Enghien-les-Bains
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| Enghien-les-Bains | |
Blason de la ville |
|
| Pays | France |
|---|---|
| Région | Île-de-France |
| Département | Val-d'Oise |
| Arrondissement | Sarcelles |
| Canton | Enghien-les-Bains (chef-lieu) |
| Code Insee | 95210 |
| Code postal | 95880 |
| Maire Mandat en cours |
Philippe Sueur 2008-2014 |
| Intercommunalité | Sans |
| Coordonnées géographiques |
|
| Altitudes | moyenne : 45 m minimale : 33 m maximale : 53 m |
| Superficie | 1,77 km2 (177 ha) |
| Population sans doubles comptes |
10 368 hab. (1999) |
| Densité | 5 858 hab./km² |
| Gentilé | Enghiennois(es) |
| Site | www.ville-enghienlesbains.fr |
Enghien-les-Bains (?????leb??) est une commune du département du Val-d'Oise, dans la région Île-de-France, en France. Elle se situe à onze kilomètres au nord de Paris. Ses habitant(e)s sont les Enghiennois(es). Commune créée de toutes pièces en 1850, unique station thermale d'Île-de-France avec son lac et son casino, le premier de France en chiffre d'affaires et le seul à moins de cent kilomètres de la capitale, cette ville au caractère résidentiel et commercial affirmé occupe aujourd'hui encore une place à part dans la banlieue nord de Paris.
[] Géographie
[] Description
Enghien-les-Bains se situe au débouché méridional de la vallée de Montmorency aujourd'hui largement urbanisée (300 000 habitants), au point où la vallée se resserre entre deux buttes-témoins : la butte d'Orgemont au sud, et la butte portant la ville de Montmorency au nord. Ce resserrement a provoqué la concentration des rus s'échappant de la forêt de Montmorency et des buttes du Parisis pour donner naissance au lac d'Enghien, à l'origine de la commune.
La ville est limitrophe de : Montmorency, Deuil-la-Barre, Saint-Gratien et Soisy-sous-Montmorency dans le département du Val-d'Oise et Épinay-sur-Seine dans le département voisin de la Seine-Saint-Denis.
La surface communale n'est que de 177 ha, dont 43 ha de lac. L?habitat pavillonnaire est prédominant à Enghien-les-Bains, occupant 49,8 % de la surface communale. Cet habitat est en grande partie constitué de propriétés bourgeoises du XIXe siècle, en particulier sur les rives du lac[1] et Boulevard Cotte, et plus rarement, de villas contemporaines. Il entoure un centre-ville axé sur la rue commerçante du Général-de-Gaulle et la voie ferrée Paris-Gare du Nord - Pontoise, constitué d'un habitat collectif de petite ou moyenne dimension (immeubles de quatre à cinq étages le plus souvent) et d'un habitat continu bas de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. La ville ne comporte pas de quartiers officiellement délimités au caractère propre vu sa petite dimension, ni de zone d'activité, sa vocation restant depuis sa création en 1850 essentiellement résidentielle et commerciale. Enghien ne possède pas non plus de grands collectifs ni de grands ensembles[2].
[] Réseau de communication
La commune est traversée en son centre par la RD 311 (Argenteuil - Sarcelles) et tangentée au nord par la RD 928 (Saint-Denis-Hérouville) qui forme la limite communale avec Montmorency. Ces deux axes routiers ont un trafic moyen et essentiellement local, mais rendu difficile en heures de pointes par leur largeur limitée (deux voies urbaines avec stationnement latéral) et par la traversée en sens unique du centre d'Enghien-les-Bains pour la RD 311.
Ces différentes infrastructures terrestres ont un impact parfois assez élevé en terme de pollution sonore selon la réglementation[3]. Les principales voies routières sont classées de catégorie 3 (Rue du Général-de-Gaulle entre l'avenue de Ceinture et la limite d'Épinay-sur-Seine, rue de Malleville en centre-ville, avenue de la Division-Leclerc) ou 4 (Avenue de Ceinture, avenue d'Enghien, rues du départ, de l'arrivée, avenues Beauséjour et Carlier), de niveau modéré[4].
En revanche deux infrastructures sont classées de catégorie 2 (élevée). La première est la rue du Général-de-Gaulle en centre-ville, entre l'avenue de Ceinture et l'avenue de la Division-Leclerc (RD 928). La seconde est la voie ferrée Paris-Pontoise qui traverse la commune. L'impact sonore de cette dernière reste pourtant modéré vu le trafic exclusivement de banlieue (aucun train de grandes lignes ni de marchandises en situation normale).
Enghien possède une petite zone piétonne aménagée en centre-ville en même temps que la ZAC Robert Schuman au début des années 1990. Cette zone est baptisée le « village d'Enghien ». La ville comporte une piste cyclable, aménagée le long du Boulevard du Lac. La continuité progressive de cet aménagement est prévue des rives du lac à la forêt de Montmorency sur sept kilomètres, à travers les communes de Soisy-sous-Montmorency, Eaubonne et Montlignon.
Contrairement à la plupart des villes qui se sont développées autour d'un noyau ancien, Enghien, pure création du XIXe siècle s'est développée sur un tout autre modèle. Deux axes de communication orthogonaux et rectilignes dessinent la trame de la ville : la route d'Argenteuil à Montmorency, longeant le barrage du lac, et la voie ferrée de la compagnie des chemins de fer du Nord, tracée en 1846. Toutes les voies de la future commune prennent ces deux axes comme base. Et a contrario de la plupart des villes s'étant agglomérées autour de leur église, Enghien ne doit son développement qu'à l'activité thermale.
[] Climat
Enghien-les-Bains comme toute l'Île-de-France est soumis à un climat océanique dégradé. La localisation de la commune au sein de l'agglomération parisienne provoque une très légère élévation de la température d'un ou deux degrés en fonction des conditions climatiques par rapport aux zones rurales d'Île-de-France. Cet écart est particulièrement notable au lever du jour par temps calme et anticyclonique, et la situation a tendance à s'accentuer au fil des années. La température moyenne annuelle est de 11°C, le mois le plus le froid est janvier avec +4°C ; les mois les plus chauds sont juillet et août avec +19°C (moyenne journalière). Le nombre moyen de jours où la température dépasse 25°C est de 40, dont 8 au-delà de 30°C. Dans le sud du Val-d'Oise, depuis 1955, la durée moyenne annuelle d'ensoleillement est de 1719 heures[5].
| Mois | Janv | Fév | Mars | Avr | Mai | Juin | Juil | Août | Sept | Oct | Nov | Déc | Année |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Températures maximales moyennes (°C) | 6 | 7 | 11 | 14 | 18 | 21 | 24 | 24 | 21 | 15 | 9 | 7 | 14,8 |
| Températures minimales moyennes (°C) | 1 | 1 | 3 | 6 | 9 | 12 | 14 | 14 | 11 | 8 | 4 | 2 | 7,1 |
| Températures moyennes (°C) | 4 | 4 | 7 | 10 | 14 | 17 | 19 | 19 | 16 | 12 | 7 | 5 | 11,2 |
| Source : Climatologie mensuelle - Aéroport de Roissy, France[6] | |||||||||||||
[] Histoire
[] Origine du nom
De Ed ou Oed, le serment, et de Inghen, le camp ou la prairie.
De ces deux noms joints naquit le nom d'Edinghen ou Edinghem, cité pour la première fois dans les textes du XIe siècle. On trouve Adinghien en 1092, puis Anghien en 1147, Aienghien en 1227 et pour la première fois, Enghien, en 1264[7].
La ville tire son nom d'une seigneurie médiévale située près de Bruxelles, en Belgique. Marie de Luxembourg (? en 1546), hérite du fief en 1526 et l'apporte en dot lors de son mariage avec François de Bourbon, comte de Vendôme. C'est le cadet de ses petits-fils, Louis Ier de Bourbon-Condé, qui fut le premier duc d'Enghien en 1566. Mais le titre, qui n'a pas été enregistré, s'éteint avec lui en 1569[8].
En 1689, les princes de Condé obtiennent de Louis XIV de commuer le duché de Montmorency, qu'ils détiennent depuis 1633, en duché d?Enghien. Officiellement, la ville de Montmorency, sa vallée et son étang doivent s?appeler « Enghien ». L?usage conserve à Montmorency son nom d?origine mais son étang s'appelle « étang (ou lac) d?Enghien »[9].
[] Une source sulfureuse
Jusqu'au XVIIIe siècle, l'étang dit de Montmorenci ou de Saint-Gratien, aux rives marécageuses, n'a pas attiré les implantations humaines : seul un moulin établi depuis le XIIe siècle au déversoir de l'étang (actuelle esplanade Patenôtre-Desnoyers) et quelques constructions dépendantes du château d'Ormesson existent sur le territoire actuel de la commune[10]. La levée de terre constituant le barrage du déversoir est longée par un chemin en mauvais état, reliant les deux cités médiévales d'Argenteuil et de Montmorency, nommé « chemin de l'étang » (Il est à l'origine de l'actuelle rue du Général-de-Gaulle). L'étang, dit « étang neuf », par opposition à l'« étang vieux » au pied de la collégiale de Montmorency aujourd'hui disparu, est une nappe d'eau marécageuse et peu profonde d'une cinquantaine d'hectares aux rives incertaines au nord, et couverte de roseaux. Cet étang résulte de la rencontre de plusieurs ruisseaux au fond de la large vallée de Montmorency, à la pente à peine marquée en direction de la Seine. Le ruissellement de surface s'accompagne d'un ruissellement souterrain à travers les bancs de gypse et de calcaire qui constituent les collines environnantes et où les eaux se chargent de sulfates.
Le domaine a longtemps appartenu aux seigneurs de Montmorency, qui ont connu de nombreux conflits avec l'Abbaye de Saint-Denis, leurs possessions étant imbriquées. Le domaine échoua par alliance aux Condé à la mort du dernier Montmorency en 1632, décapité sur ordre du cardinal de Richelieu pour avoir comploté contre le roi[11].
En 1766, Louis Cotte, alors jeune curé de Montmorency et féru de sciences, découvre au cours de ses promenades un ruisseau « puant », en fait sulfureux, s'échappant à proximité du déversoir de l'étang. Il y réalise plusieurs expériences scientifiques, plonge des pièces de divers métaux, constate que des canards vivent dans cette eau sans en être affectés, éléments qu'il soumet dans un mémoire à l'Académie royale des sciences[12]. La nature sulfureuse des eaux est confirmée par Pierre Joseph Macquer, un chimiste académicien[13].
Dès 1772, le prince de Condé accorde à Louis-Guillaume Le Veillard, exploitant des eaux de Passy et futur premier maire de la commune de Passy, la concession de la source sulfureuse pour quatre ans, mais il ne put de fait exploiter la source, faute d'obtention des autorisations nécessaires auprès de la Faculté de Médecine. Une nouvelle concession lui est accordée, cette fois-ci pour soixante ans, à charge pour lui de payer au prince une charge de quarante francs, de « continuer les sollicitations pour obtenir les approbations nécessaires à l'exploitation du débit des eaux et de tenir en bon état les regards et réservoirs de la fontaine qu'il a construite en 1772 ». En 1781, il fait édifier un nouveau bassin en pierre. La même année, de nouvelles voitures à trente sols de l'heure furent mises en service pour les gens ne disposant pas de carrosses. Les carrosses quant à eux parcourent la vallée de Montmorency pour douze sols par place et par lieue, et contribuent à faire augmenter la fréquentation de la source. Un article écrit par deux médecins paraît dans Le journal de Paris du 24 mai 1787 et décrit comment le secrétaire des commandements du prince de Condé s'est trouvé guéri d'un mal qui le rongeait depuis dix ans par la vertu des eaux d'Enghien. L'article contribue à accroître la notoriété grandissante de la station thermale naissante. À cette époque, le hameau d'Enghien n'est encore constitué que de quelques chaumières entourant la maison du meunier. Deux cabanes abritent les baignoires rudimentaires des premiers curistes. En 1800, madame Gauthier, s?ur de Benjamin Delessert, créateur de la caisse d'épargne, acquiert les thermes d'Enghien et fonde le premier établissement thermal à la fin du Premier Empire[14].
Jean-Baptiste Péligot, administrateur en chef des hôpitaux et hospices de Paris, arrive sur les rives du lac en 1821. Il abandonne alors ses fonctions parisiennes et consacre sa vie et sa fortune personnelle au développement de la jeune station thermale[15].
C'est avec l'eau d'Enghien sur les conseils de son médecin personnel, le baron Antoine Portal, que Louis XVIII guérit en 1823 d'un ulcère à la jambe... Les eaux de la ville deviennent alors subitement à la mode. L'engouement du tout-Paris pour Enghien fait affluer les curistes dans l'établissement thermal, récemment réaménagé[16].
[] Naissance d'une commune
Les premières constructions apparaissent vers 1822, dont le premier hôtel de la ville, l'hôtel des Quatre Pavillons, suite à l'achat de la jouissance du lac et des terrains environnants par monsieur Péligot au comte de Luçay. Durant la Restauration, la villégiature des Parisiens aisés se développe, le hameau d'Enghien commence son développement progressif et le lac d'Enghien, autrefois étang bordé de rives marécageuses commence à être aménagé.
Venu pour la première fois à Enghien en 1827, Alexandre Dumas fait dans ses mémoires une description de l'évolution du lieu en quelques décennies[17] :
« Le lac d'Enghien n'est pas alors un joli lac peigné, frisé, rasé comme il est aujourd'hui ; il n'avait pas sur ses bords un jardin public, plein de roses, de dahlias de de jasmins , il n'avait pas sur toute sa circonférence des châteaux gothiques, des villas italiennes, des cottages anglais et des chalets suisses, il n'avait pas enfin, sur sa surface, des centaines de cygnes, venant demander l'aumône d'un échaudé aux voyageurs qui dans les bateaux, sillonnent maintenant les surfaces de son eau filtrée comme l'eau d'un bassin, polie comme la glace d'un miroir ; non, le lac d'Enghien était à cette époque un lac tout simplement, un vrai lac, un peu boueux pour un lac, pas assez pour un étang. Il était couvert de joncs, de nénuphars, au milieu desquels jouaient les plongeons, caquetaient les poules d'eau, et barbotaient les canards sauvages, le tout en suffisante quantité pour donner récréation à une vingtaine de chasseurs.»
Néanmoins un problème administratif fit l'objet de longs et houleux débats dans la région. En effet, le hameau est situé sur le territoire de quatre communes rurales aux moyens financiers limités et incapables d'assumer sa gestion. Les rues ne sont pas pavées, il n'y a ni église, ni école. Dès les années 1820, l'administration royale tente bien de créer une nouvelle commune, mais en proie à l'hostilité des maires et de la population des quatre communes concernées, le projet reste provisoirement sans suite[18]. Les années passent et avec le développement du hameau, les problèmes ne font que s'amplifier, en particulier avec l'arrivée du chemin de fer en juillet 1846 qui met la station thermale à moins de trente minutes de Paris et permet l'accès de la station à une population plus nombreuse et moins aisée. L'administration royale impose alors la création de la commune, qui ne fut que peu retardée par la chute de la monarchie en 1848 et l'avènement de la deuxième République. La ville est officiellement créée par une loi promulguée le 7 août 1850, son territoire étant délimité aux dépens des communes de Soisy-sous-Montmorency (62,4 ha), Deuil (27,6 ha), Épinay (15,2 ha) et Saint-Gratien (37,8 ha)[19]. À noter que la commune d'Étel dans le Morbihan fut créée par le même décret. Les premières élections municipales eurent lieu le 29 décembre 1850, la commune comptait alors 378 habitants permanents. Le premier Conseil municipal comptait dix membres, d'une moyenne d'âge de 43 ans.
[] L'apogée d'Enghien
Sous le Second Empire, la ville est célèbre pour ses fêtes fastueuses, prenant le plus souvent le lac pour cadre. Chaque dimanche, un concert est donné ainsi qu'un bal dans le parc des thermes, chaque mercredi voit se dérouler une soirée dansante. La bourgeoisie parisienne séduite par le cadre et l'accessibilité de la station grâce au chemin de fer fait à cette époque édifier de superbes demeures essentiellement sur les rives du lac. Les hommes politiques, industriels, artistes résident en saison à Enghien. L'installation de la princesse Mathilde, cousine de Napoléon III, dans la commune voisine de Saint-Gratien fit encore croître l'engouement pour la ville thermale. Elle y reçoit en effet les plus brillants auteurs de cette époque[20].
Enghien s'agrandit de quarante et un hectares de superficie jusqu'au hameau d'Ormesson par une loi du 20 janvier 1864. Cette extension fut la dernière de la commune, celles envisagées plus tard n'ayant jamais connu de suite[21]. Le 18 juillet 1865, les eaux d'Enghien sont reconnues par décret d'utilité publique. En 1870 et 1871, les Prussiens occupent la région. En 1875, Hippolyte Auguste Jean de Villemessant, fondateur du Figaro devient actionnaire de la société des eaux de la ville et parvient à faire autoriser en 1877 une salle de jeux : mais seuls les petits chevaux sont acceptés avec une mise réduite. L'hippodrome est inauguré en juin 1879. En 1891, un théâtre d'hiver est édifié, la saison se prolonge toute l'année. En 1886, cinq hectares de vignes produisent encore deux cent cinquante-cinq hectolitres de vin[22].
En 1901, est édifié un nouveau casino en forme de navire. La loi de 1907 autorise les jeux d'argent dans les stations thermales et balnéaires, un nouveau bâtiment bien plus vaste et encore visible de nos jours est alors construit et devient le premier véritable casino d'Enghien. À cette époque, le casino offre un billet retour en train vers Paris en première classe... à ses clients ruinés par leur visite !
En juillet 1904, un garde-corps métallique de deux cent soixante-trois mètres de long remplace l'ancienne barrière en bois de la chaussée du lac qui menaçait de s'effondrer. En 1911, cette barrière est à son tour remplacée par l'actuelle jetée-promenade avec balustrade en fer forgé de neuf mètres de large, en encorbellement sur le lac[23].
Le succès d'Enghien-les-Bains fut à l'origine du désir d?autres communes de bénéficier également de cette notoriété... et de ses retombées économiques. Ainsi, dès 1878, Livry-Gargan, à l'est de Paris, voulut concurrencer Enghien en exploitant la source de l?actuel lac de Sévigné. Le maire de Livry de l'époque fit construire une station thermale appelée « Sévigné-les-eaux » mais les thermes n?eurent pas le succès escompté. En 1912, le Conseil municipal de Livry-Gargan sollicita la reconnaissance de la commune comme « station hydrominérale ». Mais par décret, du 17 novembre 1912, l?Académie de médecine et le Conseil d?hygiène refusèrent, et la proposition fut rejetée par le Conseil d?État et le Gouvernement. Selon la rumeur, cette décision fut en fait influencée par les dirigeants politiques d?Enghien-les-Bains soucieux d'éviter cette concurrence.
En 1912, les techniques nouvelles trouvent leur place dans les festivités de la ville : une projection cinématographique est organisée et un aérostat portant le nom de « La Ville d'Enghien » est lancé. Le lac sert alors de cadre à de nombreuses fêtes et compétitions : des régates, des concours de bateaux fleuris s'y déroulent régulièrement. Malheureusement, en 1914, la Première Guerre mondiale met brutalement fin à la Belle Époque.
Le casino ferme ses portes et devient un hôpital militaire ainsi que la salle des fêtes municipale. Seuls les concerts donnés le dimanche au kiosque sont permis, toute autre réjouissance est alors proscrite.
[] L'entre-deux-guerres
Après la guerre, les réjouissances reprennent lentement, mais les temps sont difficiles. La loi de finances 1920 interdit les jeux dans un rayon de cent kilomètres autour de Paris, diminuant fortement les moyens financiers de la ville[24]. Les nombreuses démarches engagées par monsieur Patenôtre-Desnoyers, député-maire de la ville, aboutissent enfin en 1931 : Pierre Laval, alors ministre de l'intérieur, autorise sous certaines conditions les jeux à Enghien. Les festivités reprennent avec faste jusqu'en 1939. En 1935, le président Albert Lebrun inaugure un nouvel établissement thermal.
Durant l'entre-deux-guerres, la population continue à fortement s'accroître, tandis que régresse la faible activité industrielle, faute de place disponible. La seule industrie survivante, la distillerie Garnier (14-16, rue de la Libération) ferme définitivement ses portes en 1974 avant d'être transférée à Fécamp dans les locaux de la S.A. Bénédictine qui l'a alors rachetée[25].
Le syndicat d'initiative est fondé le 20 juin 1925 puis un premier marché couvert est inauguré en 1927. La même année, l'église devenue trop étroite pour la population est agrandie. En janvier 1932, le pont du chemin de fer est élargi, donnant naissance à la place Foch. En 1934, le passage à niveau de la Barre est supprimé. Au début des années 1930, la gare d'Enghien-les-Bains voit passer trois millions de voyageurs par an, se classant immédiatement en trafic sur le réseau Nord en troisième position après la gare du Nord et la gare de Lille[26].
La Seconde Guerre mondiale éclate et dès le 2 septembre 1939, le casino ferme de nouveau ses portes. En juin 1940, les Allemands occupent la ville et restent fortement implantés durant l'Occupation.
[] L'après-guerre
En 1946, le casino rouvre ses portes, mais durant la saison fixée comme celle des thermes, du 1er avril au 31 décembre, seuls les jeux de table, Baccara et banque à tout va, sont autorisés. L'ancien hôtel des Bains laisse la place à l'actuel Grand Hôtel des Bains en 1949. Comptant soixante chambres classées quatre étoiles, il accueille rapidement les célébrités du moment tels Pierre Fresnay, Yvonne Printemps ou encore le peintre Maurice Utrillo durant l'été 1955. Le Kursaal, ancienne propriété de Villemessant resté longtemps à l'abandon est finalement démoli en 1953, et l'avenue de Ceinture est alignée dans l'axe du Boulevard Cotte, ce qui permet l'agrandissement du Jardin des Roses[27].
La ville renoue progressivement avec son calendrier festif, mais l'après-guerre voit un changement dans les habitudes, une facilité d'accès aux villes balnéaires grâce aux progrès du chemin de fer puis à la démocratisation de l'automobile. En 1954, le premier tiercé se court à l'hippodrome d'Enghien[28]. Les festivités évoluent : des salons, des spectacles au théâtre du casino, des conférences, un concours international d'échecs renommé, plus récemment un marché de Noël ou une compétition estivale de Wakeboard tentent de redonner à Enghien son lustre d'antan[29].
Le 8 janvier 1964, Enghien-les-Bains devient le chef-lieu d'un nouveau canton, comprenant Deuil-la-Barre et Montmagny[30].
Le développement de l'automobile dans les années 1960 commence à provoquer une congestion croissante du centre-ville, aux rues particulièrement étroites. La multiplication de places de stationnement ou de parkings souterrains et un nouveau plan de circulation ne suffisent pas à endiguer le phénomène. La municipalité dirigée par Jean Moracchini adopte le premier plan d'occupation des sols (POS) qui a pour ambition « d'adapter la ville actuelle aux exigences de la vie moderne, de développer sa vocation de ville thermale, commerciale et de loisirs, sans nuire à son caractère résidentiel »[31]. Il note par ailleurs les principales insuffisances de la commune : la vétusté du logement, dont la moitié du parc est antérieur à 1914, la pénurie de terrains disponibles pour la construction, les difficultés de circulation et de stationnement, l'insuffisance de certains équipements collectifs.
L'équipe municipale lance deux vastes projets d'urbanisme : la ZAC Centre Ville, achevée en 1993, qui voit la reconstruction d'une partie du centre afin d'éliminer une poche d'habitat considéré comme insalubre, et la ZAC Front du Lac, seulement achevée en 2006 avec la reconstruction de l'établissement thermal[32].
La municipalité dirigée par Philippe Sueur depuis 1989 lance plusieurs projets : une révision du POS, l'élargissement de la rue de Malleville, afin de délester le centre-ville de l'important trafic de transit, et en parallèle, le rétrécissement des chaussées et l'élargissement des trottoirs des deux principales voies commerçantes de la ville, les rues du Général-de-Gaulle et de Mora. Le jardin des Roses est quant à lui réaménagé au-dessus d'un nouveau parking souterrain[33].
[] Le XXIe siècle
Aujourd'hui, le casino d'Enghien-les-Bains est le plus proche de Paris, le seul à moins de cent kilomètres de la capitale et le premier de France pour ses recettes (135 millions d'euros en 2006). Il est même en passe de devenir le premier casino d'Europe[34].
L'histoire d'Enghien est plutôt courte si on la compare à celle de villes voisines dont le nom voire l'emplacement du centre ville datent de la période romaine. Aujourd'hui encore, le casino, les installations thermales, le lac et l'hippodrome (qui se situe, lui, dans la commune voisine de Soisy) sont très importants dans la vie et l'économie d'Enghien.
Depuis le 2 octobre 2003, la municipalité a décidé d'engager une procédure de création de zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) qui permettra d'étendre la zone de protection aux nombreux quartiers riches de demeures à l?architecture remarquable du XIXe siècle[35]. La rénovation du casino et du théâtre municipal en 2005 et l'ouverture de nouveaux thermes modernisés en octobre 2006 devrait favoriser le dynamisme touristique et économique de la cité, Enghien-les-Bains demeurant par ailleurs la commune la plus résidentielle et chère du Val-d'Oise[36].
[] Héraldique
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Les armes d'Enghien-les-Bains se blasonnent ainsi : D'azur au trois fleurs de lys d'or, au baton de gueules péri en bande et au lambel d'argent Devise : « Dant Robur Virtutemque Fontes » (Les eaux donnent la force et le courage) Les armoiries d'Enghien-les-Bains furent empruntées à Louis, Joseph, Henri de Bourbon, Prince de Condé (1756-1830), propriétaire de la plupart des terres de la vallée de Montmorency dont l'étang et le moulin. Le lambel en chef était une brisure destinée à rappeler qu'il s'agissait d'une branche cadette ; le bâton péri était la brisure que la maison de Condé a toujours arborée[37]. |
[] L'architecture
Les premières constructions sous la Restauration, destinées à accueillir les curistes, sont caractéristiques du style balnéaire, un style néoclassique au décor sobre voire épuré, aux murs blancs et aux toitures de type Mansart[38].
L'évolution plus mondaine de la population voit évoluer l'architecture vers le style éclectique, typique du goût de la fin du XIXe siècle. Les bords du lac voient alors s'édifier des chalets suisses, des cottages à pans de bois, des chaumières ou de petits châteaux néogothiques où viennent résider en saison la grande bourgeoisie parisienne[39].
Le style des chalets suisses fut le premier à apparaître à Enghien. L'exemple le plus caractéristique de ce style était le Kursaal, maison située face au jardin des roses et achetée en 1866 par Auguste Delaunay de Villemessant où il résida douze années avant qu'elle ne soit transformée en cercle de jeux à l'extrême fin du XIXe siècle par son successeur. La maison fut démolie en 1954.
Le second style en vogue fut le goût régionaliste[40]. Les chaumières paysannes et constructions de style normand étaient très à la mode auprès des artistes en particulier. Le peintre Isabey habita douze ans une chaumière aujourd'hui disparue, située sur l'actuel Boulevard du lac. Une des dernières villas caractéristiques de ce style, en dépit de ses transformations, est la villa située au n°9 avenue de Ceinture.
Le style « néo » apparut en réaction à la rigueur académique du néoclassicisme. Le néogothique voit ses plus beaux exemples sur le rivage nord-ouest du lac avec château d'Enghien et le château Léon, tous deux édifiés en 1845 par l'architecte Pasquier pour Jules Robin, second maire de la commune, et rachetés par Émile de Girardin en 1860. Leur richesse ornementale, inspirée du style Louis XII en appareillage de briques et pierres, est peu commune. Le château Léon possède des gargouilles, des gâbles en accolades, etc, autrefois réservés aux édifices religieux. Les deux édifices sont actuellement intégrés aux constructions du lycée d'Enghien. Plus loin, le château écossais est lui typique du néo-féodal, avec ses tourelles à meurtrières, ses créneaux...[41]
La période suivante, de 1870 à 1920 marque un renouveau de l'architecture à Enghien[42]. Un éclectisme de styles, une grande variété de matériaux, brique, pierre, meulière, caractérisent les constructions de cette période. On peut citer le magnifique Palais Condé, bâtiment unique de 1903 en pierre, avec son grand porche pour les calèches, et ses colonnades. On peut voir aussi les villas du boulevard Cotte, au n°56 en particulier, édifiée par l'architecte Leseine en 1909 (planche ci-contre).
La villa « Mon rêve », au n°43 de la rue de l'arrivée est elle aussi typique de cette période : elle possède un traitement polychromique de ses façades, d'inspiration byzantine, « baroque » et presque « art nouveau » et une composition d'ensemble rationnelle. Le très bel immeuble du n° 1 rue Félix-Faure, surnommé « le Manoir » ou « le palais de Condé », est un étonnant mélange de styles néoclassique et gothique. L'immeuble du n°53 rue du Général-de-Gaulle quant à lui est caractéristique du style Second Empire, très en vogue auprès des grandes familles de l'époque.
L'art nouveau fut largement appliqué à Enghien entre 1900 et 1930[43]. Nombre de d'édifices sont élevés dans ce style, avec une large utilisation de la brique, fournie essentiellement par la briqueterie de Sannois. De belles ornementations à évocation florale, les décors en céramique et les fresques en façade sont typiques de ce style.
Les édifices de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle retrouvent les colonnes, faux-frontons et ressuscitent de façon plus simple et plus abstraite un certain style néoclassique.
Ainsi, Enghien a vu en cent-cinquante ans toutes les expressions des styles architecturaux depuis la Restauration grâce à sa situation de ville thermale.
[] Démographie
Avec l'arrivée du chemin de fer en 1846, Enghien-les-Bains, à l'image des communes voisines, connaît une forte expansion, qui ne fut ralentie que par les guerres.
La population d'Enghien en 1866 commence à affirmer son originalité par rapport aux communes voisines. Dans la canton de l'époque (celui de Montmorency, alors plus étendu que de nos jours), l'activité principale est la culture de la vigne, des fruits et des légumes : plus de 50% des hommes travaillent la terre, 25% environ ont une activité artisanale, moins de 20% sont employés dans le commerce et les services et à peine 6% de professions libérales. La moitié des hommes d'Enghien travaillent eux dans le commerce et les services. La commune compte alors près de 20% de professions libérales. Plus jeune et plus tournée vers les services, la population de la commune diffère des villes et villages voisins. Il faut ajouter à ces résidents permanents un nombre important de curistes et visiteurs qui double la population de la commune les mois d'été[44].
Après la Seconde Guerre mondiale, l'expansion d'Enghien est similaire à la plupart des communes de l'agglomération parisienne. Cependant limitée par la surface restreinte de la commune déjà totalement urbanisée après guerre, sa population a stagné puis finalement régressé tandis que la plupart des communes voisines voyaient leur population parfois doubler en trente ans. Mais elle n'a pas de ce fait connu une urbanisation brutale et massive et les importantes mutations sociales de nombreuses villes avec la construction de grands ensembles, telle Épinay-sur-Seine sa voisine.
| 1844 | 1851 | 1856 | 1861 | 1866 | 1872 | 1876 | 1881 | 1886 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 207[45] | 368 | 489 | 804 | 1 200 | 1 422 | 1 610 | 1 875 | 2 426 |
| 1891 | 1896 | 1901 | 1906 | 1911 | 1921 | 1926 | 1931 | 1936 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 2 670 | 3 330 | 4 067 | 5 070 | 6 302 | 8 418 | 10 077 | 11 324 | 10 504 |
| 1946 | 1954 | 1962 | 1968 | 1975 | 1982 | 1990 | 1999 | 2008 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 11 192 | 12 062 | 12 504 | 12 152 | 10 712 | 9 739 | 10 077 | 10 368 | |
| Nombre retenu à partir de 1962 : Population sans doubles comptes | ||||||||
Graphique de l?évolution de la population 1851-1999
[] Tableau démographique du XXe siècle

La pyramide des âges de la commune possède quelques tendances originales. La ville, contrairement à la région Île-de-France dans son ensemble, voit la part des enfants (moins de 15 ans) légèrement augmenter entre les deux recensements de 1990 et 1999. Néanmoins ces valeurs restent en deçà de la part des moins de quinze ans dans la région (17,7 % des hommes et 14,1 % des femmes à Enghien contre respectivement 19,9 % et 17,9 % dans la région).
Contrairement à la tendance régionale, la part des 60-74 ans a légèrement reculé à Enghien, tandis que les tranches les plus âgées n'ont pas connu d'évolutions significatives. Mais les tranches des 60 à 95 ans ou plus restent surreprésentées par rapport à la moyenne de la région, à raison de deux à trois points supplémentaires pour la tranche des 60 à 74 ans (12,9 % des hommes et 14,6 % des femmes à Enghien-les-Bains, contre respectivement 10,2 % et 11,3 % en Île-de-France) et le double de la moyenne régionale pour les plus de 75 ans (7,8 % et 13,5 % contre respectivement 4,0 % et 7,2 % en Île-de-France).
La rareté des terrains disponibles cumulée à l'attrait résidentiel de la ville font d'Enghien-les-Bains une cité où les niveaux de l'immobilier sont très élevés, ce qui contribue à rendre difficile l'installation de jeunes ménages et à maintenir une population plus âgée et plus aisée que la moyenne régionale francilienne[48],[49].
Revue de presse Enghien-les-Bains
