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Burgondie 
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Les Burgondes appartiennent au peuple germanique du rameau ostique1. Ils sont probablement originaire de Norvège, ou de l'île de Bornholm (Burgundarholm), île aujourd’hui danoise située dans la Baltique. Le nom de cette île signifierait « îlot des Burgondes ». L'Histoire nomme ce peuple une première fois, dans la seconde moitié du premier siècle de notre ère, par la plume de Pline l’Ancien. Cet écrivain romain le localise sur l’Oder, en Pologne actuelle. Le peuple burgonde a participé aux invasions et migrations de la fin de l'Antiquité et du haut Moyen Âge, période durant laquelle il s'établit durablement en Gaule. À la fin du Ve siècle, profitant de l'effondrement de l'Empire romain d'Occident, les Burgondes fondèrent un vaste royaume qu'ils développèrent, en communauté avec les Gallo-Romains anciens possesseurs du sol, sur la Suisse romande actuelle et le quart sud-est de la Gaule. Cette entité territoriale, fruit de la fusion réussie des deux ethnies Burgondes et Gallo-Romaine, reçut le nom de Burgondie, (Burgondia), royaume appelé aussi le regnum Burgundiæ, dont est issu le nom de Bourgogne, qui subsiste de nos jours. Cet espace politique fut rapidement submergé par les Mérovingiens. Néanmoins, la politique tolérante et habile d'harmonie inter-ethnique suivie par les souverains burgondes, étayée par la loi Gombette, réussit à créer une identité et un particularisme bourgonde d'où s'éveillera, selon l'expression de Maurice Chaumenote 1, un « sentiment national bourguignon2 ».

Sommaire

Histoire

Les Burgondes près de la Vistule

Pline l’Ancien écrivait en l’an 78 que le peuple burgonde se trouvait au premier siècle de notre ère localisé en Poméranie, entre Oder et Vistule. Plus précisément, à cette époque, le territoire de ce peuple aurait été délimité à l'est par la Vistule, à l'ouest par la Warta jusqu'à sa confluence avec la Notec, au nord par la vallée de la Notec et au sud par le territoire des Ruges3. Selon l'historien Jordanès, ce peuple occupait encore le même territoire en l’an 2454. C’est approximativement à cette date, toujours selon Jordanès, qu’une attaque des Gépides du roi Fastida, fait subir aux Burgondes, sur leur territoire, une défaite, d’où ils sortent pratiquement exterminés. Leur défaite entraina vraisemblablement leur mouvement vers L'ouest5.

Les Burgondes en Germanie

Répartition des peuples germaniques au Ier siècle ap. J.-C.

Territoire des Burgondes en Germanie

L'historien contemporain Justin Favrod6 écrit que les Burgondes, ont quitté la plaine de la Vistule et entamé leur migration vers l'ouest. Alliés aux Vandales, ils sont sur l’Elbe en 270.

À la fin du IVe siècle les historiens les localisent plus à l'ouest, sur le Main. Les auteurs anciens ne s'expliquent pas d'une manière catégorique sur le territoire qu'occupèrent les Burgondes dans ce nouvel établissement. Les auteurs comme Ammien Marcellin et Claudius Mamertin indiquent que les Burgondes étaient voisins des Alamans et que des querelles fréquentes s'élevaient fréquemment entre eux au sujet de leurs limites respectives. En 292, d'après Mamertin7 ils s'emparèrent même des terres des Alamans mais furent défaits à leur tour. Le voisinage des Burgondes et des Alamans est confirmé au IVe siècle par Ammien Marcellin. Roget de Belloguet dans ses Questions Bourguignonnes8 et Justin Favrod9 admettent aussi le rapprochement des deux peuples. Ce voisinage des Burgondes et des Alamans permet de situer, à la fin du IVe siècle, le territoire des Burgondes sur le Main, sans doute dans sa partie supérieure.

Raids dans les Gaules

L’histoire retrouve les Burgondes vers 277 sous la plume de l'historien grec Zozime. Zozime, dans le récit qu'il fait de l’expédition de l'empereur romain Probus dans les Gaules mentionne, qu’alors alliés aux Vandales, les Burgondes se font battre par Probus, une première fois, sur les bords du Rhin alors qu’ils cherchent à envahir l’Empire. Justin Favrod ajoute que l'empereur, en les poursuivant, achève sa victoire sur la rivière le Lech, à proximité d’Augsbourg10. Probus s’empara du chef Vandale nommé Igillos11, et déporta les prisonniers en Grande-Bretagne12.

Vers 285, (286-287), le rhéteur Claudius Mamertin dans le discours panégyriste de l’empereur Maximien Hercule, qu’il prononça à Trèves en 287, désigne les peuples qui ravagèrent la Gaule et qui furent combattus par l'empereur Maximien Hercule13. Il cite les Burgondes unis aux Alamans et à d'autres peuples. Après sa victoire sur ces paysans révoltés appelés Bagaudes et les Francs en 288, l'empereur romain Maximien Hercule tourna ses armes contre les nombreuses bandes d'Alamans et de Burgondes, qu’il écrasa. Ils auraient pu, à cette époque selon Roget de Belloguet14, avoir un territoire voisin des Alamans.

Descente vers le Rhin

L’historien latin Ammien Marcellin apporte des faits sur des évènements qui se sont déroulés en 370note 2 et qui se rattachent aux Burgondes. Les Alamans tiennent alors constamment les Romains en alarme par leurs attaques incessantes. L'empereur romain Valentinien Ier, fait appel aux Burgondes, toujours en conflit avec les Alamans pour des questions tenant à la délimitation des frontières et la propriété de salines. Romains et Burgondes envisagent une action concertée pour vaincre les Alamans. Les Burgondes mettent sur pied l’élite de leur troupe et un corps de 80 000 soldats descend sur les bords du Rhin. L’empereur romain « n’était pas au rendez-vous et rien n'indiquait un commencement de sa promesse ». Les Burgondes, indignés et furieux de la tromperie des Romains regagnèrent leurs foyers.

Exercice du pouvoir et religion

Les Burgondes n'avaient pas encore de roi et obéissaient à deux chefs, l’un militaire et politique, l’autre religieux. Dans son récit, Ammien Marcelin donne quelques indications sur l'exercice de l'autorité au sein du peuple burgonde. Le peuple était dirigé, dit-il, par un personnage qui portait le nom générique de hendinos. Ce hendinos avait la responsabilité de la prospérité et de la réussite du peuple mais il pouvait être déposé « si la fortune l'abandonne à la guerre ou si la récolte vient à manquer ». Ils obéissaient également à un grand prêtre, élu à vie, qu'ils nommaient sinistus. Les Burgondes sont, à cette époque, païens.

Sur la rive gauche du Rhin

Au début du Ve siècle le monde barbare s'ébranle de toute part. Au début de l'année 407, Vandales, Suèves et Alains venus des frontières d'Asie franchissent le Rhin près de Mayence et déferlent sur les Gaules soumises au pillage. Les Burgondes profitent de la percée pour s'engoufrer dans la brèche et participer aux saccages. L'usurpateur romain Constantin III , arrivé de la Grande-Bretagne parvient à refouler une partie des Barbares sur la rive droite du Rhin. Les Burgondes s'installent, avec le consentement de Constantin, sur la rive gauche du Rhin, dans les Gaules, dans la province de Germanie supérieure (aujourd'hui Rhénanie-Palatinat). Ils entretiennent des relations étroites avec les Romains et avec les Alains. Nommés par l'historien grec Olympiodore15, Gondicaire le chef des Burgondes et Goarnote 3 le chef des Alains favorisent l'élection de l'usurpateur Jovin à la pourpre en 411 dans la ville que l'on reconnaît comme Mayence. En 413, sans doute pour les remercier, Jovins leur permit de s'établir en Germanie Première, dans la province de Mayence. Leur territoire s'étendait de Mayence à Strasbourg sur la rive gauche du Rhin. Ils avaient fait de Worms leur capitale. Cette installation sur des terres d'Empire fut négociée puis ratifiée par Rome sur la base d'un traité (du latin fœdus) qui faisait de ce peuple germanique son allié militaire (fœderati, fédérés, alliés). Les Burgondes gardaient la frontière rhénane et reconnaissaient la suprématie de l'Empire sous le statut de fédérés. L’Empire leurs assignait des terres. Ils avaient, à cette époque, un seul phylarchos16, Gondicaire17 comme chef18. L'établissement des Burgondes sur la rive gauche du Rhin, en 413 a formé un nouvel état, une sorte de royauté qui donnait une consistance politique différente à l'hendinos19. Gondicaire avait, d'après la loi Gombette, succédé à Gibica20.

Conversion au christianisme arien

Dans les premiers temps de leur séjour sur le territoire romain, à la voix de l’évêque arien Ulphilas, (ou Wulfila ou encore Ulfila), traducteur de la bible en langue gothique qui fut dépêché aux Goths au IVe siècle, le christianisme sous la forme arienne se répandit parmi les diverses nations germaniques. Les Burgondes furent ainsi christianisésnote 4 mais ils avaient embrassé une hérésie : l'arianismenote 5 . La conversion des Burgondes au christianisme fit disparaître le pouvoir du siniste.

Anéantissement de 436

Le royaume de Gondicaire fut éphémère. L’envie de s’agrandir était une passion commune à tous les Barbares et en 435, Gondichaire voulut élargir les frontières de ses domaines et se jeta avec ses Burgondes dans la Première belgique. Le patrice Aetius, « maître de la milice », appuyé par ses auxiliaires hunniques, les battit une première fois alors qu'ils avaient déjà envahi la contrée de Toul et de Metz, mais il ne put terminer la guerre. Aetius avec l'aide de ses mercenaires engagea l'année suivante une deuxième campagne, et infligea aux Burgondes une retentissante défaite qui anéantit presque totalement leur armée et Gondichaire y perdit la vie. Un chroniqueur contemporain21 parle de vingt mille guerriers burgondes qui auraient été massacrés avec leur roi Gunther (version germanique du nom de Gondichaire). Cet épisode inspira la légende des Nibelungen. La mort de Gondichaire entraîna la chute de son royaume qui rentra en possession des Romains.

La Sapaudia, un nouveau fœdus pour les Burgondes

En 438 ou 443, les rescapés de cette catastrophe – peut-être 80 000 individus tout au plus, d'après les auteurs de l'époque ; une estimation moderne donne environ 25 000 personnes22 – se voient intégrés, à leur demande, comme auxiliaires de l'armée romaine, avec le statut de fédérés (du latin fœdus). Ils devaient, à ce titre, fidélité à l'Empire. Aetius les installe en Sapaudia23. Ce nom survit dans celui de la Savoie moderne, mais désigne cependant une autre réalité géographique : les recherches récentes définissent une aire comprise entre l'Ain, le Rhône, le Léman, le Jura et l'Aar (partie méridionale de la Maxima Sequanorum), voire un territoire s'étendant dans le bassin de l'Aar jusqu'au Rhin (cités de Genève, Nyon et Avenches)note 6. En Sapaudia, les Burgondes jettent les fondements de leur royaume et Rome s'assure ainsi d'un fort contingent de soldats en leur confiant la mission de contenir la pression des Alamans qui menaçaient les cités de Langres, Bâle et Besançon et de sécuriser l'axe Rhin-Rhône et les cols alpins, couloirs essentiels de circulation des Gaules vers Rome.

Dans cette nouvelle contrée, les guerriers burgondes s'installèrent dans les grands domaines selon le principe de l'hospitalité ; principe qui repose sur la répartition amiable et proportionnelle des biens-fonds entre les propriétaires et leurs hôtes. Le « sénateur » gallo-romain abandonnait une proportion considérable à son « hôte » : les deux tiers de ce qu'il cultivait, un tiers des esclaves et la moitié des vignes, des jardins et des boisnote 7.

Fondation du premier royaume de Bourgogne

Le royaume burgonde dans la deuxième moitié du Ve siècle

Les Burgondes servaient loyalement l'autorité romaine. En 451, ils avaient apporté leur concours à Aetius contre les Huns d’Attila aux Champs Catalauniques.

En 454, le patrice Aetius venait de tomber sous les coups de l'empereur Valentinien III. L'Empire romain d'Occident était à l'agonie. Sa fin était proche. Le peuple Burgonde dont le nom et la puissance allaient renaître allait se construire sur la faiblesse de l'Empire et s’étendre bientôt jusqu’à la Saône, sur Lyon et au-delà. Deux fils de Gondicaire, Gondioc et Chilpéric Ier, qualifiés tous deux de roi, conduisaient alors les destinées de la nation Burgonde. Gondioc avait sa cour à Lyon et Chilpéric Ier à Genève. « Les Burgondes avaient adopté un système successoral nommé par les modernes « tanistry ». Selon ce processus, les frères régnaient ensemble et le pouvoir passait à la génération suivante après la mort du dernier représentant de la génération précédente »24, jusqu'à ce que Gondebaud le transforme en régime de primogéniture.

À Ravenne, à la cour impériale, le patrice Ricimer – beau-frère de Gondioc, qui avait reçu pour épouse l'une des sœurs de celui-là –, tenait l'Empire. Ricimer gouvernait seul, faisant et défaisant les empereurs, les élevant, les renversant et leur ôtant la vie, selon qu'ils étaient utiles à son ambition ou qu'ils gênaient sa puissance.

Sans esprit de conquête, les deux rois burgondes entreprirent en 456 une expédition en Espagne en portant assistance au roi Wisigoths Théodoric II pour combattre les Suèves d’Espagne qui furent vaincus dans une bataille près d'Astorga.

L'alliance à la fois familiale et politique qui lia Gondioc et Ricimer fit la fortune des Burgondes et joua un grand rôle dans l'agrandissement de leur nation. Ricimer aux prises, dans les Gaules, à la rébellion d' Ægidius, le vengeur posthume des droits de Majorien, acheta leur concours par des concessions territoriales. Jusqu'à la mort de Ricimer, en 472, les Burgondes lui restèrent unis et Gondioc devint, en Gaule, l'homme de Ricimer. Pour prix de sa fidélité, Gondioc fut récompensé par Ricimer qui éleva, sous l'empereur Libius Severus, le roi burgonde au rang de « maître de la milice des Gaules » (Magister militum) et ajouta de nouvelles provinces à ses états. Par son titre de Magister militum Gondioc disposait des forces romaines dans les Gaules.

Gondebaud, un des quatre fils de Gondioc séjournait après de la cour impériale en 472. Avant de mourir en septembre 472, Ricimer avait obtenu de l’empereur Olybrius, pour Gondebaud, son neveu, la dignité de patrice25. Investi de ce titre, il porta Glycerius sur le trône de l'Empire d'Occident (3 mars 473).

Revêtus des plus hautes dignités romaines qui leur donnait le seul titre de légitimité auquel ils pouvaient prétendre sur leur sujets romains26, les rois Burgondes disposaient des pouvoirs civil et militaire conférés par les Romains dans le quart des Gaules. Mais, en fait, ils agissaient en véritables maîtres et parlaient en souverains. Faute de pouvoir se passer de leur puissance, le parent, l'ami et protecteur romain avait confié aux Burgondes la clé des Gaules pour l’Italie et de l’Italie pour les Gaules. La monarchie burgonde prolongeait au loin ses frontières sans violence au prix des concessions accordées. Gondioc mourut vers 463 ( ?) -473 ( ?) (Dates non sures27).

La mort de Gondioc permit à son frère cadet Chilpéric Ier (dit aussi Chilpéric l'Ancien) d’exercer seul le pouvoir. Il s'installa à Lyon. Profitant de la faiblesse de l'Empire, il poussa les frontières du royaume en direction de la Méditerranée, lui donnant sa consistance définitive, tout en échouant, en 476, devant le roi Wisigoth Euric à s'emparer des villes d'Arles et de Marseille28. Comme Gondioc, il avait reçu « maître de la milice des Gaules » qui lui donnait une légitimité aux yeux des Gallo-Romains. Conscient de la faiblesse numérique des Burgondes il veilla, comme l'avait fait son frère aîné, et comme le fera son neveu successeur, à maintenir le fragile équilibre et une bonne harmonie entre ses sujets Burgondes et ses sujets gallo-romains, préparant la voie d'une future fusion entre les deux communautés. Chilpéric Ier mourut probablement vers 476.

Naissance de la Burgondia

D’abord cantonnés en Sapaudia les Burgondes commencèrent par grignoter le territoire gaulois vers l’ouest. En 457, Gondioc et Chilpéric Ier saisirent une première occasion de pousser leurs frontières. Les Gaules s'agitaient entre partisans et adversaires de l'empereur Majorien que Ricimer venait d'asseoir sur le trône. Mais l’histoire de cette époque est toutefois si obscure qu’on ne peut suivre qu’imparfaitement les progrès territoriaux continus des Burgondes. Justin Favrod29 avance néanmoins comme une certitude la date de l’été 457 comme date à laquelle le Valais, la Tarentaise, les villes de Besançon, Chalon sur Saône, Langres, Autun, Grenoble ainsi que Lugdunum, la vieille capitale des Gaules, se livrèrent pacifiquement aux Burgondes30. « Les Burgondes occupèrent une partie de la Gaule et partagèrent les terres avec les sénateurs gaulois » écrit Marius d'Avenches, ou comme l'écrit Frédégaire : « [...], les Burgondes furent invités par les Romains ou les Gaulois qui habitaient la Lyonnaise à s'établir parmi eux avec femmes et enfants, pour leur permettre de ne plus pays le tribut à l'Empire31 ». Ægidius, le généralissime de Majorien en Gaule reprit aussitôt la capitale des Gaules mais il abandonna aux rois Burgondes leurs nouvelles terres. Lugdunum reviendra aux Burgondes vers 467 lorsque Chilpéric Ier s’en empara, comme il s’empara également à la même époque de la ville de Vienne. Il profita probablement des troubles qui secouèrent entre 469 et 475 un Empire d’Occident, alors à l'agonie, pour porter jusqu’à la Durance les limites de son royaume. Les villes de Viviers, Gap, Embrun, Die, Sisteron, Orange, Apt, Cavaillon, Avignon devinrent villes burgondes. L'empereur Népos reconnut leurs conquêtes.

Dès ce moment le royaume burgonde eut, ou peu s’en faut, les limites qu’il conserva dès lors. Ce territoire ne comprenait pas moins de vingt-cinq diocèses ou anciennes cités romaines32 : Auxerre, Langres, Besançon, Chalon sur Saône, Autun, Lugdunum, Genève, Windisch, Octodurum, (Martigny, C.H.), Vienne, Valence, Carpentras, Orange, Avignon, Cavaillon, Vaison, Gap, Embrun, Sisteron, Grenoble, Aoste, Die, Viviers, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Apt. Mais les Burgondes gagnent ou perdent incessamment du terrain. Marseille et son port, Arles et la Provence gagnés vers 484, et perdus après la guerre contre les Francs, conquêtes éphémères, auront un moment fait partie de leur territoire. À son apogée, les contours du royaume burgonde touchaient, au nord, la ligne des Vosges et la Durance au midi ; d’orient en occident, ils s'étendaient de l’Aar à la Saône et la Haute-Loire.

Ce fut le territoire soumis à cette royauté qui prit, une première fois, le nom de Burgondia33 dans une correspondance de Cassiodore et rédigée en 507 au nom de Théodoric le Grand.

La succession de Chilpéric Ier

Grégoire de Tours, nous fait connaître que Gondebaud avait trois frères. Il écrit34 : « Gondioc avait été roi des Burgondes : il appartenait à la famille d'Athanaric, le roi persécuteur de qui nous avons parlé ci-dessus. Il avait eu quatre fils : Gondebaud, Godégisèle, Chilpéric II (ou selon certains auteurs : Chilpéric le Jeune), et Godomar ». L'historien des Francs nous renseigne de façon formelle sur la mort violente réservée à Chilpéric II : « Gondebaud égorgea Chilpéric son frère et noya la femme de celui-ci en lui attachant une pierre au cou ». J. Favrod35 précise : « [...] mais il mourut selon toute vraisemblance avant son oncle (Chilpéric Ier (l'Ancien)), et ne régna pas ». Grégoire de Tours ne dit rien concernant Godomar. J. Favrod36, préfèrent simplement écrire que, vraisemblablement comme son frère, il mourut avant son oncle, et ne régna pas. Michèle Laforest, dans Clovis, un roi de légende37, écrit que « Godomar disparut sans laisser de traces. Carence des archives ou crimes parfait on ne saura jamais ». Déjà en 1739, Dom Plancher38, réfutait ce qu'il appelait « les inventions et fictions de quelques auteurs modernes » concernant les prétendues guerres civiles entre Gondebaud et Godomar et Chilpéric II et la bataille livrée devant Autun entre ces protagonistes.

À la mort de Chilpéric Ier, Gondebaud et Godégisèle se partagèrent la royaume.

Godégisèle en son royaume

Godégisèle, le cadet, reçut la partie nord du royaume. Les cités de Langres, Besançon, Chalon sur Saône, Autun, Genève et le Valais rentrèrent sous son autorité. Godégisèle installa sa capitale à Genève. L'aîné, Gondebaud, reçut la partie sud du royaume. Il installa sa capitale à Lyon. Au nord, pour maintenir l'intégrité de son royaume, le cadet fit face à la menace des incursions des Alamans qui poussaient leurs incursions dévastatrices sur les territoires de Langres ainsi que ceux de Besançon. Ils ont sans doute ruiné la cité langroise, occasionnant la fuite de l'évêque Aprunculus de la cité épiscopale et l'obligeant à se réfugier sous la protection des murs de Divio, (Dijon). Les Alamans allèrent, peut-être, dit J. Favrod, jusqu'à menacer Godégisèle dans sa capitale à Genève qui dû subir leur assaut.

Godégisèle, de croyance arienne, donna au sein du couple royal, les signes de l'entente qu'il souhaitait voir s'installer entre les ariens et les Gallo-Romains de confession catholique. La femme qu'il prit pour épouse, de confession catholique, Théodelinde, dont le nom suggère une origine alémanique ou franque rhénane, lui permet s'attacher l'adhésion des Gallo-Romains catholiques. La tolérance dont il fit preuve, permit à Théodelinde de fonder à Genève une église dédiée à saint Victor, un des martyrs de la légion thébaine.

Gondebaud en son royaume

Gondebaud
Roi des Burgondes
Façade d'une maison de la vieille-ville de Genève

Gondebaud avait reçu dix-huit cités pour héritage. Il fit de Lyon sa capitale. En 492, alors qu'une lutte farouche opposait Odoacre à Théodoric pour la prise de pouvoir en Italie, il entreprit, probablement accompagné de Godégisèle, une expédition dans la péninsule italienne dans le but de se procurer des esclaves pour la cultures des nouvelles terres39. Il pénétra dans la péninsule sans rencontrer de résistance et poussa son avance dans les provinces de Ligurie, de Lombardie, et même jusqu'en Emilie. Il y fit une moisson d'esclaves. Ils étaient plus de 6 000 à suivre sa marche de retour. À la suite de cette expédition, une ambassade composée des évêques Epiphane de Pavie et de Victor de Turin fut envoyée en 493 par Théodoric le Grand pour le rachat des prisonniers italiens. Cette ambassade fut l'occasion de conclure avec Théodoric une alliance qui fut scellée en donnant Ostrogotha, la fille de Théodoric, en mariage au fils aîné de Gondebaud, Sigismond. La même ambassade prit ensuite le chemin de Genève pour se rendre auprès de Godégisèle.

Bataille de Dijon

En 500 ou 501, le roi des Francs, Clovis Ier, à l'ambition non déguisée, joua des querelles intestines de la famille royale burgonde. Il répondit, à une sollicitation, (aux dires de Grégoire de Tours), de Godegisèle, frère de Gondebaud, qui lui avait promis sa soumission si le roi franc l'aidait à vaincre son frère afin de s'emparer de tout le royaume burgonde. Clovis leva alors une armée. Les trois armées, celle de Gondebaud, celle de Godegisèle et celle de Clovis, se rencontrèrent près de Dijon. La bataille se déroula presque sous les murs du castrum de Dijonnote 8. Le combat était à peine commencé que Godegisèle dévoila sa trahison et joignit ses troupes à celles de Clovis. Gondebaud, stupéfait et vaincu, poursuivi par l'ennemi, s'enfuit pour trouver une protection derrière les murs d'Avignon où l'ennemi arrêté, entreprit d'y mettre le siège. Les talents diplomatiques de Gondebaud, aidés par une alliance du roi wisigoth finirent par renverser la situation. Clovis leva le siège, peut-être sous la menace d'une attaque wisigothique. Après le départ des Francs, les représailles de Gondebaud à l'encontre de son frère ne tardèrent pas. En 501, il cerna le traître retranché dans Vienne et le tua40,41. L'année suivante, à la suite d'un accord signé entre les deux protagonistes sur la Cure (la rivière de Quoranda), le vaincu cède au roi des Francs la Champagne et l'Auxerrois. « Les histoires postérieures ont admis que le traité passé entre les deux souverains avait détaché du royaume burgonde la cité d'Auxerre amputée de la nouvelle cité de Nevers ; ce serait, à long terme, l'acte de naissance du Nivernais42 ». Gondebaud devint même l'allié de Clovis Ier. C'est peut-être même par l'intermédiaire de Gondebaud que Clovis s'entendit avec l'empereur d'Orient Anastase Ier43. À la faveur de ce traité la Burgundia jouit de la paix pendant plusieurs années. Gondebaud avait reconquis en un temps fort court un royaume qu'il avait presque entièrement perdu et devenait seul maître du royaume burgonde.

La Burgondie à son apogée

Par sa victoire sur son frère Godegisèle, Gondebaud devenait seul maître de la Burgondie. Pendant les seize années qui lui resta à vivre, il mena, comme ses prédécesseurs une politique prudente destinée à apaiser les tensions religieuses afin de maintenir le fragile équilibre entre les Burgondes et les Gallo-Romains, préparant ainsi une fusion en douceur des deux ethnies. Sa tâche était grande. Il fallait former un tout de deux ethnies, de langues, de mœurs et de civilisations différentes séparées par un fort antagonisme religieux. Il veilla particulièrement à l'application de la règle qui voulait que deux comtes, un romain et un burgonde soient en fonction dans chaque cité. Son souci de maintenir la concorde entre les ariens et les catholiques lui fit mener un jeu complexe de soutien ouvert à l'Église arienne et de faveurs cachées à l'Église catholique44. Il était arien et le resta malgré les efforts répétés d’Avit de Vienne pour le persuader de se convertir, mais Carétène son épouse, de confession catholique, avait fondé à Lyon une église dédiée à saint Michel où elle fut inhumée en 506. Le couple royal donnait l’exemple de l’entente entre ariens et catholiques. Par Carétène, l'adhésion et l'estime des grands lui étaient acquis. Le temps ou Sidoine Apollinaire qui ne cachait pas son dédain des Burgondes dans un poème célèbre45 était loin. L’évêque Patiens de Lyon, acceptait de partager ses repas avec Gondebaud et Avit de Vienne ne lui ménagea pas son soutien. Il lui donnait le titre de « roi très glorieux » et de « maître » (magister militum). Tolérant, Gondebaud ne mettait pas d'obstacle à la conversion des Burgondes ariens. Tout juste le voit-on protester lorsque Hymnémodenote 9, (Hymnémodus), fonctionnaire royal, se convertit en religion. Au sein de la famille royale se comptaient des enfants catholiques : Clotilde, la fille de Chilpéric II était catholique, sa sœur Crona se fit religieuse. Et Sigismond, le fils de Gondebaud se convertit au catholicisme à la voix d'Avit de Vienne vers 506. Les enfants de Sigismond, Suavegotha et Sigeric semblent avoir reçu une éducation catholique par Carétène leur grand-mère46.

Loi Gombette

Le désir de Gondebaud de rapprocher les deux ethnies burgonde et gallo-romaine et d'établir entre eux des rapports bienveillants se retrouvent dans la loi gombette qu'il fit promulguer au début des années 500 ; « aucun texte ne montre mieux la fusion de l'élément romain avec l'élément germanique47 ». Et Grégoire de Tours nous indique : « Gondebaud donna aux Burgondes des lois plus douces pour qu'ils n'oppriment pas les Romains »

Vers l'an 501-502, Gondebaud posa, avec l'aide de ses juristes les bases d'une législation à la fois civile et criminelle qui resta consignée dans son code célèbre qui fut désigné Lex Gumbata, ou Gundobada, ou encore lex Burgundionum, loi Gombette en souvenir de son promulgateur. En ces temps du haut Moyen-Âge, les lois s’attachaient à la personne, au domicile d’origine de chaque individu, sur quelque territoire qu’il lui plût de transférer sa résidence. Burgondes et Gallo-Romains qui cohabitaient en Burgondie, conservèrent des mœurs et des lois distinctes qui engendrèrent cette espèce de droit civil appelé droit personnel ou loi personnelle par opposition au droit territorial. Il y eut donc deux droits simultanément en vigueur. La loi Gombette fut constituée d'une mise en écrit des règles qui doivent être appliquées aux Burgondes, la lex Burgundionum (qui est à proprement parler la loi Gombette), et par celles qui doivent être appliquées entre un « Burgonde et un Romain », la lex Romana Burgundionum. Outre les articles propres aux crimes et délits, la loi Gombette établit le principe de l'« hospitalité » qui fixe les conditions d'installations des nouveaux venus et le mode de répartition des terres.

Article détaillé : Loi Gombette.

Le mariage de Clotilde

En politique extérieure Gondebaud chercha à s'assurer l'alliance des Francs. S'il n'est pas possible d'accorder du crédit au récit romanesque de l'enlèvement de Clotilde que nous a laissé Grégoire de Tours, le respect de l'exactitude historique nous autorise seulement à dire que Gondebaud offrit à Clovis Ier de lui donner sa nièce, Clotilde, fille de son frère Chilpéric II en mariage. Cette alliance matrimoniale eut-elle lieu avant ou après la bataille de Dijon ? Les difficultés que soulève la connaissance de la succession de certains événements ayant marqué tant le royaume burgonde que le règne de Clovis alimentent toujours les controverses entre les historiensnote 10.

Alliance avec les Francs

La victoire remportée par Clovis sur les Alamans à Tolbiac en 496note 11 en avait fait un prince redoutable. Fraîchement baptisé, sa conversion à la foi catholique le rendait dépositaire de la vrai foi et détenteur de la légitimité romaine. Son ambition était grande. Elle le poussait à s'étendre autant que ses forces le permettaient sous quelques motifs que ce soit. Clovis avait l'appui de l'Église et les prélats étaient hostiles à la royauté de Toulouse qui exilait les évêques. La lutte contre l'hérésie arienne du royaume toulousain d'Alaric II allait servir de prétexte à Clovis pour lancer la conquête. Au printemps 507 le roi franc se mit en campagne malgré les appels à la modération lancés par Théodoric le Grand. Gondebaud et Sigismond lui apportèrent leur concours. Poitiers fut le lieu de rendez-vous général des belligérants. Le corps détaché des Burgondes de Sigismond reçut la bénédiction de saint Avit et s'avança à travers les monts d'Auvergne et du Limousin. Le castrum d'Idunum, (aujourd'hui Dun-le-Palestel) et la cité de Brioude où ils pillèrent le sanctuaire de saint Julien, subirent les effets dévastateurs de leurs passages. Il fallut l'intervention d'Eptadius (saint Eptade du Morvan) auprès de Sigismond pour que les captifs d' Idunum, puissent recouvrer leur liberté48. À Vouillé, non loin de Poitiers, tout fut rapidement consommé, Alaric II trouva la mort de la main même de Clovis et l'immense territoire des Wisigoths tomba sous la domination du roi des Francs. La jonction des Francs et des Burgondes les amena en triomphateurs, au printemps 508, à Toulouse, la capitale d'Alaric. Clovis prit alors le chemin du retour mais la conquête n'était pas terminée. Le théâtre des hostilités de la campagne burgondo-franque se déplaça en Narbonnaise et en Provence que les Burgondes espéraient s'approprier. En 508, Gondebaud s'empara de Narbonne tenue par Gésalic, un fils bâtard d'Alaric II et Arles subit pendant plusieurs mois, sans céder, un rude siège des armées burgondo-franques. Théodoric le Grand libéré de l'agression, peut-être concertée avec Clovis et Gondebaud, que lui faisait subir l'empereur d'orient Anastase décida d'intervenir. Son général, Ibba, libéra Arles et Narbonne, infligeant de lourdes pertes aux troupes burgondes et franques et des renforts, passant par Montgenèvre, commandés par le général Mammo ravagèrent Orange et Valence. Gondebaud obtint la restitution d'Avignon et de Viviers49 mais la Provence resta en possession de Théodoric, brisant définitivement l'espoir des Burgondes d'atteindre les rives de la Méditerranée.

Article détaillé : Gondebaud.

Sigismond, roi des Burgondes

Gondebaud décéda en 516. Il avait placé son royaume sur le chemin de la paix et de la prospérité. Les partis politiques et religieux s'étaient apaisés sous son administration prudente et ferme. Dix ans, à peine, suffirent à son fils aîné Sigismond, qui hérita seul, sans son frère Godomar, du royaume, pour l'amener à sa perte. Sigismond avait épousé vers l'an 493 ou 494 Ostrogotha, la fille arienne du roi d'Italie Théodoric le Grand, renforçant l'influence arienne à la cour de Gondebaud. Ostrogotha lui donna un fils nommé Sigéric. Sigismond, comme son père, avait reçu de l'empereur d'Orient Anastase, le titre de patrice et se tenait très honoré de cette dignité. Gondebaud l'avait associé au trône50,51 en le faisant couronner à Carouge, lui donnant à gouverner la partie du royaume burgonde, qui comprenait l’Helvétie occidentale et la Séquanie. Comme Godégisèle, Sigismond avait Genève pour capitale.

Sigismond dans la foi catholique

Sigismond avait adopté la foi d'Avit de Vienne, qui fut son précepteur. Le prélat lui manifestait une grande affection et Sigismond s'était converti vers 506 à religion catholique provoquant un renversement d'alliance au profit des Francs et au détriment des Goths ariens. Un an avant la mort de Gondebaud, Sigismond manifesta sa dévotion en fondant, en 515, dans le Valais la grande abbaye royale d'Agaune dédiée à saint-Maurice et ses compagnons, martyrs de la légion thébaine qu'il dota de biens immenses. Saint Avitus, alors métropolitain du Valais présida la cérémonie de la dédicace. Son premier soin, en accédant au pouvoir, fut de convertir au catholicisme ses deux enfants Suavegotha et Ségéric52. Voulant se rapprocher des Francs, il donna sa fille Suavegotha en mariage à Thierry Ier, le fils aîné de Clovis. En 517 Sigismond fit convoquer un concile à Épaone, (aujourd'hui identifiée comme étant Saint-Romain d'Albon), destiné à régler des questions relatives aux relations entre catholiques et ariens. L'esprit d'intolérance se faisant jour dans les propositions des prélats, Avit se vit obliger de modérer le zèle de ses collègues.

Sigismond s'aliène les évêques

En fervent catholique, Sigismond pouvait compter sur l'appui et la sympathie de tous les prélats catholiques mais il commit une première maladresse. Il voulut maintenir sa prérogative royale contre le haut clergé dans une affaire d'un mariage considéré comme illicite qui valut une excommunication à Stéphanus, le haut fonctionnaire qui avait contracté le mariage. Sigismond intervint vigoureusement auprès des évêques pour demander la levée de la sanction. L'épiscopat refusa et confirma la sentence d'excommunication. Sigismond fut obligé d'accepter la décision. Il s'était aliéné le soutien de ceux sur lesquels il pouvait le plus compter.

Le crime de Sigismond

Un funeste événement allait entraîner la perte de Sigismond et provoquer la chute du royaume. En 522, le roi burgonde accorda du crédit aux propos calomnieux répandus par sa seconde femme à l'encontre de Sigéric, le fils de sa première femme. Il le fit mettre à mort en l'étranglant dans son lit. Le crime de Sigismond était grand, c'était à la fois un infanticide et une grave faute politique. Déchiré par les remords il prit le chemin du monastère de saint-Maurice d'Agaune où il s'humilia pour y expier son crime. Une tempête de réprobations s'abattit sur Sigismond. Les grands du royaume étaient indignés, Sigismond perdit leur soutien ; il s'était totalement isolé. Il pouvait s'attendre à des représailles. Le danger pouvait venir du roi d'Italie Théodoric le Grand qui ne pouvait pas laisser le crime de son petit-fils impuni. Mais c'est du sein de ses alliés francs que vint le châtiment. Le roi de la région d'Orléans, Clodomir Ier, le premier fils de Clovis Ier et de Clotilde prit le roi d'Italie de vitesse.

La vengeance de Clodomir

Grégoire de Tours nous dit53 que Clotilde excitait ses enfants à venger contre les Burgondes le meurtre de ses parents par Gondebaud. Mais les historiens s'interrogent sur la véracité de ce récit. S'ils admettent bien qu'une vengeance de femme est à l'origine de la guerre, ils s'interrogent sur la raison de cette revendication tardive : Gondebaud, l'auteur du crime contre ses parents, est mort depuis six ans et Clotilde avait toute latitude, du vivant de Clovis, son puissant mari, pour l'exhorter à s'en charger et, par ailleurs, Clotilde entretenait d'excellentes relations avec Sigismond. Les bases de l'étude effectuée par l'historien Maurice Chaume « qui avance quelques indices convaincants, et dont l'explication, même si elle n'est pas démontrée, s'avère si séduisante qu'il n'en a pas de meilleure à proposer », permettent à Justin Favrod de soutenir une autre thèse54. Clodomir était marié à une burgonde nommée Guntheuca. Cette burgonde, de sang royal, puisqu'à la mort de Clodomir, Clotaire, son frère, l'épousa aussitôt, serait une descendante de Godégisèle. Elle serait, selon cette hypothèse, la fille d'un fils de Godégisèle qui fut comme son père et son autre frère, décapité par Gondebaud après la prise de Vienne en 501. C'est Guntheuca qui aurait appelé à la vengeance. Grégoire de Tours, se serait tout simplement trompé de reine.

Clodomir partit seul combattre les Burgondes55. Ces derniers, sans doute peu motivés à soutenir Sigismond, furent vaincus. Sigismond s'enfuit vers l'abbaye de saint Maurice d'Agaune pour y trouver asile, poursuivit par ses propres sujets, qui se joignirent aux Francs56. Découvert alors qu'il s'était revêtu d'un habit de moine, il fut pris et livré à Clodomir en 523. Sa femme et ses enfants, sans doute réfugiés à Lyon, furent mis entre ses mains, preuve d'une vaste conjuration, ajoute J. Favrod57. Clodomir amena ses prisonniers près d'Orléans. La prédiction d'Avitus d'Orléans le mettant en garde qu'il subirait le même sort s'il les faisait mourir, n'entama pas sa résolution. Il les fit mettre à mort en les précipitant dans un puits à Saint-Péravy-la-Colombenote 12.

Bataille de Vézeronce

Les Burgondes s'étaient ressaisis mais ils étaient affaibli. Le frère de Sigismond, Gondemar avait été proclamé roi. Le moment sembla propice aux héritiers de Clovis Ier. Si Thierry, le fils aîné de Clovis, se garda d'aller combattre contre son beau-père58, Clodomir, Childebert et Clotaire lancèrent leurs troupes sur les Burgondes. Les armées se rencontrèrent à Vézeronce59. Le premier choc fut favorable aux Francs mais Clodomir s'éloigna des siens et fut reconnu par les Burgondes qui s'en emparèrent et le mirent à mortnote 13,note 14. Il lui coupèrent la tête qu'ils présentèrent en trophée sanglant aux troupes franques. La vue de ce trophée répandant le désordre et l'effroi dans les rangs des Francs signa leur défaitenote 15. Théodoric le Grand tenait toujours à laver son honneur. Il envoya Tuluin, son général se poster au-dessus des Alpes en observateur des événements. La défaite des Francs consommée, il s'offrit son tribut, fruit de sa passivité en prenant possession de toutes les cités situées au sud de l'Isère. Gap, Apt, Cavaillon, Carpentras, Orange, Sisteron, Embrun, furent abandonnées au roi d'Italie.

De cette victoire sur les Francs, la Burgondie gagna dix ans de survie.

Mort du royaume burgonde

Les dernières lois burgondes témoignent d'un état de guerre et de perturbation des rapports sociaux résultant d'un état de guerre avec les Francs. En 532 ou 533, les frères de Clodomir, Childebert et Clotaire décidèrent d'en finir et reprirent la guerre. Ils demandèrent l'aide de Thierry qui refusa de s'associer à leur entreprise. Godomar résista, se retrancha dans Autun. Les Francs assiégèrent la ville pendant un an60 qui finit par tomber. Godomar s'enfuit, mais les Francs, sans doute échaudés par cette résistance opiniâtre, ne poussèrent pas plus avant leur conquête. C'est alors que Thierry mourut. Son fils aîné Théodebert Ier qui lui succéda, issu du premier mariage de Thierry61, n'était pas lié aux Burgondes par des liens de parenté. Il accepta en 534 de se joindre à ses oncles dans une campagne qui s'avéra décisive et qui mit fin au royaume burgonde. Les rois francs se partagèrent le royaume. Théodebert Ier reçut les cités du nord : Langres, Dijon, Besançon, Nevers, Autun, Chalon sur Saône, Windisch et le Valais. Childebert reçut Lyon, Vienne, Genève et Grenoble et Clotaire reçut probablement la majorité des villes comprises entre l'Isère et la Durance62. Les Burgondes n'opposeront pas de résistance soutenue face aux Francs et Ils purent garder un temps leurs lois et leurs coutumes.

Une certaine obscurité règne sur le sort ultérieur du second fils de Gondebaud. Certains prétendent qu'il fut tué, d'autres qu'il aurait été fait prisonnier, d'autres encore qu'il se serait réfugié auprès des Wisigoths. J. Favrod écrit qu'il parvint à se sauver et qu'il passa le reste de sa vie comme simple particulier en Burgondie63.

Naissance de la Bourgogne

Malgré l'effondrement de la dynastie burgonde et la victoire définitive des fils de Clovis, la cohésion entre les deux ethnies burgonde et gallo-romaine, née des actions pacificatrices et unificatrices des rois burgondes avait fait naître un particularisme et un état d'esprit bourguignon que le temps s'éteindra pas. Sous le sceptre mérovingien la Bourgogne demeura. Le royaume burgonde s'était évanoui mais la Bourgogne était née. Elle porte dans son nom le souvenir de ce premier royaume.

Religion

Les Burgondes changent, en 369, de religion et adoptent une royauté héréditaire comme les autres peuples germaniques. Les Burgondes sont convertis à la forme arienne du christianisme. Ils ont dû se convertir lors de leur arrivée sur le Main, car ils se trouvent non loin des Vandales. En 453, lorqu'ils arrivent dans la vallée du Rhône, ils sont ariens. Cependant, à l'époque D'Ammien, ils sont encore païens puisqu'ils ont encore un grand prêtre. L'empire va prendre la doctrine catholique et va considérer les Germains comme hérétiques. Cette situation deviendra une source de difficulté. Il n'y a aucune information sur l'ancien polythéisme des Burgondes. Cependant, quelques rites magiques subsistent à leur christianisation. La loi de Gombette mentionne la persistance de magiciens. Toutefois, ceux qui arrivent sur le Léman sont chrétiens, de confession arienne. Ils disposent d'un clergé avec des monastères, des prêtres et des évêques. La messe est dite en langue germanique. L'arianisme est un moyen de montrer son appartenance au peuple burgonde. Les mariages entre catholiques et ariens sont fréquents. Seul les tombes des femmes sont identifiables car les hommes ne se font pas inhumer tout équipés. On peut identifier les femmes car elles portent des parures et fixent leur robes à l'aide de fibules qu'elles accrochent au niveau du bassin.

Portrait des Burgondes

Voici comment les Burgondes sont décrits par Sidoine Apollinaire, un noble Arverne pétri de culture latine, en 469 :

« Qui ? moi chanter l'hymen en vers fescennins quand je vis au milieu des hordes chevelues, assourdi par les sons de la langue germaine, obligé d'avoir l'air de louer quelquefois ce que chante, bien repu, le Burgonde aux cheveux graissés d'un beurre rance ? Veux-tu savoir ce qui brise ma lyre ? Effrayée par les rauques accents des Barbares, Thalie dédaigne les vers de six pieds depuis qu'elle voit des patrons qui en ont sept. Heureux tes yeux, heureuses tes oreilles, heureux même ton nez ! car il ne sent pas dix fois le matin l'odeur empestée de l'ail ou de l'oignon. Tu n'as point à recevoir avant le jour, comme si tu étais le vieux père de leur père, ou le mari de leur nourrice, ces géants auxquels suffirait à peine la cuisine d'Alcinoüs. Mais ma muse se tait et s'arrête, après ce petit nombre d'hendécasyllabes, de peur que, dans ces vers badins, quelqu'un n'aille trouver encore une satire.
(Carmina XII.) »

Liste des rois burgondes

Liste des rois burgondes
Les données concernant les rois burgondes sont très incertaines
Le roi Gondebaud, dans la loi Gombette :
TITRE III, De la liberté de nos esclaves, cite les noms de ses aïeux « de royale mémoire » :
Gibica, Godomar, Giselher (ou Gisclar-Gislahar), Gundahar (ou Gondicaire-Gondichaire)
En Germanie
Gibica ?
Ancêtre historique ou mythique des rois burgondes
Godomar ? Giselher (Gislahar) ? Gundahar (nom latin : Gondicarius) ?
Ont-ils régné en même temps ou l'un après l'autre ?
Royaume de Worms ?
Gondichaire († vers 450 ?)
Installation en Sapaudia, (région de Genève)
et expansion du royaume : vallées Rhône, Saône et Alpes (Future Burgondie)
Gondioc († vers 463 ?) Chilpéric Ier († vers 476 ?)
Chilpéric Ier seul († vers 476 ?)
Pas de postérité masculine
Quatre fils de Gondioc
Godomar II
(† date inconnue : avant 476. Ne règne pas64)
Chilpéric II
(† date inconnue : avant 476. Ne règne pas65)
Père de Clotilde
Godégisèle Gondebaud
Godégisèle († 500) Gondebaud († 516)
Gondebaud seul († 516)
Gondebaud († 516) Sigismond
Sigismond († 523)
Godomar III
(† date inconnue ; après 534)
Chute et fin du royaume. Partagé entre les rois Francs

Annexes

Références

  1. Germains orientaux
  2. M. Chaume, Le sentiment national bourguignon : de Gondebaud à Charles le Téméraire, Dijon, 1922.
  3. Escher K., Les Burgondes, éditions Errance, Paris, 2006, p. 7-8.
  4. Jordanès, Histoire des Goths, ch. IV.
  5. Revue du Lyonnais, Tome XXI, 1860, p. 346.
  6. Justin Favrod p. 18.
  7. Éloge de Maximien Hercule, en 292.
  8. Roget de Belloguet, Questions Bourguignonnes, p. 73.
  9. Justin Favrod, Les Burgondes, p. 19.
  10. Justin Favrod, p. 18.
  11. Justin Favrod, p. 18.
  12. Zozime, Histoire romaine. Labeau, Histoire du Bas-Empire, T. V, p. 267, r. 4, 1826.
  13. Mamertin, Panégyrique de Maximien Hercule prononcé à Trèves en 287.
  14. Questions Bourguignonnes, p. 73.
  15. Photius, Bibliothèque (IXe s.), p. 183, trad. du grec, Les Belles Lettres.
  16. Olympiodore le nomme ainsi en 411, Prosper Tiro lui donne le titre de rex en 436. Voir Alain Merchandisse p. 79.
  17. Ou encore Gundahar, ou Gundicar, ou Gonthaire.
  18. Il n'est pas certain que Gondicaire (Gundahar) ait quitté, à cette époque, son titre de chef pour l'élévation à la royauté.
  19. Roget de Belloguet, Questions bourguignonnes, p. 107.
  20. La loi Gombette dans laquelle Gondebaud nomme ses propres ancêtres et cite Gibica et Gondicaire (Gundahar) comme ses aïeux et ses prédécesseurs.
  21. Saint Prosper.
  22. Justin Favrod , p. 50.
  23. Sapaudia, le « Pays des Sapins ».
  24. Justin Favrod p. 22.
  25. Annales Francs-comtoises.
  26. Alain Merchandisse p. 81.
  27. Les historiens ne s’accordent pas sur l’année de la mort de Gondioc. Justin Favrod p. 64. donne la date de 463 comme date du décès de Gondioc. Katalin Escher in Genèse et évolution du deuxième royaume burgonde (443-534), V. 2, P. 773, indique : « à une date indéterminée après 463 ».
  28. Sidoine Apollinaire, en exil à Bordeaux, (Lettre IX), évoque les ambassadeurs burgondes prosternés devant Euric. « Sidonius à son cher Lampridius, salut. [...], Ici le Burgonde, haut de sept pieds, fléchit souvent le genou, et demande la paix. »
  29. In : Justin Favrod p. 61.
  30. Marius d’Avenches « les Burgondes occupèrent une partie de la Gaule et partagèrent les terres avec les sénateurs gaulois ». In Alain Merchandisse p. 82, r. 24. : avec cette précision : « probablement dès 457 ».
    On retrouve également une indication de date (différente), concernant leur expansion vers le nord : in Jean Marilier p. 27. qui donne comme indication de date « vers 475 », comme date d'occupation de Dijon par les Burgondes, en précisant que les territoires que tenait Gondebaud dépendaient des diocèses de Langres, Auxerre, Autun, et Chalon sur Saône.
  31. Frédégaire, Chroniques, II, 46.
  32. Les signatures des évêques portées sur les éditions du Concile d'Épaone, tenu sous Sigismond en 517, sont au nombre de vingt-cinq.
  33. On cite généralement comme premier exemple de ce terme entendu au sens géographique une lettre conservée dans la célèbre correspondance de Cassiodore et rédigée en 507 au nom de Théodoric le Grand. Dans ce texte, Burgundia désigne expressément le royaume des Burgondes. In H. Drouot et J. Calmette, Histoire de Bourgogne, p. 57.
    Reinhold Kaiser, auteur de L'Entourage des rois du Regnum Burgundiae, dans Alain Merchandisse p. 80., indique que le nom de Burgundia employé dans la lettre de Théodoric le Grand de 507 ne désigne que les Burgondes et n'apparaît comme terme territorial qu'à propos de la conquête du royaume par les Mérovingiens en 534 chez Marius d'Avenches et plus tard chez Grégoire de Tours.
  34. Grégoire de Tours, Historia francorum, Livre II, § XXVIII, traduction Robert Latouche, cité dans Les Classiques de l'histoire de France au Moyen Âge, volume 27, p. 116-117.
  35. Justin Favrod, p. 74
  36. Justin Favrod, p. 74
  37. Michèle Laforest, p. 148
  38. Urbain Plancher, Histoire générale et particulière de Bourgogne, p. 38-39.
  39. Justin Favrod, p. 80-82
  40. Selon Guichard, dans Essai sur l'histoire du peuple Burgonde, p. 258, la prise de Vienne eut lieu en 501. D'après Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs, les troupes de Gondebaud auraient pénétré dans la ville de Vienne par les canalisations d'un aqueduc.
  41. Il aurait également noyé dans le Rhône, Théodelinde, l'épouse de Godegisèle, et décapité ses deux fils. Seules les deux petites-filles de Godegisèle, Guntheuca et Sédéleubeude auraient été épargnées. Voir Justin Favrod, p. 87
  42. Jean Richard, p. 94
  43. Jacques Marseille, p. 61
  44. Reinhold Kaiser, p. 90
  45. Carmina XII
  46. Reinhold Kaiser, p. 90
  47. Mémoires lus à la Sorbonne - De la famille chez les Burgondes, par Valentin Smith, 1864, p. 2 et 3
  48. Selon un passage de la Vie de saint Eptadius
  49. Justin Favrod, p. 99
  50. Frédégaire, Histoire des Francs, « Sigismond, fils de Gondebaud est élevé au trône par ordre de son père, auprès de la cité de Genève ».
  51. Vers 504 ou 505 écrit J. Favrod, in Les Burgondes, p. 94. En 513, selon La vie de saint Sigismond, des Petits Bollandistes
  52. J. Favrod, p. 106
  53. « il ne faudrait pas mes très chers, que je me repente de vous avoir nourris tendrement, manifestez, je vous prie, de l'indignation pour l'outrage que j'ai subi, et vengez la mort de mon père et de ma mère avec une sagace ténacité » Ce sont les termes que Grégoire de Tours met dans la bouche de Clotilde pour raconter l'origine de le conquête du royaume burgonde. Grégoire de Tours, Historia Francorum, Livre III, paragraphes VI et XI, traduction Robert Latouche, Les classiques de l'histoire de France au Moyen-Âge, volume 27, p. 146-147 et 152, in La Bourgogne au Moyen-Âge, Académie de Dijon, Centre régional de recherche et de documentation pédagogique, Dijon, 1972, p. 17.
  54. J. Favrod, p. 114
  55. Clodomir, héritier du royaume d'Orléans avait des visées d'expansion vers les importantes possessions de Sigismond ? Voulut-il profiter de ces circonstances pour faire valoir des droits sur le royaume burgonde ? Jean Richard, in Histoire de la Bourgogne, p. 95. C'est la question que se pose l'auteur sans pouvoir en apporter la réponse. J. Richard ne se tient pas strictement à la version rapportée par Grégoire de Tours de la vengeance de la reine Clotilde pour l'assassinat de ses parents par son oncle Gondebaud.
  56. La vie de saint Sigismond, des Petits Bollandistes
  57. J. Favrod, p. 115
  58. D'après Grégoire de Tours, Thierry épousa une princesse burgonde, fille du roi Sigismond, qu'il ne nomme pas mais que l'on identifie communément à une certaine Suavegotha regina (Suavegothe).
  59. Grégoire de Tours et Agathias donnent des indications sur cette bataille.
  60. J. Favrod, p. 125
  61. Voir Thierry, section : sa famille.
  62. J. Favrod, p. 128
  63. J. Favrod, p. 127
  64. Justin Favrod, p. 74
  65. Justin Favrod, p. 74

Notes

  1. Maurice Chaume, historien de la Bourgogne du Moyen-Âge
  2. Sous le troisième consulat de Valentinien Ier et de Valens précise Ammien Marcellin
  3. Ne pas confondre Goar, chef alain, avec Saint Goar, ermite d'Aquitaine.
  4. Alors dit Orose, « on vit ces hommes, jusqu'alors farouches et cruels, devenir doux et humains, traitants les indigènes non plus en ennemis vaincus mais en frères. Comme les Goths, les Burgondes étaient ariens ».
  5. Cette hérésie remontait au siècle précédent. Elle voyait dans la Trinité trois substances hétérogènes l'une à l'autre : le Père seul est éternel et mérite vraiment le nom de Dieu, le Fils est la première des créatures, le Saint-Esprit est aussi une créature, mais inférieure au Fils. L'arianisme était incompatible avec la Doctrine chrétienne exprimée dans les Actes du premier concile œcuménique, celui de Nicée (325) où fut rédigé le Credo catholique, le Symbole de Nicée. L'arianisme y fut condamné. In Jean Marilier, Histoire de l'Église en Bourgogne, Éditions du Bien Public, Dijon, 1991, p.27.
  6. Les discussions sur la localisation et l'étendue de la Sapaudia sont évoquées dans Justin Favrod p. 44-47., voir également Alain Merchandisse p. 79, r. 9.
  7. Justin favrod in Justin Favrod p. 49. explique, en s'appuyant sur l'étude réalisée par l'historien Walter Goffart en 1980, que se partage, qui s'apparente à une confiscation n'a, curieusement, pas donné lieu à des révoltes ou des soulèvements. L'explication résiderait dans le fait que lorsque les auteurs anciens parlent d'un partage de terres et d'esclaves, il s'agirait, selon les conclusions de l'historien, d'un partage des impôts sur les terres et les esclaves. S'il y avait eu un partage effectif des domaines, dit J. Favrod, les Burgondes auraient dû se répartir sur l'ensemble de la Sapaudia.
  8. En prenant en compte tout un faisceau d'indications précises fournies par les chroniques, l'auteur nous indique que cette bataille a dû se dérouler près de Saint-Apollinaire « environ à deux milles du castrum de Dijon » selon J. Marilier, in Histoire de la Côte-d'Or, chapitre Le Moyen Âge, p. 115. L'auteur cite comme source Les miracles de saint Apollinaire, texte du Xe siècle, éd. Acta sanctorum, juillet, V, p. 353.
  9. Hymnémode (saint Hymnémode), sera religieux du monastère de Grigny. Il quitta ce monatère en 515, sur la demande des évêques du concile d'Agaune (515 ?), qui l'instituent abbé du monastère d'Agaune nouvellement fondé par Sigismond.
  10. La conclusion tirée en 1963 par le traducteur de l'Histoire des Francs, semble toujours valable, écrit Michèle Laforest in Clovis, un roi de légende, : « Il y a lieu de maintenir pour cette victoire de Clovis (Tolbiac, aujourd'hui Zülpich), et son baptême la date traditionnelle de 496 ». La date traditionnelle du mariage serait l'année 493. Ce sont les dates du mariage, de la victoire de Tolbiac et du baptême qui font aujourd'hui l'objet de controverses. Justin Favrod, in Les Burgondes, un royaume oublié au cœur de l'Europe, soutient la thèse de l'historien belge d'André Van de Vyver, qui a démontré que la chronologie traditionnellement admise était « irrémédiablement contredite par des témoignages contemporains ». Maurice Chaume, historien de la Bourgogne du Moyen-Âge avait apporté, « dans une étude posthume parue en 1947 de nouveaux arguments décisifs », écrit-il. J. Favrod ajoute : « Il convient de suivre une autre chronologie : en 500, Clovis attaque les Burgondes. L'année suivante, il épouse la princesse Clotilde. Ce n'est qu'en 506 qu'il vainc les Alamans à Tolbiac et qu'il reçoit le Baptême. [...] ».
  11. L'année 496 paraît en effet plausible, écrit Laurent Theis, in Clovis : De l'histoire au mythe, mais la difficulté vient de l'interprétation d'une lettre de Théodoric à Clovis, datant de la fin de 506 ou du tout début de 507, faisant allusion à une victoire écrasante de Clovis sur les Alamans qui se sont réfugiés en Rhétie, dont le roi a péri, et que le roi d'Italie a prit sous sa protection. Cette lettre peut-elle faire allusion à des événements remontant à dix ans, ou doit-on supposer qu'une autre guerre contre les Alamans, se concluant elle aussi par la mort d'un roi, a eu lieu en 506 ? Longtemps repoussée, cette solution, accréditée par la recherche archéologique, est aujourd'hui plus facilement acceptée.
  12. « Clodomir », dit Grégoire de Tours, « se disposant à marcher de nouveau contre les Bourguignons, résolut de faire mourir Sigismond. Le bienheureux Avitus, abbé de Saint Mesmin de Micy, à deux lieues environ d'Orléans, prêtre fameux dans ce temps-là, lui dit à cette occasion : — Si, tournant tes regards vers Dieu, tu changes de dessein, et si tu ne souffres pas qu'on tue ces gens là, Dieu sera avec toi, et tu obtiendras la victoire ; mais si tu les fais mourir, tu seras livré toi-même aux mains de tes ennemis et tu subiras leur sort : il arrivera à toi, à ta femme et à tes fils ce que tu auras fait à Sigismond, à sa femme et à ses enfants. Mais Clodomir, méprisant cet avis, répondit à Avitus : — Ce serait une grande sottise de laisser un ennemi chez moi quand je marche contre un autre : car l'un m'attaquerait par derrière, et l'autre de front, et je me trouverais jeté entre deux armées. La victoire sera plus sûre et plus facile si je les sépare l'un de l'autre. Le premier une fois mort, il sera aisé aussi de se défaire du second ». Il livra donc au glaive Sigismond, avec sa femme et ses deux fils, et les fit jeter dans un puits, près de Coulmiers, village du territoire d'Orléans (524).
  13. . Grégoire de Tours raconte la mort de Clodomir en ces termes :
    « [...]. Or, tandis que Godomar tournait le dos avec son armée et que Clodomir qui le poursuivait, s'était écarté des siens à une grande distance, les adversaires contrefaisant son signe (de ralliement) lui crient : "tourne toi par ici ! dirent-ils car nous sommes tes hommes". Mais, lui, leur ajoutant foi, partit et se jeta au milieu des ennemis. Sa tête fut coupée et on l'éleva en l'air fixée à une lance. Ce que voyant, les Francs, qui reconnaissaient Clodomir tué, mettent en fuite Godomar après s'être ressaisis, écrasant les Burgondes. et soumettent le pays à leur domination... De nouveau Godomar récupéra son royaume ...
    In Grégoire de Tours, Historia Francorum, Livre III, paragraphe VI et XI, traduction Robert Latouche, Les classiques de l'histoire de France au Moyen-Âge, volume 27, p. 146-147 et 152, in La Bourgogne au Moyen-Âge, Académie de Dijon, Centre régional de recherche et de documentation pédagogique, Dijon, 1972, p.17-18, r. 9. »
  14. La bataille de Vézeronce avait été en réalité une victoire de Godomar sur les Francs et le royaume burgonde dura encore dix ans
  15. Même si cette défaite est niée par Grégoire de Tours toujours entraîné par son parti pris pour les Francs.

Sources bibliographiques

Sources historiographiques

Sources littéraires

  • (fr) Sidoine Apollinaire, Œuvres, éd. et trad. par A. Loyen, Paris, Belles Lettres, 19760-1970 (3 vol.).

Ouvrages sur la période

  • (fr)Urbain Plancher, Histoire Générale et particulière de Bourgogne, Dijon, 1739 
  • (fr)Dominique-François-Louis Roget, Questions bourguignonnes, ou Mémoire critique sur l'origine et les migrations des anciens Bourguignons, et sur les divers peuples, royaumes ou contrées qui ont porté leur nom, Dijon, 1846 
  • (fr)Katalin Escher, Les Burgondes : Ie-VIe siècle apr. J-C, Éditions Errance, coll. « Civilisations et cultures », 2006 (ISBN 2-87772-325-9) 
  • (fr)Odet Perrin, Les Burgondes : Leur histoire, des origines à la fin du premier Royaume (534), Éditions de la Baconnière Neuchâtel, 1968, 590 p. 
  • (fr) Jean Marilier, Histoire de l'Église en Bourgogne, Éditions du Bien Public, 1991 (ISBN 2-905441-36-4) 
  • (fr) Jean Richard, Histoire de la Bourgogne, Éditions Privat, 1988 (ISBN 2-7089-1680-7).
    Collectif, sous la direction de J. Richard : Joseph Joly, Roland Martin, Jean Marilier, Pierre Quarré, Daniel Ligou, Pierre Lévêque, François Caron
     
  • (fr) Alain Merchandisse et Jean-Louis Kupper, À L'OMBRE DU POUVOIR. Les entourages princiers au Moyen-Âge, Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l'Université de Liège, 2003 (ISBN 2-870-19-283-5).
    Études réunies par Alain Marchandisse . Étude sur l'entourage des rois du Regnum Burgundiae faite par Reinhold Kaiser
     
  • (fr) Jean-Pierre Leguay, L'Europe et les États barbares, Ve-VIIIe siècles, Saint-Étienne, France, 2002 (ISBN 2-7011-3254-1)
  • (fr) P. Périn & G. Duchet-Suchaux, Clovis et les Mérovingiens, P. Périn & G. Duchet-Suchaux, Paris, France, 2002 (ISBN 2-235-02321-5)
  • (fr)Michel Rouche, Clovis, Éditions Fayard, 1996 (ISBN 2-213-59632-8) .
  • (fr) Michèle Laforest, CLOVIS, un roi de légende, Albin Michel, 1996 (ISBN 2-226-08714-1) 
  • (fr) Jacques Marseille, Journal de Bourgogne, Larousse, 2002 (ISBN 2-03-575104-7) 
  • (fr) Jean Prieur, Aimé Bocquet, Michel Colardelle, Jean-Pierre Leguay, Jean Loup, Jean Fontanel, La Savoie des origines à l'an mil, Rennes, 1983 (ISBN 2858824959)

Voir aussi

Liens externes

Articles connexes


 
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