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Histoire du sionisme

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Le sionisme est une idéologie politique nationaliste, apparue au XIXe siècle, et qui entend permettre aux Juifs d'avoir un État.

Le présent article est à lire en relation avec une série d'articles présentés dans la Catégorie:sionisme.

Il ne vise pas à décrire l'histoire de la Palestine mandataire (1920-1948) ou de l'État d'Israël (après 1948). Il s'intéresse essentiellement à trois problématiques au c?ur de l'histoire du sionisme :

  • Les débats et pratiques autour de la construction d'institutions nationales ou pré-nationales : Organisation sioniste mondiale, partis politiques, Agence juive, groupes armés, puis l'État lui-même.
  • Les débats et pratiques autour de la constitution d'une population juive importante au sein de l'État.
  • Les débats idéologiques entre tendances sionistes, en particulier sur la définition des objectifs. Dans ce domaine, deux questions ont particulièrement divisé (et continuent de diviser) les sionistes :
    • La place de la religion juive dans le sionisme.
    • La question de la localisation de l'État juif, puis de ses frontières.

Les faits historiques qui sont cités dans l'article ci-dessous sont donc très incomplets. Ce sont surtout les faits liés à ces trois questions (constructions institutionnelles, construction démographique et divergences sur les objectifs du sionisme) qui sont analysés. Les événements moins directement liés à ces trois questions (par exemple les guerres de 1956, 1973, et du Liban) ne sont pas abordés, ou juste cités. Il en va de même de l'opposition arabe et palestinienne au projet sioniste. Le sujet est vaste et fondamental, mais il n'est abordé dans le cadre de cet article qu'au travers de son influence sur les trois thématiques pré-citées.

Sommaire

[] Terminologie

Carte du Moyen-Orient - frontières actuelles
Carte du Moyen-Orient - frontières actuelles

La terminologie utilisée n'est pas politiquement neutre :

  • Eretz israël (la "terre d'Israël", au sens biblique), a fini par devenir synonyme politique de Grand Israël (incluant la Cisjordanie et la Bande de Gaza).
  • La Palestine a été le terme utilisé par tous, même les sionistes, jusqu'en 1948. Pour la période postérieure à 1948, il a une connotation "pro-palestinienne".

Pour en savoir plus sur la terminologie utilisée, voir le chapitre Sionisme : terminologie.

Dans l'article ci-dessous, le terme "Palestine" sera utilisé pour désigner le territoire entre la seconde révolte juive (vaincue en 135) et la proclamation d'Israël (en 1948), sans connotation idéologique.

Pour la partie de cet article postérieure à la création d'Israël, on parlera généralement d'"Israël", de la "Cisjordanie" et de la "bande de Gaza", termes les plus utilisés en français. Les termes de "Eretz Israël" et de "Judée-Samarie" seront utilisés en référence aux idéologies qui les utilisent.

[] Avant le sionisme

L'apparition d'une revendication politique à la création d'un État juif à partir de la seconde partie du XIXe siècle s'explique par l'existence de soubassements plus anciens.

[] La destruction du royaume juif dans l'antiquité

Le dernier État juif indépendant, le royaume hasmonéen de Judée, est devenu un protectorat romain en 63 avant l'ère chrétienne. Ce protectorat est devenu une simple province romaine après la mort du dernier roi du royaume, Hérode, en 4 de l'ère chrétienne.

Les soulèvements juifs de 67-73 et de 132-135 ont profondément changé la population de la Palestine : une partie a été tuée, une partie a fui les destructions de la guerre, une partie a été vendue comme esclave et une dernière partie a pu rester dans une Palestine appauvrie et ayant perdu son indépendance.

Il est difficile de savoir ce que représentaient ces quatre groupes, mais le nombre des survivants restés en Palestine semble avoir été assez important, encore qu'en nette régression.

Par la suite, il y eut des conversions nombreuses au christianisme (en particulier sous l'empire byzantin peu tolérant), puis à l'islam à partir de la conquête musulmane vers 640.

À compter de la fin de l'antiquité, les Juifs vivant en terre sainte sont donc devenus très minoritaires par rapport à la diaspora juive (dispersion, en grec). En effet, beaucoup de communautés juives ont continué à exister à travers le monde, mais peu en terre sainte, donnant le sentiment d'un peuple dispersé. Le terme hébraïque est Galout (exil). C'est ce sentiment d'exil qui engendrera l'espérance religieuse d'un « retour ».

[] L'espérance religieuse

À compter de la seconde diaspora, les communautés religieuses vont maintenir le rêve d'un retour en Palestine pour recréer un État juif. Il ne s'agit pas vraiment d'un projet politique, mais plutôt d'un rêve messianique et religieux. Il est symbolisé par la célèbre prière « l'an prochain à Jérusalem » prononcée chaque année par toutes les familles juives lors du seder de Pessah.

Avec le temps, la majorité des rabbins ont développé une interprétation s'opposant en pratique à la recréation d'un État juif: Dieu a puni les Juifs en détruisant l'État, seul son Messie peut le recréer. Toute tentative humaine en la matière est une révolte contre Dieu.

Il y aura d'ailleurs plusieurs messies proclamés, comme Sabbataï Tsevi ou Jacob Franck.

[] Le nationalisme

Avec le XVIIIe siècle, l'esprit des Lumières donne naissance aux concepts de peuple et de nation, définis par leur identité - par opposition à la notion de royaume, défini par son souverain et ses frontières (et souvent par sa religion).

Les Français les premiers, que leur révolution de 1789 oppose à toutes les monarchies d'Europe, se battent en tant que Français et non en tant que sujets du Roi de France. C'est la naissance du nationalisme moderne.

Celui-ci se répand dans toute l'Europe au cours du XIXe siècle. Il attire particulièrement les populations occupées par un autre État, ou divisées en plusieurs États.

C'est ainsi que l'idée nationale se répand dans les populations divisées entre plusieurs États, en Allemagne et en Italie, ainsi que dans les populations occupées de la Pologne, de l'Irlande ou de la Hongrie.

Inévitablement, l'idée nationaliste finit par toucher une autre population européenne privée d'État, et même de territoire: les Juifs.

L'idée d'un peuple juif est ancienne et remonte à la Bible. Sous l'influence du nationalisme, elle est redéfinie dans un sens moins religieux, et plus centrée sur une identité historique, ethnique et culturelle.

Au cours du XIXe siècle, la lecture messianique qui préconisait la libération politique d'Israël par un roi-messie recule à mesure que les populations juives se laïcisent. Cette lecture messianique réactivée par Don Isaac Abarbanel suite à l'expulsion des Juifs d'Espagne cède ainsi du terrain -tout en s'y adaptant - face à des idéologies "modernes": socialisme, libéralisme, rationalisme et nationalisme[1].

Une des premières manifestations nationalistes est la rédaction du livre « Rome et Jérusalem », par Moses Hess en 1862 : impressionné par le succès de l'unité italienne, l'auteur, par ailleurs proche de Karl Marx, y appelle à la création d'un État juif.

En 1869, l'Alliance israélite universelle crée l'école agricole de Mikvé-Israël près de Jaffa, à l'instigation de Charles Netter, un de ses fondateurs. De cette école vont sortir des générations d'agriculteurs juifs. Il y aura quelques autres initiatives dans les années 1870, montrant un intérêt en développement pour la terre de la sainteté.

[] L'antisémitisme

affiche antisémite française de 1889 - cliquez pour agrandir
affiche antisémite française de 1889 - cliquez pour agrandir

Une attitude hostile aux Juifs n'est pas nouvelle. Pour les chrétiens, les Juifs avaient fait crucifier Jésus, et surtout refusé la nouvelle religion.

En 1873, une nouvelle terminologie apparaît : l'antisémitisme. Le mot est dû à un journaliste de Hambourg, Wilhelm Marr. L'antisémitisme se veut une idéologie nationaliste et laïque « moderne », rejetant les Juifs non plus pour des raisons religieuses, mais parce qu'ils seraient un peuple sémite moyen-oriental inassimilable en Occident. Au-delà de cette innovation, les préjugés traditionnels chrétiens contre les Juifs sont largement repris.

L'antisémitisme et l'hostilité aux Juifs se répandent largement autour des grandes concentrations juives d'Europe orientale.

Selon la thèse de Léo Pinsker, ce serait l'intégration progressive des Juifs dans la vie moderne qui aurait provoqué cette réaction : les Juifs n'étaient pas aimés mais ne gênaient guère quand ils vivaient à part. À compter de leur pénétration progressive dans le monde moderne, ils deviennent des concurrents directs et beaucoup plus visibles.

En 1881, des pogroms sanglants se produisent dans l'empire tsariste contre les Juifs. Beaucoup d'entre eux en concluent qu'il n'y a pas d'avenir pour les Juifs en Europe orientale. C'est le début d'un grand mouvement d'émigration qui mènera 4 millions de Juifs d'Europe orientale à quitter cette région entre 1880 et 1920. La plus grande masse ira en Amérique du Nord, mais d'autres iront en Europe occidentale, en Amérique du Sud, et même en Palestine.

[] Les origines du sionisme : synthèse

Le sionisme naît vers 1880 à la rencontre de quatre conditions :

  • La définition traditionnelle du peuple juif portée par la Bible et les rabbins. À côté d'un volet religieux fondamental, cette définition traditionnelle a toujours insisté sur le fait que les Juifs étaient aussi un peuple, disposant en droit d'une « pays dont l?Éternel, ton Dieu, te donne la possession[2] ».
  • La laïcisation d'une partie des Juifs. Les rabbins s'opposant à la création d'un nouvel État juif avant la venue du messie, l'émancipation d'une partie de la communauté de l'autorité de ses rabbins était fondamentale.
  • Le développement du nationalisme en Europe. Celui-ci a donné le cadre de la révision du projet juif. Il ne s'agit plus dans cette optique de maintenir l'ancienne religion, mais surtout d'obtenir un État, but fondamental de tout nationalisme.
  • L'antisémitisme. C'est son développement à partir des années 1870 qui donne le moteur transformant une réflexion intellectuelle en un projet de départ hors d'Europe, et de constitution d'un État spécifique où les Juifs pourraient vivre ensemble et se protéger.

[] Les prémices du sionisme ? 1880-1897

Cette période va de la parution de « Auto-émancipation » à la réunion du premier congrès sioniste mondial.

[] Les amants de Sion et la première aliyah

un groupe de Bilouïm de la 1er aliyah, en Keffieh
un groupe de Bilouïm de la 1er aliyah, en Keffieh

Après les sanglants pogroms de 1881, un médecin d'Odessa, Léon Pinsker, publie à Berlin en septembre 1882 « Auto-émancipation », le premier vrai manifeste sioniste (le terme n'existe pas encore). Il y prédit que le développement de l'antisémitisme ira croissant au fur et à mesure de la modernisation des sociétés européennes, et au fur et à mesure que les Juifs se trouveront en concurrence avec leurs voisins. Il en conclut que les Juifs doivent quitter l'Europe et créer leur propre État. Il est à noter qu'il ne le revendique alors pas forcément en terre sainte.

En parallèle, des organisations commencent à apparaître. Des jeunes gens et des étudiants fondent le groupe « Bilou » (Beith Israël Lekhou Vena'ale). On parlera souvent des pionniers de la première Aliyah comme étant les "Bilouïm".

Très rapidement, Léon Pinsker prend la direction de la Ahavat zion, ou Ahavat sion. Il s'agit d'un réseau, d'ailleurs peu structuré, de sociétés qui regroupent "tout fils d?Israël qui admet qu'il n'y a pas de salut pour Israël tant qu'un gouvernement juif ne sera pas installé en terre d'Israël".

Le premier groupe a été créé en 1881 par des étudiants de Saint-Pétersbourg, avant la parution du livre de Pinsker. Il y aura rapidement une centaine de sociétés, surtout dans l'empire russe, mais aussi en Roumanie. Les membres sont appelés « Amants de Sion » (Hovevei Sion ou Hovevei Tzion). Leur but est d'organiser l'émigration de Juifs vers la Palestine (alors partie intégrante de l'empire ottoman).

L'émigration des « Amants de Sion » et celle des « Bilouïm » se déroulent surtout dans les années 1880, dans le traumatisme suivant les pogroms de 1881. On l'appelle la « première aliyah» (mot signifiant « montée » en hébreu, au sens de « montée vers Eretz Israël »). Elle ne touche qu'environ 10 000 personnes. Elle fait face à une administration ottomane assez hostile, qui la freine.

Ses militants, peu organisés, forment la base de ce qu'on appellera le « Nouveau Yichouv » (Yichouv signifie « communauté juive en Eretz Israël »). Ils rencontrent en Palestine les membres de « l'ancien Yichouv », soit environ 25 000 Juifs très religieux, plutôt séfarades (avec une minorité ashkénaze). Ces Juifs pieux sont essentiellement concentrés dans les quatre villes saintes de Jérusalem, Tibériade, Safed et Hébron.

Séfarades contre Ashkénazes, traditionalistes contre modernes, population dirigée par ses anciens contre jeunes militants, religieux contre laïcs, orientaux contre européens, sionistes contre anti-sionistes (rappelons que les rabbins considéraient que seul le Messie pouvait recréer l'État juif): les relations seront parfois compliquées, voire hostiles.

Cette première vague d'immigrants est historiquement importante, malgré son influence démographique limitée :

  • Elle crée des villages sur la côte de Palestine (Rishon LeZion en 1882, Rosh Pina, Petah Tikva, Zihron Yaakov, Gedera?), qui deviendront pour beaucoup des villes, et qui expliquent encore aujourd'hui une partie de la géographie urbaine d'Israël.
  • Elle rend crédible l'idée de l'émigration vers Eretz Israël.
  • À travers l'un de ses membres, Eliezer Ben Yéhouda, elle crée l'hébreu moderne.

Les colonies juives agricoles de la première Aliyah seront fortement aidées, à compter de 1883, par les financements du baron Edmond de Rothschild, qui apparaît ainsi comme l'un des hommes clefs de ce premier sionisme. Après 1899, la Jewish Colonization Association, fondée par le baron Maurice de Hirsch en 1891, prendra le relais financier, et participera aussi à l'achat de terre en Palestine et à l'aide aux colonies agricoles.

[] Eliezer Ben Yéhouda et l'hébreu moderne

L'hébreu n'était plus utilisé comme langue parlée par les Juifs depuis bien avant la chute du dernier royaume juif. Les Juifs de Judée avaient adopté l'araméen comme langue vernaculaire bien avant la naissance de Jésus-Christ. L'hébreu était devenu une langue purement religieuse.

À compter du début du XIXe siècle, on voit réapparaître une littérature laïque en hébreu. Elle est gênée par un vocabulaire religieux et étranger au monde moderne. Une certaine modernisation commence donc à poindre.

Ben Yéhouda va systématiser cette entreprise de modernisation. Il considère que l'hébreu doit devenir la langue parlée par les Juifs en Palestine. À ce titre, il entend en faire une langue moderne.

Il reprend la prononciation des Juifs séfarades, qu'il considère plus conforme à l'originale, et crée des centaines de mots nouveaux, adaptés aux besoins d'une société moderne et scientifique. C'est la base de l'hébreu actuellement parlé en Israël. Il est à noter que les religieux juifs traditionnels se sont fortement opposés à cette entreprise : pour eux, l'hébreu devait rester la langue de la Bible.

[] Les prémices du sionisme : synthèse

Les constructions institutionnelles restent faibles, voire marginales. Le développement d'une "langue nationale" modernisée est cependant un événement fondamental.

Au plan démographique, le "nouveau Yishouv" sioniste reste numériquement inférieur en nombre à l'"ancien Yichouv" religieux. Mais un ensemble de villages commence à apparaître, autour desquels se structurera le paysage humain du XXe siècle.

Quand aux débats idéologiques, ils sont presque absents de la période.

Mais au delà de ses limites, cette période formatrice a créé une dynamique qui s'amplifiera au cours des décennies à venir.

[] La fondation de l'Organisation sioniste mondiale et la seconde aliyah ? 1897-1918

Au milieu des années 1890, une idéologie sioniste existe déjà. Le terme "sionisme" lui-même a été créé par Nathan Birnbaum en 1886. Il s'impose progressivement dans les années 1890.

Ce proto-sionisme a son organisation, son objectif territorial, ses premiers militants. Mais son influence reste très marginale, et son organisation est très limitée.

Le changement va venir de Theodor Herzl (1860-1904).

[] Theodor Herzl

Theodor Herzl - Gde version->
Theodor Herzl - Gde version->

En 1894, ce journaliste hongrois assiste à Paris à la dégradation du Capitaine Dreyfus, sous les cris de "Mort aux Juifs". Il indiquera plus tard que cette situation avait été un choc pour lui. L'Autriche était un pays où l'antisémitisme était développé. Mais la France était censée être immunisée contre l'antisémitisme. C'était le pays qui, le premier au monde, avait donné une totale égalité civique aux Juifs, en 1791. C'était aussi le pays qui avait donné la nationalité française aux Juifs indigènes d'Algérie en 1871 (décret Crémieux). Elle représentait la modernité occidentale en marche vers plus d'égalité.

Herzl avait tiré comme conclusion de sa déception qu'il était illusoire pour les Juifs de chercher leur salut dans l'assimilation, et qu'ils devaient posséder leur propre État, refuge pour tous les Juifs persécutés.

En 1895, il adhère à la thèse du sionisme et le 15 février 1896, il publie Der Judenstaat (L'État des juifs), un livre dans lequel il appelle à la création d'un État pour les Juifs. Espérant le soutien des grandes puissances, il le fait en tentant de se placer dans la continuité des idéologie coloniales de l'époque : « Pour l'Europe, nous formerons là-bas un élément du mur contre l'Asie ainsi que l'avant-poste de la civilisation contre la barbarie[3] ».

Theodor Herzl n'est pas un grand théoricien. Son ?uvre théorique est modeste. Il a par contre été un bon organisateur, fédérant et orientant un sentiment nationaliste plus ou moins diffus, qui peinait à s'organiser.

[] Les congrès sionistes - définition des objectifs et des moyens

[] Le premier congrès et la fondation de l?Organisation sioniste mondiale

En 1897, Herzl convoque à Bâle (en Suisse) le premier congrès sioniste mondial. Il aurait souhaité que toutes les communautés juives envoient des représentants. En fait, le congrès est un succès limité. Herzl est encore peu connu, et sa capacité d'attraction l'est donc aussi.

Deux cent quatre délégués se présentent cependant, surtout en provenance d'Europe centrale et orientale, et le congrès de Bâle est généralement cité comme étant le véritable début du sionisme.

Le congrès va prendre plusieurs décisions :

  • Le sionisme a pour but la création d'un foyer national juif.
  • L'organisation sioniste mondiale (OSM) est créée pour coordonner l'action politique sioniste au niveau mondial. Theodor Herzl en est nommé son premier président.
  • L'OSM agira au niveau diplomatique pour faire reconnaître les objectifs du sionisme par les grandes puissances.
  • Des congrès auront lieu régulièrement pour coordonner les actions.

Fait important, l'OSM n'est pas une organisation exclusive exigeant le monopole de la représentation politique du sionisme. Les partis politiques qui le souhaitent pourront se constituer et adhérer au mouvement sioniste mondial.

[] La structuration du Sionisme : institutions sionistes et travail politique

Le congrès de Bâle avait posé des principes et des projets. Restait à les mettre en ?uvre. Pendant les années suivantes, Herzl et les premiers sionistes mènent une propagande importante au sein des communautés, surtout européennes.

Ils mènent aussi une action diplomatique intense auprès des grandes puissances de l'époque.

L'Organisation sioniste mondiale tente prioritairement de négocier avec le Sultan Ottoman, auquel appartient la Palestine, par le biais de l'empereur allemand Guillaume II, mais sans succès.

Le grand objectif de Herzl devient alors d'obtenir qu'une puissance coloniale accepte d'établir une colonie de peuplement juive en Palestine. À l'époque, cette idée de colonie de peuplement est un aspect parfaitement admis du discours et de la pratique coloniale (Afrique du Sud, Algérie, Nouvelle-Zélande, Canada, Australie?).

Dans le même temps, il ne faut pas provoquer de rupture entre les sionistes et l'empire ottoman, gestionnaire de la Palestine, qui pourrait se sentir menacé et interdire toute immigration. Aux Ottomans, Herzl fait donc valoir que les Juifs apporteront compétences techniques et capitaux, gages d'une modernisation du pays.

En 1898 et 1899, de nouveaux congrès sionistes ont lieu à Bâle, à chaque fois avec un peu plus de succès.

Lors du troisième congrès, en 1899, le lancement de la Banque coloniale juive est décidé. Elle est chargée du financement des activités d'achats de terres en Palestine.

En 1900, le quatrième congrès sioniste se tient à Londres.

En 1901, le cinquième congrès sioniste décide à Bâle la création :

  • du Fonds national juif, chargé de l'achat des terres en Palestine. Cette politique est l'une des sources de l'hostilité arabe, car bon nombre de terres vendues sont des métairies dont les fermiers sont expulsés par les propriétaires fonciers (souvent des notables syriens).
  • du Keren Kayemeth LeIsrael (K.K.L.), chargé de la gestion des terres achetées dans l'intérêt de l'ensemble des Juifs de Palestine. Le KKL est encore aujourd'hui la base du domaine foncier public israélien. Le modèle de propriété collective des terres achetées (qui ne signifie pas forcément une gestion collective) sera le modèle dominant d'appropriation de la terre par les Juifs en Palestine.

En 1902, Theodor Herzl publie un roman d'anticipation "Terre ancienne, terre nouvelle", dans lequel il évoque la vie dans le futur État et décrit le sionisme comme « un poste avancé de la civilisation, un rempart de l'Europe contre l'Asie, s'opposant à la barbarie ».

[] L'option territorialiste ? 1903-1905

Voir l'article détaillé Sionisme territorialiste.

Depuis les prémices du sioniste, la Palestine était au centre du projet d'un État juif. Mais l'hypothèse palestinienne avait une grosse faiblesse : la Palestine faisait partie de l'empire ottoman, et celui-ci n'avait aucun intérêt à « donner » la Palestine aux Juifs.

1903 est l'année des terribles pogroms de Kichinev. Ceux-ci seront suivis par une série d'autres pogroms jusqu'en 1906. L?émotion dans le monde occidental est grande, tant les pogroms ont été sanglants.

Cette émotion est une des raisons pour lesquelles le gouvernement britannique de Chamberlain propose en 1903 à Theodor Herzl de donner à l'OSM une partie de l'Ouganda de l'époque (dans l'actuel Kenya), pour y créer un "Foyer national juif".

Hostile à l'abandon de la Palestine, le sixième congrès sioniste de 1903 se divise fortement. Une commission est cependant envoyée sur place.

En 1905, le septième congrès sioniste se tient à Bâle. Il y est décidé de repousser définitivement la proposition de l'Ouganda, ainsi que toute alternative à la Palestine.

Les «territorialistes», qui voulaient absolument « un territoire », considèrent que refuser un État, où qu'il soit, est suicidaire compte tenu de l'attitude des Ottomans. Les plus décidés des territorialistes (une petite minorité) opèrent une scission. Ils créent l' « Organisation juive territorialiste », menée par Israël Zangwill. L'organisation n'aura guère de succès et entrera dans un rapide déclin après la déclaration Balfour de 1917, qui la rend inutile. Elle sera dissoute en 1925.

On peut voir dans la question du territorialisme les débuts d'un débat qui va agiter de façon récurrente le mouvement sioniste jusqu'au début du XXIe siècle : l'objectif premier du sionisme est-il de créer un État pour les Juifs (dont les frontières sont somme toute d'une importance relative), ou est-il de créer un État impérativement dans les frontières bibliques d'Eretz Israël ?

La période 1903-1905 n'a pas seulement tourné autour de la question territorialiste :

  • L'année 1903 voit aussi la création de l'Anglo-Palestine Bank (future Banque Leumi LeIsraël).
  • Theodor Herzl décède en 1904. David Wolffsohn (1856-1914), prend la direction du mouvement sioniste.
  • Toujours en 1904, le Comité de la langue hébraïque (Va'ad Halashon) est créé pour prolonger l'?uvre de Ben Yehouda et faire la promotion de l'hébreu (et non du yiddish ou de l'allemand, comme l'envisageaient certains) comme langue du foyer national juif.

[] Les derniers congrès avant la première guerre mondiale

En 1907, le huitième congrès sioniste se tient à La Haye. Il voit s'opposer deux tendances, qui existaient depuis plusieurs années, mais dont les débats se durcissent lors de ce congrès. Jusqu'alors, la majorité de l'OSM s'étaient montrée réticente (comme Herzl lui-même) face à la colonisation de la Palestine ("sionisme pratique").
Elle estimait qu'il fallait une "charte", c?est-à-dire un statut juridique officiel (ottoman ou international) avant de commencer une implantation juive de masse. D'où la priorité donnée à l'action diplomatique et le nom donné à cette approche : "sionisme politique". Haïm Weizmann apparaît avec la gauche comme un tenant d'une action plus décidée sur le terrain. L?opposition "pratique" obtient en 1907 un renforcement des actions en Palestine, mais l'orientation "politique" fondamentale de l'OSM n'est pas remise en cause.

En 1909, le neuvième congrès sioniste se tient à Hambourg. Sionistes "pratiques" et "politiques" continuent de s'y opposer. Les seconds restent dominants.

En 1911, le dixième congrès sioniste se tient à Bâle. Ce congrès est important, en ce qu'il modifie la politique de l'organisation. Les factions "pratiques" et "politiques" arrivent en effet à un accord, et décident d'?uvrer vers un sionisme "synthétique", agissant dans les deux directions. Concrètement, plus de moyens sont dégagés pour aider les pionniers de la seconde Aliyah.

En 1913, le onzième congrès sioniste se tient à Vienne.

[] La première guerre mondiale

En 1914 commence la Première Guerre mondiale. Elle aura un impact décisif sur le succès du sionisme.

Les Ottomans entrent en guerre aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche, et donc contre la France, le Royaume-Uni, l'Italie et l'empire tsariste.

Chacune des quatre puissances opposées à l'empire ottoman a des visées territoriales sur celui-ci, de façon plus ou moins officielle:

C'est dans ce cadre, que l'action sioniste en faveur de la création d'une colonie de peuplement en Palestine sous mandat d'une grande puissance intéresse le Royaume-Uni. Dès 1915, le leader sioniste britannique, Haïm (ou Chaïm) Weizmann, entreprend de convaincre la direction britannique de l'intérêt pour elle de soutenir la cause sioniste, au départ sans grand succès.

En 1916, les accords secrets Sykes-Picot entre la France et le Royaume-Uni divisent l'empire ottoman en cas de victoire, et accordent au Royaume-Uni les zones qu'elle convoite.

En 1917, Lord Balfour, représentant le gouvernement britannique, adresse à Haïm Weizmann une lettre, la "déclaration Balfour", par laquelle il indique que le Royaume-Uni est favorable à l'établissement d'un « Foyer national juif » en Palestine. Cette lettre n'est pas un engagement juridiquement contraignant, mais elle représente un formidable encouragement pour le sionisme. La lettre semble avoir eu deux objectifs : avancer dans la constitution d'une colonie de peuplement pro-britannique près du canal de Suez, et se rallier les Juifs américains, alors que le Royaume-Uni essayait à tout prix de convaincre les États-Unis de rentrer en guerre à ses côtés.

La déclaration Balfour est par contre mal reçue dans le monde arabe. Selon une expression célèbre, « un peuple donnait à un autre peuple la terre d'un troisième ». Il est aussi à noter que les Britanniques avaient déjà promis à Hussein ibn Ali, chérif de La Mecque la création d'un grand royaume arabe unitaire sur le Moyen-Orient. Il s'agissait d'obtenir la contribution militaire des nationalistes arabes à l'affaiblissement de l'Empire ottoman (voir Lawrence d'Arabie). La "déclaration Balfour" était donc en contradiction avec cette première promesse.

Fin 1917, poursuivant les troupes ottomanes en retraite, les Britanniques prennent possession de la Palestine (prise de Jérusalem le 11 décembre). Ils y resteront jusqu'en 1948.

[] La création des partis politiques

Après le premier congrès sioniste de Bâle, des partis politiques sionistes, ou au moins des courants de pensée, se sont rapidement organisés.

[] Les libéraux

Bien qu'on se trouve ici dans la partie consacrée aux partis politiques sionistes, les libéraux ne formeront un vrai parti qu'en 1922. Ils ont cependant existé bien avant et ont eu une influence déterminante sur la naissance du sionisme.

Le terme de "sionistes généraux" commence à être utilisé peu de temps après la création de l'OSM, pour désigner un courant de pensée qui reste très proche de l'Organisation sioniste mondiale qui vient de se créer, et qui refuse de se structurer dans un parti spécifique, contrairement aux courants de gauche de l'époque. Les "sionistes généraux" sont des indépendants, peu intéressés par les jeux des partis et les grands débats idéologiques. On voit cependant très tôt apparaître des associations ou "factions", à travers lesquelles ils s'expriment. Ils restent majoritaires dans l'OSM jusqu'aux années 1920. En 1922, divers groupes et factions établissent l'Organisation des sionistes généraux.

Quoique réticents devant les débats idéologiques, ils se réclament du libéralisme économique et politique. Ils attirent surtout la bourgeoisie et les classes moyennes de la diaspora juive, et plus tard du Yichouv (la communauté juive en Palestine).

Ils sont modérés, aussi bien en matière de nationalisme qu'en matière politique.

Par bien des aspects (notamment son pragmatisme, son assise sociale bourgeoise, ses choix économiques et son insistance sur l'action diplomatique), le « sionisme général » est le courant de pensée le plus proche de Herzl. Haïm Weizmann, qui obtiendra la déclaration Balfour, était membre de ce courant de pensée.

Sur le front du sionisme pionnier, en Palestine, le « sionisme général » manque de militants. Ceux-ci sont dominés nettement pas les représentants des partis de la gauche sioniste. Mais dans les congrès sionistes, les libéraux seront dominants jusque vers 1930.

Compte tenu de son assise sociale plutôt bourgeoise, la capacité du « sionisme général » à collecter des fonds pour l'installation des Juifs en Palestine sera précieuse pour le mouvement sioniste.

[] La gauche marxiste

En 1905-1906, le Poale Zion (l'ouvrier de Sion) est fondé sur la base d'associations « Poale Zion » qui existaient depuis quelque temps en Europe orientale et aux É.-U.. Ce parti marxiste attire à lui les militants de la gauche nationaliste déçus par le rejet du sionisme par le Bund ("Union générale des travailleurs juifs"), parti marxiste d'Europe orientale, fondé en 1897.

Le dirigeant du nouveau parti est un intellectuel né en Ukraine tsariste, Ber Dov Berochov (1881-1917). Celui-ci réalise la synthèse entre le marxisme et le nationalisme juif. Dans son optique, la seule oppression n'est pas l'oppression de classes, et le seul moteur de l'histoire n'est donc pas la lutte de classes. L'oppression nationale, et donc les luttes de libération nationale, peuvent être aussi de puissants moteurs de l'évolution historique.

Le Poale Zion critique deux aspects du sionisme de Herzl:

  • l'insistance de ce dernier sur l'action diplomatique. Sans rejeter celle-ci, le Poale Zion considère qu'il doit y avoir un sionisme des faits, centré sur la colonisation juive de la Palestine, sans attendre le soutien ou l'accord des grandes puissances.
  • l'acceptation par Herzl de l'ordre social établi. Le Poale Zion entend mener lutte de libération nationale et lutte d'émancipation sociale sur le même plan. Ce sont les travailleurs juifs qui créeront l'État juif, et non les diplomates ni les bourgeois.

En pratique, le Poale Zion est pleinement intégré à l'Organisation sioniste mondiale (OSM). Entre la lutte de classes et la lutte nationale, il fera au final toujours passer en premier la lutte nationale, recherchant pour cela l'alliance des autres factions sionistes, y compris les « bourgeois » des sionistes généraux. De fait, au-delà de son idéologie, le Poale Zion apparaît progressivement comme un parti réformiste, à l'origine de l'actuel parti travailliste israélien.

David Ben Gourion rejoint un groupe local de Poale Zion en 1904. En 1906, des branches du parti ont été formées dans plusieurs pays, dont l'Autriche et surtout la Palestine.

Dans les années suivant la fondation du parti, celui-ci connaîtra plusieurs scissions, essentiellement celle du Poale Zion Gauche, nouveau parti basé sur les mêmes principes idéologiques, mais réclamant une pratique plus authentiquement révolutionnaire, moins réformiste.

Tant le Poale Zion que le Poale Zion Gauche participeront à la révolution de 1917. Bon nombre de membres du Poale Zion Gauche rallieront d'ailleurs le parti bolchévique après cette date. On en reverra certains en Palestine, comme agents de la IIe internationale.

Le Poale Zion Gauche est également l'une des origines du futur grand parti de l'extrême-gauche sioniste, le Mapam, qui rejoindra plus tard l'actuel Meretz.

[] La gauche non marxiste

Le parti Ha?poel Hatzaïr (jeune travailleur) est formé en 1905 par Aharon David Gordon. L'idéologie est largement inspirée du socialisme populiste russe et de l'?uvre de Tolstoï. L'objectif est de créer un socialisme agricole, très marqué par l'anti-autoritarisme, voire l'anarchisme. La lutte des classes est considérée comme dangereuse du point de vue de la construction d'un foyer national juif.

Les points communs sont cependant nombreux avec le Poale Zion: il s'agit de créer un État des travailleurs, dans une optique progressiste, sans se couper des tendances plus conservatrices du mouvement sioniste. L'attachement au sionisme pionnier, surtout intéressé par les réalisations concrètes, est également particulièrement développé.

Le Ha?poel Hatzaïr aura lui aussi sa dissidence de gauche, le Hachomer Hatzaïr, qui jouera également un rôle important dans le développement futur du Mapam.

Il est à noter que les kibboutzim, communautés rurales collectivistes et influencées par l'anarchisme (pas ou peu d'élections, direction par l'assemblée générale) sont, à l'origine, un projet politique et social du Ha?poel Hatzaïr. Le premier pré-kibboutz sera fondé en 1909.

[] Le nationalisme religieux

On a indiqué que les rabbins orthodoxes étaient hostiles au sionisme, parce qu'ils considéraient majoritairement que Dieu avait décidé de la dispersion du peuple juif, en punition de ses péchés. Seul Dieu, par l'intermédiaire du Messie, pouvait donc restaurer Israël. Toute tentative anticipée était non seulement vouée à l'échec, mais risquait d'attirer la colère divine. À cette hostilité théologique s'ajoutait aussi une hostilité au laïcisme parfois agressif (surtout à gauche) des sionistes.

Pourtant, dès les années 1840, un courant minoritaire est apparu chez les religieux ashkénazes d'Europe orientale. Pour ce courant, c'est au contraire un commandement divin pour les Juifs que de s'installer en terre sainte. Le suivi de ce commandement pourrait même accélérer le retour du Messie.

En 1891, une association sioniste religieuse, le Mizrahi (oriental), est formée sur la base de ces idées. Elle donnera naissance en 1902 à un véritable parti politique portant le même nom. Ce parti est plus connu en français sous le nom de "Parti National Religieux", ou PNR (MAFDAL, selon son acronyme hébreu).

Le PNR est à l'origine un parti assez modéré, à la rencontre de la modernité et de la tradition. Il est clairement très minoritaire dans un mouvement sioniste qui est lui-même assez minoritaire dans le monde juif occidental, et plus encore dans le monde juif oriental.

[] Les non-sionistes

Bien qu'ils sortent du cadre du présent article, il faut connaître les autres partis juifs, dans la mesure où ils auront des débats, des conflits et parfois des accords avec les sionistes.

  • Agoudat Israel : c'est un parti politique juif fondé en 1912 à Katowice (Pologne actuelle, à l'époque Empire russe) comme bras politique du judaïsme orthodoxe. Il existe aujourd'hui en tant que parti politique en Israël. Il était à l'origine très vigoureusement anti-sioniste.
  • Le Bund : fondé en 1897, il défend les travailleurs juifs et vise à une autonomie culturelle et politique, mais non-territoriale, des Juifs en Europe orientale, dans le cadre d'une future société socialiste. Il pratique une forme de nationalisme atténué, mais n'est pas sioniste, car il considère que les Juifs ont droit à un avenir au sein de leur pays d'origine.
  • On trouve enfin des militants juifs dans de nombreux partis en Europe, surtout à gauche.

[] Les partis politiques sionistes : synthèse

On trouve trois grandes familles :

  • un sionisme de gauche, marxiste ou non-marxiste, qui sera dominant en Palestine puis en Israël du début du siècle jusqu'en 1977, et qui a profondément marqué l'histoire du sionisme et d'Israël.
  • Un sionisme de droite modéré, libéral, à l'époque assez peu influent en terre sainte, mais plus important dans la diaspora, et dominant dans l'Organisation sioniste mondiale.
  • Un sionisme religieux, à l'époque peu influent et assez modéré.

Ces partis sont, à l'époque, encore minoritaires au sein du judaïsme occidental, mais ils influencent grâce à leurs militants un nombre croissant de Juifs. Ce sont (surtout à gauche) les acteurs fondamentaux du sionisme sur le terrain (en Palestine et en diaspora), plus que l'Organisation sioniste mondiale qui se concentre progressivement sur l'action diplomatique et institutionnelle.

[] L'immigration

De 1903 à 1906, la Russie tsariste connaît une vague de pogroms particulièrement violents et traumatisants, ainsi que d'importants troubles politiques dus à la guerre russo-japonaise (perdue par la Russie) et à la révolution manquée qui suit (dite « Révolution russe de 1905 »).

Tout comme les pogroms de 1881 avaient fait naître les « Amants de Sion » et provoqué une première aliyah, les pogroms de 1903-1906 accélèrent la naissance des partis politiques sionistes, et provoquent une grande vague d'émigration. Ce sont près d'un million de Juifs qui quittent l'empire tsariste entre 1903 et 1914. 30 000 à 40 000 iront vers la terre sainte: c'est la seconde aliyah.

Jeunes, très marqués à gauche, très bien organisés, ils marqueront en profondeur le Yichouv. La plupart des dirigeants sionistes de la Palestine jusqu'aux années 1950 seront issus de leurs rangs. On peut ainsi citer David Ben Gourion (émigration en 1906) et Yitzhak Ben-Zvi.

[] Faits marquants

En 1906, le premier lycée hébraïque est fondé à Jaffa, tout comme l'École des Arts Bezalel à Jérusalem.

En 1909, un petit bourg juif à proximité de Jaffa est fondé et deviendra la ville nouvelle de Tel-Aviv. Le kibboutz Degania Alef, la « mère des kibboutzim », est fondé la même année. On note aussi des incidents entre Juifs et Arabes en Galilée, qui aboutissent à la création de la première milice juive, le Hashomer (« la garde »). Dans la ville de Jérusalem, le rapport entre Séfarades et Ashkénazes s'inverse du fait de l'immigration sioniste, presque entièrement ashkénaze.

En 1914, lorsque l'empire ottoman entre en guerre, le Yichouv (communauté juive de Palestine) compte environ 85 000 personnes sur une population totale de 725 000 habitants : environ 12% de la population totale.

La Première Guerre mondiale affaiblit considérablement le Yichouv. Les citoyens des puissances en guerre contre l'empire ottoman, en particulier les Russes, sont arrêtés ou expulsés. Or, les immigrants juifs sont souvent d'origine russe. Lors de l'arrivée des Britanniques, la population juive n'est plus que de 56 000 âmes. Mais elle remonte très vite à 83 000 personnes fin 1918, grâce au retour rapide des expulsés.

[] La période 1897?1918: synthèse

La période 1897?1918 a été décisive pour le mouvement sioniste. Une organisation mondiale (en fait surtout européenne et nord-américaine) a vu le jour. Elle a ses banques, ses diplomates et ses partis politiques.

L'opposition entre un sionisme pionnier et un sionisme diplomate est restée au final essentiellement théorique. Le sionisme pionnier a commencé à créer un état de fait sur le terrain, et le sionisme diplomate (souvent appelé « sionisme politique ») a obtenu un succès immense en obtenant du Royaume-Uni la promesse d'un « Foyer national pour les Juifs en Palestine ».

La réaction arabe est encore peu importante, mais commence à s'exprimer. Pour les Arabes de Palestine, en particulier, l'opposition à ce que la terre où ils habitent soit donnée à d'autres est très forte, et la crainte d'une dépossession grandit.

[] Le Foyer national juif ? 1919-1947

Cette période précède la création de l'État d'Israël.

En pratique, la période 1919-1947 permet la création d'un proto-État juif sur le lieu des territoires israélo-palestiniens, avec son gouvernement, son parlement, son administration, sa police, son armée, sa diplomatie, sa population, son système économique, ses partis. En 1947, la décision par l'ONU de créer l'État d'Israël validera largement un état de fait pré-existant.

[] Le mandat de la SDN

le foyer national juif dans ses premières frontières (1920)
le foyer national juif dans ses premières frontières (1920)
le foyer national juif dans ses frontières après 1922
le foyer national juif dans ses frontières après 1922

Avec la Déclaration Balfour, le Royaume-Uni avait promis un « Foyer national juif » en Palestine. Mais il fallait maintenant pour les sionistes faire officialiser cette promesse. En février 1919, les représentants sionistes à la conférence de la paix de Paris demandent donc l'octroi d'un mandat sur la Palestine au Royaume-Uni, dont ils apparaissent comme les alliés privilégiés. Les puissances alliées se rangent à ce choix lors de la conférence de San Remo, en avril 1920. Le mandat britannique est officialisé par la Société des Nations (SDN) en juillet 1922.

Le mandat indique que le Royaume-Uni doit « placer le pays dans des conditions politiques, administratives et économiques qui permettront l'établissement d'un foyer national juif et le développement d'institutions d'auto-gouvernement ». Elle doit également « faciliter l'immigration juive et encourager l'installation compacte des Juifs sur les terres ».

Le mandat précise de façon beaucoup plus vague que le mandataire doit veiller à la préservation des droits civils et religieux de la population arabe (on ne parle pas de « droits politiques »). Cette différence de traitement sera fortement critiquée par les leaders arabes palestiniens, que ce soit par les radicaux regroupés autour du mufti, Haj Amin al Husseini, ou par les modérés regroupés autour de la famille Nashashibi.

[] La formation de l'Agence juive

Le mandat de la SDN prévoit de créer un système politique « autonome » en charge des Juifs, les Britanniques se réservant le volet militaire et les décisions fondamentales sous l'autorité d'un « haut-commissaire ». Il y en aura sept entre 1920 et 1948. Le premier d'entre eux est Sir Herbert Samuel, un Juif mais aussi un sympathisant sioniste.

Le système politique dans la communauté juive sera organisé autour d'une assemblée élue (Asefat ha-nivharim), avec une forme restreinte de « pouvoir législatif », et d'une « Agence juive» en charge du pouvoir exécutif. Les premières élections à l'Asefat ha-nivharim ont lieu en 1920. L'Agence juive est formée en 1922, comme une simple branche de l'OSM. On trouve aussi un Conseil National (Va'ad Leoumi) surtout administratif, s'occupant de l'éducation, des autorités locales, des affaires sociales et de la santé.

Le pouvoir de l'Assemblée juive est assez limité, et elle restera de peu d'influence réelle jusqu'à la création d'Israël en 1948, qui signe son remplacement par la Knesset. C'est en fait l'Agence juive qui va concentrer les pouvoirs au sein du Yichouv, particulièrement dans le nouveau Yichouv sioniste. Elle deviendra progressivement un véritable appareil étatique.

L'Agence juive verra son influence grandir en 1929 quand elle prend son autonomie de l'OSM et que les Juifs religieux non-sionistes acceptent de collaborer avec elle. Il ne s'agissait pas pour ces derniers de créer un état juif, mais de trouver une terre d'accueil aux nombreux juifs qui tentaient de quitter l?Europe centrale et orientale en proie à la montée de l'antisémitisme. Malgré cette limite, Il s'agit là d'un changement remarqué dans le très fort rejet du sionisme que portait ce courant de pensée. Il ne s'agit pas d'un ralliement idéologique, mais du début d'un mouvement d'acceptation d'un État juif.

Il est à signaler que l'Agence juive s'est rapidement dotée d'un bras armé : la Haganah. Celle-ci est formée initialement à Jérusalem en 1920, après des émeutes anti-juives. Elle est généralisée par l'Agence juive au début des années 1920 en tant que milice chargée de défendre le Yichouv contre d'éventuelles attaques arabes. La Haganah n'est pas reconnue par la puissance mandataire, et les relations entre celle-ci et la milice juive oscilleront au gré des époques, allant de l'indifférence à la répression, en passant par l'alliance (pendant la « Grande révolte arabe »).

[] Le refus arabe de l'implication institutionnelle et du mandat

Les Britanniques proposeront aux représentants de la communauté arabe de créer également une « Agence » pour représenter leur communauté. Mais ces dirigeants refuseront, considérant qu'il y aurait eu là une reconnaissance du mandat pro-sioniste de la SDN et de sa validité.

Ce refus a sans doute limité les possibilités d'action des nationalistes arabes en Palestine (le nationalisme palestinien spécifique est encore en formation). Mais il aura aussi pour conséquence d'inquiéter la direction britannique.

Sans contester directement la présence britannique, les dirigeants arabes de Palestine contestent vigoureusement les termes du mandat, qui prévoient le renforcement indéfini de la présence sioniste en Palestine. Cette attitude est soutenue par les nationalistes arabes du Moyen-Orient. Dès les premières émeutes de 1920, les Britanniques se rendent compte que leur politique pro-sioniste risque de porter atteinte à leurs intérêts moyen-orientaux. En 1922, un premier « livre blanc » britannique (sous la direction de Winston Churchill, alors secrétaire aux colonies) propose de limiter l'immigration juive. Il y en aura d'autres au fur et à mesure du durcissement des oppositions. Cependant, jusqu'en 1939, le Royaume-Uni continuera à autoriser une large immigration juive.

L'opposition grandissante des Arabes amène cependant les Britanniques à revoir le territoire du « Foyer National Juif ». Celui-ci devait au début comprendre les territoires de ce que l'on appelle aujourd'hui: Israël (sans le Golan), la bande de Gaza, la Cisjordanie et la Jordanie.

Mais en 1922, il est décidé de détacher le territoire qui formera l'actuelle Jordanie (à l'époque « Émirat de Transjordanie ». C'est à la fois une décision destinée à rassurer les nationalistes arabes, et un geste en faveur de la famille des Hachémites (dont un des fils, Abdallah, reçoit l'émirat). Bien que réticente, l'Organisation sioniste mondiale accepte ce détachement.

[] L'immigration juive

La grande majorité des sionistes (on note quelques exceptions, comme celle de Ahad HaAm) considère après 1922 et l'obtention du mandat que le sionisme a maintenant deux objectifs concrets : bâtir des institutions nationales et encourager l'immigration juive.

La population juive passe de 83 000 à la fin de 1918, à 164 000 en 1930, puis à 463 000 en 1940 et à 650 000 lors du vote de la création d'Israël en 1947. La croissance vient de l'immigration, mais aussi d'une forte natalité. Pendant cette période, la population arabe double, passant de 660 000 à 1 200 000.

Comme pour les deux premières aliyah (1881-1902 et 1903-1914), ce sont les troubles antisémites en Europe qui ont rythmé les vagues d'émigration hors d'Europe, vers l'A