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Gentilé 
extracted from Wikipedia, the Free Encyclopedia


 

Le gentilé ou l’ethnonyme sont les termes par lesquels on désigne les habitants d’un lieu, d’une région, d’une province, d’un pays, d’un continent, ou une identité nationale ou ethnique, etc.

C’est un gentilĂ© si ce terme dĂ©signe les habitants par rĂ©fĂ©rence au lieu oĂą ils habitent, ce qui est le cas des peuples sĂ©dentaires. Exemples : les Français, les Parisiens, etc. C’est un ethnonyme ou un ethnique, dans le cas des populations nomades ou migrantes, dans la mesure oĂą — faute de pouvoir les associer Ă  un lieu gĂ©ographique significatif — le terme fait alors rĂ©fĂ©rence Ă  l’origine ethnique. Exemple : les Roms (encore dits Rroms ou Tsiganes).

Un gentilé est donc synonyme de nom d’habitants, et un ethnonyme est synonyme de nom de peuple.

Le terme « ethnique Â» s’emploie aussi pour un gentilĂ© ou un ethnonyme. C’est un adjectif utilisĂ© dans : « nom ethnique Â», « adjectif ethnique Â» ou « appellation ethnique Â» (chez AndrĂ© Rolland de Denus).

Sommaire

Historique

Le terme gentilĂ© est attestĂ© en français dès 1752 et vient du latin gentile nomen, qui correspond au nom de famille chez les Romains (par exemple, « Julius Â» dans « Caius Julius Caesar Â», nom latin de Jules CĂ©sar). L’EncyclopĂ©die ou Dictionnaire raisonnĂ© des sciences, des arts et des mĂ©tiers de Diderot indique, en 1757 : « GENTILÉ, s. m. […] Le gentilĂ© d’un seul homme peut ĂŞtre de trois manières & de trois sortes de dĂ©nominations : le gentilĂ©, par exemple, du peintre Jean RothĂ©namer est Allemand, Bavarois et Munichien ; Allemand signifie qu’il est d’Allemagne ; Bavarois, qu’il est du cercle de Bavière ; & Munichien [on dit Munichois aujourd’hui], qu’il est de Munich. Â» Le mot gentilĂ© est inconnu du TrĂ©sor de la langue française informatisĂ© (TLFi) mais bien documentĂ© dans le LittrĂ© et les divers dictionnaires Robert.

Le terme gentilĂ© a Ă©tĂ© recommandĂ© par l’Office quĂ©bĂ©cois de la langue française le 5 fĂ©vrier 1982, comme Ă©quivalent de l’anglais name of inhabitants ou gentilic.

Usage des gentilés

Rappelons que selon les conventions typographiques du français :

  • Le nom d’habitant ou gentilĂ© (qui est un substantif) prend une majuscule (« Les Français ont rĂ©pandu le goĂ»t français Â»).
  • L’adjectif correspondant au gentilĂ© prend la minuscule (« un bĂ©ret basque Â», « un far breton Â»).
  • Lorsque le gentilĂ© se doit Ă  plus d’une origine nationale ou ethnique la règle de la majuscule pour le substantif et de la minuscule pour l’adjectif est conservĂ©e (« Une Franco-Espagnole qui s’adonnait Ă  la cuisine italo-amĂ©ricaine Â»).
  • Le nom de langue (ou glottonyme) prend aussi la minuscule (« NĂ© Breton, je parle le breton et je l’enseigne dans une Ă©cole bretonne Â»).

Cela permet mĂŞme de distinguer :

  1. « Un savant allemand Â» qui est un savant de nationalitĂ© allemande.
  2. « Un savant Allemand Â», c’est-Ă -dire un Allemand qui sait beaucoup de choses : dans ce cas on fait la liaison (c’est-Ă -dire que l’on prononce, mais lĂ©gèrement, le t de l’adjectif savant).

L’adjectif est identique au gentilĂ© Ă  la majuscule près ; le cas suivant, oĂą le gentilĂ© diffère de l’adjectif non seulement par sa majuscule initiale, mais aussi par sa terminaison -esse propre aux substantifs fĂ©minins, est peut-ĂŞtre unique : « Les Suissesses ne portent que des montres suisses. Â»

Souvent on peut utiliser l’adjectif aussi bien que le gentilĂ© : « Je suis français Â» est tout aussi correct que « Je suis Français. Â»

Ces règles peuvent diffĂ©rer selon les langues :

  1. L’anglais emploie la majuscule dans les trois cas.
  2. L’espagnol emploie la minuscule dans les trois cas (recommandations de l’Académie royale espagnole).

L’usage a pu, du reste, changer dans le temps et l’on peut observer des chassés-croisés entre le russe et le français à propos des majuscules1.

Il arrive que le gentilĂ© perde sa majuscule lorsqu’il finit par dĂ©signer simplement un type humain :

  • suisse (suisse d’église par exemple) parce que l’on recrutait souvent des gardes en Suisse autrefois ;
  • les lesbiennes sont les femmes homosexuelles et non plus les habitantes de Lesbos ;
  • sybarite fait rĂ©fĂ©rence aux habitants de l’antique Sybaris ;
  • en 1938 les Français se divisèrent en munichois partisans des accords de Munich et anti-munichois ;
  • depuis 1945, la classe politique française se rĂ©partit entre atlantistes plaçant leur confiance dans l’OTAN et europĂ©istes (avec minuscule) partisans de la construction europĂ©enne.

Pour les villes-centres, on prendra l’exemple suivant : un habitant d’OrlĂ©ans est un OrlĂ©anais, la rĂ©gion dont OrlĂ©ans est le centre s’appelle l’OrlĂ©anais (Ă  comprendre pays orlĂ©anais) : les habitants de l’OrlĂ©anais sont aussi appelĂ©s les OrlĂ©anais tout comme ceux de la seule OrlĂ©ans ; le français n’a jamais dĂ©veloppĂ© de surcomposĂ©s du type *-aisien ou *-oisien.

Les cas oĂą le gentilĂ© ou l’adjectif correspondant dĂ©signe autre chose qu’un type humain ne pose guère de difficultĂ© pratique et prend aussi la minuscule :

Majuscule au seuls gentilĂ©s dans :

et minuscules uniquement dans les expressions adjectivales correspondante :

Noter aussi :


Un gentilĂ© peut devenir un anthroponyme. Par exemple, il vint un moment oĂą la reine Marie-Antoinette d’Autriche ne fut plus que « l’Autrichienne Â» pour ses sujets. L’une des cinq composantes du nom arabe traditionnel, la nisba, gĂ©nĂ©ralise le procĂ©dĂ© : Abdelkader l’AlgĂ©rien par exemple ; ou encore Abou Moussab Al-Zarqaoui (ainsi nommĂ© pour ĂŞtre nĂ© Ă  Zarqa, en Jordanie).

Étude de la formation des gentilés

Si la science des toponymes ou noms de lieux est la toponymie, la science des anthroponymes ou noms de personnes est l’anthroponymie, il n’existe pas de terme consacrĂ© pour celles des gentilĂ©s, ce qui correspond peut-ĂŞtre Ă  un manque d’intĂ©rĂŞt. AndrĂ© Rolland de Denus fait figure de « prĂ©curseur Â» dans l’étude des gentilĂ©s. Parmi les grands ancĂŞtres, on citera Étienne de Byzance et ses Ethniques.

L’usage d’un gentilĂ© n’est pas systĂ©matique pour tous les toponymes et il n’y a pas d’emploi lĂ©gal arrĂŞtĂ© ou rĂ©glementaire pour les petits toponymes. Dans certaines rĂ©gions on se contente de dĂ©signer « ceux de… Â» ou, simplement, le nom du village ; exemple, « les Sireuil Â». Le plus souvent, le choix d’un gentilĂ© est laissĂ© Ă  l’apprĂ©ciation d’un Ă©rudit local, ce qui donne parfois des approximations fautives par rapport Ă  l’étymon du nom, ou au contraire des hypercorrections inutiles, ce qui peut conduire Ă  des doublons : les PĂ©trocoriens / les PĂ©rigourdins.

Un gentilé est souvent cité au masculin pluriel (les Français, les Allemands), mais on peut aussi trouver dans quelques rares cas le masculin singulier (l’Anglais).

PlutĂ´t que de recourir Ă  des parenthèses pour signaler les diffĂ©rences de nombre et de genre (parenthèses qui dĂ©figurent les mots et sont d’une interprĂ©tation parfois difficiles par un collĂ©gien ou un Ă©tranger), on procĂ©dera par Ă©numĂ©ration dans l’ordre suivant :

Les suffixes formateurs de gentilĂ©s les plus courants sont en français :

  • -ain(e)(s) ou -in(e)(s) surtout pour les villes et quartiers.
  • -ais(e)(s) pour les villes (Bayonne : Bayonnais) mais aussi pour les pays (TaĂŻwan : TaĂŻwanais, France : Français)
  • -ien(ne)(s), in(e) (s) ou -Ă©en(ne)(s) surtout pour les pays (Italie : Italiens, Malaisie : Malaisiens), MontĂ©nĂ©gro : MontĂ©negrins mais aussi Paris : Parisiens, Calais : Calaisiens, Arles : ArlĂ©siens
  • -ois(e)(s) est un peu vieilli en France, et s’utilise surtout pour les villes (Amiens : AmiĂ©nois, Blois : BlĂ©sois) et villages les plus anciens. Il est très vigoureux au QuĂ©bec, oĂą il reprĂ©sente plus de la moitiĂ© des gentilĂ©s, ainsi qu’en Suisse (Lausannois, Bernois, Genevois)

D’autres suffixes plus rares sont rencontrĂ©s :

  • -ard(e)(s), ar(e) (s) ou -art(e)(s) : vieilli, Chamonix : Chamoniards, Savoie : Savoyards, Kosovo: Kosovars (d’après le gentilĂ© albanais, kosovar) ; ailleurs, est parfois employĂ© de façon irrespectueuse ou argotique au lieu d’un autre suffixe usuel
  • -asque(s) : empruntĂ© aux langues celto-ligures (Tendasque, MonĂ©gasques, Ézasques …)
  • -aud(s) / -aude(s) (par exemple les Pelauds pour Eymoutiers)
  • -eau(x) / -elle(s) (par exemple les Tourangeaux pour Tours)
  • -èque(s) / -tèque(s) : peut-ĂŞtre empruntĂ© par l’espagnol Ă  des langues mĂ©so-amĂ©ricaines (par exemple : Olmèque, Chichimèque, Aztèque, Mixtèque, etc. ; mais aussi : habitant du Guatemala : GuatĂ©maltèque)
  • -eux / -euse(s) : parfois argotique
  • -ic(s) / -ique(s) : un peu savant, mais consacrĂ© dans certains gentilĂ©s d’usage courant.
  • -iche(s) : le plus souvent populaire et argotique au lieu d’un autre suffixe usuel, en rĂ©fĂ©rence au gentilĂ© correspondant en anglais (un Angliche)
  • -iste(s) : les Douarnenistes pour Douarnenez, ou les Tullistes pour Tulle
  • -(i)ot(e)(s) ou -(i)at(e)(s), le i Ă©tant supprimĂ© s’il suit un autre i semi-voyelle
  • -on(ne)(s) ou -an(e)(s)
  • -ou(se)(s) : suffixe vieilli, conservĂ© par l’usage historique. Les MiaulĂ©tous pour Saint-LĂ©onard-de-Noblat)
  • -toque(s) ou -loque(s) : le plus souvent populaire et argotique
  • -uche(s) : assez rare et toujours argotique (un Libanuche, un Albanuche)

Quand le toponyme se termine par le suffixe -ie, le plus souvent, ce suffixe est souvent supprimé si le gentilé obtenu se termine par un des suffixes ci-dessus, ou converti en -ien(ne)(s) si cela crée une ambigüité de sens.

Les gentilĂ©s correspondant Ă  des toponymes composĂ©s sont le plus souvent irrĂ©guliers en français, souvent assez Ă©loignĂ©s du toponyme (mĂŞme s’il peut rester une origine historique commune) comme pour les Trifluviens de Trois-Rivières. Il n’y a pas de règle Ă©tablie pour leur formation, mĂŞme pour les toponymes courant commençant par Saint- ou Sainte- (cet Ă©lĂ©ment n’est souvent pas reprĂ©sentĂ© dans le gentilĂ©. Saint-Étienne : StĂ©phanois), mais l’article initial prĂ©fixant certains toponymes est pratiquement toujours ignorĂ© dans le gentilĂ© (par exemple, La Rochelle : Rochelais).

Les racines de toponymes contenant des prénoms (souvent très anciens et internationaux) sont souvent dérivés en gentilés français à l’aide d’anciennes racines latines, grecques ou issues d’autres langues. Les gentilés français issus de toponymes composés sont le plus souvent contractés en un terme non composé, après élimination des articles internes et réduction des autres racines.

Le radical d’un gentilĂ© se voit modifiĂ© lorsqu’il ne constitue pas la dernière composante d’un gentilĂ© composĂ© (par exemple : un film franco-hispano-russo-amĂ©ricain, oĂą « amĂ©ricain Â», la dernière composante du gentilĂ© composĂ©, est la seule composante Ă  conserver sa forme originale de gentilĂ©). Voici quelques exemples de radicaux destinĂ©s aux gentilĂ©s composĂ©s (liste non-exhaustive) :

  • Allemand : Germano- (une Germano-Polonaise, le pacte germano-russe)
  • Anglais : Anglo- (La reine Victoria Ă©tait une Anglo-Allemande, les Ă®les anglo-normandes)
  • Arabe : Arabo- (les Arabo-Musulmans, la culture arabo-indienne)
  • Autrichien : Austro- (l’empire austro-hongrois)
  • Chinois : Sino- (la guerre sino-russe, la culture sino-vietnamienne)
  • Espagnol : Hispano- (un Hispano-AmĂ©ricain, un cheval hispano-arabe)
  • Français : Franco- (l’amitiĂ© franco-allemande, une Franco-Colombienne)
  • Italien : Italo- (les Italo-Suisses, la cuisine italo-amĂ©ricaine)
  • Japonais : Nippo- (les Nippo-AmĂ©ricains, la guerre nippo-russe)
  • Portugais : Luso- (la frontière luso-espagnole, les Luso-BrĂ©siliens)
  • Russe : Russo- (les incidents russo-britanniques du 21 octobre 1904, une Russo-Ukrainienne)
Article connexe : Liste de gentilĂ©s.

Gentilés scientifiques, gentilés politiques

En sciences humaines, on distingue désormais les gentilés scientifiques fondés sur les définitions ethnologiques essentiellement linguistiques, et identifiés par le suffixe …phones, et les gentilés politiques fondés sur des définitions prises par les pouvoirs législatifs ou exécutifs des états, et identifiés par une majuscule initiale.

Gentilés scientifiques

Pour Ă©viter les imprĂ©cisions et ne plus confondre nationalitĂ© (c’est-Ă -dire citoyennetĂ©), appartenance religieuse (c’est-Ă -dire confession), appartenance gĂ©ographique (c’est-Ă -dire lieu d’origine et/ou de rĂ©sidence), et communautĂ© linguistique, la règle scientifique c’est d’employer, pour dĂ©finir cette dernière, le suffixe : phones. Selon cette règle, la communautĂ© "francophone" (au sens ethnologique du mot) comprend des Français (mais pas tous), des Canadiens (mais pas tous), des Belges (mais pas tous), des Suisses (mais pas tous)…

Ethnologiquement, un anglophone, un francophone, un germanophone ou un russophone est un locuteur habituel de langue parentale respectivement anglaise, française, allemande ou russe, mais n’est pas forcĂ©ment un Anglais, un Français, un Allemand ou un Russe : il peut ĂŞtre par exemple AmĂ©ricain, Canadien, Autrichien, Suisse, Belge, Moldave.

Pour dĂ©finir une langue et situer un gentilĂ©, les scientifiques utilisent plusieurs notions :

  • La notion d’isoglosse : un isoglosse rĂ©unit deux locuteurs lorsqu’ils peuvent se comprendre spontanĂ©ment et complètement sans traducteur. Dans le cas contraire, il les sĂ©pare. Par exemple, un Allemand et un Autrichien se comprennent spontanĂ©ment et complètement sans traducteur : ils sont tous deux germanophones, un isoglosse les rĂ©unit. MĂŞme chose pour un Français et un Suisse romand. Par contre, deux Suisses, deux Belges ou deux Moldaves peuvent ne pas pouvoir se comprendre spontanĂ©ment et complètement sans traducteur : un isoglosse les sĂ©pare.
  • Les notions de diasystème, de langue abstand et de langues ausbau qui relèvent de la linguistique, de la sociolinguistique et de la dialectologie. Un diasystème dĂ©signe des langues dont les locuteurs ne peuvent plus se comprendre spontanĂ©ment et complètement sans traducteur, mais ayant une origine commune, telles le français et l’italien. Une langue abstand est une langue, codifiĂ©e ou non, dont les locuteurs se comprennent spontanĂ©ment et presque complètement sans traducteur ni dictionnaire, et dont dialectes passĂ©s ou prĂ©sents prĂ©sentent assez de traits structurels communs scientifiquement Ă©tablis, pour constituer une langue unitaire, comme la langue d’oĂŻl. Enfin une langue ausbau est un parler qui a Ă©tĂ© codifiĂ© par une acadĂ©mie ou un pouvoir politique, en une forme devenue officielle et gĂ©nĂ©ralement diffĂ©rente de la forme originelle ; parmi les langues ausbau, certaines sont des langues abstand modernisĂ©es (le français est la forme moderne de la langue d’oĂŻl), d’autres des dialectes d’une langue abstand dont on a volontairement accentuĂ© les diffĂ©rences (nĂ©erlandais par rapport au bas-saxon, croate ou serbe par rapport au serbo-croate, macĂ©donien par rapport au bulgare…), d’autres sont des langues politiques que seule l’écriture (hindĂ®/ourdou) et parfois seul le nom officiel (roumain/moldave, serbe/montĂ©nĂ©grin) diffĂ©rencient.
  • Les notions d’endonyme (nom par lequel une population se dĂ©signe elle-mĂŞme) et d’exonyme (nom par lequel elle est dĂ©signĂ©e de l’extĂ©rieur) : roms/tsiganes, inuits/esquimaux…

Les gentilĂ©s scientifiques, basĂ©s sur des dĂ©finitions ethnographiques, peuvent aussi prendre en compte la religion, voire le mode de vie, lorsque ceux-ci se traduisent par un isopraxe : il y a isopraxe lorsque la religion et/ou le mode de vie, et Ă  sa suite les coutumes, l’écriture et l’identitĂ© d’un groupe, le sĂ©parent des groupes voisins, fussent-ils de mĂŞme langue. Par exemple, un Croate, un Bosno-musulman et un Serbe parlent Ă  peu de choses près la mĂŞme langue, mais les diffĂ©rences de religion, d’écriture, de coutumes depuis le haut-Moyen-Ă‚ge ont créé des isopraxes entre eux, ils ont créé des Ă©tats diffĂ©rents, ont pris des partis historiques diffĂ©rents, et constituent des groupes fortement identifiĂ©s, diffĂ©rents. Ce sont Ă©galement des isopraxes qui identifient les AshkĂ©nazes germanophones d’Allemagne, ou anglophones d’AmĂ©rique, ou les SĂ©pharades arabophones du Maroc, ou encore les Gitans hispanophones et catholiques d’Espagne, les Cingene turcophones et musulmans de Turquie ou les Tziganes roumanophones et orthodoxes de Roumanie.

Gentilés politiques

Un gentilĂ© politique n’a pas besoin de règles scientifiques : il dĂ©coule d’une volontĂ© politique (partagĂ©e ou non par les populations concernĂ©es) soit de rassembler, soit de distinguer. Ainsi, dans la Yougoslavie des annĂ©es 1930, la population majoritaire Ă©tait dĂ©finie comme Serbocroate sans distinction, sur critère exclusivement linguistique (volontĂ© de rassembler, traduite sur le terrain par le dĂ©coupage territorial en Banovines qui « effaçaient Â» les anciennes frontières croates, bosniaques, montĂ©nĂ©grines et serbes). Aujourd’hui, au contraire, la mĂŞme langue s’appelle officiellement croate, bosniaque, montĂ©nĂ©grin ou serbe selon les nouveaux Ă©tats, et sert Ă  dĂ©finir leurs identitĂ©s nationales (volontĂ© de distinguer). On pourrait tout aussi bien, en Europe occidentale, appeler le gascon, le catalan et le provençal : « Occitan Â» (volontĂ© de rassembler) ou au contraire dĂ©finir des langues wallonne en Belgique ou romande en Suisse diffĂ©rentes du français (volontĂ© de distinguer). En RĂ©publique de Moldavie, depuis 1991 la controverse fait rage pour savoir si la langue de la majoritĂ© autochtone (roumanophone selon les scientifiques) est du roumain (volontĂ© de rassembler) ou du moldave (volontĂ© de distinguer). On pourrait multiplier les exemples Ă  travers l’Europe et le monde.

Parmi les gentilĂ©s politiques, on trouve la règle du politiquement correct, inventĂ©e dès le XIXe siècle non pas par des AmĂ©ricains, comme on le pense souvent, mais par des Français : Émile Ollivier, Edgar Quinet, ÉlysĂ©e Reclus. Et elle fut appliquĂ©e par les SoviĂ©tiques dans les annĂ©es 1920 (ils renommèrent presque tous les peuples sibĂ©riens) bien avant d’être adoptĂ©e, dans les annĂ©es 1970, par la National Geographic Society, puis, dans les annĂ©es suivantes, par le monde universitaire amĂ©ricain, qui l’étendit Ă©galement aux minoritĂ©s sociales. Le but de cette règle est d’éviter les imprĂ©cisions et ne plus risquer de dĂ©signer les communautĂ©s par des sobriquets pĂ©joratifs, en leur donnant le nom par lequel elles se dĂ©signent elles-mĂŞmes. C’est ainsi qu’on est passĂ©s d’« esquimaux Â» Ă  inuits, ou de « gitans Â», « bohĂ©miens Â», « romanichels Â» ou « tziganes Â» Ă  roms par exemple.

Certains gentilĂ©s d’origine scientifique peuvent eux aussi devenir politiques : par exemple, « francophones Â», dans le sens politique du mot, ne dĂ©signe pas seulement des locuteurs habituels de langue parentale française, mais toute personne et tout État comprenant le français ou membre de la Francophonie.

Gentilés et Droit.

Le choix d’un gentilĂ© dĂ©coule souvent d’un choix juridique entre Droit du sang et Droit du sol. Si l’on choisit le Droit du sang, selon lequel toute personne appartient au groupe de ses ancĂŞtres, oĂą qu’elle vive et quelle que soit sa citoyennetĂ©, on choisira de prĂ©fĂ©rence un gentilĂ© traditionnel : une personne originaire du Maghreb, par exemple, restera pour toujours MaghrĂ©bine mĂŞme si elle est nĂ©e et vit en France, ne parle que français et possède la nationalitĂ© française. Si l’on choisit le Droit du sol, l’origine ne compte plus : c’est l’appartenance territoriale et politique qui prime : sont donc Français tous les possesseurs de la citoyennetĂ© française, quelles que soient leurs ascendances, leurs religions ou leurs appartenances culturelles.

Droit du sang et Droit du sol peuvent se combiner dans des proportions variables (en France par exemple, le Droit du sol prime, mais le Droit du sang existe aussi : un citoyen français nĂ© Ă  l’étranger ou ayant des ascendants nĂ©s Ă  l’étranger doit constamment faire la preuve de sa et de leur citoyennetĂ© française, Ă  chaque opĂ©ration d’état civil, alors que ceux nĂ©s, ainsi que leurs gĂ©niteurs, sur le territoire mĂ©tropolitain, en sont dispensĂ©s).

Droit du sang et Droit du sol peuvent également se combiner avec des gentilés scientifiques, ou bien des gentilés politiques. Par exemple, en Suisse ou en Moldavie, si l’on se réfère au Droit du sang et aux gentilés politiques, on a des Romands, des Schwyzertütschen, des Romanches et des Tessinois de citoyenneté Suisse, ou bien des Moldaves, des Pridnistréens ou des Gagaouzes de citoyenneté Moldave, alors que si on se réfère au Droit du sol et aux gentilés scientifiques, on a des Suisses francophones, germanophones, Romanches et italophones, et des Moldaves roumanophones, russophones ou turcophones.

Le choix et l’utilisation d’un gentilé traduit l’orientation culturelle et éthique de ceux qui font ce choix.

Notes et références

  1. ↑ Manuel typographique du russiste, Serge Aslanoff, 255 pages, 1986, Paris, Institut d’études slaves, (ISBN 2720402257) : note **** du § 535.1 (page 168) : « On observe une sorte de chassĂ©-croisĂ© dans l’histoire des usages russes et français. A la mĂŞme Ă©poque oĂą Grot considĂ©rait les noms de peuples comme des noms propres qui devaient s’écrire avec majuscule, Victor Hugo laissait dĂ©libĂ©rĂ©ment la minuscule aux noms de nationalitĂ©, mĂŞme substantifs :
    Le polonais secourt Spoctocus, duc des russes,
    Comme un plus grand boucher en aide un plus petit.
    (« Les Chevaliers errants Â», la LĂ©gende des siècles). Â»

Voir aussi

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Bibliographie

  • Ernest Gellner, Nations et nationalisme, Paris, Payot 1989

Articles connexes

Liens externes

 
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