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Guérilla 
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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Guérilla (homonymie).
Soldats soviétiques combattant derrière les lignes allemandes en Biélorussie en 1943.

La guérilla est un terme emprunté à l'espagnol utilisé pour décrire des combats d'unités mobiles et flexibles pratiquant une guerre de harcèlement, d'embuscades, de coups de main menée par des unités régulières ou des troupes de partisans sans ligne de front.

Les combattants se livrant Ă  la guĂ©rilla sont appelĂ©s guĂ©rilleros, mais il arrive qu'on emploie le mot guĂ©rilla pour dĂ©signer l'ensemble des combattants : la guĂ©rilla castriste, par exemple.

Les tactiques de guĂ©rilla sont une des plus anciennes formes de guerre dissymĂ©trique du faible au fort avec des cibles militaires en jargon militaire; contrairement au terrorisme elles ne visent pas les civils. Les principaux auteurs modernes de la thĂ©orie de la guĂ©rilla sont Abdelkrim El Khattabi, Thomas Edward Lawrence, Mao Zedong et Che Guevara, mais sa thĂ©orisation est bien plus ancienne : elle remonte Ă  l’empereur byzantin NicĂ©phore II Phocas1. La guerre asymĂ©trique est toujours celle du faible au fort, Ă  la diffĂ©rence de la guerre dissymĂ©trique, avec des cibles collatĂ©rales faibles et sans dĂ©fense, comme le fils pour le père, la population et l'institution civiles pour l'autoritĂ© contestĂ©e avec ses forces policières et militaires.

Selon Richard Taber2, la guérilla a pour but politique de renverser une autorité contestée par de faibles moyens militaires très mobiles utilisant les effets de surprise et avec une forte capacité de concentration et de dispersion. La tactique des commandos britanniques durant la Seconde Guerre mondiale est proche de celle de la guérilla, mais diffère dans le but qui est militaire pour les commandos et politique pour la guérilla. Les "forces spéciales" d'aujourd'hui sont les héritières directes de ces commandos britanniques. Souvent, il y a confusion entre guérilla et commando dont la similarité est dans la tactique et la différence dans la stratégie à la fois militaire et psychologique pour atteindre le but de renverser un gouvernement.

Le but politique se réalise par des stratégies militaires et des stratégies diplomatiques combinées qui orientent et délimitent des tactiques possibles, comme celle du couple "terrorisme et propagande" souvent rencontré et parfois confondu avec la guérilla.

Sommaire

Étymologie et traductologie

Le mot lui même provenant du castillan signifiant petite guerre a initialement décrit les tactiques pour résister au régime imposé en Espagne par Napoléon Bonaparte.

Souvent constatĂ© dans la presse francophone depuis la fin du XXe siècle, l'emploi erronĂ© du terme guĂ©rilla pour dĂ©signer les combattants eux-mĂŞmes (les guĂ©rilleros) n'est pas une mĂ©tonymie mais une faute de traduction de l'anglais ; langue dans laquelle guĂ©rilleros se dit guerillas, faux ami du français "guĂ©rilla"3.

Guerre politique

La guérilla est essentiellement une guerre politique depuis son origine moderne espagnole dans la lutte contre l’invasion napoléonienne. Alors, son champ opératoire dépasse les limites territoriales d’une guerre conventionnelle de conquête territoriale pour entrer dans l’entité politique même: le “zôon politikon” d’Aristote.

C'est avec les guerres de la RĂ©volution française et du Premier Empire que ce phĂ©nomène allait connaĂ®tre un tournant historique majeur. Les guĂ©rillas deviennent alors de vĂ©ritables stratĂ©gies politico-militaires, fortement marquĂ©es idĂ©ologiquement, le plus souvent « Ă  droite Â» du fait de l'importance de la motivation religieuse et de leur opposition Ă  la RĂ©publique française (Chouannerie en VendĂ©e en autre) ou Ă  l'Empire.

Tout au long du XIXe siècle, cette tendance Ă  l'idĂ©ologisation se poursuit, en particulier en AmĂ©rique latine. Un glissement idĂ©ologique « vers la gauche Â» se fait alors partiellement sentir. C'est durant la mĂŞme pĂ©riode que cette idĂ©ologie politico-militaire rencontre un courant artistique et littĂ©raire : le romantisme. Dès lors, ces deux mouvements ne cesseront plus de s'influencer mutuellement.

En effet, l’humain est considĂ©rĂ© comme l’objectif premier dans une guerre politique et comme la cible militaire de la guĂ©rilla. L’humain a son point central critique et nĂ©vralgique dans l’esprit. Ceci s'illustre dans la devise de l’UNESCO: “Comme c’est dans l’esprit des hommes que naĂ®t la guerre, c’est dans l’esprit des hommes que nous devons Ă©riger les remparts de la paix” (« Since wars begin in the minds of men, it is in the minds of men that the defences of peace must be constructed Â») La guĂ©rilla est une guerre de conquĂŞte du cĹ“ur et de l’esprit. Lorsque le cĹ“ur et l’esprit sont touchĂ©s, l’animal social (zĂ´on politikon) est acquis sans recevoir nĂ©cessairement une seule balle ou un seul Ă©clat d’obus.

La guérilla naît et se développe dans un environnement politique et à travers un combat constant pour contrôler le domaine de la mentalté politique inhérent à l’animal social qu’est l’humain. La collectivité humaine constitue l’environnement et le contexte qui orientent et délimitent les configurations et les activités possibles de la guérilla, dans la perspective de la théorie des contextes en écopolitique d’une approche écosystémique. C’est en ceci que l’expression de Mao Zedong du “guérillero dans la population, comme un poisson dans l’eau” devienne claire et intelligible dans sa largeur et sa profondeur. En effet, une guérilla conquérante est celle qui correspond à une réponse appropriée au contexte socio-politique et à l’environnement physique. En effet, la guerre et la guérilla sont des formes de communication dans laquelle sont immergées différentes parties prenantes. C’est une forme de relation orienté vers un certain but.

La conception de la guérilla comme une lutte politique a placé les opérations psychologiques au rang des facteurs décisifs pour obtenir des résultats favorables. Alors, la cible à atteindre des guérilleros est le cœur et l’esprit de la population, toute la population, nos troupes, les troupes adverses et surtout la population civile attentiste dont l’adhésion ou la désertion fait la différence entre la victoire ou la défaite de la guérilla. De la Seconde Guerre mondiale au temps présent, les exemples illustratifs sont très nombreux.

L’histoire de l’Armée populaire vietnamienne est une illustration emblématique de cette conception de la guérilla comme guerre politique, de la naissance avec la “Brigade de Propagande Armée” jusqu’aux divisions lourdes des grandes batailles soutenues par la milice locale des paysans en armes qui forment la base des troupes régionales. La guérilla n’est pas seulement les pièges et embuscades de ces paysans en armes des combattants de l’ombre4.

Guérilla et propagande

La nature et l’environnement de la guérilla ne permettent pas des opérations psychologiques par des médias de masse de haute ou moyenne technologie, comme le cinéma, la radio et la télévision. Par la conquête du cœur et de l’esprit, la guérilla se réfère bien plus aux contacts humains directs de la “propagation épidémique” de proche en proche sur le terrain, comme une contagion pour éveiller les consciences, plutôt qu’à une “irradiation” à partir d’un centre avec des médias de masse entre des personnes qui ne se connaissent pas et ne se reconnaissent pas. Un exemple de “propagation épidémique” est la rumeur qui se répand de proche en proche, comme une contagion, entre des personnes qui se connaissent et se reconnaissent du type “quelqu’un qui a vu quelqu’un qui a vu l’ours”. La rumeur répand une “vérité” plus vraie que la “vérité véridique”, comme l’ont montré Edgar Morin et son équipe avec la “Rumeur d’Orléans” de 1968 où des jeunes femmes ont été capturées pour la “traite des blanches”, selon cette rumeur. Même s’il n’y a eu aucune disparition signalée à la police, c’était que la police fût complice, dans le coup de ce trafic, selon cette propagation éodémique de la rumeur. Cette vérité véridique de la rumeur résistait à toute validation scientifique en accusant la science complice, en inventant même un sous-marin remontant la Loire naviguable seulement par des barges à fond plat et de faible tirant d’eau.

La conscience politique individuelle de la guĂ©rilla et les raisons de la lutte sont aussi importantes que l’aptitude au combat. C’est le Devoir et Vouloir de la Guerre psychologique, par rapport au Pouvoir et Savoir de la quincaillerie et de l’expertise militaires. Cette conscience politique et cette motivation sont rendues possibles par :

  • Le dĂ©veloppement du potentiel de lutte des guĂ©rilleros en mĂŞme temps que la raison de cette lutte et la motivation de lutter.
  • La reconnaissance par les guĂ©rilleros eux-mĂŞmes du lien vital avec la population dont le soutien est essentiel pour la survie, le dĂ©veloppement et la reproduction des deux parties. L’échec de la guĂ©rilla de Che Guevara en Bolivie semblait ĂŞtre attribuable Ă  la rupture de ce lien avec la population.
  • Le dĂ©veloppement de ce lien comprend la confiance de la population en la guĂ©rilla comme un facteur important du changement insurrectionnel qui est la base psychologique pour des politiques mises en place, après de petites victoires en petites victoires. Ainsi, les zones “libĂ©rĂ©es” deviennent des modèles rĂ©duits de la vie future dans la sociĂ©tĂ© promise.
  • Le dĂ©veloppement de proche en proche de ce lien de confiance en la guĂ©rilla dans la reconstruction du pays, de l’échelle locale Ă  l’échelle nationale, de petites victoires en petites victoires, de zones “libĂ©rĂ©e” en zones “libĂ©rĂ©es” dans le cours de la guerre de libĂ©ration. Dans les Guerres d’Indochine, ce fut ces “hiĂ©rarchies parallèles” clandestines qui ont fait perdre l’Indochine aux Français, selon Bernard B. Fall, et le ViĂŞt Nam aux amĂ©ricains. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’administration gaulliste a pu mettre en place ces hiĂ©rarchies parallèles administratives en concurrence avec l’État français de Vichy.
  • La promotion et la valorisation de la participation des guĂ©rilleros et de la population dans les affaires civiques des programmes nationaux de reconstruction.

Le développement, la promotion et la valorisation se fondent sur la capacité des guérilleros à persuader la population dans des rencontres en face-à-face de la dynamique de groupes, au niveau local des petites unités pour la propagation de la rumeur de proche en proche afin d’obtenir le soutien actif de la population, essentiel et vital pour le succès de la guérilla. À cette persuation dans la promesse du mieux est alliée la dissuasion dans la promesse du pire avec des exécutions publiques, cruelles et ostentatoires des “traitres” et “collaborateurs”. Ce fut le fait aussi de la “Résistance” française pendant l’occupation nazie, comme dans toute guérilla.

Trop souvent, nous percevons la guérilla seulement du point de vue des combats tactiques. C’est une erreur fatale et extrêmement dangereuse pour les gouvernements qui affrontaient cette guérilla avec les “forces spéciales” de commandos. Ces gouvernements ont tous perdu en se trompant de guerre et en ignorant (aussi bien dans la signification française de “ne pas savoir” que dans la signification anglaise de “ne pas vouloir savoir’”) que la guérilla soit une guerre politique et que le but de la guérilla soit politique dont la lutte armée ne soit qu’instrumental. Cette lutte armée n’est qu’un des six piliers (cf. Thomas Edward Lawrence) de même hauteur et de même robustesse pour soutenir toute l’édifice de la guérilla. Il n’y a pas de priorité et d’importance particulières de chacun de ces piliers dans l’ensemble écosystémique du contexte socio-politique et de l’environnement physique. La solidité d’une chaîne est celle du maillon le plus faible.

Délaissant la lutte armée au profit de la non-violence active dans la philosophie indienne, la guerre politique d’indépendance de l’Inde a bien été une guérilla de Gandhi. Dans son objectif d'atteindre un but politique, elle orientait et délimitait les stratégies possibles de confrontation, de négociation et de revendication qui se déployaient dans des tactiques de mise en évidence des exploitations et des oppressions à l’usage local, régional national et international.

Tactiques

Les tactiques de guérilla sont fondées sur le renseignement, l'embuscade, la tromperie (selon Sun Tzu où la guerre est l'art de la tromperie, en contraste à l'utilisation illimitée de la force brute chez Clausewitz) et le sabotage. Elles visent à déstabiliser l'autorité établie par de longues confrontations de faibles intensité (d'où la dénomination moderne de Guerre de basse intensité). Dans le cas d'un occupant étranger impopulaire, le recours à la guérilla peut rendre prohibitif le coût de maintien d'une présence coloniale et entraîner son retrait.

La guérilla menée contre des puissances occupantes doit épargner les civils dans la mesure du possible. Par cette tactique, elle s'assure du soutien de la population. Les civils sont les premières victimes de représailles pour collaboration. De tels crimes sont condamnés par le commandement ou un tribunal de la guérilla. En revanche, les situations de guerre civile conduisent parfois les deux camps à commettre des atrocités contre les civils.

Parce qu'ils sont peu nombreux et peuvent se cacher dans la population, les guérilleros sont considérés comme terroristes par leurs adversaires. Ils risquent de ne pas se voir reconnaître le statut de combattant. Le premier protocole additionnel de 1977 des conventions de Genève (qui régit aussi bien les guerres contre une puissance étrangère ou coloniale, les régimes autoritaires ou entre états) reconnaît comme combattant celui qui, en raison de la nature du conflit, ne porte pas d'uniforme aussi longtemps qu'il porte des armes ouvertement pendant des opérations militaires. Cela pourrait donner aux guérillas sans uniforme un statut de combattant dans les pays signataires.

La guĂ©rilla est divisĂ© en deux catĂ©gories principales : guĂ©rilla urbaine et rurale. Dans les deux cas, elle s'appuie sur des sympathisants qui l'approvisionnent et la renseignent. Les guĂ©rillas rurales opèrent dans des rĂ©gions propices aux couvertures et Ă  la dissimulation, notamment en forĂŞt dense et montagneuses. La guĂ©rilla urbaine se fond dans la population mais est dĂ©pendante de l'aide de citadins. Une assistance Ă©trangère sous forme de soldats, armes, sanctuaires, ou au moins, de tĂ©moignages de sympathie accroĂ®t l'efficacitĂ© d'un mouvement de guĂ©rilla. Cette ingĂ©rence Ă©trangère peut ĂŞtre utilisĂ©e par les autoritĂ©s en place pour inspirer un sentiment nationaliste Ă  la population et discrĂ©diter la guĂ©rilla.

La théorie maoïste de la guerre du peuple se divise en trois phases. À la première phase, les guerilleros obtiennent le support de la population à travers d'attaques contre la machine gouvernementale et par la diffusion de propagande. À la seconde phase, la montée en puissance des attaques se fait sur le pouvoir militaire et les institutions vitales. À la troisième phase, le combat conventionnel est employé pour prendre les villes, déborder le gouvernement et contrôler le pays.

Bibliographie

  • GĂ©rard Chaliand, Voyage dans 40 ans de guĂ©rillas, Lignes de Repères, Paris, 2006, ISBN 2-915752-13-3
  • GĂ©rard Chaliand, Terrorismes et guĂ©rillas, Flammarion, 1985
  • GĂ©rard Chaliand, StratĂ©gies de la guĂ©rilla, anthologie historique de la longue marche Ă  nos jours, Mazarine, Paris, 1979, ISBN 2-86374-013-X
  • RĂ©gis Debray, RĂ©volution dans la rĂ©volution [Essai], 1967
  • J.-M. Balencie et A. de La Grange (dir), Mondes rebelles, prĂ©sentĂ© par J.-C. Rufin, Ed. Michalons, 1999. ISBN 2-84186-142-2
  • Albert Merglen, La guerre de l'inattendu, Arthaud, Paris, 1966
  • (en) Bard E. O'Neill, War of the Flea: Classic Study of Guerrilla Warfare , Potomac Books, 2002, ISBN 1-57488-555-3
  • (en) Thomas Rid et Marc Hecker, War 2.0: Irregular Warfare in the Information Age, Westport, Praeger, 2009.
  • (en) Richard Taber, The War of the Flea : Guerrilla Warfare, Theory and Practice, Paladin, Londres, 1977.
  • François Maspero, La guerre de guĂ©rilla, Guevara Ernesto “Che”, coll. « Cahiers libres Â», Paris, 1967, 203 p.
  • Marighella Carlos, Mini manuel de guĂ©rilla urbaine, Paris, Le Seuil, 1973.
  • Daniel Ventre, La guerre de l'information, Ă©d. Hermès Lavoisier, 2007.
  • Daniel Ventre, Information Warfare, Wiley - ISTE, 2009.
  • RĂ©gis Debray, RĂ©volution dans la rĂ©volution.

Articles connexes

Notes et références

  1. ↑ Gilbert Dagron et Haralambie Mihaescu. Le TraitĂ© sur la guĂ©rilla de l'empereur NicĂ©phore Phocas. CNRS Ă©ditions.[rĂ©f. incomplète]
  2. ↑ dans The War of the Flea : Guerrilla Warfare, Theory and Practice”. Paladin, London, 1977
  3. ↑ Les faux amis de l'anglais, Éditions Belin, 1999[rĂ©f. incomplète]
  4. ↑ document de travail de la CIA
 
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