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Esclavage

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L'esclavage désigne les conditions sociales des esclaves, des travailleurs non libres et généralement non rémunérés qui sont juridiquement la propriété d'une autre personne et donc négociables, au même titre qu'un objet. Au sens large, l'esclavage est le système socio-économique reposant sur le maintien et l'exploitation de personnes dans cette condition. En France, il est considéré maintenant comme un crime contre l'humanité.

Les esclaves sont tenus d'obéir à tous les ordres de leur maître depuis leur naissance (ou capture, ou passage à l'état d'esclave) jusqu'à leur mort, leur vente, ou parfois leur libération, ou affranchissement.

En tant que propriété, l'esclave peut faire l'objet des transferts inhérents à la notion de propriété : on peut donc l'acheter, le vendre ou le louer.

Défini comme un "outil animé" par Aristote (Ethique à Nicomaque, VI, chap. VIII-XIII), l?esclave se distingue du captif ou du forçat, conditions voisines dans l'exploitation, et de la bête de somme, par un statut juridique propre, déterminé par les règles et les lois en vigueur dans le pays et l?époque considérés. Le servage - par exemple - se différencie également de l'esclavage: l'on reconnaissait une âme ainsi qu'une personnalité juridique aux serfs. Dans les pays qui interdisent l'esclavage il peut toutefois exister des esclaves de fait.

Sommaire

[] Définitions

[] Étymologies

Le terme moderne « esclavage » vient du latin médiéval « sclavus » déformation du mot latin « slavus » (le slave)[1]. Le mot « esclave » serait apparu au Haut Moyen Âge à Venise, où la plupart des esclaves étaient des Slaves des Balkans, « une région qui s'appelait autrefois « Esclavonie », puis Slavonie, et qui est récemment devenue indépendante, sous le nom de « Slovénie » ». La même racine se retrouve dans le mot arabe « saqaliba », ce qui n'a rien d'étonnant puisque les Turcs se procuraient leur futurs janissaires en achetant ou capturant des enfants chrétiens dans la même région.

Rome pratiquant l'esclavage, comme tous les peuples antiques, le latin disposait évidemment d'un terme pour désigner l'esclave : « servus », qui a conduit aux termes « servile » et « servilité », relatifs à l'esclave et à sa condition. Ce mot a aussi donné naissance aux termes « serf » du Moyen Âge et aux modernes « service », « serviteur », voire « ciao », etc.

[] Définition française

Selon l'Académie française, l'esclave est une « personne qui n'est pas de condition libre, qui appartient à un maître exerçant sur elle un pouvoir absolu. »[2]. L'esclavage est donc avant tout la condition d'esclave, et la réduction d'un homme à l'état d'esclave.

L'esclave peut dépendre de toute autorité : personne, groupe, organisation ou encore État. L'Académie française ajoute à cela, par extension, toute « institution sociale fondée sur l'existence d'une classe d'esclaves »[3]

Par analogie, l'esclavage est donc l?« état, [la] condition de ceux qui sont soumis à une tyrannie, à une autorité arbitraire ; asservissement, servitude. »[4].

La définition n'exclut donc pas formellement la notion de servitude volontaire.

Autres sens :

  • Au sens figuré, l'esclavage est l'état d'une « personne qui, par intérêt ou par goût, se met dans la dépendance d'une autre et suit aveuglément ses volontés. »[5]
  • Par extension, « se dit d'une personne qui se tient dans un état d'assujettissement, de dépendance, qui subit l'empire d'une chose. »[5]
  • Au figuré, « se dit de tout ce qui tient dans un état d'assujettissement, de dépendance. L'esclavage du tabac. L'esclavage de la mode. L'esclavage des passions. Par métonymie, activité imposant une sujétion. Ce travail est lucratif, mais c'est un véritable esclavage. »[6]

[] Définitions juridiques

Fers d'esclave
Fers d'esclave

Plusieurs textes internationaux ont tenté de définir la notion d'esclavage.

  • La convention relative à l'esclavage (1926) de la Société des nations dispose en son article premier que "L'esclavage est l'état ou condition d'un individu sur lequel s'exercent les attributs du droit de propriété ou certains d'entre eux". L'article définit également la traite des esclaves comme "tout acte de capture, d'acquisition ou de cession d'un individu en vue de la réduire en esclavage; tout acte d'acquisition d'un esclave en vue de le vendre ou de l'échanger; tout acte de cession par vente ou échange d'un esclave acquis en vue d'être vendu ou échangé, ainsi que, en général, tout acte de commerce ou de transport d'esclaves."[7]
  • L'Organisation internationale du travail a adopté en 1930 une définition du travail forcé que l'on peut rapprocher de celle de l'esclavage : "le terme travail forcé ou obligatoire désignera tout travail ou service exigé d'un individu sous la menace d'une peine quelconque et pour lequel ledit individu ne s'est pas offert de plein gré."[8]

[] Usages particuliers

  • L'OIT assimile au travail forcé, le travail des enfants (voir l'article).
  • La notion d'esclavage ou de servitude est souvent utilisée comme argument politique ou idéologique : notion anticapitaliste d'esclavage salarié, notion libérale d'esclavage fiscal[10], raisonnements de pacifistes et raisonnements de libéraux (pacifistes ou non) assimilant le service militaire à une forme d'esclavage (ce que la convention de l'OIT de 1930 exclut clairement), notion d'esclavage animal[11]

[] Histoire

Coupe d'un navire négrier tel que figurant dans la bande dessinée les Passagers du vent.
Coupe d'un navire négrier tel que figurant dans la bande dessinée les Passagers du vent.

[] Les sources de l'esclavage

[] Une condition héréditaire

La transmission héréditaire du statut d'esclave est historiquement récurrente. Les modalités et le degré de formalisation des règles de transmission sont cependant variables. Durant la période romaine classique, ce statut s'hérite par la mère, sans qu'aucune attention ne soit portée à la condition du père[12]. On nomme verna un esclave de naissance. Aux États-Unis, si la législation est mouvante dans le temps et, surtout, différenciée selon les États, la transmission de la condition d'esclave par la mère est très largement dominante. Les premiers textes en attestant sont le statut du Maryland de 1664 et le code virginien de 1705[13]. La loi a parfois répondu aux rares cas d'union entre femmes libres et esclaves en imposant aux enfants de servir le maître de leur père, à vie ou pour une durée déterminée[14].

À compter d'Omar, dans la seconde moitié du VIIe siècle, la législation islamique prend le contre-pied de ce mode de transmission, en posant que l'enfant d'une esclave est libre si le propriétaire est le père de l'enfant. La « mère d'enfant » - le titre est officiel- est libéré à la mort de son maître[15]. La législation islamique se situe sur ce point dans la continuité des législations mésopotamiennes qui nous sont parvenues : un père libre et veuf qui épouse une esclave peut même faire de l'enfant qui naîtrait de cette union son héritier s'il l'a expressément adopté. La descendance d'une mère libre et d'un esclave est automatiquement libre[16].

[] La décision judiciaire

Le code d'Hammourabi mentionne pour la Mésopotamie des sanctions juridiques conduisant à l'esclavage comme, par exemple, la répudiation de ses parents par un enfant adopté[17]. Sous la République romaine, certaines infractions entraînent la déchéance des droits civiques (capitis deminutio maxima) : les déserteurs et les citoyens qui se sont dérobés au cens peuvent ainsi être vendus comme esclave par un magistrat, en dehors de Rome toutefois[18]. Sous l'Empire, la condamnation aux mines (ad metalla) est l'une des peines les plus redoutées. Aux États-Unis, les Noirs libres peuvent être condamnés à l'esclavage pour un ensemble d'infractions juridiques assez larges : l'accueil d'un esclave fugitif, le fait de rester sur le territoire de certains États, telle la Virginie, un an après son émancipation.

[] Les abandons d'enfants

L'esclavage touche historiquement les populations les plus fragiles et en premier lieu les enfants. Le sort de l'enfant abandonné le conduisait ainsi souvent à l'esclavage en Mésopotamie et plus tard en Grèce et à Rome[19]. Dans ces deux dernières civilisations antiques, le droit d'exposition autorise l'abandon d'un enfant, le plus souvent devant un bâtiment public, un temple par exemple. L'enfant recueilli est soumis à l'arbitraire de son « bienfaiteur » et échappe rarement à l'esclavage.

Quand il n'est pas abandonné, l'enfant peut aussi vendu. Des contrats de vente d'enfants , datant de la troisième dynastie d'Ur, indiquent que la pratique semble être répandue au sein des civilisations mésopotaniennes[20].

[] La servitude pour dettes

Icône de détail Article détaillé : Servitude pour dettes.

La servitude pour dette résulte d'une procédure, parfois encadrée juridiquement, qui consistait à s'acquitter d'une créance par l'abandon de la propriété de soi à son créancier. Fréquente parmi les paysans pauvres athéniens, au point d'être interdite par Solon au VIe siècle av. J.-C., elle constitue l'une des formes d'esclavage persistante dans la période contemporaine.

[] Guerre et razzias

Il est fréquent au cours de l'Histoire que la réduction en esclavage soit le sort réservé aux prisonniers de guerre. Cette dernière est ainsi souvent un facteur de recrudescence de la pratique esclavagiste. En attestent l'afflux d'esclaves à Rome à la suite de ses différentes campagnes militaires victorieuses (guerres puniques, guerre des Cimbres, guerre des Gaules[21]) ou le maintien de l'esclavage dans la péninsule ibérique à la suite des luttes que se livrent arabes et chrétiens du VIIIe siècle au XVe siècle. Dans la période contemporaine, le conflit du Darfour est un exemple des liens que peuvent entretenir esclavage et conflits guerriers.

Les razzias, pratiquées par les pirates ou au nom d'une entité politique, sont un autre moyen d'approvisionnement en marchandise humaine. Dans l'Antiquité romaine, la piraterie méditerranéenne alimente un commerce florissant qui possède ses intermédiaires spécialisés et ses places de commerce comme l'île de Délos. La piraterie des barbaresques en Méditerranée restera pour sa part active jusqu'au XIXe siècle.

Lors des différentes traites qu'a connu l'histoire de l'humanité, la capture des esclaves est fréquemment assurée par des groupes n'utilisant pas eux-mêmes les esclaves ou seulement en proportion limitée. Si les lançados portugais, actifs sur le sol africain, ont approvisionné les navires négriers, leur participation à l'alimentation du commerce triangulaire fut par exemple minoritaire. La grande majorité de l'approvisionnement des places de commerce était le fait d'États côtiers, de chefs locaux ou de marchands eux-mêmes africains, dont l'activité s'est progressivement centrée sur le trafic d'esclaves. De la même manière, durant l'Antiquité grecque, les marchands d'esclaves achetaient les captifs à des intermédiaires, souvent non grecs, dont les modalités d'approvisionnement nous restent largement inconnues[22]. La capture des esclaves était donc dans une large mesure « externalisée » par les sociétés en mesure d'établir un système durable d'échange marchand d'humains avec les sociétés qui les fournissaient en main d'?uvre servile.

[] Le commerce

Les réseaux commerciaux ont évolué en fonction de la demande en esclaves qui s'est longtemps confondue avec les grands centres économiques et politiques. Dans l'Antiquité, les réseaux commerciaux sont tournés vers la Grèce, Carthage puis l'Empire Romain. Si un trafic est attestée dès la période archaïque, c'est l'augmentation de la demande au VIe siècle av. J.-C. qui entraîne semble-t-il le développement d'un circuit commercial de grande ampleur[23].

Des marchés, alimentés par des trafiquants spécialisés, fournissaient une main d'?uvre barbare directement dans les places grecques (Corinthe, Chypre, Délos, Athènes...). À Rome, un marché se tenait au c?ur de la ville, sur le Forum, près du temple de Castor[24].

Au cours du Moyen Âge, la traite s'oriente vers l'Afrique du Nord, la Mésopotamie et l'Europe méditerranéenne (Italie, Catalogne, Crète, Chypre, Majorque...). Les principales routes commerciales trouvent leurs sources en Afrique subsaharienne et les régions européennes non christianisées (traite des slaves païens et chrétiens depuis les Balkans, traite des blancs capturés au cours de la conquête ottomane...).

Après l'exploration des côtes africaines au XVe siècle, le Portugal initie une traite tournée vers les îles atlantiques et la péninsule ibérique. À l'époque moderne, ce commerce européen des esclaves évolue vers une forme transatlantique connue sous le nom de commerce triangulaire qui perdure du XVIe au XIXe siècle[25]. Les estimations du nombre de déportés varient, selon les auteurs, de 11 millions (pour Olivier Pétré-Grenouilleau[26]) à 50 millions (pour Victor Bissengué[27]).

Le commerce arabe des esclaves est resté actif de l'antiquité à l'époque moderne. Les zones d'approvisionnement traditionnelles du monde musulman sont l'Afrique Noire (Traite sub-saharienne), les régions de la mer Noire ou la côte orientale de l'Afrique (Zanzibar). Les ramifications de ce trafic semblent rayonner, bien que sans doute dans des proportions réduites, jusqu'en Extrême-Orient : on retrouve ainsi au XIIIe siècle des traces d'esclaves noirs sur la route de la soie[28]. La traite organisée par des africains eux-mêmes, dite « Traite intra-africaine », dont les traces écrites quasi-inexistantes jusqu'au XIXe siècle rendent difficile une évaluation quantitative, est estimée à environ 15 millions de personnes[réf. nécessaire].

Les formes actuelles de l'esclavage répondent aux mêmes caractéristiques, notamment les réseaux de proxénétisme, tournés vers les lieux de consommation.

[] La valeur économique de l'esclavage

[] L'économie classique et la critique de l'esclavage

La question de la rentabilité de l?esclavage émerge au XVIIIe siècle avec la pensée économique préclassique et classique. Arguant de la supériorité du travail libre, les physiocrates et Adam Smith ont à cette époque contesté la valeur économique de l'esclavage. On trouve aussi trace de cet argumentaire chez certains penseurs des Lumières et, plus tard, au sein des anti-esclavagistes. Le physiocrate Dupont de Nemours résume l?ensemble des arguments avancés à l?appui de cette thèse quand il déclare que « l'arithmétique politique commence à prouver [...] que des ouvriers libres ne coûteraient pas plus, serait plus heureux, n'exposeraient point aux mêmes dangers et feraient le double de l?ouvrage »[29]. Suivant ce point de vue, la productivité est induite par l'intérêt du travailleur libre pour son travail, et par l'absence de coût d'achat et de surveillance. Pour reprendre le raisonnement de Smith, le salaire remplace avantageusement les frais d'entretien et d'achat qui incombent aux propriétaires[30].

Un des arguments les plus couramment avancés pointe ainsi le coût de surveillance et d'entretien des esclaves : les abolitionnistes, tels Victor Schoelcher, font état de l'insécurité qui règne dans les colonies esclavagistes et de la charge financière qui en résulte pour les états métropolitains sous forme d'envoi et d'entretien de troupes nombreuses, ainsi que d'indemnités à verser aux propriétaires dont les biens sont détruits à l'occasion de révoltes d'esclaves.

S'ajoutent aussi des arguments que l'on qualifierait aujourd'hui de macroéconomiques. Pour les physiocrates français, le développement d'un marché intérieur est indissociable du développement du travail salarié. C'est ce qui pousse les plus audacieux d?entre eux à réclamer la suppression des avantages des planteurs coloniaux qui pénalisent les cultivateurs métropolitains de betterave sur le marché du sucre.

Enfin, l'esclavage a été dénoncé comme un frein à l'innovation technique, le dynamisme industrieux des États du Nord des Etats-Unis étant pointé face à l?apparente stagnation de l'industrie des États du sud.

Pour une grande part, l'affirmation de la supériorité économique du travail libre sur l'esclavage est restée sans fondement empirique. Adam Smith s'appuie pour la justifier sur « l'expérience de tous les temps et de tous les pays »[31], sans toutefois qu'aucune comparaison autre que spéculative ne vienne étayer son raisonnement.

[] Approches contemporaines de la rentabilité de l'esclavage

Dans les années 1960, le développement de la cliométrie a relancé aux États-Unis le débat sur la rentabilité de l'esclavage. L'irrationalité du système esclavagiste, à bout de souffle face au développement du capitalisme du nord du pays, était alors communément admise. Outre le faible développement industriel du Sud, l'un des indices de cette crise constituait pour les défenseurs de cette thèse l'augmentation du prix des esclaves, interprétée comme une hausse du prix du travail.

L'approche cliométrique a renouvelé, non sans polémiques, les conclusions traditionnellement retenues à ce sujet. La question de la rentabilité de l'esclavage aux États-unis ne fait aujourd'hui aucun doute, et seul son taux est encore discuté. Le taux de profit des planteurs serait, pour Meyer de 5 à 8%, avec des pics de 10 à 13% en Caroline du Sud ou en Alabama[32]. Robert Fogel et Stanley Engerman l'estiment pour leur part à « 10% du prix de marché des esclaves », soit un niveau comparable à celui des investissements des industriels du nord des États-Unis[33]. Les études américaines insistent notamment sur le fait que l'esclave est non seulement une force de travail mais aussi un investissement : pour Conrad et Meyer, l'augmentation du prix des esclaves était au contraire un indice de la croissance du marché. Fogel a par ailleurs souligné que le Sud avait développé une industrie « domaniale », dynamique bien que dépendante des productions agricoles, à travers la transformation des matières premières (sucreries, égreneuses de coton, trieuses de riz, scierie...)[34].

S'agissant des plantations françaises des Antilles à l?apogée du prix du sucre, Paul Butel estime que le taux de profit des planteurs oscille entre 15 et 20%[35].

[] Abolitionnisme et abolitions

Médaillon abolitionniste britannique (1795)
Médaillon abolitionniste britannique (1795)

La première trace d'une abolition de l'esclavage est la série de lois édictées en 958 par Gwangjong, le quatrième roi du royaume de Kory? (Corée actuelle), mais les invasions qui ont suivi ont balayé cette réforme. En Europe à la même époque, les marchés aux esclaves sont progressivement interdits, sous l?influence de l?Église (voir sainte Bathilde) pour disparaître quasiment complètement après l'an mil. L'esclavage reste néanmoins un fait dans les sociétés chrétiennes de l'Europe méridionale jusque dans l'époque moderne. Contesté de temps en temps par l'Église romaine, mais bien plus souvent par des personnes isolées, l'existence d'esclaves dans les régions au sud des Alpes (Italie, Espagne, Balkans, îles méditerranéennes) continue tout au long du moyen âge, seuls les pays d'origines des esclaves importés changent (v. ci-dessus)[36].

En France, le 3 juillet 1315 : le roi Louis X le Hutin, publie un édit qui affirme que « selon le droit de nature, chacun doit naître franc ». Officiellement, depuis cette date, « le sol de France affranchit l'esclave qui le touche ». Il n'y aura plus d'esclaves sur le sol métropolitain depuis ce jour. Les colons antillais en visite laissèrent leurs esclaves en consigne dans les ports.[réf. nécessaire]

L'Empire du Mali interdit à son tour l'esclavage au XIIIe siècle, sous Soundiata Keïta (il sera rétabli en 1591 par le pacha marocain Djouder, puis à nouveau aboli en 1891 avec l'arrivée des Français).[réf. nécessaire]

Abolie déjà en 1713 en Prusse, la traite par les européens continue jusqu?au XIXe siècle. Le Portugal abolit l'esclavage par un décret du 12 février 1761 (Marquis de Pombal).[réf. nécessaire]

En France, le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la Convention vote l'abolition de l?esclavage dans les colonies françaises (ou ce qu'il en reste). Cette mesure méritante, sera abrogée par Napoléon Bonaparte. Il l'est en 1833 en Angleterre et 1847 dans l'Empire ottoman. La France attend ainsi 1848, année qui voit Victor Schoelcher faire adopter le décret d'abolition définitif pour ce qui concerne l'hexagone.

En 1865, les États-Unis promulguent le 13e amendement interdisant l'esclavage. La question de l'esclavage, en partie révélée par le livre La Case de l'oncle Tom conduisit Abraham Lincoln à promettre son abolition s'il était élu. Son élection conduisit donc les États du Sud à demander la Sécession. Celle-ci leur fut refusée (elle aurait en effet privé les caisses fédérales de l'essentiel de ses impôts), conduisant à la guerre civile. La Guerre de Sécession qui en suivit sera la plus meurtrière de toute l'histoire de ce pays.

Bien que l?affranchissement d?esclaves soit une ?uvre charitable selon l?Islam, les pays musulmans hésitent encore plus que les Européens à abolir l?esclavage : les derniers pays du monde à ratifier l?abolition de l?esclavage sont l?Arabie saoudite en 1962 et la Mauritanie en 1981.[réf. nécessaire]

En droit positif, la prohibition de l'esclavage est contenue dans les articles 4 de la Convention européenne des droits de l'homme et de la Déclaration universelle des Droits de l'homme, l'article 8 du Pacte des droits civils et politiques de l'ONU, dans la convention de Genève de 1926, de New York de 1956, de l'OIT de 1930 et 1936.

[] Persistances de l'esclavage

Icône de détail Article détaillé : Esclavage moderne.

L'esclavage n'a cependant pas totalement disparu dans certaines régions du monde, comme la péninsule arabique ou le sous-continent indien. L'Organisation internationale du travail (OIT) estime à 25 millions le nombre de personnes vivant actuellement dans des conditions assimilables à de l'esclavage, d'où le terme d? « esclavage moderne ». Selon l'ONU, chaque année, deux millions de personnes sont réduites en esclavage.

L'esclavage réapparaît actuellement au Soudan. Les musulmans du nord ont rétabli la charia lors de la décolonisation et l'appliquent de force aux Noirs chrétiens et animistes du sud qui se sont rebellés. Ceux-ci, repoussés dans la Province Équatoriale, la plus insalubre, ont résisté de leur mieux depuis l'indépendance. Aussi les forces gouvernementales ont-elles massacré les populations civiles de nombreux villages et continuent à y enlever de nombreux enfants pour les convertir à l'islam et les utiliser comme esclaves à Khartoum.

En Mauritanie, en dépit de son interdiction officielle en 1981, l'esclavage est une pratique qui persiste. Le 8 août 2007, le Parlement du pays a adopté une loi criminalisant l'esclavage, puni de dix ans d'emprisonnement[37].

Par glissement sémantique, certaines situations sont assimilées à de l'esclavage moderne :

En 2000, l'UNICEF estimait que 200 000 enfants étaient retenus en esclavage en Afrique centrale et occidentale. D'après l'Organisation Internationale des Migrations (OIM) quelque 200 000 femmes et enfants sont victimes de l'esclavage.

La pratique des enfants soldats peut également être assimilée à une forme d'esclavage, d'autant qu'à l'emprise psychologique mise en ?uvre sur des enfants, s'ajoute la dépendance physiologique obtenue par l'usage de drogues fortes[39].

[] Mémoire de l'esclavage

Des jours de commémoration de l'abolition existent dans la plupart des îles des Antilles. 2006 marque l'année de la reconnaissance de la responsabilité historique de l'Etat français à propos de l'esclavage, dont les victimes seront dorénavant commémorées tous les 10 mai. Ce jour est également l'anniversaire de l'adoption de la loi Taubira, grand pas dans la démarche mémorielle touchant à l'esclavage, qu'elle qualifie en particulier de « crime contre l'humanité ».

La place réservée dans la mémoire collective à certaines personnalités est également notable, notamment les "nègres marrons" et certaines figures comme la Mûlatresse Solitude, qui a donné lieu à un roman.

Première édition d?Oroonoko (1688)
Première édition d?Oroonoko (1688)

[] Littérature

[] Philosophie

[] Arts

[] Cinéma et télévision

[] Notes et références

  1. ? Issu lui-même du grec « sklabos »
  2. ? Dictionnaire de l'Académie française, article « esclave », 1.
  3. ? Dictionnaire de l'Académie française, article « esclavage », 1.
  4. ? Dictionnaire de l'Académie française, article "esclavage", 2.
  5. ? a? b? Dictionnaire de l'Académie française, article "esclave", 2.
  6. ? Dictionnaire de l'Académie française, article "esclavage", 3.
  7. ? SDN, Convention relative à l'esclavage, 1926, [1]
  8. ? OIT, Convention sur le travail forcé, 1930 [2]
  9. ? ONU, Conseil économique et social, relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage, 1956 [3]
  10. ? E.G. Machan, R. Tibor, "Tax Slavery", Ludwig von Mises Institute, 2000, [4]
  11. ? Spiegel, Marjorie, The Dreaded Comparison: Human and Animal Slavery, Mirror Books, New York, 1996
  12. ? Gaius, I, 82 ; I, 3, 3.
  13. ? Claude Fohlen, Histoire de l'esclavage aux États-Unis, Hachette, Paris, 1997, p. 47.
  14. ? On trouve trace de cette législation en Pennsylvanie, Caroline du Nord, Maryland, Tennessee
  15. ? Claude Cahen, L'Islam. Des origines au début de l'empire ottoman, Hachette, 1997, p. 158.
  16. ? Delacampagne, Histoire de l'esclavage, p. 32. La moitié de l'héritage du père revient toutefois à son maître.
  17. ? Delacampagne, Histoire de l'esclavage, p. 31.
  18. ? Delacampagne, Histoire de l'esclavage, p. 74.
  19. ? Delacampagne, Histoire de l'esclavage, p. 61.
  20. ? Delacampagne, Histoire de l'esclavage, p. 31.
  21. ? Delacampagne, Histoire de l'esclavage, p. 173. La destruction de Carthage en 146 av. JC occasionne la réduction en esclavage de 200 000 prisonniers. La guerre des Gaules aurait entraîné la déportation d'un million de personnes.
  22. ? Voir sur ce point, Moses Finley, « The Black Sea and Danubian regions and the slave trade in Antiquity », Klio, n°40, 1962. Disponible en français : « Le commerce des esclaves dans l'Antiquité : la mer Noire et les pays du Danube », dans Économie et société en Grèce ancienne, La Découverte, Paris, 1984, pp. 220-233.
  23. ? Moses Finley, « Le commerce des esclaves dans l'Antiquité : la mer Noire et les pays du Danube », Économie et société en Grèce ancienne, La Découverte, Paris, 1984, pp. 224.
  24. ? Delacampagne, Histoire de l'esclavage, p. 73.
  25. ? Voir Hugh Thomas, La traite des Noirs : histoire du commerce d'esclaves transatlantique, 1440-1870, Robert Laffont, Paris, 2006.
  26. ? Les Traites négrières, Essai d'histoire globale, NRF Gallimard, 2004
  27. ? Contribution à l'histoire ancienne des pygmées, L'Harmattan, 2004.
  28. ? Delacampagne, Histoire de l'esclavage, p. 117.
  29. ? Les Éphémérides du citoyen, 1771, VI, pp. 245-246.
  30. ? Voir Adam Smith, « Des salaires du travail », dans Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations - Livre I, Chapitre 8.
  31. ? Adam Smith, op. cit.
  32. ? Alfred Conrad et John Meyer, « The Economics of slavery in the ante-bellum south », Journal of political history, 1966, pp. 95-130. Cité dans Claude Folhen, Histoire de l'esclavage aux États-Unis, Perrin, 2007, p. 173.
  33. ? Time on cross. The economics of american negro slavery, Boston, 1974, 2 vol. Cité dans Fohlen, op. cit., p. 173.
  34. ? Robert Fogel, Whithout consent or contract. The rise and fall of american slavery, New York, 1989, 3 vol. Cité dans Fohlen, op. cit., p. 36.
  35. ? Paul Butel, Histoire de l'Atlantique de l'Antiquité à nos jours, Perrin, Paris, 1997, p. 172.
  36. ? Voir à ce sujet les nombreuses publications de Michel Balard, Henri Bresc, Charles Verlinden, Jacques Heers et autres.
  37. ? « Mauritanie. Une loi contre l'esclavage », dans Courrier international du 10 août 2007, [lire en ligne]
  38. ? Dans nombre de pays, des lois punissent le proxénétisme mais tolèrent la prostitution à condition qu'elle soit volontaire et tant que cela ne trouble pas l'ordre public. Celle-ci est conforme à la déclaration des Droits de l'homme autorisant chaque adulte à faire ce qu'il veut (ou peut) de sa personne.
  39. ? Anecdote : Le 26 juillet 2005 : condamnation de la France qui n'a pas respecté l'article 4 de la convention européenne des droits de l'Homme sur l'esclavage. Paris n'a pas assez condamné un cas d'esclavage domestique sur une jeune Togolaise, Siwa-Akofa Siliadin, dans les années 1990. (Voir Le Monde.

[] Voir aussi

wikt:

Voir « esclavage » sur le Wiktionnaire.

commons:Accueil

Wikimedia Commons propose des documents multimédia libres sur l'esclavage.

[] Articles connexes

[] Bibliographie

[] Témoignages

  • Mungo Park, Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, FM/ La Découverte, Maspero, Paris 1980, ISBN 2-7072-2629-2.
  • Jehan Mousnier, Journal de la traite des Noirs, Éditions de Paris, Paris, 1957.
  • Théodore Canot, Les Aventures d'un négrier, éd. La Découvrance, Paris, 2004.
  • Jean-Pierre Plasse, Journal de bord d'un négrier, éd. Les Mots et le Reste, Paris, 2005.
  • Dieudonné Gnammankou, Abraham Hanibal, l'aïeul noir de Pouchkine, éd. Présence Africaine, Paris, 1996, ISBN 2-7087-0609-8.
  • Olaudah Equiano, La Véridique Histoire par lui-même d'Olaudah Equiano, Africain, esclave aux Caraïbes, homme libre, Éditions caribéennes, Paris, 1987.
  • Bernardin de Saint-Pierre, "Lettre sur les Noirs" dans Pajou Jean-Charles, Esclaves des îles françaises, Paris, Les éditeurs libres, 2006, ISBN 2-916399-01-1
  • Dominique Torrès, ESCLAVES - Deux cent millions d'esclaves aujourd'hui, Éditions Phébus (13 mai 2005) ISBN 2-7529-0085-6
  • Arnaud Raffard de Brienne, La désinformation autour de l'esclavage, collection l'Etoile du Berger, éditions Atelier Fol Fer, 2006

[] Ouvrages historiques et théoriques

[] Liens externes