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Cunéiforme 
extracted from Wikipedia, the Free Encyclopedia


 

Pour l'article traitant des os du tarse, voir os cunéiformes
pour la botanique, voir cunéiforme.


Cunéiforme

Ritmal-Cuneiform tablet - Kirkor Minassian collection - Library of Congress.jpg

Caractéristiques
Type Logogrammes et phonogrammes
Langue(s) Sumérien, Akkadien, Élamite, Éblaïte, Hittite, Hourrite, Urartéen
Historique
Époque Du IVe millĂ©naire av. J.-C. au IIIe siècle (?)
Système(s)
dérivé(s)
Alphabet ougaritique, Vieux-persan cunéiforme
Encodage
Unicode U+12000 to U+1236E (Cunéiforme suméro-akkadien)
U+12400 to U+12473 (Nombres)
ISO 15924 Xsux (Cunéiforme suméro-akkadien)

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Voir « cunĂ©iforme Â» sur le Wiktionnaire.

Le cunĂ©iforme est issu du plus ancien système d'Ă©criture au monde, mis au point en basse MĂ©sopotamie entre 3400 et 3200 avant J.-C. Au dĂ©part linĂ©aire, cette Ă©criture est progressivement devenue cunĂ©iforme. Le mot cunĂ©iforme signifie « en forme de coins Â» (latin cuneus), Ă  cause de la forme du stylet utilisĂ© (mais on parle souvent de « clou Â»). Le terme a Ă©tĂ© inventĂ© en 1700 par Thomas Hyde (un Anglais). Le cunĂ©iforme Ă©tait principalement Ă©crit avec un calame en roseau sur des tablettes d'argile. Il est Ă  base phonogrammique, mais comprend Ă©galement de nombreux logogrammes.

À partir de son foyer sud-mésopotamien où vivait le peuple qui en est probablement le créateur, les Sumériens, le système d'écriture cunéiforme est adapté dans d'autres langues, à commencer par l'akkadien parlé en Mésopotamie, puis des langues d'autres peuples du Proche-Orient ancien (élamite, hittite, hourrite entre autres), et il est le système dominant dans ces régions pendant tout le IIe millénaire av. J.-C. Il décline lentement par la suite, avant de se replier sur son foyer de Mésopotamie méridionale où il disparaît aux débuts de notre ère. Le cunéiforme a été un élément marqueur des cultures du Proche-Orient ancien qui ont développé un rapport à l'écrit et des littératures à partir de ce système.

Sa redécouverte à l'époque moderne et sa traduction au XIXe siècle ont donné naissance aux disciplines spécialisées dans l'étude des civilisations du Proche-Orient ancien, à commencer par l'assyriologie, et ainsi de mettre en lumière les accomplissements de ces civilisations jusqu'alors oubliées.

Sommaire

Aspects matériels

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La Mésopotamie étant une région pauvre en matériau, ses habitants n'avaient pas un vaste choix d'instruments utilisables pour écrire. C'est l'argile et le roseau, abondants dans le sud, qui devinrent les matériaux privilégiés de l'écriture.

Ă€ partir de l'argile, on confectionnait une tablette (sumĂ©rien DUB, akkadien áą­uppu(m))1. On en trouvait de taille et de forme variĂ©es, le plus souvent rectangulaire. Les plus petites mesurent quelques centimètres, les plus grandes ont des cĂ´tĂ©s tournant autour de 40 centimètres. On Ă©crivait les signes dessus, avant de la faire sĂ©cher au soleil pour la durcir ou, mieux, de la cuire pour obtenir une meilleure soliditĂ© (l'argile cuite Ă©tant très difficile Ă  casser). Souvent, les tablettes dĂ©jĂ  utilisĂ©es Ă©taient recyclĂ©es. On les remodelait en effaçant les inscriptions antĂ©rieures puis on les rĂ©utilisait. Il Ă©tait en effet difficile de trouver de l'argile de qualitĂ© pour fabriquer des tablettes neuves. De ce fait, un site livre gĂ©nĂ©ralement des archives datant de quelques annĂ©es avant la destruction ou l'abandon, mais pas plus, puisque les tablettes plus anciennes ont Ă©tĂ© rĂ©utilisĂ©es. De plus, seules les tablettes qui ont Ă©tĂ© cuites nous sont parvenues, car l'argile crue se dĂ©grade au fil du temps. Souvent la cuisson des tablettes qui nous sont parvenues est due au fait que le site a Ă©tĂ© ravagĂ© par un incendie accidentel ou provoquĂ©. L'argile pouvait Ă©galement servir Ă  confectionner des supports d'Ă©criture autres que des tablettes, de formes diverses : certaines inscriptions Ă©taient faites sur des cĂ´nes, des clous, des cylindres, des prismes en argile, ou encore des maquettes de foies servant pour la divination.

L'instrument utilisĂ© pour Ă©crire sur l'argile est le calame, un morceau de roseau (parfois d'os, d'ivoire ou de bois) pointu ou arrondi au dĂ©part, puis taillĂ© en biseau, ce qui donnera aux Ă©critures mĂ©sopotamiennes leur aspect cunĂ©iforme : on plante d'abord la pointe, ce qui donne la forme d'un clou, puis on trace Ă©ventuellement une ligne Ă  la suite (certains signes Ă©tant composĂ©s de clous simples). En sumĂ©rien, on parle de « triangle Â», SANTAK (santakku en akkadien)2. Les tablettes d'argile pouvaient Ă©galement ĂŞtre imprimĂ©es avec des sceaux et des sceaux-cylindres, qui pouvaient comporter des inscriptions en cunĂ©iforme indiquant l'identitĂ© de leur propriĂ©taire. Notons Ă©galement que les tablettes d'argile pouvaient ĂŞtre enfermĂ©es dans des enveloppes en argile comportant une copie du texte de la tablette. Cela concerne surtout les contrats, car ce système permettait de vĂ©rifier que le texte de la copie n'avait pas Ă©tĂ© altĂ©rĂ©, en protĂ©geant l'original. L'incision de signes sur un support mallĂ©able donne au final une Ă©criture non pas plate comme celle qui allie l'encre et le papier, mais une Ă©criture en relief, et les signes doivent ĂŞtre lus avec un Ă©clairage particulier qui permette de repĂ©rer toutes les incisions sans quoi les signes peuvent ĂŞtre mal interprĂ©tĂ©s.

D'autres matĂ©riaux pouvaient servir de supports pour des inscriptions cunĂ©iformes. Certains textes Ă©taient rĂ©digĂ©s sur des surfaces en cire supportĂ©es par des tablettes en bois ou en ivoire ; seul ce dernier matĂ©riau a rĂ©sistĂ© aux assauts du temps; on a trouvĂ© des tablettes d'ivoire notamment Ă  Hattusha et dans les capitales assyriennes. On inscrivait Ă©galement des poteries, briques (en argile ou quelquefois les pierre des Ă©difices, des objets en mĂ©tal, des rochers naturels (comme Ă  Behistun). Il fallait dans ces deux derniers cas travailler la matière avec une pointe en fer. Il s'agit donc de gravures, rĂ©alisĂ©es par des spĂ©cialistes, les lapicides, qui, pour la plupart sans doute, ne comprenaient pas le cunĂ©iforme, mais recopiaient le texte Ă  partir d'un brouillon rĂ©digĂ© par un scribe.

Historique

L'écriture cunéiforme est le produit d'une histoire longue et complexe, dont les étapes sont bien connues dans les grandes lignes, même si des points de débat demeurent, notamment à propos de l'élaboration de l'écriture. Ce dernier point ne concerne pas à proprement parler la graphie cunéiforme, qui apparaît plus tardivement, mais le fait que celle-ci dérive du premier système d'écriture élaboré en basse Mésopotamie fait qu'elle n'est pas compréhensible sans prendre en compte l'origine de l'écriture dans cette région. Comprendre l'histoire du cunéiforme reste essentiel pour bien comprendre ce système d'écriture, dans la mesure où sa complexité dérive justement de son évolution et de la diffusion de son utilisation.

Apparition de l’écriture

Tablette en écriture pictographique retrouvée à Kish.

L’écriture apparaît vers 3400-3300 av. J.-C.3, quelque part dans le sud de la Mésopotamie, entre le Tigre et l'Euphrate, fleuves de l'Irak actuel, sans doute à l’initiative de populations sumériennes, car elle présente des caractéristiques qui s’adaptent à la structure de cette langue. Les premières formes d’écriture attestées ne sont cependant pas cunéiformes, mais linéaires, que ce soit l’écriture mésopotamienne, ou le proto-élamite, même si on emploie déjà les tablettes d’argile comme support. Dès ses premiers siècles l'écriture comprend à la fois des logogrammes (un signe = une chose, qu'elle soit réelle ou idéelle, auquel cas on parle d'idéogramme) et des phonogrammes (un signe = un son), et des signes polysémiques (qui peuvent avoir plusieurs sens, idéographiques ou phonétiques). Les bases du fonctionnement ultérieur de l'écriture cunéiforme sont d'ores et déjà établies.

Développement et affirmation de la graphie cunéiforme

Tablette en cunéiforme archaïque retrouvée à Shuruppak, milieu IIIe millénaire.

La graphie de l’écriture mésopotamienne (le proto-élamite étant resté linéaire) devient cunéiforme vers le milieu du IIIe millénaire (Dynastique archaïque III), quand au lieu de tracer des traits linéaires on choisit d’appliquer la tête du calame de roseau, instrument servant à écrire sur les tablettes d’argile, qui est de forme triangulaire, avant de tracer un trait constituant le caractère que l’on veut écrire4. C’est sans doute parce qu'elle est pratique, plus simple à inscrire sur de l'argile qu'une écriture linéaire, que cette forme se répand. Elle connaît un tel succès qu’elle est finalement reprise dans les inscriptions monumentales (longtemps restées linéaires), qui adoptent alors une graphie proche de celle des tablettes d’argile (mais souvent plus soignée), progressivement au cours des deux derniers siècles du IIIe millénaire.

Extension géographique

L’écriture cunĂ©iforme est d’abord dĂ©veloppĂ©e dans le sud de la MĂ©sopotamie, pour Ă©crire le sumĂ©rien et l’akkadien. Elle a Ă©tĂ© ensuite employĂ©e en Syrie, comme l’atteste le fait que l’éblaĂŻte est Ă©crit en cunĂ©iforme, puis aussi en Ă©lamite, oĂą elle a supplantĂ© la variante Ă©crite locale, qui survit jusqu’à la fin du IIIe millĂ©naire sous la forme dite « Ă©lamite linĂ©aire Â». C’est Ă  peu près de la mĂŞme pĂ©riode que date la première attestation de texte cunĂ©iforme Ă©crit en hourrite. Au dĂ©but du IIe millĂ©naire, le cunĂ©iforme est rĂ©pandu du Plateau iranien (Suse) jusqu’à la MĂ©diterranĂ©e (Ougarit, Qatna), de Palestine (Hazor) jusqu’en Asie Mineure (Hattusha). La langue dominante est alors l’akkadien. Les langues indo-europĂ©ennes d’Asie Mineure, hittite, louvite et palaĂŻte, ainsi que le hatti sont Ă©crits vers le milieu du IIe millĂ©naire. Dans la seconde moitiĂ© du IIe millĂ©naire, l’akkadien cunĂ©iforme (ainsi que le hittite et le hourrite) est Ă©crit en Égypte. Au dĂ©but du Ier millĂ©naire, les urartĂ©ens, vivant dans l'Asie Mineure orientale et le Sud du Caucase, adaptent cette forme d'Ă©criture pour leur langue.

Alors que ces Ă©critures s’appuyaient jusqu’alors sur le principe Ă©laborĂ© par les sumĂ©riens, mĂ©lange d’idĂ©ogrammes, de phonogrammes et de dĂ©terminatifs, un alphabet Ă©crit en signes cunĂ©iformes est créé Ă  Ougarit vers le XIVe siècle, et disparaĂ®t au XIIe. Ce sont nĂ©anmoins les alphabets linĂ©aires (phĂ©nicien, hĂ©breu, puis surtout aramĂ©en) qui deviennent les plus populaires, et supplantent peu Ă  peu l’ancienne Ă©criture cunĂ©iforme dans le courant du Ier millĂ©naire. Un syllabaire simplifiĂ© en perse, Ă©crit en cunĂ©iforme, fut dĂ©veloppĂ© par les scribes des rois AchĂ©mĂ©nides, mais sans grand succès.

Évolutions de la graphie des signes

Évolution graphique du signe SAG (tĂŞte). 1 : Uruk rĂ©cent (c. 3000) ; 2 : DA I (c. 2800) ; 3 : DA IIIB (c. 2500-2340), inscriptions royales ; 4 : DA IIIB, Ă©criture courante sur tablettes ; 5 : Ur III (XXIe siècle), et inscriptions royales palĂ©o-babyloniennes ; 6 : palĂ©o-assyrien (XIXe siècle) ; 7 : nĂ©o-assyrien (VIIIe-VIIe siècles).

Les caractères palĂ©ographiques de l'Ă©criture cunĂ©iforme ont beaucoup Ă©voluĂ©5. DĂ©jĂ  auparavant l'Ă©criture archaĂŻque avait connu des changements : les signes avaient Ă©tĂ© simplifiĂ©s, et on avait changĂ© leur orientation en les « retournant Â» de 90°. Le passage Ă  une graphie cunĂ©iforme achevait de leur faire perdre leur ancien aspect pictographique, et très peu laissent deviner leur sens originel. Alors que les premiers textes Ă©taient dĂ©coupĂ©s en cases, le dernier quart du IIIe millĂ©naire voit cette mise en forme disparaĂ®tre au profit d'une autre en lignes, qu'on Ă©crit et lit de gauche Ă  droite.

La plupart des signes gardent une base qui, similaire au cours du temps, fait qu'on peut facilement les identifier à partir de leurs traits de base. Les plus simples, qui ne peuvent pas trop être modifiés, restent souvent identiques. Mais certains connaissent de grandes modifications, même si leurs traits de bases restent généralement.

On a pu repĂ©rer certains principes d’évolution graphique des signes ; RenĂ© Labat a ainsi distinguĂ© :

  • des signes simples, le plus grand nombre ;
  • des signes redoublĂ©s (le mĂŞme signe est rĂ©pĂ©tĂ© deux fois, juxtaposĂ© horizontalement ou verticalement) ;
  • des signes composĂ©s, formĂ©s de l’imbrication de deux signes distincts ;
  • des signes complexes, « gounifiĂ©s Â», le gunĂ» Ă©tant le terme akkadien pour dĂ©signer des signes hachurĂ©s, qui en cunĂ©iforme consiste souvent en deux ou trois traits verticaux, obliques ou tĂŞtes de clous ;
  • des signes intermĂ©diaires, entre les composĂ©s et les complexes ;
  • des signes ligaturĂ©s, rĂ©unissant deux signes en un seul, rares, pour des expressions prĂ©cises et courantes (par exemple ina, signifiant « dans Â» en akkadien, formĂ© de la ligature des signes « i Â» et « na Â»).
Inscription cunéiforme néo-assyrienne.

À partir des graphies du IIIe millénaire, on remarque une simplification croissante de nombreux signes, par suppression de traits. Les scribes assyriens ont tendance au Ier millénaire à réduire le nombre de traits obliques pour les remplacer par des traits verticaux ou horizontaux. À l’inverse, ceux de Babylonie gardent les traits obliques, et leurs signes restent plus proches de ce qu’ils étaient aux périodes précédentes. Dès la fin du IIe millénaire, la graphie assyrienne est plus normalisée que celle de Babylonie, et cela s'accentue à la période néo-assyrienne. Les premiers éditeurs modernes de textes cunéiformes de cette époque ont d'ailleurs fondu des caractères d'imprimerie en cunéiforme néo-assyriens pour les livres qu'ils imprimaient. Mais cela résulte d'une interprétation contemporaine, car les scribes antiques n'ont jamais cherché à avoir une graphie strictement normalisée, et de ce fait il existe toujours des variations (souvent infimes) dans l'écriture d'un scribe à l'autre, même pour une période identique.

Cela vaut surtout pour les textes Ă©crits sur tablettes, les inscriptions royales, mais aussi certains textes utilisant un registre de langue recherchĂ© (notamment pour les rituels religieux) recourant souvent Ă  des graphies archaĂŻques et volontiers plus complexes (un peu comme on l'a longtemps fait en Europe occidentale en reprenant la graphie latine antique ; voir plus bas).

Évolutions de la valeur des signes

Le syllabaire cunéiforme connaît une évolution lente à partir de ce qu’il était à l’origine6. Ces changements se font apparemment plutôt suivant l’évolution phonétique de la langue écrite, ou suivant les adaptations auxquelles on doit procéder pour écrire une nouvelle langue en cunéiforme, vu que les systèmes phonétiques de celles-ci peuvent être très différents (entre une langue sémitique comme l’akkadien, indo-européenne comme le hittite, et des isolats comme le sumérien, l’élamite et le hourrite).

Le problème s’est d’abord posĂ© de transposer l’écriture cunĂ©iforme du sumĂ©rien Ă  l’akkadien. Les scribes akkadiens reprirent avant tout le sens phonĂ©tique des signes employĂ©s pour Ă©crire le sumĂ©rien, tout en conservant des logogrammes, qu’ils prononçaient dans leur langue. Ainsi, le signe DUG, signifiant « vase Â» en sumĂ©rien, pouvait avoir une valeur logographique, et alors dĂ©signer un vase (karpatu(m) en akkadien ; on parle parfois d'un « sumĂ©rogramme Â» dans ce cas de figure), mais aussi le son « dug Â», et Ă©galement « duk Â», ou « duq Â» du fait de la proximitĂ© phonĂ©tique entre k, q et g. De la mĂŞme manière les consonnes t/áą­/d et b/p partagent souvent les mĂŞmes signes. Par la suite, on fit de mĂŞme entre l, r et n. Cela se fit aussi pour les voyelles (surtout entre e et i). L'akkadien cunĂ©iforme tend donc Ă  voir une augmentation de nombre de valeurs possibles pour les signes. Mais il a pu aussi y avoir des simplifications : ainsi on affecta peu Ă  peu des signes plus distincts Ă  chacune des sifflantes (š, s, z).

Chacune des langues qui a empruntĂ© le cunĂ©iforme a ainsi procĂ©dĂ© Ă  diffĂ©rentes modifications du syllabaire d’origine, et d’ailleurs les nouvelles valeurs ne sont pas toujours bien comprises aujourd’hui, surtout s’il s’agit d’une langue encore bien mal connue comme le hourrite ou l’élamite. Ces autres langues ont Ă©galement conservĂ© des logogrammes du système cunĂ©iforme sumĂ©ro-akkadien, donc des « sumĂ©rogrammes Â». Le cunĂ©iforme hittite a la particularitĂ© de comprendre en plus certains signes ou groupes de signes empruntĂ©s au syllabaire akkadien, des « akkadogrammes Â», qui sont donc des mots en akkadien puisqu'ils ont une valeur phonĂ©tique Ă  l'origine, mais plus forcĂ©ment dans le contexte d'un texte en hittite.

PrĂ©cisions qu'une fois encore certains types de textes, notamment les inscriptions royales et les rituels religieux, ont pu privilĂ©gier une utilisation des valeurs archaĂŻques de certains signes. Cela est surtout attestĂ© pour le Ier millĂ©naire. Mais on utilise un syllabaire restreint pour les actes de la pratique. L’utilisation d’un syllabaire prĂ©cis, comme pour la graphie par ailleurs, dĂ©pend beaucoup de l’existence d’une « Ă©cole Â» de scribes : dans un mĂŞme lieu et Ă  une mĂŞme Ă©poque, on a tendance Ă  Ă©crire d’une façon identique, mĂŞme s’il n’y a jamais d’orthographe prĂ©cise qui soit fixĂ©e (voir plus bas).

« Le dernier coin Â»

Bas-relief néo-assyrien représentant un scribe écrivant sur une tablette d'argile et un autre sur un papyrus ou parchemin.

À partir de la première moitié du Ier millénaire, les écritures alphabétiques linéaires sur des supports souvent périssables (papyrus, parchemin), dérivées de l'alphabet phénicien, tendent à devenir prépondérantes dans tout le Proche-Orient. Celle qui connaît le plus de succès est l'araméen, du fait de l'importance numérique et de la dispersion géographique de ce peuple. Cette langue tend à supplanter l'akkadien comme lingua franca du Proche-Orient, et le cunéiforme disparaît au début du Ier millénaire des sites extérieurs à la Mésopotamie, sauf quand ce sont des souverains de ce dernier pays qui font graver des inscriptions. En Mésopotamie même, l'écriture alphabétique prend de plus en plus de poids dans les empires néo-assyrien et néo-babylonien, et les reliefs et fresques d'Assyrie présentent souvent un scribe écrivant sur papyrus ou parchemin à côté d'un scribe écrivant sur tablette, signe de la cohabitation des deux systèmes. Les Achéménides choisissent l'araméen comme langue officielle, achevant le processus entamé par leurs prédécesseurs.

La tradition cunéiforme subsiste cependant dans la Babylonie du Ier millénaire, mais le rétrécissement au fil du temps des corpus trouvés dans cette région indique que l'écriture sur support périssable a pris le dessus. Les entrepreneurs privés ont encore des archives cunéiformes jusqu'à l'époque parthe, mais c'est surtout dans les temples que le cunéiforme est encore employé, solidaire de l'antique tradition mésopotamienne qui survit encore dans ces lieux.

Quand a Ă©tĂ© inscrit le « dernier coin Â» sur une tablette cunĂ©iforme7 ? La tablette cunĂ©iforme la plus rĂ©cente qui nous soit connue est un texte astrologique datant de 61 ap. J.-C.8, retrouvĂ© dans l'Esagil, temple de Marduk Ă  Babylone, lieu sacrĂ© de l'ancienne MĂ©sopotamie s'il en est. Mais des textes plus rĂ©cents ont sĂ»rement Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s, qui ont disparu ou attendent encore d'ĂŞtre dĂ©couverts. Au plus tard, l'Ă©criture cunĂ©iforme a dĂ» s'Ă©teindre vers les dĂ©buts de la domination sassanide en Babylonie, soit le milieu du IIIe siècle de notre ère.

Principes des écritures cunéiformes

La longue et complexe évolution du cunéiforme à base syllabique a donc abouti à une écriture comprenant des signes à la fois phonétiques et idéographique (ou logographique), pouvant avoir diverses valeurs (polysémie). Il convient donc à ce stade de résumer les grands traits de cette écriture, et de voir également les formes originales du cunéiforme, l'alphabet ougaritique et le syllabaire perse.

Les phonogrammes

Un exemple d'homophonie en cunĂ©iforme : cinq signes pour un seul son, ni.

Les phonogrammes, sont des signes valant pour un son, généralement une syllabe9. On trouve les syllabes ouvertes, de type VC (voyelle-consonne, comme um, ap, ut etc.) et CV (ki, mu, na etc.), et des syllabes fermées, de type CVC (tam, pur, mis etc.), selon un principe adapté à la langue sumérienne, fondamentalement monosyllabique. On trouve aussi des signes ayant des valeurs plus complexes, les signes bisyllabiques (tara, reme, etc.). Les signes bisyllabiques peuvent être obtenus par la ligature de deux signes syllabiques simples, accolés l'un à l'autre (aš+šum = aššum). À l'inverse, il existe des signes plus simples, valant pour une seule voyelle, c'est-à-dire dans les cas de a, e, i, u.

De nombreux signes ont plusieurs valeurs phonétiques (polyphonie), alors que certains sons sont écrits par des signes différents (homophonie). La polyphonie vient du fait qu'un signe avait plusieurs significations, avec en plus des signes dérivés, mais aussi qu'aux valeurs phonétiques du sumérien se sont ajoutées celles de l'akkadien. Elle peut porter sur des signes différents, par exemple quand un même signe marque le son ut et le son tam, mais elle porte aussi sur des sons proches, notamment sur la proximité phonétique des consonnes k/g (ak/ag), b/p (ab/ap), t/d (ut/ud), et pour les voyelles entre i/e (ib/eb, qui est aussi le même signe que ip/ep). L'homophonie vient du fait que l'écriture sumérienne avait de nombreux homonymes, qui étaient à la base marqués par des signes idéographiques différents. Cela complexifie la lecture de l'écriture cunéiforme, d'autant plus que ces signes peuvent aussi avoir en même temps des valeurs idéographiques ou logographiques. Mais la compréhension de ces signes est généralement facilitée selon le contexte dans lequel il est écrit.

Les idéogrammes

Les idĂ©ogrammes (« signes-idĂ©es Â») sont des signes reprĂ©sentant une notion, que ce soit une idĂ©e, de l'immatĂ©riel, ou quelque chose de concret, de rĂ©el10. Il s'agit en fait de logogrammes stricto sensu (« signes-mot Â»), mais l'usage en assyriologie est de parler d'idĂ©ogrammes (qui en rĂ©alitĂ© ne devraient dĂ©signer que les logogrammes reprĂ©sentant des choses abstraites), le terme de pictogramme (qui dĂ©signerait plutĂ´t les logogrammes reprĂ©sentant des choses concrètes) Ă©tant plutĂ´t rĂ©servĂ© pour les formes d'Ă©criture prĂ©-cunĂ©iformes11. Les idĂ©ogrammes cunĂ©iformes peuvent reprĂ©senter un verbe, un substantif, un adjectif, un adverbe, une prĂ©position. Certains sont complexes, et sont composĂ©s de deux signes voire plus. Étant donnĂ© qu'il faut gĂ©nĂ©ralement un signe par mot, cela a pour effet de raccourcir le nombre de signes Ă©crits pour une proposition, mais en revanche cela augmente considĂ©rablement le corpus de signes que peuvent employer les scribes. C'est le caractère idĂ©ographique de la majoritĂ© de ses signes qui explique que le système cunĂ©iforme comprenne autant de signes, en dĂ©pit du fait qu'un bon nombre d'idĂ©ogrammes aient aussi une ou plusieurs valeur(s) phonĂ©tique(s) ou bien d'autres valeurs idĂ©ographiques.

Exemples d'idéogrammes cunéiformes (graphie paléo-babylonienne)

Les déterminatifs

Les déterminatifs servent à faciliter la lecture du signe qu'ils précèdent (déterminatifs préposés) ou qu'ils suivent (déterminatifs postposés), voire inscrits dans le signe même dans certains cas12. Ils indiquent la classe, ou bien la nature du mot qu’ils déterminent. Il s'agit le plus souvent d'idéogrammes. Ils avaient juste une valeur à la lecture, et ne se prononçaient pas. L'utilisation d'un déterminatif n'est pas systématique, et il arrive souvent que le scribe s'en passe. Il existe cependant certains mots (écrits phonétiquement ou idéographiquement) pour lesquels le déterminatif est toujours utilisé, comme les noms de certaines villes (déterminatif postposé KI). Certains déterminatifs sont directement inclus dans le signe. Une autre catégorie de déterminatifs est de type grammatical, servant par exemple à marquer le pluriel, en sumérien ou avec des sumérogrammes uniquement.

Exemples de déterminatifs cunéiformes (graphie paléo-babylonienne).

Les compléments phonétiques

Cette dernière catégorie de signe sert à simplifier la lecture des idéogrammes, en leur postposant un signe phonétique indiquant la terminaison du mot à lire13. Cela sert dans le cas où un signe a plusieurs valeurs idéographiques, ou bien quand on hésite entre une lecture idéographique ou phonétique de ce signe. Par exemple, dans le cas de signe ayant pour valeur idéographique DINGIR (dieu, aussi déterminatif de la divinité) phonétique an, quand il est suivi d'un complément phonétique débutant par -r-, la première valeur sera choisie, et s'il est suivi d'un complément débutant par -n-, la seconde valeur sera choisie.

L’alphabet cunéiforme d'Ougarit

Article dĂ©taillĂ© : alphabet ougaritique.

Bien qu’il ne s'agisse pas d'une évolution du système cunéiforme, mais plutôt de celle de l’écriture hiéroglyphique (dont l'alphabet ougaritique est une simplification, puisqu’il ne garde que ses principes phonétiques), il y eut dès l’élaboration des premiers alphabets chez les peuples ouest-sémitiques des formes utilisant la graphie cunéiforme. La plus ancienne forme alphabétique est cependant linéaire selon toute vraisemblance. Si l’alphabet ougaritique est le seul exemple connu (hormis peut-être quelques documents difficiles à identifier), il n’est en fait peut-être pas la plus ancienne de ces formes d’écriture alphabétiques cunéiformes.

L’alphabet ougaritique a Ă©tĂ© traduit dès l’entre-deux guerres, et a fourni une documentation très abondante. C’est la mieux connue des toutes premières formes d’alphabet. Les plus anciens documents datent du XIVe siècle av. J.-C., et les derniers sont du dĂ©but du XIIe siècle. Il reprend les principes de tous les alphabets ouest-sĂ©mitiques : Ă©criture uniquement des consonnes et des semi-consonnes, et donc exclusion des voyelles. Mais, Ă  l’imitation de l’écriture cunĂ©iforme « idĂ©ographico-syllabique Â», il se lit de gauche Ă  droite.

Les caractères de l'alphabet ougaritique

Le vieux-perse cunéiforme

Article dĂ©taillĂ© : Vieux-persan.

La dynastie perse achéménide patronna aux VIe-Ve siècles l’élaboration d’un système mi-syllabique, mi-alphabétique de trente-six signes adapté à partir de l’écriture cunéiforme, dont il se voulait une simplification, imitant les alphabets sémitiques, mais indiquant parfois la vocalisation des consonnes, et ayant des signes pour marque les voyelles a, u et i. Il comprenait aussi quelques idéogrammes.

Caractères du syllabaire cunéiforme perse.

L'écriture cunéiforme dans son contexte social et culturel

Une écriture étant indissociable de ceux qui l'emploient, il convient de restituer, dans la mesure du possible, certains aspects du contexte dans lequel l'écriture cunéiforme s'est développée, a évolué, et comment est-ce qu'elle a été utilisée concrètement14.

Qui Ă©crivait et lisait le cunĂ©iforme ?

L’écriture cunĂ©iforme est en premier lieu l’affaire de spĂ©cialistes : les scribes15. Ils jouent un rĂ´le-clĂ© dans la sociĂ©tĂ©, mais pour autant la fonction en elle-mĂŞme n’induit pas de prestige particulier. Il s’agit en fait d’un milieu très hĂ©tĂ©rogène. Ă€ la base on trouvait des scribes ayant reçu une instruction minimale, capables de rĂ©diger les actes les plus simples de la vie courante, connaissant le nombre nĂ©cessaire de signes, sans plus. Ă€ un niveau supĂ©rieur, les palais et les temples emploient des scribes mieux formĂ©s pour les tâches les plus complexes de l’administration, et pour assurer la tâche de secrĂ©taire des personnages les plus importants, si ceux-ci n’écrivent pas eux-mĂŞmes. Les « lettrĂ©s Â» occupent quant Ă  eux le haut de l’échelle des scribes, Ă©voluant dans les temples les plus prestigieux et dans l’entourage du souverain. Ce sont souvent des membres du clergĂ© (exorcistes, devins, etc.).

Les scribes sont formés dans des écoles dépendant souvent d’un temple, ou sinon dirigées par un maître travaillant pour son propre compte. Au fur et à mesure de la formation on apprend de plus en plus de signes, d’œuvres, de langues, et on peut se spécialiser. Mais cela concerne manifestement un nombre limité de scribes, bien qu'on ne repère pas exactement une telle différenciation dans les formations des scribes avant le Ier millénaire16.

Au-delà de ce milieu de spécialistes, une frange limitée de la population comprend ou écrit le cunéiforme, mais elle est plus étendue qu’on ne l’a longtemps pensé17. Les souverains, administrateurs de grands organismes, ou des marchands ou gestionnaires d’un patrimoine foncier important devaient être initiés aux bases de l’écriture, pour pouvoir exercer leur tâche, qui était facilitée par le recours à l’écrit, en leur évitant d'avoir à trop se reposer sur leurs scribes. Quelques femmes, essentiellement dans le milieu des palais et des temples, ont pu être lettrées voire scribes, même si ce métier est en grande majorité masculin.

Le système cunĂ©iforme Ă  dominante syllabique est certes plus complexe Ă  apprendre et manier qu’un système alphabĂ©tique, mais pas autant qu’on le pense couramment18. On pouvait privilĂ©ger une Ă©criture phonĂ©tique utilisant sur un nombre rĂ©duit de signes, avec quelques idĂ©ogrammes de base. Ainsi, les marchands palĂ©o-assyriens s’en sortaient avec un minimum de 70 signes environ, et en gĂ©nĂ©ral une centaine de signes devait suffire. De toute manière cela ne constituait pas un frein Ă  la diffusion de la pratique Ă©crite ; le problème est bien plus social et culturel que technique ou intellectuel.

Styles d’écriture

La formation des scribes dans un nombre limitĂ© d’établissements a facilement amenĂ© Ă  la constitution de sorte d’ « Ă©coles Â» de scribes, ayant les mĂŞmes habitudes d’écriture. Celles-ci peuvent porter sur les signes employĂ©s : habitude d’utiliser un mĂŞme corpus de signes, dans une mĂŞme graphie, avec le ou les mĂŞmes sens. Cela pouvait faire que l’on utilisait plus ou moins de signes idĂ©ographiques par rapports aux signes phonĂ©tiques. Les marchands palĂ©o-assyriens mentionnĂ©s ci-dessus Ă©vitaient l’emploi de signes autres que phonĂ©tiques, et il en allait de mĂŞme pour les scribes Ă©lamites, mĂŞme dans l’entourage royal.

Les pratiques des scribes dĂ©finissent aussi le style de langue que l’on emploie : des mots, des expressions se retrouvent dans les tablettes issues d’un mĂŞme endroit, un sorte de dialecte de la langue Ă©crite, et pas forcĂ©ment parlĂ©e. D’ailleurs la langue parlĂ©e peut influencer celle que l’on Ă©crit quand les deux ne sont pas les mĂŞmes : dans les cas des lettres d’Amarna Ă©crites par les scribes des rois du Levant parlant des langues « cananĂ©ennes Â»19, comme dans celui des lettres de Nuzi oĂą l’on parlait hourrite20, l’akkadien que l’on Ă©crivait comportait de nombreuses « contaminations Â» par les langues vernaculaires. Le mĂŞme phĂ©nomène s’observe quand l’aramĂ©en se diffuse dans la première moitiĂ© du Ier millĂ©naire.

C’est en fait l’ensemble du formulaire des textes rĂ©digĂ©s, leurs caractères diplomatiques internes comme externes qui sont dĂ©terminĂ©s par les habitudes des scribes. On utilise un mĂŞme type de tablette, on rĂ©dige les contrats de la mĂŞme manière, en employant les mĂŞmes expressions-clĂ©s quand il s’agit de textes stĂ©rĂ©otypĂ©s21. Ce phĂ©nomène s’observe sur un mĂŞme lieu, Ă  une mĂŞme pĂ©riode : les textes issus d’un mĂŞme corpus documentaire se ressemblent beaucoup, et une fois initiĂ© aux habitudes des scribes, on comprend aisĂ©ment le reste du corpus. Cela permet de regrouper des textes plus facilement (par exemple s’ils sont issus de fouilles clandestines), de les dater et les localiser. D’une manière gĂ©nĂ©rale les sites d’une mĂŞme rĂ©gion ou aire culturelle et d’une mĂŞme pĂ©riode prĂ©sentent des traits identiques.

Les pratiques varient Ă©galement en fonction des types de documents, de leur fonction. Les inscriptions royales utilisent un corpus de signes souvent variĂ©, et archaĂŻsant : ainsi la stèle du Code de Hammurabi inscrite au XVIIIe siècle emploie un style d’écriture cunĂ©iforme des tablettes du XXIVe siècle. Les textes religieux sont Ă©galement bien plus Ă©laborĂ©s, et utilisent souvent des signes et mots spĂ©cifiques, avec souvent mĂŞme une langue littĂ©raire assez diffĂ©rente de celle que l’on retrouve dans les documents de la vie courante. Les scribes qui rĂ©digent ces types de textes sont manifestement mieux formĂ©s que ceux qui rĂ©digent les textes administratifs ou juridiques, ou bien les correspondances simples. Certains des scribes du milieu des temples, aux pĂ©riodes tardives, qui sont les mieux formĂ©s, sont rompus Ă  l’étude de textes des pĂ©riodes anciennes sont mĂŞme capables d’employer des signes qui ne sont plus en usage depuis des siècles, par « snobisme Â».

Diffusion et adoption de l’écriture cunĂ©iforme et des pratiques des scribes : le cas des Hittites

La façon dont se rĂ©pand l’écriture cunĂ©iforme peut ĂŞtre analysĂ©e Ă  la lumière du cas de l’Asie Mineure hittite22. L’écriture cunĂ©iforme est « expĂ©rimentĂ©e Â» dès la première moitiĂ© du IIe millĂ©naire par les rois d'Asie Mineure en contact avec les marchands assyriens, dont la forme d’écriture est reprise, si l’on se rĂ©fère Ă  la poignĂ©e de textes retrouvĂ©s dans les palais des souverains Kanesh qui nous est parvenue23. NĂ©anmoins cette pratique semble se perdre dans le courant du XVIIIe siècle, ou du moins elle n’est pas documentĂ©e. L'Ă©criture du royaume hittite a clairement des caractères graphiques bien diffĂ©rents de celle des marchands assyriens, ce qui rend la filiation entre les deux improbable.

À la fin du XVIIe siècle, les premiers souverains hittites (Hattushili Ier, Mursili Ier) ont sans doute recruté ou plus probablement déporté des scribes de Syrie (voire quelques-uns de Babylonie même), parce que les scribes du royaume hittite écrivent d’une manière qui semble issue de celle qui était courante dans les royaumes syriens de la période amorrite, notamment Alalakh. Les scribes écrivent en akkadien, la lingua franca de l’époque, mais adaptent aussi l’écriture au hittite dès cette période. En plus d’emprunter au cunéiforme akkadien les signes phonétiques et les idéogrammes sumériens, et les scribes hittites y ajoutent quelques signes transcrivant de l’akkadien ayant une valeur idéographique.

Dans ce cas lĂ , l’étude palĂ©ographique confirme ce que l’étude des Ă©vĂ©nements pouvait laisser supposer. Mais dans d’autres elle tendrait plutĂ´t Ă  l’infirmer. Ainsi, l’étude du style d’écriture des scribes Ă©crivant en cunĂ©iforme Ă  la cour Ă©gyptienne de la seconde moitiĂ© du IIe millĂ©naire semble indiquer qu’ils emploient un style issu du monde hittite, et non de celui du Levant comme il aurait Ă©tĂ© plus logique24. Les Hittites auraient donc jouĂ© Ă  leur tour le rĂ´le de « passeurs Â» de l’écriture cunĂ©iforme.

Écriture et pouvoir

On a pu voir que l’écriture cunĂ©iforme est fortement liĂ©e au pouvoir politique. Partout oĂą elle apparaĂ®t dans un nouveau lieu et dans un contexte identifiable, c’est dans un contexte institutionnel, le plus souvent celui du pouvoir royal. L’écriture reste par la suite l’apanage du palais, et Ă©galement du temple, deux institutions très liĂ©es l’une Ă  l’autre. Les lots d’archives « privĂ©s Â» (le sens et la portĂ©e de ce mot pour le contexte du Proche-Orient ancien Ă©tant d’ailleurs dĂ©battus) n’apparaissent en grand nombre que plus tardivement, au dĂ©but du IIe millĂ©naire.

L’action du pouvoir politique est forte dans la forme d’écriture employĂ©e. On a dĂ©jĂ  vu plus haut le rĂ´le des rois hittites dans la pratique de l'Ă©criture en Asie Mineure. La dĂ©portation de scribes par les armĂ©es Ă©tait une chose courante. Après la prise de Larsa, Hammurabi fait venir les scribes de Rim-Sin, le roi qu’il a vaincu, dans sa capitale, oĂą ils lui rĂ©digent des inscriptions royales dans le mĂŞme style que celui qu’ils employaient pour glorifier leur ancien maĂ®tre. Le rĂ´le de l’administration des empires peut aussi ĂŞtre important : sous les rois d’Akkad est pratiquĂ©e une homogĂ©nĂ©isation de l’écriture employĂ©e dans l’administration impĂ©riale, tandis que pour les affaire locales la division rĂ©gionale continue.

C’est en effet avant tout le pouvoir qui a besoin de l’écriture. Avant tout pour des besoins de fonctionnement : le palais et le temple sont ce que l’on appelle parfois les « grands organismes Â», leur gestion est lourde, et nĂ©cessite plus le secours de l’écriture et d’une armĂ©e de scribe que la gestion de patrimoines individuels forcĂ©ment plus limitĂ©s. D’ailleurs les archives privĂ©es sont le fait des plus riches, donc de ceux qui sont liĂ©s au pouvoir. L’écriture a Ă©galement pour fonction la glorification des dieux et du roi. On a pu mettre en parallèle l’apparition de l’écriture et celle dans l’art des reprĂ©sentations royales de plus en plus affirmĂ©es. Les deux participaient d’un mĂŞme phĂ©nomène : l’affirmation de l’autoritĂ© Ă©tatique.

Suivant ce même lien entre écriture et pouvoir, on peut comprendre la disparition de l'écriture cunéiforme comme résultant de son abandon par les États dominant le Proche et le Moyen Orient à partir du Ier millénaire, d'abord en Syrie et en Anatolie (même si l'Urartu constitue une exception, voire une anomalie dans un tel contexte), puis en Iran avec les Perses achéménides qui choisissent l'araméen alphabétique au détriment de l'akkadien et de l'élamite cunéiformes. Mais il est vrai qu'ils suivent et confirment alors une tendance déjà bien marquée, entamée par les Empires néo-assyrien et néo-babylonien. La Mésopotamie n'était alors plus la région d'origine d'un pouvoir politique fort supportant son antique écriture. C'est donc dans la sphère privée et surtout dans le milieu religieux de sa région d'origine, là où elle était le plus profondément ancrée, que la tradition cunéiforme se replie et s'éteint lentement.

Déchiffrement

Après sa disparition, le système d'Ă©criture cunĂ©iforme fut oubliĂ©, seuls quelques voyageurs visitant la MĂ©sopotamie et la Perse ramenant parfois des pierres inscrites, dont ils ignoraient presque tout. Cela dura jusqu'au dĂ©but du XIXe siècle, notamment jusqu'en 1835, annĂ©e oĂą fut dĂ©couverte l'inscription de Behistun.

La redécouverte des inscriptions cunéiformes à l'époque moderne

Le « cailloux Michaux Â», ramenĂ© de Bagdad en 1782 par AndrĂ© Michaux.

Ă€ l'Ă©poque moderne, plusieurs voyageurs Occidentaux s'aventurent au Moyen-Orient et notamment en MĂ©sopotamie, oĂą ils dĂ©couvrent des exemplaires de l'Ă©criture cunĂ©iforme, qui par son caractère mystĂ©rieux peine Ă  ĂŞtre vue par leurs yeux comme une forme d'Ă©criture25. Pietro Della Valle, originaire de Rome, est le premier Ă  recopier des inscriptions cunĂ©iformes sur le site de PersĂ©polis en 1621. En 1771, le danois Carsten Niebuhr ramène Ă©galement des copies d'inscriptions cunĂ©iformes de son voyage en MĂ©sopotamie et en Perse. En 1786, le botaniste français AndrĂ© Michaux achète Ă  Bagdad un kudurru babylonien dĂ©posĂ© Ă  la Bibliothèque nationale de France, qui porte depuis le surnom de « cailloux Michaux Â». De la mĂŞme façon, quelques objets portant des signes cunĂ©iformes arrivent en Europe, oĂą ils suscitent l'intĂ©rĂŞt de certains savants, qui commencent Ă  chercher Ă  percer leurs mystères.

Premiers jalons pour un déchiffrement

Les premiers Ă©lĂ©ments pour la traduction du cunĂ©iforme sont avancĂ©s en 1802 par un philologue allemand, Georg Friedrich Grotefend. Utilisant l'intuition de certains de ces prĂ©dĂ©cesseurs qui avaient Ă©mis l'hypothèse que certaines des inscriptions venues de Perse dataient de la pĂ©riode des rois AchĂ©mĂ©nides, il analysa certaines inscriptions de PersĂ©polis en devinant qu'il s'agissait d'inscriptions royales, puis isola le terme le plus courant, qu'il identifia comme signifiant « roi Â» ; il identifia Ă©galement les groupes de signes voisins du prĂ©cĂ©dent comme Ă©tant le nom des rois, en se basant sur les noms connus par les historiens grecs antiques (Cyrus II, Cambyse, Darius Ier, Xerxès). Il put ainsi tenter d'attribuer des valeurs phonĂ©tiques Ă  certains signes. Mais il fallait identifier la langue des textes : Grotefend voulait y voir du vieux-perse, ce qui Ă©tait juste, mais il voulut le lire en utilisant la grammaire de l'Avesta, connu en Europe depuis son Ă©dition entre 1768 et 1771 par Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron. Or la langue avestique est diffĂ©rente bien que proche du vieux-perse des inscriptions achĂ©mĂ©nides. Au final, Grotefend identifia une dizaine de signes, avancĂ©e considĂ©rable, mais il ne put poursuivre plus loin car il s'enferma dans une sĂ©rie d'erreurs qui l'empĂŞchaient d'amĂ©liorer ses premiers rĂ©sultats26. Ses rĂ©ussites dans le dĂ©chiffrement du cunĂ©iforme ne furent d'ailleurs pas bien reçues Ă  la SociĂ©tĂ© des sciences de Göttingen, qui n'avait pas su reconnaĂ®tre ses mĂ©rites.

Les travaux de Grotefend servirent finalement Ă  d'autres philologues mieux armĂ©s dans le domaine des langues indo-iraniennes anciennes, notamment Christian Lassen qui identifia des termes gĂ©ographiques sur les reprĂ©sentations des peuples tributaires Ă  PersĂ©polis. Une avancĂ©e dĂ©cisive vue effectuĂ©e en 1835 par un des plus grands dĂ©chiffreurs du cunĂ©iforme, Henry Creswicke Rawlinson, qui recopia l'inscription trilingue du rocher de Behistun, datant du règne de Darius Ier et rĂ©digĂ©e en vieux-perse, akkadien babylonien et Ă©lamite. Bien qu'on ne connaisse alors aucune des trois, cela allait permettre de comparer diffĂ©rents systèmes d'Ă©criture cunĂ©iforme et diffĂ©rentes langues. Le système le plus simple Ă  dĂ©chiffrer Ă©tait le vieux-perse, car il Ă©tait composĂ© de 42 signes syllabiques, Ă  l'inverse des deux autres composĂ©es de centaines de signes. Avec l'inscription de Behistun, on disposait alors d'un corpus de signes très consĂ©quent. Finalement, les travaux conjuguĂ©s de plusieurs chercheurs (Rawlinson, Lassen, Edward Hincks, Jules Oppert et d'autres) permirent d'identifier la totaltiĂ© des signes de l'« alphabet Â» vieux-perse en 184727.

Une fois le vieux-perse cunĂ©iforme, on allait pouvoir tenter le dĂ©chiffrement des deux autres Ă©critures, Ă  l'image de ce qu'avait fait Jean-François Champollion avec la Pierre de Rosette une vingtaine d'annĂ©es auparavant. L'akkadien allait ĂŞtre la deuxième langue dĂ©chiffrĂ©e, notamment grâce aux premières recherches de Hincks. En utilisant la version perse de l'inscription de Behistun, il identifia plusieurs signes et confirma qu'on Ă©tait en prĂ©sence d'un système Ă  dominante syllabique, avant de dĂ©couvrir la nature idĂ©ographique d'autres signes, ainsi que leur polysĂ©mie. Lorsqu'il traduit l'idĂ©ogramme signifiant « argent Â» et lui trouva la valeur phonĂ©tique kaspu(m), il put rapprocher ce terme de l'hĂ©breu kasp- et ainsi Ă©tablir qu'il s'agissait d'une langue sĂ©mitique après avoir trouvĂ© d'autres parallèles identiques. Rawlinson Ă©tablit de son cĂ´tĂ© le caractère polyphonique des signes et identifia aussi des homophones, ce qui confirma la complexitĂ© de ce système d'Ă©criture28.

Le cunéiforme déchiffré

En 1857, les avancĂ©es dans le dĂ©chiffrement du cunĂ©iforme font penser que les mystères de ce système d'Ă©criture ont Ă©tĂ© vaincus, alors que les premiers chantiers de fouilles dans l'ancienne Assyrie ont livrĂ© une grande quantitĂ© de tablettes cunĂ©iformes. Le Royal Asiatic Society de Londres dĂ©cide alors de tester la rĂ©alitĂ© du dĂ©chiffrement de ce qu'on considère alors comme de l'assyrien cunĂ©iforme29. Elle envoie la copie d'une inscription du roi Teglath-Phalasar Ier qui vient juste d'ĂŞtre exhumĂ©e sur le site archĂ©ologique de Qala'at Shergat, l'ancienne Assur Ă  trois des principaux acteurs du dĂ©chiffrement du cunĂ©iforme, Henry Rawlinson, Edward Hincks, Jules Oppert, ainsi qu'Ă  William Henry Fox Talbot. Ils devaient travailler sans communiquer avec qui que ce soit, et devaient faire parvenir leur traduction sous pli cachetĂ© Ă  la SociĂ©tĂ©. Quand les quatre traductions furent reçues, une commission spĂ©ciale les analysa, et remarqua qu'elles coĂŻncidaient : les principes du système cunĂ©iforme mĂŞlant phonogrammes et idĂ©ogrammes avaient Ă©tĂ© compris, et la connaissance de la langue qu'on appellerait plus tard akkadien Ă©tait suffisante pour comprendre les textes que l'on exhumait chaque annĂ©e de plus en plus sur les terres de l'ancienne MĂ©sopotamie. L'assyriologie en tant que discipline Ă©tait nĂ©e, et prenait le nom du peuple dont on dĂ©chiffrait alors les textes, puisque ni Babylone ni les citĂ©s de Sumer n'avaient encore Ă©tĂ© mises au jour.

La suite de l'aventure des déchiffrements en assyriologie concerne essentiellement la découverte de nouvelles langues, qui utilisaient le cunéiforme selon le système identifié pour l'akkadien, nom que commençait à porter dans les ouvrages érudits la langue sémitique des peuples de l'ancienne Mésopotamie à partir de la fin du XIXe siècle. Au même moment, on établissait après de longues querelles l'identité des probables inventeurs du système d'écriture mésopotamien d'où dérive le cunéiforme, les Sumériens30. C'est l'ouvrage Les inscriptions de Sumer et d'Accad de François Thureau-Dangin publié en 1905 qui consacre l'emploi des termes Sumer et Akkad. D'autres langues sont ensuite identifiées dans un système cunéiforme similaire, en plus de celle d'Élam connue en même temps que l'akkadien grâce à l'inscription de Behistun, mais encore mal connue de nos jours31. En 1915, le hongrois Bedrich Hrozny traduit le hittite, Johannes Friedrich jette les bases de la traduction de l'urartéen dans les années 1930, alors que la compréhension de la langue hourrite progresse lentement depuis la fin du XIXe siècle, tandis que l'éblaïte est redécouvert en 1975. Mais cela concerne plutôt l'histoire de la linguistique, et moins l'histoire du déchiffrement d'un système d'écriture, puisque ces langues reprennent le même système qui est décodé depuis le milieu du XIXe siècle. Il a néanmoins fallu à chaque fois établir le syllabaire cunéiforme pour chaque langue car l'écriture avait été adaptée au système phonétique de chacune des langues pour lesquelles elle était employée. L'emploi des idéogrammes varie aussi (voir plus haut).

Tablette scolaire sur laquelle sont inscrites les lettres de l'alphabet ougaritique.

Le dernier système d'Ă©criture cunĂ©iforme Ă  ĂŞtre dĂ©chiffrĂ© est celui de l'alphabet d'Ougarit, identifiĂ© sur des tablettes et objets provenant de cette citĂ© dĂ©couverte en 1929. LĂ  encore la traduction est l'Ĺ“uvre de plusieurs savants travaillant au mĂŞme moment : Édouard Dhorme, Charles Virolleaud et Hans Bauer32. Il fut rapidement Ă©tabli que l'on Ă©tait en prĂ©sence d'un alphabet vu le nombre rĂ©duit de signes, probablement d'une langue sĂ©mitique, apparentĂ©e au phĂ©nicien vu la localisation du site de provenance, et qui n'Ă©crivait que les consonnes et semi-consonnes. Progressivement on identifia les premières lettres. Dhorme repĂ©ra le l, qui signifiait la prĂ©position « Ă  Â» en phĂ©nicien, puis traduit le terme b'l, Ba'al, divinitĂ© principale de la rĂ©gion. Bauer lut sur une hache le terme « hache Â», grzn. Reprenant ces donnĂ©es, Dhorme put lire sur un autre objet l rb khnm, au « chef des prĂŞtres Â». Cela fut possible malgrĂ© une erreur de Bauer, car dans sa traduction seuls le r et le n Ă©taient valables ! Les trois spĂ©cialistes identifièrent finalement tous les signes, et ce dès 1931, puis ils Ă©tablirent que la langue avait bien un caractère « cananĂ©en Â», bien qu'on l'appelle plutĂ´t ougaritique.

Translittération et traduction du cunéiforme dans les publications scientifiques

L'édition et la traduction de documents cunéiformes dans des langages actuels est le travail de base de la recherche en assyriologie, et dans les autres disciplines travaillant sur des textes cunéiformes, quelle que soit la langue traduite (sumérien, akkadien, élamite, hourrite, hittite pour les plus importantes). Ceci nécessite une technique précise, et il existe différentes conventions (plus ou moins rigides) régissant cette pratique.

Classement des signes

Les signes sont numĂ©rotĂ©s selon un ordre codifiĂ©, selon leur aspect graphique33. Le premier groupe est celui des signes commençant par un clou horizontal, le signe numĂ©ro 1 Ă©tant le simple trait horizontal (le son "aš"). Vient ensuite le groupe des signes commençant par un clou oblique, puis termine celui des signes commençant par un trait vertical. La numĂ©rotation des signes Ă  l'intĂ©rieur d'un mĂŞme groupe se fait selon le nombre de symboles par lesquels le signe commence, et toujours en plaçant les horizontaux en premier, suivis des obliques puis des verticaux. Ainsi, après les signes dĂ©butant par un trait horizontal viennent ceux constituĂ©s de deux traits horizontaux, puis de trois, etc. Le classement se fait ensuite par les signes suivant le premier rang, toujours selon le mĂŞme principe. Il n'existe cependant pas de classement faisant consensus : les deux principaux sont ceux des deux manuels d'Ă©pigraphie cunĂ©iforme les plus utilisĂ©s, effectuĂ©s par RenĂ© Labat34 et Rykle Borger35.

Homophonie

Quand un son peut ĂŞtre marquĂ© par plusieurs signes, on emploie un système facilitant leur diffĂ©renciation des signes en les numĂ©rotant, mis au point par François Thureau-Dangin36. Par exemple, pour le son "du", ayant une vingtaine de valeurs, on Ă©crit les diffĂ©rents signes valant pour ce son : du (du 1), dĂş (du2), dĂą (du3), du4, du5, du6, ... jusqu'Ă  du23.

Différenciation des signes selon leur type

Parce que les textes comportent des signes qui ont des fonctions différentes, phonogrammes ou idéogrammes, on prend soin de les différencier pour rendre la transcription plus intelligible. Il n'y a pas de conventions figées sur ce point. On peut choisir d'écrire des mots d'une langue de manière en minuscules droites, italiques, ou bien en majuscules, selon les habitudes du traducteur.

Les signes sont aussi différenciés selon leur fonction. Les idéogrammes (souvent des sumérogrammes) seront ainsi identifiés comme tels. Quant aux déterminatifs, ils sont mis en exposant, devant ou derrière le mot auquel ils sont rattachés, selon qu'ils sont antéposés ou postposés.

Étapes de la traduction d'un texte

Par convention, la traduction d'un texte cunĂ©iforme dans une publication scientifique se prĂ©sente en plusieurs Ă©tapes37. Les noms des Ă©tapes peuvent varier selon les Ă©coles, et certaines comme l'Ă©dition du document original peuvent ĂŞtre Ă©liminĂ©es. Ces Ă©tapes reprennent en gros les Ă©tapes nĂ©cessaires au dĂ©chiffrement d'un document Ă©crit en cunĂ©iforme : Ă  savoir l'identification des signes, l'attribution de leur valeur, l'identification des mots, de la ou des langues parlĂ©es, la tentative de reconstitution des signes manquant sur les tablettes abĂ®mĂ©es comportant des lacunes (c'est-Ă -dire la grande majoritĂ©), puis enfin la traduction. On note toujours le numĂ©ro des lignes du texte Ă©tudiĂ©, et on conserve l'ordre d'origine des mots, sauf pour la traduction finale :

  1. On reproduit le texte cunéiforme étudié, avec une représentation la plus fidèle possible, parfois une photographie du document, plus souvent un dessin, ou les deux. Cela permet aux lecteurs d'avoir accès à l'original afin de permettre notamment de vérifier la validité des étapes menant à la traduction.
  2. La transcription : il s'agit de la première phase de la transposition du texte ancien dans un alphabet moderne, mais dans la ou les langues anciennes. Les signes sont notĂ©s selon la valeur qu'ils ont dans le document, les signes phonĂ©tiques Ă©tant diffĂ©renciĂ©s des signes idĂ©ographiques, portant leur valeur phonĂ©tique Ă  cĂ´tĂ© d'eux (tantĂ´t la valeur phonĂ©tique sera entre parenthèses, tantĂ´t ce sera la valeur idĂ©ographique). Les mots du texte sont sĂ©parĂ©s par la transcription, car ils ne le sont pas sur le document original, et dans le cas d'un mot Ă©crit phonĂ©tiquement on l'identifie en rattachant les mots le composant par un tiret (a-wi-lum = awÄ«lum), alors qu'un logogramme est Ă©crit comme un mot complet.
  3. La traduction : le texte est traduit dans une langue contemporaine, Ă©tape finale et nĂ©cessaire de l'Ă©dition de la tablette. Mais si la tablette est dans un Ă©tat trop fragmentaire pour ĂŞtre comprĂ©hensible, cette Ă©tape peut ĂŞtre Ă©liminĂ©e.

Notes

  1. ↑ X. Faivre, « Tablette Â», dans F. Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mĂ©sopotamienne, Paris, 2001, p. 829-831
  2. ↑ B. Lion et C. Michel, « CunĂ©iforme Â», dans F. Joannès (dir.), op. cit., p. 215
  3. ↑ (en) H. J. Nissen, P. Damerow et R. K. Englund, Archaic Bookkeeping, Chicago, 1993 ; J.-J. Glassner, Écrire Ă  Sumer : l'invention du cunĂ©iforme, Seuil, 2001
  4. ↑ B. Lion et C. Michel, op. cit., p. 215
  5. ↑ Les Ă©tapes de l'Ă©volution graphique des diffĂ©rents signes cunĂ©iformes sont prĂ©sentĂ©s systĂ©matiquement dans R. Labat, F. Malbran-Labat, Manuel d'Ă©pigraphie akkadienne (Signes, Syllabaires, IdĂ©ogrammes), Paris, 1988 ; les traits gĂ©nĂ©raux sur l’évolution graphique du cunĂ©iforme font l’objet d’un traitement aux p. 1-11
  6. ↑ R. Labat, F. Malbran-Labat, op. cit., p. 11-17
  7. ↑ (en) M. J. Geller, « The Last Wedge Â», dans ZA 87, 1997, p. 43-95
  8. ↑ (en) A. J. Sachs, « The Latest Datable Cuneiform Tablets Â», dans B. L. Eicher, Kramer Aniversary Volume: cuneiform studies in honor of Samuel Noah Kramer, Neukirschen, 1976, p. 379-398
  9. ↑ R. Labat, F. Malbran-Labat, op. cit., p. 18-19
  10. ↑ R. Labat, F. Malbran-Labat, op. cit., p. 19-20 ; B. Lion et C. Michel, « IdĂ©ogramme Â», dans F. Joannès (dir.), op. cit., p. 404-405
  11. ↑ B. Lion et C. Michel, « Pictogramme Â», dans F. Joannès (dir.), op. cit., p. 652
  12. ↑ R. Labat, F. Malbran-Labat, op. cit., p. 20-22
  13. ↑ Ibid., p. 22-23
  14. ↑ Sur les différents aspects de l'usage du cunéiforme, voir D. Charpin, Lire et écrire à Babylone, Paris, 2008
  15. ↑ F. Joannès, « Scribes Â», dans F. Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mĂ©sopotamienne, Paris, 2001, p. 763-766
  16. ↑ D. Charpin, op. cit., p. 87-88 et 91-93
  17. ↑ Ibid., p. 32-41
  18. ↑ Ibid., p. 52-55
  19. ↑ (en) A. F. Rainey, Canaanite in the Amarna Tablets: A Linguistic Analysis of the Mixed Dialect Used by the Scribes from Canaan, Leyde, 1996
  20. ↑ (de) G. Wilhelm, Untersuchungen zum Hurro-Akkadischen von Nuzi, Neukirchen-Vluyn, 1970
  21. ↑ Par exemple D. Charpin, op. cit., p. 116-117
  22. ↑ (en) G. Beckman, « Mesopotamians and Mesopotamian Learning at Hattuša Â», dans Journal of Cuneiform Studies 35, 1983, p. 97-114 ; (en) H. A. Hoffner Jr., « Syrian cultural influence in Hatti Â», dans M. W. Chavalas et J. L. Hayes (dir.), New Horizons in the study of Ancient Syria, Malibu, 1992, p. 89-106 ; (de) K. Hecker, « Zur Herkunft der hethitischen Keilschrift Â», dans Studies on the Civilization and Culture of Nuzi and the Hurrians, 1996, p. 291-303
  23. ↑ (en) K. Balkan, Letter of king Anum-hirbi of Mama to king Warshama of Kanish, Ankara, 1957
  24. ↑ (en) G. Beckman, op. cit., p. 112-114
  25. ↑ J. Bottéro et M.-J. Stève, Il était une fois la Mésopotamie, Paris, 1993, p. 16-19
  26. ↑ Ibid., p.20-21
  27. ↑ Ibid., p. 23-32
  28. ↑ P. Garelli, L'Assyriologie, Paris, 1966, p. 10-11
  29. ↑ J. Bottéro et M.-J. Stève, op. cit., p.45-47
  30. ↑ Ibid., p. 50-57
  31. ↑ J. Bottéro, Mésopotamie, l'Écriture, la Raison et les Dieux, Paris, 1997, p.125-128
  32. ↑ P. Garelli, op. cit., p.6 et J. Bottéro, op. cit., p. 128-130
  33. ↑ R. Labat, F. Malbran-Labat, op. cit., p. 26-27
  34. ↑ R. Labat, F. Malbran-Labat, Manuel d'épigraphie akkadienne (Signes, Syllabaires, Idéogrammes), Paris, 1988 (6e édition)
  35. ↑ (de) R. Borger, Assyrish-babylonische Zeichenliste, Neukirchen-Vluyn, 1981
  36. ↑ R. Labat, F. Malbran-Labat, op. cit., p. 27-28
  37. ↑ Un exemple des étapes de traduction d'un texte à partir du texte cunéiforme original est présenté par B. André-Leickman, dans B. André-Leickman et C. Ziegler (dir.), Naissance de l'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes, Paris, 1982, p. 96. Description détaillée de la façon dont se traduit un texte cunéiforme dans D. Charpin, Lire et écrire à Babylone, Paris, 2008, p. 18-28

Ressources

Liens internes

Liens externes

Bibliographie

Histoire de l'écriture et généralités

  • B. AndrĂ©-Leickman et C. Ziegler (Ă©ds.), Naissance de l'Ă©criture, cunĂ©iformes et hiĂ©roglyphes, Éditions de le RĂ©union des MusĂ©es Nationaux, Paris, 1982 ;
  • J. BottĂ©ro, « De l’aide-mĂ©moire Ă  l’écriture Â», dans MĂ©sopotamie, l'Écriture, la Raison et les Dieux, Gallimard, p. 132-163 ;
  • D. Charpin, Lire et Ă©crire Ă  Babylone, Paris, 2008.

Manuels de cunéiforme

Sumérien et Akkadien
  • F. Malbran-Labat, R. Labat, Manuel d'Ă©pigraphie akkadienne (Signes, Syllabaires, IdĂ©ogrammes), Librairie Orientaliste Paul Geuthner, Paris
  • (de) R. Borger, Assyrish-babylonische Zeichenliste, Collection : Alter Orient und Altes Testament Bd. 33 et 33A, Kevelaer : Butzon und Bercker ; Neukirchen-Vluyn : Neukirchener Verl., 1981
  • L.-J. Bord et R. Mugnaioni, "L'Ă©criture cunĂ©iforme" Geuthner Manuels 2001
Élamite
  • M.J. Stève, Syllabaire Ă©lamite, Histoire et palĂ©ographie, Neuchâtel, 1992
Hittite
  • (de) C. RĂĽster, E. Neu, Hethitisches Zeichenlexikon : Inventar und Interpretation der Keilschriftzeichen aus den BoÄźazköy-Texten, Studien zu den BoÄźazköy-Texten Beiheft 2, O. Harrasowitz, Wiesbaden, 1989
  • (fr) Sylvain Patri. L’adaptation des consonnes hittites dans certaines langues du XIIIe siècle. Zeitschrift fĂĽr Assyriologie und vorderasiatische Archäologie 99(1), 2009, pp. 87-126.

OĂą apprendre le cunĂ©iforme ?

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  • UniversitĂ© Paris I [1] (akkadien, sumĂ©rien, hittite)
  • UniversitĂ© Paris VIII [2] (akkadien, sumĂ©rien)
  • École du Louvre [3] (pages 27-28-29) (akkadien, sumĂ©rien, Ă©lamite)
  • Institut Catholique de Paris [4] (akkadien, sumĂ©rien, hittite, ougaritique)
  • Institut KhĂ©ops [5] (akkadien, sumĂ©rien, hittite)
  • UniversitĂ© Lyon 2 [6] (akkadien, sumĂ©rien)
  • UniversitĂ© Clermont-Ferrand II [7] (akkadien)
  • UniversitĂ© Catholique de Louvain [8] (akkadien, sumĂ©rien, hittite, ougaritique)
  • UniversitĂ© de Genève [9] (akkadien et sumĂ©rien)
  • UniversitĂ© de Provence [10](akkadien, sumĂ©rien, ougaritique)
  • UniversitĂ© Marc Bloch de Strasbourg
  • UniversitĂ© Libre de Bruxelles (akkadien, sumĂ©rien)
  • École Normale SupĂ©rieure [11]- Lettres et sciences humaines de Lyon (cours d'Ă©tĂ© - mi-juillet) (Akkadien, SumĂ©rien, Ougaritique)
  • Centre d'Études Theologiques de Caen (Akkadien, ougaritique, sumerien)
 
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