Adolf Hitler
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| Adolf Hitler | |
| Naissance | 20 avril 1889 Braunau am Inn, Autriche-Hongrie |
| Décès | 30 avril 1945 (à 56 ans) Berlin, Allemagne |
| Nationalité | Autrichienne jusqu?au 7 avril 1925[1] Allemande depuis le 25 février 1932 |
| Occupation | Chancelier d?Allemagne (1933-1934) Reichskanzler, |
Adolf Hitler, né le 20 avril 1889 à Braunau am Inn en Autriche (alors en Autriche-Hongrie) et mort par suicide le 30 avril 1945 à Berlin, est un homme politique allemand d?origine autrichienne, fondateur et figure centrale du nazisme, instaurateur de la dictature totalitaire du Troisième Reich.
Porté à la tête de l?Allemagne par le NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei) qu?il reprit en 1921, il est chancelier du Reich le 30 janvier 1933, puis se fait plébisciter en 1934 comme président, titre qu?il délaissa pour celui de Führer (« guide »). Il fut à l?origine de la Seconde Guerre mondiale et, au cours de celle-ci, de très nombreux crimes contre l?humanité, dont le génocide des Juifs d?Europe reste le plus marquant. À la postérité, l?ampleur sans précédent des destructions, des pillages et des crimes de masse dont il fut le responsable, tout comme l?inhumanité radicale singularisant sa doctrine et les traitements infligés à ses victimes, ont fait de lui une figure particulièrement négative, et de son nom l?objet d?une répulsion quasi-universelle[2].
Jeunes années
L'un des rares hommes dont on peut affirmer sans conteste que sans eux, l'histoire du monde aurait connu un cours radicalement différent (selon les mots de son biographe Ian Kershaw), Adolf Hitler reste largement une énigme, notamment en ce qui concerne sa jeunesse et surtout la formation de sa personnalité et de sa mentalité nationaliste, antimarxiste, raciste et antisémite. Très solitaire, le futur dictateur allemand n'a jamais tenu un journal intime de sa vie, il correspondait peu et écrivait peu, et il n'a livré dans Mein Kampf (1925) qu'une autobiographie en bonne part reconstruite.
Origines et enfance
Adolf Hitler naît le 20 avril 1889 dans l?auberge Gasthof zum Pommer, Vorstadt Nr. 219, à Braunau am Inn, une petite ville de Haute-Autriche près de la frontière austro-allemande. Il est le quatrième des six enfants d?Alois Hitler et de Klara Pölzl. La plupart des enfants meurent en bas âge ; seule sa s?ur cadette Paula (? 1960) lui survivra.
Alois Hitler, le père d?Adolf, est douanier. Né hors mariage le 7 juin 1837, Aloïs porte d?abord le nom de famille de sa mère, Maria Anna Schicklgruber, mais le 6 juin 1876, il est légitimé par le mari de sa mère, et obtient un an plus tard le droit de porter le nom « Hitler ». Adolf n?utilisera jamais d?autre patronyme, et « Schicklgruber » ne resurgira que plus tard chez ses opposants politiques.
L?arbre généalogique d?Adolf Hitler laisse cependant planer de fortes suspicions de consanguinité. L?incertitude relative à ses origines n?est pas sans conséquence. Ainsi après l?Anschluss en 1938, il fera détruire Döllersheim, le village natal de son père, en le transformant en champ de tir.
L?enfance d?Adolf se passe sous la stricte discipline d?un père âgé, fonctionnaire retraité dès 1895. Le 3 janvier 1903, son père meurt, suivi le 21 décembre 1907 par sa mère qui succombe à un cancer du sein.
Élève médiocre à partir de son entrée à la Realschule de Linz (lycée), où il croise la route du futur philosophe juif Ludwig Wittgenstein[3], Hitler refuse déjà de suivre la voie paternelle.
Bohême à Vienne : les années de formation décisives (1908-1912)
Devenu orphelin, vivant d?une petite bourse, il échoue par deux fois à l?examen d?entrée de l?Académie des Beaux-Arts de Vienne en 1907 et le 8 octobre 1908, par un manque de travail suivi qui ne le quittera jamais de sa vie. Autodidacte, grand lecteur (notamment de Nietzsche) et admirateur inconditionnel de la musique de Richard Wagner, tout comme son ami August Kubizek, il développe un intérêt profond pour l?architecture. Il vit de ses peintures, surtout des aquarelles, enchaîne les petits boulots, vivant dans une vie de bohême et de misère constante durant cinq ans. Plus tard, dans Mein Kampf, il écrira :
« Cinq années pendant lesquelles je dus, comme man?uvre d?abord, ensuite comme petit peintre, gagner ma subsistance, maigre subsistance, qui ne pouvait même pas apaiser ma faim chronique. Car la faim était alors le gardien fidèle qui ne m?abandonna jamais, la compagne qui partagea tout avec moi. Chaque livre que j?achetai eut sa participation ; une représentation à l?opéra me valait sa compagnie le jour suivant ; c?était une bataille continuelle avec mon amie impitoyable. J?ai appris cependant alors comme jamais avant. Hors mon architecture, hors les rares visites à l?Opéra, fruit de mes jeûnes, je n?avais d?autre joie que des livres toujours plus nombreux. »
Adolf Hitler assiste aux séances du Parlement autrichien, il écrira plus tard son mépris pour la démocratie et le parlementarisme. Il étudie les thèses pangermanistes et observe l?influence de la politique sur les masses. Dans ce bastion de la social-démocratie autrichienne, il forge également son dégoût pour les doctrines marxistes.
C'est aussi pendant les années de Vienne que se forge son antisémitisme, même si selon les conclusions de Ian Kershaw, il reste impossible de déterminer le moment exact et les raisons précises pour lesquelles Hitler est devenu antisémite. Il est acquis en effet que le futur inspirateur de la Shoah, de son propre aveu, n'était pas antisémite en arrivant à Vienne. Mais dans ce foyer de l'antisémitisme politique moderne, dirigé depuis 1897 par le maire populiste Karl Lüger, élu sur son programme foncièrement antisémite, Hitler a sûrement été largement influencé par l'abondante propagande antijuive de bas étage qui sévissait à travers une foule de libelles, de caricatures, de journaux à bas prix et de discours publics.
Au printemps 1913, pour éviter son enrôlement dans l?armée de l?Empire austro-hongrois, État multiethnique qu?il exècre, il s?enfuit à Munich et vit en vendant ses peintures de paysages. Sa tentative d?échapper à la conscription est remarquée, mais, après avoir été refusé lors d?un examen médical à son retour en Autriche (pour constitution « trop faible »), il retourne à Munich.
Engagé volontaire dans la Grande Guerre
En 1914, exalté par l?entrée en guerre de l?Allemagne[4], Hitler s?engage comme volontaire. Il se bat sur le front ouest dans le 16e régiment d?infanterie bavarois. Soldat enthousiaste, il est apprécié de ses pairs et supérieurs, qui lui refusent toutefois un avancement, jugeant qu?il ne possède pas les qualités d?un chef. Il remplit pendant presque toute la durée de la guerre la mission d?estafette entre les officiers. Fin septembre 1916, sa division part pour la bataille de la Somme. Hitler est blessé une première fois à la cuisse, le 7 octobre. Il rentre se faire soigner en Allemagne, à l?hôpital de Beelitz, près de Berlin. Après une affectation à Munich, il revient sur le front des Flandres. Dans la nuit du 13 au 14 octobre 1918, sur une colline du sud de Wervicq, près d?Ypres (Belgique), son unité subit un bombardement britannique au gaz moutarde. Touché aux yeux, il est évacué vers l?hôpital de Pasewalk, en Poméranie. Hitler est décoré de la Croix de fer 1re classe (distinction rarement accordée à un soldat engagé mais facilement octroyée à une estafette, du fait de ses contacts avec les officiers) pour avoir accompli le dangereux transport d?une dépêche. Ironiquement, cette décoration lui est remise sur recommandation d?un officier juif[5].
Alors que l?Allemagne est sur le point de capituler, la révolution gagne Berlin et la Kaiserliche Marine se mutine. Le Kaiser Guillaume II abdique et part pour les Pays-Bas avec sa famille. Le socialiste Philipp Scheidemann proclame la République. Deux jours plus tard, le nouveau pouvoir signe l?armistice de 1918.
De son lit d?hôpital, Hitler est anéanti par cette annonce. Il affirme dans Mein Kampf y avoir eu une vision patriotique, et d'avoir sur le coup "décid[é] de faire de la politique".
Toute sa vie, Hitler adhèrera au mythe mensonger du "coup de poignard dans le dos", diffusé par la caste militaire, selon lequel l'Allemagne n'aurait pas été vaincue militairement, mais trahie de l'intérieur par les Juifs, les forces de gauche, les républicains. Jusqu'à ses derniers jours, le futur maître du IIIe Reich restera obsédé par la destruction totale de l'ennemi intérieur. Il voudra à la fois châtier les "criminels de novembre", effacer novembre 1918, et ne jamais voir se reproduire cet événement traumatique, à l'origine de son engagement en politique.
Le combat politique
À sa sortie d?hôpital en novembre 1918, Hitler retourne dans son régiment de Munich. Plus tard, il écrira que la guerre avait été « le temps le plus inoubliable et le plus sublime ».réf. nécessaire.
Hitler en 1919
Bien qu'Hitler ait écrit dans Mein Kampf avoir décidé de s'engager en politique dès l'annonce de l'Armistice, il s'agit là surtout d'une reconstruction rétrospective. Comme le note Ian Kershaw, Hitler s'abstient encore de s'engager dans les premiers mois de 1919, ne songeant nullement par exemple à rejoindre les nombreux Corps Francs d'extrême-droite - des unités paramilitaires formées par les anciens combattants d'extrême-droite pour écraser les insurrections communistes en Allemagne puis la jeune République de Weimar elle-même. Sous l'éphémère République des conseils bavaroise, il est resté discret et passif, et a probablement fait extérieurement allégeance au régime[6].
Depuis le 9 novembre 1918, la Bavière est en effet alors entre les mains d?un gouvernement révolutionnaire, la Räterepublik ou " République des conseils ", proclamée par le social-démocrate Kurt Eisner et virant de plus en plus à gauche après l'assassinat de ce dernier début 1919. La propre caserne de Hitler est dirigée par un soviet (" conseil "). Dégoûté, Hitler quitte Munich pour Traunstein. Cependant, en 1919, alors que le pouvoir est hésitant entre communistes du KPD et sociaux-démocrates du SPD, Hitler se fait élire délégué de sa caserne, une première fois lorsque le pouvoir en Bavière est aux mains du SPD, puis une seconde fois en tant que délégué adjoint sous l?éphémère régime communiste (avril-mai 1919), juste avant la prise de Munich par les troupes fédérales et les corps francs. Hitler n'a pas cherché à combattre ces régimes, sans pour autant avoir adhéré à aucun de ces partis, et il est probable que les soldats connaissaient ses opinions politiques nationalistes.[7][8]
Hitler reste téhoriquement dans l?armée jusqu?au 31 mars 1921. En juin 1919, alors que la répression de la révolution fait rage en Bavière, son supérieur, le capitaine Karl Mayr, le charge de faire de la propagande anticommuniste au sein de ses camarades ("l'homme qui inventa Hitler" mourra résistant socialiste à Buchenwald en février 1945, deux mois avant le suicide du Führer). C'est au cours de ses conférences parmi les autres soldats qu'Hitler découvre vraiment pour la première fois ses indéniables talents d'orateur et de propagandiste, et que pour la première fois, un public se montre spontanément séduit par son charisme.
L'orateur charismatique du parti nazi (1919-1922)
Début septembre 1919, Hitler est chargé de surveiller un groupuscule politique ultra-nationaliste, le Parti ouvrier allemand (Deutsche Arbeiterpartei, ou DAP), fondé un an plus tôt par Anton Drexler. Sur la fin d'une réunion dans une brasserie de Munich, il prend à l'improviste la parole pour condamner vivement une proposition d'un orateur. Remarqué par Drexler, il se laisse convaincre peu après d'adhérer, et transforme vite le parti en NSDAP Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei (« Parti national socialiste des travailleurs allemands »).
Son magnétisme et ses capacités d'orateur en font un personnage vite prisé des réunions publiques des extrémistes de brasserie. Ses thèmes favoris - antisémitisme, antibolchevisme, nationalisme - trouvent un auditoire déjà réceptif. Mobilisant de plus en plus de partisans, il se rend vite assez indisensable au mouvement pour en exiger la présidence, que le groupe dirigeant initial lui abandonne dès avril 1921 après un véritable ultimatum de sa part. Du fait de ses talents d?agitateur politique, le parti gagne rapidement en popularité, tout en restant très minoritaire.
Hitler dote son mouvement d'un journal, le Völkischer Beobachter, lui choisit le drapeau à croix gammée pour emblème, fait adopter un programme en 25 points (1920) et le dote d'une milice agressive, les SA.
Au départ, Hitler se présente comme un simple "tambour" chargé d'ouvrir la voie à un futur sauveur de l'Allemagne encore inconnu. Mais le culte spontanément apparu autour de sa personnalité charismatique dans les rangs des SA et des militants le fait vite se convaincre qu'il est lui-même ce sauveur providentiel. A partir de 1921-1922, la conviction intime qu'il est désigné par le destin pour régénérer et purifier l'Allemagne vaincue ne le quittera plus[9].
Son narcissisme et sa mégalomanie personnelle ne feront en conséquence que s'accentuer, comme sa prédominance absolue au sein du mouvement nazi. Ce qui le différenciera d'un Mussolini, au départ simple primus inter pares d'une direction collective fasciste, ou d'un Staline, qui ne croit pas lui-même à son propre culte, fabriqué tardivement pour mieux asseoir sa victoire sur Trotski et sur la vieille garde bolchevique.
Inspiré par la lecture du psychologue Gustave Le Bon, Hitler met au point une propagande hargneuse mais efficace. "L'idée centrale de Hitler est simple: lorsqu'on s'adresse aux masses, point n'est besoin d'argumenter, il suffit de séduire et de frapper. Les discours passionnées, le refus de toute discussion, la répétition de quelques thèmes assénés à satiété constituent l'essentiel de son arsenal propagandiste, comme le recours aux effets théâtraux, aux affiches criantes, à un expressionisme outrancier, aux gestes symboliques dont le premier est l'emploi de la force. Ainsi, quand les SA brutalisent leurs adversaires politiques, ce n'est pas sous l'effet de passions déchaînées, mais en application des directives permanentes qui leur sont données[10]." De sa vie, Hitler n'acceptera jamais un débat rationnel ni contradictoire et ne parlera que devant des auditoires acquis[11].
En janvier 1922, Hitler est condamné à trois mois de prison (dont deux avec sursis) pour « troubles à l?ordre public ». Il purgera cette peine entre juin et juillet 1922 à Munich. Hitler est même menacé d?être expulsé de Bavière.
Le putsh manqué de Munich (9 novembre 1923)
Admirateur fervent de Mussolini (dont un buste ornera durablement son bureau), Hitler rêve d'avoir à son tour sa "marche sur Rome" qui le fasse accéder au pouvoir par la force[12].
En novembre 1923, alors que l'économie s'est effondrée avec l'occupation de la Ruhr, que le mark ne vaut plus rien et que des entreprises séparatistes ou communistes secouent certaines parties de l'Allemagne, Hitler croit le moment venu pour prendre le contrôle de la Bavière avant de marcher sur Berlin et d'en chasser le gouvernement élu.
Les 8 et 9 novembre 1923, il conduit avec le maréchal Erich Ludendorff le coup d'État avorté de Munich connu comme le Putsch de la brasserie. Le complot bâclé est facilement mis en déroute, et lors d'un heurt de ses troupes avec la police devant la Feldherrnhalle, Hitler est lui-même blessé tandis que sont tués 16 de ses partisans, promus ultérieurement "martyrs" icôniques du nazisme.
Le NSDAP est aussitôt interdit. En fuite puis vite arrêté, Hitler est inculpé de conspiration contre l?État. A partir de cet instant, il se résoudra à se tourner tactiquement vers la seule voie légale pour arriver à ses fins.
Mais dans l'immédiat, il sait exploiter son procès en se servant de la barre comme d'une tribune : la médiatisation de son procès lui permet de se mettre en vedette et de se faire connaître à travers le reste de l'Allemagne. Les magistrats, reflétant l'attitude des élites traditionnelles peu attachées à la République de Weimar, se montrent assez indulgents à son égard. Le 1er avril 1924, il est condamné à la peine assez légère de cinq ans de réclusion criminelle pour « haute trahison », dont il purgera moins de une année, à la prison de Landsberg am Lech.
Constitution définitive d'une idéologie (1923-1924)
Pendant sa détention, il dicte à son secrétaire Rudolf Hess son ouvrage Mein Kampf (Mon combat), récit autobiographique, et surtout manifeste politique, appelé à devenir le manifeste du mouvement nazi. Hitler y dévoile sans fard l?idéologie (Weltanschauung) redoutable et très cohérente qu?il a achevé de se constituer depuis 1919, dont il ne variera plus et qu?il cherchera à mettre en pratique[13].
Outre sa haine de la démocratie, de la France « ennemie mortelle du peuple allemand », du socialisme et du « judéo-bolchevisme », sa doctrine repose sur sa conviction intime à base pseudo-scientifique d?une lutte darwinienne entre différentes « races » foncièrement inégales. Au sommet d?une stricte pyramide, se trouverait la race allemande ou « race des Seigneurs », qualifiée tantôt de « race nordique » et tantôt de « race aryenne » (et dont les plus éminents représentants seraient les grands blonds aux yeux bleus, quoiqu?Hitler soit lui-même petit et brun...). Cette race supérieure doit être « purifiée » de tous les éléments étrangers, « non-allemands » (undeutsch), juifs ou malades, et doit dominer le monde par la force brute. Au traditionnel pangermanisme visant à regrouper tous les Allemands ethniques dans un même État, Hitler ajoute la conquête d?un espace vital (Lebensraum) indéfini, à arracher notamment à l?Est aux "sous-hommes" polonais et slaves. Enfin, Hitler parle constamment d?« éradiquer » (ausrotten) ou d?« anéantir » (vernichten) les Juifs, comparés à des vermines ou des poux, qui ne sont pas seulement pour lui une race radicalement inférieure, mais aussi radicalement dangereuse.
Hitler a principalement emprunté sa vision ultra-raciste à Gobineau et H.S Chamberlain, son culte du surhomme à une vision pervertie de Nietzsche, son obsession de la décadence à Oswald Spengler, les concepts de race nordique et d'espace vital à l'idéologue du parti Alfred Rosenberg. Il puise aussi dans la "révolution conservatrice" animée par Arthur Moeller van den Bruck, dont il a lu l'ouvrage Le Troisième Reich.
Après seulement 13 mois de détention et malgré l?opposition déterminée du procureur Stenglein, il bénéfice d?une libération anticipée le 20 décembre 1924.
Réorganisation du parti (1925-1928)
Craignant d?être expulsé vers l?Autriche, Hitler renonce à la nationalité autrichienne le 30 avril 1925. Devenu apatride (lui qui fera ultérieurement déporter les apatrides, contraints dans les camps de concentration au port d?un insigne spécifique), et bien qu?il soit interdit de parole en public jusqu?au 5 mars 1927, il reconstruit son parti et retrouve une certaine popularité.
Si ses succès électoraux restent modestes avant 1928, le NSDAP rend ses structures plus performantes et s?étend géographiquement. Il diversifie ses organisations de masse en créant des associations qui ciblent chacune une catégorie sociale : étudiants, paysans, ouvriers, femmes, intellectuels, jeunes (la Hitlerjugend ou « Jeunesses hitlériennes » fondée en 1926), etc. Le Parti nazi constitue ses forces en contre-société et en contre-gouvernement susceptibles, le jour venu, de se substituer de plein-pied au pouvoir en place[14].
Allié à Julius Streicher, un propagandiste antisémite pornographe et très violent dont la clientèle est centrée sur la ville de Nuremberg, Hitler fait de celle-ci la ville des congrès du Parti. Le Parti est implanté en Allemagne du Nord par les frères Otto et Gregor Strasser, qui mettent plus qu?Hitler l?accent sur le côté socialiste du nazisme et souhaitent l?alliance avec l?URSS contre les « ploutocraties » occidentales.Face à ces derniers, ses seuls concurrents sérieux pour la direction du Parti, Hitler renforce son autorité personnelle.
C?est à partir de cette date qu?il impose comme obligatoire dans le parti le salut nazi prononcé bras tendu - un « Heil Hitler ! » ou, si l?on est face à lui, un « Heil mein Führer! » -, un rappel permanent de sa suprématie. C?est de cette époque aussi que date l?entrée en scène de Joseph Goebbels, Gauleiter de Berlin, l?un de ses plus fidèles soutiens - lequel, proche des frères Strasser au départ, avait d?abord traité Hitler de « petit-bourgeois » et demandé son exclusion du parti, avant de succomber à son charisme (1926).
Les SA, la brutale milice du parti qui s?illustre dans les agressions et les combats de rues, posent plus de problèmes à Hitler par leur recrutement plébéien assez large et par leur discipline souvent incertaine. La base des SA est partisan d'une « seconde révolution » et exaspérée par les compromis que doit faire le parti nazi dans sa conquête du pouvoir. Leurs sections berlinoises, commandées par Walter Stennes, iront même jusqu'à saccager à plusieurs reprises les locaux du parti nazi entre 1930 et 1931[15]. Dès 1930, confronté à cette grave mutinerie de leur part, Hitler rappelle de Bolivie son ancien complice du putsch de 1923, Ernst Röhm, qu?il avait mis lui-même sur la touche en 1925 : ce dernier reprend leur tête et rétablit en partie l?ordre dans leurs rangs.
Mais pour permettre à Hitler d?équilibrer la puissance des SA, c?est dès 1925 qu?Heinrich Himmler crée pour lui la SS : chargée de sa garde personnelle, cet "ordre noir", futur instrument de la terreur policière et génocidaire, est une élite beaucoup plus dévouée à la personne même du Führer que les SA. Hitler a toute confiance dans « le fidèle Heinrich » (der treue Heinrich), comme il qualifie cet exécutant à l?obéissance aveugle, qui lui voue une admiration notoirement fanatique.
Hitler, dont le train de vie personnel ne cesse de s'embourgeoiser, s'attache aussi à se rendre respectable et rassurant aux yeux des élites traditionnelles. Pour rallier celles-ci, mieux se distinguer des frères Strasser et faire oublier son image d'agitateur plébéïen et révolutionnaire, il se prononce par exemple pour l'indemnisation des princes allemands expropriés en 1918 au referendum de 1927. Le magnat de la Ruhr Fritz Thyssen lui apporte ainsi son soutien public.
En 1928, le NSDAP marque le pas et peine à remonter la pente : seuls 2,6 % des votants lui accordent leur confiance aux élections législatives du 28 mai, et il compte moins de 180 000 membres. Mais il n?a plus de concurrent sérieux à l?extrême-droite, car de multiples groupuscules et petits partis de la mouvance völkisch (« nationale-raciste ») ont périclité après 1924-1925, tandis que le vieux maréchal Ludendorff, ancien participant du putsch de la Brasserie qu?Hitler avait habilement poussé à se présenter à la présidentielle de 1925, s?est disqualifié par son score médiocre.
En 1929, pour mieux mener campagne contre le plan Young sur les réparations de guerre dues à la France, le magnat de la presse et chef nationaliste Alfred Hugenberg s'est alliée à Hitler, dont il a besoin des talents orateurs, et a financé la campagne de propagande qui a permis au Führer des nazis de se faire connaître dans toute l'Allemagne.
Les fruits de la réorganisation portent à partir de cette date, quand le contexte général devient favorable avec le début d'une grave crise politique et économique.
La "résistible ascension" d'Adolf Hitler (1929-1932)
L'Allemagne n'avait derrière elle en 1918 qu'une faible tradition démocratique. Née d'une défaite et de l'écrasement d'une révolution, la République de Weimar s'était mal enracinée, d'autant que serviteurs et nostalgiques du Kaiser restaient très nombreux dans l'armée, l'administration, l'économie et la population. Le Zentrum catholique, parti membre de la coalition fondatrice de la République, s'engage dans une dérive autoritaire à partir de la fin des années 1920, tandis que communistes, nationalistes du DNVP et bien sûr nazis continuent de refuser le régime et de le combattre. Enfin, le culte traditionnel des grands chefs et l'attente diffuse d'un sauveur providentiel prédisposaient une bonne part de sa population à se donner à Hitler.
Etat-Nation très récent et fragile, traversé de multiples clivages géographiques, religieux, politiques et sociaux, l'Allemagne entre en plus dans une nouvelle phase d'instabilité politique à partir de 1929. Après le décès de Gustav Stresemann, artisan avec Aristide Briand du rapprochement franco-allemand, la chute du chancelier Hermann Müller en 1930 est celle du dernier gouvernement parlementaire. Il est remplacé par le gouvernement conservateur et autoritaire de Heinrich Brüning, du Zentrum.
Monarchiste convaincu, le très populaire maréchal Paul von Hindenburg, porté à la présidence de la République en 1925, cesse de jouer le jeu de la démocratie à partir de 1930. Il se met à gouverner par décrets, nommant des cabinets à ses ordres de plus en plus dépourvus de la moindre majorité au Parlement, usant et abusant de son droit de dissolution du Reichstag - utilisé pas moins de quatre fois en 1930-1933. Les institutions de Weimar seront donc vidées de leur substance bien avant que Hitler ne leur porte le coup de grâce[16].
Les conséquences catastrophiques de la crise de 1929 sur l?économie allemande, très dépendante des capitaux rapatriés aux États-Unis immédiatement après le krach de Wall Street, apportent bientôt au NSDAP un succès foudroyant et imprévu. Aux élections du 14 septembre 1930, avec 6.5 millions d'léecteurs, 18.3 % des voix et 107 sièges, le parti nazi devient le deuxième parti au Reichstag.
La déflation sévère et anachronique menée par Brüning ne fait qu'agraver la crise économique et précipite de nombreux Allemands inquiets dans les bras de Hitler. En constituant avec ce dernier le "Front de Harzburg" en octobre 1931, dirigé contre le gouvernement et la République, Hugenberg et les autres forces des droites nationalistes font involontairement le jeu de Hitler, dont la puissance électorale et parlementaire fait désormais un personnage de premier plan sur la scène politique[17].
Le septennat du président Hindenburg se terminant le 5 mai 1932, la droite et le Zentrum, afin d?éviter de nouvelles élections, proposent de renouveler tacitement le mandat présidentiel. L?accord des nazis étant nécessaire, Hitler exige la démission du chancelier Brüning et de nouvelles élections parlementaires. Hindenburg refuse, et le 22 février 1932, Joseph Goebbels annonce la candidature d?Adolf Hitler à la présidence de la République. Le 26 février, Hitler est opportunément nommé Regierungsrat, fonctionnaire d?État, ce qui lui confère automatiquement la nationalité allemande.
Sa campagne électorale est sans précédent sur le plan de la propagande. En particulier, l?usage alors inédit et spectaculaire de l?avion dans ses déplacements électoraux permet à Goebbels de placarder des affiches : "le Führer vole au-dessus de l?Allemagne".
Hitler obtient 30,1 % des voix au premier tour le 13 mars 1932 et 36,8 % au second tour en avril, soit 13.4 millions de suffrages qui se portent sur sa personne, doublant le score des législatives de 1930. Soutenu en désespoir de cause par les socialistes, Hindenburg est réélu à 82 ans. Mais lors des scrutins régionaux qui suivent l?élection présidentielle le NSDAP renforce ses positions et arrive partout en tête, sauf dans sa Bavière d'origine. Aux législatives du 31 juillet 1932, il confirme sa position de premier parti d'Allemagne, avec 37.3 % et le premier groupe parlementaire. Hermann Göring, bras droit de Hitler depuis 1923, devient président du Reichstag. Né d'un groupuscule, le culte de Hitler est devenu en moins de deux ans un phénomène de masse capable de toucher un tiers des Allemands.
Le démagogue réussit à faire l'unité d'un électorat très diversifié. Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les chômeurs qui ont mis leur espoir en lui (c'est parmi eux que Hitler fait ses moins bons scores), mais les classes moyennes, qui redoutent d'être les prochaines victimes de la crise. Si l'électorat féminin votait fort peu à l'extrême-droite dans les années 1920, la popularité bien connue du Führer auprès des femmes s'est jointe au rapprochement structurel entre vote féminin et vote masculin pour lui assurer des renforts de voix supplémentaires après 1930. Les protestants ont davantage voté pour lui que les catholiques, mais une bonne part du vote de ces derniers était fixée par le parti Zentrum. Les campagnes, éprouvées par la crise et soumises en Prusse à la rude exploitation quasi-féodale des Junkers, se sont servis du vote Hitler à des fins protestataires. Les ouvriers ont moins voté nazi que la moyenne, même si une part non négligeable a été tentée. Quant aux fonctionnaires, aux étudiants ou aux médecins, leur haut niveau d'instruction ne les a pas empêchés d'être surreprésentées dans le soutien au doctrinaire de Mein Kampf[18].
Allié à la droite nationaliste, bénéficiant du discrédit du Zentrum et de l'obligation pour le SPD de soutenir l'impopulaire Von Papen "pour éviter le pire", Hitler multiplie aussi les déclarations hypocrites où il se pose en démocrate et en modéré, tout en flattant les élites traditionnelles et jusqu'aux Eglises par un discours plus traditionnaliste qu'avant. Les communistes, qui réduisent Hitler à un simple pantin du grand capital, lui rendent service en combattant avant tout les socialistes, au nom de la ligne classe contre classe du Komintern, et en refusant toute action commune avec eux contre le NSDAP. Le KPD va jusqu'à coopérer avec les nazis lors de la grève des transports à Berlin en 1932[19].
Fin 1932, la situation se dégrade encore sur les plans économique et social (plus de 6 millions de chômeurs à la fin de l?année). L?agitation et l?insécurité politique sont à leur comble, les rixes avec implication de SA hitlériens sont permanentes. Le gouvernement très réactionnaire du médiocre Franz von Papen est incapable de réunir plus de 10 % des députés et des électeurs.
Engagé dans un bras de fer personnel avec Hitler, le président Hindenburg refuse toujours de le nommer chancelier : le vieux maréchal prussien, ancien chef de l?armée allemande pendant la Grande Guerre, affiche son mépris personnel pour celui qu?il qualifie de « petit caporal bohémien » et dont il affirme qu?il a « tout juste l?envergure pour faire un ministre des Postes ». Toutes les tentatives de conciliation échouent.
Fin 1932, le mouvement nazi traverse une phase difficile. Sa crise financière devient aiguë. Les militants et les électeurs se lassent de l?absence de perspectives, des discours à géométrie variable de Hitler et des contradictions internes du programme nazi[20]. Bien des SA parlent de déclencher tout de suite un soulèvement suicidaire dont Hitler ne veut à aucun prix, et Gregor Strasser menace de faire scission avec l?appui du chancelier Kurt von Schleicher. Enfin les élections législatives de novembre 1932 ont consacrée une baisse de popularité du NSDAP qui perd 2 millions de voix et 40 sièges.
C?est le moment où Léon Blum, de France, écrit dans Le Populaire que la route du pouvoir est définitivement fermée pour Hitler et que toute espérance d?y accéder est pour lui révolue. Pourtant, ces revers n?entament en rien sa détermination.
L?accession au pouvoir absolu
Le 30 janvier 1933 vers midi, Hitler est nommé à la Chancellerie de la République de Weimar, suite à un mois d?intrigues au sommet organisées par l?ancien chancelier Franz von Papen, et grâce au soutien de la droite et à l?implication du DNVP. Le soir même, des milliers de SA effectuent un défilé nocturne triomphal sur l'Unter den Linden, sous le regard du nouveau chancelier, marquant ainsi la prise de contrôle de Berlin et le lancement de la chasse aux opposants.
La destruction de la démocratie (1933-1934)
Contrairement à une idée reçue fréquente, Hitler n'a jamais été "élu" chancelier par les Allemands, mais finalement "hissé au pouvoir" (Kershaw) par une poignée d'industriels et d'hommes de droite[21]. Et en dépit de son énorme poids électoral, jamais une majorité absolue des électeurs ne s'est portée sur lui, puisque même en mars 1933, après deux mois de terreur et de propagande, son parti n'obtiendra "que" 44 % des suffrages. Toutefois, il a réussi son objectif poursuivi depuis 1923: arriver au pouvoir légalement. Et il est hors de doute que le ralliement de la masse des Allemands au nouveau chancelier s'est faîte très vite, et moins par la force que par adhésion à sa personne.
Lors de la formation du premier gouvernement Hitler, le DNVP de Hugenberg espère être avec le Zentrum de von Papen, en mesure de contrôler le nouveau chancelier - bien que le DNVP ne représente que 8% des voix alors que les nazis en ont 33,1%. De fait, le premier gouvernement Hitler ne compte, outre le chancelier lui-même, que deux nazis: Göring, en charge en particulier de la Prusse, et Wilhelm Frick à l?Intérieur.
Mais Hitler déborde rapidement ses partenaires et met immédiatement en route la Gleichschaltung (ou « Mise au pas ») de l?Allemagne. Dès le 1er février, il obtient d?Hindenburg la dissolution du Reichstag. Le 3 février, il s?assure le soutien de l?armée. Pendant la campagne électorale, Von Papen, Thyssen et Schacht obtiennent des milieux industriels et financiers, jusque-là plutôt réservés envers Hitler, qu?ils renflouent les caisses du NSDAP et financent sa campagne [22]. La SA et la SS, milices du parti nazi, se voient conférer des pouvoirs d?auxiliaire de police. De nombreux morts marquent les meetings des partis d?opposition, notamment du SPD et du KPD. Des opposants sont déjà brutalisés, torturés voire assassinés.
L?énigmatique incendie du Reichstag, le 27 février, permet à Hitler de suspendre toutes les libertés civiles garanties par la constitution et de radicaliser l?élimination de ses opposants politiques, notamment des députés communistes du KPD, illégalement arrêtés.
Le NSDAP remporte les élections du 5 mars 1933 avec 17 millions de voix 43,9 % des suffrages. Dans les jours qui suivent, dans tous les Länder d?Allemagne, les nazis s?emparent par la force des leviers locaux du pouvoir. Le 20 mars, au cours d?une grandiose cérémonie de propagande sur le tombeau de Frédéric II de Prusse à Potsdam, où il s?affiche en grand costume aux côtés de Hindenburg, Hitler proclame l?avènement du IIIeReich, auquel il promettra ultérieurement un règne de "mille ans". Le 23 mars, grâce aux voix du Zentrum auquel le chancelier a promis en échange la signature d'un concordat avec le Vatican, et malgré l'opposition vaine du seul SPD, le Reichstag vote la Loi des pleins pouvoirs (Ermächtigungsgesetz) qui accorde à Hitler les pouvoirs spéciaux pour quatre ans. Il peut désormais rédiger seul les lois, et celles-ci peuvent s'écarter d'une constitution de Weimar que Hitler ne se donnera même pas la peine de jamais abolir formellement.
C?est une étape décisive du durcissement du régime. Sans même attendre le vote de la loi, les nazis ont ouvert le premier camp de concentration permanent le 20 mars à Dachau, sous la houlette de Himmler. Ce dernier jette en Allemagne du Sud, tout comme Göring en Prusse, les bases de la redoutable police politique nazie, la Gestapo. Le 2 mai, vingt-quatre heures après avoir accepté de défiler devant le chancelier, les syndicats sont dissous et leurs biens saisis. Le 10 mai, le ministre de la Propagande Joseph Goebbels préside à Berlin une nuit d?autodafé où des étudiants nazis brûlent pêle-mêle en public des milliers de « mauvais livres » d?auteurs juifs, pacifistes, marxistes ou psychanalystes. Des milliers d?opposants, de savants et d?intellectuels fuient l?Allemagne. Le 14 juillet, le NSDAP devient le parti unique. Hitler met fin aussi rapidement aux libertés locales. L?autonomie des Länder est définitivement supprimée le 30 janvier 1934 : un an après son accession à la chancellerie, Hitler devient le chef du premier État centralisé qu?ait connu l?Allemagne.
En tout, entre 1933 et 1939, 150 000 à 200 000 personnes sont internées, et entre 7 000 et 9 000 sont tuées par la violence d?État. Des centaines de milliers d?autres doivent fuir l?Allemagne[23].
Les nazis condamnent l?« art dégénéré » et les « sciences juives », et détruisent ou dispersent de nombreuses ?uvres des avant-gardes artistiques. Le programme pour "purifier" la race allemande est également très tôt mis en ?uvre. Une loi du 7 avril 1933 permet à Hitler de signer aussitôt la destitution de centaines de fonctionnaires et d'universitaires juifs, tandis que les SA déclenchent au même moment une campagne brutale de boycott des magasins juifs. Hitler impose aussi personnellement à l'été 1933 une loi prévoyant la stérilisation forcée des malades et des handicapés: elle sera appliquée à plus de 350 000 personnes[24]. Détestant particulièrement le mélange des populations (qualifié de Rassenschand ou « honte raciale »), le chef allemand fera stériliser en particulier, en 1937, les 400 enfants nés dans les années 1920 d?Allemandes et de soldats noirs des troupes françaises d?occupation.
En novembre 1933, le nouveau dictateur fait plébisciter sa politique quand 95 % des votants approuvent le retrait de la SDN et que la liste unique du NSDAP au Reichstag fait 92 % des voix.
Les SA de Röhm exigent que la "révolution" nationale-socialiste prenne un tour plus anticapitaliste, et rêvent notamment de prendre le contrôle de l?armée, ce qui compromettrait dangereusement l?alliance nouée entre le chancelier et les élites conservatrices traditionnelles (présidence, militaires, milieux d'affaires). Des faux documents forgés par Heydrich achèvent aussi de persuader Hitler que Röhm complote contre lui. Le 30 juin 1934, durant la Nuit des Longs Couteaux, fort du soutien bienveillant de l?armée et du président Hindenburg, Hitler fait assassiner plusieurs centaines de ses partisans et de ses anciens ennemis politiques. Parmi eux, Gregor Strasser et Ernst Röhm, chef de la SA, mais aussi le docteur Erich Klausener, chef de l?Action catholique, ou encore son prédécesseur à la chancellerie, Von Schleicher, ainsi que Von Kahr, qui lui avait barré la route lors du putsch de 1923. Ne comprenant pas grand-chose à ce qui lui arrive, Röhm meurt fusillé en criant : "Heil Hitler!"
Le 2 juillet, le vieil Hindenburg félicite Hitler, qu'il apprécie de plus en plus, pour sa fermeté en cette affaire. Sa mort le 2 août tranche le dernier lien vivant avec la République de Weimar. En vertu de la Constitution, le chancelier exerce temporairement les pouvoirs du président défunt. Le même jour, le Reichstag vote une loi de fusion des deux fonctions en une seule : Hitler devient Führer und Reichskanzler. Un plébiscite du 19 août (90 % de oui) achève de donner au Führer le pouvoir absolu.
Le culte du Führer, pierre angulaire du système totalitaire
Entouré d?un culte de la personnalité intense, qui le célèbre comme le sauveur messianique de l?Allemagne, Hitler exige un serment de fidélité à sa propre personne - il est prêté notamment par les militaires, ce qui rendra très difficile les futures conspirations contre lui au sein de l?armée, beaucoup d?officiers rechignant profondément en conscience à le violer.
L?ambition totalitaire du régime et la primauté du Führer sont symbolisés par la nouvelle devise du régime : "Ein Volk, ein Reich, ein Führer" - "une seule nation (race), un seul Reich, un seul Führer", dans laquelle le titre de Hitler prend de façon idolâtre la place de Dieu dans l?ancienne devise du IIe Reich : "Ein Volk, ein Reich, ein Gott (un seul Dieu)".
Le Führerprinzip devient le nouveau principe de l?autorité non seulement au sommet de l?État, mais aussi, par délégation, à chaque échelon. La loi proclame par exemple officiellement le patron comme Führer de son entreprise, comme le mari est Führer de sa famille, ou le gauleiter Führer du Parti dans sa région.
Hitler entretient son propre culte par ses interventions à la radio : à chaque fois, le pays tout entier doit suspendre son activité et les habitants écouter religieusement dans les rues ou au travail son discours retransmis par les ondes et par les haut-parleurs. À chaque congrès tenu à
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