Selection Videos Histoire%20de%20la%20Tunisie
Les Villes du Monde: Tunis
rap algerien : simple histoire d\'amour hoodkiller راب عربي
Chez Ben Ali
l\'histoire des gateaux kipudukus!

Attention nous ne sommes pas responsable du contenu, eBabylone collecte les infos de sites tiers
Livres
La Tunisie antique : De Hannibal à saint Augustin
La Tunisie antique : De Hannibal à saint Augustin
EUR 29,95
Hédi Slim
Place des Victoires
Tunisie : Terre de paradoxes
Tunisie : Terre de paradoxes
EUR 19,95
Antoine Sfeir
L' Archipel
La bataille de Bizerte, Tunisie, 19 au 23 juillet 1961
La bataille de Bizerte, Tunisie, 19 au 23 juillet 1961
EUR 16,80
Patrick-Charles Renaud
L'Harmattan
Les lycées français du soleil : Creusets cosmopolites du Maroc, de l\'Algérie et de la Tunisie
Les lycées français du soleil : Creusets cosmopolites du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie
EUR 19,00
Effy Tselikas
Autrement

Amazon

Revue de presse Histoire_de_la_Tunisie
shout shout

Histoire de la Tunisie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Bataille de Zama, une bataille symbole de l?affaiblissement de la Carthage punique
Bataille de Zama, une bataille symbole de l?affaiblissement de la Carthage punique
Amphithéâtre d'El Jem comme apothéose de la culture romaine en Tunisie
Amphithéâtre d'El Jem comme apothéose de la culture romaine en Tunisie
Statue d?Ibn Khaldoun devant la cathédrale Saint-Vincent-de-Paul de Tunis
Statue d?Ibn Khaldoun devant la cathédrale Saint-Vincent-de-Paul de Tunis

L?histoire de la Tunisie couvre des milliers d?années, depuis la période préhistorique du Capsien et la civilisation antique des Puniques, avant que le territoire ne passe sous la domination successive des Romains, des Vandales et des Byzantins qui voit émerger l?Église d?Afrique. L?arrivée des Arabes au VIIe siècle marque un tournant décisif dans l?itinéraire d?une population qui s?islamise et s?arabise peu à peu sous le règne de diverses dynasties qui font régulièrement face à la résistance des populations berbères.

L?emplacement stratégique de la Tunisie au c?ur du bassin méditerranéen en fait vite l?enjeu de la rivalité des puissances successives, l?Espagne de Charles Quint, le jeune Empire ottoman puis la France qui prend le contrôle de la province ottomane pour devancer sa rivale italienne. Marqué par de profondes transformations structurelles et culturelles, la Tunisie voit s?affirmer rapidement un mouvement nationaliste qui conclut finalement avec la puissance tutélaire les accords aboutissant à l?indépendance en 1956. Depuis, le pays est conduit à marche forcée vers la modernisation et l?intégration économique sous l?impulsion d?un parti politique resté dominant.

Sommaire

[] Préhistoire

[] Paléolithique

[] Moustériens

Hermaïon d?El Guettar exposé au Musée national du Bardo
Hermaïon d?El Guettar exposé au Musée national du Bardo

Les premières traces de présence humaine en Tunisie datent du Paléolithique. En effet, c?est à 20 kilomètres à l?est de Gafsa, dans l?oasis d?El Guettar, que se rassemble une petite population nomade de chasseurs-cueilleurs moustériens[1]. Michel Gruet, l?archéologue qui découvre le site, relève qu?ils consomment des dattes dont il retrouve le pollen aux alentours de la source[2] aujourd?hui asséchée[3]. Le site en lui-même livre une structure formée par un amas de 4 000 silex[3], taillés en sphéroïdes et disposés en un cône d?environ 75 centimètres de haut[1] pour un diamètre de 130 centimètres. Ces pierres sont également associées à des ossements de capridés[4], des dents de mammifères[3] et des objets de silex taillé moustériens ainsi qu?une pointe pédonculée atérienne.

Cette construction, découverte vers les années 1950 et vieille de près de 40 000 ans, constitue le plus ancien édifice religieux connu de l?humanité[1],[3]. Gruet interprète cette structure comme un édifice réalisé en offrande à la source voisine et traduisant un sentiment religieux ou magique[4],[5]. Il est connu sous le nom d?Hermaïon d?El Guettar en référence aux pierres jetés aux pieds d?Hermès par les divinités olympiennes afin de le juger pour le meurtre du Géant Argos[1]. Cette pratique était une manière pour les dieux de voter pour l?innocence d?Hermès[1].

[] Capsiens

Icône de détail Pour consulter un article plus général, voir : Capsien.
Squelette capsien replié
Squelette capsien replié
Localisation du noyau à l?origine de la culture capsienne
Localisation du noyau à l?origine de la culture capsienne

À une culture ibéromaurusienne, répartie géographiquement sur le littoral[6], et relativement minime en Tunisie[7], succède la période du Capsien, nom donné par Jacques de Morgan et issu du latin Capsa, qui a lui-même donné le nom de l?actuelle Gafsa[8]. Morgan définit lui-même le Capsien comme étant une culture allant du Paléolithique supérieur au Néolithique couvrant ainsi une période qui s?étend du VIIIe millénaire av. J.-C. au Ve millénaire av. J.-C.[9]. Selon Charles-André Julien, « les Protoméditerranéens capsiens constituent [...] le fond du peuplement actuel du Maghreb[10] », si bien qu?aux propos de Gabriel Camps, un groupe d?archéologues avaient négligé des squelettes capsiens pensant qu?il s?agissait d?intrus récemment inhumés :

« Un de ces crânes séjourna même un certain temps dans le greffe du tribunal d?Aïn M'lila, une petite ville d?Algérie orientale, car on avait cru à l?inhumation clandestine de la victime d?un meurtre ![11] »

D?un point de vue ethnologique et archéologique, le Capsien prend une importance plus grande puisque des ossements et des traces d?activité humaine remontant à plus de 15 000 ans sont découverts dans la région. Outre la fabrication d?outils en pierre et en silex, les Capsiens produisaient, à partir d?ossements, divers outils dont des aiguilles pour coudre des vêtements à partir de peaux d?animaux. Le gisement capsien d?El Mekta, identifié en 1907 par Morgan et Louis Capitan[12], a révélé des sculptures en calcaire de forme humaine de quelques centimètres de haut[13]. Quant aux gravures découvertes, elles sont souvent abstraites, même si certaines « représentent avec une certaine maladresse des animaux[14] ».

[] Néolithique

Au Néolithique (4500 à 2500 av. J.-C. environ), qui est arrivé tardivement dans cette région, la présence humaine est conditionnée par la formation du désert saharien qui acquiert son climat actuel. De même, c?est à cette époque que le peuplement de la Tunisie s?enrichit par l?apport des Berbères[15], issus semble-t-il de la migration vers le nord de populations libyques[16] (ancien terme grec désignant les populations africaines en général[17]). Bref, la question des origines du peuple berbère reste encore ouverte et soumise à débats de nos jours. Mais leur présence est attestée depuis le IVe millénaire av. J.-C.[16]. De plus, la première inscription libyco-berbère découverte à Dougga par Thomas d?Arcos en 1631 a fait l?objet d?une multitude de déchiffrements sans succès à ce jour[18].

Le Néolithique voit également le contact s?établir entre les Phéniciens de Tyr, les futurs Carthaginois qui fondent la civilisation punique dont le centre sera la Tunisie, et les peuples autochtones de l?actuelle Tunisie, dont les Berbères sont désormais devenus la composante essentielle. C?est ainsi qu?on observe le passage de la Préhistoire à l?Histoire, principalement par l?apport des populations phéniciennes même si le mode de vie néolithique continue un temps à coexister aux côtés de celui des nouveaux arrivants. Mais l?apport est nuancé, notamment à Carthage (centre de la civilisation phénicienne puis punique en Occident), par la coexistence avec les Phéniciens de différentes populations minoritaires mais dynamiques comme les Berbères, les Grecs, les Italiens, les Ibères d?Espagne, etc. Dans ce contexte, les nombreux mariages mixtes contribuent à l?établissement de la civilisation punique[19].

On retrouve par ailleurs une trace écrite d?un peuple pacifique du Néolithique tunisien dans L'Odyssée d?Homère, à travers la rencontre entre Ulysse et les Lotophages (mangeurs de lotus) qui semblent vivre dans l?actuelle île de Djerba[20].

[] Carthage ou l?émergence et la chute d?une puissance

Icône de détail Article détaillé : Histoire de Carthage.

L?entrée dans l?Histoire de la Tunisie se fait de façon fracassante, par l?expansion sur son sol d?une cité issue d?une colonisation proche-orientale[21]. De phénicienne au départ, la cité constitue rapidement une civilisation originale dite punique.

L?expansionnisme punique dans le bassin occidental de la Méditerranée se basera sur le commerce même si la thalassocratie trouve bientôt face à elle l?expansion romaine à volonté continentale et hégémonique. Bien que leurs relations furent cordiales dans un premier temps, les deux systèmes allaient bientôt s?affronter et, même si la question put se poser de qui allait l?emporter[22], les Puniques s?effaceront finalement non sans avoir marqué de leur empreinte l?espace tunisien, que la puissance de Rome n?allait dans une certaine mesure pas pouvoir effacer.

[] Fondation et expansion

Stèle du tophet portant le signe de Tanit
Stèle du tophet portant le signe de Tanit

La Tunisie accueille progressivement une série de comptoirs phéniciens comme bien d?autres régions méditerranéennes du Maroc à Chypre. Le premier comptoir selon la tradition est celui d?Utique[23] qui est fondé en 1101 av. J.-C[24]. Toutefois, c?est ici que prend racine une puissance fondamentale dans l?histoire de l?Antiquité dans le bassin méditerranéen. En 814 av. J.-C., des colons phéniciens venus de Tyr[25] fondent la ville de Carthage[26]. D?après la légende, c?est la reine Élyssa (Didon pour les Romains), s?ur du roi de Tyr Pygmalion qui fonde la cité[27]. Il existe toutefois un débat sur l?exactitude de la date donnée par la tradition littéraire[28], celui-ci étant alimenté par les découvertes archéologiques. En effet, la découverte dont la datation soit la plus ancienne est constituée de céramiques proto-corinthiennes datée de la moitié du milieu du VIIIe siècle av. J.-C. découvertes dans le dépôt de fondation de la chapelle Cintas découverte dans le tophet de Carthage par Pierre Cintas en 1947. Néanmoins, au vu des incertitudes dans les datations des céramiques antiques, rien ne permet d?écarter la datation issue de la tradition littéraire.

La population originelle de l?espace tunisien est libyco-berbère et, lorsqu?elle vit à proximité des comptoirs, se punicise dans une certaine mesure. En témoignent par exemple les découvertes archéologiques de stèles à motifs de signe de Tanit gravées de façon maladroite, en particulier sur un site comme celui de l?antique Clupea, la Kélibia actuelle. Ces maladresses évoquent une appropriation du symbolisme punique par des populations en contact avec les citoyens des comptoirs.

La cité-État de Carthage et ses territoires sous son influence politique et commerciale vers 264 av. J.-C.
La cité-État de Carthage et ses territoires sous son influence politique et commerciale vers 264 av. J.-C.

Ouverte sur la mer, Carthage est également ouverte structurellement sur l?extérieur. Cette croissance pacifique ? autant qu?on en sache de par les sources existantes ? laisse la place à une lutte d?influence qui aboutit à plusieurs cycles de conflits. Un siècle et demi après la fondation de la ville, les Carthaginois ou Puniques étendent leur influence sur le bassin occidental de la mer Méditerranée : ils s?affirment en Sicile, en Sardaigne, aux Baléares, en Espagne, en Corse[29] et en Afrique du Nord ? du Maroc à la Libye ? qui est partagée entre les Grecs de Cyrénaïque et les Carthaginois y compris sur la côte atlantique du Maroc. Cette présence prend diverses formes, y compris celle de la colonisation[26], mais reste d?abord commerciale[29] (comptoirs de commerce, signature de traités, etc.). De plus, les Carthaginois s?appuient dans ces régions sur une présence phénicienne antérieure à la création de Carthage, sauf peut-être le long de la côte atlantique. En effet, la nouvelle puissance de Carthage supplante celle déclinante des anciennes cités de Phénicie dans cet espace de la Méditerranée. De même, les Carthaginois s?allient aux Étrusques et leurs deux flottes réunies sortent victorieuses de la bataille navale d?Aléria, au large de la Corse, contre les Grecs de Massalia (actuelle Marseille). Ces derniers, venus des côtes de l?actuelle Turquie (Ionie), tentent de s?installer en Corse, île située en face de l?Étrurie et au nord de la Sardaigne, une zone d?influence et de colonisation punique. Celle-ci est également sur le trajet le plus court entre les cités massaliotes et les autres cités grecques du sud de l?Italie puis, plus loin, avec la Méditerranée orientale. C?est avec le déclin étrusque que la Corse entre dans l?orbite carthaginoise et que se forme un nouvel empire maritime.

La mutation de celui-ci vers un empire plus terrestre se heurte aux Grecs de Sicile puis à la puissance montante de Rome[26] et de ses alliés massaliotes, campaniens ou italiotes. En effet, le c?ur carthaginois qu?est la Tunisie, à la veille des guerres puniques, possède une capacité de production agricole supérieure à celle de Rome et de ses alliés réunis et son exploitation fait l?admiration des Romains. Les avantages de la géographie, avec en particulier les riches terres céréalières de la vallée de la Medjerda, s?ajoutent au talent agronome d?un peuple dont un traité (celui de Magon) sera longtemps admiré.

Pourtant, malgré cette expansion ? la Sardaigne est en voie de colonisation et les implantations espagnoles se consolident ?, la superpuissance commerciale, maritime, terrestre et agricole est en passe de vaincre les Grecs en Sicile.

[] Carthage et Rome : des traités aux guerres puniques

Icône de détail Article détaillé : Guerres puniques.

Les relations entre Rome et la thalassocratie punique sont d?abord cordiales, comme en témoigne le premier traité signé en 509 av. J.-C.[30]. Toutefois, les relations se dégradent et laissent place à de la défiance au fur et à mesure de l?expansion des deux cités-États, l?affrontement devenant dès lors inévitable.

En effet, la lutte entre Rome et Carthage prend de l?ampleur avec l?essor des deux cités : ce sont les trois guerres puniques, qui faillirent voir la prise de Rome mais se conclurent par la destruction de Carthage, en 146 av. J.-C., après un siège de trois ans[29].

Dessin d?un cavalier numide
Dessin d?un cavalier numide

La Première Guerre punique, qui couvre les années 264 à 241 av. J.-C., est un conflit naval et terrestre (en Sicile et Tunisie) ayant pour origine des luttes d?influence en Sicile[29], une terre située à mi-chemin entre Rome et Carthage, l?enjeu principal étant la possession du détroit de Messine. Les Carthaginois prennent d?abord la ville de Messine, ce qui inquiète les Romains en raison de la position de Messine à proximité des villes grecques d?Italie qui viennent de passer sous leur protection. Appius Claudius Caudex traverse donc le détroit et prend par surprise la garnison punique de Messine, événement qui déclenche le début de la guerre. Suite à ce revers, le gouvernement de Carthage rassemble ses troupes à Agrigente mais les Romains, menés par Claudius et Manius Valerius Maximus Corvinus Messalla, s?emparent des villes de Ségeste et d?Agrigente après un siège de sept mois. Après avoir conclu la paix avec les Romains, Carthage doit réprimer une révolte de ses mercenaires.

Batailles de la Deuxième Guerre punique
Batailles de la Deuxième Guerre punique

La Deuxième Guerre punique, dans les années 218 à 202 av. J.-C.[29], a pour point culminant la campagne d?Italie : le général Hannibal Barca, issu de la famille des Barcides, parvient à traverser les Pyrénées et les Alpes avec ses éléphants de guerre. Pourtant, il renoncera à entrer dans Rome. Le prétexte de la guerre avait été le siège de Sagonte par les Carthaginois car, selon le traité de 241 av. J.-C., les Carthaginois auraient dû rester au sud de l?Èbre, fleuve qui délimitait les zones d?influence respectives des puissances rivales.

Mais l?attentisme d?Hannibal permet finalement aux Romains, alliés à Massinissa[26], premier roi de la Numidie unifiée, de contre-attaquer et de réussir à retourner le conflit en leur faveur à la bataille de Zama, en 202 av. J.-C., prenant à Carthage la totalité de ses possessions hispaniques, détruisant sa flotte et lui interdisant toute remilitarisation[29]. Pourtant, malgré la victoire finale, cette guerre ne satisfait pas les Romains. Poussés par la crainte d?avoir encore à affronter Carthage, ils décident, selon le fameux mot de Caton l'Ancien (Delenda Carthago est, « Carthage est à détruire »), que la destruction totale de la cité ennemie est le seul moyen d?assurer la sécurité de la République romaine. En conséquence, la Troisième Guerre punique (149-146 av. J.-C.) sera déclenchée par une offensive romaine en Afrique qui aboutit à la défaite et à la destruction de Carthage après un siège de trois ans.

Après la Deuxième Guerre punique, Carthage retrouve lentement une certaine prospérité économique[29] entre 200 et 149 av. J.-C. mais ne réussit pas à reconstituer une flotte de guerre ou une armée importante. De son côté, le rétablissement de Rome, malgré ses pertes navales, permet au Sénat romain de décider d?une courte campagne destinée à amener les troupes romaines à pied d??uvre pour le siège de Carthage, conduit par Scipion Émilien[29], surnommé dès lors « le second Africain ». Le siège s?achève par la destruction totale de la ville : les Romains emmènent les navires phéniciens au port et les incendient au pied de la cité. Puis, ils vont de maison en maison en exécutant ou asservissant la population. La cité qui brûle pendant dix-sept jours est rayée de la carte et ne laisse que des ruines.

Au XXe siècle, une théorie indique que les Romains ont répandu du sel sur les terres agricoles de Carthage pour empêcher de cultiver la terre, théorie fortement mise en doute, l?Afrique devenant par la suite le « grenier à blé » de Rome[31], le territoire de l?ancienne cité étant néanmoins déclaré sacer, c?est-à-dire maudit.

Information Cliquez sur une vignette pour l?agrandir.


[] Partie intégrante de l?Afrique romaine

Icône de détail Pour consulter un article plus général, voir : Afrique romaine.

[] Continuité de la civilisation punique ou rupture ?

Théâtre de Dougga dominant une riche plaine céréalière en contrebas
Théâtre de Dougga dominant une riche plaine céréalière en contrebas

À l?issue de la Troisième Guerre punique, Rome écrase définitivement Carthage et s?installe sur les décombres de la ville en 146 av. J.-C.[26]. La fin des guerres puniques marque l?établissement de la province romaine d'Afrique dont Utique devient la première capitale même si le site de Carthage va s?imposer à nouveau par ses avantages et redevenir capitale en 14[26],[32]. Une première tentative de colonisation par les Gracques avec la constitution d?une Colonia Junonia Carthago avorte en 122 av. J.-C.[33] et provoque la chute et le décès de son promoteur, Caius Sempronius Gracchus. En 44 av. J.-C., Jules César décide d?y fonder une colonie romaine, la Colonia Julia Carthago[33], mais c?est Auguste qui lance quelques décennies plus tard les travaux de la cité[34]. qui devient plus tard la capitale de la province. La parure monumentale de celle-ci aura un impact majeur dans la romanisation de la région[35], cette « Rome africaine » se diffusant elle-même au sein du riche tissu urbain du territoire de l?actuelle Tunisie.

La région connaît alors une période de prospérité où l?Afrique devient pour Rome un fournisseur essentiel de productions agricoles[16], comme le blé et l?huile d'olive[34], par les plantations d?oliviers chères aux Carthaginois[26]. Le fameux port de Carthage se mue en port d?attache monumental d?une flotte céréalière dont l?arrivée est chaque année impatiemment attendue à Rome[34] afin d?être partagée dans l?institution de distribution de blé à la plèbe, l?annone[36]. À Chemtou, l?exploitation d?un marbre aux veines jaunes et roses permet son exportation à travers l?empire alors qu?à El Haouaria, le grès est extrait pour bâtir Carthage[34]. Parmi les autres productions figurent les céramiques antiques et les produits dérivés du poisson.

Mosaïque d?Amphitrite à Bulla Regia
Mosaïque d?Amphitrite à Bulla Regia

La province se couvre d?un dense réseau de cités romanisées, dont les vestiges encore visibles aujourd?hui sont impressionnants : il suffit de citer les sites de Dougga (antique Thugga), Sbeïtla (Sufetula), Bulla Regia, El Jem (Thysdrus) ou Thuburbo Majus. Parmi les symboles de la richesse provinciale figurent l?amphithéâtre de Thysdrus, qui devient l?un des plus grands du monde romain, et le théâtre de Dougga. Mais les vestiges ne sont pas seulement ceux de bâtiments publics mais aussi de riches habitations privées, villas au sol couvert de mosaïques que le sol du pays ne cesse de restituer aux archéologues.

Partie intégrante de la République puis de l?Empire avec la Numidie[26], la Tunisie devient pendant six siècles le siège d?une civilisation romano-africaine d?une exceptionnelle richesse, poursuivant son rôle de « carrefour du monde antique ». La Tunisie est alors le creuset de l?art de la mosaïque qui s?y distingue par son originalité et ses innovations[34]. Sur les stèles à caractère religieux apparaissent d?anciens symboles tels le croissant lunaire ou le signe de Tanit. Concurrents des dieux romains, des dieux indigènes apparaissent sur des frises d?époque impériale et le culte voué à certaines divinités, Saturne et Caelestis, est la poursuite du culte voué à l?époque punique à Ba'al Hammon et sa parèdre Tanit[37]. Le carrefour trouve aussi une preuve supplémentaire dans l?installation précoce de communautés juives[33] et, dans le sillage de celles-ci, des premières communautés chrétiennes. La langue punique elle-même perdurera longtemps, fortement jusqu?au Ier siècle, et fut attestée dans une moindre mesure jusqu?à l?époque de saint Augustin[38].

L?apogée des IIe siècle et au début du IIIe siècle n?est toutefois pas sans heurts[26], la province connaissant de graves crises au IIIe siècle : les provinces sont pillées et connaissent les affrontements entre usurpateurs au début du IVe siècle. Ce premier siècle de christianisme officiel, devenu religion d'État en 313[26], voit la province retrouver une prospérité dont témoignent les vestiges archéologiques retrouvés, provenant tant de constructions publiques que d?habitations privées.

Information Cliquez sur une vignette pour l?agrandir.


[] Centre d?expansion du christianisme

Dans un espace ouvert sur l?extérieur comme l?est alors la province d?Afrique ? Carthage est notamment reliée aux grandes cités d?Alexandrie et d?Antioche qui constituent deux grands centres d?évangélisation[39] ?, le christianisme se développe de façon précoce[40] grâce aux colons, commerçants et soldats[39] et la région devient ainsi l?un des foyers essentiels de diffusion de la nouvelle foi même si les affrontements religieux y sont violents avec les païens. Ainsi, la nouvelle religion se heurte d?abord à une véritable opposition populaire car le christianisme déchire un tissu social très serré, le paganisme imprégnant toute la vie quotidienne, et ses adeptes sont contraints à vivre à l?écart de la vie domestique et de la vie publique. La cohésion sociale paraît alors menacée, ce qui entraîne des ripostes comme le saccage de tombes chrétiennes. Dès le IIe siècle, la province applique aussi les persécutions impériales, les premiers martyrs étant attestés dès le 17 juillet 180[39] : ceux qui refusent de se rallier au culte officiel sont torturés, relégués sur des îles, décapités, livrés aux bêtes féroces, brûlés voire crucifiés.

Saint Augustin, figure du christianisme d?Afrique
Saint Augustin, figure du christianisme d?Afrique

À la fin du Ier siècle, la nouvelle religion progresse rapidement dans la province car, malgré une situation difficile, la nouvelle foi s?implante plus rapidement qu?en Europe, notamment en raison du rôle social joué par l?Église d?Afrique qui apparaît dans la seconde moitié du IIIe siècle et du fait de la très forte densité urbaine de la province. C?est à partir d?environ 400 que, sous l?action dynamique d?Augustin d'Hippone et l?impulsion de quelques évêques, les grands propriétaires terriens et l?aristocratie citadine se rallient au christianisme où ils voient leur intérêt, l?Église intégrant alors les diverses couches sociales. Rapidement, la province d?Afrique est considérée comme un phare du christianisme latin occidental[39] ; Tertullien est l?un des premiers auteurs chrétiens de langue latine et Saint Cyprien, premier évêque de Carthage, est martyrisé le 14 septembre 258[39], à une époque où la nouvelle religion est déjà largement répandue dans la société. Cette expansion ne va toutefois pas sans heurts, en particulier lors du schisme donatiste[26] ? conséquence des rivalités de prélats avides d?occuper le siège du primat d?Afrique ? qui est condamné de façon définitive au concile de Carthage ouvert le 1er juin 411[39] et organisé par son plus ardent contradicteur en la personne de l?évêque Augustin d?Hippone. Ce dernier accuse les schismatiques d?avoir coupé les liens entre l?Église catholique africaine et les Églises orientales originelles[39].

En dépit de cette lutte religieuse, la conjoncture économique, sociale et culturelle est relativement favorable au moment du triomphe du christianisme[41] comme en témoignent les nombreux vestiges, notamment de basiliques à Carthage ? en particulier la basilique de Damous El Karita ? et également de nombreuses églises aménagées dans d?anciens temples païens (comme à Sbeïtla) ou même certaines églises rurales retrouvées récemment. Le dynamisme perdurera longtemps, y compris pendant la période vandale.

Information Cliquez sur une vignette pour l?agrandir.


[] Antiquité tardive

[] Domination vandale

Icône de détail Article détaillé : Royaume vandale.
Inscription de la Tunisie dans les grandes invasions
Inscription de la Tunisie dans les grandes invasions

En 429[42], menés par leur chef Genséric, les Vandales et les Alains franchissent le détroit de Gibraltar[43]. Le 19 octobre 439, après s?être rendus maîtres d?Hippone[44], ils entrent dans Carthage où ils installent leur royaume pour près d?un siècle[43]. Les Vandales sont adeptes de l?arianisme[45], déclarée hérésie chrétienne au concile de Nicée, ce qui ne facilite pas les relations entre eux et les notables locaux majoritairement catholiques. Le clergé africain s?oppose en effet à la soumission face à ce qui représentent à ses yeux un préjudice double : la domination des barbares et celle des hérétiques[46]. Or, les Vandales exigent de la population une totale allégeance en ce qui concerne leur pouvoir et leur foi[46]. En conséquence, dès lors qu?ils tentent de s?opposer au pouvoir vandale, les catholiques sont persécutés : de nombreux hommes d?église sont martyrisés, emprisonnés voire exilés[47] dans des camps au sud de Gafsa. Dans le domaine économique, les Vandales appliquent à l?Église la même politique de confiscation dont doivent pâtir les grands propriétaires[46]. Les domaines et leurs esclaves sont conférés au clergé arien[46]. Cette politique s?aggrave lorsque Hunéric succède à son père[46]. Il entame d?abord une sanglante persécution contre les manichéens puis fait interdire à tous ceux qui n?adhèrent pas à l?Église officielle d?occuper une fonction dans les administrations publiques[46]. À la mort d?Hunéric, ses neveux Gunthamund et Thrasamund lui succèdent respectivement et poursuivent la politique d?« arianisation »[46]. Le clergé catholique est surchargé de taxes et d?amendes et Thrasamund condamne 120 évêques à l?exil[46].

Étendue approximative du royaume vandale vers 455
Étendue approximative du royaume vandale vers 455

Les témoignages littéraires sur la période vandale, en particulier de Victor de Vita, sont très sévères sur le mode de gouvernance qui fut le leur[48]. L?archéologie témoigne également de destructions importantes à l?époque du royaume vandale[48], comme le montrent le théâtre et l?odéon de Carthage, qui peuvent corroborer ces témoignages. Par ailleurs, « la plupart des historiens modernes [considérent cette période] comme un court passage, un événement de courte durée »[49] ou « un épisode »[50].

Cependant, la culture latine est largement préservée[51] et le christianisme prospère tant qu?il ne s?oppose pas au souverain en place. Les Vandales eux-mêmes, devenus les maîtres de l?ancienne province romaine la plus riche de l?Empire, se laissent aller à la douceur de vivre de la Tunisie. Le recrutement de leur armée en souffre à tel point qu?ils préfèrent enrôler des autochtones berbères romanisés pour la plupart[52]. Leur territoire, enserré par des principautés berbères, est attaqué par les tribus de nomades chameliers : leur défaite devant ces dernières, en décembre 533 à la bataille de Tricaméron[48], confirme l?anéantissement de la puissance militaire vandale.

[] Période byzantine

Icône de détail Article détaillé : Exarchat de Carthage.

Carthage est reprise facilement par les Byzantins dirigés par le général Bélisaire[16] envoyé par l?empereur Justinien[53]. En effet, le premier objectif de ce dernier est le contrôle de la Méditerranée occidentale pour reconstituer l?Empire romain[53]. L?armée byzantine, composée en fait de mercenaires hérules et huns[54], enfonce la cavalerie vandale autrefois tant redoutée et le dernier roi, Gélimer, se rend en 534[53]. Malgré la résistance des Berbères, les Byzantins rétablissent l?esclavage et instituent de lourds impôts[55]. La majeure partie du peuple vandale est déportée vers l?Orient, servant comme esclaves tandis que d?autres sont enrôlés de gré ou de force dans l?armée byzantine comme soldats auxiliaires. Par ailleurs, l?administration romaine est restaurée.

À l?occasion du concile de 534, l?évêque de Carthage fait réunir 220 évêques chargés d?analyser le problème que constitue la volonté des Byzantins à faire des évêques de simples exécutants[46]. Le concile affirme alors que même si l?empereur doit faire appliquer les canons ecclésiastiques, il n?a pas à les déterminer[46]. Justinien réagit vivement : les réfractaires sont punis de châtiments corporels et d?exil, alors que les plus résistants sont remplacés par des hommes aux services du prince[46]. L?Église d?Afrique est ainsi mise au pas[46]. Justinien fait alors de Carthage le siège de son diocèse d?Afrique. À la fin du VIe siècle, la région est placée sous l?autorité d?un exarque cumulant les pouvoirs civils et militaires et disposant d?une large autonomie vis-à-vis de l?empereur.

Par ailleurs, prétendant imposer le christianisme d?État, ils pourchassent le paganisme, le judaïsme et les hérésies chrétiennes[55]. Pourtant, à la suite de la crise monothéliste, les empereurs byzantins, opposés à l?Église locale, se détournent de la cité. Or, avec une Afrique byzantine entraînée dans le marasme, un état d?esprit insurrectionnel secoue des confédérations de tribus sédentarisées et constituées en principautés[46]. Ces tribus berbères sont d?autant plus hostiles à l?Empire byzantin qu?elles ont conscience de leur propre force[46]. Quant au peuple, subordonné à l?administration, étouffé par le fisc et exposé aux exactions des gouverneurs, il en vient à regretter le temps des Vandales[46].

Avant même sa prise en 698[52], la capitale, et dans une certaine mesure ? moins aisée à appréhender cependant ? la province d?Afrique, se sont vidées de leurs habitants byzantins. La décadence est nette après la reconquête par Justinien, Abdelmajid Ennabli évoquant à propos de Carthage une cité « délaissée par le pouvoir central préoccupé de sa propre survie »[56]. Dès le début du VIIe siècle, l?archéologie témoigne en effet d?un net repli[57].

[] Moyen Âge arabo-musulman

Icône de détail Article détaillé : Tunisie à l'époque médiévale.

Cette ère est marquée par le développement urbanistique du pays et l?apparition de grands penseurs tels que Ibn Khaldoun, historien et père de la sociologie moderne.

[] Islamisation et arabisation du territoire

Icône de détail Pour consulter un article plus général, voir : Conquête musulmane du Maghreb.

Trois expéditions sont nécessaires pour que les Arabes réussissent à conquérir la Tunisie. Dans ce contexte, la conversion des tribus ne se déroule pas uniformément et connaît des résistances, des apostasies ponctuelles ou l?adoption de syncrétismes. L?arabisation se fera de manière plus lente encore.

Minaret de la Grande mosquée de Kairouan fondée en 670 par Oqba Ibn Nafaa
Minaret de la Grande mosquée de Kairouan fondée en 670 par Oqba Ibn Nafaa

La première expédition est lancée en 647[52]. L?exarque Grégoire est battu à Sbeïtla[58], ce qui illustre l?existence de points faibles chez les Byzantins. En 661, une seconde expédition est lancée et se termine par la prise de Bizerte. La troisième, menée en 670 par Oqba Ibn Nafaa, est décisive : ce dernier fonde la ville de Kairouan au cours de la même année[55] et cette ville devient la base des expéditions lancées contre le nord et l?ouest du Maghreb[16]. L?invasion complète faillit échouer avec la mort d?Ibn Nafaa en 683