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Image:Cowboy 1887.jpg Un cow-boy (1887) Depuis près d?un siècle, le cow-boy reste dans l?imaginaire collectif un des archétypes du héros courageux, le cavalier émérite et tireur d?élite prêt à dégainer face aux indiens ... Devenu un des symboles des États-Unis au même titre que l?oncle Sam, il a été le héros de très nombreux romans et films qui exaltent ses qualités. Paradoxalement, on ignore bien souvent ce qu?étaient ses vraies fonctions, ses origines, ou tout simplement qui étaient ces hommes.
[] Aux origines du cow-boyImage:DSCN7245 riderwithcattleonroad e 300.jpg Cow-boy dans l'Oregon Les Espagnols ont introduit au XVIe siècle des bovins sur le continent américain, (notamment lors de l?expédition de Francisco de Coronado en 1540) les mettant sous la surveillance de vaqueros. Avec la fin de la domination espagnole et le départ des propriétaires des ranchos, les troupeaux se sont retrouvés à l?état sauvage : un cheptel disponible existe donc alors à l?Ouest. En 1820, lorsqu?arrivent les premiers colons, le Texas compte près de 3 500 000 animaux disponibles, les longhorns, surtout situés au Sud où les pâturages sont nombreux et parfois permanents. Des Américains essaient une première fois de tirer profit de ces animaux, mais pour cela il faut des hommes capables de gérer le bétail : si on les appelle encore les vaqueros, le nom de cow-boy se répand peu à peu. Ils commencent à mener les bêtes à destination des centres de consommation du Missouri ou de la Nouvelle-Orléans. Cependant, les troupeaux transmettent une maladie très grave et contagieuse, la Texas Fever qui contamine en 1852-1853 le bétail des fermiers. Dès lors, ces derniers font tout pour s?opposer au passage des troupeaux sur leurs terres, souvent fusil à la main. Il faut trouver d?autres débouchés. Lors de la ruée vers l'or, ces nouveaux débouchés se trouvent à l?Ouest, mais après une tentative réussie de mener les bêtes à Denver, la guerre de sécession emporte l?élevage dans la tourmente. Alors que les cow-boys, puis les rancheros sont mobilisés, la terrible sécheresse de 1862-1863 décime les troupeaux livrés à eux-mêmes. Au départ, l?armée sudiste se nourrit de ce bétail, mais le blocus du Mississippi à l?automne 1863 coupe le dernier débouché des éleveurs qui doivent brader leurs bêtes au Mexique. À la fin de la guerre, le Texas est ruiné, mais bien vite le troupeau se reconstitue : en 1865-1866, 5 millions de bêtes sont à nouveau disponibles. Au début des années 1860, l?immigration croissante et l?urbanisation des États-Unis ont conduit à un développement du marché de la viande bovine, surtout sur la côte Est. De plus, les habitudes alimentaires changent, et la consommation de b?uf remplace peu à peu celle de porc. Le bétail de l?Est ne suffit plus à approvisionner les grands centres où la viande pourrait trouver des débouchés, et les grands abattoirs de l?Est (Cincinnati, Chicago) ont besoin de matières premières. Or, le Texas peut répondre à cette demande : seulement, l?acheminement des bêtes reste problématique. Des tentatives ont été menées dans les années 50 vers Chicago, Saint-Louis et même New York, mais les résultats furent décevants. Dans une d?elles vers la Californie, les animaux n?arrivèrent d?ailleurs jamais à destination. Un marchand de bestiaux de l?Illinois du nom de Joseph Mc Coy, s?en rend compte et cherche un point de jonction entre les éleveurs et les acheteurs que l?on puisse joindre sans trop de dangers : il trouve son bonheur à Abilene, terminus ferroviaire de la Hannibal & Saint-Joseph Railroad. Il passe un contrat avec la compagnie, puis il développe alors autour de la ville toutes les infrastructures nécessaires à la vente et à l?embarquement des bêtes à bord du train qui les conduira vers l?Est. Cependant, il reste à amener les bêtes de leur point d?origine jusqu?à cette gare, soit un parcours de près de 1000 km vers le Nord : c?est là le début de l?aventure qui a rendu célèbres les cow-boys, la grande transhumance. La légende a souvent tendance à oublier certains traits pourtant majeurs de la réalité : si dans l?imaginaire collectif, le cow-boy est l?Américain « pure souche », WASP parfait, homme libre et droit, la vérité est souvent toute autre. [] Qui est-il ?Image:Amarillo Texas - AQHA - Great Western Tradition.jpg Statue "Great Western Tradition" par Doug Israelsen devant l'American Quarter Horse Association museum, Amarillo, Texas On a beaucoup oublié que derrière la liberté que l?on associe toujours inévitablement au cow-boy, celui-ci a un statut subalterne peu enviable, avec des revenus des plus dérisoires (1 $ par jour). L?arrivée du capitalisme dans l?Ouest a amené à un regroupement des terres qui appartiennent de plus en plus à de grands propriétaires : se mettre à leur service est alors un des rares métiers proposés dans la région et les patrons peuvent trouver de la main d??uvre même avec un salaire aussi faible. Cela concourt toutefois à une faible attractivité du métier, et tous les blancs n?acceptent pas de prendre de tels risques pour un emploi qui se résume à être un simple ouvrier agricole aux activités dangereuses. Alors, et contrairement à toutes les idées reçues colportées par le mythe, ce sont bien souvent des noirs (1/3 des effectifs), des mexicains ou des métis qui composent une bonne partie des 35 000 à 40 000 cow-boys qui empruntent la piste entre 1865 et 1890. Quoi qu?il en soit, il y a eu peu de cow-boys : jamais plus de 40 000 pour une population de 60 millions d?américains, et c?est en partie car, comme nous allons le voir, leur existence a été aussi très limitée dans le temps. Ceci qui rend d?autant plus étonnante la notoriété immense acquise par ce groupe social finalement très minoritaire. On connaît les équipements typiques du cow-boy, mais là encore celui-ci n?a rien inventé : les techniques utilisées montrent une filiation indiscutable avec les pratiques des ranchos mexicains, ce qui a été largement oublié par la légende, préférant faire du cow-boy un homme « pur américain ». Si les vaqueros n?étaient rien de plus que des sédentaires au service des animaux pour les nourrir et les soigner, ils ont donné au ranch américain des techniques et des outils qui ont été repris et adaptés pour la transhumance. Les vaqueros ont notamment mis en place le marquage des bêtes au fer rouge. Ils devaient capturer le bétail sauvage, et ils ont inventé pour cela une corde à n?ud coulant portée au bout d?une perche, le lazo, qui devient plus tard le lasso que l?on connaît. Long de 9 à 18 mètres, il est fait de corde ou de cuir et son maniement requiert une bonne expérience : sur un cheval au galop, il faut en faire tourner la boucle pour la jeter sur le cou de l?animal, puis enrouler l?autre extrémité autour du pommeau de la selle. Au niveau de l?équipement on trouve l?indispensable chapeau large qui est un héritier direct du sombrero mexicain. Le Stetson est un des modèles les plus appréciés, son feutre indéformable et ses bords larges protégeant bien du soleil ou de la pluie. Il peut même faire office d?abreuvoir ou de cravache. Le foulard pour se protéger de la poussière comme les éperons pour diriger le cheval sont également empruntés aux vaqueros. À cela se rajoutent les bottes et des jambières en gros cuir, les chaparreras là encore d?origine mexicaine. La panoplie se complète d?un pantalon solide, d?une couverture et d?un ciré, parfois d?un revolver prêté par l?employeur (très peu de cow-boys ont les moyens de se payer une arme personnelle). Mais surtout, le principal outil du cow-boy, c?est son cheval. Un vieux dicton de l?Ouest ne dit-il pas qu'un homme à pied est tout sauf un homme ? C?est sur sa monture que l?on attrape les bêtes pour les marquer et qu?on les dirige dans la prairie. Il appartient quasiment toujours au patron car à près de 300 $ l?unité, un cow-boy ne peut se payer un tel luxe. Autre élément très important, la selle. C?est souvent la seule richesse du cow-boy qui a économisé des mois durant pour pouvoir la choisir avec soin : il passe le plus clair de son temps dessus. [] Vie quotidienne du cow-boy[] La transhumanceImage:CattleDrive ColoradoUSA.jpg Cow-boys au travail, Colorado Le drive dure entre 5 et 13 semaines selon la route empruntée et les imprévus : de San Antonio à Abilene, il fallait en moyenne 90 jours, du Texas au Wyoming près de six mois. Avant d?emmener les bêtes vers leur dernière destination, il faut d'abord les regrouper, les trier puis marquer les jeunes veaux. Le cow-boy utilise alors son lasso pour attraper les animaux selon les techniques héritées des vaqueros. Cette étape, le round-up, dure plusieurs semaines, car il faut rassembler plusieurs milliers de bêtes sur un territoire très étendu. Une fois le round-up terminé, c?est le départ. Il faut souvent quelques jours pour que les animaux démarrent, le temps qu?ils s?habituent à leurs meneurs. Il va falloir faire avancer une masse mouvante et imprévisible composée d?environ 3000 bêtes, qui s'étire sur des kilomètres de long et souvent quelques centaines de mètres de large, le tout pas trop vite pour ne pas les fatiguer, mais pas trop lentement non plus afin d?éviter leur dispersion. La distance parcourue varie de 20 à 40 kilomètres par jour. Le chemin est guidé par les points d?eau où l?on peut s?arrêter pour faire paître le troupeau. L?équipe est constituée d?une dizaine de cow-boys dirigés par un chef, le boss. Ce dernier est responsable du troupeau, et il doit contenir les débordements d?humeur de ses hommes que la pénibilité et la monotonie du travail rendent bien souvent agressifs. Il connaît la piste, les points d?eau et les passages à gué. À cela s?ajoutent le cuisinier et le guide indien qui ouvrent la route avec un peu d?avance. La piste ne manque pas de dangers, mais les plus grands risques ne sont pas toujours ceux auxquels on s?attend. Le risque indien tant exploité par le cinéma existe, mais il est de très loin moins fréquent et moins grave que les problèmes liés au troupeau lui-même. Souvent, le don d?une bête comme péage pour la traversée d?une réserve apaise bien des querelles. Les voleurs de bétail ou les fermiers irascibles posent parfois problème, mais en fait, le grand danger que craint le cow-boy survient lorsque la nuit tombe. Dès lors, une attention de tous les instants devient nécessaire afin d?éviter un drame. En effet, le moindre cliquetis, le moindre hurlement de coyote ou pire un orage (très violents dans les grandes plaines) peut faire peur au troupeau : c?est alors la grande crainte des cow-boys, le troupeau fonce droit devant lui : c?est le stampede. Il vaut mieux alors ne pas être sur son chemin, et « passer d?un enfer à l?autre » selon l?expression du temps. On essaie alors de calmer le troupeau par un vaste mouvement circulaire. Lors d?un orage près de Dodge City, un trail boss explique qu?il fallut une semaine pour retrouver les bêtes. Un autre, E. C. Abbott, raconte qu?en 1882, « il y eut un orage qui tua 14 têtes de bétail, 6 ou 7 chevaux et 2 hommes ». Parfois, c?est l?incendie de la prairie qui peut se transformer en drame, ou la foudre qui frappe les cavaliers sur leur monture. La traversée des rivières ou des fleuves prend également l?allure d'un défi : parfois, il faut près de 3 jours avant que le troupeau ne veuille s?y engager, lorsqu?il ne fait pas demi-tour spontanément. Dans les cours d?eau les plus profonds, les cow-boys nagent devant leurs chevaux, suivis du troupeau, mais un instant d?inattention peut tout faire basculer : nombreuses furent les noyades de bêtes mais aussi celles des hommes qui les accompagnaient. Parfois, à l?inverse, l?eau manque cruellement. Si on ajoute à cela le piqûre mortelle de la sconse hydrophobe ou les attaques des loups, on s?aperçoit sans difficulté que le plus grand ennemi du cow-boy, c?est loin d?être l?indien : c?est la nature. Image:Canyon Texas - WTAMU - Charles Goodnight statue.jpg Statue de Charles Goodnight (Texas) Au-delà de toutes ces péripéties qui font de ce métier une réelle aventure, il y a cependant la routine, les journées à suivre le troupeau dans la poussière, ou sous des pluies torrentielles, avec pour seul horizon la prairie à perte de vue. Pendant la journée, deux « pointeurs », souvent les cow-boys les plus expérimentés mènent le troupeau et trouvent le chemin : il leur faut éviter les autres troupeaux, les villes et toute chose qui pourrait nuire à la bonne avancée des animaux. Sur les côtés, les flancs-gardes et à l?arrière les drag-riders sont chargés de ramener les égarés, places considérées comme plutôt dégradantes. Le soir, on soigne les chevaux, on coupe du bois puis on prend son tour de garde avant de prendre quelques heures de sommeil. Et le lendemain, une journée différente mais pourtant si semblable à la précédente. Les distractions sont inexistantes : en effet, le troupeau prend soin d?éviter les centres urbains et l?alcool est interdit. Parfois, en cas d?alerte, les cow-boys peuvent rester en selle des jours durant : ainsi Charles Goodnight cite son propre exemple, où il dut rester à cheval trois jours sans discontinuer pour préserver la sûreté du troupeau. Avec une vie si trépidante, il faut prendre des forces. Pour cela, le chuck wagon emmène des provisions : la route est longue et sur les 1000 km, elle ne comporte qu?une seule épicerie. On mange des biscuits, du bacon, du café, des fruits séchés, avec parfois pour améliorer l?ordinaire du gibier ou un b?uf du troupeau que l?on a dû abattre. Avec une nourriture si monotone, le cuisinier n?est pas très bien placé dans le c?ur des cow-boys qui dans leurs récits lui donnent une place peu enviable. Cette image s?est perpétuée jusque dans les westerns où souvent il est l?archétype du « pauvre type ». [] L'arrivée en villeImage:Rodeo rider 1.jpg Rodeo Enfin, c?est l?arrivée en ville, dans ces « cow-towns » à la si mauvaise réputation que sont Abilene, Dodge City ou Newton. Ces villes ont servi de base pour les décors des westerns hollywoodiens du début du XXe siècle. Pour les habitants, c?est à la fois une aubaine et une catastrophe de voir débouler cette troupe crasseuse et bruyante : catastrophe car les cow-boys ont mauvaise réputation, aubaine car en quelques jours, ils vont dépenser la quasi-totalité de leur salaire dans les commerces locaux, et parce que le troupeau qu?ils amènent est le poumon économique de la ville. En effet, une fois ses gages empochées, le cow-boy devient un autre homme : après un bon bain chaud, il fait un passage chez le barbier puis quelques achats chez le bottier, le chapelier ou le tailleur. C?est ensuite en direction du saloon qu?il se tourne afin de mettre un terme aux semaines d?abstinence qu?il vient de vivre. Les beuveries dégénèrent bien souvent à la bagarre, parfois à l?homicide avec un colt caché malgré son interdiction. Après les bars, le cow-boy va dépenser le reste de son pactole dans les dancings, les salles de jeu, ou dans les « maisons de filles ». Ces villes ont très mauvaise réputation : un journaliste de passage à Kansas City en 1870-1880 rapporte qu? « après la tombée de la nuit, la terre civilisée connaît peu de spectacles de débauche aussi débridée et éhontée qu?un dancing dans les villes de la frontière ». Celle-ci est largement justifiée, avec cependant quelques réserves : les hommes éméchés provoquent de fréquentes bagarres mais les homicides restent finalement assez rares. De plus, les quartiers du jeu et de la prostitution sont nettement séparés des quartiers où vivent les « honnêtes protestants ». Au final, après quelques jours dans ces « Sodome de l?Ouest », le dernier dollar sonne sur le comptoir du saloon : le cow-boy est sans le sou, et doit retrouver du travail. Il doit alors s?engager chez un patron de ranch qui éponge ses dettes grâce à une avance sur le prochain salaire. Certains décident de renoncer à cette vie très difficile et rejoignent les groupes de hors-la-loi, mais finalement les cow-boys ne furent pas plus nombreux à se reconvertir dans le banditisme que d?autres groupes de la population. Une seule chose est sûre : quasiment aucun ne put gagner assez d?argent pour se mettre à son compte : au maigre salaire s?ajoute la précarité de cet emploi qui fait que tout crédit est refusé. Certains ne retrouvent pas d?emploi entre novembre et mars, et ils doivent alors s?employer à de petits boulots : tuer les loups qui rôdent pour en débarrasser les éleveurs et vendre leurs peaux, réparer les clôtures, traire les vaches ... Pour ceux qui retrouvent du travail, le recrutement a lieu au printemps ou à l?automne. En majorité, ils doivent alors dédier la majorité de leur temps aux soins du bétail, à savoir trouver des points d?eau, le surveiller ou l?abriter en cas de coup dur météorologique. D?autres s?occupent des tâches au ranch, et doivent dresser les chevaux, entretenir les bâtiments ou couper du bois. Les employés s?entassent dans le bunkhouse, où l?hygiène et l?intimité sont deux notions quasi-inexistantes. Le matériel et les vêtements des occupants s?entassent dans la pièce unique. Pour s?occuper, les cow-boys jouent aux cartes, de la musique, se racontent des histoires, parfois lorsqu?un d?entre eux est lettré il fait une lecture collective des romans bon marché en attendant le prochain drive. On est loin des aventures trépidantes contées dans les journaux de l?est ! [] Le mythe des cow-boys[] La disparition des cow-boysEn 1870, le gouvernement américain ouvre des terres à de nouveaux émigrants au Texas, au Nouveau-Mexique, dans l'Arizona et l'Oklahoma. L'élevage en open-range se déplace alors vers le Nord, dans le Wyoming, le Dakota oriental et le Montana. Cependant, la cohabitation avec les nouveaux venus est difficile, voire impossible, ce qui provoque des guerres du bétail ("cattle wars"). Les fermiers se regroupent en syndicats dès 1874 et clôturent leurs exploitations avec du fil de fer barbelé inventé un an plus tôt. Malgré l?embauche d?hommes de main pour couper ces clôtures, les barbelés ne cessent de gagner du terrain. En effet, c?est un moyen peu coûteux d'empêcher les troupeaux de passer, et sa production passe de 5 tonnes en 1874 à 40 000 tonnes en 1880. Le chemin de fer a en effet été la seconde grande cause de la fin des transhumances. Les lignes ferroviaires se sont allongées, et elles relient à présent directement Chicago au Texas. Dès lors, nul besoin pour le troupeau d'aller à la gare 1000 km plus loin : c'est à présent le train qui vient à lui. Le train est aussi un moyen de transport qui amène de nombreux colons qui envahissent la prairie et ne voient pas d?un très bon ?il ces grands déplacements ? Le peintre Frederic Remington qui a abondamment peint les scènes de l'Ouest a bien résumé cela : selon lui, "l'arrivée du fil barbelé et du chemin de fer a tué le cow-boy". Il y a eu aussi des facteurs climatiques et sociaux qui achevèrent de le faire disparaître. L'hiver 1886-1887 est très rude : le cheptel est décimé (1 000 000 de bêtes périssent), scène immortalisée dans le tableau de Charles Russel, jeune cow-boy qui en fut témoin, "Le dernier des 5000". De plus, en 1882, 1883 et 1884 des grèves de cow-boys ont lieu afin de réclamer de plus hauts salaires. Tout ceci concourt à une baisse de la rentabilité, voire à l'inutilité d'un tel système. Il lui faut s'adapter : c'est la fin de l'open-range. Les bêtes sont à présent soignées dans un espace certes toujours immense, mais à présent délimité. Dans les années 1890, la transhumance tombe en désuétude, rendant inutiles les "cavaliers de la plaine", en tout cas sous cette forme. Ceux-ci se sédentarisent, et redeviennent de simples garçons d'écurie réduits à l'entretien du troupeau, à l'image des vaqueros, leurs prédécesseurs. Il faut aussi cultiver la terre pour obtenir du fourrage : le fier cavalier devient paysan. La piste est finie, et la nostalgie commence, nostalgie très bien dépeinte par le tableau de Frederic Remington, "The Fall of the cow-boy" où l?on voit des cow-boys ouvrir un passage, mais il n?y a plus de troupeau ? Le cow-boy ayant disparu, son mythe va pouvoir s'installer. [] L'émergence d'une figure mythiqueImage:Buffalo Bill's Wild West Show.jpg Affiche du Wild West Show L'invention de la presse à vapeur permet la publication de tirages rapides, et notamment la naissance des dimes novels (que l'on pourrait traduire par "Romans de quat'sous') où l?on trouve des « feuilletons » qui jouent un grand rôle dans la mythification du cow-boy. À la fin du XIXe siècle, le public américain se lasse des aventures de cape et d'épée typiquement européennes. En 1860, Ned Buntline (de son vrai nom Edward Judson) renouvelle le genre. Alors que la guerre civile fait rage, il sillonne l'ouest et rencontre William F. Cody, un jeune éclaireur "vaniteux comme une jolie femme". Dans le New York Weekly, il commence à conter les aventures de celui qu'on appelle désormais Buffalo Bill en y incorporant les histoires les plus invraisemblables qui circulent dans les saloons de l'Ouest et en les rendant plus "croustillantes". Le public est séduit et s'arrache cette feuille, et tout le monde cherche à le copier. Le genre donne naissance à un tas de documents de ce type, avec des auteurs prolifiques tels que Prentiss Ingraham ou Edward L. Wheeler. Les Américains trouvent alors dans le cow-boy une identité nationale : le cow-boy symbolise l'homme habile, courageux, entreprenant et individualiste. Il représente en cela les valeurs fondatrices des États-Unis, mais surtout il est libre dans une prairie qui s'étend à perte de vue, vision d'une frontière sans cesse repoussée et d'un espace illimité qui n'existe plus. La popularité du cow-boy, miroir de l'ambition collective américaine augmente, et l'idée survient alors de le mettre en scène. Tout d'abord au travers des rodéos, ces concours d'habileté à cheval sensés reproduire le round-up. Ils apparaissent vers 1880 et plusieurs villes s?en disputent la paternité. Ces évènements sont des prétextes pour le cow-boy de faire la démonstration de sa capacité à utiliser au mieux sa monture en attrapant à l?aide du lasso des bouvillons lâchés dans une arène. À la fin du XIXe siècle, le rodéo spectacle devient très populaire, ce qui ne s?est pas démenti jusqu?à aujourd?hui. En 1872, Buntline lance le cow-boy sur les planches grâce à une pièce de théâtre, "the Scouts of the Prairie" avec dans le rôle de Texas Jack un jeune Virginien, John Omahundro. Le succès est immédiat, d'abord à Chicago puis dans toutes les grandes villes. C'est la première "star" cow-boy, qui va en précéder de nombreuses autres ? En 1873, Buffalo Bill sent l?opportunité qu?il pourrait avoir en profitant de sa popularité grandissante : il lance le Wild West Show en 1883. Pendant 3 heures, sous un chapiteau de cirque, les spectateurs assistent à toutes les scènes qui symbolisent l'Ouest : l'attaque du convoi de pionniers, d'une diligence, l'intervention de la cavalerie et le massacre final des Indiens. Selon les témoignages de l?époque, c?était très impressionnant sans avoir les dangers d?une vraie visite dans l?Ouest. En 1886 à New York, le show attire 1 million de spectateurs. En 1893, 50 shows se produisent à travers les États-Unis et en 1888-1889 il s'exporte avec une tournée européenne. De plus, Buffalo Bill contribue à la notoriété de son spectacle en recrutant de véritables légendes vivantes tels Annie Oakley (qui pouvait disait-on couper une carte à jouer en deux d'une balle) et le chef Indien Sitting Bull. Le phénomène s'amplifie encore avec la publication des histoires de William A. Rogers dans le Harper's Weekly, le Frank Leslie's et le Police Gazette. En 1885, Charles Siringo, ancien cow-boy publie ses mémoires, puis Owen Wister publie son roman The Virginian en 1902, ouvrage qui se vend à 50 000 exemplaires en 2 mois, signe de la popularité du genre. Image:Brokeback mountain.jpg Affiche du film Le Secret de Brokeback Mountain (2005) Les peintures d'artistes comme Charles Russell ou Frederic Remington se taillent aussi un beau succès, par leur volonté de rechercher une inspiration nationale, de rompre avec les thèmes européens. Enfin, ce sont les balbutiements du cinéma avec dès 1903 le premier western : The Great Train Robbery. Ces premiers films se soucient peu de la réalité historique, mais les décors naturels de l'Arizona donnent un relief jamais atteint aux aventures des cow-boys. Les premiers films muets étant arrivés alors que le cow-boy venait de disparaître, ils sont essentiellement le reflet d?un imaginaire collectif. Beaucoup de westerns ont été tournés depuis (près de 1700) avec des sorts inégaux, mais certains sont restés célèbres, tels que Rio Bravo (1959) ou La Prisonnière du désert (1956), pourtant près d'un demi siècle plus tard ! Dans le film Le Secret de Brokeback Mountain (2005), Ang Lee filme la passion de deux cow-boys dans les montagnes du Wyoming. [] Le cow-boy aujourd'huiLe cow-boy a disparu au moment où son mythe est apparu, désormais indissociable de l'imagerie de la conquête de l'Ouest : c?est sans doute pour cela que l?image que l?on peut en avoir est plus le produit d?un imaginaire collectif que le miroir de la réalité. En effet, au cow-boy aventureux, courageux, défenseur de la veuve et de l?orphelin, on peut opposer la vie routinière et néanmoins risquée d?un simple garçon vacher au service de grands propriétaires. Si l?aventure n?était pas inexistante, elle a largement été exagérée dans les multiples récits de la vie de ces personnages. Grâce à une médiatisation massive (développement du cinéma, des grands tirages, etc ?) et surtout aux valeurs qu?il représente, il a pu devenir le symbole que l?on connaît aujourd?hui. Bien sûr, il existe toujours un personnel pour garder les troupeaux dans les ranchs, qui conserve parfois le cheval, les vêtements et certains accessoires issus du cow-boy. Cependant, ce sont des employés sédentaires qui n'ont finalement que peu de choses en commun avec les hommes qui arpentaient la piste sur des milliers de kilomètres. On peut également noter que ce nom est encore utilisé pour les "sportifs" qui participent aux rodeos. De nos jours encore, le cow-boy fascine, et de nombreux américains continuent à s?identifier aux cow-boys, avec même en premier lieu leurs dirigeants (George W Bush dans son ranch, ou Ronald Reagan et sa phrase du 12 août 1987 « J?ai toujours dit qu?il n?y avait rien de meilleur pour un homme que d?être assis sur un cheval. »). C?est dire à quel point le personnage a fondé l?identité américaine. [] Bibliographie sélective
[] Voir aussi
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