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Honoré de Balzac

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Honoré de Balzac
Balzac peint d'après son daguerréotype
Naissance 20 mai 1799, Tours
Décès 18 août 1850, Paris
Activité romancier
Nationalité française
Mouvement réaliste, philosophique, fantastique
A influencé Eugène Sue, Gustave Flaubert, Émile Zola, Fedor Dostoïevski et Marcel Proust
Site officiel Maison de Balzac
?uvres principales Illusions perdues, Le Père Goriot, le Colonel Chabert et Eugénie Grandet
Séries La Comédie humaine
Éditeurs Béchet, Gosselin, Mame, Charpentier, Furne et Hetzel

Honoré Balzac, dit Honoré de Balzac, né à Tours le 20 mai 1799 (1er prairial an 7) et mort à Paris le 18 août 1850, est un romancier, critique littéraire, essayiste, journaliste et écrivain français.

Il est considéré comme l'un des plus grands écrivain français dans le domaine du roman réaliste, du roman philosophique et du roman fantastique par Gérard Gengembre[1], G. Vannier[2], le philosophe Alain[3], et Albert Béguin[4]. Charles Baudelaire voyait en lui un visionnaire[5].

Balzac est cependant difficile à classer dans l'une ou l'autre catégorie, son ?uvre couvrant un champ si vaste que les critiques, tant de son siècle que du siècle suivant, passeront beaucoup de temps à lui chercher une étiquette appropriée sans y parvenir[N 1].

Son ?uvre monumentale, la Comédie humaine, cycle cohérent de plusieurs dizaines de romans, nouvelles, contes philosophiques a pour ambition de décrire de façon quasi-exhaustive la société française de son temps ou, selon la formule célèbre, de faire « concurrence à l'état-civil ». Il n'hésite pas, en pleine Monarchie de Juillet, à afficher ses convictions légitimistes.

Sommaire

[] Biographie

[] Origine, jeunesse et années de formation

Fils de Bernard François Balssa[N 2], administrateur de l'hospice de Tours, et de Anne-Charlotte Sallambier, Honoré de Balzac est l'aîné des quatre enfants du couple (Laure, Laurence et Henry). Sa s?ur Laure est de loin sa préférée : il y a entre eux une complicité, une affection réciproque qui ne se démentit jamais. Elle lui apportera son soutien à de nombreuses reprises : elle écrit avec lui[6], et en 1858, elle publie la biographie de son frère[7].

La Trinité et le clocher St Martin de Vendôme.
La Trinité et le clocher St Martin de Vendôme.

De 1807 à 1813, Honoré est pensionnaire au collège des oratoriens de Vendôme[8] puis externe au collège de Tours jusqu'en 1814, avant de rejoindre cette même année, la pension Lepitre, située rue de Turenne à Paris, puis en 1815 l'institution de l'abbé Ganser, rue de Thorigny. Les élèves de ces deux institutions du quartier du Marais suivaient en fait les cours du lycée Charlemagne. Le père de Balzac, Bernard François, ayant été nommé directeur des vivres pour la Première division militaire à Paris, la famille s'installe rue du Temple, dans le Marais, qui est le quartier d'origine de la famille (celui de la grand-mère Sallambier).

Le 4 novembre 1816[9], Honoré de Balzac s'inscrit en droit afin d'obtenir le diplôme de bachelier trois ans plus tard, en 1819. En même temps, il prend des leçons particulières et suit les cours à la Sorbonne. Toutefois, son père jugeant qu'il fallait associer le droit pratique à l'enseignement théorique, Honoré passe ses trois ans de droit chez un avoué, ami des Balzac, Jean-Baptiste Guillonnet-Merville, homme cultivé qui avait le goût des lettres. Le jeune homme exerce le métier de clerc de notaire dans cette étude où Jules Janin était déjà saute-ruisseau[N 3]. Il utilisera cette expérience pour créer le personnage de Maître Derville et l'ambiance chahuteuse des saute-ruisseau d'une étude d'avoué dans le Colonel Chabert. Une plaque rue du Temple à Paris témoigne de son passage chez cet avoué, dans un immeuble du quartier du Marais.

[] Les premiers écrits

Portrait d'Honoré de Balzac vers 1825, attribué à Achille Devéria.
Portrait d'Honoré de Balzac vers 1825, attribué à Achille Devéria.

C'est en fréquentant la Sorbonne que le jeune Balzac s'éprend aussi de philosophie. Comme il affirme une vocation littéraire, sa famille le loge dans une mansarde et lui laisse deux ans pour écrire : Balzac s'efforce de rédiger une tragédie en vers, dont le résultat, Cromwell, se révèle décevant. L'ouvrage est médiocre et ses facultés ne s'épanouissent pas dans la tragédie.

Il se tourne vers une autre voie, celle du roman. Après deux tentatives maladroites mais proches de sa vision future, il se conforme au goût de l'époque et publie des romans d'aventure, qu'il rédige en collaboration et caché sous un pseudonyme[10]. Cette besogne n'est guère palpitante mais forge déjà son style. En 1822, il devient l'amant de Laure de Berny[11], La Dilecta, qui l'encourage, le conseille, lui prodigue sa tendresse et lui fait apprécier le goût et les m?urs de l'Ancien Régime. Début 1825, toujours méconnu mais désireux de gloire, Balzac s'associe à un libraire et achète une imprimerie : il fréquente ainsi les milieux de l'édition, de la librairie, dont il dressera d'ailleurs une satire féroce et précise dans Illusions perdues. Son affaire se révèle un immense échec financier : il croule sous une dette s'élevant à cent mille francs. Rembourser la dette sera pour lui un souci perpétuel[12].

[] L'écrivain reconnu

Laure Junot, duchesse d'Abrantès.
Laure Junot, duchesse d'Abrantès.

Après cette faillite, Balzac revient à l'écriture, pour y connaître enfin le succès : en 1829, il offre au public la Physiologie du mariage, considérée comme une « étude analytique », et le roman politico-militaire les Chouans[N 4]. Ces réussites sont les premières d'une longue série, jalonnée d'?uvres nombreuses et denses : la production de Balzac est l'une des plus prolifiques de la littérature française. Il continue de voyager et de fréquenter les salons, notamment celui de la duchesse d'Abrantès, avec laquelle il avait commencé une orageuse liaison en 1825 et à qui il tenait lieu également de conseiller et de correcteur littéraire[13]. La dédicace de la Femme abandonnée s'adresse à elle[14].

Ewelina Ha?ska peinte par Holz Sowgen en octobre 1825.
Ewelina Ha?ska peinte par Holz Sowgen en octobre 1825.

En 1832, intéressé par une carrière politique, il fait connaître ses opinions monarchistes et catholiques et repose sa doctrine sociale sur l'autorité politique et religieuse. En janvier 1833, il commence sa correspondance avec la comtesse Ha?ska, une admiratrice polonaise. Il ira la voir plusieurs fois, en Suisse, en Saxe et même en Russie. Sa correspondance avec elle s'échelonne sur dix-sept ans, réunie après sa mort sous le titre Lettres à l'étrangère.

De 1830 à 1835, il publie de nombreux romans : la Peau de chagrin (1831), Louis Lambert (1832), Séraphîta (1835), la Recherche de l'absolu (1834, 1839, 1845), qu'il considère comme des romans philosophiques. Dans le Médecin de campagne (1833), il expose un système économique et social. Gobseck (1830), la Femme de trente ans (1831), le Colonel Chabert (1832-35), le Curé de Tours (1832) inaugurent la catégorie « études de m?urs » de son ?uvre. Dans cette même voie, il approfondit encore le réalisme de ses peintures et dessine de puissants portraits de types humains. Avec Eugénie Grandet (1833) et le Père Goriot (1834-1835), il offre consécutivement deux récits, plus tard élevés au rang de classiques. Il reprend en décembre 1835 la revue la Chronique de Paris, dont la publication est suspendue six mois plus tard : ses dettes sont encore alourdies par ce désastre, mais cela n'a aucune répercussion sur son activité littéraire.

[] La Comédie humaine

Icône de détail Article détaillé : La Comédie humaine.
Hôtel Thiroux de Montsauge, hôtel de Massa, photographie d'Eugène Atget (1906)
Hôtel Thiroux de Montsauge, hôtel de Massa, photographie d'Eugène Atget (1906)

Le Père Goriot marque d'ailleurs le retour de protagonistes déjà connus : Balzac va désormais lier entre eux les récits, en employant plusieurs fois les mêmes figures, creusant leur personnalité. Cette récurrence de personnages l'amène à penser la composition d'une ?uvre cyclique « faisant concurrence à l'état civil ». Il rêve d'un ensemble bien organisé, segmenté en études, qui serait la réplique de sa société. Il veut embrasser du regard toute son époque et l'enfermer dans sa Comédie humaine. Toutefois, en 1837, le titre qu'il envisage est plus austère : Études sociales.

Il continue l'élaboration de son récit, taillant les pierres qui formeront son édifice : il publie le Lys dans la vallée (1835-1836), Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau (1837), la Maison Nucingen (1838), le Curé de village, Béatrix (1839), Ursule Mirouët (1841).

La rédaction d'Illusions perdues s'étend de 1837 à 1843.

En 1838, avec notamment Victor Hugo, Alexandre Dumas et George Sand, il fonde la Société des gens de lettres (actuellement sise en l'Hôtel de Massa, rue Saint-Jacques à Paris), association d'auteurs destinée à défendre le droit moral, les intérêts patrimoniaux et juridiques des auteurs de l'écrit[15]. Il en deviendra le président en 1839.

En 1842, les Études sociales deviennent la Comédie humaine. Les publications continuent, à un rythme régulier.

[] Le théâtre

Icône de détail Article détaillé : Balzac au théâtre.

Le théâtre n?est pas le moyen d?expression le plus naturel d?Honoré de Balzac, mais le genre dramatique est celui qui permet le plus rapidement de se faire de l?argent. Aussi l?endetté perpétuel voit-il dans l?écriture dramatique une source de revenu. Pratiquement toutes ses tentatives seront vaines, ne resteront à l?affiche que quelques jours ou seront interdites. Cependant la comédie Mercadet le faiseur obtient un certain succès lors de sa représentation en 1851, non démenti depuis.

[] Les dernières années et la mort

La comtesse Hanska et son chien à Saché par Ferdinand Georg Waldmüller, en 1835.
La comtesse Hanska et son chien à Saché par Ferdinand Georg Waldmüller, en 1835.

En 1847 et 1848, Balzac séjourne en Ukraine chez la comtesse Ha?ska. De plus en plus souffrant, Honoré de Balzac épouse Mme Ha?ska à Berditchev le 14 mai 1850 et les époux s'installent à Paris le 21 mai. Il meurt le 18 août 1850 à 23 heures 30, trois mois plus tard, éreinté par les efforts prodigieux déployés au cours de sa vie. Son ?uvre, si abondante et si dense, exigeait un travail vorace. La rumeur voudrait qu'il eût appelé à son chevet d'agonisant Horace Bianchon, le grand médecin de La Comédie humaine : il avait ressenti si intensément les histoires qu'il forgeait que la réalité se confondait à la fiction. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 48), où Victor Hugo prononça un discours en forme d'oraison funèbre. En 1855, Mme de Balzac publie les Paysans (écrit en 1844 et inachevé). En 1854, Charles Rabou complète et publie le Député d'Arcis (écrit en 1847 et inachevé) et les Petits bourgeois (inachevé)[16]. En 1877 sont publiées ses ?uvres complètes, en 24 volumes.

[] Balzac inventeur du roman moderne

En couvrant tous les genres, fantastique et philosophique avec la Peau de chagrin, Louis Lambert, Histoire des Treize, Séraphîta, réaliste avec le Père Goriot, Illusions perdues, Splendeurs et misères des courtisanes, poétique avec le Lys dans la vallée, la Grenadière, Balzac a produit une ?uvre titanesque qui servira de référence à son siècle et au siècle suivant, donnant ainsi ses lettres de noblesses à un genre (le roman), jusque là confondu avec le feuilleton populaire. Le Lys dans la vallée a été une référence pour l'Éducation sentimentale de Gustave Flaubert, et la Femme de trente ans a inspiré à Flaubert Madame Bovary[17].

Balzac a produit peu de feuilletons. Si ses ?uvres apparaissent dans les journaux en pré-publication[N 5], il a déjà en tête le roman à venir, ou en tout cas une des mille versions qu'il remaniera inlassablement.

Il est surtout obsédé par la construction globale d'un ensemble gigantesque. En cela, il est l'inventeur du cycle romanesque et des personnages reparaissants que des auteurs comme Gide, Zola[18],[19], Proust, Giono[N 6],[20] reprendront à leur tour. Mais ce n'est pas seulement par le roman qu'il innove, c'est aussi par la variété des formes qu'il adopte : conte, nouvelle, essai, étude, et aussi par le style minutieux qu'on lui reconnaît de nos jours. Le style de Balzac est celui de la précision des termes, de la texture des phrases, de la configuration du mot, les nombreuses corrections apportées à ses ?uvres montrent qu'il s'attache de près à l'Écriture[21]. Selon Bernard Pingaud, le roman balzacien ne ressemble guère à l'amalgame de plat réalisme et de romanesque qu'on a pu accoler à ce nom[22].

[] Le monde balzacien

L'?uvre est indissociable de la vie de l'auteur. Il faut suivre avec précision chacune de ses folies : déménagements, dettes, amours multiples, voyages, emprunt de faux noms, lieux de résidences secrets, séjours dans des châteaux : Saché, Frapesle[N 7], fréquentation des banquiers, voyages en Italie, problèmes d'argent, démêlées avec la presse et la critique littéraire, pour comprendre que le moindre détail vécu nourrissait son monde imaginaire et qu'il rendait ainsi la réalité plus vraie qu'aucun réaliste n'avait pu le faire avant lui. Il était capable d'étudier les mille facettes d'un personnage, d'un milieu, d'une situation, de les transposer, de les remodeler et de les restituer plus vrais que nature. Engels disait qu'il avait plus appris sur la société du XIXe siècle dans Balzac que chez tous les livres des historiens, économistes, et statisticiens professionnels[23].

L'auteur de la Comédie humaine était en fait le plus balzacien de tous ses personnages. Il vivait lui-même leur propre vie jusqu'à épuisement. Comme pour Raphaël dans la Peau de chagrin, chacune de ses ?uvres lui demandait un effort si considérable qu'elle rétrécissait inexorablement son existence, conséquemment très courte.

[] Le personnage balzacien

La Comédie Humaine n'est pas seulement cette « concurrence à l'état civil » dont se réclamait l'auteur. C'est aussi une révolte :

« Le « monarchisme » balzacien s'inscrit à l'évidence d'abord comme un refus : de la société bourgeoise, de sa vision du monde, de son capitalisme conquérant, des nouvelles ambitions de carrières par elle engendrées. »
    ? Jean-Claude Lebrun dans l'Humanité[24]

En effet, Balzac, théoriquement partisan d'une société divisée en classes immuables, n'aime que les personnages qui ont un destin. L'être balzacien par excellence est celui de l'excès. Tous ceux auxquels l'auteur s'est visiblement attaché sont des révoltés (Calyste du Guénic dans Béatrix, Lucien de Rubempré dans Illusions perdues), des hors la loi (Vautrin, De Marsay dans Histoire des Treize), ou des bolides humains qui traversent avec violence de haut en bas ou de bas en haut les étages de la hiérarchie sociale (Eugène de Rastignac, Coralie ou Esther dans Illusions perdues et Splendeurs et misères des courtisanes, Birotteau dans César Birotteau, le musicien extravagant Gambara, la femme emmurée dans la Grande Bretèche)[25]. Qu'il quitte une classe inférieure pour se hisser dans les hautes sphères ou bien qu'il tombe du plus haut rang pour sombrer dans la misère ou le crime, le personnage est un défi permanent, une personnalité hors normes, un tissu de contradictions savamment organisé.

Il peut très bien sortir des bas-fonds (madame de Saint Estève, tante de Vautrin) et détenir un pouvoir extraordinaire, ou au contraire, il peut être de haute naissance et cependant très démuni devant ses propres préjugés (Émilie de Fontaine dans le Bal de Sceaux).

[] L'invention du fantastique

Un ange déchu du Paradis, par Gustave Doré.
Un ange déchu du Paradis, par Gustave Doré.

Balzac réagit à un engouement produit par Hoffmann et ses contes fantastiques, auxquels il rend hommage néanmoins, mais dont il pense qu'on a galvaudé le genre. Dans un article paru dans la Caricature le 16 février 1832, il sait gré aux auteurs des Contes bruns[26] de n'avoir pas utilisé le mot « fantastique » : programme malsain d'un genre qu'on a déjà trop usé par l'abus du nom seulement. Balzac invente un fantastique nouveau, non pas comme genre littéraire, mais comme l'apparition de la réalité. C'est dans le réel que le mystère et l'horreur de la Peau de chagrin se dévoilent, le fantastique échappe à la présence de tout objet magique, il se nourrit du réel et tient à la nature des situations, des lieux et des personnages. Avec son fantastique Balzac dessille les yeux du lecteur et l'oblige à regarder mieux ce qui est, aussi bien dans Massimilla Doni, que dans Sarrasine, où il aborde la réalité du castrat, dans Gambara, où il présente l'envers de la création musicale dans sa folie, et Séraphîta, où il traite la question de l'androgyne, ange et ange déchu. C'est par le fantastique que son réalisme atteint au surréel philosophique[27].

[] Mysticisme et ésotérisme balzacien

« Balzac regroupait sous le terme philosophique un système d'idées mêlant : l'ésotérisme, l'occultisme, les facultés visionnaires, l'intuition prophétique, l'action métapsychique dont il pousse l'effet dans le sens du réalisme fantastique, nous serions presque tentés de dire : de la science-fiction[28] »

En effet, le mysticisme qui imprègne les Études philosophiques (Louis Lambert, Les Proscrits, Jésus-Christ en Flandre, Séraphîta, La Recherche de l'absolu, ainsi que d'autres ouvrages de la Comédie humaine[29]) mêle l'influence de Swedenborg, théologien et voyant suédois[N 8], à celle du magnétisme animal du médecin allemand Franz-Anton Mesmer[30], tendance qui n'était pas antinomique avec le catholicisme traditionnel transcendé par Balzac. «  J'écris à la lueur de deux vérités éternelles : la religion, la monarchie, deux nécessités que les évènements proclament (...). En quoi les phénomènes cérébraux et nerveux qui démontrent l'existence d'un nouveau monde moral dérangent-ils les rapports entre les mondes et Dieu ? En quoi les dogmes catholiques en seraient-ils ébranlés ?[31] ». Balzac était, en quelque sorte en règle avec l'Église catholique ce qui n'empêcha pas Rome de le mettre à l'Index en 1841 et de l'y laisser longtemps, non pour son mysticisme peu orthodoxe, mais parce qu'il avait écrit beaucoup de romans d'amours[32].

[] Les mythes de Balzac

Icône de détail Pour une étude transversale du style, de la structure, des thèmes et des personnages et des mythes balzaciens se reporter à la page spécifique : La Comédie humaine.

[] Les modèles vivants de Balzac

L'entourage entier de Balzac a servi de modèle à ses personnages, y compris lui-même dont on retrouve l'autoportrait dans de nombreux ouvrages. Comme peintre de son temps, il a produit, avec La Comédie humaine, une galerie de portraits que l'on a beaucoup cherché à comparer avec les originaux.

George Sand cousant, portrait d'Eugène Delacroix (1838). Extrait d'un tableau montrant George Sand et Frédéric Chopin ensemble.
George Sand cousant, portrait d'Eugène Delacroix (1838). Extrait d'un tableau montrant George Sand et Frédéric Chopin ensemble.

Dans Béatrix on trouve des allusions assez claires à Marie d'Agoult (le personnage de Béatrix). Dans le même roman, George Sand est évoquée dans le personnage de Félicité des Touches, sans doute Delphine de Girardin dans celui de Sabine, et Franz Liszt dans celui de l'amant de la marquise de Rochefide : le musicien Conti[33].

L'auteur a souvent mis des épisodes de sa vie privée en filigrane, notamment dans le Lys dans la vallée où l'on reconnaît parfaitement Laure de Berny à laquelle il a dédié l'ouvrage. Quant à Balzac lui-même, on le devine sans peine sous les traits de Félix de Vandenesse.

On a cru voir Lamartine dans le grand poète Canalis de Modeste Mignon, ou encore Victor Hugo dans le poète Nathan que l'on retrouve dans de nombreux ouvrages : Illusions perdues, Béatrix, la Rabouilleuse, Splendeurs et misères des courtisanes, Modeste Mignon, la Peau de chagrin, écrivain et poète qui connaît une ascension rapide dans le monde littéraire. Il pourrait aussi être d'Arthez, écrivain devenu célèbre dans les Secrets de la princesse de Cadignan, et qui est également homme politique et engagé. Mais aussi peut-être dans la Cousine Bette[34]. Le couple Hulot pourrait être une transposition du ménage de Victor Hugo (Hector Hulot) et d'Adèle Foucher (Adeline Fischer).

La duchesse de Castries aurait servi de modèle à La Duchesse de Langeais dans le roman éponyme et la Duchesse d'Abrantès aurait elle-même servi de modèle à la fois à Madame de Beauséant dans La Femme abandonnée, et à la duchesse de Carigliano dans la Maison du chat-qui-pelote. Balzac rédigeait La Maison à Mafflier, près de L'Isle-Adam en 1829 alors que la duchesse d'Abrantès séjournait chez les Talleyrand-Périgord dans le même lieu. Mais cette dernière affirmation reste une supposition prudente[35].

Autoportrait au gilet vert, Eugène Delacroix (1837).
Autoportrait au gilet vert, Eugène Delacroix (1837).

Mais il faut se garder de rapprochements réducteurs car les personnages de Balzac sont souvent composites. Ainsi a-t-on beaucoup vu Eugène Delacroix derrière Joseph Bridau le peintre débutant de la Rabouilleuse, sans doute à cause de la description physique du garçon (Delacroix était petit et il avait une grosse tête). Il est même prénommé Eugène Bridau dans Entre savants[36]. Mais le Bridau de La Rabouilleuse est aussi un reflet de Balzac, enfant mal aimé par sa mère[37].

En réalité Balzac a épongé chaque goutte de vie, réunit les faits dans un ordre très personnel, et s'il s'est inspiré de faits divers comme dans César Birotteau, l'ensemble est toujours habilement malaxé, reconstruit et du coup chaque figure devient un puzzle.

[] Balzac et la presse

[] Balzac et la critique

La presse n'a pas été tendre avec Balzac qui, dans ses romans, la provoquait en l'égratignant volontiers. Dans Illusions perdues, l'écrivain fait dire aux sages du cénacle, lorsque Lucien de Rubempré annonce qu'il va « se jeter dans les journaux »

« Gardez-vous en bien, là serait la tombe du beau, du suave Lucien que nous aimons (?). Tu ne résisteras pas à la constante opposition de plaisir et de travail qui se trouve dans la vie des journalistes ; et résister au fond, c'est la vertu. Tu serais si enchanté d'exercer le pouvoir, d'avoir le droit de vie et de mort sur les ?uvres de la pensée, que tu serais journaliste en deux mois. Être journaliste, c'est passer proconsul dans la république des lettres. Qui peut tout dire, arrive à tout faire ! Cette maxime est de Napoléon et se comprend. »

Ce qui est tout de même en contradiction avec la puissante envie de Balzac de devenir maître du monde littéraire et politique, grâce à son association Le Cheval rouge[N 9]. En contradiction également avec ses deux entreprises de presse malheureuses : La Chronique de Paris (1835) et plus tard La Revue parisienne (1839).

Il n'empêche que plus le succès de Balzac grandit auprès du public[38], plus la critique se fait dure, injuste, et souvent mesquine, puisque son acharnement continue après sa mort.

Comme le note André Maurois dans l'épilogue de Prométhée ou la vie de Balzac :

« Tous les grands monuments jettent de l'ombre ; il y a des gens qui ne voient que l'ombre. Les naturalistes reconnurent (à tort) en lui un ancêtre, bien que Zola crut discerner "une fêlure du génie" dans la politique et la mystique de Balzac. Émile Faguet, en 1887, lui reprochait ses idées de clerc de notaire de province et les vulgarités de son style.[39] »

Dès 1856, Léon Gozlan, qui avait succédé à Balzac à la présidence de la Société des gens de lettres après Victor Hugo, témoignait de l'acharnement post mortem des critiques littéraires et surtout des universitaires qui finirent par avouer leur erreur quelques années plus tard :

« Les journaux, il y a quelques douze ou quinze ans, se sont beaucoup occupés de Balzac, mais ils l'ont fait comme ils font tout, c'est-à-dire vite et sans réflexion. Ils ne parlèrent que de ses cheveux, de ses bagues et de sa canne. Il fut le lion de la quinzaine, mettons de l'année, puis ils le laissèrent après l'avoir grossi, exagéré et démesurément enflé. Il faut le dire, c'est cette caricature de l'homme extraordinaire qui est restée dans l'esprit de la génération[40]. »

[] Jugements portés sur la Comédie humaine

Icône de détail Article détaillé : Réception de la Comédie humaine.

[] Les journaux de Balzac

[] La Chronique de Paris

En 1835, Balzac apprit que le journal La Chronique de Paris, une feuille royaliste, était à vendre, et il l'acheta ? comme à son habitude ?, avec des fonds qu'il ne possédait pas[41]. L'entreprise, qui eut parue dramatique à tout autre, remplissait de joie un Balzac qui construisit aussitôt ses « châteaux en Espagne ». Tout était simple : Gustave Planche se chargerait de la critique littéraire, Théophile Gautier, dont Balzac appréciait le jeune talent, ferait partie de la rédaction. Le jeune romancier, très impressionné par Balzac[42], promit des articles.

Quand enfin la Chronique de Paris parut le (1er janvier 1836), l'équipe comprenait des plumes importantes : Victor Hugo, Gustave Planche, Alphonse Karr, Théophile Gautier. Et pour les illustrations, on avait Henri Monnier, Grandville et Daumier. Balzac se réservant la politique (puisque le journal était un outil de pouvoir), et il fournirait aussi des nouvelles. En réalité, si les membres de la rédaction festoyèrent beaucoup chez Balzac, bien peu d'entre eux tinrent leurs engagements. Balzac écrivait la Chronique pratiquement à lui tout seul. Il y publia des textes que l'on retrouvera plus tard dans La Comédie humaine, remaniés mille fois dans l'Interdiction, la Messe de l'athée, Facino Cane.

Guizot debout à gauche, derrière le roi. Ministère Soult, conseil des ministres du 15 août 1842. Peinture par Claudius Jacquand, 1844.
Guizot debout à gauche, derrière le roi. Ministère Soult, conseil des ministres du 15 août 1842. Peinture par Claudius Jacquand, 1844.

Quant aux articles politiques signés de sa main, voici un extrait de celui paru le 12 mai 1836 :

« Monsieur Thiers n'a jamais eu qu'une seule pensée : il a toujours songé à Monsieur Thiers (?). Monsieur Guizot est une girouette qui, malgré son incessante mobilité, reste sur le même bâtiment.[43] »

Au début, le journal eut un grand succès. Les nouveaux abonnés affluaient et la Chronique aurait pu réussir si Balzac n'avait été obligé de livrer, en même temps, à ses éditeurs (Madame Béchet, et Werdet) les derniers volumes des Études de m?urs, s'il n'avait pas, par ailleurs, fait faillite dans une autre entreprise chimérique lancée avec son beau-frère Surville, et s'il n'avait eu sur les bras un procès contre François Buloz à propos du Lys dans la vallée[N 10]. Arrêté par la Garde Nationale, conduit à la maison d'arrêt (dont l'éditeur Werdet le fit sortir assez rapidement), il était maintenant découragé. Menacé d'être mis en faillite, il décida d'abandonner la Chronique.

[] La Revue parisienne

L'expérience ruineuse de la Chronique de Paris aurait dû décourager Balzac à jamais de toute entreprise de presse. Mais en 1839, Armand Dutacq, directeur du grand quotidien le Siècle et initiateur du roman feuilleton avec Émile de Girardin, lui offrit de financer une petite revue mensuelle. Aussitôt Balzac imagina la Revue parisienne, dont Dutacq serait administrateur et avec lequel il partagerait les bénéfices. L'entreprise était censée servir les intérêts du feuilletoniste Balzac à une époque où Alexandre Dumas et Eugène Sue géraient habilement le genre dans les quotidiens. Très à l'aise pour exploiter les recettes du feuilleton, ils utilisaient, mieux que Balzac, le principe du découpage et du suspens. L'auteur de La Comédie humaine se lança dans la compétition, rédigeant pratiquement seul pendant trois mois une revue qu'il voulait également littéraire et politique[44]. Il publia entre autres Z. Marcas (le 25 juillet 1840), qui fut intégré à La Comédie humaine en août 1846 dans les Scènes de la vie politique.

Outre ses attaques contre le régime monarchique, la Revue parisienne se distingua par des critiques littéraires assez violentes dans l'éloge comme dans la charge. Parmi ses victimes on compte Henri de Latouche avec lequel Balzac était brouillé et qu'il haïssait désormais[45] :

« Monsieur de Latouche n'a ni l'art de préparer des scènes, ni celui de dessiner des caractères, de former des contrastes, de soutenir l'intérêt[46]. »

Et aussi, son ennemi naturel, Sainte-Beuve, dont le Port-Royal fit l'objet d'un véritable déchaînement. Balzac se vengeait des humiliations passées :

« Monsieur Sainte-Beuve a eu la pétrifiante idée de restaurer le genre ennuyeux. En un point, cet auteur mérite qu'on le loue : il se rend justice, il va peu dans le monde et ne répand l'ennui que par sa plume (?)[47]. »

Stendhal en 1840.
Stendhal en 1840.

Balzac s'en prit encore çà et là assez injustement à Eugène Sue, mais il rendit un hommage vibrant à la Chartreuse de Parme de Stendhal, à une époque où, d'un commun accord, la presse restait muette sur ce roman :

« Monsieur Stendhal a écrit un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre. Il a produit, à l'âge où les hommes trouvent rarement des sujets grandioses, et après avoir écrit une vingtaine de volumes extrêmement spirituels, une ?uvre qui ne peut être appréciée que par les âmes et les gens supérieurs (?)[48] »

Goethe se montra lui aussi très admiratif de Stendhal dans les Conversations avec Eckerman.

Mais ceci marqua le dernier numéro de la revue parisienne qui s'éteignit après la troisième parution. Balzac et Dutacq partagèrent les pertes qui n'étaient d'ailleurs pas très lourdes. Cependant, une fois encore, Balzac avait échoué dans la presse, et dans les affaires.

[] Monographie de la presse parisienne (pamphlet)

Cette monographie humoristique, par Balzac (1843), a été rééditée par Jean-Jacques Pauvert en 1965, tirant ainsi des oubliettes une analyse complète des composantes de la presse répertoriées par Balzac. On y trouve la définition du publiciste, du journaliste, du « rienologue » : « Vulgarisateur, alias : homo papaver, nécessairement sans aucune variété (?), qui étend une idée d'idée dans un baquet de lieux communs, et débite mécaniquement cette effroyable mixtion philosophico-littéraire dans des feuilles continues »[49]. Balzac sait se montrer désinvolte dans la satire.

La préface de Gérard de Nerval est dans le même ton. Dans un style pince-sans-rire, il donne une définition du canard : « information fabriquée colportée par des feuilles satiriques et d'où est né le mot argot canard pour désigner un journal »[50].

[] ?uvres

[] Principaux ouvrages

Sa tombe au Père-Lachaise. Sculpture de David d'Angers.
Sa tombe au Père-Lachaise. Sculpture de David d'Angers.

[] La Comédie humaine

Cette liste se base sur l'édition Furne, édition de référence pour la Comédie humaine. Elle suit les divisions que Balzac à lui-même mises en place.

[] Études de m?urs

[] Scènes de la vie privée
Le château de Saché. Surnommé le château du Lys.
Le château de Saché. Surnommé le château du Lys.
Première page des épreuves de Béatrix.
Première page des épreuves de Béatrix.

[] Scènes de la vie de province
Gravure de Henry Monnier pour le Curé de Tours.