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Les Cyclades
La toison d\'or
Grèce
Les Cyclades, Grèce, 31 mai 2007

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Livres
L'art des cyclades du début à la fin de l'âge du bronze, 2500-1100 avant notre ère.

Zervos Christian
L'art égéen. bibliothèque d'histoire de l'art.

Charbonneaux Jean
Paris/ G. Van Oest, 1929
Ténos et les cyclades : Du milieu du IVe siècle av. JC au milieu du IIIe siècle apr. JC
EUR 96,00
Roland Etienne
Ecole française d'Athènes
Cyclades : Matériaux pour une étude de géographie historique
Cyclades : Matériaux pour une étude de géographie historique

Rougemont
CNRS Editions

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Histoire des Cyclades

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Carte des Cyclades
Carte des Cyclades

Les Cyclades (en grec : ???????? Kykládes) sont les îles grecques de la mer Égée méridionale. L'archipel comprend environ 2 200 îles, îlots et îlots-rochers. Seules trente-trois îles sont habitées. Pour les anciens, elles formaient un cercle (en grec ancien ?????? / kúklos) autour de l'île sacrée de Délos, d'où le nom de l'archipel. Les plus connues sont, du nord au sud et d'est en ouest : Andros, Tinos, Myconos, Naxos, Amorgos, Syros, Paros et Antiparos, Ios, Santorin, Anafi, Kéa, Kythnos, Sérifos, Sifnos, Folégandros et Sikinos, Milos et Kimolos, auxquelles on peut ajouter les petites Cyclades : Iraklia, Schinoussa, Koufonissia, Kéros, Donoussa ainsi que Makronissos entre Kéa et l?Attique, Gyaros en face d?Andros, Polyaigos à l?est de Kimolos et Thirassia, en face de Santorin. Elles reçurent aussi parfois le nom générique d?Archipel.
Les îles sont en position de carrefour entre l'Europe et l'Asie mineure, l'Europe et le Proche-Orient ainsi qu'entre l'Europe et l'Afrique. Dans les temps anciens, lorsque la navigation n'était que du cabotage et que les marins cherchaient à ne jamais perdre de vue la terre, elles jouaient un rôle essentiel d'étape. Jusqu'à une époque très récente, cette situation fit leur fortune : le commerce était une de leurs activités principales, et leur malheur : leur contrôle permettait aussi le contrôle des routes commerciales et stratégiques en Égée.

De nombreux auteurs les considéraient, voire les considèrent encore, comme une seule entité, comme une unité. Le groupe insulaire est en effet assez homogène d'un point de vue géomorphologique ; de plus les îles sont visibles les unes des autres tandis qu'elles sont nettement séparées des continents qui les entourent[1]. L'aridité du climat et des sols suggère aussi l'unité[2]. Si ces faits physiques sont indéniables, d'autres facteurs de cette unité sont plus subjectifs. Ainsi, chez certains auteurs, on peut lire, à tort, que la population insulaire serait restée, de toutes les régions de Grèce, la seule d'origine, n'ayant pas été mélangée à des apports extérieurs[3],[4]. Mais, les Cyclades ont malgré tout souvent connu des destinées différentes.

Leurs ressources naturelles et leur rôle potentiel d'étapes commerciales leur ont permis d'être peuplées dès le néolithique. Grâce à ces atouts, elles connurent une culture brillante au IIIe millénaire av. J.-C. : la civilisation des Cyclades (cycladique). Les puissances protohistoriques, minoenne puis mycénienne, y firent sentir leur influence. Les Cyclades connurent un nouvel apogée à l'époque archaïque (VIIIe siècle av. J.-C. - VIe siècle av. J.-C.). Les Perses cherchèrent à s'en emparer lors de leurs tentatives de conquête de la Grèce. Elles entrèrent alors dans l'orbite d'Athènes avec les ligues de Délos. Les royaumes hellénistiques se les disputèrent tandis que Délos devenait une grande puissance commerciale.
Les activités commerciales se poursuivirent donc durant les empires romains et byzantins. Elles furent cependant suffisamment prospères pour attirer la convoitise des pirates. Les croisés de la Quatrième croisade se partagèrent l'Empire byzantin et les Cyclades entrèrent dans l'orbite vénitienne. Les seigneurs féodaux occidentaux créèrent un certain nombre de fiefs dont le principal était le Duché de Naxos. Celui-ci finit par être conquis par l'Empire ottoman qui laissa une certaine autonomie administrative et fiscale aux îles. La prospérité économique se poursuivit, malgré les pirates. Aussi, l'archipel eut une attitude ambiguë lors de la guerre d'indépendance. Devenues grecques dès les années 1830, les Cyclades partagèrent l'histoire de la Grèce depuis lors. Elles connurent d'abord une phase de prospérité commerciale, toujours grâce à leur position géographique, avant que les routes commerciales et les moyens de transport changent. Elles souffrirent alors de l'exode rural. L'afflux des touristes apporta un renouveau. Mais, l'industrie touristique n'est pas de nos jours la seule ressource des Cyclades.

Antiparos, rocher aride ?
Antiparos, rocher aride ?
Carte historique des Cyclades pour le Voyage du jeune Anacharsis.
Carte historique des Cyclades pour le Voyage du jeune Anacharsis.

Sommaire

[] Préhistoire

[] Néolithique

Un bloc d'obsidienne.
Un bloc d'obsidienne.

Les plus anciennes traces d'activité (mais pas forcément d'occupation) dans les Cyclades ne furent pas découvertes dans les îles mêmes, mais sur le continent, en Argolide, dans la grotte de Franchthi. Des fouilles y ont mis au jour, dans une strate datée du XIe millénaire avant l'ère commune, de l'obsidienne provenant de Milos[5]. L'île volcanique était donc au moins exploitée voire habitée, pas forcément de façon permanente, et ses habitants étaient capables de naviguer et commercer sur une distance d'au moins 150 km.

Une installation définitive sur les îles ne pouvait se faire que par des sédentaires disposant d'une agriculture et d'un élevage pouvant exploiter les quelques plaines fertiles. Des chasseurs-cueilleurs auraient eu beaucoup plus de difficultés[5]. Le site de Maroula sur Kythnos a révélé un fragment d'os daté au Carbone 14 -7 500/-6 500 avant notre ère[6]. Les habitats les plus anciens sont celui de l'îlot de Saliango entre Paros et Antiparos[5],[7], celui de Kephala sur Kéa et peut-être les couches les plus anciennes de Grotta sur Naxos[5]. Ils remontent au Ve millénaire av. J.-C..

Sur Saliango (alors relié à ses deux voisines, Paros et Antiparos), des maisons de pierres sèches ont été retrouvées, ainsi que deux statuettes cycladiques. Les fouilles du cimetière de Kephala permettent d'estimer le nombre d'habitants entre quarante-cinq et quatre-vingts[5]. L'étude des squelettes a révélé des déformations osseuses, surtout au niveau des vertèbres. Elles sont attribuées à des affections arthritiques, maladie des sédentaires. De l'ostéoporose, autre signe de sédentarité est aussi présente, mais plus rarement que sur le continent à la même époque. L'espérance de vie a été évaluée à une vingtaine d'années, avec des maxima de vingt-huit à trente-cinq ans. Les femmes avaient une espérance de vie plus faible que celle des hommes[8].

Reconstitution d'une tombe à ciste.
Reconstitution d'une tombe à ciste.

Une division sexuelle du travail aurait existé. Aux femmes auraient été dévolus les soins aux enfants, la cueillette, les travaux agricoles « légers », le « petit » bétail, le filage (on a retrouvé des pesons de fuseau dans les tombes féminines), le tissage, la vannerie et la poterie[8]. Les hommes auraient réalisé les tâches dites « masculines » : gros travaux agricoles, chasse, pêche, travail de la pierre, de l'os, du bois et des métaux[8]. Cette division sexuelle du travail entraînait une première différenciation sociale : les tombes, à ciste, les plus riches sont les tombes d'hommes[8]. La poterie se faisait sans tour, à partir de boules d'argile modelées à la main ; les peintures étaient appliquées au pinceau ; les incisions à l'ongle. Les vases étaient ensuite cuits en fosse ou en meule, c'est-à-dire sans four, à des températures basses : 700° à 800°C.[9]. Naxos a révélé des objets de métal de petite taille. L'exploitation des mines d'argent de Siphnos pourrait aussi remonter à cette période[5].

[] Civilisation cycladique

Icône de détail Article détaillé : Civilisation des Cyclades.
Tête d'une figurine féminine, culture de Kéros-Syros, Cycladique ancien II (2700?2300 av. J.-C.), musée du Louvre.
Tête d'une figurine féminine, culture de Kéros-Syros, Cycladique ancien II (2700?2300 av. J.-C.), musée du Louvre.

L'archéologue grec Christos Tsountas a suggéré à la fin du XIXe siècle, après avoir rapproché diverses découvertes sur de nombreuses îles, que les Cyclades auraient été englobées dans une unité culturelle au IIIe millénaire av. J.-C. : la civilisation cycladique[7], remontant à l'âge du bronze. Elle est célèbre pour ses idoles de marbre, retrouvées jusqu'au Portugal et à l'embouchure du Danube[7], ce qui prouve son dynamisme.
Elle est un peu plus ancienne que la civilisation minoenne de Crète. Les débuts de la civilisation minoenne furent influencés par la civilisation cycladique : des statuettes cycladiques furent importées en Crète et les artisans locaux imitèrent les techniques cycladiques, les sites d'Aghia Photia et d'Archanes en ont apporté les preuves archéologiques[10]. De même, les fouilles du cimetière d'Aghios Kosmas en Attique ont révélé des objets prouvant une forte influence cycladique, due soit à la présence d'une forte proportion de la population voire d'une véritable colonie provenant des îles[11].

On distingue traditionnellement trois grandes périodes (équivalentes à celles qui divisent l'Helladique sur le continent et le Minoen en Crète)[12] :

  • le Cycladique Ancien I (CA I) (3200 - 2800) dit aussi Culture Grotta-Pelos
  • le Cycladique Ancien II (CA II) (2800 - 2300) dit aussi Culture Kéros-Syros, souvent considérée comme l'apogée de la civilisation cycladique
  • le Cycladique Ancien III (CA III) (2300 - 2000) dit aussi Culture Phylakopi

L'étude des squelettes retrouvés dans les sépultures, toujours à ciste, montre une évolution depuis le néolithique. L'ostéoporose recule même si les affections arthritiques restent présentes. Donc, le régime alimentaire s'était amélioré. L'espérance de vie a progressé : on constate des maxima de quarante à quarante-cinq ans pour les hommes, mais seulement de trente ans pour les femmes[13]. La division sexuelle du travail restait la même que celle constatée au Néolithique Ancien : aux femmes les petits travaux domestiques et agricoles, aux hommes les plus gros travaux et l'« artisanat »[13]. L'agriculture reposait, comme ailleurs en Méditerranée, sur les céréales (plutôt l'orge, moins gourmande en eau que le blé), la vigne et l'olivier. L'élevage se concentrait déjà principalement sur les chèvres et les moutons, ainsi qu'un peu de porcs ; mais très peu de bovins dont l'élevage est encore aujourd'hui peu développé dans les îles. La pêche complétait les ressources alimentaires, grâce par exemple aux migrations régulières de thons[14]. À cette époque, le bois, plus abondant qu'aujourd'hui, permettait la construction des charpentes et des navires[14].

Les habitants de ces îles qui vivaient principalement en bord de mer étaient de remarquables marins et commerçants. Il semblerait que les Cyclades aient alors plus exporté qu'importé de marchandises[15], fait assez unique dans leur histoire. La céramique retrouvée dans divers sites cycladiques (Phylakopi sur Milos, Aghia Irini sur Kéa et Akrotiri sur Santorin) prouve l'existence de routes commerciales allant de la Grèce continentale à la Crète en passant principalement par les Cyclades de l'ouest jusqu'au Cycladique Récent. Des vases produits sur le continent ou en Crète et importés dans les îles ont été retrouvés lors de fouilles sur ces trois sites[16].
On sait qu'il y avait des artisans spécialisés : fondeurs, forgerons, potiers et sculpteurs, mais il est impossible de dire s'ils vivaient de leur travail[13]. L'obsidienne de Milos resta le matériau dominant pour la fabrication des outils, même après le développement de la métallurgie car moins chers. On a retrouvé des outils fabriqués dans un bronze primitif, alliage de cuivre et d'arsenic. Le cuivre provenait de Kythnos et contenait déjà une forte teneur d'arsenic. L'étain, dont la provenance n'a pas été déterminée, ne fut introduit dans les îles que plus tard, après la fin de la civilisation cycladique. Les bronzes à l'étain les plus anciens furent retrouvés à Kastri sur Tinos (période de la Culture Phylakopi) et leur composition prouve qu'ils provenaient de Troade, soit sous forme de matières premières, soit déjà sous forme de produits finis[17]. Des échanges commerciaux existaient alors entre la Troade et les Cyclades.
Ces outils servaient à travailler le marbre, surtout originaire de Naxos et Paros, soit pour les célèbres idoles cycladiques, soit pour les vases de marbre. Il ne semble pas que le marbre ait alors été exploité dans des mines, comme de nos jours : il se serait trouvé en grande quantité à fleur de sol[17]. L'émeri de Naxos fournissait aussi des matériaux de polissage. Enfin, la pierre ponce de Santorin permettait un fini parfait[17].
Les pigments qu'on peut retrouver sur les statuettes, mais aussi dans les tombes, étaient aussi originaires des îles, comme l'azurite pour le bleu et le minerai de fer pour le rouge[17].

Par la suite, l'habitat se déplaça vers le sommet des îles à l'intérieur d'enceintes fortifiées complétées de tours rondes aux angles. On considère que la piraterie aurait alors pu faire son apparition dans l'archipel[12].

[] Minoens et Mycéniens

La procession de navires sur une fresque d'Akrotiri (Santorin) montre aussi un habitat cycladique du IIe millénaire avant notre ère.
La procession de navires sur une fresque d'Akrotiri (Santorin) montre aussi un habitat cycladique du IIe millénaire avant notre ère.

Les Crétois occupèrent les Cyclades au IIe millénaire av. J.-C., puis les Mycéniens à partir de 1450 avant l'ère commune et les Doriens à partir de 1100 avant l'ère commune. Les îles, à cause de leur relative petite taille, ne purent affronter ces puissances très centralisées[11].

[] Sources littéraires

Thucydide écrit que Minos chassa de l'archipel ses premiers habitants, les Cariens[18] dont les tombeaux étaient nombreux sur Délos[19]. Hérodote[20] précise que les Cariens, aussi appelés Lélèges, étaient arrivés depuis le continent. Ils étaient totalement indépendants (« ils ne payaient aucun tribut »), mais fournissaient des marins aux navires de Minos.
Selon Hérodote, les Cariens auraient été les meilleurs guerriers de leur temps et auraient appris aux Grecs à mettre des crinières aux casques, à représenter des insignes sur les boucliers et à utiliser des courroies pour tenir ceux-ci.
Les Cariens auraient ensuite été chassés des Cyclades par les Doriens, suivis des Ioniens qui firent de l'île de Délos un grand centre religieux[21].

[] L'influence crétoise

Fresque minoenne à Phylakopi sur Milos.
Fresque minoenne à Phylakopi sur Milos.

On connaît une quinzaine d'habitats du Cycladique Moyen (vers 2000 avant l'ère commune - vers 1600 avant l'ère commune). Les trois plus étudiés sont Aghia Irini (IV et V) sur Kéa, Paroikia sur Paros et Phylakopi (II) sur Milos. L'absence de réelle rupture (malgré la couche de destruction) entre Phylakopi I et Phylakopi II permet de penser que la transition ne fut pas brutale[22]. La principale preuve d'une évolution est la disparition des idoles cycladiques des sépultures[22] qui par contre ont très peu évolué, restant à ciste depuis le néolithique[23].
Les Cyclades subirent aussi une différenciation culturelle. Un groupe au nord autour de Kéa et Syros se rapprocherait plus, d'un point de vue culturel, du Nord-Est de l'Égée, tandis que les Cyclades du Sud seraient plus proches de la civilisation crétoise[22]. S'il est nécessaire de nuancer la tradition ancienne d'un empire maritime minoen, il est cependant indéniable que la Crète finit par avoir une influence sur l'ensemble de l'Égée. Celle-ci se fit plus fortement sentir à partir du Cycladique Récent, ou Minoen Récent (à partir de 1700/1600 avant l'ère commune)[24].

Au Minoen Récent, des contacts importants sont attestés à Kéa, Milos et Santorin : poterie et éléments architecturaux (polythyron, puits de lumière, décor à fresque) minoens ainsi que des signes du Linéaire A[24]. Les tessons retrouvés sur les autres Cyclades y seraient arrivés de façon indirecte depuis ces trois îles[24]. Il est difficile de déterminer de quel type était la présence minoenne dans les Cyclades : colonies de peuplement, protectorats ou comptoirs[24]. Il a été suggéré un temps que les grands bâtiments à Akrotiri sur Santorin (maison Ouest) ou à Phylakopi pouvaient être des palais de gouverneurs étrangers, mais il n'existe pas de preuve formelle pouvant étayer cette hypothèse. Il n'existe pas non plus suffisamment de preuves archéologiques montrant l'existence de quartier exclusivement crétois, comme dans des colonies de peuplement. Il semblerait que la Crète ait défendu ses intérêts dans la région grâce à des agents qui pouvaient jouer un rôle politique plus ou moins important. La civilisation minoenne aurait ainsi protégé ses routes commerciales[24]. L'influence plus forte sur les trois îles de Kéa, Milos et Santorin s'expliquerait ainsi. Les Cyclades étaient un foyer d'échanges très actif. L'axe (ou cordon) occidental (Kéa, Milos, Santorin) était prépondérant. Kéa était l'étape vers le continent et la première étape depuis celui-ci, à proximité des mines du Laurion ; Milos redistribuait vers le reste de l'archipel et restait la principale source d'obsidienne ; et Santorin jouait vis-à-vis de la Crète le même rôle que Kéa vis-à-vis de l'Attique[25].
La production du bronze resta en grande majorité à l'arsenic, l'étain ne progressa que très lentement dans les Cyclades, à partir du nord-est de l'archipel[26].

Plan d'Akrotiri.
Plan d'Akrotiri.

L'habitat était alors constitué de petits villages de marins et d'agriculteurs[12], souvent fortifiés au plan serré[23]. Les maisons, rectangulaires, d'une à trois pièces, sont mitoyennes, de taille et de construction modeste, parfois à étage, organisées plus ou moins régulièrement dans des blocs séparés par des ruelles dallées[23]. Il n'y avait toujours pas de palais tel qu'on en connaissait en Crète ou sur le continent[12]. On n'a pas non plus découvert de « tombes royales » dans les îles. Si elles ont pu être plus ou moins indépendantes politiquement et commercialement, il semblerait que d'un point de vue religieux, l'influence crétoise fut très forte. Les objets cultuels (rhytons zoomorphes, tables à libation, etc.), les aménagements religieux (bains lustraux, etc.) ou les thèmes des fresques sont similaires à Santorin ou à Phylakopi et dans les palais crétois[27].

L'explosion de Santorin (entre le Minoen Récent I A et le Minoen Récent I B) a enseveli et préservé un exemple d'habitat : Akrotiri.
Les fouilles depuis 1967 y ont mis à jour une agglomération d'un hectare de superficie, dépourvue de mur d'enceinte[28]. Le plan était en ordre serré, avec un réseau plus ou moins orthogonal de rues pavées et dotées d'égout. Les bâtiments avaient deux à trois étages, sans puits de lumière ni cour : les ouvertures sur la rue donnaient l'air et la lumière. Le rez-de-chaussée abritait l'escalier et des pièces servant de magasin ou d'atelier ; les pièces du premier, un peu plus grandes avaient un pilier central et des décors à fresques. Les maisons avaient des toits en terrasse posés sur des poutres non équarries, recouvertes d'une couche végétale (algues ou feuillage) puis plusieurs couches de terre argileuse[28], comme dans l'habitat traditionnel encore de nos jours.

Dès le début des fouilles en 1967, l'archéologue grec Spiridon Marinatos, constata que la ville avait subi une première destruction, due à un tremblement de terre, avant même l'éruption, puisque des ruines furent ensevelies[29]. À peu près au même moment, le site d'Aghia Irini sur Kéa fut lui aussi détruit par un tremblement de terre[24]. Une chose est certaine : après l'éruption, les importations minoennes ont disparu d'Aghia Irini (VIII) pour être remplacées par des importations mycéniennes[24].

[] Cycladique récent : la domination mycénienne

Vase mycénien à décor de poulpe.
Vase mycénien à décor de poulpe.

Entre le milieu du XVe siècle av. J.-C. et le milieu du XIe siècle av. J.-C., les relations entre les Cyclades et le continent connurent trois phases[30]. Jusque vers 1250 avant l'ère commune (Helladique Récent III A-B1 ou début du Cycladique Récent III), l'influence mycénienne se fit sentir seulement sur Délos[31], à Aghia Irini (sur Kéa), à Phylakopi (sur Milos) et peut-être à Grotta (sur Naxos). Certains bâtiments rappellent les palais continentaux, sans que les preuves soient définitives, mais des éléments typiquement mycéniens ont été retrouvés dans les sanctuaires religieux[30]. Dans la période de troubles accompagnés de destructions que connurent les royaumes continentaux (Helladique Récent III B), les relations se ralentirent, allant jusqu'à s'arrêter (disparition d'objets mycéniens dans les strates correspondantes dans les îles). De plus, les sites insulaires se fortifièrent ou améliorèrent leurs défenses (Phylakopi, mais aussi Aghios Andréas sur Siphnos ou Koukounariès sur Paros)[30]. Les relations reprirent à l'Helladique Récent III C. Aux importations d'objets (jarres à étrier à décor de poulpes) s'ajoutèrent aussi des mouvements de population avec des migrations venues du continent[30]. Une tombe à tholos, caractéristique des sépultures mycéniennes du continent a été mise au jour sur Mykonos[31]. Les Cyclades furent occupées de façon continue jusqu'au moment du déclin de la civilisation mycénienne.

[] Époques géométrique, archaïque et classique

[] L'arrivée des Ioniens

Les Ioniens venus du continent arrivèrent vers le Xe siècle av. J.-C.. Ils créèrent le grand sanctuaire religieux de Délos vers le VIIe siècle av. J.-C.. L'Hymne homérique à Apollon (dont la première partie pourrait remonter au VIIe siècle av. J.-C.) fait allusion à des panégyries (avec compétitions sportives, chants et danses) ioniennes[32]. Les fouilles archéologiques ont montré qu'un centre religieux était installé sur les ruines de l'habitat remontant au Cycladique Moyen[32].

Ce fut entre le XIIe siècle av. J.-C. et le VIIIe siècle av. J.-C. avant notre ère que se constituèrent les premières cités cycladiques comme les quatre cités de Kéa (Ioulis, Korissia, Piessa et Karthaia), ou Zagora sur Andros dont les maisons étaient entourées d'une muraille que les archéologues datent de 850 avant notre ère[33]. Les céramiques montrent la diversité des productions locales[34], et donc les différences entre les îles. Ainsi, il semblerait que Naxos (site sur l'îlot de Donoussa) et surtout Andros (site de Zagora) aient eu des liens avec l'Eubée, tandis que Milos et Santorin aient été dans la sphère d'influence dorienne[35].

Lion de Naxos à Délos.
Lion de Naxos à Délos.

Zagora, un des plus importants ensembles urbains de l'époque qu'il nous a été possible d'étudier, a montré que le type de constructions traditionnelles a peu évolué du IXe siècle av. J.-C. au XIXe siècle après J.C. Les maisons avaient des toits plats, en dalles de schiste recouvertes de terre battue et des coins tronqués afin de laisser passer plus facilement les bêtes de somme[36].

[] Un nouvel apogée

À partir du VIIIe siècle av. J.-C., les Cyclades connurent un apogée lié en grande partie à leur richesse (obsidienne sur Milos, or sur Siphnos, argent sur Syros, pierre ponce sur Santorin et marbre, principalement à Paros[34]). Cette prospérité peut se lire aussi dans la participation relativement faible des îles au mouvement de colonisation grecque, hormis Santorin fondant Cyrène[37]. Les cités cycladiques célébrèrent leur prospérité dans les grands sanctuaires : trésor de Siphnos ou colonne des Naxiens à Delphes ou terrasse des lions offerte par Naxos à Délos.

[] Période classique

La richesse des cités cycladiques attira alors la convoitise de leurs voisins. La construction du Trésor de Siphnos à Delphes fut suivie de peu par un pillage de l'île par les Samiens en 524 avant notre ère[38]. Le tyran de Naxos Lygdamis domina un temps une partie de ses voisines à la fin du VIe siècle[38].

Les Perses tentèrent de s'emparer des Cyclades vers la fin du Ve siècle avant notre ère. Aristagoras, neveu d'Histiaeus, tyran de Milet, monta une expédition avec Artaphernes, satrape de Lydie, contre Naxos. Il espérait contrôler tout l'archipel grâce à la conquête de cette île. En route, Aristagoras se querella avec l'amiral Megabates, qui trahit en informant Naxos de l'approche de la flotte. Les Perses renoncèrent temporairement aux Cyclades à cause de la révolte de Ionie[39].

[] Les guerres médiques

Lorsque Darius monta son expédition contre la Grèce, il ordonna à Datis et Artapherne de s'emparer des Cyclades[39]. Ils pillèrent Naxos[38], Délos fut épargnée pour des raisons religieuses et Siphnos, Sérifos et Milos préférèrent se soumettre et livrer des otages[39]. Les îles passèrent donc sous le contrôle perse. Après Marathon, Miltiade entreprit la reconquête de l'archipel, mais il échoua devant Paros[39]. Les insulaires fournirent dix-sept navires à la flotte perse[40], mais la veille de la Bataille de Salamine, six ou sept navires cycladiques (venus de Naxos, Kéa, Kythnos, Sériphos, Siphnos et Milos) seraient passés du côté grec[39]. Les îles eurent ainsi le droit d'être sur le trépied consacré à Delphes.

Thémistocle, poursuivant la flotte perse à travers l'archipel, chercha aussi à punir les îles les plus compromises avec les Perses, prélude à la domination athénienne[39].

En 479 avant l'ère commune, des cités cycladiques (Kéa, Milos, Tinos, Naxos et Kythnos) étaient présentes aux côtés des autres Grecs lors de la bataille de Platées, ainsi que l'atteste le piédestal de la statue consacrée à Zeus Olympien décrit par Pausanias[41].

[] Les ligues de Délos

Lorsque le danger mède fut repoussé du territoire continental grec et que le combat se porta dans les îles et en Ionie (Asie mineure), les Cyclades entrèrent dans l'alliance destinée à venger la Grèce et à se rembourser des dommages causés par les Perses en pillant leurs possessions. Cette alliance fut organisée par Athènes. On la nomme communément première Ligue de Délos. Les cités coalisées fournirent à partir de 478-477 avant notre ère soit des navires (Naxos par exemple), soit surtout un tribut en argent. Le montant du trésor fut fixé à quatre cents talents et il fut déposé au sanctuaire d'Apollon sur l'île sacrée de Délos[42].

Bien vite, Athènes se comporta de façon autoritaire vis-à-vis de ses alliés, avant de les faire passer sous sa domination totale. Naxos se révolta en 469 avant notre ère[43] et fut la première cité alliée à être transformée en État sujet par Athènes, à la suite d'un siège[44]. Le trésor fut transféré de Délos à l'Acropole d'Athènes vers 454 avant notre ère[43]. Les Cyclades entrèrent alors dans le « district » des îles (avec Imbros, Lesbos et Skyros) et ne contribuaient plus à la ligue que par des versements en argent. La Boulé d'Athènes en fixait le montant. Le tribut n'était pas trop lourd, sauf après une révolte, lorsqu'il devenait une punition. Il semblerait que la domination athénienne ait parfois pris la forme de clérouquies (sur Naxos et Andros par exemple)[43].

Au début de la guerre du Péloponnèse, toutes les Cyclades, sauf Milos[45] et Santorin, étaient sujets d'Athènes[46]. Thucydide écrit ainsi que des soldats de Kéa, Andros et Tinos participèrent à l'Expédition de Sicile et que ces îles étaient des « sujets tributaires »[47].

Les Cyclades versèrent un tribut jusqu'en 404. Elles connurent alors une relative période d'autonomie avant d'entrer dans la seconde Ligue de Délos et de repasser sous la coupe athénienne.

D'après Quinte-Curce, après (ou en même temps) la Bataille d'Issos, une contre-attaque perse menée par Pharnabazus aurait entraîné une occupation d'Andros et Siphnos[48].

[] La période hellénistique

La Vénus de Milo, une des statues hellénistiques les plus célèbres, signe du dynamisme des Cyclades durant cette période.
La Vénus de Milo, une des statues hellénistiques les plus célèbres, signe du dynamisme des Cyclades durant cette période.

[] Un archipel disputé entre les royaumes hellénistiques

D?après Démosthène[49] et Diodore de Sicile[50], le tyran thessalien Alexandre de Phères mena des opérations de piraterie dans les Cyclades vers 362-360 avant l?ère commune. Ses navires se seraient emparés de quelques-unes des îles, dont Tinos, et auraient emporté un grand nombre d?esclaves. Les Cyclades se révoltèrent à l'occasion de la troisième guerre sacrée (357-355) qui vit l'intervention de Philippe II de Macédoine contre la Phocide alliée à Phères. Elles commencèrent alors à passer dans l'orbite du Royaume de Macédoine.

Dans leur lutte d'influence, les dirigeants des royaumes hellénistiques affirmèrent souvent vouloir maintenir la «liberté» des cités grecques, en réalité contrôlées par eux et souvent occupées par des garnisons.
À partir de 314 avant l'ère commune, Antigone le Borgne créa ainsi la Ligue des Nésiôtes autour de Tinos et de son sanctuaire renommé de Poséidon et Amphitrite, moins politiquement marqué que le sanctuaire d'Apollon sur Délos[51]. Vers 308, la flotte égyptienne de Ptolémée parcourut l'archipel, au cours d'une expédition dans le Péloponnèse, et «libéra» Andros[52]. La ligue des Nésiôtes se serait peu à peu élevée jusqu'au niveau d'État fédéral au service des Antigonides, puisque Démétrios Ier Poliorcète se serait appuyé sur elle pour ses campagnes navales[53].
Les îles passèrent ensuite sous la domination des Ptolémées. À l'époque de la guerre chrémonidéenne, des garnisons de mercenaires avaient été installées dans un certain nombre d'îles dont Santorin, Andros et Kéa[54]. Mais, vaincus à Andros entre 258 et 245[55], les Ptolémées les cédèrent aux Macédoniens d'Antigone Gonatas. Cependant, à cause de la révolte d'Alexandre, fils de Cratère, les Macédoniens ne purent totalement contrôler l'Archipel qui entra dans une phase d'instabilité. Antigone Dosôn les contrôlait encore lorsqu'il s'attaqua à la Carie ou qu'il défit Sparte à Sellasia en 222 avant l'ère commune. Démétrios de Pharos ravagea ensuite l?archipel[56] et en fut chassé par les Rhodiens[51].

Philippe V de Macédoine, après la Première guerre macédonienne, se tourna contre les Cyclades qu'il fit ravager par le pirate étolien Dicéarque[57] avant d'en prendre le contrôle en installant des garnisons sur Andros, Paros et Kythnos[58]
Après Cynocéphales, les îles passèrent aux Rhodiens[58] puis aux Romains. Les Rhodiens auraient donné un nouvel élan à la Ligue des Nésiotes[51].

[] La société hellénistique

Dans son ouvrage sur Tinos, Roland Étienne évoque une société tiniote dominée par une « aristocratie » agrarienne et patriarcale marquée par une forte endogamie. Ces quelques familles avaient beaucoup d'enfants et tiraient une partie de leurs ressources d'une exploitation financière de la terre (ventes, emprunts, etc.), que R. Étienne qualifie d'« affairisme rural[51] ». Ce « marché de l'immobilier » était dynamique à cause du nombre d'héritiers et du partage du patrimoine au moment des héritages. Il n'y avait pas d'autre solution que l'achat et la vente de terres pour se constituer un patrimoine cohérent. Une partie de ces ressources financières pouvait être aussi investie dans les activités commerciales[51].
Cette endogamie pouvait se situer au niveau de la classe sociale, mais aussi au niveau de l'ensemble du corps civique. On sait que les citoyens de Délos, dans une agglomération où résidaient de très nombreux étrangers, parfois plus nombreux que les citoyens eux-mêmes, pratiquaient une très forte endogamie civique, tout au long de la période hellénistique[59]. S'il n'est pas possible d'étendre systématiquement ce phénomène à l'ensemble des Cyclades, il reste un bon indicateur de leur fonctionnement potentiel. Les populations circulaient en effet plus à l'époque hellénistique qu'aux époques précédentes : des cent vingt soldats mis en garnison à Santorin par les Ptolémées, la grande majorité provenait d'Asie mineure[60] ; Milos avaient à la fin du Ie siècle av. J.-C. une forte population juive[61]. La question du maintien du statut de citoyen s'est posée[59].

La période hellénistique a laissé un héritage imposant sur certaines Cyclades : des tours en très grand nombre, sur Amorgos[62], sur Siphnos où on en comptait cinquante-six en 1991[63], vingt-sept identifiées sur Kéa en 1956[64]. Elles ne pouvaient toutes être des tours de guet[64], comme on le suppose souvent[62]. Leur grand nombre sur Siphnos a été associé à la richesse minérale de l'île, mais cette richesse minérale n'existait pas sur Kéa[64], ou sur Amorgos. Mais ces îles possédaient d'autres ressources, agricoles par exemple. Les tours seraient alors un reflet de la prospérité des îles à l'époque hellénistique[64].

[] La puissance commerciale de Délos

La « maison de Cléopâtre » sur Délos.
La « maison de Cléopâtre » sur Délos.

Lorsque l'île était contrôlée par Athènes, Délos n'était qu'un sanctuaire religieux. Un commerce local existait et déjà, la « banque d'Apollon » consentait des prêts, principalement aux cités cycladiques[65]. En 314 avant notre ère, l'île obtint son indépendance, même si ses institutions furent copiées sur celles d'Athènes. Son appartenance à la ligue des Nésiotes la plaça dans l'orbite des Ptolémées, jusqu'en 245 avant notre ère[65]. L'activité bancaire et commerciale (entrepôts de blé et d'esclaves) se développa rapidement. En 167 avant notre ère, Délos devint port franc et repassa sous le contrôle athénien[66]. L'île connut alors une véritable explosion marchande[65], surtout après la destruction de Corinthe, une grande rivale commerciale par les protecteurs de l'île, les Romains, en 146 avant notre ère[67]. Les commerçants étrangers, de toute la Méditerranée s'y installèrent, comme en témoigne la terrasse des dieux étrangers. Il y a ainsi une synagogue attestée sur Délos dès le milieu du IIe siècle avant notre ère[68]. On estime qu'au IIe siècle av. J.-C., Délos aurait eu une population d'environ 25 000 habitants[69].
La célèbre « agora des Italiens » était un immense marché aux esclaves. Les guerres entre royaumes hellénistiques en étaient les principaux fournisseurs, ainsi que les pirates (qui prenaient le statut de marchands en entrant dans le port de Délos). Lorsque Strabon (XIV, 5, 2) évoque dix milles esclaves vendus par jour, il est nécessaire de nuancer ce propos, ce chiffre pouvant être un moyen trouvé par l'auteur pour dire « beaucoup ». De plus, nombre de ces « esclaves » étaient parfois des prisonniers de guerre (ou des personnes enlevées par des pirates) dont la rançon était immédiatement payée au débarquement[70].

Cette prospérité suscitait des convoitises et de nouvelles formes d'« échanges économiques » : en 298 avant notre ère, Délos versa à Rhodes au moins 5 000 drachmes pour sa « protection contre les pirates » ; au milieu du IIIe siècle av. J.-C., des pirates étoliens lancèrent un appel d?offres au monde égéen pour négocier la somme à verser en échange d'une protection contre leurs exactions[71].

[] Les empires romain et byzantin

[] Les Cyclades dans l'orbite de Rome

Les raisons de l'intervention de Rome en Grèce à partir du IIIe siècle av. J.-C. sont multiples : appel à l'aide des cités d'Illyrie, lutte contre Philippe V de Macédoine dont la politique navale inquiétait Rome et qui avait été l'allié à Hannibal, ou soutien à ses adversaires dans la région (Pergame, Rhodes ou ligue achéenne). Après sa victoire à Cynocéphales, Flaminius annonça la « libération » la Grèce. Les intérêts commerciaux ne furent pas non plus étrangers à l'implication de Rome. Délos devint un port franc sous la protection de la République en 167 avant l'ère commune. Les commerçants italiens s'enrichirent alors, plus ou moins aux dépens de Rhodes et Corinthe (finalement détruite la même année que Carthage)[72]. Le système politique de la cité grecque, sur le continent et dans les îles, fut maintenu, voire développé, lors des premiers siècles de l'Empire[73].

Les Cyclades auraient, pour certains historiens, été incluses dans la province romaine d'Asie autour de 133-129 avant l'ère commune[51],[74] ; d'autres les placent dans la province d'Achaïe[75] ; à moins, qu'elles n'aient été partagées entre ces deux provinces[76]. Les preuves ne placent définitivement les Cyclades dans la province d'Asie qu'à partir de Vespasien et Domitien.

Mithridate, en 88 avant notre ère, après avoir chassé les Romains d'Asie s'intéressa à l'Égée. Son général Archélaüs soumit Délos et la plupart des Cyclades qu'il confia à Athènes qui s'était déclarée en faveur de Mithridate. Délos réussit à retourner dans le giron romain. Pour la punir, l'île fut dévastée par les troupes de Mithridate. Vingt ans plus tard, elle fut à nouveau détruite par un raid de pirates qui profitaient de l'instabilité dans la région[77]. Les Cyclades connurent alors une période difficile. La défaite de Mithridate par Sylla, Lucullus puis Pompée rendit l'archipel à Rome. Pompée y fit disparaître en 67 avant l'ère commune la piraterie qui s'était développée lors des divers conflits. Il divisa la Méditerranée en différents secteurs gérés par des lieutenants. Marcus Terentius Varro Lucullus fut chargé des Cyclades[78]. Pompée ramena ainsi la possibilité d'un commerce prospère dans l'archipel[79]. Cependant, il semblerait que la vie chère, les inégalités sociales, la concentration des richesses (et du pouvoir) aient été la règle dans les Cyclades de l'époque romaine, avec leur cortège d'abus et de mécontentements[51].

Auguste ayant décidé que ceux qu'il exilait ne pouvaient résider que sur des îles à plus de 400 stades (50km) du continent[80], les Cyclades devinrent des lieux d'exil, Gyaros, Amorgos et Sériphos principalement[81].

Vespasien constitua l'archipel des Cyclades en province romaine[79]. Sous Dioclétien, il existait une « province des îles » dont faisaient partie les Cyclades[82].

La christianisation des Cyclades semble avoir été très ancienne. Les catacombes à Trypiti sur Milos, uniques dans l?Égée et en Grèce, de facture très simple, ainsi que les fonts baptismaux tout proches, permettent d?affirmer qu?une communauté chrétienne existait sur l?île au moins à partir des IIIe ou IVe siècles de notre ère[83].

À partir du IVe siècle, les Cyclades connurent à nouveau les ravages de la guerre. Les Goths (en 376) pillèrent l'archipel[79].

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