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L’indonésien (bahasa Indonesia, littéralement « langue de l'Indonésie ») est la langue officielle de la République d'Indonésie. C'est aussi l'une des langues d'usage dans la République du Timor oriental. L'indonésien est, à l'origine, du malais (bahasa Melayu). Pour une majorité d'Indonésiens, ce n'est pas leur langue maternelle. Ils ne l'apprennent à l'école que vers l'âge de cinq ans. Le malais est toutefois la langue régionale (bahasa daerah) de la côte est de l'île de Sumatra, plus précisément de la bande côtière orientale de la province de Sumatra Nord et des provinces de Riau, Riau Kepulauan (archipel de Riau), Jambi et Sumatra Sud, et de la bande côtière des provinces de Kalimantan Ouest, Kalimantan Sud et Kalimantan Est dans l'île de Bornéo. En 1908, le gouvernement colonial crée un organisme chargé de publier, dans l'alphabet latin, des ouvrages dans les langues régionales, la plupart en malais, depuis des siècles la lingua franca qui permettait de communiquer dans un archipel où des dizaines de langues différentes sont parlées. En 1928, des associations d'étudiants et de jeunes des Indes néerlandaises se réunissent en congrès et prononcent le « Serment de la jeunesse » (Sumpah Pemuda) par lequel ils déclarent adopter trois idéaux : une nation, la nation indonésienne (Bangsa Indonesia) ; une langue, l'indonésien (Bahasa Indonesia) ; une patrie, l'Indonésie (Tanah Air Indonesia). L'indonésien est né.
ÉcritureL'indonésien s'écrit avec l'alphabet latin. Les lettres se prononcent comme en français, sauf pour :
Le mouvement nationaliste indonésien avait adopté l'alphabet latin en 1928 avec la graphie néerlandaise dite Van Ophuijsen (par exemple tj pour le son « tch » et dj pour le son « dj »). Cette graphie fut légèrement modifiée par la réforme orthographique de 1947 dite Soewandi, du nom du ministre de l'Éducation du gouvernement du Premier ministre socialiste Sjahrir (le oe devenant u : Soerabaja > Surabaja). La réforme de 1972 a amené à une graphie commune à l'indonésien et au malais de Malaisie, le dj indonésien devenant j (Djakarta > Jakarta) et le j, y (djaja > jaya = victoire, Surabaja > Surabaya), comme en malais de Malaisie, et le tj indonésien et le ch malaisien devenant c (tjahaja et chahaya > cahaya = lumière). La plupart des noms propres de personnes (anthroponymes) n'ont pas pris en compte ces changements de graphie successifs. HistoireLe plus ancien document connu en vieux-malais est une inscription en écriture pallava, dite de Kedukan Bukit, datée de 683 trouvée sur l'île de Bangka. Article détaillé : Malais (langue).
En 1908, le gouvernement colonial fonde la Commissie voor de Volkslectuur (« commission pour la littérature populaire »), chargée de publier aussi bien des œuvres locales classiques, populaires et modernes en langues régionales et en malais, que des œuvres étrangères traduites en malais, imprimés en caractères latins. Cet organisme prend bientôt le nom de Balai Pustaka (« la maison du livre »). Dans les années 1930 apparaît une nouvelle littérature, écrite en malais, que les intellectuels indigènes appellent désormais « indonésien ». La revue littéraire Poedjangga Baroe (« le poète nouveau ») est fondée en 1933. L'occupation japonaise des Indes néerlandaises (1942-1945) va permettre l'essor de la langue indonésienne. Les Japonais entendent éradiquer toute influence occidentale et interdisent les ouvrages en néerlandais et anglais. Pour diffuser leur propagande, ils utilisent l'indonésien, dont l'usage se répand à travers l'archipel. La proclamation de l'indépendance en 1945 est lue en indonésien. La littérature indonésienne gagne en vitalité après l'indépendance. Durant les années de conflit entre la jeune république et l'ancien colonisateur hollandais, Chairil Anwar (1922-1949), personnage ombrageux et rebelle, est la figure de proue du mouvement poétique Angkatan 45, la « génération de 45 ». Ensuite, l'indonésien se développe au rythme des transformations du pays. En choisissant le malais comme langue nationale, les nationalistes indonésiens ont renoué avec l'époque où il était la langue d'échange de l'archipel, mais avec cette fois-ci la volonté de bâtir une nation indonésienne. ClassificationDifférences entre indonésien et malais de MalaisieArticle détaillé : Malais (malaisien).
Les différences entre les deux langues sont en réalité d'ordre dialectal, comme celles entre le français d'Europe et celui du Québec. L'intercompréhension se fait sans trop de difficultés, mais avec des divergences orthographiques et lexicales. De plus l'accent indique aisément la région d'origine des locuteurs. On peut dire que l'indonésien et le malais de Malaisie sont des « langues ausbau » l'une par rapport à l'autre, c'est-à-dire qu'elles existent en tant que telles par une volonté politique et culturelle. L'indonésien diffère du malais de Malaisie d'abord pour des raisons historiques. Les colonisations anglaise sur la péninsule malaise et hollandaise sur l'archipel indonésien ont eu un impact majeur sur la langue malaise. Aussi les deux formes de malais ont-elles été influencées par les contextes coloniaux respectifs. Un facteur beaucoup plus déterminant aujourd'hui est le contexte indonésien. Le javanais, avec plus de 80 millions de locuteurs, mais aussi d'autres langues régionales d'Indonésie comme le sundanais de Java Ouest, qui a près de 35 millions de locuteurs, enrichissent énormément l'indonésien, notamment son vocabulaire. Le choix par les nationalistes indonésiens du malais comme langue de la future Indonésie indépendante était logique. Jusque vers 1900, quand ils commencent à ouvrir des écoles pour indigènes avec un enseignement moderne en néerlandais, les Hollandais refusaient de parler leur langue avec les indigènes. Ils utilisaient le malais, langue d'échange dans l'archipel indonésien au moins depuis au moins le XVe siècle, période de grandeur du sultanat de Malacca sur la péninsule Malaise. Le plus ancien document écrit en malais qu'on ait retrouvé est une lettre écrite en 1521 dans le sultanat de Ternate aux Moluques, dans l'est de l'Indonésie. Malacca aurait été fondée peu avant 1400 par un prince de Sriwijaya, dont on a cité plus haut les inscriptions du VIIe siècle en vieux-malais. On peut supposer que le malais était déjà utilisé dans les ports de la région à l'époque de Sriwijaya (soit avant le XVe siècle). Des inscriptions en vieux-malais ont ainsi été trouvées dans le centre de Java, dont les dates vont de 792 au IXe siècle. PhonologieConsonnesLe système des consonnes de l'indonésien est résumé dans le tableau ci-dessous :
La dentale /s/ se prononce comme dans le mot tasse et n'est jamais voisée en /z/ : nasi = riz se prononce "nassi". La dentale /r/ se prononce roulé (bout de la langue sur le palais). La palatale /c/ se prononce quelque part entre "tch" et "ti". De même, le /j/ se prononce quelque part entre "dj" et "di". La vélaire /ng/ est un phonème difficile pour les francophones. Il se prononce comme le "ng" dans l'allemand singen ("chanter"). La glottale aspirée /h/ est toujours prononcée, au début comme à la fin d'un mot. Darah, "sang", se prononce avec un /h/ final marqué, qui le distingue de dara, "jeune fille". Les consonnes finales, au lieu d'être relâchées comme en français, sont prononcées en gardant les articulations en place. Par exemple, minum ("boire") se prononce en gardant les lèvres fermées sur le /m/ finale. Le /k/ final se prononce donc en gardant la glotte bloquée en position fermée, ce qui le rend inaudible pour une oreille française. Les consonnes fricatives suivantes sont des emprunts étrangers :
Le /v/ est d'ailleurs prononcé comme un /f/. Les deux sont mêmes parfois prononcés /p/. Le /z/ est parfois prononcé comme un /j/. VoyellesLes voyelles de l'indonésien sont :
DiphtonguesLes diphtongues sont :
Les diphtongues doivent être distinguées de la juxtaposition de voyelles appartenant à des syllabes différentes, par exemple :
Il faut donc distinguer la diphtongue /ai/ dans gulai (plat de viande en sauce) de la successions de voyelles "ai" dans gulai ("sucrer"), qui se prononce "gula-i" et est formé sur gula ("sucre"). GrammaireArticle détaillé : Grammaire du malais-indonésien.
LexiqueBaseUne base est un mot auquel on peut appliquer des affixes pour former de nouveaux mots. En malais-indonésien, la base est généralement dissyllabique, c'est-à-dire constitué de deux syllabes. Voici des exemples :
Il semble que la 2e syllabe de la base constitue la racine du mot. On constate en effet des familles sémantiques de mots, par exemple :
Sur une base, on peut produire d'autres mots en appliquant une série d'affixes, redoubler la base ou combiner affixation et redoublement (voir l'article grammaire du malais-indonésien). Pronoms personnels
Pronoms démonstratifs
Pronoms interrogatifsInterrogatifs formés sur apa :
Interrogatifs formés sur mana :
Autres interrogatifs :
Pronom relatifL'indonésien n'en a qu'un : yang. Un peu de vocabulaire
Formules de politesse traditionnelles :
Formules de politesse calquées sur des modèles occidentaux :
Termes d'adresse :
Quelques mots courants :
Emprunts étrangersL'indianisation de l'archipel, directe ou via le javanais, fait que l'indonésien comporte de nombreux mots d'origine sanscrite. L'islam a apporté des mots d'origine arabe et persane. Enfin, la présence ancienne de communautés chinoises, notamment sur la côte nord de Java, a introduit de nombreux mots chinois, notamment hokkien (Chine du Sud). La colonisation hollandaise a laissé quelques mots néerlandais. Elle a aussi introduit de nombreuses racines d'origine gréco-latines, ainsi que des mots français empruntés par le néerlandais. Ainsi, de nombreux mots en « —isme » se retrouvent pratiquement sans altération en indonésien (le suffixe adjectif «-iste » devenant -is), et des mots en «—tion» ("administration", "nationalisation" etc.) se retrouvent avec un suffixe -si (administrasi, nasionalisasi etc.). Depuis l'indépendance, l'indonésien a beaucoup emprunté et continue d'emprunter à l'anglais pour des termes techniques ou de la vie moderne en général. Emprunts françaisPeu de mots ont été empruntés au français par l'indonésien. Exemples de mots empruntés au français : "trotoar" pour trottoir ou encore "payet" pour paillettes. On peut aussi trouver le mot "kudeta", pour dire "coup d'État". Bibliographie
Notes et référencesVoir aussi"Su-" est un préfixe d'origine sanscrite ajouté en termes de respect et placé en tête de noms de personnes indonésiens. La réforme orthographique de la langue indonésienne de 1947 substituant u à oe ne s'impose évidemment pas pour les noms de personne, dont la graphie appartient à leurs porteurs. On trouve donc couramment écrit Soe-, par exemple Soeharto, Soekarno etc. Liens internes
Liens externes
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