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Espéranto

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  Espéranto
(esperanto)
 
Parlé en aucun pays en particulier
Région dans le monde entier
Nombre de locuteurs les estimations varient beaucoup, de 100 000 à 2 millions de locuteurs répartis dans le monde entier.
Typologie Agglutinante
Classification par famille

langue construite

(Dérivée de la classification SIL)
Statut officiel et codes de langue
Officielle
en
Académie internationale des Sciences de Saint-Marin
Régi par Akademio de Esperanto
ISO 639-1 eo
ISO 639-2 epo
ISO/DIS
639-3
(en) epo
SIL ESP
Échantillon

Article premier de la Déclaration des Droits de l?Homme (voir le texte en français)

Artikolo 1

?iuj homoj estas denaske liberaj kaj egalaj la? digno kaj rajtoj. Ili posedas racion kaj konsciencon, kaj devus konduti unu al alia en spirito de frateco.

Voir aussi : langue, liste de langues, code couleur

L?espéranto est une langue construite, conçue à la fin du XIXe siècle par Ludwik Lejzer Zamenhof dans le but de faciliter la communication entre personnes de langues différentes à travers le monde entier. Zamenhof publia son projet en 1887 sous le nom de Lingvo Internacia (« Langue internationale »), sous le pseudonyme de Doktoro Esperanto (« Docteur Espérant », « Docteur qui espère »), d?où le nom sous lequel la langue s?est popularisée par la suite.

La grammaire de l?espéranto se base sur seize règles fondamentales sans exception. Par sa structure, c?est une langue agglutinante qui procède par enchaînement d?éléments de base invariables. Par son vocabulaire, c?est une langue construite a posteriori, c?est-à-dire que ses bases sont tirées de langues préexistantes ? essentiellement européennes ; les mots en dérivent ensuite par l?emploi d?affixes et par composition.

De tous les nombreux projets de langue auxiliaire internationale ayant vu le jour, l?espéranto est celui qui a remporté le plus de succès, et le seul qui soit quelque peu connu du grand public. Bien qu?il n?ait été adopté officiellement par aucun organisme international autre que ceux dédiés à la langue ? comme l?Association mondiale d?espéranto (UEA) ou l?Association mondiale anationale (SAT) ? l?espéranto est le moyen de communication d?une communauté estimée entre cent mille et deux millions de locuteurs, répartis dans presque tous les pays du monde.

Sommaire

[] Histoire

Photographie du docteur Zamenhof
Photographie du docteur Zamenhof
Icône de détail Article détaillé : Histoire de l'espéranto.

L'espéranto fut composé entre la fin des années 1870 et le début des années 1880 par Ludwik Lejzer Zamenhof, un ophtalmologue polonais issu d'une famille juive de Bia?ystok (Pologne), ville alors peuplée de quatre communautés (juifs, polonais, allemands et biélorusses). Sensible aux tensions qui en résultaient, Zamenhof voulut créer un moyen de communication neutre susceptible d'améliorer la communication et la compréhension entre les nations.

Après approximativement 10 ans de maturation, incluant diverses traductions et l'écriture d'?uvres originales, Zamenhof publia la première grammaire en langue russe de la Langue internationale en juillet 1887, sous la forme d'une brochure imprimée à ses frais. Suivirent peu après des versions dans de nombreuses autres langues entre 1887 et 1889.

Le nombre de personnes qui apprirent la langue ne cessa d'augmenter dans les décennies qui suivirent, au départ principalement dans l'empire Russe et dans l'Europe de l'Est, et ensuite en Europe occidentale et aux Amériques. L'espéranto pénétra au Japon suite à la guerre russo-japonaise de 1904-1905. En Chine, les premiers cours furent donnés à Shanghai en 1906 et à Canton en 1908. Dans les premières décennies, les usagers de l'espéranto restèrent en contact principalement par des magazines spécialisés et par correspondance.

Ce n'était pas le premier à essayer de réunir les gens grâce à la création d'une langue commune mais ce fut l'essai le plus réussi[1]. En effet, la naissance de l'espéranto est quasi-concomitante avec l'invention du Volapük en Allemagne. Mais l'espéranto s'est dès le début imposé face aux autres projets. Ainsi en fut-il par exemple du groupe volapükiste de Nuremberg qui en 1888, à la suite de Léopold Einstein, adopta l'espéranto (qui avait été publié seulement en 1887) et constitua, de ce fait, le premier club d'espéranto qui ait existé.[réf. nécessaire].

En 1905, le premier congrès mondial d'espéranto eut lieu en France à Boulogne-sur-Mer ; les caractéristiques de l'espéranto furent fixées et ses objectifs définis : cette langue, devait être universellement comprise et parlée par l'humanité entière, sans aucun pré-requis. Depuis, des congrès mondiaux se sont tenus chaque année, sauf durant les deux guerres mondiales. En 2005, le centenaire de l'espéranto y fut célébré, de nouveau à Boulogne-sur-Mer.

Le développement de l'espéranto fut diversement affecté par les tourments politiques de la première moitié du XXe siècle. Les dictatures hitlérienne et stalinienne soumirent ses militants à une forte répression[2]. Lors de la Guerre d'Espagne (1936-1939), la mouvance anarchiste représentait l'essentiel des défenseurs de l'espéranto ; il était utilisé aussi par des socialistes, des communistes allergiques au stalinisme (dont George Orwell, auquel l'espéranto aurait inspiré la novlangue), et même une partie de la droite catholique.[réf. nécessaire]

[] Statut

L'espéranto n'est la langue officielle d'aucun pays, mais c'est la langue de travail de plusieurs associations à but non lucratif, principalement des associations d'espéranto. La plus grande organisation d'espéranto est l'association mondiale d'espéranto (UEA), qui est en relation officielle avec les Nations unies et l'UNESCO dans un rôle consultatif. Elle est avec l'anglais et l'espagnol, une des trois langues officielles des congrès de l'Association internationale des travailleurs (AIT)[réf. nécessaire].

Dans la plupart des démocraties contemporaines, l'espéranto ne bénéficie que de peu ou pas de soutien officiel. En France, sa reconnaissance comme option facultative de langue au niveau du baccalauréat n'a pas été obtenue à ce jour. En Hongrie, où cette reconnaissance a eu lieu, l'espéranto fait partie des cinq premières langues étrangères[3].

[] Combien de personnes parlent l'espéranto ?

Le nombre d'espérantophones est difficile à évaluer, les estimations varient entre 100 000 et deux millions. Ce dernier chiffre est le plus couramment repris, comme, par exemple, dans la revue Ethnologue[4].

En tant que langue construite, l'espéranto est généralement appris comme langue seconde. Il existe cependant un petit nombre de locuteurs dont il est la langue maternelle, le plus connu étant l'homme d'affaire George Soros. Ethnologue en estime le nombre à 200 à 2000 ; le linguiste finlandais Jouko Lindstedt, expert sur la question, l'estime à 1000[5] [6].

Jouko Lindstedt évalue par l'échelle suivante la capacité à parler l'espéranto dans la communauté espérantophone :

  • 1 000 personnes ont l'espéranto comme langue maternelle
  • 10 000 personnes parlent l'espéranto couramment
  • 100 000 personnes utilisent l'espéranto de façon très active
  • 1 000 000 de personnes comprennent facilement l'espéranto
  • 10 000 000 de personnes ont étudié l'espéranto de façon plus ou moins approfondie à un moment donné.

Sidney Culbert, ancien professeur de psychologie de l'Université de Washington, espérantiste, est arrivé, en comptabilisant pendant vingt ans dans de nombreux pays les espérantophones à l'aide d'une méthode par échantillonnage[7], à une estimation de 1,6 millions de personnes parlant l'espéranto avec un niveau professionnel. Ses travaux ne concernaient pas que l'espéranto et faisaient partie de sa liste d'estimation des langues parlées par plus d'un million de personnes, liste publiée annuellement dans le World Almanac and Book of Facts. Comme dans l'Almanach, toutes ses estimations étaient arrondies au million le plus proche, c'est le nombre de deux millions d'espérantophones qui a été retenu et fréquemment repris depuis. Culbert n'a jamais publié de résultats intermédiaires détaillés pour une région ou un pays particulier, ce qui rend difficile l'analyse de la pertinence de ses résultats.

Marcus Sikosek a considéré que ce nombre de 1,6 millions était exagéré[8]. Même en supposant une répartition uniforme des espérantophones dans le monde, 1 million d'espérantophones devrait se traduire par environ 180 espérantophones dans la ville de Cologne, or, Sikosek n'y a trouvé que 30 personnes parlant couramment l'espéranto ; de même, il a trouvé un nombre inférieur à celui attendu dans plusieurs autres villes censées avoir une plus forte concentration d'espérantophones que la moyenne. Il fait également remarquer que les différentes organisations espérantistes représentent un total d'environ 20 000 membres (d'autres estimations sont supérieures). Bien que de nombreux espérantophones ne soient membres d'aucune organisation espérantiste, il lui semble peu probable qu'il y ait 50 fois plus de personnes parlant l'espéranto que de membres de ces organisations.

[] Caractéristiques linguistiques

Unua Libro « Premier livre », le premier manuel d'espéranto publié en 1887 par Ludwik Lejzer Zamenhof.
Unua Libro « Premier livre », le premier manuel d'espéranto publié en 1887 par Ludwik Lejzer Zamenhof.

[] Classification

En tant que langue construite, l'espéranto n'est généalogiquement rattaché à aucune famille de langues vivantes. Cependant, une part de sa grammaire et l'essentiel de son vocabulaire portent à le rattacher aux langues indo-européennes. Ce groupe linguistique a constitué le répertoire de base à partir duquel Ludwik Lejzer Zamenhof a « composé » sa langue internationale.

Cependant, la typologie morphologique de l'espéranto l'écarte significativement des langues indo-européennes, qui sont largement à dominante flexionnelle. En effet, il consiste exclusivement en monèmes invariables qui se combinent sans restriction, ce qui l'apparente aux langues isolantes. En espéranto, comme en chinois, on dérive « mon » (mia), de « je » (mi) et « premier » (unua) de « un » (unu). Sa tendance à accumuler, sans en brouiller les limites, des morphèmes porteurs d'un trait grammatical distinct le rapproche aussi des langues agglutinantes telles que le coréen, le finnois, le japonais, ou le turc. Des formes verbales telles que tradukendos (« devra être traduit »), videblas (« peut être vu ») ou seriozemi (« avoir tendance à se montrer sérieux ») rappellent le système de conjugaison turc.

[] Phonétique et écriture

Icône de détail Article détaillé : Alphabet de l'espéranto.

L'espéranto possède 28 phonèmes (5 voyelles et 23 consonnes). Ils sont transcrits au moyen de vingt-deux lettres de l'alphabet latin, ainsi que deux diacritiques formant six lettres fixées par Ludwik Lejzer Zamenhof : ?, ?, ?, ?, ?, ?. L'orthographe est parfaitement phonologique : chaque lettre ou groupe de lettres représente invariablement un seul phonème. Les lettres q, w, x et y ne sont pas utilisées, sauf dans les expressions mathématiques.

Les lettres diacritées soulevèrent quelques problèmes, notamment pour l'imprimerie ou l'informatique. Actuellement le problème subsiste pour les systèmes informatiques anciens, où le problème est résolu par la substitution des lettres accentuées par les lettres non accentuées correspondantes, suffixées par un x ou par un h (l'emploi du h, figurant dans le Fundamento de Esperanto et adopté lors du Premier congrès mondial d'espéranto en 1905 à Boulogne-sur-Mer, se montre moins adapté que le x qui n'entraîne pas d'ambiguïté). Les trois systèmes (?, sh ou sx) coexistent sur Internet.

La langue comporte un accent tonique toujours situé sur l'avant-dernière syllabe des mots.

[] Voyelles

Le système vocalique comporte cinq timbres (a e i o u, correspondant aux valeurs du français a é i o ou) comme dans de nombreuses langues du monde, sans distinction de quantité. Leur prononciation peut varier quelque peu selon l'origine de l'usager ou la position dans le mot : par exemple, e et o peuvent se réaliser mi-ouvertes [?] et [?] ou mi-fermées [e] et [o], respectivement, sans incidence sur la compréhension car cette différence de timbre ne sert pas à distinguer des mots.

Antérieure Centrale Postérieure
Fermée i i u u
Moyenne e e o o
Ouverte a a

[] Consonnes

  Bilabiale Labio-dentale Labio-vélaire Dentale Alvéolaire Post-alvéolaire Palatale Vélaire Glottale
Occlusive p p b b     t t d d       k k g g  
Affriquée         ? c ? ? ? ?      
Fricative   f f v v     s s z z ? ? ? ?   x ? h h
Nasale m m     n n          
Latérale         l l        
Roulée         ? r        
Approximante     w ?       j j    
  • Lorsqu'une case contient deux signes, le premier désigne une consonne sourde et le second la consonne sonore correspondante.
  • L'affriquée dz n'est pas répertoriée dans la liste habituelle des consonnes, mais se rencontre néanmoins dans quelques mots tels que edzo « époux ». Elle peut être considérée comme un phonème marginal ou comme un groupe de consonnes.
  • j et ? comme semi-voyelles peuvent former le second élément de diphtongues phonétiques : aj, ej, oj, uj, a?, e?. D'un point de vue phonologique cependant, ces diphtongues s'analysent comme des combinaisons de phonèmes[réf. souhaitée]. Le ? se rencontre essentiellement ainsi, mais sert aussi à transcrire occasionnellement le [w] de mots étrangers, par ex. ?agaduguo : Ouagadougou.

[] Grammaire

La grammaire de l'espéranto se base sur seize principes énoncés dans le Fundamento de Esperanto, adopté comme référence intangible au premier Congrès Universel d'Espéranto de Boulogne-sur-Mer en 1905. Ils ne constituent cependant qu'un cadre dans lequel ont été progressivement dégagées des règles plus détaillées.

[] Substantifs, adjectifs et adverbes dérivés

Un mot se forme en ajoutant à un radical des morphèmes invariables signalant chacun un trait grammatical précis :

Le pluriel (-j) puis l'accusatif (-n) suivent la terminaison du substantif ou de l'adjectif, ce qui donne les terminaisons -oj, -ojn, -aj, -ajn. L'adjectif s'accorde en nombre et en cas avec le nom auquel il se rapporte.

L'accusatif a pour fonction essentielle de marquer le complément d'objet direct (Ili konstruas grandan domon « Ils construisent une grande maison »), mais indique aussi le changement de lieu, de position ou d'état (Mi iras Parizon « Je vais à Paris », ?an?i akvon en glacion « changer l'eau en glace »). Une particularité de l'espéranto est que dans cet emploi l'accusatif peut également s'ajouter à l'adverbe dérivé. Enfin, l'accusatif a également une fonction « joker » : de même que la préposition je, il s'emploie en cas de doute, ou pour remplacer une préposition, et marque alors simplement la dépendance syntaxique (tiu tablo estas longa je du metroj ~ tiu tablo estas du metrojn longa « Cette table fait deux mètres de long » ; oni pendigis lin kun la kapo malsupren ~ oni pendigis lin kapon malsupren « On l'a pendu la tête en bas »).[9]

L'ordre des mots n'intervient pas dans la distinction entre sujet et objet, entièrement assuré par l'accusatif. On a ainsi :

  • La patrino kisas la infanon. ~ La infanon kisas la patrino. ~ La patrino la infanon kisas. ~ La infanon la patrino kisas. ~ Kisas la patrino la infanon. ~ Kisas la infanon la patrino. : « La mère embrasse l'enfant »
  • La patrinon kisas la infano. ~ La infano kisas la patrinon. ~ La patrinon la infano kisas. ~ La infano la patrinon kisas. ~ Kisas la patrinon la infano. ~ Kisas la infano la patrinon. « L'enfant embrasse la mère. »

Les autres fonctions syntaxiques sont indiquées par des prépositions.

Comme l'anglais, l'espéranto ne connaît pas le genre grammatical, mais fait des distinctions de sexe dans son lexique. Dans ce cas, le féminin est marqué par le suffixe -in-, tiré de l'allemand (ex. frato « frère » ~ fratino « s?ur », Franco « un Français » ~ Francino « une Française ») ; le masculin est non-marqué et peut s'employer comme épicène.[10]

[] Verbes

Les verbes se caractérisent par une série de marques qui forment une conjugaison mêlant des valeurs temporelles et modales :

  • -i pour l'infinitif,
  • -as pour le présent,
  • -is pour le passé,
  • -os pour le futur,
  • -us pour le conditionnel,
  • -u pour le volitif.

Ces terminaisons permettent d'exprimer n'importe quel concept sous forme de verbe : muziko « musique » ? li muzikas « il joue de la musique », ?oja « gai » ? ?oji « se réjouir ». Cette possibilité est notamment exploitée pour former des verbes d'état à partir d'adjectifs : « elle est belle » peut se dire aussi bien ?i belas que ?i estas bela.

Le conditionnel est le mode du fictif, de l'irréel ; il s'emploie aussi bien en proposition principale qu'en proposition subordonnée (Mi povus, se mi volus. « Je pourrais si je voulais. »). L'éventualité est plutôt rendue par le futur (Morga? eble pluvos. « Il se peut qu'il pleuve demain./Il pleuvra peut-être demain. »).

Le volitif est le mode de l'expression de la volonté ; il correspond en français à l'impératif (Atendu ! « Attends !/ Attendez ! ») et à certains usages du subjonctif quand il exprime un désir, un souhait, une volonté, ou une exigence (Li venu. « Qu'il vienne. » Kien ni iru ? « Où faut-il que nous allions ? », Mi proponas, ke ni laboru kune. « Je propose que nous travaillions ensemble. »).

Le système verbal comporte également un série de participes présents, passés et futurs, marqués respectivement par -ant-, -int- et -ont- pour la voix active et -at-, -it- et -ot- pour la voix passive. Ils peuvent se combiner à l'auxiliaire esti pour former des temps composés qui expriment l'aspect progressif avec les participes présents, le passé récent avec les participes passés, le futur proche avec les participes futurs. En pratique, l'usage de ces temps composés est assez restreint, surtout à l'actif, la préférence allant à l'usage d'adverbes temporels.[11]

L'espéranto ne pratique pas la concordance des temps : Mi ne sciis, ke li venos. « Je ne savais pas qu'il viendrait. ».

La transitivité des verbes espérantos est généralement fixée, et il n'est pas possible de déduire régulièrement si un verbe formé par simple ajout des marques de conjugaison à un radical est ou non transitif. En revanche, deux suffixes permettent d'en la valence : -ig- indique que l'on provoque une action et transforme un verbe intransitif en transitif (causatif), tandis que -i?- indique un changement interne et transforme un verbe transitif en intransitif (décausatif). Exemples[12] :

  • turni « tourner (quelque chose) » ~ turnigi « faire tourner » ~ turni?i « tourner (faire un ou plusieurs tours) » ;
  • sidi « être assis » ~ sidigi « asseoir » ~ sidi?i « s'asseoir » ;
  • blanki « être blanc » ~ blankigi « blanchir (rendre blanc) » ~ blanki?i « blanchir (devenir blanc) ».

Par ailleurs, la préfixation d'une préposition aboutit généralement à transitiver un verbe intransitif :

  • na?i « nager » ~ trana?i « traverser à la nage » ;
  • plori « pleurer (être en pleurs) » ~ priplori « pleurer (quelque chose) ».

D'autres affixes permettent d'exprimer diverses nuances d'aspect :

  • le préfixe ek- pour l'aspect inchoatif (action commençante, entrée dans un état) : dormi « dormir » ~ ekdormi « s'endormir » ;
  • le suffixe -ad- pour l'aspect duratif (action prolongée) : labori « travailler » ~ laboradi « travailler sans arrêt » ;
  • le préfixe re- pour l'aspect itératif (action répétée) : legi « lire » ~ relegi « relire ».

[] Mots-outils

[] Pronoms personnels et possessifs

La personne grammaticale s'exprime par la série suivante de pronoms personnels : mi « je », ni « nous », vi « tu/vous »[13], li « il », ?i « elle », ?i « il/elle » (pour les êtres vivants de sexe indéterminé et choses), ili « ils/elles/eux », oni « on ». Tous prennent la marque d'accusatif -n le cas échant. Les possessifs en dérivent par l'ajout de la marque d'adjectif -a : mia « mon, ma », nia « notre », etc.

[] Article

L'espéranto utilise l'article défini invariable la. Il n'y a ni article indéfini, ni article partitif.

[] Corrélatifs

L'espéranto utilise également comme déterminants un ensemble de pronoms-adjectifs assemblés systématiquement à partir d'une initiale et d'une finale caractéristiques :

D'autres finales produisent des adverbes circonstanciels : -e (lieu), -am (temps), -el (manière), -al (cause), -om (quantité). Les mots formés sur ces bases sont désignés collectivement comme corrélatifs ou (en espéranto même) tabel-vortoj[14].

Ainsi par exemple :

  • kiu signifie qui
  • ?iu signifie chacun
  • neniu signifie personne
  • iam signifie un jour
  • ?iam signifie toujours
  • neniam signifie jamais

[] Particules invariables

L'espéranto recourt également à diverses particules invariables dans l'organisation de la phrase : des conjonctions de coordination (kaj « et », a? « ou », do « donc », sed « mais »...) ou de subordination (ke « que », ?ar « parce que », dum « pendant que », se « si »...) qui précisent les rapports entre propositions, et des adverbes simples à valeur spatiale, temporelle, logique ou modale. En particulier, ne marque la négation, et ?u marque l'interrogation globale.

[] Syntaxe de phrase

Comme en russe ou en latin, l'ordre des mots est très libre en espéranto. Le sujet, le verbe et le complément d'objet direct (marqué par l'accusatif) peuvent apparaître dans n'importe quel ordre ; le plus fréquent est l'ordre sujet-verbe-objet suivi du complément circonstanciel, mais l'usage d'autres dispositions est courant notamment en cas de mise en relief.[15] Il existe cependant certaines règles et tendances bien établies :

  • l'article défini se place au début du groupe nominal.
  • l'adjectif précède généralement le substantif.
  • les prépositions se placent au début du groupe prépositionnel.
  • les adverbes précèdent généralement l'expression qu'ils modifient.
  • les conjonctions précèdent la proposition qu'elles introduisent.

Certaines tendances expressives peuvent sembler peu communes par rapport à l'usage du français :

  • les prépositions sont volontiers préfixées au verbe, produisant des doublets entre formulation intransitive avec groupe prépositionnel et formulation transitive à verbe préfixé : Ni diskutos pri la afero ~ Ni pridiskutos la aferon. « Nous discuterons de l'affaire. »
  • un syntagme peut facilement se condenser en mot composé : Knabo kun bluaj okuloj. ~ Bluokula knabo. « Un garçon aux yeux bleus. »
  • l'emploi de l'adverbe dérivé est très étendu.

Du fait de l'absence de restriction sur la combinaison des monèmes, une même phrase peut se formuler de multiples façons sans nuire à la justesse de la compréhension :

  • Mi enigis ?ion en la komputilo. ~ Mi enkomputiligis ?ion. ~ Mi ?ion enkomputiligis. « J'ai tout entré dans l'ordinateur. »
  • Mi iros al la hotelo per biciklo. ~ Mi alhotelos bicikle. ~ Mi biciklos hotelen. « J'irai à l'hôtel à vélo. »
  • Mi iros al la kongreso per a?to. ~ Mi alkongresos a?te. ~ Mi a?tos kongresen. « J'irai au congrès en voiture. »
  • Ni estas de la sama opinio. ~ Ni havas la saman opinion ~ Ni samopinias. « Nous sommes du même avis. »

L'espéranto peut ainsi alternativement se montrer synthétique ou analytique.

[] Vocabulaire

[] Sources lexicales

Bien qu'étant une langue construite, l'espéranto, tire ses bases lexicales de langues existantes (essentiellement indo-européennes) : C'est ce que l'on appelle une langue construite a posteriori. Les principales sources sont, dans l'ordre décroissant d'importance[16] :

Les mots provenant d'autres langues désignent surtout des réalités culturelles spécifiques : boaco « renne » (du same), jogo « yoga » (du sanskrit), ha?ioj « baguettes (pour manger) » (du japonais), etc.

Les morphèmes grammaticaux doivent beaucoup au latin (participes en -nt- et -t-, nombreux adverbes et prépositions, série des numéraux) et dans une moindre mesure au grec ancien (j du pluriel, n de l'accusatif, conjonction kaj « et »). Une partie est construite a priori sans référence évidente à des langues existantes (le pronom personnel ?i, le suffixe -uj- dénotant un contenant...), ou profondément remanié à partir d'éléments rappelant ceux de langues préexistantes, comme la série des corrélatifs.

Zamenhof a suivi diverses méthodes pour adapter ses sources lexicales à l'espéranto. Le plus grand nombre a été simplement adapté à la phonétique et l'orthographe de la langue, tantôt davantage à partir de la prononciation (ex. trotoaro du français trottoir; beleco « beauté » de l'italien bellezza ; ?uo « chaussure » de l'anglais shoe et de l'allemand Schuhe), tantôt à partir de la forme écrite (ex. semajno « semaine », soifi « avoir soif » empruntés au français ; birdo « oiseau », teamo « équipe » empruntés à l'anglais). Lorsque plusieurs de ses sources comportaient des mots proches par la forme et le sens, Zamenhof a souvent créé un moyen terme (ex. ?efo « chef », cf. français chef / anglais chief ; forgesi « oublier », cf. allemand vergessen / anglais to forget ; gliti « glisser », cf. français glisser / allemand gleiten / anglais to glide ; lavango « avalanche », cf. français avalanche / italien valanga / allemand Lawine ; najbaro « voisin », cf. allemand Nachbar / anglais neighbour).

Les radicaux sont parfois davantage altérés que que ne le nécessiterait la simple adaptation phonétique ou orthographique, [17] :

  • pour éviter d'avoir des radicaux homophones : lafo « lave (volcanique) » car lavi signifie « laver », pordo « porte » car la racine port appartient appartient déjà au verbe porti qui signifie « porter »
  • pour différencier plusieurs sens : pezi « peser (être pesant) » / pesi « peser (mesurer le poids) » du français peser, helico « hélice » / heliko « escargot » du latin helix
  • pour éviter des confusions avec des affixes ayant déjà un autre sens en espéranto : mateno « matin » (-in- marquant le sexe féminin), rigardi « regarder » (re- marquant la répétition)
  • pour abréger des mots longs : asocio « association », terni « éternuer ».

Le vocabulaire de l'espéranto comprenait quelques centaines de radicaux dans le Fundamento de Esperanto de 1905. En 2002, après un siècle d'usage, le plus grand dictionnaire monolingue espérantiste (Plena Ilustrita Vortaro de Esperanto), en comprend 16 780 correspondant à 46 890 éléments lexicaux.

[] Formation des mots

La formation des mots espéranto est traditionnellement décrite en termes de dérivation lexicale par préfixes et suffixes et de composition. Cette distinction est cependant relative, dans la mesure où les « affixes » sont susceptibles de s?employer aussi comme radicaux indépendants : ainsi le diminutif -et- forme l?adjectif eta « petit (avec idée de faiblesse) », le collectif -ar- forme le nom aro « groupe », le causatif -ig- forme le verbe igi « faire, rendre », etc.

Les deux principes essentiels de formation des mots sont :

  • l?invariabilité des radicaux : contrairement à ce qui peut se passer par exemple en français, la dérivation ne provoque aucune altération interne des monèmes (ce qui manifeste le caractère agglutinant de la langue) : vidi « voir », vido « vue », nevidebla « invisible »
  • l?ordre de composition où l?élément déterminant précède le déterminé : kantobirdo « oiseau chanteur » et birdokanto « chant d?oiseau », vel?ipo « bateau à voile, voilier » et ?ipvelo « voile de bateau », centjaro « centenaire (= centième année) » et jarcento siècle « (= centaine d?années) ».

En théorie, il n?existe pas d?autres limites que sémantiques à la combinatoire des radicaux. Il en résulte un certain schématisme qui aboutit à la formation systématique de longues séries sur le même modèle, parfois sans équivalent direct dans d?autres langues. Par exemple :

  • à côté de samlandano « compatriote » et samklasano « camarade de classe », il existe samideano « partisan du même idéal » et sama?ulo « personne du même âge »
  • pour exprimer le fait de prendre une couleur, le français possède « rougir, jaunir, verdir, bleuir, blanchir, brunir, noircir ». L?espéranto possède comme équivalents respectifs ru?i?i, flavi?i, verdi?i, blui?i, blanki?i, bruni?i, nigri?i mais le procédé y est illimité : grizi?i « devenir gris », oran?i?i « devenir orange », etc.
  • il est possible de former le contraire de n?importe quelle notion par le préfixe très fréquent mal- : ?oja « gai » ~ mal?oja « triste », helpi « aider » ~ malhelpi « gêner », multe « beaucoup » ~ malmulte « peu », etc.[18]

Ce schématisme a pour effet de diminuer le nombre de radicaux nécessaires à l?expression au profit de dérivés, réduisant ainsi la composante immotivée du lexique. Le procédé pouvant parfois paraître lourd, la langue littéraire a cependant introduit quelques radicaux alternatifs à titre de variantes stylistiques : par exemple olda « vieux » peut doubler maljuna (formé sur juna « jeune ») ou malnova (formé sur nova « neuf, nouveau »). L?usage courant tend cependant à préférer les dérivés[19],[20],[21].

Le système de dérivation s?adapte aisément aux besoins en mots nouveaux. Ainsi, du mot reto (« réseau, filet »), on a extrait le radical ret- pour former tout un ensemble de mots liés à Internet : retadreso (« adresse de courriel »), retpirato (« pirate informatique »), etc. Il peut arriver qu?existe une concurrence entre un terme international emprunté tel quel et une création propre de l?espéranto par ses procédés internes de dérivation. Par exemple, kaligrafio « calligraphie » possède le doublet belskribo (de bela « beau » + skribo « écriture », par calque des éléments grecs du premier terme).

[] Exemples

[] Quelques mots de base

Mot Traduction Prononciation
Transcription phonétique selon l'usage de l'API. Transcription phonétique selon l'usage du français.
terre tero ?te.?o ro
ciel ?ielo ?i.?e.lo tchiélo
eau akvo ?ak.vo akvo
feu fajro ?faj.?o fayro
homme (être humain masculin) viro ?vi.?o viro
femme (être humain féminin) virino vi.??i.no virino
manger man?i ?man.?i manedji
boire trinki ?trin.ki trineki
grand granda ?gran.da graneda
petit (dans le sens inverse de grand) malgranda mal.?gran.da malgraneda
nuit nokto ?nok.to nokto
jour tago ?ta.go tago
papa pa?jo ?pa.t?jo patchyo
maman panjo ?pa.?o panyo

[] Texte analysé en constituants

La akcento estas sur la anta?lasta silabo. La kernon de la silabo formas vokalo. Vokaloj ludas grandan rolon en la ritmo de la parolo. Substantivoj finas per -o, adjektivoj per -a. La signo de la pluralo estas -j. La pluralo de ?lasta vorto? estas "lastaj vortoj".

Substantifs - Adjectifs - Pluriel -Accusatif

Traduction : L'accent est sur l'avant-dernière syllabe. Le c?ur de la syllabe est formé par une voyelle. Les voyelles jouent un grand rôle dans le rythme de la parole. Les substantifs finissent par -o, les adjectifs par -a. La marque du pluriel est -j. Le pluriel de « lasta vorto » (« dernier mot ») est « lastaj vortoj ».

[] Critiques de l'espéranto

Icône de détail Article détaillé : Critiques de l'espéranto.

Depuis ses débuts, l'espéranto a essuyé de nombreuses critiques :

  • Du temps de Zamenhof les consonnes ?, ?, ?, ?, ? et la voyelle ? posaient des problèmes avec les machines à écrire qui ne possédaient pas les signes diacritiques requis. Bien que presque toujours absentes des claviers (peu de claviers, comme le clavier canadien multilingue ou le clavier dvorak BÉPO[22] permettent de les taper sans rien ajouter à son système), ces lettres spécifiques à l'espéranto sont aujourd'hui prises en compte par l'Unicode et des programmes permettent de les taper sans gêne ;
  • l'existence du n en tant que complément, à savoir l'accusatif, étranger aux langues modernes d'origine latine et redondant par rapport à l'usage le plus fréquent (en espéranto) SVO ;
  • les genres, où le masculin est toujours radical. La plupart du temps, ce masculin est une forme neutre : bovo = « b?uf », bovino = « vache », virbovo = « taureau ». Consulter aussi Riisme ;
  • l'idée même d'une langue internationale, après l'échec cuisant du volapük, laisse les gens dubitatifs au sujet de l'espéranto ;
  • le reproche par certains que l'espéranto serait une langue trop européenne, ou pas assez proche du latin.

La diffusion relativement restreinte de l'espéranto (2 millions de personnes ne représentent que 0,03% de la population mondiale) est également invoquée pour en contester la qualité et l'utilité.[réf. souhaitée] Les partisans de l'espéranto y opposent le fait que la langue ait été employée sur une longue durée et dans de nombreux pays (115 selon l'Ethnologue[4]), et argumentent que le nombre de locuteurs ne présume pas de ses qualités intrinsèques, mais de l'absence de soutien politique qui lui est apporté ; son adoption officielle comme langue de travail (par exemple comme langue pivot pour les traductions au sein de l'Union européenne) aurait pour effet mécanique d'augmenter rapidement le nombre de locuteurs..

[] Intérêt pédagogique de l'espéranto

Selon une étude comparative de l'Institut de Pédagogie Cybernétique de Paderborn (RFA), 150 heures d'espéranto suffisent à un francophone pour atteindre un niveau qui en exige au moins 1500 en anglais et 2000 en allemand [23] [24].

Du point de vue de la graphie, l?espéranto fait partie des langues dites « transparentes » : comme pour le croate, l'espagnol, l'italien, le russe, le slovène ou le tchèque, la correspondance entre graphèmes et phonèmes est simple, stable et régulière. Une langue complètement transparente suit deux principes : à un phonème correspond une seule graphie ; à une seule graphie correspond un seul phonème. À l?opposé, les langues dites « opaques » comme le français ou l'anglais ont des règles de correspondance grapho-phonémique complexes et irrégulières.