souvenirs Entomologiques, Fabre a publié les études suivantes:

  • Observation sur les m?urs des Cerceris et sur la cause de la longue conservation des Coléoptères dont ils approvisionnent leurs larves, Annales Sc. Nat. Zoologie, 4e série (1855) ;
  • Étude sur l'instinct et les métamorphoses des Sphégiens, Annales de Sciences naturelles et de Zoologie, 4e série, tome V (1855) ;
  • Mémoire sur l?hypermétamorphose et les m?urs des Méloïdes, Annales Sc. Nat. Zoologie, 4e série, tome VII (1857) ;
  • Nouvelles observations sur l?hypermétamorphose et les m?urs des Méloïdes, Annales Sc. Nat. Zoologie, 4e série, tome IX (1858) ;
  • Étude sur le rôle du tissu adipeux dans la sécrétion urinaire chez les Insectes,

Annales Sc. Nat. Zoologie, 4e série, tome XIX 1863 ;

  • Insectes coléoptères observés aux environs d'Avignon, impr. F. Seguin aîné, Avignon (1870) [57] ;
  • Étude sur les m?urs et la parthénogenèse des Halictes, Annales Sc. Nat. Zoologie, 6e série, tome IX (1879)
  • Étude sur les m?urs du Phylloxera pendant la période d'août à novembre 1880, Paris (1880) (Académie des Sciences, séance du 15 novembre 1880) ;
Fabre par Nadar
Fabre par Nadar
Agapostemon sp. de la famille des Halictidae