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Cherbourg-Octeville

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(Redirigé depuis Cherbourg)

49°38?33?N 1°37?31?W / 49.6425, -1.62528

Cherbourg-Octeville
Vue aérienne de l'agglomération cherbourgeoise
Pays
drapeau de la France
     France
Région Basse-Normandie
Département Manche
(sous-préfecture)
Arrondissement Cherbourg-Octeville
(chef-lieu)
Canton chef-lieu de 3 cantons
Code Insee 50129
Code postal 50100 et 50130
Maire
Mandat en cours
Bernard Cazeneuve
2008-2014
Intercommunalité Communauté urbaine de Cherbourg (CUC)
Coordonnées
géographiques
49° 37? 59? Nord
         1° 37? 00? Ouest
/ 49.633, -1.6167
Altitudes moyenne : 15m
minimale : 0
maximale : 139m (Hameau Hérouet)
Superficie 1 426 ha = 14 26 km2
Population sans
doubles comptes
40 500 habitants hab.
(2006)
Densité 2 840 hab./km²
Unité urbaine 91 717 hab.
Aire urbaine 116 183 hab.
Site http://www.ville-cherbourg.fr
Carte de localisation de Cherbourg-Octeville

Cherbourg-Octeville (prononciation : /???bu??kt?vil/) est une commune française, située dans le département de la Manche et la région Basse-Normandie. Elle résulte de la fusion des villes de Cherbourg et d'Octeville en l'an 2000.

Situé au nord de la péninsule du Cotentin, protégé par la rade artificielle la plus grande au monde, entre la Hague et le Val de Saire, la cité a été au cours des siècle une place stratégique disputée entre Anglais et Français, l'une des deux « clés du royaume » selon Vauban, jusqu'à devenir par de colossaux travaux d'aménagement maritime, un port militaire de premier ordre, sous l'impulsion de Louis XVI et Napoléon Ier. Escale prestigieuse des paquebots transatlantique dans la première moitié du XXe siècle, Cherbourg a été l'objectif premier des troupes américaines lors du Débarquement de Normandie.

Préfecture maritime et sous-préfecture de la Manche, ses 40 700 habitants en font la première ville du département, devant la préfecture Saint-Lô, et la deuxième de la région après Caen. Port militaire, halieutique, plaisancier et de passagers transmanche, handicapé par son isolement pour être un grand port de marchandise, c'est un pôle de construction navale important, ville ouvrière dans un arrière-pays rural.

Sommaire

[] Géographie

[] Situation

La péninsule du Cotentin
La péninsule du Cotentin

À l'extrémité nord du Cotentin, à l'embouchure de la Divette et au fond de la baie comprise entre le cap Lévi à l'est et le cap de la Hague à l'ouest, Cherbourg-Octeville est distant de 120 kilomètres des côtes anglaises. Plus grande ville du département de la Manche, elle résulte de la fusion des deux communes de Cherbourg (/???bu?/) et d'Octeville (/?kt?vil/).

Cherbourg et Octeville appartenaient autrefois au doyenné de la Hague, délimité par la Divette. Depuis 1811, une partie de Tourlaville, qui appartenait au doyenné de Saire, appelée « les Mielles », a été intégrée au territoire cherbourgeois : l'hôpital Pasteur et l'église Saint-Clément y sont construits. En 1786, une partie d'Équeurdreville a également été jointe à Cherbourg, lors de la construction du port, puis en 1802, une partie d'Octeville. Cherbourg-Octeville se trouve donc aujourd'hui à la fois dans la Hague et dans le Val de Saire.

Le territoire cherbourgeois a également été gagné sur la mer, tel que l'ensemble Chantereyne et le terre-plein des Mielles. Construite au niveau de la mer, la ville s'est développée au pied de la montagne du Roule (point culminant de l'ancienne commune) et de la Fauconnière. Octeville est une ancienne commune rurale, composée de hameaux dispersés, dont le bourg s'est étendu à partir du XIXe siècle et dont le territoire s'urbanise fortement depuis 1950, en particulier autour de la ZUP des Provinces et du site universitaire.

Les communes limitrophes sont donc Tourlaville à l'est, et Équeurdreville-Hainneville à l'ouest, La Glacerie au sud et sud-est, Martinvast au sud, Nouainville et Sideville au sud-ouest.

En normand cotentinais, ces deux villes s'appellent Tchidbouo (prononciation :/t?idbwu:/) et Otteville (prononciation : /?tvil/) : leurs habitants sont les Tchidbouorq?ais et les Ottevillais (prononciation :/t?idbwu?t?je:/ et /?tvile:/).

[] Géologie

La Montagne du Roule depuis le bassin de commerce
La Montagne du Roule depuis le bassin de commerce

Situé à l'extrémité du massif armoricain, Cherbourg-Octeville conserve les traces de la formation, sur les granits déformés et schistes métamorphiques du précambrien, de la chaîne hercynienne par le plissement des arkoses du Cambrien et des schistes et grès armoricains de l'Ordovicien. Ces plis se traduisent par des couches de grès inclinées de 45° vers le Nord-est, sur la Fauconnière (dont « La Roche qui pend ») et la Montagne du Roule (roule est l'appellation médiévale du grès). Ces deux rochers sont des falaises mortes, formées au quaternaire par l'érosion de la mer qui s'est retirée par la suite. Des cordons dunaires et des marais arrière-littoraux se sont ensuite formés, détruits par l'urbanisation du XVIIe et XIXe siècles, mais tels qu'il en demeure à Collignon (Tourlaville)[1].

Ces roches présentes dans les sols ont été exploitées au cours des siècles dans plusieurs carrières : le granit écrasé extrait à Querqueville et les arkoses du Becquet, ont été utilisé pour la confection de moellons et de blocs équarris pour linteau. Les schistes verts, dont la couleur est due à la chlorite et la séricite, sont essentiellement exploités en couvertures. Le grès armoricain de la Montagne du Roule, sert aux moellons et à l'enrochement. De nombreuses carrières ont été ouvertes pour les travaux de la digue sur l'agglomération, pour la plupart fermées aujourd'hui[1].

[] Hydrographie

Cherbourg-Octeville est bordée par la mer. La construction du port du commerce à partir de 1769 s'accompagne de détournement de la Divette, dont l'embouchure se situait au niveau de l'actuelle sortie du port Chantereyne, et du Trottebec, depuis le territoire de Tourlaville, réunis dans le canal de retenue le long de la rue de Paris et du Val-de-Saire.

Le ruisseau de la Bucaille et celui du Fay qui arrosait la Croûte du Homet au XVIIIe siècle[2]ont disparu lors de la construction du port militaire.

[] Climat

Cherbourg-Octeville est sous climat tempéré océanique. Son caractère maritime lui impose un taux d'humidité important (84%) et un vent marin soufflant fortement, couramment en tempête, mais aussi des variations saisonnières de températures faibles et de rares jours de gel (7,3)[3]. L'effet conjugué du vent et des marées engendre des changements climatiques rapides, au sein d'une même journée, le soleil et la pluie pouvant se succéder à quelques heures d'intervalle[4].

L'influence du Gulf stream et la douceur de l'hiver permettent la naturalisation de beaucoup de plantes méditerranéennes ou exotiques (mimosas, palmiers, agaves, etc.), présentes dans les jardins publics de la villes, malgré une insolation moyenne[4].

Mois Janv Fév Mars Avr Mai Juin Juil Août Sept Oct Nov Déc Année
Températures maximales moyennes (°C) 8,6 8,4 9,6 11,3 14 16,4 18,5 19,1 18 15,6 12,1 9,9 13,5
Températures minimales moyennes (°C) 5 4,6 5,6 6,8 9 11,5 13,5 14,3 13,5 11,4 8,3 6,1 9,1
Températures moyennes (°C) 6,8 6,5 7,6 9 11,5 14 16 16,7 15,7 13,5 10,2 8 11,3
Moyennes mensuelles de précipitations (mm) 75.9 58 57 43,5 45,3 39,8 34,1 40,6 57,4 70,4 87,7 82,6 688,5
Source : Infoclimat[3]


Ville Ensoleillement (h/an) Pluie (mm/an) Neige (j/an) Orage (j/an) Brouillard (j/an)
Paris 1 797 642 15 19 13
Nice 2 694 767 1 31 1
Strasbourg 1 637 610 30 29 65
Cherbourg-Octeville[3],[5] 1700 906 5,1 5,3 26.6
Moyenne nationale 1 973 770 14 22 40



[] Voies de communication et transports

[] Voies routières

Historiquement Cherbourg-Octeville est l'extrémité ouest de la route nationale 13, traversant la ville par les « Rouges Terres » et l'avenue de Paris, depuis La Glacerie. Dans les années 1990, une déviation de la nationale, désormais Route européenne 3 et 46 a redirigé le trafic par La Glacerie et Tourlaville. Cette route se présente sous la forme d'un axe à 3 voies de la Glacerie jusqu'au rond-point de Penesme, à Tourlaville ; puis d'un axe à 2x2 voies entre ce dernier point et le rond-point situé entre la plage de Collignon et le port des Flamands. Le prolongement vers Cherbourg de cet axe est actuellement en travaux, avec le doublement du pont enjambant le port des Flamands, afin d'assurer une continuité de la 2x2 voies jusqu'au port de commerce cherbourgeois.

L'ancienne Route nationale 801, déclassée aujourd'hui en D901, qui relie le cap de la Hague à Barfleur, traverse également la ville d'Est en Ouest.

Après l'achèvement du contournement Est de l'agglomération, le projet de contournement Ouest est à l'étude, de même que l'amélioration de la RD 901 pour l'accès à l'aéroport de Maupertus.

La D650 permet de joindre Cherbourg et la côte ouest du Cotentin. Au départ de Cherbourg, la D650 prend la direction sud/ouest pour rejoindre Les Pieux, puis longe le littoral à quelques kilomètres de distance pour rejoindre la Côte des Isles jusqu'à Barneville-Carteret. A l'approche de Cherbourg, cette départementale a fait l'objet ces dernières années de nombreux aménagements (ronds-points, feux tricolores, aménagement urbain) du fait de la rurbanisation des communes traversées.

Avec l'attribution du statut d?autoroute de la RN13 en 2006, les travaux de mise aux normes autoroutières entre Cherbourg et Caen sont engagés pour dix ans[6]. Dans ce cadre, les travaux d'aménagement de la RN 13 à l'entrée de l'agglomération cherbourgeoise (lieu-dit "Virage des Chèvres") sont en cours. De nombreux autres chantiers sont en cours (création de voie d'arrêt d'urgence, suppression de passages dangereux, création d'ouvrages d'art).

[] Transports maritimes

Situé à la pointe du Cotentin, le port de Cherbourg est dans une zone privilégiée pour les liaisons maritimes, particulièrement depuis la construction de la grande rade, qui a permis un accès plus large et sûr. Essentiellement port militaire, Cherbourg a développé aussi au cours des derniers siècles un commerce de marchandises et de passagers avec l'Angleterre et les Antilles, puis vers l'Amérique.

Le Barfleur de Brittany Ferries
Le Barfleur de Brittany Ferries

Aujourd'hui, le Royaume-Uni et l'Irlande sont régulièrement desservis :

  • Rosslare Europort par l'Oscar Wilde, ex-Konprins Harald de Color Line, de Irish ferries, installée depuis 1978, environ deux fois par semaine, et par le Diplomat de Celtic Link Ferries, trois fois par semaine.
  • Poole et Portsmouth, par la flotte de Brittany Ferries, qui a succédé à Truckline ferries en 1985, avec Normandie Express, Normandie Vitesse (ou Condor Vitesse), Le Barfleur et Le Cotentin.

La liaison des îles anglo-normandes (Guernesey et Jersey), assurée par HD ferries depuis 2007, a été suspendue en 2008.

En outre, le port accueille entre 10 et 30 paquebots par an, grâce à un terminal croisière aménagé en 2006 dans la gare maritime transatlantique de 1933.

Cherbourg a subi sévèrement la concurrence des autres ports normands que sont Ouistreham et Le Havre. Sur les onze premiers mois de 2007, par rapport à la même période de 2006, le trafic passagers baisse de 3,84% à 750 000 unités, tandis que le fret perd 4,43% points avec 87 000 camions débarqués, tandis qu'en 1995, le port comptait 1,7 million de passagers et 138 000 camions[7]. Depuis le début de l'année 2008, et pour la première fois depuis plusieurs années, le trafic transmanche au départ de Cherbourg opère un net redressement : fin février, Cherbourg affiche, par rapport au deux premiers mois 2007, une progression de 17% pour les passagers à 24 463 et de 39% pour les voitures de tourisme avec 10 586 unités. Cette hausse provient principalement de la mise en place de nouvelles rotations, principalement avec l'Irlande.

De nombreux projets sont à l'étude[réf. nécessaire] :

  • Fastship, en projet depuis une quinzaine d'années, peine à se concrétiser[8]. Il consisterait à faire du porte-à-porte entre les États-Unis et la France fondé sur un service transatlantique maritime assuré par des navires porte-conteneurs rapides entre un port américain unique, Philadelphie, et un port unique du continent européen, Cherbourg.
  • La construction d'un terminal pour les navires de marchandises permettrait de faciliter le déchargement et le chargement des bateaux.

[] Transport ferroviaire

La ligne Paris-Cherbourg du Réseau ferré de France y trouve son terminus, la gare de Cherbourg, inaugurée en 1858, qui accueille chaque année un million de voyageurs[9]. Cette ligne allait au début du XXe siècle jusqu'à la station balnéaire d'Urville-Hague et était complétée par le « tue-vaques » qui desservait depuis Cherbourg le Val de Saire entre 1911 et 1950. Aujourd'hui, la ligne Corail Intercités Paris-Caen-Cherbourg est la plus profitable de sa catégorie, avec un bénéfice supérieur à 10 millions d'euros annuels. Chaque jour, plusieurs dizaines de TER et Corail Intercités assurent des liaisons directes entre Cherbourg et Lisieux, Caen, Paris-Saint-Lazare. Il faut compter aujourd'hui entre 2 h 45 et 4 h 35 pour joindre Paris et Cherbourg.

De nombreux projets sont à l'étude:

  • La gare de Cherbourg va prochainement accueillir des TGV prévus fin 2008 et début 2009 pour la ligne Cherbourg-Caen-Roissy-Charles-de-Gaulle; afin de faciliter la correspondance des voyageurs. Ce TGV, qui n'aura de grande vitesse que le nom - les voies n'étant pas adaptées - prolongerait ensuite son trajet jusqu'à Besançon-Viotte.
  • Le contournement ferroviaire de l'agglomération cherbourgeoise est également régulièrement envisagé[réf. nécessaire]. Permettant d'éviter le passage des trains de marchandises au niveau de l'ex-canal de retenue et au Pont-de-Carreau, n?ud routier et ferroviaire n'étant pas sans poser de nombreux problèmes de fluidité du trafic urbain. Ce contournement aurait l'avantage de permettre un gain de temps notable pour les marchandises, lesquelles transitent actuellement à vitesse très réduite par les points précités. Néanmoins à ce jour, aucun tracé officiel n'a été communiqué.
  • Le projet d'une nouvelle gare SNCF semble, lentement, se dessiner[réf. nécessaire]. Regroupant trafic ferroviaire, de bus urbains (Zéphir Bus) et de bus départementaux (Manéo), celle-ci serait édifiée sur l'actuel parking situé face au centre commercial Carrefour, lui-même prochainement reconstruit. Cette opération s'inscrirait dans le cadre de la rénovation du "quartier des bassins".
  • Depuis quelques années, il est prévu que la gare de Cherbourg accueille des trains de voyageurs (Corail Intercités ou TER), mais également des trains de marchandises directs en direction de Rennes et de Rouen-Rive-Droite. Des travaux sont prévus notamment pour la Ligne Cherbourg-Saint-Lô-Rennes afin de créer un raccordement à côté de la gare de Lison pour éviter les correspondances et les man?uvres à la gare de Lison[10],[11]

[] Transport inter-urbain

Ligne Dessertes principales de bus urbains
1 Schuman ? Les Fourches
2 Schuman ? République ? Fort Neuf Digard
3 Églantine ? Schuman ? Collège Ferry
4 Schuman ? Centre commercial (La Glacerie)
5 La Marche ? Amfreville ? Schuman ? Flamands
6 Schuman ? Dubost
7 Hainneville Haut ? Schuman
8 Polyclinique ? Schuman
10 Le Becquet ? Northeim
11 Northeim ? Brèche du Bois ? Village de la Verrerie
12 Urville ? Diximude
A Schuman ? Villa Rocca

La Compagnie des transports de Cherbourg (CTC) a été créée en 1896, desservant par un tramway la place de Tourlaville et la place du Château à Cherbourg. La desserte s'allongeait jusqu'à 16,5 kilomètres, de Tourlaville à Urville. Après l'occupation allemande et le bombardement du dépôt de tramways, les bus prennent la succession, et il faut attendre 1962 pour que le réseau dispose de plusieurs lignes. À partir de 1976, la Communauté urbaine de Cherbourg prend en charge la compétence des transports en commun. Gérée en délégation de service public par Keolis, la CTC prend le nom de Zéphir Bus en 1991[12].

Le maillage de l'ensemble de l'agglomération est bon, Zéphir Bus comptant une douzaine de lignes urbaines, desservant même certaines communes hors agglomération, comme Urville-Nacqueville. Depuis quelques années, un service de bus de nuit a également été créé.

[] Aéroport

L'aéroport de Cherbourg - Maupertus dessert la ville. Sa piste de 2 440 mètres accueille des vols réguliers quotidiens vers Jersey et des vols charters.

[] Histoire

[] Héraldique

Cherbourg porte d'azur à la fasce d'argent chargée de trois étoiles à six rais de sable, accompagnée de trois besants d'or, deux en chef, un en pointe. À partir de l'Empire, le blason est accompagné d'ornements extérieurs : couronne murale à cinq tours d'argent, cimier traversé en fasce d'un caducée contournée de même auquel sont suspendu deus festons servant de lambrequins, l'un à dextre d'olivier, l'autre à senestre de chêne, d'argent noués et attachés par des bandelettes d'azur. Ils comportent également une croix de guerre 35-45 avec palme au naturel, appendue à la pointe de l'écu et brochant sur la croisure des bandelettes[13].

Son origine est contestée. Selon Victor Le Sens, la fasce d'argent chargée d'étoiles représente la ceinture de la Vierge Marie, l'une des deux patronnes de la ville. Leur nombre, comme celui des besants, évoquant la Trinité, l'autre patronne de la ville. Les besants d'or seraient l'expression du rachat des captifs, illustrant la participation des notables cherbourgeois à la Troisième croisade. Le blason de Cherbourg daterait de la fin du XIIe siècle, à l'époque des Croisades[14].

Mais cette origine religieuse est contestée par M. Le Poupet, cité par Le Chanteur de Pontaumont dans les mémoires de la Société nationale académique de Cherbourg, qui considère, en s'appuyant en particulier sur les ouvrages de Vulson de la Colombière et Ségoing, que le contenu du blason évoque la commerce maritime de la cité. Pour lui, les besants, meuble traditionnels des armes de financiers anoblis, représente la richesse et la fortune, tandis que l'étoile illustre la paix et la prudence. Le sable signifie Prudence et constance dans l'adversité, l'azur dénote l'activité et les mers. M. Canel avait expliqué avant lui que les besants et les étoiles illustrent respectivement le commerce et le port de mer[15].

Les étoiles, absentes de l'armorial de d'Hozier en 1697[15], auraient été ajoutées au XVIIIe siècle. Sous l'Empire, il fut complété par un franc quartier des villes de seconde classe qui est à dextre d'azur à un N d'or, surmonté d'une étoile rayonnante du même, brochant au neuvième de l'écu[14].

Concernant les ornements extérieurs, la couronne murale symbolise la protection et le bonheur, le caducée le commerce et l'activité, l'olivier la paix, le chêne la force, rappelant la vocation à la fois militaire et commerciale du port. L'argent signifie que Cherbourg était une ville de seconde classe sous l'Empire[13].

Le blason d'Octeville est de sinople au mantel d'argent chargé de deux lettres capitales de sable « O » à dextre, « V » à sénestre, au chef de gueules à un léopard d'or armé et lampassé d'azur.

Il a été le logo de la municipalité jusqu'à la fusion avec Cherbourg, et un temps après celle-ci réuni au logo de Cherbourg .

Aujourd'hui, la municipalité de Cherbourg-Octeville utilise un logo, intitulé la « mouette musicale ». Initialement adopté par Cherbourg, il est composé d'une mouette, symbolisant le caractère maritime de l'agglomération, sur une portée musicale, évoquant la musicalité du port : « le cri des mouettes qui dansent entre ciel et mer, les sirènes des navires et le chant mélodieux des vagues »[16].

[] Origines et toponymie

L'antique Coriallo des Unelles, présente sur Table de Peutinger (v. 365) et citée dans l'Itinéraire d'Antonin et la Gesta de Fontenelle (« In pago Coriovallinse », 747-753), latinisée ensuite en Coriallum pourrait être localisée, selon Robert Lerouvillois, entre Cherbourg et Tourlaville, sur les Mielles. « Amas de huttes de pêcheurs à l'embouchure ensablé de la Divette et du Trottebec », isolé au bout du Cotentin par une forêt dense, la forêt de Brix avant l'invasion romaine[17], elle devient une petite ville de garnison après la victoire en l'an 56 avant JC des légions de Quintus Titurius Sabinus, sur les Unelles de Viridovix[18]. Cependant, si les reliques trouvées sur le territoire (villas aux mielles, pièces sur l'île pelée et la Roche-qui-Pend?) attestent de la présence romaine, des doutes subsistent sur la localisation de Coriallo en raison du manque de précision de la Table de Peutinger, et certains auteurs placent la cité vers Urville-Nacqueville ou Beaumont-Hague, tandis que d'autres, comme Claude Pithois, pensent qu'il s'agissait une agglomération de villages celtes protégés par le Hague-Dick sur le territoire d'Omonville-la-Rogue, Digulleville et Omonville-la-Petite[19]. D'après Pierre-Yves Lambert[20], l'élément celtique corio signifie « armée, troupe » et l'élément vallum semblable au latin, serait « rempart, fortification ».

Dès lors, la date de fondation de Cherbourg ne peut être fixée précisément. Les vestiges de villas gallo-romaines sur les mielles, et diverses découvertes de pièces du premier siècle de notre ère atteste de la présence humaine à cette époque, et un castrum est édifié sur la rive gauche de la Divette comme élément du Litus saxonicum, après les raids saxonns au début du IVe siècle[18].

Après la colonisation anglo-scandinave, un nouveau nom apparait sous une forme là encore latinisée: Carusburg Castellum (1026-1027, Fauroux 58) puis Carisburg (1056-1066, Fauroux 214), Chiersburg (Guillaume de Jumièges, v. 1070), Chieresburg (Wace, Roman de Rou, v. 1175)[21]. Carusburg signifierait « forteresse des marais », du vieux norrois kjars (marais) et de borg (château, ville fortifiée)[22] ou « ville des marais » du vieil anglais ker (marais) et burgh (ville)[23]. D'après François de Beaurepaire[21], il s'agit plutôt du vieil anglais chiriche (église) ou [tch] est réduit à [s], comme la commune de Chirbury, dans le comté de Shropshire, autrefois orthographié Chirichburig (915) et Chiresbir (1226).

Le nom d'Octeville apparaît quant à lui en 1063, dans une charte de Guillaume le Bâtard, à propos de dotations faites à la collégiale de Cherbourg[24].

Cherbourg est également le nom d'un canton canadien, situé entre Matane et Les Méchins, qui a donné son nom aux municipalités de Saint-Thomas-de-Cherbourg, fusionnée en 1954 au sein des Méchins, et de Saint-Jean-de-Cherbourg. Ce nom, dont la proclamation date du 7 mai 1864, pourrait être dû à la répercussion par les journaux locaux de l'inauguration du port militaire par Napoléon III en 1858[25]. Cherbourg est également une ville du Queensland en Australie.

[] Moyen-Âge : une place forte convoitée

Le Cotentin conquis par Sabinus en 56 av. JC est divisé entre pagus constantiensis (pays de Coutances) et pagus coriovallensis (pays de Coriallo), au sein de la Deuxième Lyonnaise. Cédée avec l'ensemble de l'Armorique à Clovis en 497, Cherbourg devient propriété des rois mérovingiens successifs[26]. Le règne mérovingien voit la construction d'un château de 120 mètres sur 120 mètres, sur l'emplacement du castrum[18].

Le territoire est évangélisé par saint Éreptiole en 432, puis saint Exuperat, saint Léonicien, et enfin saint Scubilion, en 555[27]. En 887, Saint Clair débarquant du Kent est ordonné prêtre à Cherbourg et établit un ermitage dans la forêt environnante[26].

Pillé et ravagés par plusieurs raids normands entre 841 et 895, affligée par la peste et la famine à la même époque, Cherbourg est rattachée au Duché de Normandie avec le Cotentin, en 933, par Guillaume Longue-Épée. En 938[28], une flotte de 60 voiles menée par le roi danois Aigrold, déchu par son fils et chassé de ses terres, y débarque et s'installe dans le Cotentin avec le consentement de Guillaume Longue-Épée. Il établit sa résidence à Cherbourg jusqu'à retrouver son trône. Il revient à la tête de vingt-deux vaisseaux pour aider Richard Ier de Normandie, encore mineur contre Louis IV de France qui est fait prisonnier en 945[26].

Richard II dote le château de Cherbourg en 998 d'une église ou chapelle collégiale aux chanoines de laquelle sont donné les seigneureries de Tourlaville et Octeville, puis Richard III renforcent ses fortifications , avec celles des autres grandes places fortes du Cotentin, face aux menaces anglaises[29]. Le château est mentionné en 1026, comme élément de la dot lors du mariage du duc et d'Adèle de France[30].

En 1053, afin de lever l'excommunication qui pèse sur lui suite à son union avec sa cousine, Guillaume le Conquérant choisit Cherbourg avec Rouen, Caen et Bayeux, comme les quatre places importantes du duché pour recevoir une rente à perpétuité dédiée à l'entretien d'une centaine de pauvres[31]. Jusqu'alors, l'hospice, bâti près du ruisseau de la Bucaille vers 436 par Saint Éreptiole, premier évêque de Coutances, vivait des dons privés[32]. Le prieur de l'hôtel-dieu reçoit le fief de Lardier, qui comprend l'essentiel de la cité, le titre de seigneur de Cherbourg, et la charge de la défense du château. En 1066, le comte de Cherbourg, Gerberot et ses deux fils sont aux côtés de Guillaume lors de la bataille de Hastings[26].

Suite à la mort d'Henri Ier en 1135, et la dépossession du trône d'Angleterre de Mathilde par Étienne de Blois, Cherbourg est assiégé par les troupes du comte de Boulogne en 1139, et ne se rend qu'après deux mois de résistance avant d'être repris par Geoffroy d'Anjou en 1142. Son épouse fonde trois ans plus tard l'Abbaye du V?u[26].

Parmi les quatre villes normandes les plus peuplées, Cherbourg n'est en revanche, sous les ducs, qu'un port de faible importance, même si l'octroi par le duc du droit de tonlieu à la cathédrale de Coutances en 1056 prouve l'existence d'activités maritimes. L'essentiel du transit transmanche se fait entre Barfleur et Southampton, Ouistreham et Hastings, Dieppe et Douvres. Au XIIIe siècle, Barfleur, après le naufrage de la Blanche-Nef perd de son poids, et Cherbourg devient le port de transit des troupes d'Henri II d'Angleterre[18]. En 1150, à l'époque où Cherbourg devient bailliage portuaire, le duc de Normandie Henri Plantagenet accorde à Cherbourg le privilège de commercer une fois par an avec l'Irlande[14]. Plusieurs bourgeois de la ville participe aux Croisades, parmi lesquels Vigan (ou Wigan), comte et amiral de la flotte de Richard, qui s'illustre dans la prise d'Acre, la bataille d'Antipatride en 1191, la conquête de Chypre, et est des signataires du traité de paix de Messine entre Richard Coeur-de-Lion et Tancrède[14].

Plan de Cherbourg et du château démoli en 1689
Plan de Cherbourg et du château démoli en 1689

Lors de la conquête de la Normandie par Philippe Auguste, Cherbourg tombe sans combattre en 1204. La ville est saccagée en 1284 et 1293, l'Abbaye et l'Hôtel-Dieu pillés et incendiés, mais le château, où la population est retranchée, résiste. Suite à ces ravages, Philippe le Bel fait fortifier la cité en 1300[26].

Par sa position stratégique, à la fois clé du Royaume avec Calais pour les Français et tête de pont de l'invasion pour les Anglais, la ville est très disputée durant la Guerre de Cent Ans. Disposant de l'un des plus forts châteaux du monde selon Froissart, elle change six fois de propriétaires, suite à des transactions, jamais par les armes. En juillet 1346, 40000 soldats d'Édouard III, débarqués à la Hougue, prennent les places du Cotentin mais se heurtent à la défense de Cherbourg dont les faubourg sont une fois de plus saccagés. Le château, fortement réparé par Philippe V en 1347 et 1348, est cédé en 1354 par Jean le Bon à Charles le Mauvais qui fait renforcer les fortifications à plusieurs reprises entre 1359 et 1369, et, lors d'un séjour en 1366, dispense les bourgeois de la taille pour leur vaillance, autorise le port de l'épée et crée des pairs et des barons[17]. En février 1378, il cède le château pour trois ans à Richard II d'Angleterre, en échange d'une troupe de 1 000 hommes (500 archers et 500 hommes d'armes)[33] et de 22,000 marcs d'argent, se gardant toutefois la seigneurie[26]. Bertrand du Guesclin assiége vainement la cité cette même année, mais retire ses troupe après plus de six mois, sur Valognes, Montebourg, Saint-Sauveur-le-Vicomte, Carentan et Saint-Lô. Richard II rend la ville à la France en 1394 du fait de son mariage avec Isabelle de Valois. Charles le Noble revendique alors les terres normandes de son père décédé, Charles le Mauvais, ce que lui refuse le conseil général réunit en 1397, ces possessions étant jugées trop proches de l'Angleterre, et reçoit en dédommagement le comté de Nemours, érigé en pairie, et deux cents mille écus d'or. Il conserve toutefois la possession de Cherbourg, en dehors du fait jugé par le conseil général, le concédant à Charles VI de France en 1404 contre le versement d'une nouvelle forte somme d'argent. En juillet 1413, Pierre des Essarts, gouverneur de Cherbourg et prévôt de Paris, est décapité après avoir été accusé à tord de vouloir enlever le roi. Alors qu'à partir de 1415, les châteaux normands tombent tous un par un aux mains des troupes d'Henri V d'Angleterre, Cherbourg résiste vigoureusement jusqu'à l'automne 1418, quand son commandant, Jean d'Angennes, la livre affamée par plusieurs mois de siège[34]. L'église de la Trinité est édifiée sur les ruines de l'église paroissiale. En 1429, encouragé par le récit des victoires de Jeanne d'Arc, un chanteur ambulant, Phélippot le Cat, tente de libérer Cherbourg avec l'aide de révoltés réfugiés dans la forêt de Brix, et les défenseurs du Mont Saint-Michel. Mais le complot est découvert par les Anglais, qui tranche la tête du troubadour sur la place du Château, le jour du sacre de Charles VII, puis le Traité d'Arras (1435) confirme la possession anglaise. En mars 1450, Thomas Kiriell débarque à Cherbourg à la tête de 3000 soldats pour reprendre le Cotentin et le Bessin. Dernière possession anglaise en Normandie suite à la bataille de Formigny, la forteresse est une fois de plus assiégée. Les troupes françaises parviennent à tromper les Anglais en attaquant la forteresse par la grève, à l'aide de batteries sur pilotis, la poudre et les canons enveloppés dans des peaux enduites de suifs pour les rendre imperméables[17]. Le 12 août, les remparts cèdent sous les attaques, et Jacques C?ur négocie la reddition qui intervient deux jours plus tard, par le versement de 2 000 écus à la garnison, et la libération du fils de Thomas Gower, commandant anglais du château. Jean V de Bueil, fait amiral de France après la mort lors de ce siège de Prigent de Coëtivy, reçoit le gouvernement de la place. Il répare les murailles et complète le système défensifs par une tour à trois batteries du côté de l'embouchure de la Divette, la tour dite « des Sarrasins » (rasée en 1778, elle était située sur l'actuelle place Bricqueville). En raison des souffrances de la population cherbourgeoise, et contre le dépeuplement de la place forte, Louis XI exempte les habitants d'impôts en 1464, ce qui sera la règle jusqu'au règne de Louis XV[35]. La Royauté fait du 12 août, chute de la dernière possession anglaise sur le territoire français qu'était Cherbourg, un fête nationale[36].

La ville subit trois vagues de peste au début du XVIe siècle(en 1504, 1514 et 1517), puis à nouveau en 1554. Le 28 avril 1532, Cherbourg reçoit en grande pompe la visite de François Ier et du dauphin[26]. À cette époque, Cherbourg nous est décrite par Gilles de Gouberville comme une ville fortifiée de 4 000 habitants, protégée par des ponts-levis aux trois portes principales, gardées en permanence et fermées du coucher du soleil jusqu?à l?aube. À l'intérieur des remparts, le château, lui-même protégé par de larges fossés et muni d'un donjon et de douze tours, occupait le sud-est de la ville. À l'extérieur, le faubourg se tenait le long de la Divette, au sud des remparts, et était fréquenté par les matelots[37].

Face aux guerres de religion qui divisent la Normandie dans la deuxième moitié du XVIe siècle, « Cherbourg [est] la seule ville du pays où les Huguenots n'[ont] point de prêche public, et où l'hérésie n'infect[e] aucune famille »[38]. En 1562, alors que les protestants se rendent maître de la plupart des villes normandes, Montgomery prépare le siège de Cherbourg, et Matignon sa défense. L'affrontement est pourtant avorté par la signature de l'édit d'Amboise du 19 mars 1563. En 1574, les Réformés prennent Falaise, Argentan et Vire. Aidé des Anglais, Montgomery débarque en mars à la Hougue à la tête de plusieurs milliers d'hommes, et prend Valognes, Carentan, Saint-Lô et Domfront. Incapable de défendre tout le Cotentin, Matignon concentre ses forces dans la forteresse de Cherbourg, consolidée et fortement gardée, contraignant les protestants à se contenter de ravager une fois de plus l'abbaye du V?u, située hors des remparts[38].

En remerciement de ses services, Henri III nomme Matignon lieutenant-général de Normandie et gouverneur de Cherbourg en 1578, puis maréchal l'année suivante. Celui-ci renforce les défenses cherbourgeoises en fortifiant les faubourgs. À sa mort, son fils reprend la charge de gouverneur de la place, comme ses descendants, jusqu'à la moitié du XVIIIe siècle. En 1588, les bourgeois demeurent également fidèles à la couronne quand la Normandie, à l'exception de Caen et Dieppe, est tenue par la Ligue catholique. De même, ils sont d'une fidélité sans faille à Henri IV. Ainsi, le 4 avril 1591, ils mettent en échec les projets de frondeurs normands menés par Du Tourp. Le Roi récompense la ville en lui octroyant des privilèges en 1594[39].

[] XVIIe-XIXe : naissance d'un port militaire

La ville est touchée par la peste dans les années 1620, particulièrement vive en 1626 à cause d'un navire en provenance de La Rochelle. L'hôtel-dieu détruit par les flammes cette même année, n'est reconstruit qu'en 1639. Sous l'impulsion de Colbert, la corporation des drapiers fonde le 16 avril 1668, la manufacture de draps, qui produit deux milliers de pièces par an[17]. Deux ans plus tôt, il avait favorisé également l'implantation de la manufacture de verre dans la fôret de Tourlaville[40].

Pour compléter les deux ports d'envergure que sont Brest sur l'Atlantique et Toulon sur la Méditerranée, Louis XIV désire édifier un nouveau port sur les côtes de la Manche, face à l'Angleterre, afin d'héberger les navires de passage. Après une première commission chargée d'étudier la meilleure position en 1665 qui n'aboutit pas, Colbert vante les mérites en 1678 de la fosse de Colleville, à l'embouchure de l'Orne, sans plus de résultat. Après une inspection des ports de la Manche en 1680, Vauban remet un mémoire au Roi en 1686, préconisant de renforcer la fortification de la ville et de porter la capacité du port à 40 navires de 300 à 400 tonneaux et autant de frégates de 20, 30 et 40 bouches à feu. Privilégiant la Hougue pour bâtir un port militaire d'envergure, il envisage toutefois de fermer la rade de Cherbourg par deux digues, l'une de 200 toises partant du Homet, l'autre de 600 toises partant de l'île Pelée, capables d'abriter une dizaine de vaisseaux[41]. Au delà de la simple consolidation, il conçoit une nouvelle enceinte aux fortifications modernes, autour d'une ville nouvelle de seize rues droites, avec place royale centrale, hôpital, casernes, trois portes et cinq bastions[42]. Les travaux de fortifications et d'aménagement du château débutent l'année suivante, jusqu'à ce que ses opposants, dont Louvois, parviennent en décembre 1688, par crainte des attaques anglaises et par jalousie, à convaincre le Roi d'arrêter les travaux. Le mois suivant, pour ne pas courir le risque de laisser aux mains des Anglais une place forte solide, l'ordre est donné de raser les fortifications, mobilisant pendant trois années près de 3 500 ouvriers[18].

Bataille de la Hougue, PJ Schotel

En 1692, la protection de cette place forte du Cotentin fait cruellement défaut à l'Amiral de Tourville lors de la tentative manquée de repli de la Bataille de la Hougue[18]. Abîmés lors de la Bataille de Barfleur, et n'ayant aucun port capable de les protéger, trois des navires de la flotte s'abritent dans la baie de Cherbourg, sous la protection de l'artillerie et la mousqueterie du fort du Gallet, construit deux ans auparavant par la milice bourgeoise. Le Triomphant s'échoue à l'entrée du port, l'Admirable sur les Mielles, et le Soleil Royal, vaisseau amiral, sur la pointe du Homet. Le dimanche 1er juin 1692, devant de nombreux badauds venus du Nord-Cotentin, et alors que le curé a déplacé à l'extérieur la messe de la fête paroissiale, face à la bataille, les brûlots britanniques incendient les trois bâtiments. Les stocks de poudre explosent, les corps des marins et les débris jonchent la plage et les rues de la ville, tandis que le toit de la basilique de la Trinité est détruit par l'explosion du Triomphant[43].

La destruction des remparts cherbourgeois n'engendre pas un étalement de la ville qui conserve son aspect médiéval. Des constructions prennent la place des anciennes fortifications et englobent peu à peu le faubourg proche au long de la Divette. Au début du règne de Louis XV, on dénombre 800 feux à Cherbourg, soit environ 4 000 habitants, et 95 à Octeville. Valognes en compte 1 000[44]. En 1731 Chantereyne revendique 5 500 habitants, le recensement de 1774 en dénombre 6 257, et celui de Dumouriez en 1778, 7 300, en y incorporant probablement les garnisons en place[44].

En 1739, les ingénieurs Hüe de Caligny, directeur en chef des travaux publics de la province de Normandie, et de Caux, ingénieur en chef, entreprennent pour 560000 livres, le creusement d'un port de commerce (aujourd'hui au niveau de la place Divette), avec la construction d'une écluse, d'un pont tournant, une jetée de chaque côtés du chenal et des quais. Achevé en 1742, il est dévasté en août 1758 par une attaque anglaise sous les ordres du général Bligh et l'amiral Howe dans une ville abandonné par le comte de Rémond, maréchal de camp, retiré au château du Mont-Épinguet de Brix puis à Valognes[26]. Le nouveau bassin du commerce est aménagé en 1769 et inauguré en 1775, après le détournement de la Divette. Longtemps port de faible importance commercial, ville sans université ni activité culturelle, régulièrement pillée, aux faibles relations avec Paris, ces travaux font prendre un poids essentiel dans le Cotentin, qui se traduit à la veille de la Révolution française, par la création par de réseaux de sociabilités par les bourgeois. La Société royale académique de Cherbourg est fondée en 1755, et une loge maçonnique appelée « la Fidèle maçonne » voit le jour[44].

Le 30 novembre 1758, suite au « Grand dérangement » et à la chute de Louisbourg, un navire britannique amène des déportés acadiens de l'Île Royale et l'Île Saint-Louis. Vivant dans le dénuement, avec un état sanitaire dramatique, de nombreux réfugiés meurent. Deux mois plus tard, un second convoi amène depuis Halifax, le 14 janvier, au terme de 16 jours de traversée, 147 acadiens originaires majoritairement de Pobomcoup et du Cap Sable. Parmi eux se trouvent la famille nobiliaire d'Entremont, dont l'ancêtre Philippe Mius d'Entremont (1601-1700) baron de Pobomcoup, était originaire de Cherbourg. Les bourgeois locaux organisent leur secours, protestant officiellement contre la décision royale de supprimer la solde accordée aux réfugiés. En 1773, 163 des 228 Acadiens de Cherbourg, partent pour le Poitou. Au lendemain de la Révolution française, on compte encore deux centaines d'Acadiens, auxquels l'Assemblée nationale reconduit le versement d'une pension, sur l'insistance du président de la Société des amis de la Constitution locale, Étienne-François Le Tourneur[45].

Projet Cessart pour la rade non retenu
Projet Cessart pour la rade non retenu

Les intentions de Louis XV de reprendre les travaux du port militaire, sont refroidies par le raid anglais de 1758, mais le soutien français aux insurgés américains réveille le projet dans l'esprit de Louis XVI. En 1776, à la demande de Louis XVI, une commission sous l'égide de Suffren, réunissant notamment Dumouriez, futur gouverneur de la place, et La Bretonnière, capitaine de vaisseau et hydrographe, est chargée de choisir le port stratégique pour la défense des côtes de la Manche, entre Cherbourg, Ambleteuse et Boulogne[46]. Le rapport de La Bretonnière et Méchain considère que seul le port normand peut protéger convenablement 80 bateaux de guerre. Dépassant les projets de Vauban, il projette la construction d'une digue de 4 kilomètres de long, entre l'île Pelée et la pointe de Querqueville. Dumouriez et Decaux, chef du génie, conseillent quant à eux, une rade plus courte, allant en droite ligne de l'île Pelée et la pointe du Homet, comme préconisé par Vauban, avec une passe centrale unique, et en mettant l'accent sur les défenses militaires. On donne finalement raison à La Bretonnière. S'agissant de l'édification, Decaux vante les mérites des caissons de maçonnerie de béton tandis que La Bretonnière préfère le sabordage de vieux navires de guerre et un enrochement à pierres perdues. Mais furent choisis les plans de l'ingénieur Louis-Alexandre de Cessart, ceux d'un môle construit à partir de 90 cônes de bois de 20 m sur 20, remplis de pierres et de béton, reliés par des chaînes de fer.

À partir de 1783, trois ingénieurs vont se succéder durant les 70 ans de l'édification des 4 000 mètres de la digue :