Guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire
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La Guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire (également appelée Guerre palestino-sioniste[1]) couvre la période du 30 novembre 1947, lendemain du vote du Plan de partage, au 14 mai 1948 qui marque la fin du mandat britannique sur la Palestine.
Cette période constitue la première phase de la Guerre de Palestine de 1948 durant laquelle la communauté juive et la communauté arabe de Palestine s'affrontent tandis que les Britanniques, qui sont censés y garantir la sécurité, organisent leur retrait et n'interviennent que ponctuellement.
La phase suivante, la Guerre israélo-arabe de 1948-1949 démarrera le 15 mai, avec la création d'Israël et l'entrée en guerre des armées de plusieurs États arabes voisins.
L'article relate de manière exhaustive les différents épisodes et événements clés de la période de la guerre civile.[2] Une synthèse se trouve à la fin de celui-ci.
[] Contexte historique
| Conflit arabo-sioniste en Palestine mandataire |
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| Émeutes de 1920 - Jérusalem | |
| Émeutes de 1921 - Jaffa | |
| Émeutes de 1929 - Hébron | |
| Grande Révolte arabe de 1936-1939 | |
| Guerre civile de 1947-1948 |
Depuis 1920, la Palestine est sous contrôle et administration britanniques mais le pays est l'objet d'un combat entre les nationalismes juif sioniste et arabe palestinien qui s'opposent l'un à l'autre ainsi qu'à l'"occupant" britannique.
La lutte palestinienne culmine avec la Grande révolte de 1936-1939. Menée par les nationalistes palestiniens, elle s'oppose à la fois au sionisme, à la présence britannique en Palestine et aux hommes politiques palestiniens se revendiquant d'un nationalisme panarabe. La répression britannique est sanglante et la réaction des organisations sionistes violente. À son terme, les nationalistes palestiniens obtiennent toutefois des Britanniques une diminution draconienne de l'immigration juive traduite par le Livre blanc de 1939. Mais les conséquences sont lourdes. La révolte a fait près de 5000 morts côté arabe et 500 côté juif. Les différentes organisations sionistes paramilitaires se sont renforcées et la plupart des membres de l'élite politique palestinienne ont été arrêtés et contraints à l'exil. Parmi ceux-ci, le chef du Haut Comité arabe, Hadj Amin al-Husseini se réfugie en Allemagne nazie, où il cherche un soutien à sa cause.
Après la Seconde Guerre mondiale, suite au drame de la Shoah, le mouvement sioniste attire la sympathie. En Palestine, les groupes de la droite sioniste mènent à leur tour une campagne de violence contre l'"occupation" britannique ponctuée de nombreux attentats. Les nationalistes palestiniens se réorganisent mais restent très en retard par rapport aux sionistes. Toutefois, l'affaiblissement des puissances coloniales a renforcé les pays arabes et la Ligue arabe récemment formée reprend à son compte les revendications nationalistes palestiniennes et leur sert de porte-parole.
La diplomatie ne parvient pas à concilier les points de vue. Le 18 février 1947, les Britanniques annoncent l'abandon de leur mandat sur la région. Le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations-Unies vote un plan de partage de la Palestine avec le soutien des grandes puissances, mais pas celui des Britanniques et contre l'ensemble des pays arabes.
Personne à l'époque ne doute que la guerre soit inévitable, notamment de par le tracé des frontières mais ni les Arabes, ni les Juifs ne sont à ce moment préparés à celle-ci.[3]
[] Déclenchement de la guerre civile (30 novembre 1947 - 1er avril 1948)
Dès le lendemain de l'adoption du plan de partage par l'ONU, les manifestations de joie de la communauté juive sont contrebalancées par les manifestations d'opposition arabe dans tout le pays[4] et dès le 1er décembre, le Haut Comité arabe décrète une grève générale de 3 jours.[5]
Un « vent de violence »[6] va rapidement et spontanément s'installer, annonciateur de la « guerre civile ».[7]
[] Montée de la violence
Dans toutes les zones mixtes où vivent les deux communautés, à Jérusalem et Haïfa en particulier, attaques, représailles et contre-représailles de plus en plus violentes se succèdent. Les tirs isolés évoluent en batailles rangées ; les attaques contre le trafic se transforment en embuscades. Des attentats de plus en plus sanglants se produisent, auxquels répondent à leur tour des émeutes, des représailles et d'autres attentats.
Par exemple, le 30 décembre, à Haïfa, des membres de l'Irgoun lancent deux bombes dans une foule d'ouvriers arabes faisant la queue devant une raffinerie, tuant 6 d'entre eux et en blessant 42. La foule en colère tue en représailles 39 Juifs avant que les soldats britanniques ne rétablissent le calme.[8],[9] En représailles, le 31 décembre, des soldats du Palmach et de la brigade Carmel attaquent le village de Balad-al-Sheikh et de Hawassa. Selon différents historiens, ils y font entre 21 et 70 morts.[10]
Le 22 février, à Jérusalem, les hommes d'Hadj Amin al-Husseini organisent à l'aide de déserteurs britanniques un triple attentat à la voiture piégée qui vise les bureaux du journal The Palestine Post, le marché de la rue Ben Yehuda et l'arrière-cour des bureaux de l'Agence juive, faisant respectivement 22, 53 et 13 morts Juifs ainsi que des centaines de blessés.[11],[12] Le 29 février, en représailles, le Lehi mine la voie de chemin de fer Le Caire-Haïfa au nord de Rehovot, provoquant la mort de 28 soldats britanniques et en blessant 35[13]. Il réitère l'opération le 31 mars près de Césarée, provoquant la mort de 40 personnes et en blessant 60, pour la plupart des civils arabes.[14]
Sur la période de décembre 1947 et janvier 1948, on compte près de 1000 morts et 2000 blessés.[15] Fin mars, un rapport fait état de plus de 2000 morts et 4000 blessés.[16] Ces chiffres correspondent à une moyenne supérieure à 100 morts et 200 blessés chaque semaine. Et ce, sur un total de 2 000 000 d'habitants.
[] Guerre des routes et blocus de Jérusalem
[] Situation géographique des zones juives
En dehors de la zone côtière, les zones d'implantations du Yichouv en Palestine sont très dispersées. La communication entre la zone centrale la plus développée et les zones périphériques s'effectue par des liaisons routières. Ces liaisons constituent une cible d'autant plus facile que la plupart traversent ou longent des localités arabes, voire parfois des zones entièrement arabes.
Dans cette configuration, l?« isolement » des 100 000 Juifs de Jérusalem et alentours (comme le Gush Etzion, à mi-chemin sur la route stratégique entre Jérusalem et Hébron), celui des 27 villages et implantations du Néguev[17] et celui de ceux du Nord de la Galilée constituent un point faible stratégique pour le Yichouv.
La possibilité d'évacuer ces zones difficilement défendables est envisagée mais à Jérusalem comme dans toute la Palestine, la politique de la Haganah a été fixée par Ben Gourion. Elle est simple. « Ce que tiennent les Juifs doit être conservé. Aucun Juif ne doit abandonner son domicile, sa ferme, son kibboutz ou son travail sans autorisation. Chaque avant-poste, chaque colonie, chaque village, quel qu?en soit l?isolement, doit être occupé comme s?il s?agissait de Tel-Aviv même. »[18] Dans les faits, aucune implantation juive n'a été évacuée avant l'invasion de mai 1948. Seuls une douzaine de Kibboutzim de Galilée ainsi que ceux de Gush Etzion envoient femmes et enfants dans les zones plus sûres de l'intérieur.[19]
Ben Gourion donne des instructions pour renforcer les implantations du Néguev en hommes et matériel[17], notamment dans les kibboutz de Kfar Darom ou Yad Mordechai (nord de Gaza), Revivim (sud de Beer-Sheva) et au Gush Etzion. Conscient du danger qui pèse sur le Néguev, le Commandement suprême de la Haganah y assigne un bataillon entier du Palmach[20].
Le cas de Jérusalem est encore plus critique de par l'importance de sa population juive (1/6e du total du Yichouv) et de la grande difficulté d'accès de la ville. La route Tel-Aviv - Jérusalem est longue et escarpée. Elle quitte la zone juive à Houlda puis suit les contreforts de Latroun. Ensuite, le parcours des 28 kilomètres entre Bab-el-Oued et Jérusalem prend pas moins de 3 heures[21] et la route traverse ou passe à proximité de villages arabes tels Saris, Qastel, Deir Yassin, ou Qaluniya.[22]
[] Stratégie d'Abdel Kader al-Husseini
Abdel Kader al-Husseini arrive à Jérusalem en décembre 1947 avec l?objectif d?« étouffer » la communauté juive de la ville.[23]
Il s'installe à Tzurif, un village au sud-ouest de Jérusalem avec ses hommes : une centaine de combattants qui se sont entraînés en Syrie avant la guerre et qui servent de cadres à son armée, la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas. Il est rejoint par une centaine de jeunes villageois et de vétérans de l'armée britannique.[24] L'armée passe rapidement à plusieurs milliers d'hommes[25] et transfère son quartier général et son centre d'entraînement à Bir Zeit, près de Ramallah. Sa zone d'influence s'étend jusque Lydda et Ramleh[26] où Hassan Salameh, un vétéran de la Grande Révolte de 1936-39 à la tête de 1000 hommes[27], coordonne ses actions avec Abdel Kader al-Husseini dans le harcèlement du trafic routier[28].
Le 10 décembre, la première attaque organisée se produit sur un convoi entre Bethléem et Gush Etzion. Dix passagers et membres de l'escorte sont tués[28].
Le 14 janvier, Abdel Kader mène personnellement une attaque contre Kfar Etzion dans laquelle 1000 hommes sont impliqués. L'attaque est un échec et il laisse 200 morts derrière lui. Toutefois, une section de 35 hommes du Palmach cherchant à renforcer l'implantation se fait surprendre, puis encercler et massacrer.[29]
Le 25 janvier, une attaque d'envergure a lieu dans le village arabe de Qastel. Suite à un appel d'Abdel Kader al-Husseini, plusieurs villages du nord-est de Jérusalem vont se joindre à l'attaque. D'autres préfèrent ne pas s'y joindre de peur des représailles ou s'excusent auprès de leurs voisins juifs arguant que l'appel ne concernait pas l'attaque du convoi mais la défense du village voisin de Bet Suriq.[30]
La campagne pour le contrôle des routes prend un caractère militaire croissant et focalise l'effort de guerre arabe[30]. À partir du 22 mars, les convois de ravitaillement vers Jérusalem ne passent plus. Ce jour-là, un convoi d'une trentaine de véhicules est anéanti aux gorges de Bab-el-Oued.[31] Le 27 mars, un important convoi de ravitaillement de retour de Kfar Etzion est pris dans une embuscade au sud de Jérusalem. Encerclés par plusieurs milliers d'Arabes et à court de munitions, ils demandent l'assistance des Britanniques après 24 heures de combats. Ils doivent néanmoins abandonner armes et munitions, mais surtout tous les véhicules aux Arabes.
Selon un rapport britannique, la situation de Jérusalem, où un rationnement en nourriture est déjà en application, risque de devenir désespérée après le 15 mai.[32]. À la même période, la situation est tout aussi critique pour les Juifs à d'autres endroits du pays. Le 26 mars, les colonies du Néguev sont isolées de par l'impossibilité d'utiliser la route côtière du sud qui passe par des zones denses de population arabe[32]. Le 27 mars, un convoi de ravitaillement destiné aux kibboutz isolés au nord-ouest de la Galilée est attaqué dans la région de Haïfa. Entre 42 et 47 combattants de la Haganah et une centaine de l'Armée de libération arabe sont tués. Tous les véhicules sont détruits[32],[33],[34].
[] Bilan
Le bilan des pertes subies la dernière semaine de mars est lourd pour la Haganah : trois grands convois ont été pris en embuscades, plus de 100 soldats tués et l'essentiel de la flotte de véhicules blindés est détruite[35].
Globalement, Jérusalem-Ouest "étouffe" petit à petit, les implantations de Galilée ne peuvent plus être atteintes que via la vallée du Jourdain et la route de Nahariya, toutes deux dominées par les villages arabes. Haïfa elle-même ne peut pas être rejointe via Tel-Aviv par la route côtière principale, car une "chaîne" de villages arabes en domine la partie nord. Au sud, près d'Hébron, les quatre colonies du Bloc d'Etzion sont assiégées. La vingtaine d'implantations du Néguev sont isolées et le pipeline qui les ravitaille en eau régulièrement saboté[35].
Cette situation, la nécessité de préparation du Yichouv à l'attaque prévue des États arabes en mai et l'avancée dans le départ des Britanniques va pousser la Haganah à passer à l'offensive et à appliquer le plan Daleth dès avril[35].
[] Entrée de forces étrangères en Palestine
La violence s'intensifie et certaines opérations font intervenir les militaires. Bien que responsables de l'ordre et de la loi jusqu'à la fin du mandat, les autorités mandataires n'essaient pas de reprendre le contrôle de la situation. Elles sont plus impliquées dans la liquidation de l'administration et l'évacuation de leurs troupes.[36],[37] Elles estiment également avoir perdu suffisamment d?hommes dans ce conflit.
Les Britanniques ne peuvent pas (ou ne veulent pas) empêcher l'entrée en Palestine de forces étrangères.[38] Suivant un Rapport spécial de la commission sur la Palestine[39] :
-
- Dans la nuit du 20 au 21 janvier, une troupe composée de 700 Syriens, en tenue de combat, bien équipée et disposant de transports mécanisés entre en Palestine « via la TransJordanie ».
- Le 27 janvier, une « bande de 300 hommes, venant de l'extérieur de la Palestine, s'est établie dans la région de Safed en Galilée et est probablement responsable des attaques intensives au mortier et à l'arme lourde de la semaine contre la colonie de Yechiam. »
- Dans la nuit du 29 au 30 janvier, une troupe de 950 hommes de l'Armée de libération arabe, commandée par Fawzi al-Qawuqji, transportée dans 19 véhicules et constituée d'Arabes non palestiniens entre en Palestine « via le pont Damiyeh et se disperse dans les villages de Naplouse, Jénine et Tulkarem ».
Ce sont bien les troupes de l'Armée de libération arabe qui entrent en Palestine entre le 10 janvier et début mars[40] :
-
- le 2e régiment Yarmouk sous les ordres d'Adib Shishakli[41] entre en Galilée via le Liban dans la nuit du 11 au 12 janvier, passe par Safed puis s'installe dans le village de Sasa. Il est composé d'un tiers de Palestiniens et d'un quart de Syriens ;
- le 1er régiment Yarmouk sous les ordres de Muhammad Tzafa entre en Palestine dans la nuit du 20 au 21 janvier via le pont de Damia sur le Jourdain et se disperse en Samarie. Il établit son QG dans le nord de la Samarie, à Tubas. Il est composé principalement de Palestiniens et d'Irakiens ;
- le régiment Hittin, sous les ordres de Madlul Abbas s'installe à l'ouest de la Samarie avec son QG à Tulkarem ;
- le régiment Hussein ibn Ali renforce Haïfa, Jaffa, Jérusalem et plusieurs autres villes ;
- le régiment Qadassia et une unité circassienne restent en réserve à Jab'a
Qawuqji arrive quant à lui le 4 mars avec le reste de la logistique et une centaine de volontaires bosniaques et installe son QG dans le village de Jab'a, sur la route Naplouse-Jénine. Il monte aussi un centre d'entraînement pour les volontaires palestiniens.
Alan Cunningham, le Haut Commissaire britannique en Palestine proteste vivement auprès du gouvernement jordanien contre ces incursions avec pour seule réaction de voir Alek Kirkbride se plaindre de « son ton hostile et de ses menaces » au ministre Bevin. « Aucun effort sérieux n'est fait pour empêcher l'incursion. »[40].
Les Britanniques et les services de renseignement du Yichouv s'attendent à une offensive pour le 15 février, qui n'aura finalement pas lieu ; semble-t-il parce que les troupes du Mufti ne sont pas encore prêtes[40].
En mars, un détachement irakien de l'Armée de libération arabe vient renforcer les forces palestiniennes de Salameh dans la région de Lydda et Ramleh pour entraîner les recrues tandis que suite à la présence de Qawuqji en Samarie, Abdel Kader al-Husseini installe son QG à Bir Zeit, à 10 km au nord de Ramallah[40].
Au même moment, des volontaires nord-africains, principalement libyens, et plusieurs centaines de Frères Musulmans entrent en Palestine. En mars, un premier contingent arrive à Gaza et certains s'infiltrent jusqu'à Jaffa.
[] Moral des combattants
Ces premières victoires renforcent le moral des combattants arabes.[42]
Le Haut Comité arabe est confiant et décidé à s'opposer à l'accomplissement du plan de partage. Dans un communiqué du 6 février au secrétaire général, il déclare[43] :
- Les Arabes de Palestine considèrent que toute tentative des Juifs ou de n'importe quelle puissance ou groupe de puissance d'établir un État juif dans un territoire arabe est un acte d'agression auquel on résistera par la force.(...)
- Le Prestige des Nations unies sera mieux servi en abandonnant et en n'imposant pas une telle injustice.(...)
- Les Arabes de Palestine firent la déclaration solennelle devant les Nations unies, devant Dieu et devant l'histoire qu'ils ne se soumettraient jamais à une quelconque puissance venant en Palestine pour imposer une partition. Le seul moyen pour établir une partition est tout d'abord de les éliminer : hommes, femmes et enfants.
Au début de février 1948, le moral des dirigeants juifs n'est pas élevé : « le désarroi et le désespoir ressortent clairement des notes prises lors des réunions du parti Mapai ».[44] « Les attaques contre les colonies et les grandes routes ont pris au dépourvu la direction juive, qui avait sous-évalué l'intensité de la réaction arabe »[45] La situation des 100 000 Juifs de Jérusalem est précaire et le ravitaillement de la ville risque d'être interrompu.
Malgré les revers sur le terrain, les forces juives et en particulier la Haganah, restent supérieures en nombre et en qualité aux forces arabes, tant du Haut Comité arabe que de l'Armée de libération arabe. « La Haganah est restée sur des positions statiques de crainte de voir les Britanniques prendre la défense des Arabes en cas d?offensive sioniste. Il faut attendre que le retrait des Britanniques soit suffisamment important pour que tout risque d?intervention de ces derniers soit écarté ».[46]
[] Première vague de réfugiés arabes
Le moral des combattants et des hommes politiques n'est cependant pas partagé par la population palestinienne : la « panique grandit dans les classes aisées arabes et on assiste à un exode régulier de la part de ceux qui peuvent s'offrir de quitter le pays ».[47] De décembre 1947 à janvier 1948, 70 000 Arabes environ fuient les agglomérations.[48] Fin mars, le total des réfugiés se monte à 100 000 environ.[49]
Ces gens constituent la première vague, celle-là principalement volontaire, des réfugiés palestiniens du conflit. Parmi ceux-ci on trouve principalement les membres des classes moyennes et supérieures, dont la plupart des familles des représentants du Haut Comité arabe ou des dirigeants locaux[49]. Partent également les étrangers arabes installés en Palestine[50]. Tous espèrent certainement retourner en Palestine une fois les hostilités terminées[50].
[] Décisions politiques étrangères
Plusieurs décisions politiques prises à l'étranger vont avoir une influence importante sur la tournure du conflit.
[] Le choix britannique de l'option jordanienne
Les Britanniques ne veulent pas d'un État palestinien dirigé par le Mufti. La décision définitive des Britanniques de soutenir l'annexion de la partie arabe de la Palestine par le roi Abdallah est prise officiellement le 7 février 1948[51].
Lors d'une réunion à Londres entre responsables jordaniens, Glubb Pacha et Ernest Bevin, les parties se mettent d'accord pour que les Britanniques facilitent l'entrée de la Légion arabe en Palestine le 15 mai et que celle-ci en occupe la partie arabe. Toutefois, elle est tenue de ne pas entrer dans la région de Jérusalem ni dans l'État juif[51].
Cette option ne prévoirait donc pas d'État palestinien arabe.
Si les ambitions du roi Abdallah sont connues, rien n'indique dans quelle mesure les autorités du Yichouv, le Haut Comité arabe ou la Ligue arabe sont au courant de cette décision.
[] Le revirement américain
À la mi-mars, devant l'extension des troubles et face à une crainte -pourtant jugée infondée- de voir les États arabes avancer l'arme de l'embargo pétrolier[52], l'administration américaine annonce le retrait possible de son soutien au plan de partage et à l'envoi d'une force internationale pour en garantir l'application mais suggère de mettre la Palestine sous tutelle onusienne.[53],[54] Le 1er avril, le Conseil de Sécurité vote la proposition américaine demandant la convocation d'une assemblée spéciale destiné à reconsidérer le problème palestinien. Les Soviétiques s'abstiennent lors du vote.[55]
Ce revirement suscite inquiétudes et débats au sein des autorités du Yichouv.
L'inquiétude de devoir affronter les armées arabes sans le soutien des États-Unis après le départ des Britanniques est d'autant plus grande qu'à cette époque, les forces de Husseini, pourtant des milices, ont réussi à isoler Jérusalem et à prendre le pas sur la Haganah.
Dans ce contexte, Elie Sasson, le directeur de la section arabe de l'Agence juive, et plusieurs autres personnalités, finissent par convaincre David Ben Gourion et Golda Meyerson d'avancer une initiative diplomatique vers les Arabes. Ils délèguent à Joshua Palmon, le chef de la section arabe du Da'at le soin de contacter Fawzi al-Qawuqji en vue de négocier, lui interdisant toutefois d'accepter tout ce qui pourrait limiter la « liberté d'action de la Haganah » mais l'autorisant à déclarer que « les Juifs sont prêts à une trêve ».[56]
[] Le soutien logistique du bloc de l'Est
Dans le contexte de l'embargo imposé par les pays occidentaux aux belligérants palestiniens, juifs comme arabes, et dans le contexte du manque important de matériel, le non-respect de l'embargo et le soutien logistique tchécoslovaque décidé par Staline ont joué dans la guerre un rôle d'importance différemment appréciée.[57]
Des motivations avancées pour le choix de Staline sont le soutien soviétique au plan de partage et un intérêt à aider financièrement la Tchécoslovaquie pour diminuer sa frustration à devoir renoncer au plan Marshall.[58]
L'ampleur et le rôle concret de ce soutien est controversé. Les chiffres avancés par les historiens varient. Gelber parle de « petites livraisons arrivées par air de Tchécoslovaquie (?) à partir d'avril 1948 ».[59] Les historiens et les commentateurs (pro-)palestiniens y voient un soutien déséquilibré en faveur du Yichouv étant donné que les Arabes palestiniens n'ont pas bénéficié d'un soutien équivalent.[60] Ce à quoi les historiens et commentateurs répondent que cet embargo ne concernait pas les États arabes souverains qui constituaient la plus grande menace pour le Yichouv. Toutefois cet embargo leur est étendu en mai par le Conseil de sécurité des Nations unies, ce qui leur cause de gros problèmes.[61] En plusieurs circonstances, cet embargo n'est d'ailleurs pas respecté par les Britanniques.[62],[63]
Il faut noter que la Syrie achète en Tchécoslovaquie, auprès du même fabriquant que les sionistes, des armes pour l'Armée de libération arabe. Ces armes ne parviennent néanmoins pas aux combattants car des agents juifs font couler le bateau dans le port italien de Bari. Après son renflouage, le bateau partit pour la Syrie en août 1948 mais fut intercepté par la marine israélienne qui en saisit le contenu.[64]
Ce point est également abordé dans la section Problème du matériel.
[] Refus d'implication directe des dirigeants arabes
Au contraire de ce que peuvent faire penser leurs déclarations belliqueuses, les leaders arabes « firent tout pour éviter de se trouver directement[65]» impliqués dans le soutien à la cause palestinienne[66].
Au sommet de la Ligue arabe d'octobre 1947, à Aley, le général irakien Ismail Safwat brosse un portrait réaliste de la situation. Il souligne la meilleure organisation et le plus grand soutien financier dont disposent les Juifs par rapport aux Palestiniens. Il préconise le déploiement immédiat des armées arabes aux frontières de la Palestine, l'envoi d'armes et de munitions aux Palestiniens ainsi qu'une contribution financière à hauteur d'un million de livres. Ses propositions sont rejetées à l'exception du soutien financier qui toutefois, n'est pas suivi dans les faits. On vote malgré tout la formation d'un comité technico-militaire pour coordonner l'« assistance » aux Palestiniens. Il est basé au Caire et dirigé par Sawfat qui est secondé par des officiers syriens et libanais et des représentants du Haut Comité arabe. Un délégué transjordanien est également nommé mais il ne participe pas aux réunions[66].
Au sommet de décembre au Caire, en Égypte, sous la pression de leur opinion publique, les dirigeants arabes décident de créer un commandement militaire unifié rassemblant tous les chefs d'état-major arabes et placent Safwat à sa tête mais ils restent sourds à la réitération de ses demandes d'octobre, préférant reporter toute décision pour la fin du Mandat[66]. Ils décident toutefois de la formation de l'Armée de libération arabe qui entre en Palestine dès les semaines suivantes[67].
En février, au Caire, lors d'une réunion du comité de Safwat, celui-ci répète encore ses demandes mais les gouvernements arabes espèrent que les Palestiniens, aidés par les troupes de l'Armée de libération arabe parviennent à faire en sorte que la communauté internationale renonce au plan de partition. Le conseil suivant est prévu pour début avril[66]
Ce refus de s'engager directement fait que les armées arabes ne sont pas préparées à la guerre quand la situation rend leur intervention inévitable.
[] Problème du matériel
Si les pays arabes disposent d'armées régulières et de structures étatiques leur garantissant des sources d'approvisionnement en armes, munitions et matériels, ce n'est pas le cas pour les autres protagonistes du conflit. Pour les Arabes palestiniens et les Juifs, la situation est plus délicate car les Britanniques ont toujours interdit la possession d'armes et ont confisqué tout ce qu'ils trouvaient. L'un et l'autre ne disposent donc ni d'armes lourdes, ni des possibilités données à un État reconnu et établi. Leurs forces et leurs moyens doivent rester clandestins.
L'Armée de libération arabe est en théorie financée et équipée par la Ligue arabe. Un budget de 1 000 000 de Livres[68] a été promis à cet usage suite aux insistances d'Ismail Safwat. Mais dans la pratique l'argent n'arrive pas et seule la Syrie apporte un réel soutien aux volontaires arabes. Sur le terrain, la logistique a été complètement négligée et leur leader Fawzi al-Qawuqji a prévu de faire vivre les troupes aux frais de la population palestinienne.[69]
La situation de la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas]] et des forces palestiniennes est pire. Ils ne peuvent compter sur aucun soutien extérieur et ne disposent pour seuls fonds que ceux rassemblés par Hadj Amin al-Husseini. Leur armement est limité à ce dont les combattants disposent personnellement. Pour pallier cette situation, ils doivent se contenter d'armes achetées au marché noir et du pillage d'entrepôts britanniques mais ils ne disposent pas de suffisamment d'armes pour mener une guerre.[70]
La situation des Juifs est un peu meilleure en ce sens qu'ils disposent de plusieurs installations clandestines de fabrication d'armes légères et de munitions ainsi que de réseaux qui en permettent l'acheminement clandestin en Palestine mais loin de ce qui est nécessaire pour mener une guerre : en novembre, seul un combattant sur trois est armé et cette proportion se monte à deux sur trois au sein du Palmach.[71]
Toutefois, pour David Ben Gourion, le problème n'est pas de mener une guerre mais bien de construire une armée digne d'un État. L'importance qu'il y accorde est illustrée par une pratique qu'il initie et qui est suivie par plusieurs successeurs : cumuler les postes de Premier ministre et de ministre de la Défense.[72]
Pour armer mais aussi équiper cette armée, il envoie des agents en Europe et aux USA. Ces derniers y obtiennent le soutien nécessaire : armes légères et munitions commencent à arriver début avril. Les armes lourdes seront opérationnelles à partir de juin.
Jusqu'à mars, la Haganah combat donc la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas avec le même manque de matériel que cette dernière et est en infériorité par rapport à l'Armée de libération arabe. A partir d'avril, elle dispose d'un armement supérieur aux Palestiniens. Après le 15 mai, lors des premières semaines de combats entre Israël et les états arabes, l'avantage en matériel penchera en faveur des états arabes. A partir de juin, et en particulier après la première trêve, l'avantage en matériel penchera nettement envers les Israéliens. Cette évolution de la situation est née suite aux contacts pris dès et avant novembre 1947.
Ainsi, de Tchécoslovaquie les agents du Yichouv obtiennent la fourniture de chasseurs AVIA (anciens Messerschmitt)[73] et plus tard Supermarine (Spitfires) mais également de canons, mitrailleuses et munitions.[74] Dans les stocks de la Seconde Guerre mondiale, ils se procurent tout le matériel indispensable à l'équipement d'une armée ainsi que les véhicules nécessaires au transport et à la logistique.[75] En France, ils se procurent des blindés malgré l'embargo.[76] Les agents juifs achètent également des machines pour la fabrication d'armes et de munitions et qui sont à la base de l'industrie d'armement israélienne.[77] Aux USA, ils achètent quelques bombardiers et avions de transport qui doivent permettre l'acheminement des armes achetées en Europe. L'opération Balak destinée à acheminer ce matériel débute fin mars.[78] Des navires sont également affrétés dans différents ports d'Europe pour que le matériel puisse être acheminé pour le 15 mai. Pour financer tout cela, Golda Meir est parvenue fin décembre à récolter 25 000 000 de dollars lors d'une campagne de rassemblement de fonds menée auprès des sympathisants américains à la cause sioniste.[79] De manière générale, sur les 129 000 000 de dollars récoltés entre octobre 1947 et mars 1949 pour la cause sioniste, plus de 78 000 000 vont être consacrés à l'armement.[80]
[] Réorganisation de la Haganah
Avec le fait d'avoir « amené les Juifs, de Palestine et d'ailleurs à tout faire, personnellement et financièrement pour aider le Yishouv », le second grand succès de Ben Gourion est de transformer la Haganah d'organisation paramilitaire clandestine en véritable armée.[81]
Ben Gourion nomme Israël Galili à la tête du Conseil du Haut Commandement de la Haganah et scinde celle-ci en 6 brigades d'infanterie - numérotées 1 à 6 - qui se voient attribuer un théâtre d'opération précis. Yaakov Dori est nommé chef d'état-major mais c'est Yigal Yadin qui en assume la responsabilité sur le terrain en tant que chef des Opérations. Le Palmach commandé par Yigal Allon est scindé en 3 brigades d'élites - numérotées 10 à 12 - et constitue la force mobile de la Haganah.[82],[83]
Le 19 novembre 1947, la conscription devient obligatoire et hommes et femmes reçoivent un entraînement militaire.[84]
Fin novembre, l'unité tactique est la compagnie et l'unité opérationnelle la section. Vers mars-avril, l'unité tactique passe au niveau de la brigade. Ces unités opèrent au niveau opérationnel à partir d'avril-mai lors de la 2ème phase de la guerre mais restent sous-équipées. Dès avril, la Haganah mène des opérations au niveau de la brigade. À partir de juillet, elle mènera des opérations coordonnées regroupant plusieurs brigades et à partir d'octobre, opérera au niveau de la division avec des offensives sur plusieurs fronts simultanément.[85]
[] Le plan Daleth (mars 1948)
Le plan Daleth est finalisé le 10 mars 1948 sous la direction de Yigal Yadin. Ce plan de 75 pages établit les règles et les objectifs qui sont suivis par la Haganah lors de la deuxième phase de la guerre.
Son objectif principal est de garantir la continuité territoriale du Yichouv, notamment en réponse à la guerre des routes menée par Abdel Kader al-Husseini et en prévision de l'entrée en guerre annoncée des pays arabes.
Il existe une polémique entre historiens autour de ce plan. Certains y voient un plan de nettoyage ethnique ou la preuve de telles intentions à l'encontre des Palestiniens et que les instances dirigeantes du Yichouv auraient mis en ?uvre. Selon d'autres, le plan Daleth sort absolument du contexte de l'exode palestinien et n'a qu'un caractère purement militaire. La polémique est présentée en détails dans l'article sur le plan Daleth.
[] Offensive de la Haganah (1er avril 1948 - 15 mai 1948)
La seconde phase qui débute en avril marque le tournant dans la politique de la Haganah qui passe d'une position défensive à l'offensive. Les groupes armés palestiniens sont vaincus. Le siège de Jérusalem est temporairement levé et la ville ravitaillée. Le Yichouv prend le contrôle des routes principales qui lient les différentes implantations ainsi que des localités mixtes et de Jaffa. La société palestinienne s'effondre. Un exode massif s'enclenche.
A ce moment, les forces arabes comptent environ 10 000 hommes dont 3 000 à 5 000 servant dans l'Armée de libération arabe[86],[87]. Depuis l'ordre de mobilisation générale lancé par Ben Gourion en novembre, les effectifs de la Haganah ont constamment augmenté. Les forces juives alignent entre 15 000 et 20 000 hommes, mieux équipés, entraînés et organisés que les forces arabes palestiniennes[88],[89].
[] Opération Nahshon (5 avril - 20 avril)
Fin mars, les troupes d'Abdel Kader Husseini empêchent les convois de ravitaillement d'atteindre Jérusalem. La ville est assiégée et la population juive est rationnée. Suivant le modus operandi recommandé par le Plan Daleth, David Ben Gourion décide de lancer l'opération Nahshon pour désenclaver et ravitailler la ville.[90]
Du 5 au 20 avril, 1500 hommes des brigades Guivati et Harel[91] vont prendre le contrôle de la route et permettre à 3 (ou 4)[92] convois de ravitailler Jérusalem.
L'opération est un succès militaire. Tous les villages arabes qui bloquaient la route ont été pris et détruits et les forces juives sont sorties victorieuses de tous les engagements. Tous les objectifs ne sont toutefois pas atteints car seules 1800 tonnes sur les 3000 prévues sont acheminées, soit de quoi « assumer deux mois d'un sévère rationnement ».[93]
Abdel Kader al-Husseini est tué durant la nuit du 7 au 8 avril durant les combats qui prennent place à Qastel. La perte du leader charismatique palestinien, « bouleverse la stratégie et l'organisation arabes dans le secteur de Jérusalem »[94]. Son successeur, Emil Ghuri change de tactique pour bloquer la ville. Au lieu de provoquer une série d'embuscades tout au long du parcours, il fait ériger le 20 avril un « énorme » barrage à Bab-el-Oued et Jérusalem est à nouveau isolée.[95]
L'opération Nahshon aura montré également la très mauvaise organisation arabe palestinienne face à la guerre. Faute de logistique, notamment pour l'approvisionnement en nourriture et munitions, ils sont incapables de maintenir des combats plus de quelques heures en dehors de leurs bases permanentes[96]
Face aux événements, le Haut Comité arabe demande au Commissaire Cunningham d'autoriser le retour du Mufti, seul capable de redresser la situation. Malgré l'autorisation donnée, ce dernier ne se rend pas à Jérusalem. Sa chute de prestige ouvre la voie à l'expansion de l'influence de l'Armée de libération arabe et d'al-Qawuqji dans le secteur de Jérusalem[96].
[] Massacre de Deir Yassin (9 avril 1948)
Deir Yassin est un village situé à 5 km à l'ouest de Jérusalem. Le 9 avril 1948, en dehors du cadre de l'opération Nahshon[97], 120 membres de l'Irgoun et du Lehi y massacrent entre 100 et 120 habitants, pour la plupart des civils.
Ce massacre suscite l'indignation de la communauté internationale d'autant que la presse de l'époque rapporte le chiffre de 254 victimes. Ben Gourion le condamne[98] ainsi que les principales autorités juives : la Haganah, le Grand Rabbinat et l'Agence juive qui envoie une lettre de condamnation, d'excuses et de condoléance au roi Abdullah[99].
Selon Morris, "l'effet immédiat le plus important du massacre et de la campagne médiatique sur l'atrocité qui suivit fut de déclencher et de promouvoir la peur et plus tard la fuite panique des villages et villes de Palestine[99].
Une autre conséquence importante est la répercussion au sein de la population arabe des États voisins qui augmente encore la pression sur leurs dirigeants pour s'engager dans le bataille et venir à l'aide des Palestiniens[99],[100].
Revue de presse Guerre_civile_de_1947-1948_en_Palestine_mandataire

