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{revue}
Bertolt Brecht et Hanns Eisler en 1950.
Le Brecht-Denkmal de Fritz Cremer devant le Berliner Ensemble.
Bertolt Brecht (né Eugen Berthold Friedrich Brecht le 10 février 1898 à Augsbourg, en Bavière - 14 août 1956 à Berlin-Est) était un dramaturge, metteur en scène, critique théâtral et poète allemand du XXe siècle.
JeunesseBertolt Brecht est d'origine bourgeoise, fils d'un père catholique, dirigeant d'une fabrique de papier, et d'une mère protestante. Il commence à écrire très tôt (son premier texte est publié en 1914) et entame des études de philosophie puis de médecine à Augsbourg. En 1918, à vingt ans, il est mobilisé à la fin de la Première Guerre mondiale comme infirmier. L'horreur de la guerre aura comme pour les surréalistes français, une grosse influence sur lui. La même année, il écrit sa première pièce, Baal, dans un style lyrique qu'il délaissera par la suite. Il chante des écrits pacifistes à Augsbourg puis à Munich et rompt les liens qui l'attachaient encore à sa famille. Suivent les pièces Tambours dans la nuit en 1919 qui lui vaut le prix Kleist en 1922, Spartacus et Dans la jungle des villes. Ces trois premières œuvres montrent son côté anarchiste. Il est alors très influencé par Erwin Piscator ou Max Reinhardt. Il est engagé comme conseiller littéraire en 1923 à Munich puis à Berlin en 1924, il rejoint le Deutsches Theater de Max Reinhardt, avec l'actrice Hélène Weigel, qui monte ses pièces. La même année, Elisabeth Hauptmann devient sa maîtresse et son « nègre ». Viennent ensuite Homme pour homme(1927) et Grandeur et décadence de la ville de Mahagony. Ces pièces provoquent une polémique, jusqu'en 1928 où il crée L'Opéra de quat'sous (musique de Kurt Weill), un des plus grands succès théâtraux de la république de Weimar qui à cause d'un malentendu lui assure le succès. La montée du nazismeIl épouse Hélène Weigel, et devient marxiste. L'arrivée au pouvoir des nazis les force à quitter l'Allemagne en février 1933, après que leur domicile a été perquisitionné1. L'œuvre de Brecht est interdite et brûlée lors de l'autodafé du 10 mai de cette même année. Il parcourt l'Europe, et en juin 1933 s'installe au Danemark (à Svendborg à partir d'août 1933). Il écrit et rencontre des amis, dont Hanns Eisler, Karl Korsch, et Walter Benjamin. L'exilEn 1935, le régime nazi le déchoit de sa nationalité allemande2. Il participe la même année au Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, à Paris, et dirige conjointement avec Lion Feuchtwanger et Willi Bredel, la rédaction d'une revue intitulée Das Wort dont le premier numéro paraît en 1936. Le but avoué de cette revue est d'unir l'intelligentsia anti-fasciste d'Allemagne autour d'un idéal prôné par l'Internationale communiste. Forcé à la fuite en 1939, il s'installe en Suède puis en Finlande, puis, après une traversée en bateau au départ de Vladivostok, il s'installe en Californie en 1941. Durant cette période, il écrit une grande partie de son œuvre dont La Vie de Galilée, Mère Courage et ses enfants, La Bonne Âme du Se-Tchouan, La Résistible Ascension d'Arturo Ui (attaque contre Hitler), Le Cercle de craie caucasien et Petit Organon pour le théâtre dans laquelle il exprime sa théorie du théâtre épique et de la distanciation. Parallèlement, il travaille à Hollywood qui le conduit notamment à l'écriture du scénario du film antinazi Les bourreaux meurent aussi (Hangmen also die) qui sera réalisé par Fritz Lang en 1943. Bertolt Brecht en RDAChassé des États-Unis en 1947 en raison du maccarthysme, il se rend alors en Suisse. Les alliés lui refusant le visa qui lui aurait permis de s’installer en RFA, c'est grâce aux Tchèques qu'il peut rejoindre la RDA. En 1949, il s'installe définitivement à Berlin-Est et fonde avec sa femme le Berliner Ensemble où il exprime ses prises de position socialistes. Il reprend et précise le théâtre épique fondé par Piscator qu'il oriente autour de l'effet de distanciation Verfremdungseffekt et qui s'oppose à la tradition d'un théâtre dramatique d'identification. Il a des difficultés avec le régime de RDA. En 1950 il obtient la nationalité autrichienne (il était apatride depuis 1935). Réaction de Brecht aux événements du 17 juin 1953Quand le 17 juin 1953 les ouvriers en RDA en vinrent à protester en masse à Berlin (contre la médiocrité de leur niveau de vie, la majoration massive des objectifs de travail et le mauvais fonctionnement des infrastructures, et plus globalement contre le régime), Brecht s'empressa le même jour de faire parvenir à Walter Ulbricht une lettre où il exprimait sa « solidarité avec le Parti socialiste unifié d'Allemagne » ; il ajouta tout de même qu'il attendait « qu'on discutât avec les masses sur la vitesse avec laquelle il fallait construire le socialisme ». Le même jour il adressa d'autres messages brefs de solidarité à Vladimir Semionovitsch Semionov (« l'amitié indestructible avec l'Union Soviétique ») et à Otto Grotewohl ainsi qu'à Gustav Just, proposant également d'apporter sa contribution au programme radiophonique actuel. En même temps, dans un texte dactylographié non publié, Brecht analysait ainsi la situation :
Brecht voyait la cause des grèves dans la tentative du gouvernement « d'accroître la production » en augmentant les normes de rendement sans contrepartie appropriée ». On a instrumentalisé les artistes pour en faire des propagandistes de ce projet : « On a accordé aux artistes un niveau de vie élevé et aux ouvriers on l'a seulement promis ». Brecht voyait comme solution alternative un changement réel de la sphère de production. Brecht concluait sa lettre à Ulbricht par un message de solidarité envers le parti, dans lequel certains biographes voient une simple formule de politesse. Cependant c'est seulement ce message de solidarité que le gouvernement publia dans le Neues Deutschland du 21 juin 1953, contre son gré, ce qui discrédita Brecht. Il essaya de rectifier l'impression qu'avait donnée la partie publiée de sa lettre. Sous le titre « Urgence d'un grand débat » il prit position à côté d'autres auteurs dans le Neues Deutschland du 23 juin 1953. Après avoir proclamé son orthodoxie dans une introduction où il dénonçait l'abus des manifestations « à des fins bellicistes », il réclamait une nouvelle fois une « grande discussion » avec les ouvriers, « qui ont fait savoir un mécontentement légitime ». En octobre 1953 Brecht communiqua aux journalistes de RFA la lettre complète envoyée à Walter Ulbricht, et y fit publier « Urgence d'un grand débat »3. Par ailleurs, il écrivit un poème La Solution qui disait : « J'apprends que le gouvernement estime que le peuple a « trahi la confiance du régime » et « devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités ». Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ?4 » Devenu une figure quasi-officielle du régime de la RDA, il obtient le prix Staline international pour la paix en 1955 et meurt à Berlin, un an plus tard d'un infarctus.
Ronald Gray retrouvait dans le comportement de Brecht le personnage de Galileo Galilei que Brecht lui-même avait introduit dans la littérature : l'adaptation verbale au régime, la manière d'un caméléon, lui permettait de sauvegarder ses intérêts matériels. Walter Muschg faisait un rapprochement entre le comportement peu clair de Brecht et la vie double du personnage de Brecht, Shen-Te, de La Bonne Âme du Se-Tchouan:
Dans sa biographie de Brecht, Brecht und Co, John Fuegi analyse autrement ses réactions. Il a avoué lui-même qu'à cette époque il était sous pression et qu'il se battait pour prendre en charge le théâtre Am Schiffbauerdamm. Sa référence à des provocateurs de la CIA montre qu'il interprétait la situation d'une façon fondamentalement viciée. « Le gouvernement de la RDA avait perdu le contact avec les ouvriers, et c'était aussi le cas pour Brecht. » Rappelons que Brecht, outre la lettre citée plus haut, avait envoyé d'autres messages de solidarité à Vladimir Semionov et Otto Grotewohl. D'ailleurs il refusa de réagir à la protestation d'un employé du Berliner Ensemble contre les salaires dérisoires d'environ 350 marks net ; mais lui, pendant ce temps, recevait 3.000 marks par mois et seulement pour son activité au théâtre. Dans sa réflexion poétique sur les événements, Brecht a pris en juillet et août 1953 une attitude nettement plus distante face au gouvernement de RDA que celle qu'il avait exprimée dans les élégies Buckower Elegien, entre autres dans le poème « Die Lösung ». La discussion que Brecht avait souhaitée ne s'était pas réalisée ; il se retira alors des débats suivants devenus stériles. De juillet à septembre 1953 Brecht travailla surtout à Buckow aux poèmes des Buckower Elegien et à la pièce Turandot ou le congrès de blanchisseurs. À l'époque Brecht éprouvait aussi plusieurs crises en rapport avec ses liaisons amoureuses qui ne cessaient de changer. Helene Weigel se retira provisoirement seule à la Reinhardstrasse 1 et Brecht dans un bâtiment d'arrière-cour à la Chausseestrasse 125. Ruth Berlau, sa compagne fidèle depuis bien des années, se révélait de plus en plus pour Brecht comme une charge, d'autant plus qu'elle aussi ne réalisait que sporadiquement son travail pour le Berliner Ensemble. PostéritéBertolt Brecht servit souvent de référence pour les mouvements d'extrême gauche des années 1970 en Europe. Des militants citent souvent cette phrase attribuée à Brecht, sans jamais en indiquer la référence et encore moins l'original en allemand : « Nos défaites d'aujourd'hui ne prouvent rien, si ce n'est que nous sommes trop peu dans la lutte contre l'infamie, et de ceux qui nous regardent en spectateurs, nous attendons qu'au moins, ils aient honte ». StyleBrecht voulait rompre avec l'illusion théâtrale et pousser le spectateur à la réflexion. Ses pièces sont donc ouvertement didactiques : par l'usage de panneaux avec des maximes, des apartés en direction du public pour commenter la pièce, des intermèdes chantés, etc. il force le spectateur à avoir un regard critique. Ce processus, qu'il baptise « distanciation » (Verfremdungseffekt ou Effet V) a beaucoup influencé certains metteurs en scène français. Dans son théâtre épique, l'acteur doit plus raconter qu'incarner, susciter la réflexion et le jugement plus que l'identification. ŒuvresCette section contient une liste des oeuvres de Brecht par ordre chronologique.
Bibliographie
Notes et références
Voir aussiArticles connexesLiens externesLe Texte ci-dessus est disponible sous GNU Free Documentation License. La source est wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/{title} |
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