Desole pas de resultat

Flickr Badge Histoire

Revue de presse Histoire_de_Nauru
shout shout

Histoire de Nauru

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Nauruans et maisons traditionnelles à Arenibek en 1896.
Nauruans et maisons traditionnelles à Arenibek en 1896.
Maison et pirogue traditionnelles en 1896.
Maison et pirogue traditionnelles en 1896.

L'histoire de Nauru est celle d'une petite île de 21 km2 isolée au sein du Pacifique central et qui forme aujourd'hui un État indépendant : la République de Nauru. Les événements antérieurs à sa colonisation à la fin du XIXe siècle sont peu connus faute de sources écrites et en la quasi-absence de données archéologiques. Les faits postérieurs sont quant à eux intimement liés à l'histoire de son unique ressource : le phosphate.

Vraisemblablement peuplée à l'origine de Mélanésiens et de Micronésiens, l'île enregistre une seconde vague de migration venant des littoraux chinois via les Philippines aux alentours de 1200 avant Jésus-Christ. Elle est découverte par les Européens le 8 novembre 1798 lorsque le capitaine britannique John Fearn s'approche de l'île[1]. Elle est alors colonisée par différentes puissances : Allemagne en 1888, Australie en 1920, Japon de 1942 à 1945 puis à nouveau Australie en 1947[2]. Nauru acquiert son indépendance en 1968 puis rejoint l'Organisation des Nations unies en 1999[2].

À partir de 1906, le gisement de phosphate de l'île est exploité par différentes compagnies coloniales ou étatiques[2]. Ce phosphate constituera quasiment la seule source de revenus de l'île durant presque un siècle et assurera aux Nauruans un niveau de vie très élevé pendant plusieurs décennies[1]. L'épuisement des réserves conjugué à de mauvaises politiques économiques plongent Nauru dans la faillite et l'instabilité politique à compter du début des années 1990[2]. Essayant de diversifier ses sources de revenus, Nauru s'engage dans la voie du blanchiment d'argent[2], de la vente de passeports[1] et marchande ses votes dans les instances internationales. L'arrivée depuis 2004 d'une nouvelle majorité au gouvernement et d'une nouvelle politique économique semble apporter une meilleure transparence dans les finances de l'État nauruan[3].

Sommaire

[] Premiers peuplements

Jeunes Nauruans en 1914.
Jeunes Nauruans en 1914.

Bien qu'il n'existe aucune preuve archéologique, on estime que les premiers peuplements de Nauru ont vraisemblablement été le fait de navigateurs micronésiens et mélanésiens. Aux alentours de 1200 avant Jésus-Christ, une nouvelle vague d'immigration arrive en provenance des littoraux de Chine via les Philippines. Une langue commune, le nauruan, s'élabore alors bien qu'elle comporte des dialectes. L'appartenance de cette langue au groupe malayo-polynésien confirme l'origine du peuplement de l'île.

Douze tribus, réparties en 169 villages, se constituent alors sur l'île : Deiboe, Eamwidamit, Eamwidara, Eamwit, Eamgum, Eano, Emeo, Eoraru, Irutsi, Iruwa, Iwi et Ranibok[4]. Chacune a sa propre histoire individuelle, chaque habitant de l'île se réclamant d'une tribu. Ces douze tribus à l'origine du peuple de Nauru sont aujourd'hui symbolisées par le nombre de branches de l'étoile blanche du drapeau de Nauru. Néanmoins, ces tribus n'existent plus de nos jours, les habitants de Nauru s'identifiant désormais au district où ils vivent.

La tribu Iruwa était composée de Gilbertins ayant immigré relativement récemment à Nauru. Les tribus Irutsi et Iwi n'ont, quant à elles, plus de descendants : leurs derniers représentants ont apparemment disparu, pour des raisons inconnues, lors de l'occupation japonaise durant la Seconde Guerre mondiale.

Les Nauruans vivent alors de la culture des cocotiers, bananiers, pandanus et takamakas via la méthode du brûlis[5]. Ils pratiquent aussi de la pisciculture pendant des centaines d'années, capturant des poissons-lait dans le lagon et les relâchant dans la lagune Buada, un lac du centre de l'île, et dans une lagune d'Anabar[6]. La pisciculture sert alors d'organisation sociale entre les différentes tribus : les exploitations sont partagées entre les tribus avec des murets, l'élevage des poissons est confié aux hommes qui pataugent régulièrement dans les bassins pour oxygéner l'eau et la charger en nutriments, les enfants ont interdiction de déranger les poissons lorsqu'ils se baignent dans les plans d'eau[6].

[] Époque pré-coloniale

[] Premiers contacts avec les Européens

Comme c'est le cas pour la plupart des sociétés traditionnelles entrées en contact avec des Européens, celui des Nauruans avec les sociétés dites civilisées aura pour conséquence une ouverture vers le monde occidental. Cette interaction entre deux mondes se traduit par l'introduction de nouveaux produits : armes à feu, alcool, outils en métal, tabac que les insulaires commencent à échanger contre des produits locaux, essentiellement le coprah et la noix de coco, puis à acheter grâce à l'argent dont l'usage se répand. Ces changements conduiront à une déstructuration de la société qui est par ailleurs régulièrement décimée par des maladies inconnues jusqu'alors : l'influenza, la dysenterie et la tuberculose contre lesquelles les défenses immunitaires des Nauruans sont déficientes[7].

En 1798, au cours d'un voyage le menant de la Nouvelle-Zélande aux mers de Chine, le capitaine britannique du baleinier Hunter, John Fearn, est le premier Européen à s'approcher de Nauru[7]. Il la baptise « Pleasant Island » (« Île Agréable ») ce qui résume la bonne impression que lui fait cette île dont les habitants, qui viennent spontanément à la rencontre de son bateau à bord de nombreuses pirogues, ne sont ni armés, ni ornés de tatouages comme c'est souvent le cas en Océanie[7]. De son bateau qu'il ne quittera pas, il observe les nombreux habitants qui se pressent sur les plages et il en conclura que l'île est populeuse[7]. Après ce bref contact, Nauru retrouve son isolement pendant plusieurs décennies.

Les premiers Européens à poser pieds sur l'île et à y vivre sont des repris de justice, des déserteurs de baleiniers, des vagabonds et des contrebandiers[2],[7]. Patrick Burke et John Jones, deux bagnards irlandais échappés de l'île Norfolk destinée aux criminels déportés en Australie par le Royaume-Uni, sont les premiers à arriver sur l'île en 1830[7]. En 1837, cinq déserteurs de baleiniers débarquent sur l'île et rejoignent les huit autres Européens déjà présents[7]. John Jones commence alors à se comporter en dictateur vis-à-vis des autres Européens et des Nauruans[7]. Il dépouille de leurs biens les cinq nouveaux arrivants et empoisonne, tue par balle ou abandonne sur des pirogues à la dérive ceux qui se montrent rétifs à son autorité ou qu'il soupçonne de comploter contre lui[7]. Les Nauruans, offensés par John Jones, le bannissent sur Ocean Island (aujourd'hui Banaba), à 300 kilomètres à l'est de Nauru[7]. Il tente de revenir au bout de quelques mois mais les Nauruans le repoussent[7].

En 1845, seuls deux Européens vivent sur Nauru dont William Harris arrivé en 1842[7]. Ce dernier s'intègre à la population, adoptant ses coutumes et fondant une famille[7]. À partir de 1852, les Nauruans, encouragés par certains Européens, commencent à se livrer à des actes de piraterie et les navires évitent autant que possible d'approcher l'île[2],[7]. Ce changement d'activité des Nauruans est une des conséquences du fait que la coutume nauruane de gestion des conflits par la négociation commence à ne plus avoir d'emprise sur cette société[7].

[] Guerre civile tribale

Guerrier nauruan en 1880.
Guerrier nauruan en 1880.

L'introduction des armes à feu déséquilibre les rapports de force entre les tribus nauruanes et les accrochages sporadiques au sujet de discordes se muent rapidement en une guerre civile tribale[2],[8].

La guerre se déclenche en 1878 lorsqu'un jeune chef est tué accidentellement par balle au cours d'un mariage[7]. L'escalade est alors rapide, chaque famille disposant d'une arme à feu et désirant se venger[7]. Contrairement aux autres conflits qui avaient été résolus, celui-ci ne trouve pas d'issue[7]. Une forme de guérilla commence alors à émerger où chaque incursion dans un territoire ou un village, chaque nouveau mort est prétexte à des combats au cours desquels même les femmes et les enfants sont abattus[7].

Le 21 septembre 1881, un navire de la Royal Navy britannique s'approche de l'île pour évaluer la situation[7]. Le contrebandier nommé William Harris monte alors à bord du navire et raconte qu'une guerre fait rage, que les belligérants sont régulièrement ivres et que le roi[4] de l'île, Auweyida, souhaite l'arrivée de missionnaires sur l'île[7].

Six ans plus tard, Frederick Joseph Moss, de passage à Nauru à bord d'une goélette, le Buster, venu charger du coprah[7], rapporte que les habitants sont amicaux bien que tous les hommes portent une arme à feu[7]. Le conflit est toujours en cours bien qu'il existe une certaine exaspération des Nauruans : ils souhaitent cesser la guerre mais aucune tribu ne fait suffisamment confiance aux autres pour y mettre un terme[7]. La seule solution, de l'aveu des Nauruans et de William Harris, est un désarmement total et l'établissement d'une mission chrétienne qui puisse garantir la paix[7].

L'instabilité sur Nauru n'ayant pas profité au commerce, l'Allemagne accepte alors d'annexer l'île le 16 avril 1888 pour en assurer le contrôle et la pacifier, mettant ainsi fin à cette guerre civile[7].

[] Époque coloniale

[] Colonie allemande

[] Administration

Cérémonie d'annexion de Nauru par l'Allemagne en présence du roi Auweyida et sur fond du drapeau allemand, le 2 octobre 1888.
Cérémonie d'annexion de Nauru par l'Allemagne en présence du roi Auweyida et sur fond du drapeau allemand, le 2 octobre 1888.
Le roi Auweyida (haut de forme), la reine Eigamoiya (robe blanche) et les sujets royaux vers 1890.
Le roi Auweyida (haut de forme), la reine Eigamoiya (robe blanche) et les sujets royaux vers 1890.

À la fin du XIXe siècle, Nauru devient une colonie allemande après différentes étapes.

La première est l'établissement des sphères d'influence allemandes et britanniques dans le Pacifique occidental et central face à la colonisation croissante de différents territoires de cette région du globe par ces deux puissances[2]. Par cet accord, Nauru revient alors aux Allemands le 6 avril 1886[2].

La seconde est l'annexion officielle de Nauru, alors peuplée d'environ 1 300 habitants[1], à l'Empire allemand le 16 avril 1888, ceci sous prétexte de mettre fin à la guerre civile qui y fait rage depuis dix ans[2]. La première présence allemande arrive sur l'île seulement le 1er octobre : 87 hommes armés ainsi qu'un missionnaire des îles Gilbert y sont amenés par un navire de la marine allemande[7]. Le commissaire allemand, en tant que représentant du Kaiser, prend alors plusieurs mesures pour pacifier l'île. Il nomme Auweyida, chef de Boe, et son épouse Eigamoiya roi et reine de Nauru, titre qu'ils garderont jusqu'en 1920[9]. L'alcool et les armes à feu sont interdits[7] et les chefs tribaux arrêtés : ils serviront de moyen de pression sur les Nauruans afin qu'ils cessent les combats. En effet, les autorités les somment de restituer toutes les armes sous peine de voir leurs chefs tribaux exécutés[7]. Le lendemain, 765 armes à feu et plusieurs milliers de munitions sont rendues, mettant un terme définitif à la guerre civile[7].

La dernière étape de la prise de possession de Nauru par les Allemands se déroule le 2 octobre 1888 sous la forme d'une cérémonie d'annexion : le drapeau allemand est déployé en présence du roi Auweyida[7]. Cette acquisition d'un nouveau territoire renforce la position stratégique de l'Allemagne dans le Pacifique occidental où elle dispose déjà de plusieurs colonies. D'abord intégrée au protectorat allemand des îles Marshall, Nauru est ensuite rattachée à la Nouvelle-Guinée allemande en 1906 suite à un nouveau découpage administratif[4].

L'administration allemande est néanmoins toujours restée extrêmement réduite, disposant cependant d'une certaine autonomie. Ainsi, à partir du 14 juillet 1908, un bureau postal ouvre à Nauru, disposant de ses propres cachets lui permettant d'oblitérer le courrier de ses administrés[10]. Le bureau postal allemand fermera le 8 novembre 1914 suite à l'occupation britannique[10].

[] Influence culturelle

Carte historique montrant les possessions allemandes en Océanie. Nauru (cerclée en rouge) est à cette époque rattachée aux îles Marshall.
Carte historique montrant les possessions allemandes en Océanie. Nauru (cerclée en rouge) est à cette époque rattachée aux îles Marshall.

Aux premières heures de l'installation européenne, la petite administration coloniale se préoccupe peu de diffuser la culture allemande auprès des habitants. De son côté, si elle tient à la disposition de ses employés une bibliothèque de mille ouvrages[11], la Pacific Phosphates Company se concentre surtout sur les profits qu'elle génère grâce à l'exploitation du sol[2]. Aussi, ce sont les missions religieuses qui assurent le développement des m?urs métropolitaines sur le territoire.

Les premières d'entre elles sont appelées Liebenzeller Mission et sont animées par des missionnaires protestants venus à Nauru dans le seul but d'évangéliser la population. Le premier d'entre eux est Philip Delaporte, un Américano-allemand débarqué d'Hawaii avec sa famille en 1899. C'est lui qui propose la première traduction de la Bible en langue nauruane ainsi que les premières adaptations dans ce langage de plusieurs ouvrages de catéchisme ou consacrés à l'histoire de l'église chrétienne. C'est également lui qui publie les premiers livres scolaires et le premier dictionnaire bilingue, le Dictionnaire de poche nauruan-allemand (Taschenwörterbuch Deutsch-Nauruisch), un ouvrage de 65 pages et de 1 650 mots paru en 1907.

La démarche est reprise peu après par les évangélisateurs catholiques arrivés à Nauru en 1902. Après avoir fondé leurs propres missions puis érigé la première église catholique de l'île, ceux qui sont envoyés par les Missionnaires du Sacré C?ur[11] développent eux aussi des considérations culturelles envers la population parallèlement à leurs activités religieuses. C'est ainsi que le deuxième dictionnaire bilingue est écrit par un catholique allemand arrivé dans l'île en 1904, Alois Kayser. Le troisième, intitulé Dictionnaire colonial allemand, sera quant à lui publié par Paul Hambruch au terme de deux séjours passés dans l'île en mai 1909 et de septembre à novembre 1910.

De fait, c'est bien la logique colonisatrice qui permet au christianisme et aux m?urs et usages occidentaux de se populariser chez les Nauruans : alors que le mariage chrétien commence à supplanter la polygamie, les danses traditionnelles jugées trop sexuelles sont interdites, les pagnes sont remplacés par les vêtements et les frictions corporelles à l'huile de noix de coco sont abandonnées[7]. Ces bouleversements culturels ne vont pas sans problèmes socio-démographiques.

Les changements dans l'hygiène et l'afflux d'Européens entraînent une recrudescence des maladies. Par exemple, en 1907, la dysenterie fait 150 victimes[7], soit un chiffre considérable étant donnée la population de l'île à l'époque : le premier recensement effectué à Nauru en 1890 indique que le territoire ne comptait alors que 1 294 Nauruans et 24 missionnaires gilbertins et leurs familles[7]. On dénombrait 574 hommes pour 720 femmes, indice que la démographie nauruane était toujours marquée par la guerre civile plusieurs années après son terme[7].

[] Activité économique

Ouvriers chinois dans la mine de phosphate en 1908.
Ouvriers chinois dans la mine de phosphate en 1908.
Chemin de fer de la mine de phosphate en 1908.
Chemin de fer de la mine de phosphate en 1908.

Aux débuts de la colonisation de Nauru, l'île est de fait gérée par la Jaluit Gesellschaft[4] (en français « Compagnie Jaluit »), une firme allemande qui finance la colonisation en échange de privilèges commerciaux[12]. Elle acquiert également des droits pour l'exploitation du sous-sol de l'île dont elle ne fait pas usage, le phosphate de Nauru n'ayant pas encore été découvert[12]. Le coprah extrait du cocotier étant à l'époque la principale ressource des îles du Pacifique, les Allemands tentent de valoriser Nauru en exploitant cette denrée[1],[7]. Afin d'assurer une pérennisation de la présence allemande sur l'île, ils y construisent un hôpital, des chambres froides, une usine de production d'eau gazeuse ainsi qu'un générateur électrique et l'allemand devient peu à peu la langue d'usage[13].

En 1900[4], un géologue néo-zélandais, Sir Albert Ellis, travaillant pour le compte de la compagnie britannique Pacific Island Company, découvre fortuitement que l'île ainsi que celle d'Ocean Island (aujourd'hui Banaba) possèdent d'importantes quantités de minerai de phosphate[14],[2],[7]. Comme la Jaluit Gesellschaft possède les droits d'exploitation du sous-sol, elle les cède en 1906 à la Pacific Island Company au prix de 2 000 livres sterling comptant et prend une participation importante dans cette entreprise[7] qui devient la Pacific Phosphate Company[4]. Cette dernière remplace ainsi la Jaluit Gesellschaft dans son rôle de principal acteur économique de Nauru. De plus, pour chaque tonne de phosphate extraite, la Pacific Phosphate Company verse une redevance à la Jaluit Gesellschaft ainsi qu'en moindre proportion aux Nauruans[7].

L'extraction du phosphate, facilitée par la construction d'une ligne de chemin de fer mise en service à partir de 1907[15], peut alors commencer dès 1906[4],[2] : des travailleurs sont amenés des îles Gilbert, de Chine[1] et de la colonie allemande des Carolines pour servir de main-d'?uvre, les Nauruans étant peu enclins à travailler dans les mines à ciel ouvert[2]. Ces immigrés et leurs descendants sont encore présents sur Nauru de nos jours où, avec les Occidentaux de l'administration et du secteur économique, ils constituent 42% de la population totale de l'île[16]. Le commerce du phosphate devient vite productif : la première année d'exploitation, 11 000 tonnes de phosphate sont envoyées vers l'Australie[7] et jusqu'en 1913, 138 725 tonnes de phosphate sont extraites et exportées via 46 navires.

Ce développement économique de Nauru profite à la démographie de l'île d'autant plus qu'un accord avec le gouvernement allemand stipule que tous les postes administratifs vacants de la Pacific Phosphate Company doivent être renouvelés avec du personnel allemand : l'administrateur et 22 des 63 employés européens sont donc de cette nationalité. Ainsi, à la veille de la Première Guerre mondiale, la population de Nauru est composée de 30 Allemands, 70 Britanniques, 1 400 Nauruans et environ 1 000 Chinois et Caroliniens[17].

[] Première Guerre mondiale

Mission catholique en 1914.
Mission catholique en 1914.
Partition des colonies allemandes du Pacifique.
Partition des colonies allemandes du Pacifique.

Au début de la Première Guerre mondiale, suite à la déclaration de guerre du Royaume-Uni contre l'Allemagne le 4 août 1914, Nauru subi le même sort que les autres colonies allemandes qui sont attaquées par les Alliés. Ce territoire, extrêmement isolé et situé dans une région qui ne constituera qu'un théâtre mineur de la Grande Guerre, n'a cependant pas connu d'affrontements graves, la prise de pouvoir par l'Australie s'y est effectuée sans qu'une goutte de sang ne soit versée[17].

L'administrateur allemand de Nauru, tenu au courant des évènements grâce à l'émetteur radio de l'île, ne divulgue pas aux habitants l'annonce de la déclaration de guerre entre le Royaume-Uni et l'Allemagne. En effet, celle-ci compte en son sein une forte minorité de sujets britanniques, principalement australiens, susceptibles de prendre parti pour l'ennemi. Le 7 août 1914, il proclame la loi martiale. Une force d'autodéfense constituée de Nauruans est mise en place les semaines suivantes durant lesquelles rien ne se produit. Cependant, sur cette île coupée du monde, les vivres viennent à manquer et il est décidé d'envoyer une mission de secours sur Ocean Island (aujourd'hui Banaba). Cette demande d'aide est refusée par les autorités britanniques de l'île. Prenant acte de ce refus au retour du bateau, le gouverneur de Nauru demande aux sujets britanniques présents sur Nauru d'évacuer l'île, arguant du fait de ne pas disposer de suffisamment de nourriture pour tous. Le même navire embarque alors le 6 septembre les 49 Britanniques de Nauru à destination d'Ocean Island.

Trois jours plus tard, le 9 septembre, un navire de guerre australien en provenance des îles Fidji se dirige vers l'île avec mission d'y détruire la station radio, relais stratégique entre la métropole et les autres colonies allemandes du Pacifique. À l'aube, profitant de l'effet de surprise et malgré un fort ressac, 25 membres de la marine australienne parviennent à débarquer sur l'île en passant par la jetée servant à charger le phosphate sur les vraquiers. Ils occupent immédiatement le bâtiment attenant et un détachement de six hommes se dirige en direction de la maison de l'administrateur. Celui-ci, pris de court, n'oppose aucune résistance, se constitue prisonnier et accepte le principe d'une reddition sans conditions[17]. Les Australiens se rendent ensuite à la station radio mais celle-ci a déjà été démantelée par les opérateurs allemands pour éviter qu'elle ne tombe aux mains des Alliés. Sept heures après avoir débarqué, les Australiens repartent avec pour unique perte celle d'un fusil[17].

Ce n'est que le 6 novembre 1914 que les Australiens s'installent sur Nauru, mettant un terme définitif à la colonisation allemande de Nauru[17]. L'île intègre alors jusqu'en juin 1921 les Territoires britanniques du Pacifique occidental et la nouvelle puissance coloniale reprend sans interruptions l'extraction du phosphate par la Pacific Phosphate Company[9],[2].

[] Colonie du Commonwealth

Sur cette carte australienne de 1940,http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/ff/Nauru_land_utilization-fr.png/180px-Nauru_land_utilization-fr.png
Sur cette carte australienne de 1940, on constate que l'exploitation minière s'effectue de manière systématique, progressant du sud-ouest vers le nord-est. À cette date, certains gisements sont déjà abandonnés après avoir été totalement épuisés.

Au sortir de la Première Guerre mondiale, l'Allemagne, par l'article 119 du traité de Versailles[18], renonce en 1920 à sa souveraineté sur ses colonies dont Nauru. L'Australie fait alors pression sur la Société des Nations afin de pouvoir annexer l'île dont elle convoite les richesses mais le président américain Woodrow Wilson s'oppose à toute annexion des anciennes colonies allemandes[7]. La SDN finit par trancher en plaçant Nauru sous la tutelle du souverain britannique sous la forme d'un mandat de type C (excluant l'indépendance à terme)[19]. En 1923, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande et l'Australie signent le Nauru Island Agreement par lequel ils s'engagent à gérer en commun Nauru par l'intermédiaire d'un administrateur basé en Australie[20],[2],[4]. Mais dans les faits, seule l'Australie administre l'île[9].

Timbre de la colonie britannique de Nauru datant de 1924.
Timbre de la colonie britannique de Nauru datant de 1924.

Le développement économique de Nauru et l'occidentalisation de ses habitants sont alors repris par la nouvelle puissance coloniale. Celle-ci achète pour 3,5 millions de livres sterling les droits d'exploitation du phosphate à la Pacific Phosphate Company et poursuit son extraction par l'intermédiaire de la British Phosphate Commissioners formée d'un collège de trois hommes[2]. Dans l'entre-deux-guerres, cette industrie est en pleine expansion, bénéficiant du fait que les agriculteurs australiens et néo-zélandais achètent le phosphate nauruan à bas prix[2]. Les Nauruans se détournent totalement de l'industrie du phosphate car elle ne leur rapporte que huit pences par tonne extraite[2].

Parallèlement, l'occidentalisation des Nauruans se poursuit au point qu'en 1920 la religion nauruane totémique est abolie et sur les 169 villages originels, il n'en reste que 110. En 1927, les Nauruans, demandant une plus grande attention à leurs revendications, obtiennent le droit de former un « Conseil des Chefs » (Councils of Chiefs en anglais) qui n'a cependant qu'une fonction consultative[2]. Le 26 octobre 1932, l'Angam Day est célébré pour la première fois. Ce jour, qui est depuis la fête nationale de la République de Nauru, avait été annoncé en 1919 : à l'époque, on considérait qu'il fallait au moins 1 500 habitants sur Nauru pour que la population ne disparaisse pas d'elle-même.

[] Seconde Guerre mondiale et occupation japonaise

Vue aérienne d'un bombardement allié sur Nauru.
Vue aérienne d'un bombardement allié sur Nauru.

Nauru est l'un des rares territoires à avoir subi à la fois des attaques japonaises et allemandes durant la Seconde Guerre mondiale, ceci à cause de la relative proximité du territoire japonais et de la présence de navires allemands croisant dans le Pacifique.

Au début de la guerre, des navires allemands camouflés en cargos japonais commencent à opérer dans les îles Marshall et les îles Carolines avant l'entrée en guerre des Japonais. Le 6 décembre 1940, ils interceptent au Nord des îles Salomon un cargo britannique chargé de l'approvisionnement en vivres de Nauru, capturant son équipage, pillant et sabordant le navire[21].

Deux navires camouflés font ensuite route sur Nauru et du 7 au 8 décembre 1940 coulent cinq vraquiers (quatre britanniques et un norvégien) en attente de leur chargement de phosphate[21]. L'un de ces deux bateaux, le Komet, revient à la charge le 27 décembre en arborant cette fois-ci le pavillon nazi, menaçant d'attaquer les infrastructures de la British Phosphate Corporation. Il intime l'ordre à cette compagnie d'évacuer son personnel pour éviter les pertes humaines. Après avoir bombardé l'île, détruisant certaines infrastructures de la British Phosphate Corporation y compris ses réservoirs de fioul, le Komet s'éloigne en direction de l'Europe[22]. Les infrastructures de la British Phosphate Corporation sont par la suite remises en état, l'exploitation du phosphate reprend et l'île retrouve sa tranquillité pour quelques mois.

Ancien blockhaus japonais sur une plage de Nauru
Ancien blockhaus japonais sur une plage de Nauru

Quelques semaines avant l'attaque sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, les Japonais passent à l'offensive en bombardant avec leur aviation la station TSF de l'île. La nouvelle de la rapide avancée des Japonais dans le Pacifique arrive jusqu'à Nauru. Alors que l'Empire du Soleil Levant a déjà pris pied dans l'archipel voisin des îles Gilbert, les dirigeants de la British Phosphate Corporation prennent la décision d'évacuer les lieux. Un navire français en provenance des Nouvelles-Hébrides, le Triomphant, prend à son bord 61 Européens, 391 Chinois et 49 membres de la garnison britannique. 191 employés sont laissé sur place après qu'on leur ait promis de revenir les chercher ce qui ne sera pas réalisé à cause de la poursuite de la guerre[22].

Un corps expéditionnaire de 300 soldats japonais débarque sur l'île le 26 août 1942[9] faisant prisonniers sur le champ les Européens qui n'avaient pas été évacués. Les 1 850 Nauruans qui vivent à cette époque sur l'île sont laissé libres de leurs mouvements mais on leur impose un rationnement et ils serons soumis au joug japonais jusqu'à la fin de la guerre[2]. Ces derniers organisent la défense de l'île en mettant en place des canons de 152 millimètres sur la côte ainsi que des mitrailleuses anti-aériens de 12,7 millimètres sur le sommet de l'île, le Command Ridge. Des blockhaus sont construits sur les plages, des bunkers dans l'intérieur des terres ainsi qu'un hôpital souterrain.

Mitrailleuses japonaises antiaérienne 12,7 millimètres rouillées sur le Command Ridge
Mitrailleuses japonaises antiaérienne 12,7 millimètres rouillées sur le Command Ridge

La plus importante réalisation des Japonais sur Nauru reste la construction d'une piste d'atterrissage qui est à l'origine de l'actuel aéroport international de Nauru. Afin d'effectuer ce travail, ils font venir 1 500 Japonais et Coréens auxquels sont adjoints 300 travailleurs forcés nauruans et gilbertins. Cette piste est achevée en janvier 1943[22]. Bien que les Japonais aient la volonté de remettre en service les infrastructures servant à l'exploitation du phosphate, les impératifs de la guerre les font renoncer et Nauru est uniquement utilisée comme maillon de ligne de défense des Japonais dans l'océan Pacifique central.

Les Américains passent à la contre-attaque dans le Pacifique à partir de 1942. Le premier bombardement américain sur Nauru a lieu le 25 mars 1943[22], détruisant quinze avions japonais stationnés sur l'aérodrome et endommageant les installations aéroportuaires. En représailles, les Japonais font exécuter cinq prisonniers britanniques. Suite à la sanglante bataille de Tarawa, les îles Gilbert, situées à proximité de Nauru, passent aux mains des Américains dans le mois de novembre 1943. Cependant ces derniers, après avoir isolé et anéanti la puissance de frappe des occupants de l'île, n'y débarquent pas. Leur stratégie est en effet de passer d'île en île pour porter la guerre le plus vite possible en plein c?ur du territoire japonais en laissant sur leur chemin des réduits japonais neutralisés.

Nauru et Banaba sont en mars 1944 des réduits japonais isolés entre les îles Salomon et les îles Gilbert conquises par les Alliés.
Nauru et Banaba sont en mars 1944 des réduits japonais isolés entre les îles Salomon et les îles Gilbert conquises par les Alliés.

Nauru, totalement coupée des lignes d'approvisionnement japonaises, connaît alors un état de disette. En septembre 1943, les Japonais décident de déporter la majorité de la population nauruane (1 200 habitants)[22] dans les îles Truk[7] (Carolines) à 1 600 kilomètres au Nord-Ouest où étaient basées les forces navales japonaises du Pacifique central[2]. On les y oblige à construire une piste d'atterrissage[2],[7]. En l'absence d'approvisionnement, les conditions de vie à Nauru sont épouvantables et les occupants en sont réduits à mener un mode de vie autarcique. A la fin de la guerre, 300 Japonais sont morts suite aux privations et on rapporte des cas d'anthropophagie[22].

Les troupes japonaises de Nauru se rendent en signant leur reddition à bord du navire de guerre australien Diamantina le 13 septembre 1945, soit après les attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki (les 6 et 9 août) et la capitulation du Japon (le 2 septembre 1945). Les Australiens peuvent ainsi prendre pieds sur Nauru. Quelques 3 745 Japonais et Coréens sont rapatriés peu après et certains sont inculpés à leur retour pour crimes de guerre en raison des exactions commises sur les prisonniers européens et nauruans[22]. À la Libération, l'île est exsangue : sur les 1 200 habitants déportés dans les îles Truk, seuls 737 ont survécu aux dures conditions d'exil[1]. Ces derniers sont rapatriés le 31 janvier 1946 sur Nauru[2]. La population de Nauru est ainsi passée de 1 848 habitants en 1940 à 1 369 habitants en 1946[2]. En commémoration de cette période noire pour Nauru, la compagnie exploitant le phosphate de l'île construira un musée dédié à la Seconde Guerre mondiale[23].

Icône de détail Pour approfondir, voir Campagnes du Pacifique

[] Mandat des Nations unies

Extraction du phosphate près de la lagune Buada.
Extraction du phosphate près de la lagune Buada.

Comme à la fin de la Grande Guerre, le sort de Nauru se répète à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. L'ONU confie la gestion conjointe de l'île sous la forme d'un mandat au Royaume-Uni, à la Nouvelle-Zélande et à l'Australie le 1er novembre 1947[24], seule cette dernière administrant l'île dans les faits[9], et l'extraction du phosphate reprend cette même année[25].

En 1948, l'exportation du phosphate rapporte 745 000 dollars australiens à la British Phosphate Commissioners mais dont seuls 2% reviennent aux Nauruans et 1% à l'administration de l'île[7]. Ces très faibles pourcentages reversés aux ouvriers, principalement Chinois, ne permettent pas de faire améliorer leurs mauvaises conditions de travail. Ces derniers organisent alors une émeute en 1948[26] qui provoque l'instauration de l'État d'urgence et d'une répression australienne qui se solde par onze blessés et quatre tués parmi les ouvriers[26]. Entre 1950 et 1953, la compagnie britannique et le gouvernement australien, craignant que les ouvriers chinois n'importent le communisme à Nauru, se préparent à toute nouvelle émeute[26]. La police locale est en conséquence renforcée en armement (il est même envisagé d'envoyer un peloton militaire australien chargé de former la police locale à la lutte anti-émeute) et les Chinois étroitement surveillés, leurs logements faisant même l'objet de fouilles en 1953 qui ne permettent néanmoins de ne découvrir aucune arme[26]. Finalement, une enquête permet d'établir que les Chinois de Nauru sont partisans des nationalistes de la République de Chine (Taïwan) et n'ont par conséquent aucun lien avec les communistes de la République populaire de Chine[26].

Les Nauruans, mécontents eux aussi de ne pouvoir faire entendre leurs revendications, obtiennent la création d'un Conseil de gouvernement local après le dépôt de plusieurs plaintes auprès des Nations unies et des pays mandatés[2]. Le premier Conseil est créé le 18 décembre 1951 par l'