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Jacques Louis David

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Jacques Louis David

Illustration de }}

Naissance 30 août 1748
Paris
Décès 29 décembre 1825
Bruxelles
Nationalité France France
Activité(s) Artiste peintre
Formation Académie royale
Maître Joseph-Marie Vien
Élèves Jean-Germain Drouais, Antoine Gros, Ingres, Girodet
Mouvement artistique Néoclassicisme
?uvres réputées Le Serment des Horaces, La Mort de Marat, Le Sacre de Napoléon
Influencé par Nicolas Poussin
Influença Georges Rouget
Récompenses Second et premier Prix de Rome, premier Prix décennal du tableau National, second Prix décennal du tableau d'Histoire
Illustration : Autoportrait (1794) Musée du Louvre
Cet article fait partie de
la série Peinture

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Jacques-Louis David, peintre français né le 30 août 1748 à Paris et mort le 29 décembre 1825 à Bruxelles, est considéré comme le chef de file de l?École néoclassique dont il incarne le style pictural et l?option intellectuelle (régénérer les arts en développant une peinture que les classiques Grecs et Romains, selon la propre formule de David, auraient sans hésiter pu prendre pour la leur[1]).

Il fut l?un des artistes les plus admirés, enviés et honnis de son temps, autant pour ses engagements politiques que pour ses choix esthétiques. Par le passé, rarement un artiste a épousé à ce point les grandes causes de son temps en mêlant intimement art et politique.

David vote la mort du roi Louis XVI, puis se met au service de l?empereur Napoléon Ier. Il opère une rupture avec le style galant et libertin de la peinture du XVIIIe siècle, et revendique l?héritage du classicisme de Nicolas Poussin, mais s?inspire aussi du style baroque de Rubens. Il fut un maître pour deux générations d?artistes, venus de toute l?Europe pour se former dans son atelier qui à son apogée, comptait une quarantaine d?élèves.

Sommaire

[] Biographie

[] Enfance

Michel-Jean Sedaine protecteur de David.  Gravure de Pierre-Charles Lévesque d?après le portrait de David de 1772.
Michel-Jean Sedaine protecteur de David. Gravure de Pierre-Charles Lévesque d?après le portrait de David de 1772.

Jacques Louis David naît à Paris le 30 aout 1748 quai de la Mégisserie, dans une famille de la petite bourgeoisie. Son père, Louis-Maurice David, est marchand-mercier de fers en gros à Paris. Pour s?élever socialement, il acquiert une charge de « commis aux aydes » (équivalent de receveur fiscal) à Beaumont-en-Auge dans la Généralité de Rouen (actuel département du Calvados)[2]. Sa mère Marie-Geneviève, née Buron, appartient à une famille de maîtres-maçons ; son frère François Buron est architecte des Eaux et Forêts, son beau-frère Jacques-François Desmaisons est architecte et son second beau-frère Marc Desistaux est maître-charpentier. Elle est aussi, du côté maternel, la cousine germaine éloignée du peintre François Boucher[3]. Il est baptisé dans l'église Saint-Germain l'Auxerrois le jour de sa naissance en présence de Jacques Prévost et Jeanne-Marguerite Lemesle, ses parrain et marraine[4].

Le jeune David est mis en pension au couvent de Picpus jusqu?au 2 décembre 1757[2], date à laquelle son père meurt, à l?âge de trente-cinq ans. D?après les premiers biographes du peintre, la cause du décès était un duel à l?épée[5],[6],[7],[8]. David a alors neuf ans et sa mère fait appel à son frère François Buron pour l?aider à s?occuper de l?éducation de son fils. Après l?avoir fait suivre des cours chez un répétiteur, elle le fait entrer au collège des Quatre-Nations dans la classe de rhétorique. Dès lors, elle se retire à Évreux et laisse l?entière éducation de David à la charge de son frère [9]. Ayant remarqué ses dispositions pour le dessin, sa famille envisage d?abord de lui faire embrasser la carrière d?architecte, comme ses deux oncles.

[] Formation

Joseph-Marie Vien, le maître de David  peint par Joseph Siffred Duplessis en 1784.
Joseph-Marie Vien, le maître de David peint par Joseph Siffred Duplessis en 1784.
David La Douleur pastel sur papier (École nationale supérieure des Beaux-arts, Paris).
David La Douleur pastel sur papier (École nationale supérieure des Beaux-arts, Paris).

En 1764, David, après avoir appris le dessin à l?Académie Saint-Luc[10], est mis en relation par sa famille avec François Boucher, premier peintre du roi, afin d?être formé au métier de peintre. Malade et trop âgé pour enseigner (il meurt en 1770), il estime qu'il pourrait tirer un meilleur bénéfice de l?apprentissage des nouvelles tendances picturales que peut lui apporter Joseph-Marie Vien, artiste dont le style antiquisant n?est pas encore exempt d?inspirations galantes.

En 1766, entré à l?atelier de Vien mais encore influencé par l?esthétique de Boucher, David commence à étudier l?art à l?Académie royale dont l?enseignement devait permettre aux élèves de concourir pour le Prix de Rome. Jean Bardin compte parmi les autres professeurs de l?académie qui lui enseignent les principes de la composition, de l?anatomie et de la perspective, et a comme condisciples , Jean-Baptiste Regnault, François-André Vincent et François-Guillaume Ménageot. Michel-Jean Sedaine, ami proche de la famille, secrétaire de l?Académie d?architecture et auteur de théâtre, devient son protecteur et s?occupe de parfaire son éducation intellectuelle en le faisant rencontrer quelques unes des personnalités culturelles de l?époque[11]. C?est, peut être, lors de ces années d?apprentissage qu?il développe une tumeur dans la joue gauche consécutive à un combat à l?épée avec l?un de ses condisciples d?atelier[12]. Dans ses autoportraits il dissimulait ce défaut physique par une ombre, mais d?autres artistes comme Jérome-Martin Langlois et François Rude montrent sans complaisance la déformation causée par le kyste.

En 1769, la troisième médaille qu?il reçoit au « Prix de quartier »[10] lui ouvre la voie vers le concours du grand Prix de Rome. En 1771, il obtient le second prix avec son ?uvre, le Combat de Minerve contre Mars dans un style hérité du Rococo et d?une composition jugée faible par le jury de l?académie[10], le lauréat fut Joseph-Benoît Suvée.

En 1772, il manque de nouveau le premier prix avec Diane et Apollon perçant de leurs flèches les enfants de Niobée[13] le grand prix étant décerné ex-æquo à Pierre-Charles Jombert et Gabriel Lemonnier à la suite d?un vote arrangé du jury [14]. Après cet échec qu?il vécut comme une injustice, il résout de se laisser mourir de faim, mais après deux jours l?un des jurés Gabriel-François Doyen le convainc d?abandonner sa tentative de suicide[15]. En 1773, c?est encore un échec avec La Mort de Sénèque sujet inspiré de Tacite, le lauréat fut Pierre Peyron dont le style antique était récompensé pour sa nouveauté, la composition de David étant jugée trop théâtrale[16]. Ne pouvant recevoir deux fois le second prix, en guise de consolation l?Académie lui décerne le prix de l' Étude des têtes et de l?expression pour son pastel intitulé La Douleur[17].

Ces échecs successifs ont une incidence sur l?opinion de David contre l?institution académique. En 1793 il s?en sert d' argument lorsqu?il fait adopter le décret pour la suppression des académies[18]

À la fin de l?année 1773, Marie-Madeleine Guimard première danseuse de l?Opéra, charge David de reprendre la décoration de son hôtel particulier transformé en théâtre privé, que Fragonard avait laissé inachevé à la suite de mésententes [19],[20].

[] Pensionnaire de l?Académie à Rome

David Érasistrate découvrant la cause de la maladie d?Antiochius dans son amour pour Stratonice (1774) Paris, École nationale supérieure des Beaux-arts.
David Érasistrate découvrant la cause de la maladie d?Antiochius dans son amour pour Stratonice (1774) Paris, École nationale supérieure des Beaux-arts.

En 1774, il gagne finalement le premier Prix de Rome qui lui permet de séjourner pendant quatre ans au Palais Mancini alors résidence de l?Académie de France à Rome[21]. L??uvre présentée Érasistrate découvrant la cause de la maladie d?Antiochius dans son amour pour Stratonice (Paris, École nationale supérieure des Beaux-arts) est conforme au nouveau canon de la composition dramatique.

Vers le 2 octobre 1775, David, accompagne son maître Joseph-Marie Vien, qui vient d?être nommé directeur de l?académie de France à Rome, et deux autres lauréats, le premier prix de sculpture en 1774, Pierre Labussière et Jean Bonvoisin second prix de peinture en 1775[22]. Lors de son périple il s?enthousiasme pour les peintures de la Renaissance italienne qu?il voit à Parme, Bologne et Florence[23]. La première année de son séjour à Rome, David suit le conseil de son maître en se consacrant essentiellement à la pratique du dessin. Il étudie attentivement les Antiques, faisant des centaines de croquis de monuments, de statues et de bas-reliefs. L?ensemble de ses études composent cinq volumineux recueils in-folio[24]. Il réalise en 1776 un grand dessin, Les combats de Diomède (Vienne Graphische Sammlung Albertina) qui représente un de ses premiers essais dans le genre historique, essai qu?il concrétise deux ans plus tard avec Les funérailles de Patrocle (Dublin, National Gallery of Ireland) une étude de grandes dimensions peinte à l?huile, destinée à la commission de l?Académie des Beaux-arts qui était chargée d?évaluer les envois des pensionnaires de Rome. Celle ci encouragea le talent de David, mais souligna des faiblesses dans le rendu de l?espace, l?obscurité générale de la scène et le traitement de la perspective[25]. Il peint aussi plusieurs tableaux dans un style emprunté au Caravagisme: deux académies d?homme, l?une intitulé Hector (1778) et la seconde dite Patrocle (1780), inspirée du marbre, Galate mourant du musée du Capitole, un Saint Jérôme une Tête de philosophe et une copie de la Cène de Valentin.

David, Académie dite Patrocle (1780), Cherbourg, musée Thomas Henry.
David, Académie dite Patrocle (1780), Cherbourg, musée Thomas Henry.

De juillet à août 1779, David se rend à Naples en compagnie du sculpteur François Marie Suzanne. Durant ce séjour il visite les ruines d?Herculanum et de Pompéi est à l?origine de sa conversion au nouveau style inspiré de l?antiquité. Le peintre, plus tard, a écrit « Il me sembla qu?on venait de me faire l?opération de la cataracte [...] je compris que je ne pouvais améliorer ma manière dont le principe était faux, et qu?il fallait divorcer avec tout ce que j?avais cru d?abord être le beau et le vrai »[26]. Le biographe Miette de Villars suggère que l?influence de l?amateur d?antiquité Antoine Quatremère de Quincy adepte des idées de Winckelmann et Lessing, et que David, selon lui, fait la connaissance à Naples, n?y fut pas étrangère[27], mais aucune source contemporaine ne confirme une rencontre entre les deux hommes à cette époque[28].

Après ce voyage, il est sujet à une profonde crise de dépression qui dure deux mois, dont la cause n?est pas clairement définie. Selon la correspondance du peintre à cette époque, elle est due à une relation avec la femme de chambre de madame Vien, associé à une période de doute après la découverte des vestiges de Naples[29],[30]. Pour le sortir de cette crise de mélancolie, son maître lui fait avoir une commande pour un tableau à thème religieux commémorant l?épidémie de peste survenue à Marseille en 1720, Saint Roch intercédant auprès de la Vierge pour les malades de la peste destiné à la chapelle du Lazaret de Marseille (Marseille, musée des Beaux-arts). Même si l?on perçoit quelques résurgences du caravagisme, l??uvre témoigne d?une nouvelle manière de peindre chez David, et s?inspire directement du style de Nicolas Poussin en reprenant la composition en diagonale de l' Apparition de la Vierge à saint Jacques le majeur (1629, musée du Louvre)[31] Achevé en 1780 le tableau est présenté dans une salle du palais Mancini et produit une forte impression sur les visiteurs romains. Lors de son exposition à Paris en 1781, le philosophe Diderot est impressionné par l?expression du pestiféré au pied de saint Roch[32].

[] Agrément par l?Académie

David, Bélisaire demandant l?aumône (1780) Lille, musée des Beaux-arts.
David, Bélisaire demandant l?aumône (1780) Lille, musée des Beaux-arts.
David, La Douleur d?Andromaque (1783) musée du Louvre.
David, La Douleur d?Andromaque (1783) musée du Louvre.

Pompeo Batoni doyen des peintres italiens et un des précurseur du néoclassicisme, tenta sans succès de le convaincre de rester à Rome mais David quitte la ville éternelle le 17 juillet 1780 en emportant avec lui trois ?uvres, le Saint Roch, et deux toiles alors inachevées, Bélisaire demandant l'aumône et le Portrait du comte Stanislas Potocki. Stanislas Potocki est un gentilhomme et esthète polonais qui a traduit Winckelmann, le peintre l?avait rencontré à Rome et il le représente en s?inspirant des portraits équestres d' Antoon Van Dyck.

Il arrive à Paris à la fin de l?année et termine son Bélisaire (Lille, musée des Beaux-arts) tableau de grandes dimensions destiné à l?agrément de l?artiste par l?Académie royale de peinture et de sculpture, seul moyen pour les artistes de l?époque d?obtenir ensuite le droit d?exposer au Salon de l?Académie, suite à la décision du comte d?Angiviller directeur général des Bâtiments du Roi, de limiter l?accès du Salon aux seuls artistes reconnus par l?Académie et à interdire les autres expositions publiques[33]. C?est après avoir vu le tableau sur le même sujet peint pour le cardinal de Bernis par Pierre Peyron ancien concurrent pour le prix de Rome, que David décide de réaliser lui aussi une toile sur le général byzantin déchu. Tous les deux s?inspirent du roman de Marmontel. L??uvre témoigne de sa nouvelle orientation picturale et de son affirmation du style néoclassique. Reçu à l?unanimité, il peut présenter ses trois peintures au Salon de 1781, ainsi que sa grande étude des Funérailles de Patrocle, où elles sont remarquées par la critique, en particulier Diderot qui, paraphrasant Jean Racine dans Bérénice avoue sa fascination pour le Bélisaire « Tous les jours je le vois et crois toujours le voir pour la première fois »[34].

Il épouse, en 1782, Marguerite Charlotte Pécoul, de dix-sept ans plus jeune que lui. Son beau-père, Charles-Pierre Pécoul, est entrepreneur des bâtiments du Roi, et dote sa fille d?une rente de 50 000 livres[35], fournissant à David les moyens financiers pour installer son atelier au Louvre où il dispose aussi d?un logement. Elle lui donnera quatre enfants, dont l?ainé Charles-Louis Jules David qui naîtra l?année suivante.

Il ouvre son atelier où il reçoit des candidatures de la part de jeunes artistes désirant faire leurs apprentissages sous son enseignement. Fabre, Wicar, Girodet, Drouais, Debret sont parmi les premiers élèves de David.

Après l?agrément, David peint en 1783 son « Morceau de réception », La Douleur d?Andromaque (musée du Louvre), sujet qu?il choisit d?après un épisode de l'Iliade et dont le motif est inspiré du décor d?un sarcophage antique, La mort de Méléagre, qu?il avait copié sur ses carnets à Rome[36]. Avec cette ?uvre David est reçu comme membre de l?Académie le 23 aout 1783, et après la confirmation il prête serment entre les mains de Jean-Baptiste Pierre le 6 septembre[37].

[] Chef de file de la nouvelle école de peinture

David, Le Serment des Horaces (1784 achevé en 1785), musée du Louvre.
David, Le Serment des Horaces (1784 achevé en 1785), musée du Louvre.

Depuis 1781, David pensait faire, pour répondre à la commande des bâtiments du roi, une grande peinture d'histoire inspirée du thème du combat des Horaces et des Curiaces et indirectement de la pièce de Pierre Corneille Horace. Mais c?est trois ans plus tard qu?il mène à bien ce projet en choisissant un épisode absent de la pièce Le Serment des Horaces (1785, musée du Louvre) qu?il reprend peut être de l?Histoire romaine de Charles Rollin[38], ou s?inspire d?une toile du peintre britannique Gavin Hamilton Le Serment de Brutus[39]. Grâce à une aide financière de son beau-père, David part pour Rome en octobre 1784, accompagné de son épouse et d?un de ses élève et assistant Jean-Germain Drouais qui concours pour le grand prix de peinture. Il poursuit dans le Palazzo Costanzi la réalisation de son tableau, qu?il avait commencé à Paris.

David ne s?est pas tenu à la dimension de dix pieds sur dix (trois mètres sur trois environ) imposée par les Bâtiments du Roi, mais agrandit la toile, lui donnant une largeur de dix pieds sur treize (3,30m sur 4,25m). Sa désobéissance aux instructions officielles lui vaut une réputation d?artiste rebelle et indépendant[40]. Il prend l?initiative d?exposer sa toile à Rome, avant la présentation officielle au Salon, où elle connaît un grand retentissement dans le milieu des artistes et des archéologues.

Le thème du serment que l?on retrouve dans plusieurs ?uvres comme Le Serment du jeu de paume, La Distribution des aigles, Léonidas aux thermopyles, fut peut être inspiré à David par les rituels de la Franc-maçonnerie. À la suite de l'historien d'art Jacques Brengues, Luc de Nanteuil et Philippe Bordes ont avancé que le peintre aurait été franc-maçon[41],[42],[43]. Ce n?est qu?en 1989 lors du colloque David contre David qu?Albert Boime a pu attester sur la base d' un document daté de 1787 de l?appartenance du peintre à la loge maçonnique de la Modération comme membre affilié[44].

Malgré son succès à Rome, et le soutien du marquis de Bièvre, il doit se contenter d?un mauvais emplacement pour sa toile au salon de 1785, qu?il impute à ses mauvaises relations avec Jean-Baptiste Pierre premier peintre du Roi et directeur de l?Académie Royale de Peinture et de sculpture[45], mais qui en fait est dû au retard pris pour envoyer l??uvre à Paris après l?ouverture du Salon[45]. Cela n?empêche pas Le Serment des Horaces de connaître un grand succès public et critique, et de faire considérer David comme le chef de file de la nouvelle école de peinture[46]que l?on ne nomme pas encore le néoclassicisme[47].

Les succès de David comme artiste établi et reconnu par ses pairs, comme portraitiste de la haute société de son temps et comme professeur, l?exposent cependant, aux jalousies de l?Académie. Le concours de 1786 pour le Prix de Rome est annulé car les artistes candidats sont tous des élèves de son atelier[48], et sa candidature pour le poste de directeur de l?Académie de France à Rome est refusée[49].

David Les Amours de Paris et d'Hélène (1788), musée du Louvre.
David Les Amours de Paris et d'Hélène (1788), musée du Louvre.

Cette même année, en l?absence d?une commande officielle du roi, il satisfait à celle de Charles Michel Trudaine de la Sablière, un aristocrate libéral, seigneur du Plessis-Franc et conseiller au parlement de Paris, en peignant La Mort de Socrate (1787, New York, Metropolitan museum of art), un tableau de demi-figure (1,29 mètre sur 1,96 mètre). Le geste de la main dirigée vers la coupe fut suggéré au peintre, selon le biographe P. A. Coupin, par son ami le poète André Chénier

« Dans l?origine, David avait peint Socrate tenant déjà la coupe que lui présentait le bourreau. - Non! non! - lui dit André Chénier qui mourut également victime de l?injustice des hommes; - Socrate, tout entier aux grandes pensées qu?il exprime, doit étendre la main vers la coupe; mais il ne la saisira que lorsqu?il aura fini de parler[50]. »

Exposée au Salon de 1787 l??uvre se trouve en concurrence avec la version que Peyron présente de la même scène, et qui était commandée par les Bâtiments du roi. De fait, en choisissant sciemment le même sujet David se confronte à nouveau avec son ancien rival du prix de Rome de 1773 et prend sa revanche par le succès qu?il rencontre lors de son exposition[51],[52].

Il peint en 1788 Les Amours de Pâris et d?Hélène (1788, musée du Louvre) pour le comte d?Artois, futur Charles X, qu?il avait commencé deux ans auparavant. C?est la seule commande émanant directement d?un membre de la famille royale; celle d?un portrait de Louis XVI montrant la constitution au dauphin, que le roi lui demande en 1792, ne sera jamais réalisée[53]. L?année 1788 fut troublée par la mort précoce de son élève favori Jean-Germain Drouais, des suites de la petite vérole. À l?annonce de cette nouvelle le peintre écrivit « J?ai perdu mon émulation »[54].

[] Époque révolutionnaire

En 1788 David fait le Portrait d'Antoine-Laurent Lavoisier et de sa femme. Le chimiste Antoine Lavoisier qui est aussi fermier général et occupe à l?époque la fonction d?administrateur des Poudres et salpêtres, a provoqué en août 1789 une émeute à l?arsenal de Paris pour y avoir entreposé de la poudre à canon. Suite à cet incident, l?Académie Royale de Peinture et de sculpture juge plus prudent de ne pas exposer le tableau au Salon de 1789[55].

C?est aussi ce qui faillit arriver pour le tableau Les licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils. D?Angiviller craignant une comparaison entre l?intransigeance du consul Lucius Junius Brutus sacrifiant ses fils qui conspiraient contre la république romaine, et la faiblesse de Louis XVI face aux agissements du comte d?Artois contre le tiers-état, ordonna de ne pas l?exposer alors qu?il s?agissait d?une commande des Bâtiments du roi[56]. Les journaux de l?époque se saisirent de l?affaire, y voyant une censure des autorités[57]. Peu après cette campagne de presse le tableau est exposé au Salon, mais le peintre consent d?enlever les têtes tranchées des fils de Brutus plantés sur des piques qui figuraient initialement sur la toile[58]. Le Brutus connaît une grande popularité auprès du public allant jusqu?à influencer la mode et le mobilier. On adopte des coiffures «à la Brutus», les femmes abandonnent les perruques poudrées et l?ébéniste Jacob réalise des meubles «romains» dessinés par David [59].

David fréquente depuis 1786 le milieu des aristocrates libéraux. Par l?intermédiaire des frères Trudaine il fait la connaissance entre autres de Chénier, Bailly et Condorcet, au salon de Madame de Genlis il rencontre Barère, Barnave et Alexandre de Lameth futurs protagonistes de la Révolution[60]. Deux anciens condisciples nantais rencontrés à Rome, l?architecte Mathurin Crucy et le sculpteur Jacques Lamarie, lui propose de faire une allégorie pour célébrer les événements pré-révolutionnaires qui se sont déroulés à Nantes à la fin de l?année 1788, le projet n?aboutit pas mais affirme la sympathie de David pour la cause révolutionnaire[61]. En septembre 1789 prenant la tête avec Jean-Bernard Restout, des Académiciens dissidents un groupe fondé pour réformer l?institution des Beaux-arts, il demande la fin des privilèges de l?Académie, et notamment le droit aux artistes non agréés de pouvoir exposer au salon[62].

David, dessin pour le Serment du jeu de paume (1791) musée national du château de Versailles et de Trianon.
David, dessin pour le Serment du jeu de paume (1791) musée national du château de Versailles et de Trianon.

En 1790, il entreprend de commémorer le Serment du jeu de paume. Ce projet inspiré à David par Dubois-Crancé et Barère, est la plus ambitieuse réalisation du peintre. L??uvre qui, une fois terminé, devait être le plus grand tableau de David (dix mètres de large sur sept mètres de haut, un peu plus grand que le Sacre) représente les 630 députés présent lors de l?événement. Le projet est d?abord proposé, par son premier secrétaire Dubois-Crancé, à la Société des amis de la constitution, premier nom du Club des Jacobins, dont David vient d?adhérer[63]. Une souscription pour la vente d?une gravure d?après le tableau pour le financement du projet est lancée mais celle-ci ne permet pas de réunir les fonds nécessaires pour l?achèvement de la peinture.

En 1791 Barère proposa à l?Assemblée Constituante de prendre la suite du financement du Serment, mais malgré le succès de l?exposition du dessin au Salon de 1791 le tableau ne fut jamais achevé, David abandonnant définitivement le projet en 1801. Selon les biographes les causes sont multiples, d?abord financières, la souscription est un échec, une somme de 6 624 livres est réunie au lieu des 72 000 livres prévues[64],[65], ensuite pour des raisons politiques, l?évolution des événements fait que parmi les personnages du groupe principal, Barnave, Bailly et Mirabeau (mort en avril 1791) sont discrédités par les patriotes pour leurs modérantismes et leurs rapprochements avec Louis XVI[66], et pour des raisons esthétiques, David n?étant pas satisfait de la représentation de costumes modernes dans un style antique[67].

Tout en poursuivant son activité artistique, il entre en politique, en prenant la tête en 1790 de la Commune des arts, issue du mouvement des Académiciens dissidents. Il obtient en 1790 la fin du contrôle du Salon par l?Académie Royale de Peinture et de Sculpture et participe comme commissaire adjoint au premier « Salon de la liberté » qui ouvre le 21 août 1791. En septembre 1790 il milite auprès de l?Assemblée pour la suppression de toutes les Académies. La décision n?est entérinée par un décret soutenu par le peintre et l?abbé Grégoire que le 8 août 1793, entre temps il fait aussi supprimer le poste de directeur de l?Académie de France à Rome[68].

Le 11 juillet 1791 a lieu le transfert des cendres de Voltaire au Panthéon, des doutes subsistent quant au rôle de David dans son organisation. Il semble en fait n?avoir été qu?un conseiller et ne pas avoir pris une part active à la cérémonie[69].

[] Peintre et conventionnel

Dès août 1790, Charlotte David, en désaccord avec les opinions de son mari, engage leur séparation et se retire un temps dans un couvent. Le 17 juillet 1791 David fait partie des signataires de la pétition demandant la déchéance de Louis XVI réunis au Champ de Mars juste avant la fusillade, il fait à cette occasion la connaissance du futur ministre de l'intérieur Roland[70]. En septembre de la même année il tente sans succès de se faire élire comme député à l'Assemblée législative[71]. Son activité artistique se fait moins présente : s' il trouve le temps de faire son deuxième autoportrait dit Autoportrait aux trois collets (1791 Florence, Galerie des Offices), il laisse inachevés plusieurs portraits dont ceux de Madame Pastoret et Madame Trudaine.

En 1792, ses positions politiques se radicalisent : le 15 avril, il organise sa première fête révolutionnaire en l'honneur des gardes suisses de Chateauvieux qui s?étaient mutinés dans leur garnison de Nancy. Son soutien à cette cause provoque la rupture définitive avec ses anciennes relations libérales, notamment André Chénier et Madame de Genlis.

Le 17 septembre 1792 il est élu 20e député de Paris à la Convention nationale avec 450 voix aux élections du second degré[72], et le soutien de Jean-Paul Marat qui le classe parmi les «excellents patriotes»[73]. Représentant du peuple à la section du muséum, il siège avec le parti de la Montagne.

Peu après le 13 octobre, il est nommé au Comité d'instruction publique et à ce titre, est chargé de l'organisation des fêtes civiques et révolutionnaires, ainsi que de la propagande. Au Comité, de 1792 à 1794, il s'occupe de l'administration des arts, qui s'ajoute à son combat contre l'Académie. Également membre de la Commission des monuments, il propose l'établissement d'un inventaire de tous les trésors nationaux et joue un rôle actif dans la réorganisation du Muséum des Arts. Il conçoit au début de l'année 1794 un programme d'embellissement de Paris et fait installer les chevaux de Marly de Guillaume Coustou à l'entrée des Champs Élysées[74].

Du 16 au 19 janvier 1793 (27 au 30 nivôse an I) il vote pour la mort du roi Louis XVI, ce qui provoque la procédure de divorce intentée par son épouse. Le 20 janvier le conventionnel Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau est assassiné pour avoir, lui aussi, voté la mort du roi. David est chargé par Barère de la cérémonie funéraire et fait exposer le corps place des Piques[75]. Il représente ensuite le député sur son lit de mort dans un tableau exposé à la Convention. Cette ?uvre qui est ensuite récupérée par le peintre en 1795, a probablement été détruite en 1826 par la fille du conventionnel assassiné[76]. Elle reste connue par un dessin de son élève Anatole Desvoge, et une gravure de Pierre-Alexandre Tardieu.

À l'annonce de l'assassinat de Marat le 13 juillet 1793, la Convention, par la voix de l'orateur François Élie Guirault porte-parole de la Section du Contrat-Social, commande à David de faire pour Marat ce qu'il avait fait pour Lepeletier. Proche relation du conventionnel, David avait fait partie des derniers députés à l'avoir vu vivant la veille de l'assassinat[77]. Il peint, avec Marat assassiné (1793), un de ses tableaux les plus célèbres et emblématiques de sa période révolutionnaire, exposant l'assassinat dans sa crudité. Il s'occupe aussi des funérailles en organisant le 16 juillet une cérémonie quasi-religieuse dans l'église des Cordeliers précédée par un cortège funèbre[78]. En octobre 1793, David annonce l'achèvement de sa toile. De novembre 1793, jusqu'à février 1795, les tableaux de Lepeletier et Marat vont siéger dans la salle des séances de la Convention.

Avec La Mort du jeune Barra David fait son troisième et dernier tableau sur le thème du martyr révolutionnaire, en prenant cette fois comme exemple le cas d'un jeune tambour de treize ans Joseph Barra, tué lors de la guerre de Vendée pour avoir, selon la légende, refusé de crier « Vive le Roi ». Il était aussi chargé d'une célébration révolutionnaire pour sa panthéonisation et celle de Viala, mais les évènements du 9 thermidor date de la chute de Robespierre font abandonner le projet[79].

David avait aussi envisagé de célébrer un autre héros, le général marquis de Dampierre, dont il a fait quelques croquis préparatoires à une toile qui ne sera pas réalisée, le projet fut peut être interrompu à l'annonce de l'assassinat de Marat[80].

Attribué à David,  Marie-Antoinette conduite à l'échafaud dessin fait d'après nature de la fenêtre de l'immeuble de Julien par David en 1793 ( Louvre cabinet des dessins, ancienne collection Rothschild ).
Attribué à David, Marie-Antoinette conduite à l'échafaud dessin fait d'après nature de la fenêtre de l'immeuble de Julien par David en 1793 ( Louvre cabinet des dessins, ancienne collection Rothschild ).

À partir de la seconde moitié de l'année 1793 David occupe plusieurs postes à responsabilité politique, en juin il est nommé président du club des jacobins, le mois suivant il est secrétaire de la Convention. Il prend une part active dans la politique de la Terreur en devenant le 14 septembre 1793 membre du Comité de sûreté générale et président de la section des interrogatoires[81]. À ce titre il contresigne environ trois cents mandats d'arrestation, et une cinquantaine d'arrêtés traduisant les suspects devant le tribunal révolutionnaire. Il présida le comité lors de la mise en accusation de Fabre d'Églantine[82], et co-signa l'arrestation du général Alexandre de Beauharnais[83], et dans le cadre du procès de Marie Antoinette, il participe comme témoin à l'interrogatoire du Dauphin, et fait peu après un célèbre dessin de la reine déchue alors qu'elle est conduite vers l'échafaud. Il n' empêche pas l'exécution d'anciens amis ou commanditaires comme les frères Trudaines, Lavoisier, la duchesse de Noaille pour qui il avait peint un Christ en Croix ou André Chénier. Carle Vernet lui imputa la responsabilité de l'exécution de sa s?ur Marguerite Émilie Vernet qui avait épousé l'architecte Chalgrin[84]. Cependant il protége Dominique Vivant Denon en le faisant rayer de la liste des émigrés et en lui procurant un poste de graveur[85], appuit la nomination de Jean-Honoré Fragonard au conservatoire du Muséum des Arts, et aide son élève Antoine Jean Gros dont les opinions royalistes pouvaient en faire un suspect, en lui donnant les moyens de partir en Italie. En 1794 David est nommé président de la Convention, fonction qu'il occupe du 5 au 21 janvier (16 nivôse au 2 pluviôse an II).

Pierre-Antoine Demachy Fête de l?Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794). Paris, Musée Carnavalet.
Pierre-Antoine Demachy Fête de l?Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794). Paris, Musée Carnavalet.

Comme ordonnateur des fêtes et cérémonies révolutionnaires, il conçoit avec l'aide de l'architecte Hubert, du menuisier Duplay (qui est aussi le logeur de Robespierre), du poête Marie-Joseph Chénier frère d'André Chénier et du compositeur Méhul, la fête de la réunion du 10 août, la translation des cendres de Marat au Panthéon (qui ne sera organisé qu'après la chute de Robespierre), la fête de la reprise de Toulon, et l'année suivante le 8 juin il organise la cérémonie de l'Être suprême dont il dessine les chars du cortège et les éléments de la cérémonie. Il fait aussi des caricatures de propagande pour le Comité de salut public, et dessine les projets de costumes pour les représentants du peuple.

[] Pendant le Directoire

Portrait de Jeanbon Saint-André dessiné par David lors de son emprisonnement (1795 Chicago, The Art Institute of Chicago).
Portrait de Jeanbon Saint-André dessiné par David lors de son emprisonnement (1795 Chicago, The Art Institute of Chicago).
David, portrait d'Émilie Sériziat et de son fils (1795, Paris, musée du Louvre).
David, portrait d'Émilie Sériziat et de son fils (1795, Paris, musée du Louvre).

Le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), Robespierre est mis en difficulté par les députés de la Convention pour avoir refusé de nommer les membres des comités qu'il accuse de conspiration. Lors de cette séance David déclare publiquement son soutien à l'incorruptible quand celui-ci prononce comme défense la phrase « s'il faut succomber, eh bien ! mes amis, vous me verrez boire la ciguë avec calme », en lui répondant « je la boirai avec toi »[86]. Le 9 thermidor jour de la chute de Robespierre, David est absent de la convention pour des raisons de santé selon ses propres dires, étant malade, il avait pris un émétique. Mais Barère dans ses mémoires, affirme l'avoir prévenu de ne pas se rendre à l'assemblée : « ne viens pas, tu n'es pas un homme politique »[87]. Par son absence il échappe ainsi à la première vague d'arrestations qui entraîne les partisans de Robespierre dans sa chute.

Le 13 thermidor à la Convention, David est sommé par André Dumont, Goupilleau et Lecointre, d'expliquer son soutien à Robespierre ainsi que son absence à la séance du 9 thermidor. Celui-ci tente maladroitement, selon le témoignage de Delécluze[88] de se défendre et de renier son passé robespierriste. Lors de cette séance il est exclu du Comité de sûreté générale, ce qui marque la fin de ses activités politiques. Décrété d'accusation le 15 du même mois en même temps que Joseph Le Bon, son arrestation déclenche la réaction contre les terroristes[89]. David est emprisonné à l'ancien Hôtel des Fermes générales, puis le 29 fructidor il est transféré au Luxembourg, mais on lui permet de disposer de son matériel de peinture durant son incarcération[90]. Le 10 frimaire (30 novembre 1794) ses élèves se mobilisent et avec le soutien de Boissy d'Anglas, font une pétition pour demander sa libération[91]. Entre temps, Charlotte Pécoul, pourtant divorcée, apprenant son arrestation, revient auprès de son ancien époux, le remariage sera prononcé le 10 novembre 1796. Le 28 décembre, aprés l'examen par les trois comités (salut public, sûreté générale et instruction publique) des pièces d'accusation de Lecointre contre David, Barère, Billaud-Varenne, Vadier et Collot d'Herbois, constatant l'insuffisance de charges, le non-lieu et la mise en liberté du peintre sont décrétés.

David se retire en banlieu parisienne, à Saint-Ouen dans la maison de son beau-frère Charles Sériziat. Mais à la suite des émeutes de prairial, et d'une nouvelle mise en accusation émanant de la Section du Muséum[90], il est à nouveau arrêté et emprisonné le 11 prairial (29 mai 1795) au Collège des Quatre-Nations (son ancienne école devenue alors maison d'arrêt). A la demande de Charlotte David, il est transféré et mis sous surveillance à Saint-Ouen, avant de bénéficier le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795) de l'amnistie politique des faits relatifs à la Révolution, qui marque la séparation de la Convention.

Durant son emprisonnement, David peint l'Autoportrait du Louvre (1794), et revient à la peinture d?histoire classique en concevant le projet d?un Homère récitant ses vers aux Grecs, qui n?aboutira pas et n'est connu seulement que par un dessin au crayon et lavis (1794, Paris, musée du Louvre, cabinet des dessins), il fait aussi une première esquisse inspirée par le thème des Sabines, et peint de la fenêtre de sa cellule du Luxembourg un paysage, dont les historiens d'art pensent avec réserves, qu?il s?agit de celui exposé au Louvre[92]. Durant son second emprisonnement il fait les portraits de conventionnels qui sont, comme lui, emprisonnés, notamment celui de Jeanbon Saint-André (1795, Chicago, The Chicago art Institute ).

David, Les Sabines (1799, Paris musée du Louvre).
David, Les Sabines (1799, Paris musée du Louvre).

Peu après son amnistie, il accepte d?être membre de l'Institut nouvellement créé par le Directoire, dans la section peinture de la Classe de littérature et Beaux-arts. En octobre 1795 il revient au Salon où il n?avait pas exposé depuis 1791, avec deux portraits des membres de la famille Sériziat réalisé lors de ses séjours à Saint-Ouen dans la résidence familiale. Il peint cette meme année, les portraits de Gaspar Mayer et Jacobus Blauw, les deux diplomates chargés de faire reconnaitre par la France la jeune République Batave.

Mais son activité sous le Directoire sera principalement accaparée par la réalisation de Les Sabines qu?il peint de 1795 à 1798, et dans lequel sont symbolisés les rivalités fratricides des factions révolutionnaires et les vertus de la concorde. En revendiquant le retour au « grec pur »[93], ce tableau représente une évolution dans son style par le choix considéré à l'époque comme audacieux de représenter les héros principaux nus, ce qu'il justifie par une notice qui accompagne l'exposition de l'?uvre Notes sur la nudité de mes héros[94]. Cet exemple est suivi et radicalisé par une faction de ses élèves qui se constituent autours de Pierre-Maurice Quays sous le nom des « Barbus », ou « groupe des primitifs », qui prônent un retour encore plus extrême au modèle grec, au point d?entrer en dissidence et de s?opposer à leur maître, lui reprochant le caractère insuffisamment archaïque du tableau. David finit par renvoyer les meneurs du groupe Pierre-Maurice Quays et Jean-Pierre Franque son assistant pour Les Sabines qu?il remplace par Jérôme-Martin Langlois. Un autre élève collabore à sa réalisation Jean-Auguste Dominique Ingres nouvellement entré à l?atelier en 1797.

La présentation des Sabines est pour David l?occasion d?innover. Refusant de participer au Salon de peinture, et s?inspirant de l?exemple des peintres américains Benjamin West et John Singleton Copley, il organise une exposition payante de l??uvre dans l?ancienne salle de l?Académie d?architecture prêtée par l?administration du Louvre. Il installe en face du tableau un miroir où par un effet d'optique, les visiteurs peuvent se croire intégrés dans l??uvre[95]. À cause du retentissement dû à la nudité des personnages et à la rumeur que les s?urs de Bellegarde, célèbres dans la société du Directoire[96], ont posé comme modèles, et la controverse liée à son caractère payant, l?exposition qui se déroule jusqu?en 1805, a un grand succès, attirant près de 50 000 visiteurs, et rapportant 66 627 francs ce qui perm