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Jacques callot. sa vie, son oeuvre et ses continua

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Le Pays lorrain n° 6 / Juin 1935. Spécial Jacques Callot

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Jacques Callot

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Jacques Callot

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Naissance 1592
à Nancy
Décès 24 mars 1635
à Nancy
Nationalité Lorrain
Activité(s) graveur, dessinateur
Formation A Rome, puis à Florence
Maître Philippe Thomassin, Antonio Tempesta, Giulio Parigi
Mouvement artistique Eau-forte
?uvres réputées Les Grandes Misères de la Guerre, La Foire de l'Impruneta, Les Gueux, Vues de Paris, Les Bohémiens, Les Supplices
Mécènes Cosme II de Médicis
Illustration : Portrait de Jacques Callot, d'après Van Dyck

Jacques Callot, né à Nancy en 1592[1] et mort dans la même ville le 24[2] mars 1635, est un dessinateur et graveur lorrain. Il fut indiscutablement l'un des plus grands maîtres de l'eau-forte, et celui qui réalisa les grandes innovations qui permirent le plein développement de cet art.

Sommaire

[] Biographie

Ses parents étaient Jean Callot, issu d'une famille originaire de Bourgogne, gentilhomme, premier héraut d'armes de Lorraine, et Renée Brunebault, son épouse, qui eurent huit enfants, six garçons et deux filles. Jacques Callot était le second des six fils[3].

Son grand-père paternel, Claude, avait épousé une petite-nièce de la Pucelle d'Orléans, et avait été anobli par le duc Charles III de Lorraine, par lettres de noblesse datées de l'avant-dernier jour de Juillet 1584, pour « services fidelz et aggréables que par l'espace de vingt deux ans et plus Il nous a faict »[4], et dit Félibien, en particulier « pour une occasion où il donna des marques de sa fidélité et de son courage[5] ».

[] Une irrésistible vocation

Jacques Callot : Les Bohémiens - La halte (fac-simile)
Jacques Callot : Les Bohémiens - La halte (fac-simile)

La passion de Callot pour le dessin est très précoce, nourrie par la fréquentation des artistes locaux : Jacques Bellange, auréolé par son séjour en Italie, Demenge Croq, l'orfèvre et graveur chez qui il sera plus tard apprenti, et surtout, le père de son ami Israël Henriet, qui donnait des cours de dessin à son fils, ce dont Callot bénéficiait sans doute.
Arsène Houssaye imagine le jeune Callot, âgé d'à peine douze ans, et dessinant déjà tout ce que lui inspiraient les rues de Nancy : soldats fanfarons, mendiants, pèlerins, saltimbanques, montreurs d'ours, Gilles, pierrots et autres figures bouffonnes...
Entraîné vers les arts par une passion que sa famille contrariait, il s'échappa, pour la satisfaire, de la maison paternelle. Les lettres de son grand ami Israël Henriet, plus âgé que lui de quelques années, et parti étudier l'art à Rome, furent pour lui d'irrésistibles incitations à s'en aller découvrir les beautés de la Ville Éternelle.
Selon l'historien André Félibien[6], il s'enfuit de chez lui une première fois, à peine âgé de douze ans, pour gagner Rome à pied, en se joignant à une troupe de Bohémiens, qu'il accompagnera jusqu'à Florence. Le souvenir de cet épisode a sans doute été à l'origine de la jolie petite suite de quatre planches, Les Bohémiens, qu'il gravera en 1623-1624.
A Florence, il rencontre le graveur Remiglio Canta-Gallina, chez qui il aurait travaillé très brièvement, avant que de continuer son chemin vers Rome. Arrivé finalement à Rome, il est reconnu par des marchands nancéiens amis de sa famille, qui le reconduisent à Nancy. Son père l'oblige à reprendre ses études.

A quatorze ans, toujours selon Félibien, « comme il n'avoit nulle inclination aux Lettres », il fait à nouveau une fugue vers l'Italie. Là, il est retrouvé à Turin[7] par son frère aîné Jean, qui le reconduit en Lorraine.
On peut certes douter quelque peu de la totale exactitude de ces deux belles aventures, mais c'est en tout cas ainsi qu'elles furent rapportées de première main à Félibien, par des proches de Callot[8].

Quoi qu'il en soit, après ces deux fugues, il est mis en apprentissage par son père chez Demenge Croq, orfèvre-graveur et maître des monnaies du duc de Lorraine, dont il avait d'ailleurs déjà fréquenté bien souvent l'atelier. Le contrat d'apprentissage de Jacques Callot, signé le 16 janvier 1607[9], était en théorie pour quatre ans consécutifs, pour qu'il apprenne le métier d'orfèvre. Même si c'est alors qu'il réalisa ses premières gravures (un portrait de Charles III de Lorraine, notamment), cela ne faisait guère l'affaire du jeune Callot, qui ne devait jamais aller au bout de cet apprentissage de quatre ans.

Ce n'est que plus tard, lorsqu'il eut seize ans, que son père accepta finalement de reconnaître la vocation de son fils, en l'envoyant étudier les techniques de la gravure en Italie. Jacques Callot partit alors pour l'Italie, en se joignant, dit-on, le 1er décembre 1608, à l'ambassade de Lorraine qui partait à ce moment pour Rome annoncer au Pape l'avènement d'Henri II au trône de Lorraine, suite au décès de Charles III[10].

[] Apprenti à Rome

C'est donc ainsi qu'il arrive finalement en Italie, pour s'établir à Rome (sans doute au tout début de l'année 1609), où il va retrouver son ami Israël Henriet.
Après, semble-t-il, une première brêve rencontre avec Antonio Tempesta, aquafortiste florentin fort admiré à Rome, il entre à l'atelier du graveur champenois Philippe Thomassin, chez qui il va apprendre l'art de la gravure au burin. Les premiers travaux que son maître va lui confier seront des copies, ce qui constituera une bonne formation. C'est pendant cette période qu'il grave au burin une partie de la série des douze Mois, 3 planches des Saisons, ainsi que bon nombre de copies d'oeuvres religieuses.
Vers la fin de 1611, il quitte Rome pour Florence, où la réputation de Giulio Parigi l'attire.

[] Artiste reconnu à Florence

A la fin de 1611 ou au tout début de 1612, il arrive à Florence, où les Médicis protègent et encouragent les artistes et les savants (dont Galilée).
Après avoir été agréé par Cosme II de Médicis, il rencontre l'ingénieur-architecte-graveur Giulio Parigi, dans l'atelier duquel il entre.
Mais on préparait alors à Florence la publication d'une pompe funêbre de la reine d'Espagne, Marie-Marguerite d'Autriche, femme de Philippe III d'Espagne, morte à la fin de l'année 1611. Cosme II de Médicis, son beau-frère, confia à Tempesta, l'aquafortiste, la réalisation des 29 planches qui devait composer l'oeuvre. Surchargé par la commande, Tempesta va alors charger Callot de graver 15 de ses dessins, ce qui sera là son premier travail à l'eau-forte.

Puis, après encore près de deux ans encore passés chez Giulio Parigi à dessiner ou à graver différentes oeuvres, il se trouva que ce dernier, en 1615, se vit charger par Cosme II d'organiser de magnifiques fêtes en l'honneur du prince d'Urbino. Giulio Parigi demanda alors à Callot de graver un certain nombre de grandes d'eaux-fortes pour conserver le souvenir de ces fêtes somptueuses.
Ce fut pour Callot l'occasion de développer encore son talent. Sa carrière était véritablement lancée, et allait se poursuivre avec la réalisation des Caprices.

En 1616 ou 1617[11], pense-t-on, il découvre le vernis dur des luthiers florentins, qui va totalement changer les possibilités de l'eau-forte par rapport au vernis mol utilisé jusque là.

C'est à la fin de son séjour à Florence, après de nombreux succès, qu'il réalise l'une de ses eaux-fortes les plus grandes et les plus connues, La Foire de l'Impruneta.

[] Retour en Lorraine

En 1621, à la mort du grand-duc Cosme II de Médicis, il répond au désir de Charles de Lorraine de le voir revenir dans son pays, et rentre en Lorraine, où il reçoit un accueil flatteur. Après une douzaine d'années passées en Italie, c'est désormais en Lorraine qu'il vivra, ne quittant plus son pays que pour des voyages n'excédant guère six mois ou un an.
Il donne alors libre cours à son génie créatif : il édite les séries pittoresques fondées sur ses souvenirs d'Italie que sont Les Balli et Les Gobbi, ainsi que l'admirable série Les Gueux.
Dès cette période, il travaille sur l'immense série de planches (quatre-cent quatre-vingt-dix au total) que constitue le Livre des Saints, et qui ne seront publiées qu'après sa mort.

C'est aussi de cette période que date sa petite suite Les Bohémiens, ainsi que La Foire de Gondreville, pendant français de La Foire de l'Impruneta. Il travaille aussi longuement à cette époque sur la gravure des Supplices, où s'exprimera pleinement son éblouissante virtuosité.

Il épousa ensuite Catherine Kuttinger (en Novembre ou Décembre 1623[12],[13]), fille de l'échevin en justice de la petite ville lorraine de Marsal, et avec qui il n'eut pas d'enfant.

[] Séjour aux Pays-Bas

Jacques Callot : Une planche du Siège de Bréda
Jacques Callot : Une planche du Siège de Bréda

En 1625, il reçoit une importante commande de l'infante Isabelle-Claire-Eugénie, fille de Philippe II, et gouvernante des Pays-Bas : celle-ci souhaite en effet qu'il immortalise le siège de Breda, suite à la reddition de la ville, après le siège de près d'un an mené par le marquis de Spinola.
Dès 1625 (probablement au mois d'Octobre, selon Édouard Meaume), Jacques Callot se rend à Bruxelles à la demande de l'infante, et dresse les croquis sur site nécessaires à l'exécution de la commande qu'il avait reçu.
Pendant son séjour aux Pays-Bas, il rencontre Antoine Van Dyck, qui fait son portrait, à Bruxelles même, ou à Anvers. Ce portrait sera ensuite copié par deux graveurs, Vosterman et Esme de Boulonois.
C'est sans doute également pendant ce séjour aux Pays-Bas que Callot dessine les deux vues qu'il grave de Bruxelles.

On pense qu'il rentra après cela en Lorraine, dès 1626. C'est à Nancy qu'il grava les planches du Siège de Breda. Celles-ci seront éditées en 1628.

[] Voyage à Paris, puis retour en Lorraine

Jacques Callot : Les grandes misères de la guerre - L'arbre aux pendus (1633)À la fin ces voleurs infâmes et perdusComme fruits malheureux à cet arbre pendusMontrent bien que le crime horrible et noire engeanceEst lui-même instrument de honte et de vengeanceEt que c'est le destin des hommes vicieuxD'éprouver tôt ou tard la justice des cieux.
Jacques Callot : Les grandes misères de la guerre - L'arbre aux pendus (1633)
À la fin ces voleurs infâmes et perdus
Comme fruits malheureux à cet arbre pendus
Montrent bien que le crime horrible et noire engeance
Est lui-même instrument de honte et de vengeance
Et que c'est le destin des hommes vicieux
D'éprouver tôt ou tard la justice des cieux.

Les six planches du Siège de Breda exécutées pour le compte de l'infante Isabelle connurent un grand succès, qui valut à Callot d'être approché par la cour du Roi de France après la chute de La Rochelle.

Il vient alors à Paris, dans les premiers mois de l'année 1629, où il est décidé de lui confier non seulement la commande de six planches représentant le siège de La Rochelle, mais aussi six autres planches sur l'attaque du fort de Saint-Martin de l'île de Ré, à exécuter dans le style du Siège de Breda. Il grave ces douze planches à Paris, où il retrouve son ami Israël Henriet, mais où il ne séjourne guère plus d'un an, semble-t-il, quittant la capitale française avant même l'édition des planches des deux Sièges commandés.

Il regagne Nancy en 1630. Après la prise de Nancy, sa patrie, par Louis XIII, le 25 Septembre 1633, il refuse de consacrer par son art le souvenir de cette conquête, déclarant, dit-on : « Je me couperais plutôt le pouce ! ». Lorsqu'on lui rapportera ce refus, Louis XIII déclarera simplement : « Monsieur de Lorraine est bien heureux d'avoir des sujets si fidèles et affectionnés »[14], et offrira même une pension de mille écus à Callot pour l'attirer en France, et pour l'attacher à son service, ce que Callot refusera[15].

Bien loin de chanter les louanges du Roi de France, Jacques Callot grave alors son chef-d'oeuvre le plus connu, la suite Les Grandes Misères de la Guerre. Plus tard, alors qu'il s'apprête à quitter la Lorraine pour emmener sa famille en Italie, à Florence, le cancer de l'estomac dont il souffrait déjà depuis 1630 ou 1631[16] s'aggrave, et il décède en 1635.

[] Oeuvres

[] Principaux thèmes abordés

Son ?uvre comprend de l'ordre de 1400 gravures environ, abordant des thèmes divers :

  • Sujets religieux, quantitativement une part très importante de son oeuvre. Ils comprennent des sujets de l'Histoire Sainte, des Passions, des scènes du Nouveau Testament, des miracles divers, Le livre des Saints, etc.
  • Oeuvres historiques, portraits, scènes de guerre : Les Sièges, portraits de Cosme II, de Louis XIII, Principaux faits du règne du grand-duc Ferdinand Ier de Médicis, Les (petites et grandes) misères de la guerre, des combats de galères florentines, des oeuvres de circonstances (funérailles, généalogies...), etc.
  • Fêtes et foires : Foire de l'Impruneta, Foire de Gondreville, Fêtes à Florence...
  • Séries de personnages pittoresques : Les Balli, Les Gobbi, Les Gueux, Les Bohêmiens...
  • Paysages : Les deux Grandes vues de Paris, la petite vue de Paris (Marché aux esclaves), Les quatre paysages, Les saisons, Les mois ...
  • Divers : Les supplices, Les caprices...

Par ailleurs, si l'on ne connait pas de peintures de Jacques Callot, il a sans doute exécuté plus de 2000 dessins tout au long de sa vie, dont un grand nombre nous reste encore aujourd'hui : La Galeries des Offices à Florence en conserve par exemple trois cent trente (fonds Medicis), et le Louvre, cent soixante-dix[17].

[] Détail de quelques oeuvres marquantes

Jacques Callot : Les Gueux - Le Mendiant à la jambe de bois (1622)
Jacques Callot : Les Gueux - Le Mendiant à la jambe de bois (1622)
Jacques Callot : La Tentation de Saint-Antoine, 2e version, 1634
Jacques Callot : La Tentation de Saint-Antoine, 2e version, 1634

Revenons plus en détail[18] sur quelques oeuvres qui vont ponctuer sa carrière de graveur et son évolution artistique[19] :

  • 1612 : Pompe funèbre de la Reine d'Espagne. Il s'agit des 15 planches de 18 x 13 cm environ confiées à Callot par Tempesta, et qui furent ses premières eaux-fortes.
  • 1615-1620 : Principaux faits du règne du grand-duc Ferdinand Ier de Medicis. C'est une série de seize planches (dont 15 au burin), qui marque le sommet de son oeuvre de buriniste, mais aussi le moment où il va revenir définitivement à l'eau-forte, plus proche de sa sensibilité, et plus rapide à exécuter.
  • 1617 : Les caprices. Il s'agit d'une cinquantaine de planches, de 8 x 6 cm environ, que Callot, sur les conseils de son maître Parigi, dédia au frère du Grand Duc, Laurent de Médicis.
  • 1618 : Le massacre des Innocents. Il s'agit d'une planche de 13 x 10 cm environ, gravée deux fois par Callot, une première fois à Florence, puis une seconde fois à Nancy, car il n'avait sans doute plus la plaque à sa disposition.
  • 1619 : La grande chasse. Il s'agit d'une eau-forte de 46 x 20 cm environ (NB : toutes les dimensions indiquées dans cet article le sont marge comprise), particulièrement intéressante par l'étagement des différents plans, l'arrière plan ne luttant jamais avec les premiers plans, grâce à la morsure plus profonde du trait de ceux-ci.
  • 1620 : La foire de l'Impruneta. C'est le chef-d'oeuvre de sa période florentine. C'est une très grande eau-forte, de 67 x 42 cm environ, particulièrement notable par le nombre extraordinaire de personnages (plus de mille, auxquels il faut ajouter, dit-on, 45 chevaux, 65 ânes, et 137 chiens).
    Il existe au sujet de cette planche une anecdote étonnante, et sans doute authentique, selon laquelle, après avoir trempé la planche dans l'eau-forte et enlevé le vernis, Callot, mécontent de la présence de zones vides dans l'image, la compléta séance tenante, à main levée, et sans aucun dessin préparatoire[20] !
  • 1620-1622 : Les Balli (ou Balli di sfessania, du nom napolitain d'une danse populaire), série de 24 planche (dont la planche de titre) de 10 x 7 cm environ, et décrivant des personnages inspirés de la Commedia dell'Arte.
  • 1620-1622 : Les Gobbi, série de 21 planches (dont la planche de titre), de 9 x 6 cm environ, gravés sur la base de dessins réalisés à Florence en 1616, et inspirés des bossus que l'on choisissait pour distraire le grand-duc Cosme II de Medicis.
  • 1622 : Les Gueux (ou Baroni). Callot est rentré à Nancy, où il grave cette remarquable série de 25 planches (dont la planche de titre), de 14 x 9 cm environ, représentant des personnages très vivants, qui démontrent pleinement les vertus de la « taille unique ».
  • 1623-1624 : Les Bohêmiens. Belle série de quatre eaux-fortes de 24 x 12 cm environ, où il est possible de voir le souvenir du voyage vers l'Italie de Callot, en compagnie d'une troupe de bohémiens.
  • 1627 : Le combat à la barrière. Série de 11 planches (dont une de titre). Huit de ces planches font 24 x 15 cm, trois sont plus petites (dont le titre).
  • 1628 : Le siège de Breda. Série de 6 planches destinées à être assemblées, de 54 ou 65 cm (selon les planches) x 48 cm environ. Réalisée selon la commande passée en 1625 par l'infante Isabelle, fille de Philippe II, roi d'Espagne.
  • 1629, date de la commande (édités en 1631 : Le siège du fort de Saint-Martin dans l'île de Ré, ainsi que Le siège de La Rochelle. Ces deux grandes oeuvres ont fait l'objet de commandes de la Cour. Pour chacune de ces oeuvres, il s'agit d'un ensemble de 6 planches (de 57 x 44 cm environ pour le Siège de l'Ile de Ré, de 56 x 45 cm environ, dans le cas du Siège de la Rochelle). Tout comme le Siège de Breda, il s'agit de planches destinées à être assemblées, et non regardées séparemment.
  • 1629 : Le passage de la mer Rouge, planche de 25 x 13 cm environ.
  • 1629 ?: Le marché d'esclaves. Belle eau-forte, de 22 x 11 cm environ, décrivant un marché d'esclaves imaginaire sur fond de décor parisien. Le véritable titre de cette eau-forte étant en réalité La petite vue de Paris.
  • 1631 : La Tour de Nesle : C'est une eau-forte de 34 x 17 cm environ, très belle réussite par sa composition et l'étagement des différents plans. C'est l'une des deux Grandes Vues de Paris, dont le nom exact est Vue du Pont-Neuf, de la Tour, et de l'ancienne Porte de Nesle. L'autre grande vue de Paris, représentant le même endroit vu dans l'autre sens, se nomme Vue du Louvre.
  • 1632 (édité en 1635) : Les petites misères de la guerre. Il s'agit de 7 planches (dont la planche de titre) de 11 x 5 cm environ.
  • 1632 (édité en 1633) : Les grandes misères de la guerre. C'est une série de 18 planches (dont la planche de titre), de 18 x 8 cm environ, sans doute la plus connue de toute l'oeuvre de Callot, qui démontre à la fois son talent, et son engagement politique, puisque les scènes décrites apparaissent en pratique comme une condamnation de l'invasion de la Lorraine par Louis XIII, et de la Guerre de Trente Ans de manière plus générale [21].
  • 1634 : Les supplices. Planche de 22 x 11 cm environ, représentant six supplices (le bûcher, la roue, la potence, l'estrapade, la marque et la fustigation), une des oeuvres les plus connues de Callot, intéressante par le grouillement des scènes et des personnages sur la planche.
  • 1634 : La tentation de Saint-Antoine. Dans cette eau-forte de 46 x 36 cm environ, Callot traite ce sujet pour la seconde fois, avec plus de maturité, et en pleine possession de son art. La première version avait été faite à Florence, en 1617, et était donc une oeuvre de jeunesse.
  • 1636 (date de l'édition) : Le livre des Saints, immense série de 490 planches (probablement commencée dès 1625 cependant, selon Félibien et Meaume), qui ne paraîtront qu'après sa mort.

[] Sort des cuivres de Callot

De nombreuses planches de cuivre gravées par Callot existent encore aujourd'hui. Il ne conserva pas les cuivres qu'il avait gravés à Florence lorsqu'il quitta la ville, ce qui l'amena par la suite à regraver une certain nombre de ces planches (La foire de l'Impruneta, ou La tentation de Saint-Antoine).
La grandes majorité des autres se trouvait chez Israël Henriet (1590-1661), son éditeur, lorsqu'il mourut.
Ces planches furent ensuite partagées entre les neveux d'Henriet; Israël Sylvestre (1621-1691), neveu et filleul du précédent, ajouta à sa part d'héritage celle de Jean Callot, le frère aîné de Jacques, ainsi qu'un lot racheté à la veuve de Callot, Catherine Kuttinger. Le tout passa ensuite à son gendre, M. de Logny, puis fut vendu à Fagnani. Ce marchand avait alors à l'époque 568 cuivres en sa possession, qu'il continuait à imprimer. Après de multiples péripéties, 384 de ces cuivres furent finalement légués, en 1921, au Musée Lorrain[22].
En juillet 2007, le Musée Lorrain de Nancy disait détenir « 316 plaques de cuivre gravées par l'artiste, soit la presque totalité de celles connues à ce jour ».

[] Apports techniques et stylistiques

[] Innovations techniques

Jacques Callot : Les Gobbi - Le joueur de violon
Jacques Callot : Les Gobbi - Le joueur de violon

Il apporta à la technique de l'eau-forte de nombreuses innovations capitales, qui furent autant de nouveaux moyens d'expression au service de son talent. Citons en particulier :

[] Utilisation du vernis dur

Jacques Callot utilisera le vernis dur, emprunté aux luthiers de Florence et de Venise, à la place du vernis mol connu jusqu'alors. Citons à ce sujet Abraham Bosse, autre grand graveur de l'époque[23] :

« J'ay sceu par feu Monsieur Callot qu'on luy envoyoit son verny tout fait d'Italie, et qu'il s'y fait par les menuisiers, qui s'en servent pour vernir leurs bois; ils le nomment vernice grosso dà lignaioly; il m'en avait donné, dont je me suis servy longtemps. »

Cette innovation fut essentielle : elle permit en effet aux aquafortistes de s'investir désormais sans crainte dans leur dessin.

Félibien nous a rapporté les multiples avantages que Jacques Callot trouvait en effet à ce vernis[24] :

  • il séchait et durcissait promptement;
  • on était mieux assuré de ne pas le gâter, lorsqu'en travaillant, on venait à poser la main dessus;
  • et enfin, on n'était pas contraint à tremper tout de suite la plaque dans l'eau-forte comme avec le vernis mol, et on pouvait même attendre six mois ou un an s'il le fallait.

Voici la composition de ce fameux vernis dur de Florence, tel que Callot l'utilisait, selon une recette meilleure que celle publié ensuite par Abraham Bosse en 1645[25] :

« Prenez un quarteron d'huile grasse bien claire et faite de bonne huile de lin, pareille à celle dont les peintres se servent : faites la chauffer dans un poëlon de terre vernissée et neuf; ensuite, mettez-y un quarteron de mastic en larmes pulvérisé, et remuez bien le tout, jusqu'à ce qu'il soit fondu entièrement. Alors, passez toute la masse à travers un linge fin et propre, dans une bouteille de verre à large col, que vous boucherez exactement. »

[] Utilisation de l'échoppe

Jacques Callot utilisera l'échoppe couchée (au lieu de la pointe), un instrument qu'il emprunta aux orfèvres, dans le souci de pouvoir réaliser un trait plus dynamique, créant des effets « de pleins et de déliés » grâce au profil triangulaire de cet instrument.
Il est clair que l'échoppe, et ses possibilités d'accentuer plus ou moins le trait, et de renforcer ainsi les ombres, était complémentaire de la « taille unique », puisque celle ci abandonnait les hachures utilisées jusqu'alors pour le rendu des zones sombres.

[] Utilisation des morsures successives

Cela consiste à plonger la plaque de cuivre dans des bains d'acide successifs pour obtenir une morsure plus ou moins profonde du trait, et donc une profondeur différente de l'encrage. Ceci donne en particulier une extraordinaire sensation de profondeur de champ à l'image, dans laquelle les premier plans feront appel à des tailles très fortement mordues. Les lointains, eux, feront appel à des traits fins et déliés, parfois à peine visibles, car ils auront été recouverts d'une couche protectrice après le passage dans le premier bain.
Cette technique des bains successifs, que Callot utilisera, avec un remarquable impact visuel, plus qu'aucun autre aquafortiste avant lui, sera reprise par Rembrandt.

[] Apports stylistiques

[] La taille unique

Jacques Callot va avoir recours à ce qu'il appellera la taille simple, ou la taille unique, par l'utilisation de traits parallèles, et non plus entrecroisés, ce qui donne plus de force et de lisibilité à ses eaux-fortes[26].
L'idée d'une taille unique, par laquelle, nous dit Félibien,

« il se proposa de ne faire souvent qu'un seul trait pour graver les figures, grossissant plus ou moins le trait avec (...) l'échoppe, sans se servir de hachures »

lui vint de l'observation du pavé du Dôme de Sienne, fait par Duccio[27],[28].
Toujours selon Félibien en effet, Caillot trouvait que cette manière de faire « dans les petites choses particulièrement, faisoit un bon effet, et les représentoit avec plus de netteté ».

[] Le sens de la caricature

On le sait, Callot préféra très vite l'eau-forte au burin. On a pu dire que c'est parce que Callot n'était au fond qu'un buriniste fort moyen, et que l'eau-forte lui permettait d'obtenir des résultats plus rapides.
Il faut surtout y voir l'amour de Callot pour la caricature, croquée sur le vif. Ou plutôt, son sens de la vie et du mouvement : quand on compare en effet une oeuvre de Callot à un beau burin classique, on est frappé par le style conventionnel, compassé, de la gravure au burin, et au contraire, par la vie qui anime, jusque dans ses plus petits détails, les eaux-fortes de Callot.

Regardons par exemple la gravure Les apprêts du festin, dernière planche de la série Les Bohémiens, une eau-forte d'à peine 24 x 12 cm.
Cliquer ici : Les apprêts du festin

Les petites scènes saisies sur le vif y pullulent :

  • une jeune mère est en train d'accoucher, entourée par deux femmes, pendant que la sage-femme récupère le nouveau-né, après avoir posé les forceps sur la pierre plate à côté d'elle,
  • un homme fait une sieste, calé sur une branche en haut d'un arbre, pendant qu'un autre défèque sur la branche inférieure,
  • une femme prépare un bouillon dans un grand seau sur le feu, pendant que deux autres font rôtir quatre poulets à la broche,
  • des soudards jouent aux cartes, pendant qu'une femme épouille la tête d'une autre,
  • un jeune homme prépare une biche, accrochée à un arbre, cependant qu'un chien se régale des viscères tombés au sol,
  • pendant que sa mère égorge une volaille, une petite fille l'aide à plumer les autres...

C'est ce sens inné de la « photographie instantanée» du monde qui l'entoure qui fait la caractéristique première de Callot. C'est lui qui nous le rend si précieux aujourd'hui, par les détails qu'il nous montre de la société qu'il décrit. C'est lui aussi qui, le moment venu, appliqué à des sujets autrement plus graves, l'amènera à faire cette oeuvre exceptionnelle que sont Les Misères de la Guerre.

[] Influence de Jacques Callot

À l'instar d'un Rembrandt - qui fut un grand collectionneur des estampes de Callot - Jacques Callot a eu une influence considérable sur l'histoire de l'estampe. Ses sujets, notamment ses scènes de guerre (Les misères de la guerre), sont un témoignage très vivant de la cruauté de l'époque.

Goya : Les désastres de la guerre - ¿Que hay que hacer más?
Goya : Les désastres de la guerre - ¿Que hay que hacer más?

S'il n'eut pas d'élèves directs, il eut par contre une influence parfois décisive sur quelques grands artistes qui profitèrent de ses leçons. On peut citer en particulier :

  • Abraham Bosse,
  • Rembrandt, bien sûr,
  • Van Dyck,
  • Claude Gellée (Claude Lorrain),
  • Watteau
  • Goya, qui se souvint des Misères de la Guerre quand il réalisa ses 82 planches à l'eau-forte, « Los desastres de la guerra », entre 1810 et 1820.
  • plus tard encore, on peut également citer Daumier, qui a su lui aussi utiliser la caricature pour dépeindre son temps.

Abraham Bosse fut celui qui contribua le plus à diffuser les innovations de tous ordres apportées par Callot (tel que le vernis dur), au travers de son ouvrage : Traité des manières de graver en taille douce sur l'airin par le moyen des eaux-fortes, de 1645.
Cet ouvrage connaîtra une large diffusion dans toute l'Europe, et sera traduit en italien, hollandais, allemand, et anglais.

Il faut enfin noter qu'à une époque où les graveurs copiaient les peintres, ce furent les peintres qui, dans un certain nombre de cas, copièrent l'oeuvre de Callot. Ainsi, la Pinacothèque de Munich conserve un tableau de David Teniers le jeune, qui est une copie de l'eau-forte de Callot La Foire de l'Impruneta[29]. C'est d'ailleurs le fait que plusieurs gravures de Callot aient été copiées par des peintres qui a longtemps fait croire que c'est Callot lui-même qui avait peint quelques toiles.

[] Notes et Références

  1. ? Note : C'est la date très généralement admise aujourd'hui, qui résulte du fait que l'épitaphe gravée sur le tombeau de Callot indique qu'il est mort le 24 mars 1635, à l'âge de 43 ans
  2. ? Note : La date « traditionnelle », donnée par Félibien, est le 28. Mais l'épitaphe du tombeau de Callot donne la date du 24 mars, sans doute la date réelle.
    G. Sadoul donne cependant le 25, sur la base du texte latin de l'épitaphe écrite par Siméon Drouin
  3. ? Édouard Meaume : Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot - Première partie : Biographie. Voir page 192
  4. ? Édouard Meaume : Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot - Première partie : Biographie. Voir page 271
  5. ? André Félibien : Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes. Édition de 1725, Entretien VII, page 361
  6. ? André Félibien : Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes. Édition de 1725, Entretien VII, page 362
  7. ? E. Meaume : Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot - Première partie : Biographie - Voir page 201
  8. ? Note : André Félibien, historiographe du roi Louis XIV, dit au sujet de Callot que lui, Félibien, est « assez instruit par des personnes qui l'ont connu et qui sont fort bien informées de toutes les choses qui regardent sa vie ». On peut penser qu'il s'agit en particulier de Claude Deruet, d'Israël Henriet, et d'Israël Sylvestre
  9. ? Georges Sadoul, Jacques Callot, miroir de son temps, Gallimard, 1969 (réimpr. 1990), 403 p. (ISBN 2-07-10625-X), page 18
  10. ? Édouard Meaume : Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot - Première partie : Biographie. Voir page 203</
  11. ? Édouard Meaume : Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot - Première partie : Biographie. Voir page 221
  12. ? Georges Sadoul, Jacques Callot, miroir de son temps, Gallimard, 1969 (réimpr. 1990), 403 p. (ISBN 2-07-10625-X), page 178 et page 388
  13. ? Note : Félibien donnait comme date du mariage l'année 1625. Les recherches entreprises depuis dans les archives lorraines ont permis de retrouver les bans du mariage à l'église Saint-Èvre, en date du 11 Novembre 1623. Le contrat de mariage du 8 Novembre est aujourd'hui perdu
  14. ? Édouard Meaume : Recherche sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot. Première partie - Biographie Voir page 253
  15. ? André Félibien : Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes. Édition de 1725, Entretien VII, page 380
  16. ? Georges Sadoul, Jacques Callot, miroir de son temps, Gallimard, 1969 (réimpr. 1990), 403 p. (ISBN 2-07-10625-X), page 300
  17. ? Eugène Rouir : La gravure originale au XVIIe siècle, page 29 - Éditions Aimery Somogy, Paris - Dépôt légal : 3° trimestre 1974
  18. ? Édouard Meaume : « Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot - Deuxième partie (les oeuvres)» (1860)
  19. ? Georges Sadoul, Jacques Callot, miroir de son temps, Gallimard, 1969 (réimpr. 1990), 403 p. (ISBN 2-07-10625-X), pages 380 à 396
  20. ? Édouard Meaume : Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot - Première partie : Biographie. Voir page 219
  21. ? Note : Cependant, il ne faut pas oublier que les Misères de la guerre devaient initialement s'appeler « La vita del soldato », la vie du soldat, depuis l'enrôlement du soldat jusqu'à la remise des médailles par le souverain. Filippo Baldinucci, l'autre grand biographe de Callot, atteste en effet que Callot comptait représenter là « tous les accidents qui peuvent survenir aux pauvres soldats, depuis l'instant où ils reçoivent leur première paie»
  22. ? Eugène Rouir : La gravure originale au XVIIe siècle, page 30 - Éditions Aimery Somogy, Paris - Dépôt légal : 3° trimestre 1974
  23. ? Eugène Rouir : La gravure originale au XVIIe siècle, page 18 - Éditions Aimery Somogy, Paris - Dépôt légal : 3° trimestre 1974
  24. ? André Félibien : Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes. Édition de 1725, Entretien VII, page 373
  25. ? E. Meaume : Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot. Notes justificatives. Voir page 303
  26. ? Eugène Rouir : La gravure originale au XVIIe siècle, pages 23 et 24 - Éditions Aimery Somogy, Paris - Dépôt légal : 3° trimestre 1974
  27. ? André Félibien : Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes. Édition de 1725, Entretien VII, page 374
  28. ? Note : Même si c'est Domenico Beccafumi qui a en réalité dessiné le pavé du Dôme de Sienne, c'est néanmoins bien Duccio qui a inventé la technique décorative qui en est à la base, et qui inspira donc Callot
  29. ? Eugène Rouir : La gravure originale au XVIIe siècle, page 29 - Éditions Aimery Somogy, Paris - Dépôt légal : 3° trimestre 1974

[] Bibliographie

  • André Félibien : Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes. 1666-1688, Édition de 1725.
  • Édouard Meaume : Recherches sur la vie et les ?uvres de Callot, Nancy, 1854 et 1860.
  • J. Lieure : L'école française de gravure au XVIIe siècle. Paris, 1931.
  • J. Lieure : Catalogue de l'oeuvre gravée de Jacques Callot, en 4 volumes. Paris, 1925.
  • Pierre Marot : Jacques Callot, d'après des documents inédits. Paris-Nancy, 1939.
  • Pierre Marot : Peintres et graveurs lorrains du XVIIe siècle : Jacques Callot. Le pays lorrain, n° 3, 1953.
  • Eugène Rouir : La gravure originale au XVIIe siècle - Éditions Aimery Somogy, Paris - Dépôt légal : 3° trimestre 1974.
  • Georges Sadoul, Jacques Callot, miroir de son temps, Gallimard, 1969 (réimpr. 1990), 403 p. (ISBN 2-07-10625-X)

[] Articles connexes

[] Liens externes

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