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{revue}
LâespĂ©ranto est une langue construite conçue Ă la fin du XIXe siĂšcle par Ludwik Lejzer Zamenhof dans le but de faciliter la communication entre personnes de langues diffĂ©rentes, Ă travers le monde entier. Zamenhof publia son projet en 1887 sous le nom de Lingvo Internacia (« Langue internationale »), sous le pseudonyme de Doktoro Esperanto (« Docteur EspĂ©rant », « Docteur qui espĂšre »), dâoĂč le nom sous lequel la langue sâest popularisĂ©e par la suite. La grammaire de lâespĂ©ranto se base sur seize rĂšgles fondamentales sans exception. Par sa structure qui procĂšde par enchaĂźnement dâĂ©lĂ©ments de base invariables, c'est une langue globalement agglutinante. Par son vocabulaire, câest une langue construite a posteriori, câest-Ă -dire que ses bases sont tirĂ©es de langues prĂ©existantes (essentiellement indo-europĂ©ennes) ; les mots en dĂ©rivent ensuite par lâemploi dâaffixes et par composition. De tous les nombreux projets de langue auxiliaire internationale ayant vu le jour, lâespĂ©ranto est celui qui a remportĂ© le plus de succĂšs, et le seul qui soit quelque peu connu du grand public. Il est le moyen de communication dâune communautĂ© estimĂ©e de 0,1 Ă 10 millions de locuteurs1, prĂ©sents dans la majoritĂ© des pays du monde (115 selon Ethnologue.com2). L'UNESCO a adoptĂ© plusieurs recommandations en faveur de l'espĂ©ranto. Histoire
Photographie du docteur Zamenhof
Article détaillé : Histoire de l'espéranto.
L'espĂ©ranto fut composĂ© entre la fin des annĂ©es 1870 et le dĂ©but des annĂ©es 1880 par Ludwik Lejzer Zamenhof, un ophtalmologue polonais issu d'une famille juive de BiaĆystok (alors en Russie, maintenant en Pologne), ville alors peuplĂ©e de quatre communautĂ©s : juive, polonaise, allemande et biĂ©lorusse. Sensible aux tensions qui en rĂ©sultaient, Zamenhof voulut crĂ©er un moyen de communication neutre, susceptible d'amĂ©liorer la communication et la comprĂ©hension entre les nations. AprĂšs approximativement dix annĂ©es de maturation, incluant diverses traductions et l'Ă©criture d'Ćuvres originales, Zamenhof publia Unua Libro, la premiĂšre grammaire en langue russe de la Langue internationale en juillet 1887 sous la forme d'une brochure imprimĂ©e Ă ses frais. Suivirent peu aprĂšs des versions dans de nombreuses autres langues entre 1887 et 1889. Le nombre de personnes qui apprirent la langue ne cessa d'augmenter dans les dĂ©cennies qui suivirent, au dĂ©part principalement dans la Russie impĂ©riale et en Europe de l'Est, et ensuite en Europe occidentale et aux AmĂ©riques. L'espĂ©ranto pĂ©nĂ©tra au Japon suite Ă la guerre russo-japonaise de 1904-1905. En Chine, les premiers cours furent donnĂ©s Ă Shanghai dĂšs 1906 et Ă Canton dĂšs 1908. Dans les premiĂšres dĂ©cennies, les usagers de l'espĂ©ranto restĂšrent en contact principalement par des magazines spĂ©cialisĂ©s et par correspondance. Zamenhof n'Ă©tait pas le premier Ă essayer de rĂ©unir les gens grĂące Ă la crĂ©ation d'une langue commune mais cela reste l'essai le plus rĂ©ussi3. En effet, la naissance de l'espĂ©ranto est quasi concomitante de l'invention du volapĂŒk en Allemagne. Mais l'espĂ©ranto s'est dĂšs le dĂ©but imposĂ© face aux autres projets. En 1905, le premier congrĂšs mondial d'espĂ©ranto eut lieu en France Ă Boulogne-sur-Mer ; les caractĂ©ristiques de l'espĂ©ranto furent fixĂ©es et ses objectifs dĂ©finis : cette langue devait ĂȘtre universellement comprise et parlĂ©e par l'humanitĂ© entiĂšre, sans aucune prioritĂ©. Depuis, des congrĂšs mondiaux se sont tenus chaque annĂ©e, sauf durant les deux guerres mondiales. En 2005, le centenaire de l'espĂ©ranto fut cĂ©lĂ©brĂ©, de nouveau Ă Boulogne-sur-Mer. Le dĂ©veloppement de l'espĂ©ranto fut diversement affectĂ© par les tourments politiques de la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle. Les dictatures hitlĂ©rienne et stalinienne soumirent ses militants Ă une forte rĂ©pression4. Lors de la guerre d'Espagne (1936-1939), la mouvance anarchiste reprĂ©sentait l'essentiel des dĂ©fenseurs de l'espĂ©ranto ; il Ă©tait aussi utilisĂ© par des socialistes, des communistes allergiques au stalinisme, dont George Orwell, Ă qui l'espĂ©ranto inspira la novlangue5, qu'il utilise pourtant de maniĂšre pĂ©jorative dans ses romans, et mĂȘme une partie de la droite catholique. StatutL'espĂ©ranto n'est la langue officielle d'aucun pays, mais il est la langue de travail de plusieurs associations Ă but non lucratif, principalement des associations d'espĂ©ranto. La plus grande organisation d'espĂ©ranto est l'association mondiale d'espĂ©ranto (UEA), qui est en relation officielle avec les Nations unies et l'UNESCO dans un rĂŽle consultatif 6. C'est l'une des langues officielles de l'AcadĂ©mie internationale des sciences de Saint-Marin de Saint-Marin7 et la langue officielle de l'acadĂ©mie Comenius8 en SuĂšde dont le but principal est de favoriser l'utilisation de l'espĂ©ranto dans toutes les sciences. Il existe des universitĂ©s espĂ©rantophones en Roumanie (Sibiu), en Bulgarie (Karlov), en Slovaquie Ă (KomĂĄrno) 9. Dans la plupart des pays, l'espĂ©ranto ne bĂ©nĂ©ficie que de peu ou pas de soutien officiel. En France, il n'est pas reconnu dans l'enseignement. En Hongrie, oĂč cette reconnaissance a eu lieu, l'espĂ©ranto fait partie des cinq premiĂšres langues Ă©trangĂšres10. L'espĂ©ranto Ă l'instar des autres langues dispose de diplĂŽmes validant les acquis. Combien de personnes parlent l'espĂ©ranto ?Le nombre d'espĂ©rantophones est difficile Ă Ă©valuer ; les estimations varient entre cent mille et dix millions1. Deux millions est le chiffre le plus couramment repris, comme, par exemple, dans Ethnologue.com2. Ătant une langue construite, l'espĂ©ranto est gĂ©nĂ©ralement appris comme langue seconde. Il existe cependant un petit nombre de locuteurs dont il est la langue maternelle, le plus connu Ă©tant l'homme d'affaire George Soros. Ethnologue.com en estime le nombre entre 200 et 2 000; le linguiste finlandais Jouko Lindstedt l'estime Ă 1 00011,12. Jouko Lindstedt Ă©value par l'Ă©chelle suivante la capacitĂ© Ă parler l'espĂ©ranto dans la communautĂ© espĂ©rantophone :
Sidney Culbert, ancien professeur de psychologie de l'universitĂ© de Washington, espĂ©rantiste, est arrivĂ©, en comptabilisant pendant vingt ans dans de nombreux pays les espĂ©rantophones Ă l'aide d'une mĂ©thode par Ă©chantillonnage13, Ă une estimation de 1,6 million de personnes parlant l'espĂ©ranto avec un niveau professionnel. Ses travaux ne concernaient pas que l'espĂ©ranto et faisaient partie de sa liste d'estimation des langues parlĂ©es par plus d'un million de personnes, liste publiĂ©e annuellement dans le World Almanac and Book of Facts. Comme dans l'Almanach, toutes ses estimations Ă©taient arrondies au million le plus proche, c'est le nombre de deux millions d'espĂ©rantophones qui a Ă©tĂ© retenu et frĂ©quemment repris depuis. Culbert n'a jamais publiĂ© de rĂ©sultats intermĂ©diaires dĂ©taillĂ©s pour une rĂ©gion ou un pays particulier, ce qui rend difficile l'analyse de la pertinence de ses rĂ©sultats. Marcus Sikosek considĂšre que ce nombre de 1,6 million parlant couramment l'espĂ©ranto est exagĂ©rĂ©14. Sur la base d'une rĂ©partition uniforme des espĂ©rantophones dans le monde, un million de personnes dans le monde devrait se traduire par environ 180 personnes parlant couramment l'espĂ©ranto dans la ville de Cologne, or, Sikosek n'y a trouvĂ© que 30 personnes parlant couramment l'espĂ©ranto ; de mĂȘme, il a trouvĂ© un nombre infĂ©rieur Ă celui attendu dans plusieurs autres villes censĂ©es avoir une plus forte concentration d'espĂ©rantophones que la moyenne. Il fait Ă©galement remarquer que les diffĂ©rentes organisations espĂ©rantistes reprĂ©sentent un total d'environ vingt mille membres (d'autres estimations sont supĂ©rieures). Bien que de nombreux espĂ©rantophones ne soient membres d'aucune organisation espĂ©rantiste, il lui semble peu probable qu'il y ait cinquante fois plus de personnes parlant l'espĂ©ranto que de membres de ces organisations. CaractĂ©ristiques linguistiquesClassificationEn tant que langue construite, l'espĂ©ranto n'est gĂ©nĂ©alogiquement rattachĂ© Ă aucune famille de langues vivantes. Cependant, une part de sa grammaire et l'essentiel de son vocabulaire portent Ă le rattacher aux langues indo-europĂ©ennes. Ce groupe linguistique a constituĂ© le rĂ©pertoire de base Ă partir duquel Ludwik Lejzer Zamenhof a « composĂ© » sa langue internationale. Cependant, la typologie morphologique de l'espĂ©ranto l'Ă©carte significativement des langues indo-europĂ©ennes, qui sont largement Ă dominante flexionnelle. En effet, il consiste en monĂšmes invariables qui se combinent sans restriction, ce qui l'apparente aux langues isolantes. En espĂ©ranto, comme en chinois, on dĂ©rive « mon » (mia), de « je » (mi) et « premier » (unua) de « un » (unu). Sa tendance Ă accumuler, sans en brouiller les limites, des morphĂšmes porteurs d'un trait grammatical distinct le rapproche aussi des langues agglutinantes telles que le corĂ©en, le finnois, le japonais, ou le turc.Des formes verbales telles que tradukendos (« devra ĂȘtre traduit »), videblas (« peut ĂȘtre vu ») ou seriozemi (« avoir tendance Ă se montrer sĂ©rieux ») rappellent le systĂšme de conjugaison turc[rĂ©f. nĂ©cessaire]. PhonĂ©tique et Ă©critureArticle dĂ©taillĂ© : Alphabet de l'espĂ©ranto.
L'espĂ©ranto possĂšde vingt-huit phonĂšmes: cinq voyelles et vingt-trois consonnes. Ils sont transcrits au moyen de vingt-deux lettres de l'alphabet latin (q, w, x et y ne sont pas utilisĂ©s, sauf dans les expressions mathĂ©matiques), complĂ©tĂ© par deux diacritiques (accent circonflexe et brĂšve) qui servent Ă former six caractĂšres propres Ă l'espĂ©ranto, comptĂ©s comme lettres Ă part entiĂšre : Ä, Ä, Ä„, Ä”, Ć, Ć. L'orthographe est parfaitement phonologique : chaque lettre reprĂ©sente invariablement un seul phonĂšme. Il existe aussi une translittĂ©ration cyrillique de l'espĂ©ranto, basĂ©e sur une correspondance lettre Ă lettre avec l'orthographe latine. En plus de leur rĂŽle premier de transcription, les lettres diacritĂ©es visent Ă rappeler en espĂ©ranto lâorthographe ou la prononciation de plusieurs langues europĂ©ennes. Par exemple, poĆto « poste », rappelle graphiquement et phonĂ©tiquement le mot poĆĄta du tchĂšque, du slovaque, du slovĂšne, du serbo-croate, mais aussi par la graphie les mots français, anglais, allemand poste, post, Post, et par le son le bulgare ĐżĐŸŃа (prononcĂ© ['pÉÊtÉ]). L'espĂ©ranto aboutit souvent ainsi Ă un compromis rappelant plusieurs langues sources : ainsi Äardeno [dÍĄÊarËdeno] rappelle le français jardin, l'allemand Garten et l'anglais garden. Les lettres diacritĂ©es peuvent poser quelques problĂšmes typographiques Ă l'imprimerie ou l'informatique (plus particuliĂšrement avec les systĂšmes informatiques anciens). Le Fundamento de Esperanto (adoptĂ© lors du Premier congrĂšs mondial d'espĂ©ranto en 1905 Ă Boulogne-sur-Mer) prĂ©conise dans ce cas de remplacer les lettres diacritĂ©es par des digrammes composĂ©s de la lettre de base suivie d'un h, les Ă©ventuelles ambiguĂŻtĂ©s Ă©tant levĂ©es par l'ajout d'un tiret entre les monĂšmes. Pour la commoditĂ© de certains traitements informatiques, le h est parfois remplacĂ© par un x. Les trois systĂšmes (Ć, sh, sx) coexistent sur Internet. La langue comporte un accent tonique toujours situĂ© sur l'avant-derniĂšre syllabe des mots. Le systĂšme vocalique comporte cinq timbres : a e i o u, correspondant aux valeurs du français a Ă© i o ou, comme dans de nombreuses langues, sans distinction de quantitĂ©. Voyelles
Consonnes
Remarques
BrailleL'espéranto dispose d'une transcription en braille. 15 GrammaireArticle détaillé : Grammaire de l'espéranto.
La grammaire de l'espéranto se base sur seize principes énoncés dans le Fundamento de Esperanto, adopté comme référence intangible au premier CongrÚs Universel d'Espéranto de Boulogne-sur-Mer en 1905. Ils ne constituent cependant qu'un cadre dans lequel ont été progressivement dégagées des rÚgles plus détaillées. Substantifs, adjectifs et adverbes dérivésUn mot se forme en ajoutant à un radical des morphÚmes invariables signalant chacun un trait grammatical précis :
Le pluriel (-j) puis l'accusatif (-n) suivent la terminaison du substantif ou de l'adjectif, ce qui donne les terminaisons -oj, -on, -ojn, -aj, -an, -ajn. L'adjectif s'accorde en nombre et en cas avec le substantif auquel il se rapporte. L'accusatif a pour fonction essentielle de marquer le complĂ©ment d'objet direct (Ili konstruas grandan domon « Ils construisent une grande maison »), et indique aussi le changement de lieu, de position ou d'Ă©tat (Mi iras Parizon « Je vais Ă Paris », ĆanÄi akvon en glacion « changer l'eau en glace »). Une particularitĂ© de l'espĂ©ranto est que dans cet emploi l'accusatif peut Ă©galement s'ajouter Ă l'adverbe dĂ©rivĂ©. Enfin, l'accusatif a Ă©galement une fonction « joker »: de mĂȘme que la prĂ©position je, il s'emploie en cas de doute, ou pour remplacer une prĂ©position, et marque alors simplement la dĂ©pendance syntaxique (tiu tablo estas longa je du metroj - tiu tablo estas du metrojn longa « Cette table fait deux mĂštres de long »; oni pendigis lin kun la kapo malsupren - oni pendigis lin kapon malsupren « On l'a pendu la tĂȘte en bas »).16 L'ordre des mots n'intervient pas dans la distinction entre sujet et objet, entiĂšrement assurĂ©e par l'accusatif. On a ainsi : La patrino kisas la infanon. - La infanon kisas la patrino. - La patrino la infanon kisas. - La infanon la patrino kisas. - Kisas la patrino la infanon. - Kisas la infanon la patrino. Dans ce premier exemple, la phrase signifie Ă chaque fois « La mĂšre embrasse l'enfant. » La patrinon kisas la infano. - La infano kisas la patrinon. - La patrinon la infano kisas. - La infano la patrinon kisas. - Kisas la patrinon la infano. - Kisas la infano la patrinon. Dans ce second exemple, la phrase signifie Ă chaque fois « L'enfant embrasse la mĂšre. » Les autres fonctions syntaxiques sont indiquĂ©es par des prĂ©positions. Comme l'anglais, l'espĂ©ranto ne connaĂźt pas le genre grammatical, mais fait des distinctions de sexe dans son lexique. Dans ce cas, le sexe fĂ©minin est marquĂ© par le suffixe -in-, tirĂ© de l'allemand -in (ex. frato « frĂšre » - fratino « sĆur », vulpo « renard » - vulpino « renarde »)17. VerbesArticle dĂ©taillĂ© : Conjugaisons en espĂ©ranto.
Les verbes se caractĂ©risent par une sĂ©rie de marques qui forment une conjugaison mĂȘlant des valeurs temporelles et modales:
Ces terminaisons permettent d'exprimer n'importe quel concept sous forme de verbe : muziko « musique » â li muzikas « il joue de la musique », Äoja « gai » â Äoji « se rĂ©jouir ». Cette possibilitĂ© est notamment exploitĂ©e pour former des verbes d'Ă©tat Ă partir d'adjectifs: « elle est belle » peut se dire aussi bien Ći belas que Ći estas bela. Le conditionnel est le mode du fictif, de l'irrĂ©el ; il s'emploie aussi bien en proposition principale qu'en proposition subordonnĂ©e : Mi povus, se mi volus. « Je pourrais si je voulais ». L'Ă©ventualitĂ© est plutĂŽt rendue par le futur : MorgaĆ eble pluvos. « Il se peut qu'il pleuve demain. Il pleuvra peut-ĂȘtre demain ». Le volitif est le mode de l'expression de la volontĂ©; il correspond en français Ă l'impĂ©ratif (Atendu ! « Attends! Attendez! ») et Ă certains usages du subjonctif quand il exprime un dĂ©sir, un souhait, une volontĂ©, ou une exigence (Li venu. « Qu'il vienne. » Kien ni iru ? « OĂč faut-il que nous allions ? », Mi proponas ke ni laboru kune. « Je propose que nous travaillions ensemble »). Le systĂšme verbal comporte Ă©galement les participes prĂ©sents, passĂ©s et futurs, marquĂ©s respectivement par -ant-, -int- et -ont- pour la voix active et -at-, -it- et -ot- pour la voix passive. Ils peuvent se combiner Ă l'auxiliaire esti pour former des temps composĂ©s qui expriment l'aspect progressif avec les participes prĂ©sents, le passĂ© rĂ©cent avec les participes passĂ©s, le futur proche avec les participes futurs. En pratique, l'usage de ces temps composĂ©s est assez restreint, surtout Ă l'actif, la prĂ©fĂ©rence allant Ă l'usage d'adverbes temporels.18 Ă l'inverse du français, mais Ă l'instar des langues slaves, l'espĂ©ranto ne pratique pas la concordance des temps : Mi ne sciis ke li venos. « Je ne savais pas qu'il viendrait ». La transitivitĂ© des verbes en espĂ©ranto est gĂ©nĂ©ralement fixĂ©e, et il n'est pas possible de dĂ©duire rĂ©guliĂšrement si un verbe formĂ© par simple ajout des marques de conjugaison Ă un radical est ou non transitif. En revanche, deux suffixes permettent d'en modifier la valence:
Par ailleurs, la préfixation d'une préposition aboutit généralement à transitiver un verbe intransitif :
D'autres affixes permettent d'exprimer diverses nuances d'aspect :
Mots-outilsPronoms personnels et possessifsLa personne grammaticale s'exprime par la sĂ©rie suivante de pronoms personnels: mi « je », vi « tu/vous »20, li « il » (pour un ĂȘtre vivant de sexe masculin), Ći « elle » (pour un ĂȘtre vivant de sexe fĂ©minin), Äi « il/elle » (pour les ĂȘtres vivants de sexe indĂ©terminĂ© ou les choses), si « soi » ou « se » (rĂ©flĂ©chi), ni « nous », ili « ils/elles/eux » (pour tous les cas), oni « on ». Tous prennent la marque de l'accusatif, le cas Ă©chĂ©ant. Les possessifs en dĂ©rivent par l'ajout de la marque d'adjectif -a : mia « mon, ma », nia « notre », etc. Les possessifs prennent les marques du pluriel et de l'accusatif, le cas Ă©chĂ©ant. Seul si n'est pas utilisĂ© en position de sujet. ArticleL'espĂ©ranto utilise l'article dĂ©fini invariable la. Il n'y a ni article indĂ©fini, ni article partitif. CorrĂ©latifsArticle dĂ©taillĂ© : Grammaire de l'espĂ©ranto#Tabel-vortoj.
L'espéranto utilise également comme déterminants un ensemble de pronoms-adjectifs assemblés systématiquement à partir d'une initiale et d'une finale caractéristiques :
D'autres finales produisent des adverbes circonstanciels: -e (lieu), -am (temps), -el (maniĂšre), -al (cause), -om (quantitĂ©). Les mots formĂ©s sur ces bases sont dĂ©signĂ©s collectivement comme corrĂ©latifs ou (en espĂ©ranto mĂȘme) tabel-vortoj21. Ainsi par exemple :
Particules invariablesL'espĂ©ranto recourt Ă©galement Ă diverses particules invariables dans l'organisation de la phrase: il s'agit de conjonctions de coordination (kaj « et », aĆ Â« ou », do « donc », sed « mais »...) ou de subordination (ke « que », Äar « parce que », dum « pendant que », se « si »...) qui prĂ©cisent les rapports entre propositions, et des adverbes simples Ă valeur spatiale, temporelle, logique ou modale. Par exemple, ne marque la nĂ©gation, et Äu marque l'interrogation globale. Syntaxe de phraseComme en russe ou en latin, l'ordre des mots est trĂšs libre en espĂ©ranto. Le sujet, le verbe et le complĂ©ment d'objet direct (marquĂ© par l'accusatif) peuvent apparaĂźtre dans n'importe quel ordre ; le plus frĂ©quent est l'ordre sujet-verbe-objet suivi du complĂ©ment circonstanciel, mais l'usage d'autres dispositions est courant notamment en cas de mise en relief. Il existe cependant certaines rĂšgles et tendances bien Ă©tablies : 22
Certaines tendances expressives peuvent sembler peu communes par rapport à l'usage du français :
Du fait de l'absence de restriction sur la combinaison des monĂšmes, une mĂȘme phrase peut se formuler de multiples façons:
L'espĂ©ranto peut ainsi alternativement se montrer synthĂ©tique ou analytique. VocabulaireArticles dĂ©taillĂ©s : Vocabulaire de l'espĂ©ranto et Ătymologie de l'espĂ©ranto.
Sources lexicalesBien qu'étant une langue construite, l'espéranto, tire ses bases lexicales de langues existantes (essentiellement indo-européennes): c'est ce que l'on appelle une langue construite a posteriori. Les principales sources sont, par importance décroissante23:
Les mots provenant d'autres langues dĂ©signent surtout des rĂ©alitĂ©s culturelles spĂ©cifiques: boaco « renne » (du same), jogo « yoga » (du sanskrit), haĆioj « baguettes (pour manger) » (du japonais), etc. Les morphĂšmes grammaticaux doivent beaucoup au latin (participes en -nt- et -t-, nombreux adverbes et prĂ©positions, sĂ©rie des numĂ©raux) et dans une moindre mesure au grec ancien (j du pluriel, n de l'accusatif, conjonction kaj « et »). Une partie est construite a priori sans rĂ©fĂ©rence Ă©vidente Ă des langues existantes (le pronom personnel Äi, le suffixe -uj- dĂ©notant un contenant total...), ou profondĂ©ment remaniĂ© Ă partir d'Ă©lĂ©ments rappelant ceux de langues prĂ©existantes, comme la sĂ©rie des corrĂ©latifs. Zamenhof a suivi diverses mĂ©thodes pour adapter ses sources lexicales Ă l'espĂ©ranto. Le plus grand nombre a Ă©tĂ© simplement adaptĂ© Ă la phonĂ©tique et l'orthographe de la langue, tantĂŽt davantage Ă partir de la prononciation (ex. trotuaro du français trottoir; beleco « beautĂ© » de l'italien bellezza ; Ćuo « chaussure » de l'anglais shoe et de l'allemand Schuhe), tantĂŽt Ă partir de la forme Ă©crite (ex. semajno « semaine », soifi « avoir soif » empruntĂ©s au français ; birdo « oiseau », teamo « Ă©quipe » empruntĂ©s Ă l'anglais). Lorsque plusieurs de ses sources comportaient des mots proches par la forme et le sens, Zamenhof a souvent créé un moyen terme (ex. Äefo « chef », cf. français chef / anglais chief ; forgesi « oublier », cf. allemand vergessen / anglais to forget ; gliti « glisser », cf. français glisser / allemand gleiten / anglais to glide ; lavango « avalanche », cf. français avalanche / italien valanga / allemand Lawine ; najbaro « voisin », cf. allemand Nachbar / anglais neighbour). Les radicaux sont parfois davantage altĂ©rĂ©s que ne le nĂ©cessiterait la simple adaptation phonĂ©tique ou orthographique, 24 :
Le vocabulaire de l'espĂ©ranto comprenait quelques centaines de radicaux dans le Fundamento de Esperanto de 1905. En 2002, aprĂšs un siĂšcle d'usage, le plus grand dictionnaire monolingue espĂ©rantiste (Plena Ilustrita Vortaro de Esperanto), en comprend 16.780 correspondant Ă 46.890 Ă©lĂ©ments lexicaux. Formation des motsLa formation des mots espĂ©ranto est traditionnellement dĂ©crite en termes de dĂ©rivation lexicale par affixes et de composition. Cette distinction est cependant relative, dans la mesure oĂč les « affixes » sont susceptibles de sâemployer aussi comme radicaux indĂ©pendants: ainsi le diminutif -et- forme lâadjectif eta « petit (avec idĂ©e de faiblesse) », le collectif -ar- forme le nom aro « groupe », le causatif -ig- forme le verbe igi « faire, rendre », etc. Les deux principes essentiels de formation des mots sont :
En thĂ©orie, il nâexiste pas dâautre limite que sĂ©mantique Ă la combinatoire des radicaux. Il en rĂ©sulte un certain schĂ©matisme qui aboutit Ă la formation systĂ©matique de longues sĂ©ries sur le mĂȘme modĂšle, parfois sans Ă©quivalent direct dans dâautres langues. Par exemple :
Ce schĂ©matisme a pour effet de diminuer le nombre de radicaux nĂ©cessaires Ă lâexpression au profit de dĂ©rivĂ©s, rĂ©duisant ainsi la composante immotivĂ©e du lexique. Le procĂ©dĂ© pouvant parfois paraĂźtre lourd, la langue littĂ©raire a cependant introduit quelques radicaux alternatifs Ă titre de variantes stylistiques: par exemple olda « vieux » peut doubler maljuna (formĂ© sur juna « jeune ») ou malnova (formĂ© sur nova « neuf, nouveau »). Lâusage courant tend cependant Ă prĂ©fĂ©rer les dĂ©rivĂ©s26,27,28. Le systĂšme de dĂ©rivation sâadapte aisĂ©ment aux besoins en mots nouveaux. Ainsi, du mot reto (« rĂ©seau, filet »), on a extrait le radical ret- pour former tout un ensemble de mots liĂ©s Ă Internet : retadreso (« adresse de courriel »), retpirato (« pirate informatique »), etc. ExemplesQuelques mots de base
Texte analysĂ© en constituantsLa akcento estas sur la antaĆlasta silabo. La kernon de la silabo formas vokalo. Vokaloj ludas grandan rolon en la ritmo de la parolo. Substantivoj finas per -o, adjektivoj per -a. La signo de la pluralo estas -j. La pluralo de « lasta vorto » estas « lastaj vortoj ». « -o » = substantifs/« -a » = adjectifs/« -j » = pluriel/« -n » = accusatif' Traduction : L'accent est sur l'avant-derniĂšre syllabe. Le cĆur de la syllabe est formĂ© par une voyelle. Les voyelles jouent un grand rĂŽle dans le rythme de la parole. Les substantifs finissent par -o, les adjectifs par -a. La marque du pluriel est -j. Le pluriel de « lasta vorto » (« dernier mot ») est « lastaj vortoj ». Critiques de l'espĂ©rantoArticle dĂ©taillĂ© : Critiques de l'espĂ©ranto.
Depuis ses débuts, l'espéranto a essuyé de nombreuses critiques :
La diffusion relativement restreinte de l'espĂ©ranto (dix millions de personnes ne reprĂ©sentent que 0,15 % de la population mondiale) est Ă©galement invoquĂ©e pour en contester la qualitĂ© et l'utilitĂ©30. Les partisans de l'espĂ©ranto y opposent le fait que la langue ait Ă©tĂ© employĂ©e sur une longue durĂ©e et dans de nombreux pays (115 selon Ethnologue.com2), et argumentent que le nombre de locuteurs ne prĂ©sume pas de ses qualitĂ©s intrinsĂšques, mais relĂšve plutĂŽt de l'absence de soutien politique; son adoption officielle comme langue de travail (par exemple comme langue pivot pour les traductions au sein de l'Union europĂ©enne) aurait pour effet d'augmenter rapidement le nombre de locuteurs (voir Rapport Grin). L'espĂ©ranto a Ă©galement Ă©tĂ© comparĂ© Ă la novlangue du roman 1984 de George Orwell, une langue fictive créée et imposĂ©e pour rĂ©duire considĂ©rablement la richesse et la subtilitĂ© du langage. IntĂ©rĂȘt pĂ©dagogique de l'espĂ©rantoArticle dĂ©taillĂ© : Valeur propĂ©deutique de l'espĂ©ranto.
LâInstitut de pĂ©dagogie cybernĂ©tique de Paderborn (Allemagne) a comparĂ© les durĂ©es dâapprentissage de plusieurs groupes dâĂ©lĂšves francophones, de niveau baccalaurĂ©at, pour atteindre un niveau comparable dans quatre langues diffĂ©rentes : lâespĂ©ranto, lâanglais, lâallemand et lâitalien. Les rĂ©sultats sont les suivants : pour atteindre ce niveau, 2000 heures dâĂ©tudes de lâallemand produisaient un niveau linguistique Ă©quivalent Ă 1500 heures dâĂ©tude de lâanglais, 1000 heures dâĂ©tude de lâitalien et 150 heures dâĂ©tude de lâespĂ©ranto. 31 32 Ces Ă©tudes furent reprises et confirmĂ©es par d'autres Ă©tudes dans 33 le rapport remis au ministĂšre italien de l'enseignement public (ministĂšre de l'instruction), ainsi que dans le Rapport Grin Cette facilitĂ© de l'espĂ©ranto fut constatĂ©e par InazĆ Nitobe, membre de lâAcadĂ©mie ImpĂ©riale du Japon, homme de science, SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral adjoint de la SociĂ©tĂ© des Nations, qui avait participĂ© au congrĂšs universel dâespĂ©ranto de Prague en 1921 pour se rendre compte par lui-mĂȘme de lâefficacitĂ© de cette langue. Dans un rapport intitulĂ© Esperanto as an International Auxiliary Language / LâespĂ©ranto comme langue auxiliaire internationale29, publiĂ© en 1922, il avait Ă©crit : âOn peut affirmer avec une certitude absolue que lâespĂ©ranto est de huit Ă dix fois plus facile que nâimporte quelle langue Ă©trangĂšre et quâil est possible dâacquĂ©rir une parfaite Ă©locution sans quitter son propre pays. Ceci est en soi un rĂ©sultat trĂšs apprĂ©ciable.â34 Lorsque l'on a dĂ©jĂ appris une langue Ă©trangĂšre, l'apprentissage d'une nouvelle langue Ă©trangĂšre est plus facile, d'oĂč l'intĂ©rĂȘt de commencer par une langue Ă©trangĂšre facile. Des Ă©tudes menĂ©es sur des Ă©chantillons comparatifs d'Ă©lĂšves ont montrĂ© que les Ă©lĂšves qui avaient d'abord Ă©tudiĂ© l'espĂ©ranto avant de passer Ă l'Ă©tude d'une langue Ă©trangĂšre, atteignaient un meilleur niveau, dans cette langue, que le groupe tĂ©moin qui pendant la mĂȘme durĂ©e n'avait Ă©tudiĂ© que cette langue Ă©trangĂšre. Du point de vue de la graphie, lâespĂ©ranto fait partie des langues dites « transparentes » : comme pour le croate, le serbe, l'espagnol, l'italien, le russe, le slovĂšne ou le tchĂšque, la correspondance entre graphĂšmes et phonĂšmes est simple, stable et rĂ©guliĂšre. Une langue complĂštement transparente suit deux principes: Ă un phonĂšme correspond une seule graphie; Ă une seule graphie correspond un seul phonĂšme. Ă lâopposĂ©, les langues dites « opaques » comme le français ou l'anglais ont des rĂšgles de correspondance grapho-phonĂ©mique complexes et irrĂ©guliĂšres.35 Un dyslexique utilisant une langue « opaque » devient souvent dysorthographique. Il est prĂ©fĂ©rable de choisir l'apprentissage dâune langue transparente pour faciliter l'apprentissage des langues chez les enfants dyslexiques.36 D'autre part, l'espĂ©ranto peut aider grĂące Ă sa construction signalant pour chaque mot un trait grammatical prĂ©cis, Ă faire comprendre les liens entre la « fonction dans la phrase » et l'« orthographe grammaticale » de chaque mot. EspĂ©ranto et militantismeArticle dĂ©taillĂ© : EspĂ©ranto et militantisme.
L'espĂ©ranto donne lieu Ă un mouvement militant qui s'est notamment traduit par l'apparition en France de la liste Europe DĂ©mocratie EspĂ©ranto aux Ă©lections europĂ©ennes de juin 2004. La liste a reçu 25 067 voix, soit environ 0,15% des suffrages exprimĂ©s. Elle se structure dĂ©sormais au niveau europĂ©en37. Ce mouvement propose d'utiliser l'espĂ©ranto, de prĂ©fĂ©rence Ă l'anglais, Ă la fois pour garantir une Ă©galitĂ© de tous par rapport Ă la langue de communication internationale utilisĂ©e, pour prĂ©server la pluralitĂ© linguistique et pour une plus grande efficacitĂ©. Il s'appuie sur diffĂ©rentes Ă©tudes affirmant l'intĂ©rĂȘt Ă©conomique et politique que pourrait reprĂ©senter l'utilisation de l'espĂ©ranto38, tels que le rapport Grin, qui estime que son enseignement (en remplacement de l'enseignement des LV1 actuel) « se traduirait par une Ă©conomie nette, pour la France, de prĂšs de 5,4 milliards dâEuros par annĂ©e et, Ă titre net pour lâEurope entiĂšre (Royaume-Uni et Irlande compris), dâenviron 25 milliards dâEuros annuellement »39. L'UNESCO a fait plusieurs recommandations en faveur de l'espĂ©ranto. L'espĂ©ranto a Ă©galement Ă©tĂ© plusieurs fois proposĂ© comme candidat au Prix Nobel de la Paix, notamment en 2008. Variantes de l'espĂ©rantoIdo et RiismeArticle dĂ©taillĂ© : Ăvolutions de l'espĂ©ranto.
Zamenhof lui-mĂȘme proposa des modifications et des rĂ©formes, mais celles-ci furent refusĂ©es par le comitĂ© EspĂ©ranto. La volontĂ© de corriger certains dĂ©fauts de l'espĂ©ranto a poussĂ© certaines personnes Ă crĂ©er des variantes telles que l'Ido ou Ă proposer des rĂ©formes importantes telles que le riisme. La majoritĂ© des espĂ©rantistes est gĂ©nĂ©ralement hostile Ă ces Ă©volutions trop fortes, de peur de diviser la collectivitĂ© entre rĂ©formistes et conservateurs et de diminuer la clartĂ© de la langue. C'est pourquoi l'espĂ©ranto reste la plus utilisĂ©e des langues dites construites et a gardĂ© sa stabilitĂ© interne. EspĂ©ranto signĂ©Signuno est une forme gestuelle de l'espĂ©ranto. Il a pour but de permettre aux sourds de nationalitĂ©s diffĂ©rentes de communiquer, afin que l'espĂ©ranto ne soit pas seulement utilisable sous une forme verbale ou Ă©crite. Outre les chiffres et les lettres, un signe spĂ©cifique est associĂ© aux morphĂšmes les plus courants. Les signes de Signuno sont essentiellement basĂ©s sur le Gestuno. La culture espĂ©rantophoneĂvolution de la pratique de l'espĂ©rantoLâespĂ©ranto a longtemps Ă©tĂ© une langue plus Ă©crite que parlĂ©e. DĂšs le dĂ©but, toutefois, son usage oral a Ă©tĂ© assurĂ© par les clubs d'espĂ©ranto, dissĂ©minĂ©s un peu partout en Europe, en Asie orientale et dans quelques pays d'AmĂ©rique. Les personnes intĂ©ressĂ©es s'y retrouvaient une fois par semaine ou par mois pour pratiquer la langue et accueillir des voyageurs Ă©trangers qui l'avaient apprise. Au dĂ©but du XXe siĂšcle sont apparus de nombreux Ă©crivains, hommes et femmes, poĂštesâŠ, qui, ayant adoptĂ© l'espĂ©ranto comme langue de leurs Ă©crits, lui ont donnĂ© sa littĂ©rature. Dans la rĂ©sistance Ă l'occupation japonaise, des artistes corĂ©ens, notamment des rĂ©alisateurs qui seront Ă l'origine du cinĂ©ma nord-corĂ©en, choisissent ainsi de se regrouper en 1925 dans une association ayant choisi un nom espĂ©rantiste: la Korea Artista Proletaria Federacio (KAPF), ou Association corĂ©enne des artistes prolĂ©tariens. En fait, l'usage oral de la langue, de la simple conversation Ă la musique, s'est surtout dĂ©veloppĂ© lorsque les voyages sont devenus plus accessibles et que les rencontres internationales espĂ©rantistes se sont multipliĂ©es. La mise en place de services d'hĂ©bergement chez l'habitant, comme le Pasporta Servo, et l'apparition de l'enregistrement sonore sur cassette, de mĂȘme que les programmes de conversation tĂ©lĂ©phonique par ordinateur (VOIP), ont contribuĂ© Ă faire progresser l'utilisation orale de la langue. Il faut Ă©galement noter qu'avec l'accroissement du nombre de locuteurs, l'espĂ©ranto est devenu la langue maternelle d'enfants issus de couples espĂ©rantophones. En dĂ©fendant son idĂ©e Ă travers lâEurope, le Docteur Zamenhof s'est attirĂ© la sympathie de nombreuses personnalitĂ©s politiques, telles que Gandhi ainsi que la communautĂ© internationale du BahaĂŻsme. L'espĂ©ranto est trĂšs prĂ©sent sur internet, et au 11 dĂ©cembre 2009, le nombre de pages de la WikipĂ©dia espĂ©ranto Ă©tait de 122 424 pages. Les curieux pourront Ă©couter, grĂące au lien Ă droite, des extraits du discours de Zamenhof au Premier CongrĂšs Universel d'EspĂ©ranto (wikisource), dits par Claude Piron et enregistrĂ©s lors du congrĂšs de Boulogne de 2005 organisĂ© pour cĂ©lĂ©brer le centenaire de ce Premier CongrĂšs. Ces extraits sont reproduits et traduits dans la page de description du fichier. Ce discours est typique du style de Zamenhof, empreint de naĂŻvetĂ© pour ses dĂ©tracteurs, d'un profond humanisme pour ses sympathisants. LittĂ©ratureDe nombreuses Ćuvres littĂ©raires ont Ă©tĂ© Ă©crites ou traduites en espĂ©ranto. Des livres (comme la Bible40, Le Petit Prince41 ou le Manifeste du parti communiste42) ont Ă©tĂ© traduits en espĂ©ranto; les Ćuvres originales en espĂ©ranto sont Ă©galement bien reprĂ©sentĂ©es. Dans la sĂ©rie de romans de science-fiction Le Fleuve de l'Ă©ternitĂ© de l'Ă©crivain Philip JosĂ© Farmer, tous les humains ayant vĂ©cu sur la Terre sont ressuscitĂ©s sur les rives d'un interminable fleuve. L'espĂ©ranto y devient rapidement de facto la langue de communication entre les riverains, et Farmer l'utilise, entre autres, pour nommer certains Ătats qui sont fondĂ©s sur les bords du fleuve. Presse
CinĂ©maLe cinĂ©aste suisse François Randin produit des films qui sont parlĂ©s en espĂ©ranto ou, sont sous-titrĂ©s en espĂ©ranto afin de pouvoir ĂȘtre compris par tout le monde. Incubus, de Leslie Stevens (1965) avec William Shatner dans le rĂŽle principal, fut entiĂšrement tournĂ© en espĂ©ranto. Tous les acteurs ont appris les dialogues dans cette langue et le film n'existe qu'en version originale en espĂ©ranto avec sous-titres. Dans le film de Charlie Chaplin Le Dictateur les plaques des magasins du ghetto juif sont en espĂ©ranto, dĂ©crite comme « langue juive internationale » par Hitler dans Mein Kampf. Le film Idiot's Delight avec Clark Gable nomme quant Ă lui « Esperanto » une dictature europĂ©enne non identifiĂ©e, utilisant une langue neutre afin de n'offenser aucun pays. Une stratĂ©gie diplomate reprise dans Street Fighter (1994) et Blade Trinity (2005). Il est aussi possible d'entendre de l'espĂ©ranto dans la version originale du film Bienvenue Ă Gattaca. En effet, les haut-parleurs de l'entreprise dans laquelle travaille le protagoniste de l'histoire, font les annonces d'abord en espĂ©ranto puis en anglais. MusiqueDans son album HIStory, Michael Jackson exploite la sonoritĂ© Ă la fois internationale et exotique de l'espĂ©ranto, en prononçant quelques phrases dans cette langue. Dans le jeu vidĂ©o Final Fantasy XI, le thĂšme principal Memoro de la Ćtono accompagnant la cinĂ©matique d'introduction, est chantĂ© en espĂ©ranto. La pochette de l'album OK Computer de Radiohead prĂ©sente de nombreuses phrases, dont certaines en espĂ©ranto. Utilisation du mot espĂ©ranto en tant que mĂ©taphoreLe nom espĂ©ranto fonctionne comme un nom propre quand il dĂ©signe la langue mĂȘme, mais est parfois utilisĂ© comme nom commun (dans une sorte d'antonomase) pour reprĂ©senter une langue commune ou un moyen commun dans un domaine donnĂ© oĂč cette mise en commun ne va pas de soi. Cette utilisation du mot espĂ©ranto peut aussi bien ĂȘtre prise dans un sens positif que dans un sens nĂ©gatif. Dans le domaine de l'informatique, Java fut qualifiĂ© d'espĂ©ranto des langages de programmation43, en particulier Ă cause de sa simplicitĂ© et de son universalitĂ© (indĂ©pendance par rapport au systĂšme d'exploitation), mĂ©taphore reprise pour XML, qualifiĂ© Ă son tour d'espĂ©ranto du systĂšme d'information44. En Allemagne et en Autriche, les opposants Ă l'euro le dĂ©crivirent comme Esperantogeld ou EsperantowĂ€hrung (Geld = « argent » ; WĂ€hrung = « Monnaie45 ») voulant dire par lĂ qu'un tel projet international Ă©tait intrinsĂšquement vouĂ© Ă l'Ă©chec. Annexes et sourcesBibliographie
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Notes et références
Articles connexes
Liens externes
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