Guerre de Palestine de 1948
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La Guerre de Palestine de 1948 désigne le conflit qui a opposé juifs et arabes pendant la période du 30 novembre 1947 au milieu de l'année 1949[1].
La guerre se divise en deux phases principales :
- Avant le 14 mai 1948, alors que la Palestine est toujours sous autorité britannique, le Yichouv et les Arabes palestiniens[2], renforcés de l'Armée de libération arabe s'affrontent dans le contexte d'une guerre civile.
Cette période voit l'effondrement de la société palestinienne face au Yichouv et la fin définitive de ses ambitions nationalistes. Ces derniers font généralement référence à cette période comme al-Naqba, la catastrophe[3]. - La seconde phase débute après le 15 mai qui marque le retrait des Britanniques et dure jusqu'au milieu de l'année 1949. On assiste à une guerre entre Israël et plusieurs pays arabes. Les Israéliens font référence à cette période en tant que Guerre d'Indépendance mais on parle également à son sujet de la guerre israélo-arabe de 1948.
La communauté juive palestinienne, la communauté arabe palestienne, la Transjordanie, l'Irak, l'Égypte, la Syrie, l'armée de volontaires de la Ligue arabe et dans une moindre mesure les Britanniques en sont les acteurs militaires. Aux niveaux politique et diplomatique, se rajoutent le Royaume-Uni, l'Union soviétique, les États-Unis et l'ONU qui influenceront le conflit de manière significative. Globalement, les enjeux divergents des protagonistes auront une influence fondamentale sur le déroulement voire sur l'issue de la guerre.
Cette première guerre d'une série de conflits israélo-arabes a établi l'indépendance de l'État d'Israël et a divisé les terres restantes du mandat britannique sur la Palestine entre l'Égypte et la Transjordanie. Elle est aussi à la base de l'exode palestinien et de la problématique des réfugiés palestiniens.
Le présent article en synthétise 3 autres :
- Protagonistes de la guerre de Palestine de 1948 qui présente les objectifs et les moyens des protagonistes du conflit ;
- Guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire qui présente la première phase de la guerre, pendant le mandat britannique ;
- Guerre israélo-arabe de 1948-1949 qui présente la seconde phase après la déclaration d'indépendance d'Israël.
[] Contexte
Dès la fin du XIXe siècle, la Palestine connaît une immigration de Juifs venant de la diaspora et rassemblés au sein du mouvement sioniste. Ces derniers considèrent que les territoires du Royaume d'Israël biblique sont l'endroit où la nation juive pourra s'autodéterminer et se protéger de l'antisémitisme[4].
En 1901, le Fond national juif est fondé à Bâle lors du 5e Congrès sioniste. Sa fonction est d'acheter des terres en Palestine et d'y développer le pays en vue de l'implantation des Juifs.
Plusieurs Aliyahs de plus importantes se succèdent : 10 000 juifs immigrent en Palestine fin du XIXe siècle, 35 000 entre 1903 et 1914 et 35 000 à nouveaux entre 1919 et 1923. Les Arabes, majoritaires en Palestine, s'opposent à cette immigration croissante[5].
En 1914, le Royaume-Uni et l'Empire ottoman entrent en guerre dans le cadre de la Première Guerre mondiale.
En 1915, le Haut Commissaire britannique d'Égypte, sir Henri McMahon, promet au roi Hussein ibn Ali l'indépendance et le contrôle arabe sur les territoires qui seront libérés de la mainmise ottomane. En 1917, la déclaration Balfour officialise le soutien du gouvernement britannique à l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. En décembre 1917, le général Allenby prend Jérusalem. En 1918, le Royaume-Uni achève sa prise de contrôle de la Palestine et défait les armées ottomanes.
En juillet 1922, la Société des Nations confie au Royaume-Uni un mandat sur la Palestine et en septembre, les Britanniques fondent l'Émirat arabe de Transjordanie sur la rive est du Jourdain[6],[7]. La région prend une importance stratégique pour la Grande-Bretagne qui contrôle également l'Irak et qui est présente en Égypte et en Arabie-Saoudite.
Dès la fin des années 1920, l'immigration s'intensifie encore de par l'arrivée des Juifs fuyant les persécutions en Europe. Ce sont 80 000 nouveaux immigrants qui arrivent entre 1924 et 1928 et on en comptera encore 180 000 jusqu'en 1939. De nombreux conflits éclatent entres Juifs et Arabes. Notamment, les émeutes de 1929 qui font 133 morts côté juif et 116 côté arabe et la Grande Insurrection de 1936 à 1939 au cours de laquelle les Arabes entament une grève générale qui se solde par plus de 5 000 morts côté arabe et 500 morts côté juif[8] et qui voit l'arrestation, l'exil ou la mort de la plupart des leaders politiques arabes palestiniens[9].
Suite à cette insurrection, les Britanniques envisagent tout d'abord une partition entre les populations juive et arabe. Une commission est désignée, dirigée par Peel. Ses travaux aboutissent en 1937 à un plan de partage qui n'est en fin de compte pas retenu. En lieu et place, les Britanniques adoptent, en 1939, le troisième Livre Blanc qui abandonne l'idée de la partition des territoires du mandat en faveur d'un État indépendant palestinien gouverné par les Arabes et les Juifs et limitent drastiquement l'immigration juive vers la Palestine[10].
En 1945, on compte environ 600 000 Juifs pour 1 200 000 Arabes en Palestine[11] tandis que 250 000 Juifs, survivants de l'Holocauste, attendent dans les camps de réfugiés en Europe et à Chypre[12].
Durant la période 1945-1947, plusieurs plans vont être proposés pour apporter une solution au problème de la Palestine. Au niveau local, les représentants juifs et arabes adoptent des positions nationalistes inconciliables et refusent l'un et l'autre toute idée d'un État bi-national. Les positions internationales ne sont pas plus conciliables : en juillet 1946, les Britanniques proposent un plan de division de la Palestine en provinces autonomes dont les intérêts collectifs seraient gérés par une puissance mandataire (rapport Morrison-Grady). Le 4 octobre, le président Truman fait une déclaration favorable à un partage de la Palestine entre Juifs et Arabes. En février 1947, le ministre des Affaires étrangères britanniques, Ernest Bevin, propose une libre immigration juive contre l'indépendance de la Palestine dans un délai de cinq ans. En réponse, les Sionistes avancent leur propre projet de partage, tandis que les Arabes demandent l'indépendance immédiate de la Palestine[13].
Le 18 février 1947, faute de pouvoir apporter une solution aux troubles dans le pays, Ernest Bevin annonce officiellement la transmission du dossier à l'ONU. Le 28 avril, celle-ci confie à une commission spéciale, l'UNSCOP, le soin d'étudier le problème. Celle-ci remet son rapport fin août.
Le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations unies approuve un plan de partage de la Palestine mandataire en deux États : l'un juif, et l'autre arabe; La ville de Jérusalem[14] relevant quant à elle d'un statut de ville internationale. Le plan est accepté par les Juifs qui ont milité en ce sens mais il est rejeté par les Arabes palestiniens et par l'ensemble des pays arabes qui exigent la création d'un État indépendant arabe sur l'ensemble de la Palestine.
La guerre civile éclate dès le lendemain.
[] Protagonistes
Les motivations, les objectifs et les moyens des protagonistes du conflit ont souvent été différents de ceux de leurs « alliés ». À l'instar de la « bataille diplomatique » qui s'était déroulée pour mener au vote du plan de partition[15], ceux-ci vont avoir une influence fondamentale sur le conflit et constituent une clé essentielle pour en comprendre le déroulement, voire l'issue.
[] Yichouv
Au 30 novembre 1947, le Yichouv est uni derrière un objectif commun : l'aboutissement du projet sioniste et la fondation d'un État juif en Palestine mandataire.
L'autorité de son leader David Ben Gourion est globalement reconnue et le pouvoir est centralisé autour de sa personne[16]. Face à la guerre qui s'annonce, le Yichouv est déjà organisé et structuré comme une entité étatique dont l'Agence juive joue le rôle de gouvernement[17]. La communauté dispose également du soutien financier et politique de plusieurs organisations sionistes, dont l'Organisation sioniste mondiale.
S'il ne dispose toutefois que d'une faible armée par rapport aux forces des pays arabes voisins et souffre d'un manque grave de matériel, il peut compter sur une réserve importante d'hommes entraînés et des mesures sont prises par Ben Gourion pour doter le futur État d'une véritable armée. Les forces paramilitaires sionistes : le Palmach, la Haganah, l'Irgoun et le Lehi restent malgré tout nettement supérieures aux forces palestiniennes[18].
Au niveau diplomatique, l'Agence juive, qui fait office de gouvernement au Yichouv entretient de bons contacts avec les autorités britanniques mandataires et avec les États-Unis où ils ont un supporter sincère dans le chef du président Harry Truman[19].
[] Haut Comité arabe
Depuis sa fondation en 1936, le Haut Comité arabe est l'organisme le plus officiel représentant le peuple arabe palestinien. Sa position est claire : empêcher la formation d'un État sioniste et créer un État arabe palestinien sur toute la Palestine[20].
Sa situation est toutefois plus délicate. Le sentiment nationaliste est nettement moins fort dans la communauté arabe palestinienne. Le représentant du courant nationaliste, le Mufti Hadj Amin al-Husseini, et le Haut Comité arabe qu'il préside, ne font pas l'unanimité dans la communauté palestinienne où la faction des Nashashibis est pour un rapprochement avec le Royaume hachémite de Transjordanie. De plus, la plupart des leaders dont le Mufti ne sont même pas présents en Palestine[21].
Amin al-Husseini ne dispose que d'un atout dans le chef de son charismatique neveu Abdel Kader al-Husseini qui dirige son armée, la Jihad al-Muqadas. Celle-ci est toutefois limitée à quelques centaines d'hommes en novembre 1947[22]. Dans les faits, le pouvoir est assuré localement dans les villes par des « comités nationaux » qui disposent d'une certaine autonomie. La direction des villages est laissée aux « mukhtars ». Et en définitive, les forces palestiniennes ne totalisent que quelques milliers d'irréguliers sans équipement ni entraînement[23],[24],[25].
Au niveau diplomatique, les Britanniques ne veulent pas du Mufti à la tête d'un État palestinien[26]. Ils ne lui pardonnent pas les troubles fomentés durant la Grande révolte arabe en Palestine ni ses amitiés avec les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Ces dernières cristallisent d'ailleurs la haine des Juifs contre sa personne[27] et n'attirent pas la sympathie à sa cause. Ses « alliés » arabes ne l'apprécient guère[28] et ses ambitions contrecarrent les plans du roi Abdallah, ce qui lui vaut néanmoins un certain soutien de l'Égypte et de la Syrie. Enfin, sur le terrain, le commandant des forces de l'Armée de libération arabe ne s'entend pas avec son neveu[29],[30].
[] Transjordanie
La Transjordanie est le véritable deuxième grand acteur de la guerre. Elle dispose en novembre 1947[31] de la meilleure armée en présence, la Légion arabe : 10 000 hommes répartis en quatre régiments entièrement mécanisés et appuyée par 75 véhicules blindés. De plus, elle est commandée, encadrée et équipée par les Britanniques[32].
Le Roi Abdallah ambitionne de fonder la Grande Syrie, qui engloberait la Transjordanie, la Palestine, la Syrie et le Liban[33]. Dans le contexte du plan de Partage, il ambitionne d'annexer la partie arabe de la Palestine mais ses intentions à l'égard du Yichouv dans ce contexte restent ambiguës[34],[35]. Il a le soutien des autorités britanniques dont il est le dernier allié au Moyen-Orient et qui voient en lui un pion essentiel[33]. L'Irak avec sa dynastie hachémite au pouvoir est son allié mais le roi Abdallah suscite la méfiance des autres pays de la Ligue arabe, en particulier de la Syrie et de l'Égypte.
[] Pays arabes
Les autres membres de la Ligue arabe ne sont pas réellement intéressés par la situation en Palestine. Ils ont leur propre problème. L'Égypte et l'Irak connaissent des troubles internes; l'Égypte est en lutte d'influence avec les Britanniques sur les questions du Soudan et de la présence de bases militaires sur son territoire[36] et l'Irak sort petit à petit de problèmes internes avec la communauté kurde. L'implication syrienne se veut plus importante[37] mais elle dispose de nettement moins de moyens. Dans le contexte du panarabisme et face à leur opinion publique, les pays arabes ne peuvent néanmoins par rester inactifs face au sionisme[38].
Sous-estimant le réel rapport des forces dans un conflit inter-palestinien, ils comptent sur l?Armée de libération arabe pour fournir un soutien suffisant aux Palestiniens et se sont contentés de déclarations tonitruantes[39] et sont principalement attentifs aux ambitions d?Abdallah[36]. Leurs forces potentielles restent malgré tout importantes et supérieures à celles de la Légion arabe et aux forces sionistes[40]. Comme essaie de les en convaincre Ismail Safwat[41], leur intervention ou non peut peser de manière significative dans la balance[42].
[] Britanniques
Avec près de cent mille hommes et au vu de leur passé dans la région, les Britanniques représentent la première puissance militaire, politique et diplomatique en Palestine. Ils doivent d'ailleurs encore en assurer la souveraineté jusqu'au 14 mai. Leur objectif est de quitter rapidement la Palestine avec le moins de victimes britanniques possibles tout en y défendant leurs intérêts futurs[43] et en essayant de respecter les promesses d'indépendances faites à la fois aux sionistes par Balfour et aux arabes par McMahon[44]. Ces objectifs seraient réalisés si la Palestine était partagée entre un État juif et arabe et que la partie arabe était annexée par la Transjordanie. C'est la stratégie pour laquelle ils vont opter[45].
[] USA et URSS
Ni les États-Unis ni l'Union soviétique n'ont de base dans la région stratégique du Moyen-Orient. Ils cherchent principalement à y prendre pied par voie diplomatique et y remplacer les Britanniques[46].
Staline voit dans un État juif une opportunité intéressante pour y implanter une base communiste. Il apportera un soutien de taille aux Yichouv : tandis que les États-Unis imposeront un embargo sur les armes et le matériel tant aux Israéliens qu'aux Arabes et qu'ils feront pression sur les Britanniques pour le respecter, les Soviétiques fourniront la majeure partie des armes indispensables au Yichouv puis à Israël.
[] Déroulement du conflit
Les historiens scindent le conflit en cinq phases successives séparées par deux trêves, commençant avec le vote du partage de la Palestine à l'ONU, en novembre 1947 et se terminant avec les accords d'armistice de Rhodes en 1949.
Les deux premières phases se déroulent alors que les Britanniques ont toujours la tutelle de la Palestine. Elles voient l'opposition du Yichouv aux arabes palestiniens renforcés par des volontaires étrangers de l'Armée de libération arabe et de la Jihad al-Muqadas. La période voit aussi la préparation des différents camps à l'attaque annoncée des pays arabes voisins, ainsi que les prémices du problème des réfugiés palestiniens.
Les trois phases suivantes se déroulent après le départ des Britanniques et la proclamation de l'indépendance de l'État d'Israël par les Juifs le 15 mai 1948. Elles concernent le conflit entre les États arabes voisins et les Israéliens et voient la montée en puissance de l'armée israélienne, l'exode massif palestinien et la prise de contrôle de la Palestine mandataire par Israël, la Transjordanie et l'Égypte. Elles s'accompagnent ou sont suivies de près par la fuite de la plupart des Juifs vivant dans les pays arabes.
[] Première phase : déclenchement de la guerre civile (30 novembre 1947 - 1er avril 1948)
Dès le lendemain du vote du Plan de partition à l'ONU, les explosions de joie dans la communauté juive sont contrebalancées par l'expression de mécontentement au sein de la communauté arabe. Rapidement la violence éclate et va aller croissant : des attentats, représailles et contre-représailles faisant des dizaines de victimes vont se succéder sans que personne ne parvienne à les contrôler.
Sur la période de décembre 1947 et janvier 1948, on compte près de 1 000 morts et 2 000 blessés[47]. Fin mars, un rapport fait état de plus de 2 000 morts et 4 000 blessés[48].
Dès janvier, sous l'?il indifférent des autorités britanniques, les opérations prennent une tournure plus militaire avec l'entrée en Palestine de plusieurs régiments de l'Armée de libération arabe qui se répartissent dans les différentes villes côtières et renforcent la Galilée et la Samarie[49]. Abdel Kader al-Husseini arrive également à la tête de plusieurs centaines d'hommes de la Jihad al-Muqadas et après en avoir recruté plusieurs milliers d'autres organise le blocus des 100 000 Juifs de Jérusalem[50]. Les autorités du Yichouv tentent de ravitailler la ville via des convois regroupant jusqu'à une centaine de véhicules blindés pour forcer les barrages mais l'opération s'avère de plus en plus impraticable et coûteuse en vies. En mars, la tactique a payé. La quasi-totalité des véhicules de la Haganah ont été détruits, plusieurs centaines de combattants ont été tués et le blocus est opérant[51]. La situation est d'autant plus critique que les implantations juives du Nord de la Galilée et du Néguev sont isolées.
Tandis que la population juive a reçu des instructions strictes l'obligeant à tenir à tout prix sur tous les terrains[52], la population arabe est plus soumise à la situation d'insécurité que connaît le pays. Durant ces premiers mois, près de 100 000 Palestiniens, principalement des classes supérieures, vont quitter leur maison pour se réfugier en lieu sûr à l'étranger ou en Samarie[53].
Cette situation pousse les États-Unis à revenir sur leur soutien au Plan de partition mais rassure la Ligue arabe sur leur fausse analyse de la capacité des Palestiniens, renforcés par l'Armée de libération arabe, d'empêcher le partage. De leur côté, le 7 février 1948, lors d'une réunion secrète à Londres, les Britanniques optent pour l'option du soutien à l'annexion de la partie arabe de la Palestine par la Transjordanie[54].
Même si un certain doute s'installe dans le Yichouv, les défaites apparentes sont plus dues à une politique attentiste de la Haganah qu'à une réelle faiblesse. David Ben Gourion a réorganisé la Haganah et rendu la conscription obligatoire. Tous les hommes et femmes du pays reçoivent un entraînement militaire obligatoire. Grace aux fonds rassemblés par Golda Meyerson aux États-Unis et suite au soutien de la cause sioniste par Staline, les agents juifs ont pu signer des contrats très importants d'armement dans les pays de l'Est. D'autres agents ont récupéré dans les stocks de la Seconde Guerre mondiale de quoi équiper l'armée dont le Yichouv a besoin. L'opération Balak permet l'acheminement des premières armes et équipements dès la fin du mois de mars. David Ben Gourion a également confié à Yigal Yadin le soin d'étudier un plan militaire permettant de préparer le Yichouv à l'intervention annoncée des États arabes. Il s'agit du plan Daleth qui sera mis en application dès le début du mois d'avril.
[] Seconde phase : offensive de la Haganah (1er avril 1948 - 15 mai 1948)
La deuxième phase marque le passage de la Haganah à l'offensive.
La première opération -baptisée Nahshon- consiste à organiser la levée du blocus de Jérusalem. 1 500 hommes des brigades Guivati de la Haganah et Harel du Palmach parviennent à libérer la route du 5 au 20 avril, ce qui offre deux mois de sursis à la population juive de Jérusalem[55]. Le succès se double par la mort du leader palestinien Abdel Kader al-Husseini au cours des combats. Durant ces événements, le 9 avril, des troupes de l'Irgoun et du Lehi perpètrent un massacre à Deir Yassin qui aura un impact important sur la population palestinienne.
Dans le même temps, la première opération d'envergure de l'Armée de libération arabe se solde par une débâcle à Mishmar Ha'emek[56] et par la défection des Druzes[57]
Dans le cadre de la réalisation de la continuité territoriale prévue par le Plan Daleth, les forces de la Haganah, du Palmach et de l'Irgoun se lancent à la conquête des localités mixtes. La société palestinienne s'effondre. Tibériabe, Haïfa, Safed, Beisan, Jaffa et Acre tombent, jetant sur les routes de l'exode plus de 250 000 Palestiniens[58].
Les Britanniques ont maintenant pour l'essentiel terminé leur retrait. La situation pousse les leaders des pays arabes voisins à intervenir mais leur préparation n'est pas au point et ils n'ont pas pu rassembler les forces qui auraient pu faire pencher la balance. La plupart des espoirs palestiniens résident dans la Légion arabe du roi Abdallah de Transjordanie mais ce dernier ambitionne d'annexer un maximum du territoire de la Palestine mandataire et joue sur les deux tableaux, étant en contact également avec les autorités juives.
En préparation à l'offensive, la Haganah lance avec succès les opérations Yiftah[59] et Ben-'Ami[60] pour sécuriser les implantations de Galilée et l'opération Kilshon[61],[62] pour assurer un front continu dans le secteur de Jérusalem. La réunion du 10 mai entre Golda Meir et Abdallah suivie de la prise et du massacre de Kfar Etzion par la Légion arabe le 13 mai laissent prévoir que la bataille pour Jérusalem sera sans merci.
[] Troisième phase : 15 mai 1948 - 11 juin 1948
Le mandat britannique arrive à expiration le 14 mai. David Ben Gourion, président du Conseil national juif, proclame l'indépendance de l'État d'Israël. Ce nouvel État est reconnu par l'Union soviétique et les États-Unis ainsi que par de nombreux autres pays.
Dans les jours qui suivent, comme annoncé, plusieurs armées arabes interviennent en Palestine. Des contingents syriens, irakiens, égyptiens et transjordaniens se joignent aux forces palestiniennes et à l'Armée de libération arabe (soit environ 45 000 hommes en tout), et font face à une armée israélienne composée d'environ 38 000 hommes. Au cours des mois suivants, chaque partie renforce ses forces mais les armées arabes restent devancées par les Israéliens, notamment du fait de leur organisation supérieure et de leur meilleure préparation.
Le tableau suivant présente les forces en présence au 15 mai 1948[63].
| FRONTS | ISRAELIENS | ARABES |
|---|---|---|
| Sud | 5 000 | 5 000 Égyptiens |
| Sud profond et Hebron | 1 500 | 4 000 Égyptiens |
| Jérusalem et corridor | 4 500 | 4 000 Légion arabe transjordanienne et 1 000 Égyptiens |
| Front central, Tel-Aviv, Natanaya | 3 000 | 3 000 Irakiens |
| Nord | 5 000 | 3 000 Syriens, 1 000 Libanais et 2 000 Armée du Salut[64] |
| TOTAL | 19 000 | 23 000 |
La situation est plus délicate pour Israël en terme d'armement lourd. Mais, à partir du 14 mai, l'État désormais officiel importe au grand jour et un matériel plus important (canons, mitrailleuses, avions) se déverse.
[] Front central (Jérusalem)
C'est le front le plus actif. C'est en effet le principal objectif d'Abdallah de Transjordanie, qui veut à tout prix du contrôle des lieux saints musulmans[61].
Latroun ne tombera pas de toute la guerre, et les Israéliens devront construire une nouvelle route Tel-Aviv - Jérusalem-ouest, dite « route de Birmanie ». Celle-ci[65] sera construite « avec les ongles » (l'expression est de Elie Barnavi) avant la trêve du 11 Juin, en élargissant « un sentier parallèle à la grande route, dans la montagne, pour le rendre carrossable »[66]. Il fallait pour les Israéliens rétablir une voie de communication pour les camions de ravitaillement entre la bande côtière et Jérusalem-ouest avant cette date, faute de quoi la ville serait devenue une enclave juive en zone arabe. La « route de Birmanie » sera très sommairement terminée le 9 juin, dans des conditions difficiles et d'extrême justesse, 2 jours avant la trêve. C'est le colonel juif américain David (Mickey) Marcus qui se chargera de la route. Il deviendra ainsi le premier général de Tsahal, peu avant d'être tué par erreur par une sentinelle.
À compter du 21 mai, une colonne égyptienne atteint Bethléem après avoir traversée le Néguev et être passée par Beersheba. Le 22 mai, elle mitraille les faubourgs sud de Jérusalem[67]. « Des combats sanglants se déroulent [?] au sud, contre les forces combinés de la Légion »[68] et de la 4e brigades égyptienne, pour le contrôle du kibboutz Ramath-Rahel qui commande l'accès de la nouvelle ville[69]. « Cinq fois pris et repris, le kibboutz finira par rester aux mains des hommes de l'Irgoun. »[66]. Malgré cette présence, les Égyptiens joueront un rôle bien moins actif que les Transjordaniens dans la bataille de Jérusalem.
[] Front nord (lac de Tibériade)
« Autour du lac de Tibériade, l?armée juive l?a également échappé belle. Trois jours après leur irruption, les Syriens enlèvent Samakh et trois colonies juives évacuées. Mais leur chance tourne, le 20 mai, devant le premier des kibboutzim, Degania, dont ils forcent l?entrée, mais sans le réduire.[?] Repliées de leur côté du Jourdain, les troupes de Damas le retraversent pour écraser, le 10 juin, la colonie de Mishmar Hayarden : une tête de pont durable en territoire israélien. Plus au sud, les Irakiens, moins fortunés, essuient un échec devant le Kibboutz Gesher, avant de partir, les uns pour le front de Jérusalem, d?autres, le 24 mai, pour le triangle » (nord-ouest de la Cisjordanie)[67]. Les Irakiens sont alors remplacés par une partie des troupes de l?Armée arabe de libération (ALA). À partir de la fin mai, le front syrien, tenu par les Syriens eux-mêmes et les renforts de l?ALA, sera relativement peu actif.
[] Front nord (Galilée)
Le conflit a lieu en fait sur 2 fronts : le « doigt de Galilée » (extrême nord-est de la Palestine mandataire), et la Galilée elle-même.
À l?ouest du « doigt de Galilée », « la brigade Yiftah [?] contenait les Libanais sur leur propre territoire, pour une guerre de position sanglante, chaque ville et village passant et repassant, au gré des combats, d?une armée à l?autre »[70].
En Galilée même, les forces libanaises se montrent plus passives. Elles ne pénétreront que d'une centaine de mètres en territoire palestinien. La Galilée est surtout tenue par des éléments secondaires de l?ALA. Les Israéliens ont donc un certain avantage dans cette zone, eu égard à la faiblesse des forces qu'ils rencontrent. La ville d'Acre (Nord de la bande côtière) a ainsi été prise par la brigade Carmeli le 21 mai, ainsi que d'autres villages le long de la côte : al-Zib, Samaria et Zaba[71](p.360). Mais les besoins de troupes sur d'autres fronts (en particulier Jérusalem) les empêchent d'exploiter pleinement la faiblesse de leurs opposants, et leur progression reste limitée.
Consciente de cette faiblesse, et parallèlement à son déploiement au sud du lac de Tibériade, l'ALA s'est réorganisée en vue de renforcer le front de la Galilée via le Liban, en rejoignant ce qui restait de ses forces en Galilée. L'ALA pénétra assez facilement en Galilée suite au déplacement de la brigade Yiftah vers le front central[72]. Ce sont ces troupes que les Israéliens affronteront lors de l'opération Hiram, du 29 au 31 octobre 1948.
Après le retrait de la brigade Yiftah, « son successeur, la brigade Oded ? formée de colons, d?immigrants et d?un bataillon de la Haganah de Haïfa ? se heurtera le 6 juin, à une fulgurante opération arabe. Syriens, Libanais, et soldats de Fawzi Al Qawuqji[73] briseront le verrou israélien, rétablissant ainsi le passage vers la Galilée »[70].
[] Front central (Samarie)
Les troupes transjordaniennes se sont surtout concentrées autour de Jérusalem, où ont lieu de durs combats, et en Samarie centrale (à l?écart de la ligne de front), pour prendre le contrôle politique de la zone (prélude à l?annexion). Les troupes irakiennes se déploient dans les villes arabes du nord de la Samarie : Jénine, Naplouse et Tulkarem. Les troupes irakiennes se retirent du lac de Tibériade le 24 mai pour venir renforcer les unités de Samarie. « le 25 mai, les Irakiens dévalent vers Natanya, encerclant plusieurs Kibboutzim, et en ravissant un. Mais l?Alexandroni récupère la colonie et endigue la percée, préparant ainsi le terrain pour la contre-offensive dont la Givati se charge. Entrée dans le triangle par le Nord, le 29 mai, la brigade récolte une série de villages arabes et de fortification d?où elle se rue, [?] sur Jénin. Mais elle abdique, le 4 juin, tant l?artillerie irakienne décime les unités réclamées ailleurs »[70]. Après cette date, et jusqu?au 11 juin, les forces en présence sont en pratique surtout en position défensive.
Si des forces arabes se massent contre Israël après le 15 mai, l'Armée de libération arabe (ALA) se retire. Elle était essentiellement basée en Samarie (nord de la Cisjordanie), depuis janvier 1948, avec un QG établi entre Naplouse et Ramallah (Yoav Gelber (2006)). Suite à l'entrée en Cisjordanie des troupes transjordaniennes et irakiennes, l'ALA quitte la Palestine sur ordre de la Ligue Arabe, officiellement pour se réorganiser[61].
Tandis que les Irakiens relevaient la Légion en Samarie, l'ALA remplaçait les Irakiens à Samakh et à Gesher (kibboutzim au sud du lac de Tibériade [3] )[74], vers le 24 mai.
[] Front sud (Néguev)
Au sud, l'armée égyptienne rencontre une faible opposition. Elle se déploie dans 3 directions.
La deuxième brigade du général Muhammad Naguib remonte facilement le long de la côte à travers l?actuelle bande de Gaza, jusqu?au-dessus d?Ashdod, avant d?être arrêtée fin mai par le barrage commun de la brigade Givati, de la brigade HaNeguev (ou Néguev) et de l?aviation.
Dans le Nord-Néguev, les colonies juives résistent. Les Égyptiens se déplacent entre elles, les isolent partiellement, mais ne les submergent pas. Le Nord-Néguev est égyptien, mais de façon partielle.
En Judée, la quatrième brigade de l?armée égyptienne prend position entre Beersheba et le sud de Jérusalem, en particulier à Hébron. L?absence de communautés juives dans cette zone rend le déploiement aisé.
[] La création de Tsahal
Le 26 mai 1948, Tsahal (l'armée israélienne) est officiellement créée, et absorbe immédiatement la Haganah.
Menahem Begin « s'est engagé le 1er juin 1948 à mettre ses hommes et ses équipements à la disposition de l'armée israélienne au sein de laquelle les membres de l'IZL [Irgoun] vont constituer leurs propres bataillons » (Histoire de la droite israélienne, p.246, Voir Bibliographie). Le Lehi rejoint aussi rapidement Tsahal.
L'Irgoun et le Lehi n?alignent respectivement que 4 000 et 1 000 combattants[75],[76], qui plus est tenus en suspicion par le nouveau gouvernement de David Ben Gourion pour leurs activités « terroristes » passées et leurs sympathies politiques. La nouvelle armée israélienne est donc constituée essentiellement autour de l'ancienne Haganah.
L'Irgoun et le Lehi continueront à exister jusqu'en septembre à Jérusalem, ville prévue par l'ONU pour être séparée d'Israël et devenir une « zone internationale ». Les accords nationaux d'intégration de ces organisations à Tsahal ne s'y appliquent donc pas.
[] Synthèse
Entre le 15 mai et le 11 juin, les troupes juives réussissent à maintenir leur contrôle sur les territoires entre leurs mains avant le 15 mai, mais pas encore à les étendre de façon importante.
Les Israéliens ont constitué une véritable armée, et ont renforcé leur armement, en particulier leur armement lourd. Contrairement aux forces arabes, ils ont un commandement centralisé et peuvent faire passer des troupes d?un bout du front à l?autre.
La carte des positions au 11 juin donne une impression de force arabe et de faiblesse israélienne, mais cette impression sera démentie après la rupture de la trêve, le 8 juillet 1948.
Voir les actualités françaises du 03/06/1948 sur le site de l'INA (nécessite un lecteur Quicktime) [4].
[] Première trêve : 11 juin 1948 - 8 juillet 1948
Le 29 mai, les Nations unies déclarent une trêve. Celle-ci est acceptée par les israéliens le 24 mai. Les États arabes, dont l'avancée est bloquée, l'acceptent le 11 juin. Les forces arabes contrôlent alors environ le tiers du territoire que l'ONU avait attribué à l'État juif en novembre 1947, et la quasi-totalité du territoire attribué à l'État palestinien.
Voir les Actualités françaises du 24/06/1948 sur le site de l'INA (nécessite un lecteur Quicktime) [5].
La trêve durera 28 jours. Le cessez-le-feu est supervisé par le médiateur de l'ONU Folke Bernadotte, nommé le 20 mai. Un embargo sur l'armement est décidé par l'ONU afin qu'aucune des parties ne profite de la trêve. Le roi de Transjordanie visite la partie de Jérusalem contrôlée par ses troupes.
Voir les Actualités Françaises du 24/06/1948 sur le site de l'INA (nécessite un lecteur Quicktime) [6].
Mais les israéliens ont des sources d'approvisionnement clandestines depuis 1947 auprès du bloc de l'Est, et vont grâce à elles pouvoir se procurer illégalement (du point de vue de l'ONU) des armes auprès de la Tchécoslovaquie, mais aussi en faire venir de France[66]. Parmi elles, des armes lourdes : « des avions, des pièces d'artilleries et des véhicules blindés. La mobilisation intensive porte les effectifs de l'armée à 60 000 hommes »[66].
Les forces arabes, elles, sont dépendantes de leurs fournisseurs officiels (Britanniques, surtout) et ne peuvent donc contourner l'embargo. Celui-ci se révèle donc essentiellement favorable aux israéliens, qui renforcent leur potentiel militaire, tandis que celui des armées arabes stagne.
Si la trêve permet à Tsahal de s'armer, elle permet aussi à Ben Gourion de la réorganiser. Entre le 11 juin et le 8 juillet 1948, le Premier ministre décide en effet de dissoudre les 3 brigades du Palmach (forces d'élites de la Haganah), qu'il considère être trop à gauche (p
Revue de presse Guerre_de_Palestine_de_1948
