Guerre froide
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La Guerre froide désigne la période de forte tension entre les deux superpuissances que furent les États-Unis et l?URSS et leurs alliés respectifs de 1947 à 1991.
C?est sous la plume de l?homme d?État américain Bernard Baruch, puis popularisée par le journaliste Walter Lippmann en 1947, que l?expression « guerre froide », déjà utilisée au XIVe siècle, apparut pour la première fois dans l'Occident moderne. D'après Raymond Aron, il s'agissait d'une « guerre limitée » ou « paix belliqueuse » dans un monde bipolaire où les belligérants évitaient l?affrontement direct[1], d'où l'expression « Paix impossible , guerre improbable ».
De nombreux conflits, depuis la guerre de Corée, la guerre du Viêt Nam jusqu?à la guerre d'Afghanistan, ont résulté de l'opposition entre Soviétiques et Américains. Constatant que lorsque « Les puissants s?affrontent, les petits se battent » et tirés des deux bords, l?Inde de Nehru, l?Égypte de Nasser et la Yougoslavie de Tito réussirent à former le mouvement des non-alignés, souhaitant être neutres mais n?ayant que très peu d?influence sur le cours des événements, l?Égypte et les pays nouvellement indépendants étant influencés par un camp ou par l?autre.
[] Désignation
Le terme froide apposé en oxymore indique qu?il ne s?agit pas d?une guerre au sens habituel du terme, mais d?une confrontation idéologique entre les deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale ; elle fut également marquée par la course aux armements, la menace nucléaire (équilibre de la terreur) et la compétition technologique dans le domaine de la conquête de l?espace.
Les tiers-mondistes anglo-saxons emploient volontiers le terme de « Third World War », qui signifie à la fois « Troisième Guerre mondiale » et « guerre au tiers monde », soulignant par là que ce conflit atypique a été mondial, qu?il a fait un nombre de victimes du même ordre de grandeur que chacune des deux guerres mondiales, et que la plupart de ces victimes étaient des habitants du tiers monde.
Il existe une autre définition de la guerre froide : si on retient généralement les dates de l?affrontement idéologique entre les deux blocs est-ouest (1947-1989), André Fontaine, ancien rédacteur en chef du journal Le Monde, quant à lui, fait remonter cet affrontement à la révolution russe de 1917.
[] Volonté de reconstruction et de paix au lendemain de la Seconde Guerre mondiale
En 1945, face aux États européens ruinés par la Seconde Guerre mondiale, deux superpuissances émergent dans le contexte géopolitique mondial. Les États-Unis détiennent le monopole nucléaire depuis les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki en août 1945 et disposent d?une puissance financière inégalée. L?Union soviétique possède une force militaire décisive en Europe orientale et un prestige politique considérable.
[] Une reconstruction économique
Un nouvel ordre monétaire et financier international est créé autour du dollar US, pour éviter l?instabilité économique qui existait pendant l?entre-deux-guerres et relancer les échanges internationaux. Instituée le 22 juillet 1944 par les accords de Bretton Woods, à l?issue d?une conférence qui réunit 44 pays, cette nouvelle organisation de l?économie mondiale fut négociée en fait entre la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, ces derniers imposant leur point de vue.
Les accords établirent un Fonds monétaire international (FMI), ainsi qu?une Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), appelée communément « Banque mondiale ». Le FMI et le BIRD auraient pour mission notamment d?assurer la stabilité des devises nationales et d?accorder des prêts à la reconstruction et au développement.
Par ailleurs, les accords instituaient un système de parités fixes par rapport au dollar, seule monnaie entièrement convertible en or. Comme les États-Unis avaient une réserve d?or avoisinant les trois quarts des réserves mondiales, le dollar US s?imposa forcément comme monnaie de réserve internationale, au même titre que l?or. En effet, pour financer la guerre, les puissances européennes avaient dû vendre leurs stocks d?or aux États-Unis. Ainsi donc, le nouveau système monétaire ne reposait plus uniquement sur le métal fin détenu par les banques centrales, mais sur le dollar US, as good as gold, dont la valeur était garantie par la Réserve fédérale des États-Unis, de même que par la formidable puissance économique des États-Unis.
En juin 1947, dans un discours prononcé à l?Université de Harvard, le secrétaire d?État américain George Marshall offrit à l?Europe « une aide fraternelle » afin de vaincre « la faim, le désespoir et le chaos ». Le « plan Marshall » ou plan de Reconstruction européenne (European Recovery Program) était proposé à toute l?Europe, y compris les pays de l?Est et l?Union soviétique elle-même. Il était toutefois assorti de deux conditions : l?aide américaine serait gérée par des institutions européennes communes et Washington aurait un droit de regard sur sa répartition. Staline hésita, puis, fin juin, fit part de son refus. La Pologne et la Tchécoslovaquie, qui, dans un premier temps, avaient donné une réponse favorable à la proposition américaine, se virent obligées de la refuser à leur tour.
Finalement, seize pays, rejoints en 1949 par la RFA, acceptèrent le plan Marshall : la France et le Royaume-Uni, qui en seront les principaux bénéficiaires, l?Autriche, le Benelux, la Grèce, l?Irlande, l?Islande, l?Italie, les pays scandinaves, le Portugal, la Suisse et la Turquie. En avril 1948, ces seize pays fondèrent l'Organisation européenne de coopération économique (l?OECE, qui deviendra l?OCDE en 1960), organisme supranational dont la fonction première était de gérer et de répartir l?aide américaine entre les pays membres.
De 1948 à 1952, plus de treize milliards de dollars US, 5/6 sous forme de dons, 1/6 sous forme de prêts, furent fournis par les États-Unis. Cette aide à la reconstruction se composait d?une partie financière, subventions et prêts, et d?une autre en produits et équipements divers (denrées alimentaires, tracteurs, outils de production, etc.).
Dans un espace économique « dollarisé » par les Accords de Bretton Woods, le plan Marshall fut conçu pour combler le « dollar gap », permettant ainsi aux Européens d?acheter aux États-Unis approvisionnements et équipements tout en assurant un débouché aux produits américains. En effet, en 1946, 42 % des exportations américaines ayant pris le chemin de l?Europe occidentale, un effondrement économique du « vieux continent » se serait répercuté sur l?économie américaine elle-même. Le secrétaire adjoint à l?économie, Will Clayton, l?exprimait ouvertement : « Disons, sans tourner autour du pot, que nos objectifs ont pour arrière-plan les besoins et les intérêts des États-Unis. Nous avons besoin de marchés, de gros marchés, pour y acheter et pour y vendre. » [2]
Cependant, l?objectif du plan Marshall n?était pas uniquement économique. Le gouvernement de Washington avait compris que la détresse des populations européennes faisait le jeu des partis marxistes alignés sur Moscou, en France et en Italie notamment où plus d?un quart de l?électorat votait communiste. Dès lors, l?injection de capitaux américains fut le complément économique de la doctrine du containment : endiguer l?influence soviétique par la création d?un espace de prospérité en Europe.
Les Soviétiques ne tardèrent pas à s?en rendre compte et, en octobre 1947, lors de la conférence fondatrice du Kominform, Andreï Jdanov, secrétaire du PCUS, réunit avec les délégués des neuf partis communistes européens, dénonça l?« impérialisme américain » qui, d?après lui, vassalisait les économies européennes en les plaçant sous la tutelle de Washington. Selon la doctrine Jdanov, le monde était désormais divisé en deux camps antagonistes : un « camp impérialiste et anti-démocratique » dont les États-Unis sont « la principale force dirigeante » et « un camp anti-impérialiste et démocratique », placé sous l?égide de Moscou.
[] Une volonté de paix
En août 1941, Churchill et Roosevelt avaient signé la Charte de l?Atlantique, une déclaration commune dans laquelle, s?inspirant des principes wilsoniens, les deux chefs d?État prévoyaient la mise en place d?un « système étendu et permanent de sécurité générale ». En février 1945, les accords de Yalta reprirent ce propos et annoncèrent la convocation d?« une conférence des Nations unies sur l?organisation mondiale (?) le 25 avril 1945, aux États-Unis. » [3]
Le 26 juin 1945, portés par le mouvement d?une opinion publique choquée par la barbarie nazie et la cruauté des combats, les délégués de 51 pays approuvèrent à San Francisco la Charte des Nations unies, le texte fondateur de l?ONU, l?Organisation des Nations unies, dont l?objectif le plus important serait de « préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l?espace d?une vie humaine a infligé à l?humanité d?indicibles souffrances. »
[] Les débuts
[] Causes
Après la Seconde Guerre mondiale, les relations entre les Américains et les Soviétiques se dégradent. L'URSS veut garantir sa sécurité en s'entourant de pays alliés le long de ses frontières. L'Armée rouge ne se retire pas des pays qu'elle a libérés du nazisme et, contrairement aux engagements pris à Yalta, elle n'y organise pas d'élections libres. L'objectif de cette « guerre » est de maintenir l'équilibre nucléaire dès 1949, année où l'URSS possède la bombe. C'est surtout une guerre de régime, puisque le capitalisme américain est opposé au communisme soviétique.
[] Opposition idéologique entre les systèmes capitaliste et communiste
Dès le XIXe siècle, Alexis de Tocqueville prédit que les États-Unis et la Russie impériale ont tous deux vocation à devenir un empire à l?échelle mondiale et qu?ils s?opposeront pour la domination globale dès qu?ils entreront en contact. La destinée manifeste des États-Unis ne peut accepter l?existence d?un défi à sa vision du monde, pas plus que la vocation continentale de la sainte Russie (fût-elle devenue athée) ne peut admettre qu?un État eurasien fasse allégeance à une autre grande puissance.
Les choix économiques et idéologiques faits par ces deux grandes puissances fourniront une rationalisation de leur opposition inévitable, rationalisation qui sera présentée comme le fondement essentiel de la guerre froide. Les deux systèmes socio-économiques sont en effet totalement opposés :
| Système de l?URSS | Système des États-Unis | |
|---|---|---|
| Politique | Régime à parti unique. | Régime démocratique pluraliste. |
| Société | Théoriquement, société sans classes, en fait société dominée par une Nomenklatura privilégiée. | Dans une optique marxiste : société de classes, dominée par la bourgeoisie. |
| Économie | Économie étatisée et bureaucratisée (plans quinquennaux). Selon certaines théories, capitalisme d'État. | Économie capitaliste libérale déclarant reposer sur l?initiative individuelle. |
| Conception de l?individu | La volonté individuelle doit se plier aux impératifs de la « construction du socialisme » (holisme). | La liberté individuelle est le moteur de l?économie (individualisme). |
| Conception du progrès | La progression de la société entraîne le progrès des individus dans leur ensemble. | La progression personnelle de l?individu entraîne le progrès de la société. |
Bien que l?envoi d?un corps expéditionnaire occidental en soutien des armées blanches (1917-1918) soit parfois présenté comme un argument probant, il est évident que les origines de la guerre froide dépassent le cadre socio-économique, comme le montre la poursuite de la compétition entre les deux pays après l?entrée de la Russie dans le système capitaliste.
Le fait que l'Union Soviétique fut une société « fermée » où il fut extrêmement difficile de savoir qui avait de l'influence sur quoi, quelles étaient ses vrais ressources et ses réelles intentions fut un des traits marquants de la guerre froide, alimentant les doutes et les craintes réelles ou imaginaires de l'Ouest qui, de son coté, avec ses changements de gouvernement et de politique en fonction des élections rendait souvent perplexes les analystes soviétiques.
[] Les causes immédiates : la situation de l?après-guerre
Staline cherche à mettre l?URSS à l?abri d?une nouvelle attaque par la création d?un « glacis » territorial et idéologique, c?est-à-dire d?un espace protecteur qui éloigne la menace des frontières soviétiques :
- en repoussant plus à l?Ouest les frontières de l?URSS par l?annexion des pays baltes et d?une partie de la Pologne, alors que les territoires allemands situés à l?est de l?Oder et de la Neisse de Görlitz sont placés sous administration polonaise (partage effectué lors de la conférence de Potsdam) ;
- en imposant des gouvernements pro-soviétiques dans les pays d?Europe centrale et orientale occupés par l?Armée rouge, pays qui deviendront plus tard des « démocraties populaires ». Le Coup de Prague en Tchécoslovaquie, une des rares réelles démocraties d?avant-guerre en Europe de l?Est, fut l?expression la plus visible pour l?Ouest de cette politique et fut perçu comme la manifestation hégémonique de l?URSS.
Avant même la fin des hostilités avec l?Allemagne, l?Union soviétique établit l?ordre communiste dans les territoires libérés par l?Armée rouge :
- arrestation de seize dirigeants de l?Armée secrète polonaise, formellement conviés à Moscou pour des « entretiens politiques », les deux principaux leaders de la résistance polonaise mourant en prison quelques mois plus tard. Le gouvernement polonais en exil à Londres, abandonné par les Occidentaux, se voit dénier peu à peu toute responsabilité et le comité de Lublin, formé par les Soviétiques, prend le contrôle du pays ;
- attribution de la province tchécoslovaque de Ruthénie subcarpatique à l?Ukraine, ce qui procure à l?Union soviétique une frontière commune avec la Hongrie ;
- installation au pouvoir des partis communistes tant à Bucarest qu?à Sofia, et élimination de toute autre formation politique ;
- mise en place à Vienne, sans consulter les Occidentaux, d?un gouvernement provisoire pro-soviétique dont le chef a approuvé l?Anschluss en 1938 ;
- enfin, le maréchal Tito, maintenant établi à Belgrade, refuse, contrairement à ce que le Kremlin avait promis aux Alliés, de laisser le roi Pierre II rentrer de son exil.
De plus en plus inquiet de ces violations répétées de la Charte de l'Atlantique et de la Déclaration de Yalta sur l?Europe libérée, Churchill s?alarme dans un télégramme du 12 mai 1945 à Truman des risques de voir les forces soviétiques s?avancer jusqu?aux rives de l?Atlantique et utilise déjà l?expression « Rideau de fer », qui deviendra célèbre. En mars 1946, dans un discours retentissant, il dénonce ouvertement cette mainmise soviétique sur l?Europe centrale et orientale. « De Stettin dans la Baltique à Trieste dans l?Adriatique, un rideau de fer est tombé sur le continent. (?) Les partis communistes, qui étaient très faibles dans tous ces États de l?Est de l?Europe, ont obtenu un pouvoir qui dépasse de beaucoup leur importance et ils cherchent partout à exercer un contrôle totalitaire. Des gouvernements policiers s?installent un peu partout, au point qu?à l?exception de la Tchécoslovaquie, il n?y a pas de vraie démocratie. »
En Allemagne, dans leur zone d?occupation, les Soviétiques mènent avec vigueur la dénazification décidée à la Conférence de Potsdam. Plus de 120 000 personnes sont internées dans des « camps spéciaux », qui existeront jusqu?en 1950. 42 000 détenus y seraient morts de privations et de sévices. [4] Cette politique d?épuration va de pair avec la nomination de cadres communistes aux postes-clés de l?administration, de la police et de la justice, et plusieurs milliers d?agents ayant travaillé sous le IIIe Reich sont « recyclés » par les nouveaux services de sécurité d?Allemagne de l?Est ou maintenus dans l'administration [5] et de nombreux fonctionnaires de l'ancien régime serviront le nouveau pouvoir jusqu'au années 1960.
Les alliés occidentaux, en revanche, misent davantage sur une « rééducation » (Umerziehung) du peuple allemand[6], associée à une politique d?indulgence à l?égard des « suiveurs » (Mitläufer) et sympathisants du régime. Des scientifiques allemands sont ainsi récupérés par la JIOA afin de travailler pour les États-Unis (opération Paperclip), tandis qu?il est permis à d?anciens fonctionnaires ou militaires du IIIe Reich, s?ils n?ont pas été condamnés par la justice, d?exercer à nouveau leurs fonctions. Dès la fin de la guerre, l?OSS, embryon de la CIA, confie à l?ex-major-général de la Wehrmacht Reinhard Gehlen, chef de l?Abwehr pour le front est (Abteilung Fremde Heere Ost), le soin de créer un service de renseignements couvrant l?ensemble des territoires naguère occupés par l?Allemagne[7]. Pour justifier son budget ? qui est en partie utilisé pour exfiltrer, en collaboration avec l?ODESSA, d?anciens collaborateurs ou des criminels de guerre nazis ?, ce réseau d?espionnage nouvellement créé, précurseur du BND (Bundesnachrichtendienst) et baptisé Gehlen Org par la Défense américaine, transmet parfois des informations entièrement fabriquées et de plus en plus inquiétantes sur la puissance de l?Armée Rouge et sur la stratégie expansionniste de l?URSS. Dès 1947, les États-Unis en font un élément de leur propagande, alors qu?en réalité l?Union soviétique n?a pas encore commencé à se remettre du conflit mondial.[8]
Il faut préciser toutefois que, même si Staline n?avait sans doute pas l?intention d?étendre la sphère de domination soviétique par les armes, l?URSS n?en vassalisa pas moins les pays qu?occupait l?Armée rouge par la mise en place progressive de « démocraties populaires » et entreprit plusieurs tentatives d?accroître par intimidation sa sphère d?influence en Iran (voir crise irano-soviétique), en Grèce et en Turquie; Comme le disait Staline, il savait ne pas aller trop loin si la résistance à ses ambitions se crispait.
[] La mise en place des blocs et la question des armes nucléaires
Au centre de la guerre froide se situent les questions nucléaires. Il semble que celles-ci, grâce à leur capacité de destruction inégalée, sont en grande partie responsables de l?absence de conflit à grande échelle entre les deux blocs, à partir du moment où les superpuissances ont admis que l?usage des armes nucléaires doit être restreint au maximum (admission faite au moment de la guerre de Corée)[9]. Ainsi la menace de conflit nucléaire aura désamorcé la crise des missiles de Cuba, ainsi que la crise du canal de Suez, limitant les conflits aux théâtres régionaux ou locaux.
[] Les deux blocs (1947-1953)
La formation des blocs s?explique en partie par l?arme nucléaire que les États-Unis possèdent, mais pas l?URSS (qui l?aura bientôt cependant: en 1949). Chaque État, selon son idéologie, se range donc sous la protection de l?une ou l?autre des superpuissances : c?est le « parapluie nucléaire ». Le ralliement des États se fait par une série de pactes : c?est la « pactomanie », expliquant la rapide mise en place des blocs durant la guerre froide. Un bloc se définit donc comme un ensemble de pays sous le parapluie nucléaire d?une superpuissance. Très vite, le monde se divise en deux blocs [10].
[] Le bloc de l?Ouest
La formation des démocraties populaires est ressentie par les pays occidentaux comme une menace. Ils réagissent
- politiquement : le 12 mars 1947, un an après le discours de Fulton, le président Harry Truman annonce sa politique de containment (endiguement) du communisme, aussi appelée la doctrine Truman, qui considère l?opposition ouest/est de manière manichéenne, comme un conflit entre deux systèmes antinomiques : démocratie contre totalitarisme. Le lien entre démocratie et économie capitaliste est faible. Lors de la guerre froide, beaucoup de dictatures d?extrême droite d?Amérique latine et d?Europe (Espagne, Portugal et Grèce) soutiennent les politiques américaines, qui sont vues comme un rempart face à la montée du communisme.
- économiquement : à partir de 1947, les États-Unis mettent en ?uvre le plan Marshall, aide économique pour la reconstruction de l?Europe, en tant que complément à la doctrine Truman[11].
- militairement : les États-Unis et leurs alliés créent un important réseau d?alliances défensives : l?Organisation des États américains (1948), le traité de Bruxelles (1948), le Pacte atlantique (1949) doté en 1950 d?une structure militaire, l?OTAN (avec mise en place des cellules clandestines du stay-behind), l?ANZUS (1951), l?OTASE (1954) et le Pacte de Bagdad (1955). Les pays signataires s?engagent à s?aider mutuellement en cas d?agression. En 1947, les services de renseignements des États-Unis, du Canada, de l?Australie et de la Nouvelle-Zélande signent l?accord UKUSA, dans le cadre duquel le système d?écoute planétaire Echelon sera mis en place dans les années 1970[12].
[] Le bloc de l?Est
L?URSS adopte une stratégie strictement parallèle. Elle réagit :
- politiquement : en septembre 1947, en réponse à la doctrine Truman et au Plan Marshall, qui d?après eux vise « à l?asservissement économique et politique de l?Europe », les Soviétiques mettent en place le Kominform ou Comité d?information des partis communistes. Le but officiel de cet organisme est « l?échange des expériences et la coordination de l?activité des partis communistes ». Lors de la réunion constitutive, Jdanov, dans la même perspective manichéenne que Truman, formule la doctrine soviétique en matière de politique internationale : le monde serait désormais divisé en deux camps hostiles, le camp anti-impérialiste et démocratique et le camp impérialiste et antidémocratique ; l?URSS est le leader du camp démocratique, alors que les États-Unis sont à la tête du camp impérialiste.
- économiquement : en janvier 1949, suite à la création de l?OECE, l?URSS fonde le Conseil d?assistance économique mutuelle (CAEM, en anglais COMECON), qui est chargé de coordonner les économies des démocraties populaires et de planifier les échanges commerciaux entre elles[13].
- militairement : en mai 1955, suite à l?admission de la RFA dans l?OTAN, l?URSS crée le pacte de Varsovie, qui officialise l?autorité soviétique sur les armées des démocraties populaires[14].
[] Les tentatives de négociation
À partir de 1947, plusieurs conférences internationales réunissent les grandes puissances afin de dégager un consensus sur les problèmes qui les divisent : le sort et le statut de l?Allemagne, les conflits internationaux, le désarmement général, etc. Bien qu?elles constituent une espèce d?armistice en pleine guerre froide, ces réunions se soldent par des échecs ou aboutissent à des résultats insignifiants.
[] Les premières crises (1948-1953)
[] La crise irano-soviétique
La crise irano-soviétique fut la toute première épreuve de force de ce qui allait devenir la guerre froide, et a pour objet l?Iran. À l?été 1941, l?URSS et la Grande-Bretagne, à la recherche d?une voie d?acheminement des armes et du ravitaillement à destination du front russe, s?étaient entendu pour en occuper chacune une moitié et déposer le chah Reza Pahlevi, coupable de trop de sympathie avec l?Axe.
Son fils, Mohamed Reza, qui lui a succédé, a conclu avec ces puissances un traité prévoyant le retrait de leurs troupes au plus tard le 2 mars 1946.
Très vite cependant, l?URSS soutient deux mouvements indépendantistes dans le nord du pays afin de constituer un glacis protecteur au sud comme elle l?a fait en Europe. Ceci conduit à des négociations iraniennes et des pressions occidentales qui conduisirent finalement l?Armée rouge à se retirer.
[] La première crise de Berlin (1948-1949)
En juillet 1945, à la conférence de Potsdam, les trois dirigeants des principales puissances alliées, Churchill (puis son successeur, le travailliste Attlee), Staline et Truman s?accordent sur le partage de l?Allemagne et de l?Autriche en quatre zones d?occupation : américaine, britannique, française et soviétique. De même, Berlin, l?ancienne capitale du Reich, est divisée en quatre secteurs d?occupation. Enclavée dans la zone soviétique, des voies d?accès aériennes, autoroutières et ferroviaires permettent de la raccorder aux zones occidentales.
Après le coup de Prague, en février 1948, les Occidentaux décident de transformer à brève échéance leur trizone en un État souverain ouest-allemand (conférence de Londres, en avril-juin 1948). La première phase du processus est la création du Deutsche Mark, qui devient le 20 juin la monnaie commune aux trois zones occidentales. Staline proteste contre cette division de fait de l?Allemagne et, le 23 juin 1948, il profite de l?isolement géographique de Berlin pour bloquer tous les accès terrestres et fluviaux des secteurs occidentaux. Plus de deux millions d?habitants et 30 000 soldats alliés se retrouvent pris en otage derrière le rideau de fer[15].
Dans un premier temps, les Alliés envisagent de forcer le blocus, selon la proposition du général Clay. Mais ils ne veulent pas prendre le risque de provoquer un conflit armé dont ils auraient pris l?initiative. Ils ne peuvent pas non plus ne pas réagir, puisque cela aurait impliqué l?échec de la politique du containment.
Pour sauver la ville de l?asphyxie, Britanniques et Américains décident finalement de mettre en place un pont aérien, c?est-à-dire d?assurer le ravitaillement (vivres, carburant, charbon) par avion. Durant les onze mois que dure le blocus, un transporteur atterrit en moyenne toutes les trente secondes à Berlin-Ouest, sur les aéroports de Tempelhof, Gatow et Tegel. Au total, deux millions et demi de tonnes de fret (dont le charbon constitue les deux tiers) sont acheminés par 275 000 vols. On estime que moins de 5 % des Berlinois de l?Ouest ont préféré se ravitailler auprès des autorités soviétiques. Le 12 mai 1949, conscient de son échec, Staline décide de lever le blocus.
Pendant la crise, les États-Unis déploient trois escadrilles de bombardiers stratégiques B-29 de l?USAF au Royaume-Uni pour signifier qu?ils sont prêts à riposter à une éventuelle invasion de l?Europe de l'Ouest. Cependant, ils n?envisagent à aucun moment de recourir à la menace d?un ultimatum atomique (ils disposent alors du monopole nucléaire) pour faire cesser le blocus de Berlin et contraindre l?Union soviétique à se retirer également de tous les pays où elle avait refusé de « former des gouvernements intérimaires largement représentatifs de tous les éléments démocratiques de la population, qui s?engageraient à faire établir aussitôt que possible, par des élections libres, des gouvernements répondant à la volonté du peuple. » (voir Accords de Yalta). En effet, l?Europe de l?Ouest est en pleine reconstruction et la puissance militaire conventionnelle du Bloc de l'Est est de loin supérieure à celle des Occidentaux. Par là, les États-Unis entérinent de facto le partage de l?Europe que Staline avait voulu voir dans les Accords de Yalta.
Le 23 mai 1949, la division de l?Allemagne devient officielle, par la promulgation de la Loi fondamentale (Grundgesetz), acte de naissance de la République fédérale d?Allemagne (RFA, Bundesrepublik Deutschland). Le 12 octobre, la zone soviétique à son tour se constitue en un État souverain, la République démocratique allemande (RDA, Deutsche Demokratische Republik). Les deux entités refusent de se reconnaître juridiquement. Désormais, l?Allemagne se trouve au c?ur de la guerre froide[16].
Cette crise diminuera le prestige de l'URSS dans le monde, d'une part à cause de ces images de Berlinois affamés résistant à sa politique de force et d'autre part l'humiliation militaire, et augmentera parallèlement celui des États-Unis aux yeux des Allemands de l'Ouest et leur statut passent de celui d'occupant à celui de protecteur.
[] La guerre de Corée (1950-1953)
La guerre de Corée[17] [18] a pour contexte la victoire de Mao Zedong sur le nationaliste Tchang Kaï-chek en Chine (1er octobre) 1949. Les États-Unis sont prêts à tout pour éviter qu?un nouveau pays d?Asie tombe dans le communisme.
Après la défaite japonaise en août 1945, la Corée fut coupée en deux au niveau du 38e parallèle : au Sud, la République de Corée, proaméricaine, dirigée par Syngman Rhee, au Nord, la République populaire de Corée, prosoviétique, dirigée par Kim Il Sung.
En 1948 et en 1949, les armées soviétiques et américaines quittèrent leurs zones d?occupation respectives, de part et d?autre du 38e parallèle.
Le 12 janvier 1950, le secrétaire d?État américain Dean Acheson déclara devant des journalistes que le périmètre de défense des États-Unis comprenait les îles Aléoutiennes, les îles Ry?ky?, le Japon et les Philippines. En d?autres termes, la Corée n?en faisait apparemment pas partie.
Le 25 juin 1950, l?armée nord-coréenne franchit le 38e parallèle, avec l?accord de Staline, encouragé peut-être par les déclarations américaines.
Le 27 juin, les Nations unies condamnèrent l?agression nord-coréenne et décidèrent de venir en aide à la Corée du Sud. Depuis février 1950, afin de protester contre la présence de Taiwan et non de la Chine populaire, l?URSS boycottait les séances du Conseil de sécurité et n?avait donc pas pu mettre son veto à cette résolution. Le général Mac Arthur, le vainqueur du Pacifique, fut nommé commandant en chef des forces de l?ONU, formées en majeure partie de contingents américains, mais aussi de troupes britanniques, françaises, australiennes, canadiennes entre autres.
Fin septembre 1950, MacArthur atteignit la frontière chinoise.
En octobre, devant l?intervention de 850 000 « volontaires du peuple chinois », en fait des troupes régulières, il dut se replier sur le 38e parallèle, où le front finit par se stabiliser en mars 1951.
Pour remporter la victoire, MacArthur proposa alors un plan d'escalade du conflit à Truman : bombardement de la Mandchourie, blocus naval des côtes chinoises, débarquement des forces du général Tchang Kaï-chek en Chine du Sud et, le cas échéant, emploi de l?arme atomique. Truman, qui était convaincu qu?une telle initiative provoquerait une intervention soviétique, limogea Mac Arthur et le remplaça par le général Matthew Ridgway.
Le 27 juillet 1953, après la mort de Staline et deux ans de pourparlers, l?armistice fut signé à Panmunjeom, mais ne sera suivi d?aucun traité de paix.
[] « Guerre » idéologique : la chasse aux sorcières
[] En Union soviétique et dans le bloc de l?Est
Progressivement, les leaders des partis non-communistes sont écartés, soit par discréditation ou intimidation, soit par des procès politiques suivis d?emprisonnement voire d?exécution.
Le bloc fut le théâtre de nombreux procès politiques dans tous les pays sympathisants contre des personnes accusé d?être « titistes » (terme qui vient de Tito, chef de la Yougoslavie), accusés de dévier de la politique de Moscou, de nationalisme ou de sionisme, ou travailler pour l'Occident.
De très nombreuses personnes furent emprisonnées ou exécutées, l?immense majorité tout simplement car ils gênaient les régimes alors en place alors que plusieurs d?entre eux étaient d?authentiques communistes comme László Rajk qui en Hongrie fut l?une des premières victimes avec 19 autres hommes de ces grandes purges en 1949.
[] Aux États-Unis
Aux États-Unis, entre 1950 et 1954, le sénateur républicain du Wisconsin, Joseph McCarthy, mena une véritable chasse aux « Rouges », à côté d'institutions comme la Commission d?enquête de la Chambre des représentants sur les Activités anti-américaines (House Un-American Activities Committee ou HUAC). Il fit mettre en accusation pêle-mêle tous ceux qu?il soupçonnait d?être des membres du parti communiste, des « compagnons de route » ou de simples sympathisants : des fonctionnaires, des artistes, des intellectuels, des savants et des hommes politiques.
Le secrétaire d?État Dean Acheson fut suspecté d?être « mou dans la lutte contre le communisme » (soft on communism) et George Marshall, l?ancien secrétaire d?État, accusé d?avoir lâché Tchang Kaï-chek en 1946. Ethel et Julius Rosenberg, un couple de juifs américains, furent arrêtés, condamnés à mort et exécutés : ils auraient fourni des informations sur la bombe nucléaire aux Soviétiques. Cette affaire suscita une vive émotion en Europe, et tout particulièrement en France, où l?on dénonça le climat d?hystérie collective qui avait entouré le procès. Cependant, il semblerait aujourd?hui que, selon les archives du KGB, les Rosenberg, du moins l?époux, soient coupables, ils seront les seuls espions exécutés après étre passé en justice en Occident durant la guerre froide. [19]
Finalement, en 1954, McCarthy dépassa les bornes et mit en doute la loyauté de l?armée. Il fut alors l?objet d?un blâme de la part de ses collègues du Sénat : c?était la fin du maccarthysme.
[] Coexistence pacifique et nouvelles crises (1953-1962)
[] La coexistence pacifique
Le 5 mars 1953, Staline meurt. Il est remplacé par le nouveau numéro un soviétique Nikita Khrouchtchev, dit "Mr K", qui condamne les crimes de Staline (commence par ce biais le processus de Déstalinisation), et permet la coexistence pacifique (1956) : les deux blocs ne s?affrontent plus qu?idéologiquement.
Bien qu?officiellement les deux puissances ne se soient jamais affrontées directement, il semble que plus d?une centaine d?avions espions américains aient été abattus lors de survols de l?espace aérien soviétique. Dès 1950, un PB4Y Privateer est abattu par la chasse soviétique. À partir de 1956, les Américains utilisent des U2 volant à plus de 20 000 mètres d?altitude. Mais, en mai 1960, l?un d?eux est abattu et son pilote, Francis Gary Powers, est emprisonné à la suite d?un procès très médiatisé. Les Américains créeront alors des avions espions de plus en plus perfectionnés, avant de développer un programme de satellites de surveillance.
Durant cette période, il y a un dialogue plus ouvert entre les dirigeants des deux blocs. Khrouchtchev rencontre Eisenhower en 1956 au Royaume-Uni, en 1959 aux États-Unis, en 1960 en France et Kennedy en 1961 à Vienne[20]. En effet, le jeune démocrate John F. Kennedy a gagné les élections de 1960. Il préfère une coexistence pacifique avec l?URSS, mais veut en même temps empêcher le communisme de se répandre dans le tiers monde. Il créé donc « l?Alliance pour le Progrès » pour aider l?Amérique latine, il accroît l?aide américaine au Congo-Kinshasa, il envoie des « conseillers militaires » au Laos et au Viêt Nam.
[] L?insurrection de Budapest (1956)
Le bloc soviétique vit une importante crise cristallisée par la révolte hongroise à Budapest, laquelle mène à une répression soviétique au moment des Jeux Olympiques d?été de 1956.
[] La crise de Suez (1956)
Cette crise[21] ne fait pas partie de la guerre froide au sens strict du terme, puisqu?elle n?est pas un conflit opposant de manière directe les États-Unis et l?URSS. Certains voient toutefois dans cette crise la fin des actions autonomes des deux blocs et l?intègrent donc à la guerre froide.
En 1956, le monde assiste à une guerre entre l?Égypte d?une part, la France, le Royaume-Uni et Israël d?autre part. La France et le Royaume-Uni subissent les pressions des deux superpuissances, lesquelles n?apprécient pas de ne pas avoir été mis au courant de l?opération autour du canal de Suez. L?URSS menace d?utiliser l?arme atomique, car elle y voit une guerre coloniale. Dans ce dossier, les deux grandes puissances adoptent la même position.
[] La deuxième crise de Berlin (1961)
Entre 1949 et 1961, 3,6 millions d?Allemands de l?Est transitèrent par Berlin pour passer en RFA. Cette hémorragie démographique était un désastre économique pour la RDA, car c?étaient surtout des ingénieurs, des médecins et des ouvriers spécialisés qui commirent le « délit de fuite » (Republikflucht). En même temps, elle était une catastrophe politique en ce qu?elle portait atteinte à l?image de marque officielle de la RDA.
En novembre 1958, cette situation donna lieu à une crise diplomatique connue sous le nom d'« ultimatum de Khrouchtchev » et dans laquelle furent impliquées toutes les puissances occidentales.
En juin 1961, Kennedy et Khrouchtchev se rencontrent à Vienne. Khrouchtchev annonce qu'il va signer un traité de paix avec la RDA, ce qui priverait les États-Unis de leur accès à Berlin-Ouest. Kennedy juge la situation inacceptable et la conférence ne mène à rien. Khrouchtchev envoie son armée devant Berlin-Ouest. Kennedy riposte en étalant les chars américains devant les forces soviétiques et en augmentant le budget militaire américain. Khrouchtchev recule son armée sous la pression.
Le 13 août 1961, la construction du Mur de Berlin entre le secteur soviétique et les trois secteurs occidentaux met fin à ce « débauchage systématique de citoyens de la République démocratique allemande ».[22] Mais, étant donné que les autorités est-allemandes et soviétiques ne firent aucune tentative pour bloquer les voies de communication entre la RFA et Berlin-Ouest et que, par ailleurs, Khrouchtchev ne mit pas en question le statut quadripartite de la ville, la réaction des Occidentaux se limita à des protestations verbales et à des gestes symboliques : la visite à Berlin-Ouest du général Lucius D. Clay, l?organisateur du pont aérien, et le renforcement de la garnison américaine par 1 500 hommes. En effet, aux yeux des Occidentaux, la construction du mur ne constituait qu?une agression à l?égard des Allemands de l?Est et ne menaçait pas les three essentials (c?est-à-dire les intérêts essentiels) du bloc de l?Ouest. [23]
[] Conflit Indonésie/Pays-Bas (1962)
En 1962, un conflit peu médiatisé opposant l'Indonésie à son ancienne puissance coloniale, les Pays-Bas au sujet du statut de la Papouasie faillit voir l'entrée en guerre de la marine soviétique dans la région le 5 août 1962[24].
[] La crise des missiles cubains (1962)
La crise des missiles cubains[25] mit plus nettement en évidence la menace d?une guerre nucléaire. En janvier 1959, les guérilleros de Fidel Castro avaient renversé le dictateur Fulgencio Batista, soutenu par les États-Unis. Le nouveau régime prit une série de mesures qui lui valurent l?hostilité croissante de Washington : en 1959, démantèlement des latifundia ; signature d?un accord commercial avec l?Union soviétique en mai 1960, après la réduction des achats de sucre cubain par les États-Unis ; en juin et juillet, confiscation des entreprises nord-américaines, qui contrôlaient, outre la totalité des raffineries de pétrole, 40 % de l?industrie sucrière, 80 % du tabac et 90 % des mines. [26]
À titre de représailles, le gouvernement américain, soumis à la pression des milieux d?affaires, mit en place un embargo économique de l?île en octobre 1960 et, le 2 janvier 1961, il rompit les relations diplomatiques avec La Havane. En même temps, la CIA recrutait des « forces anticastristes » parmi les réfugiés cubains. Au début du mois d?avril, Kennedy donna son accord à un projet d?invasion de l?île, tout en refusant d?engager des troupes américaines et en limitant les effectifs à 1 200 Cubains. Le débarquement, qui eut lieu le 17 avril 1961 dans la Baie des Cochons, fut un désastre. Kennedy se déclare seul responsable, mais, en privé, accuse la CIA de lui avoir menti et de l'avoir manipulé. Le président se brouille avec l'agence. Il déclare à ses conseillers : « Je vais tailler la CIA en pièces et en répandre les lambeaux à tous les vents. »[réf. nécessaire] La CIA ?uvre désormais clandestinement contre Castro, en collaborant avec la Mafia, ce qui frustra Kennedy.
En juillet 1961, Cuba signifie son appartenance au « bloc socialiste ». Le 4 septembre 1962, le pays conclut un accord d?assistance militaire avec l?Union soviétique et, une semaine plus tard, Moscou déclare que toute attaque contre Cuba provoquerait une riposte nucléaire. Le Congrès américain pour sa part vote le 3 octobre une résolution qui met en demeure contre toute « action subversive dans l?hémisphère occidental ». Kennedy interdit cependant l?opération Northwoods mise au point et proposée par l?état-major, laquelle prévoyait d?orchestrer une série d?attentats contre les États-Unis, puis d?en accuser Cuba afin de mobiliser l?opinion publique contre Castro.
Le 14 octobre 1962, un avion américain Lockheed U-2 photographie sur l?île de Cuba des rampes de lancement pour missiles nucléaires à moyenne portée (IRBM et MRBM), capables d?atteindre le territoire américain. En même temps, la Maison Blanche apprend que 24 cargos soviétiques transportant des fusées et des bombardiers Iliouchine font route vers Cuba (opération Anadyr).
Dans la journée du 22, Kennedy, après avoir hésité entre l?inaction et le bombardement des rampes de lancement, se décide pour le blocus maritime de l?île. Cette « riposte graduée », proportionnée à la menace, laisse à Khrouchtchev le choix entre l?escalade ou la négociation. Mais Kennedy utilise la plus grande fermeté, afin de forcer Khrouchtchev à reculer. Le 24 octobre, les premiers cargos soviétiques font demi-tour. Moscou ne peut contacter immédiatement les sous-marins armés de torpilles à tête nucléaire (opération Kama) qui accompagnent le convoi avec mission de le protéger (fait qui ne sera révélé qu?en 2001). Entre-temps, un arrangement permettant à Khrouchtchev de sauver la face est négocié en coulisse entre émissaires officieux. Le 26 et le 27 octobre, dans deux messages, le Kremlin propose le retrait des armes offensives ; en contrepartie, les Américains devraient s?engager à ne pas renverser le régime cubain et à retirer les fusées Jupiter installées en Turquie, et pointées vers l?URSS. Le 28 octobre, Kennedy accepte ce compromis in extremis. Il demande toutefois de cacher le fait que les États-Unis retiraient leurs missiles de Turquie. Khrouchtchev accepta, et il crut avoir gagné la partie. Or, il avait été dupé. Kennedy avait décidé de retirer les missiles de Turquie bien avant la crise. De plus, la reculade de Khrouchtchev l'a humilié devant Castro, Mao Zedong et les autres chefs communistes. C'est décidement Kennedy qui a gagné la partie, en plus il voit sa popularité et son prestige mondial monter en flèche. Kennedy dira néanmoins après cette crise diplomatique qu'il a « négocié au bord du gouffre ».
Le dénouement de la crise fut un succès politique pour les États-Unis, quoiqu?ils doivent tolérer un pays communiste à l?intérieur de leur « périmètre de défense ». D?autre part, cette « diplomatie au bord du gouffre » avait effrayé « jusqu?aux plus hauts décideurs, au point de les rappeler à un comportement rationnel. »[27] L?installation d?un téléphone rouge, ligne directe entre Moscou et Washington, et l?ouverture de négociations sur la limitation des armements concrétisèrent ce retour à la rationalité. Kennedy, devenu encore plus populaire, change la politique de son pays vers un plan un peu plus pacifique. Mais il n'a pas le temps de mettre en place toutes ses idées : le 22 novembre 1963, en voyage à Dallas, Texas, Kennedy parade dans les rues de la ville en limousine décapotable. Lors du défilé, il est assassiné en pleine gloire par un tireur d'élite embusqué, et ce devant les yeux horrifiés de la foule. Khrouchtchev, quant à lui, sort très affaibli de la crise. En 1964, il fut remplacé par Brejnev.
[] La « détente » (1963 - 1974)
[] Les accords nucléaires
Au lendemain de la crise des missiles cubains, qui a failli plonger le monde dans une Troisième Guerre mondiale, les États-Unis et l?URSS décident de se rapprocher pour maîtriser, dans un esprit de transparence, un équilibre désormais fondé sur une « destruction mutuelle assurée » (MAD en anglais).
Dès juin 1963, un « téléphone rouge », liaison permanente par télétype entre le Kremlin et la Maison Blanche, leur permet de se concerter immédiatement et d?éviter ainsi une diplomatie « au bord du gouffre ».
En août 1963, ils signent le traité de Moscou, qui interdit les essais nucléaires atmosphériques et sous-marins.
L'assassinat de John F. Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963 bouleverse la planète, partout les gens pleurent ce jeune président, l'URSS y comprise. Le successeur de Kennedy, Lyndon Johnson, s'engage à poursuivre la détente. Johnson va malheureusement engager son pays dans la guerre du Viêt Nam.
En janvier 1968, par le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), issu d?un projet conjoint américano-soviétique présenté à la Commission du désarmement à Genève, ils s?engagent, ensemble avec le Royaume-Uni, à ne transférer ni armes ni technologie nucléaires aux ENDAN (États non dotés d?armes nucléaires).
En mai 1972, les accords SALT I (Strategic Armements Limitation Talks), signés par Nixon et Brejnev, limitent les armements défensifs anti-missiles (ABM) à deux sites pour chacun des deux pays et gèlent pour une durée de cinq ans les armes nucléaires offensives, c?est-à-dire les rampes de lancement fixes pour missiles intercontinentaux (ICBM) et les missiles installés sur sous-marins (SLBM)[28].
En juin 1979, Carter et Brejnev signent les accords SALT II, négociés depuis 1974 dans le prolongement de SALT I. Ces accords prévoient un gel des lanceurs à ogives multiples (
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