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Bataille de Latroun (1948)

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Bataille de Latroun

Poste de police de Latroun.
Informations générales
Date 25 mai 1948
18 juillet 1948
Lieu Région de Latroun, zone arabe de Palestine
Issue Victoire jordanienne
Belligérants
Israël Royaume hachémite de Transjordanie
Commandants
Lt-Gen Yigaël Yadin
Gen David Marcus
Lt-Gen Yigal Allon
Lt-Gen John Bagot Glubb
Lt-col Habes al-Majali
Forces en présence
Divers contingents composés des brigades Sheva, Alexandroni, Harel, Guivati et Yiftah 2e et 4e régiments de la Légion arabe secondés par des irréguliers palestiniens et transjordaniens
Guerre israélo-arabe de 1948-1949
Opération Namal · Bataille de Latroun · Bataille de Ramat Rachel · Campagne des 10 jours · Opération Dani · Opération Dekel · Opération Kedem · Opération Avak · Opération Yoav · Opération Hiram · Opération Horev · Accrochage israélo-britannique du 7 janvier 1949

La bataille de Latroun fait référence aux combats qui ont opposé Israéliens et Transjordaniens sur les contreforts de Latroun entre les 25 mai et 18 juillet 1948 pendant la Première Guerre israélo-arabe.

En mai 1948, la position de Latroun était située en territoire arabe mais contrôlait l'unique route qui reliait Jérusalem à Israël, ce qui lui conférait une importance stratégique majeure dans le contexte de la bataille pour la ville entre Tsahal, l'armée israélienne et la Légion arabe jordanienne.

Aucun des cinq assauts[Note 1] lancés par les Israéliens ne leur permit de prendre la position qui resta sous contrôle jordanien jusqu'à la Guerre des six jours en 1967. La Jérusalem juive put toutefois être ravitaillée par la découverte fortuite d'un chemin permettant d'éviter Latroun et aménagé pour le passage de convois sous le nom de « route de Birmanie ».

La Bataille de Latroun a marqué l'imaginaire israélien et constitue un des « mythes fondateurs[1] » de cette nation. L'historiographie l'a tantôt présentée comme « une victoire stratégique illustrant la clairvoyance de David Ben Gourion », tantôt comme « le plus grave échec de toute l'histoire de Tsahal ». Les historiens estiment aujourd'hui que les attaques coûtèrent la vie à 168 soldats israéliens[2] mais le nombre de ses victimes a enflé dans les récits pour atteindre le chiffre de 2 000 morts[3]. Elle a pris également une valeur symbolique, du fait de la participation d'immigrants survivants de la Shoah. Les Jordaniens de leur côté en conservent l'image d'une « grande victoire », la seule des forces arabes face aux Israéliens lors de la guerre de 1948.

Aujourd'hui, le site est un musée militaire israélien consacré aux corps blindés, ainsi qu'un mémorial de la Première Guerre israélo-arabe[4].

Sommaire

[] Contexte et enjeux

Icône de détail Pour consulter des articles plus généraux, voir : Guerre civile de 1947-1948 en Palestine mandataire et Guerre israélo-arabe de 1948-1949.

[] Guerre israélo-arabe

Zone sous contrôle israélien le 15 mai 1948.
Zone sous contrôle israélien le 15 mai 1948.

Suite au vote de son Plan de partage par l'Onu en novembre 1947, la guerre civile éclate en Palestine. La situation dans laquelle se trouve la communauté juive de Jérusalem constitue un des points faibles du Yichouv[Note 2] et une préoccupation majeure de ses autorités. Comptant près de 100 000 personnes, soit 1/6 de la population juive totale de Palestine, la ville est en effet isolée au c?ur du territoire sous contrôle arabe[5].

Dès janvier, dans le contexte de la « guerre des routes », la principale faction arabe palestinienne, la Jaysh al-Jihad al-Muqaddas d'Abd al-Kader al-Husseini assiège la ville juive en empêchant le passage des convois de ravitaillement entre Tel-Aviv et Jérusalem. Fin mars, la tactique a payé et la ville est effectivement isolée. L'armée clandestine du Yichouv, la Haganah, lance alors l'opération Nahshon qui permet entre le 4 et le 20 avril de fournir 2 mois de ravitaillement à la ville[5]. Suite à la mort d'Abdel Kader al-Husseini, la Comité militaire de la Ligue arabe ordonne à l'autre force arabe en Palestine, l'ALA de déplacer ses forces de Samarie (nord de la Cisjordanie actuelle) vers la route de Jérusalem et les régions de Latroun, Lydda et Ramle[6].

Mi mai, la situation pour les 50 000 habitants arabes de la ville et les 30 à 40 000 des faubourgs n'est pas meilleure[7]. Après le massacre de Deir Yassin et l'offensive juive d'avril qui a déclenché l'exode massif des arabes palestiniens dans les autres villes mixtes, la population arabe de Jérusalem est effrayée et craint pour son sort[8]. Dès le départ des Britanniques le 14 mai, la Haganah lance une série d'opérations pour la prise de contrôle de la ville et les dirigeants arabes lancent des appels alarmistes au roi Abdallah 1er de Transjordanie afin que son armée vienne à leur secours[9].

En plus de son importance stratégique, la ville de Jérusalem comporte également une valeur symbolique importante pour les protagonistes en tant que lieu saint du Judaïsme, du Christianisme et de l'Islam[10].

Aux alentours du 15 mai, la situation en Palestine est chaotique. Les forces juives ont pris l'avantage sur les forces arabes mais elles redoutent l'intervention des États arabes prévue pour le 15 mai[11].

[] Latroun

Zone de Latroun (10 mai 1948).
Zone de Latroun (10 mai 1948).

La place de Latroun se situe au carrefour entre la route Tel-Aviv - Lydda - Ramle - Jérusalem et celle de Ramallah - Ashdod dans la zone attribuée à l'État arabe par le Plan de Partage de la Palestine. À cet endroit, la route de Jérusalem entre dans les premiers contreforts montagneux de Judée au lieu dit de Bab al-Oued en arabe ou Sha?ar HaGai en hébreu. De par sa position en hauteur, elle domine la vallée d'Ayalon et la force qui l'occupe commande la route de Jérusalem[Note 3].

En 1948, la zone comporte un camp de détention et un poste de police fortifié occupés par les Britanniques[12], un monastère trappiste et plusieurs villages arabes dont Latroun, Imwas, Deir Aiyoub, Yalou et Beit Nouba.

Durant la guerre civile, après la mort d'Abd al-Qader al-Husseini, les forces de l'Armée de libération arabe se sont positionnées autour du poste de police et dans les villages alentour dans l'indifférence des Britanniques[13]. Ils attaquent régulièrement les convois de ravitaillement se dirigeant vers Jérusalem-ouest.

Les états-majors israélien et jordanien n'ont à ce moment pas encore pris pleine mesure de l'importance stratégique de l'endroit[14].

[] Chronologie des événements

[] Mouvements militaires avant la bataille

[] Opération Maccabée (8-16 mai)

Zone de Latroun (alentours du 15 mai 1948).
Zone de Latroun (alentours du 15 mai 1948).

Le 8 mai, la Haganah lance l'opération Maccabée contre l'Armée de libération arabe et les irréguliers[Note 4] palestiniens qui occupent plusieurs villages de la route de Jérusalem et empêchent le ravitaillement de sa communauté juive. La 5e brigade Guivati (à l'ouest) et la 10e brigade Harel (à l'est) sont engagées dans combats notamment dans la zone de Latroun[12],[15].

Entre le 9 et le 11 mai, un bataillon de la brigade Harel attaque et prend le village de Beit Mahsir qui sert de base aux Palestiniens pour le contrôle de Bad al-Oued. Le bataillon Sha'ar HaGai de la brigade Harel prend également position sur les collines au nord et au sud de la route. Il est soumis au feu de l'artillerie de l'Armée de libération arabe ainsi qu'à celui, « inhabituel[Note 5] » de véhicules blindés britanniques mais il parvient à tenir la position et s'y « enterre »[12],[16].

À l'ouest, le 12 mai, des hommes de la brigade Guivati prennent le camp de détention britannique sur la route menant à Latroun mais l'abandonnent le lendemain[17]. Entre les 14 et 15 mai, son 52e bataillon prend les villages d'Abou Shousha, al-Na'ani et al-Qoubab au nord de Latroun, coupant ainsi la zone de Lydda, la principale ville arabe du secteur[18]. Lapierre et Collins rapportent également qu'une section de la brigade Guivati tire puis pénètre sans résistance dans le fort de police le 15 mai au matin[19].

À nouveau à l'est, le 15 mai, les hommes de la brigade Harel prennent Deir Aiyoub qu'ils évacuent néanmoins le lendemain[17].

C'est à ce moment que les officiers israéliens sur le terrain prennent conscience de l'importance stratégique de Latroun. Un rapport[20] circonstancié est envoyé du Quartier-général de la brigade Harel au Quartier-général du Palmah[Note 6], et conclut que « la jonction de Latroun devient le point décisif de la bataille [de Jérusalem] » mais « cette appréciation ne sera partagée par l'état-major qu'une semaine plus tard »[20]. Entretemps, suite à l'avance de l'armée égyptienne, la brigade Guivati reçoit l'ordre de se redéployer plus au sud et la brigade Harel dans le secteur de Jérusalem[19].

Cette décision de quitter la zone et le fait de ne pas en avoir perçu l'importance feront controverse entre Yigaël Yadin, le chef des opérations de la Haganah et Yitzhak Rabin, le commandant de la brigade Harel[19].

[] Prise de contrôle par la Légion arabe

Lt-Col Habes al-Majali, commandant du 4e régiment de la Légion arabe.
Lt-Col Habes al-Majali, commandant du 4e régiment de la Légion arabe.

Lors de la confusion[11] qui règne les tout derniers jours du mandat britannique et avec l'entrée en guerre des armées arabes, la position de Latroun va changer de mains en dehors de tout combat.

Tout d'abord, aux alentours du 14 mai (ou le 15 mai[21]), ordre est donné à Fawzi al-Qawuqji et à ses forces de l'Armée de libération de se retirer et laisser la place à la Légion arabe. Selon l'historien Yoav Gelber, ce départ s'effectue avant l'arrivée des troupes jordaniennes à Latroun et la position n'est plus tenue que par 200 irréguliers[11],[19]. L'historien Benny Morris indique toutefois quant à lui qu'une section de légionnaires de la 11e compagnie accompagnée d'irréguliers est présente et s'empare du fort[21],[22],[23]. En effet, en tant que force auxiliaire des Britanniques en Palestine mandataire, plusieurs éléments de la Légion Arabe servent en Palestine durant la fin du mandat. Les Britanniques ont promis que ces unités se seront retirées de Palestine pour la fin avril mais « pour des raisons techniques », plusieurs compagnies ne quittent pas le pays[24].

Le 15 mai, les pays arabes entrent en guerre et des contingents syriens, irakiens, jordaniens et égyptiens envahissent la Palestine. Parmi ceux-ci, le corps expéditionnaire jordanien est constitué principalement d'une force d'élite mécanisée encadrée par des officiers britanniques et nommée Légion arabe. Il comprend[25] :

  • la 1e brigade[Note 7] comprenant les 1e et 3e régiments qui se dirige vers Naplouse au nord de la Samarie ;
  • la 3e brigade sous les ordre du colonel Ashton comprenant le 2e régiment sous les ordres du Major Geoffrey Lockett[26] et du 4e régiment sous les ordres du lieutenant colonel Habes al-Majali qui prend position à Ramallah au centre de la Samarie ;
  • des 5e et 6e régiments qui agissent de manière indépendante.

John Bagot Glubb, le commandant de la Légion arabe, prend le premier conscience de l'importance stratégique de Latroun dans la bataille de Jérusalem. Son objectif est double. Il souhaite empêcher les Israéliens de renforcer Jérusalem et de l'approvisionner, et il veut faire diversion pour tenir les forces de la Haganah loin de la ville, assurant aux Arabes le contrôle de Jérusalem-Est[27].

En sus de la 11e compagnie déjà présente, il y envoie tout le 4e régiment[14]. Dans la nuit du 15 au 16 mai, un premier contingent de 40 légionnaires secondé par un nombre indéterminé de bédouins renforce la position[21] et le reste du régiment atteint la zone le 17 mai[28].

Le 18 mai, les forces de la Légion arabe se sont déployées entre Latroun et Bab al-Oued et la route est à nouveau bloquée[21],[29]. Il faut plusieurs jours à l'état-major israélien pour se rendre compte de la position réelle des forces jordaniennes autour de Latroun et Jérusalem car celles-ci, particulièrement redoutées, ont été annoncées présentes à plusieurs endroits du pays[11].

[] Situation à Jérusalem

Lt-Gen Yigaël Yadin, Chef des Opérations de Tsahal durant la Première Guerre israélo-arabe.
Lt-Gen Yigaël Yadin, Chef des Opérations de Tsahal durant la Première Guerre israélo-arabe.

À Jérusalem, après des offensives réussies qui permettent aux forces juives de prendre le contrôle des bâtiments et des places-fortes abandonnées par les Britanniques[30], Glubb Pacha envoie le 3e régiment de la Légion renforcer les irréguliers arabes et combattre les forces juives. De violents combats les opposent et les positions juives dans la Vieille Ville de Jérusalem sont menacées (celle-ci tombera d'ailleurs le 28 mai)[28]. L'étau se resserre autour de la ville : les 22 et 23 mai, la seconde brigade égyptienne, composée de plusieurs bataillons d'irréguliers et de plusieurs unités de l'armée régulière, atteint les faubourgs sud de Jérusalem et participe à l'attaque de Ramat Rachel au sud de celle-ci[28].

Glubb sait toutefois que l'armée israélienne sera un moment où l'autre plus forte que la sienne et qu'il faut empêcher le renforcement des brigades Harel et Etzioni pour sécuriser Jérusalem-Est. Il redéploie ses forces le 23 mai pour renforcer le blocus[29]. L'armée irakienne, maintenant secondée de blindés, relève les éléments de la Légion dans le nord de la Samarie et ces derniers sont déployés vers le secteur de Jérusalem. Le 2e régiment de la Légion fait mouvement vers Latroun[28]. C'est donc une brigade jordanienne entière qui se positionne dans ce secteur.

Dans le camp israélien, plusieurs dirigeants de la ville juive envoient des télégrammes alarmistes à David Ben Gourion où ils décrivent la situation comme étant désespérée et où ils estiment ne pouvoir tenir que 2 semaines[2]. Craignant que sans approvisionnement et sans renforts, la ville ne finisse par totalement tomber, Ben Gourion donne l'ordre de prendre la position de Latroun. La décision semble stratégiquement nécessaire mais politiquement délicate, car Latroun se trouve suivant les termes du Plan de partage dans la partie arabe et cette attaque est donc contraire aux accords de non-agression conclus avec le roi Abdallah[28],[Note 8] Cette décision voit également l'opposition très vive du chef de opérations, Yigaël Yadin qui estime qu'il y a bien d'autres priorités militaires à ce moment, notamment sur le front sud, où l'armée égyptienne risque de menacer Tel-Aviv si Yad Mordechaï tombe. Mais c'est David Ben Gourion qui fixe la politique militaire d'Israël[31]. Ce différend va influencer l'historiographie de la bataille et sera débattu en Israël pendant de longues années[32].

[] Opération Ben Nun (24-25 mai)

Opération Ben-Nun (24-25 mai 1948).
Opération Ben-Nun (24-25 mai 1948).

La tâche de mener l'opération Ben Nun (fils de Nun, en référence à Josué, fils de Nun, conquérant du Pays de Canaan selon le récit biblique [29]), est confiée à Shlomo Shamir, un ancien officier de l'armée britannique.

Il dispose de 450 hommes de la 3e brigade Alexandroni et de 1 650 hommes de la 7e brigade Sheva, en cours de constitution[33]. Parmi ces hommes se trouvent entre 140 à 145 immigrants qui viennent de débarquer en Israël[34], soit environ 7% des effectifs. Son armement lourd se limite à deux canons de montagne français de 1906 surnommés les « Napoleonchiks », un canon de 88 avec 15 obus, une « Davidka »[31], 10 mortiers de 3 pouces et 12 véhicules blindés[29]. Trois cents soldats de la 10e brigade Harel auraient également participé au combat mais par hasard en apprenant l'assaut suite à des transmissions radios[26].

Les forces jordaniennes sont sous les ordres du lieutenant-colonel Habes al-Majali[31]. Il dispose du 4e régiment et de 600 volontaires jordaniens secondés par 600 volontaires locaux. Le 2e régiment de la brigade, commandée par le Major Geoffrey Lockett, vient de quitter Jérusalem et arrive à Latroun pendant la bataille[26]. La brigade totalise 2300 hommes secondés par 800 auxiliaires. Elle dispose de 35 véhicules blindés dont 17 de type Marmong Herrington armés chacun d'un canon antichar de 40 mm. Au niveau artillerie, elle est appuyée par 8[26] canons de 88 mm, 8 de 60 mm, 10 de 40 mm ainsi que de 16 mortiers de 3 pouces[29].

L'heure H est initialement fixée à minuit le 23 mai mais elle est est retardée de 24 heures parce qu'il n'a pas été possible de rassembler les effectifs et l'armement à temps. Aucune opération de reconnaissance n'a été effectuée, ce qui fait que les Israéliens ignorent la composition des forces ennemies[31]. Les rapports de renseignements ne parlent que de « forces locales irrégulières »[29].

Le 24 mai à 19h30, Shlomo Shamir est prévenu qu'une force ennemie de 120 véhicules, comprenant blindés et artillerie, se dirige probablement vers Latroun. Il faut donc attaquer le plus rapidement possible. L'heure H est avancée de deux heures, et fixée à 22h[31].

L'attaque est prévue sur deux axes :

  • le bataillon de la brigade Alexandroni s'emparera du hameau de Latroun, du poste de police puis du village d'Imwas afin de bloquer tout nouveau renfort arabe, et également protéger le passage du convoi de ravitaillement;
  • le 72e bataillon contournera la position par le sud pour rejoindre la route de Jérusalem au niveau du défilé de Bab al-Oued; il traversera la route et gravira les crêtes pour prendre Deir Aiyoub, Yalou et Beit Nouba, et enfin s'embusquera sur place pour couvrir le passage du convoi. Il sera soutenu par trois automitrailleuses et deux half-tracks du 73e bataillon[31].

Dans la nuit, un imprévu survient : une barricade sur la route que doit emprunter la brigade pour attaquer doit être démantelée. L'heure H est une fois de plus changée pour être fixée à minuit[31]. En définitive, la colonne ne démarre qu'entre 2 et 5 heures du matin[26] et ne pourra bénéficier de l'obscurité pour l'attaque.

Les assaillants sont rapidement repérés, privant les Israéliens de l'effet de surprise. À quatre heures du matin, la bataille s'engage. Les forces israéliennes sont soumises à des tirs nourris. L'artillerie tente d'intervenir, mais tombe rapidement à court de munitions ou n'est pas à portée pour assurer un tir de contre-batterie[29],[31],[Note 9].

Devant l'échec total de l'attaque, Shlomo Shamir ordonne la retraite à 11h30. Mais celle-ci s'effectue à découvert, sous un soleil de plomb et alors que les soldats n'ont pas d'eau. De nombreux hommes sont tués ou blessés sous les tirs arabes. Ce n'est qu'à 14h00 que les derniers blessés atteignent les autobus quittés le matin[29],[31]. La Légion arabe n'exploite néanmoins pas cette victoire alors qu'elle pourrait facilement effectuer une contre-attaque jusqu'au quartier général israélien situé à Houlda[29].

Les Jordaniens et les irréguliers arabes comptent 5 morts et 6 blessés. Les Israéliens dénombrent 72 morts (52 hommes du 32e bataillon et 20 du 72e), 6 prisonniers et 140 blessés[29].

Ariel Sharon, futur Premier Ministre d'Israël, mais alors lieutenant, commande une section du 32e bataillon[35] et est gravement blessé à l'estomac au cours de la bataille[36].

[] Réorganisation du front central

David Marcus, premier général de l'armée israélienne.
David Marcus, premier général de l'armée israélienne.

Fin du mois de mai, David Ben Gourion est convaincu que la Légion arabe compte occuper l'entièreté de Jérusalem. De plus, avec l'encerclement et les combats, la situation s'y détériore : la ville ne dispose plus de réserve de carburant, de pain, de sucre et de thé que pour 10 jours, et de l'eau pour 3 mois[37]. Pour Glubb, il s'agit toujours d'empêcher les Israéliens de renforcer la ville et de prendre le contrôle de sa partie arabe[38].

Le 29 mai, le Conseil de sécurité annonce sa volonté d'instaurer un cessez-le-feu de 4 semaines, ce qui gèlera les lignes de front et empêchera le ravitaillement de la ville[39].

Militairement, la 10e brigade Harel est à bout de force et Ben Gourion lui détache un bataillon de la 6e brigade Etzioni. Il estime impératif que la 7e brigade rejoigne les forces de Jérusalem ainsi qu'un contingent de 400 nouvelles recrues pour renforcer la 10e brigade d'autant que de plus en plus d'armement est arrivé en Israël par les airs ainsi que des chasseurs en pièces détachées maintenant prêts au combat[37]. Le commandement de la 7e brigade de son côté désire également neutraliser les effets négatifs de la débâcle sur le moral des troupes et son prestige[39].

Le front central est réorganisé et son commandement confié à un volontaire américain combattant dans le camp israélien, le colonel David Marcus, nommé Alouf (général)[40]. Il prend la tête des 6e et 7e brigades, Etzioni et Sheva, et de la 10e brigade Harel du Palmah.

[] Opération Ben Nun Bet (30-31 mai)

Opération Ben-Nun Bet (30-31 mai 1948).
Opération Ben-Nun Bet (30-31 mai 1948).

Le commandement de l'opération est à nouveau confié à Shlomo Shamir, qui dispose de la 7e brigade et du 52e bataillon de la brigade Guivati qui remplace le 32e décimé par la bataille précédente[37],[39]. Le 73e bataillon est une force blindée comprenant 13 half-tracks armés de lance-flammes et 22 auto-mitrailleuses de fabrication locale[40].

Les Israéliens envoient de nombreuses patrouilles en reconnaissance[40], mais ils n'ont toutefois pas d'idée claire sur les forces adverses. Ils s'attendent à affronter 600 hommes de la Légion et de l'Armée de libération arabe, soit une force insuffisante pour tenir le front de 4 km du versant de Latroun[37]. Les Transjordaniens disposent en fait toujours d'un brigade complète, et sont secondés par plusieurs centaines d'irréguliers.

Tenant compte des erreurs de l'attaque précédente, cette nouvelle attaque est organisée avec une « précision d'horloger » et la zone d'où doivent s'élancer les forces a été « nettoyée » le 28 mai, notamment les deux hameaux de Beit Jiz et Beit Sousin d'où une contre-attaque avait été lancée par les miliciens arabes lors de la première bataille, ainsi que la « colline 369 »[40],[41].

L'attaque est à nouveau prévue sur deux axes[39] :

  • les 72e et 52e bataillons d'infanterie doivent procéder par surprise, à pied, à un long mouvement de contournement par le sud jusqu'à Beit Sousin pour ensuite prendre Bab al-Oued puis attaquer respectivement Deir Aiyub et Yalou pour ensuite obliquer vers le village de Latroun et l'attaquer par l'est;
  • les 71e bataillon d'infanterie et 73e bataillon mécanisé doivent prendre d'assaut le poste de police, le monastère et le village de Latroun par le nord-ouest.

Vers minuit, les hommes du 72e et 52 e passent en silence à Bab al-Oued puis se séparent vers leur objectif respectif. Une compagnie prend Deir Aiyub, qui est vide, mais est ensuite surprise tandis qu'elle escalade la colline avoisinante. Elle subit le tir conjoint de l'artillerie et des mitrailleuses de la Légion. 13 hommes sont tués et plusieurs sont blessés. La compagnie composée d'immigrants bat alors en retraite vers Bab al-Oued. Le 52e bataillon qui se prépare à ce moment à prendre la colline devant Yalou reçoit l'ordre de retraiter également[39].

Sur l'autre front, les forces se divisent en deux. Les fantassins du 71e prennent rapidement le monastère puis se battent pour la prise du village. De l'autre côté, l'artillerie israélienne a réussi à neutraliser les armes du fort. Les half-tracks franchissent la barrière de défense et les lance-flammes prennent les défenseurs au dépourvu. Toutefois, la lumière dégagée par l'incendie qu'ils provoquent détruit leur couverture nocturne et ils deviennent des cibles faciles pour les canons de 60 mm jordaniens déployés dans la zone. Ils sont rapidement neutralisés et détruits. Les sapeurs parviennent malgré tout à faire exploser la porte, mais dans la confusion ne sont pas suivis par les fantassins. Haim Laskov, chefs des opérations sur ce front, ordonne alors à la compagnie D du 71e bataillon restée en réserve d'intervenir, mais un des soldats fait accidentellement exploser une mine, provoquant la mort de 3 hommes et en blessant de nombreux autres. L'explosion attire un feu nourri de l'artillerie jordanienne, lequel provoque la panique du reste des hommes, qui s'enfuient vers l'ouest[39].

La bataille n'est pas encore perdue pour les Israéliens mais l'aube approchant, Laskov estime que ses hommes ne pourront pas tenir face à une contre-attaque de la Légion, et il préfère ordonner la retraite[39]. Il est temps également pour les Jordaniens dont le 4e régiment est complètement à court de munitions[28].

Le 73e bataillon a subi près de 50% de pertes et l'ensemble des forces engagées compte 44 morts et le double de blessés[39]. Selon les sources, la Légion compte entre 12[42] et 20[43] morts dont le lieutenant commandant le fort[39]. Les Jordaniens annoncent de leur côté 2 morts dans leur camp et 161 chez les Israéliens[44].

David Marcus attribuera la responsabilité de la défaite à l'infanterie, déclarant : « la couverture d'artillerie était correcte. Les blindés étaient bons. L'infanterie, très mauvaise ». Benny Morris estime quant à lui que l'erreur fut plutôt de disperser les forces sur plusieurs objectifs au lieu de concentrer toute la brigade sur l'objectif principal : le fort[39].

[] Route de Birmanie

Route de Birmanie sous la garde de la 7e brigade.
Route de Birmanie sous la garde de la 7e brigade.

Le 28 mai, suite à la prise de contrôle de Beit Sousin, les Israéliens contrôlent un étroit corridor entre la côte et Jérusalem. Toutefois, ce couloir n'est parcouru par aucune route qui permettrait le passage de camions[41].

Une patrouille d'hommes du Palmah se déplaçant à pied découvre des pistes qui relient entre eux plusieurs villages abandonnés dans les collines au sud de la route contrôlée par la Légion arabe[28]. Dans la nuit du 29 au 30 mai, des jeeps envoyées dans les collines confirment qu'il y existe un chemin carrossable.[41].

La décision est alors prise d'aménager une route dans la zone. On lui donne le nom de « route de Birmanie », en référence à la route de ravitaillement entre la Birmanie et la Chine construite par les Britanniques durant la Seconde Guerre mondiale[28].

Les ingénieurs se mettent immédiatement à l'ouvrage pour aménager la route tandis que des convois de jeeps, de mules et de chameaux[28] sont organisés depuis Houlda pour transporter des mortiers et des canons de 65 mm à Jérusalem. Sans en connaître les objectifs, les Jordaniens réalisent que des travaux sont en cours dans les collines. En réponse, ils effectuent des tirs d'artillerie et envoient des patrouilles pour perturber les travaux, mais sans succès[41].

Toutefois, c'est de nourriture dont les habitants de la Jérusalem juive ont avant tout besoin. À partir du 5 juin, les ingénieurs israéliens commencent à aménager la route de manière à ce qu'elle permette le passage des camions de transports civils nécessaires au ravitaillement de la ville[41]. Cent cinquante ouvriers, travaillant en 4 équipes, se relaient également pour installer un pipeline destiné à alimenter en eau la ville juive, car l'autre pipeline, passant par Latroun, a été coupé par les Jordaniens[41],[45].

Dans Ô Jérusalem, Dominique Lapierre et Larry Collins relatent une action héroïque, quand dans la nuit du 6 au 7 juin, devant la situation critique de Jérusalem et pour redonner espoir à la population, 300 habitants de Tel-Aviv sont réquisitionnés pour transporter à dos d'hommes, sur les quelques kilomètres non encore carrossables, de quoi ravitailler les habitants de Jérusalem pour un jour de plus[46].

La première phase des travaux est achevée pour la trêve du 10 juin[41] et le 19 juin, un convoi de 140 camions, transportant chacun 3 tonnes de marchandise ainsi que de nombreuses armes et munitions atteint Jérusalem[45]. Le siège de la ville est définitivement levé[28].

Cette réussite israélienne est ponctuée d'un incident qui a marqué les mémoires avec la mort accidentelle, la nuit du 10 au 11 juin, de David Marcus, tué accidentellement par une sentinelle israélienne[47],[48].

[] Opération Yoram (8-9 juin)

Lt-Gen Yigal Allon, Chef des opérations Yoram et Dani, notamment.
Lt-Gen Yigal Allon, Chef des opérations Yoram et Dani, notamment.

Entre le 30 mai et le 8 juin, la situation entre les armées israélienne et arabes a peu évolué marquant plutôt un statu quo sur le terrain. Elles se sont livrées à des combats violents et ont subi de lourdes pertes et épuisées, elles accueillent favorablement le cessez-le-feu que les Nations-Unies ont réussi à imposer pour le 11 juin[49].

C'est dans ce contexte que David Ben Gourion prend la décision de retirer du front de Galilée la 11e brigade Yiftah, une unité d'élite sous les ordres de Yigal Allon pour lancer juste avant la trêve un troisième assaut contre Latroun[11].

Ils disposeront d'un soutien d'artillerie constitué de 4 canons de 65 mm et de 4 mortiers de 120 mm[50] faisant partie de l'armement lourd récemment livré à Israël.

Cette fois, l'État-major opte pour une attaque concentrée menée par le sud au centre du dispositif de la Légion avec plusieurs attaques de diversion portées sur le nord du dispositif jordanien[50] :

  • un bataillon de la brigade Harel devra prendre la colline 346 située entre les 4e et 2e régiments de la Légion;
  • un bataillon de la brigade Yiftah longera ensuite la colline 346 pour prendre la colline 315 par l'est et de là attaquer Latroun et le poste de police.
  • un bataillon de la brigade Yiftah effectuera des attaques de diversions sur Salbit, Imwas et Beit Nouba.
Opération Yoram (8-9 mai 1948).
Opération Yoram (8-9 mai 1948).

L'opération israélienne débute par un barrage d'artillerie sur le fort, le village de Latroun et les positions environnantes. Les collines 315 et 346, chacune occupée par une compagnie de la Légion, ne sont pas visées pour ne pas alerter les Jordaniens[50].

Les hommes de la Harel progressent alors à pied en partant de Bab al-Oued mais se trompent de chemin et attaquent la colline 315. Repérés par les sentinelles, ils sont pris pour cible, se lancent à l'assaut et engagent un combat au corps-à-corps. Les légionnaires sont délogés mais contre-attaquent avec violence, allant jusqu'à demander des tirs d'artillerie sur leur propre position. Les Israéliens comptent de lourdes pertes[50]. Quand les hommes de la Yiftah arrivent au pied de la colline 346, ils subissent des tirs d'armes à feu, des lancer de grenade puis des tir d'artillerie. Pensant être pris pour cible par les hommes de la Harel, ils demandent par radio au Quartier-général de faire stopper le feu, ce que ce dernier refuse, ne croyant pas que ce qui est relaté se produit vraiment. Ils restent alors sur place[50].

La confusion chez les Jordaniens est tout aussi grande que chez les Israéliens, avec la chute de la colline 315 et les attaques de diversion qui bien que faisant peu de victimes sèment beaucoup de troubles[50].

Le matin approchant et étant incapable d'évaluer la situation, le Quartier-général israélien donne à 5h30 l'ordre aux soldats de faire retraite sur Bad al-Oued[50].

Les pertes sont importantes. Le bataillon de 400 hommes de la Harel décompte 16 morts et 79 blessés et celui de la Yiftah, une poignée de morts et de blessés. La Légion décompte de son côté plusieurs douzaines de victimes[50].

Le lendemain, les Jordaniens lancent deux contre-attaques. La première vise Beit Sousin. Les légionnaires parviennent à prendre plusieurs avant-postes israéliens mais ne peuvent les tenir plus de quelques heures. Les combats font 8 morts et une vingtaine de blessés côté israélien[51],[52]. La seconde vise le kibboutz Gezer d'où sont parties les attaques de diversion. Une force de la taille d'un bataillon, composée de légionnaires et d'irréguliers et appuyée par une douzaine de véhicules blindés, attaquent le kibboutz au matin. Celui-ci est défendu par 68 soldats de la Haganah (dont 13 femmes). Après une bataille de quatre heures, le kibboutz est pris. Une douzaine de défenseurs parviennent à s'enfuir ; la plupart des autres se rendent et un ou deux sont exécutés. Les légionnaires protègent les prisonniers des irréguliers et le lendemain libèrent les femmes. Le bilan est de 39 morts côté israélien et de 2 morts chez les légionnaires. Le kibboutz est également pillé par les irréguliers. Les légionnaires évacuent la zone après les combats et le soir, des hommes de la Yiftah reprennent le kibboutz aux irréguliers[50].

[] Offensives menées lors de l'opération Dani

Plan des assauts menés contre la position de Latroun dans le cadre de l'opération Dani.
Plan des assauts menés contre la position de Latroun dans le cadre de l'opération Dani.

Après le mois de trêve qui a permis à Tsahal de reprendre des forces et de s'équiper, le point faible du dispositif israélien reste le front central et l'étroit couloir qui relie Jérusalem à la plaine côtière. L'État-major décide de lancer l'opération Larlar dont l'objectif est de prendre Lydda, Ramle, Latroun et Ramallah et ainsi de complètement désenclaver Jérusalem-ouest par le nord[53].

Pour remplir cet objectif, Yigal Allon se voit confier les brigades Harel et Yiftah (maintenant totalisant 5 bataillons), la 8e brigade blindée (nouvellement constituée des 82e et 89e bataillons), plusieurs bataillons d'infanterie des brigades Kiryati et Alexandroni et 30 pièces d'artillerie[53]. La 7e brigade a quant à elle été déplacée sur le front nord.

Dans une première phase, entre les 9 et 13 juillet, les Israéliens prennent Lydda et Ramle et resserrent l'étau autour de Latroun avec la prise de Salbit mais les forces sont épuisées et l'État-major renonce à la percée jusqu'à Ramallah[54]. Deux attaques vont malgré tout être tentées contre Latroun.

[] Offensive contre l'est du dispositif jordanien (16 juillet)

La nuit du 15 au 16 juillet, plusieurs compagnies de la brigade Harel mènent un assaut contre Latroun par l'est, aux alentours de la « crête d'artillerie » et des villages de Yalou et Beit Nouba. Ils progressent dans les collines via les villages de Beit Toul et Khirbet Nataf en transportant leur matériel à dos de mules. Après plusieurs heures de combats et les contre-attaques des véhicules blindés de la Légion arabe, ils sont finalement repoussés mais parviennent à conserver le contrôle de plusieurs collines[54],[55],[56]. Au total, les Israéliens dénombrent 23 morts et de nombreux blessés[57].

[] Assaut direct contre le fort de police (18 juillet)

L'état-major décide de tenter le 18 juillet, une heure avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, un assaut frontal de jour contre le poste de police. Les services de renseignements indiquent en effet qu'il est « peu probable » que les forces de la Légion dans le secteur soient « substantielles »[58].

Le matin, des opérations de reconnaissances sont menées dans le secteur mais ne permettent pas de confirmer ou d'infirmer les informations des services de renseignement. À 18h, 2 tanks Cromwell pilotés par des déserteurs britanniques, et secondés par un bataillon de la brigade Yiftah véhiculé dans des half-tracks se lance à l'assaut du poste de police avec un soutien d'artillerie[58].

Quand les forces israéliennes arrivent à 500 mètres du fort, elles sont soumises au tir de l'artillerie jordanienne. Vers 18h15, un des chars est touché (ou bien a une avarie mécanique[54]) à hauteur du camp de détention et doit retourner à al-Qoubab pour réparation. Le reste des forces attend son retour et l'attaque reprend vers 19h30 mais est abandonnée peu après 20h[58].

Les israéliens dénombrent entre 9[58] et 12[59] victimes.

En parallèle, des éléments de la brigade Harel prennent une dizaine de villages au sud de la route de Birmanie de manière à élargir et sécuriser le couloir de Jérusalem. La plupart des habitants ont fui les combats dès avril mais ceux qui ne l'ont pas fait sont systématiquement expulsés[60].

[] L'assaut final ?

Durant la seconde trêve qui suit la « campagne des 10 jours », les Israéliens ont acquis la supériorité militaire totale sur leurs adversaires et le Cabinet étudie où et quand frapper. Les choix peuvent se diriger vers l'enclave arabe en Galilée, tenue par les forces de l'Armée de libération arabe ; vers la Samarie et la Judée, tenue par les Irakiens et les Jordaniens ; ou enfin le Sud Neguev tenu par les Égyptiens[61].

Chaque option présente ses avantages et inconvénients[61]. Toutefois, le 24 septembre, une attaque effectuée par des irréguliers palestiniens dans le secteur de Latroun et au cours de laquelle 23 soldats israéliens trouvent la mort précipite les débats. Le 26 septembre, David Ben Gourion défend devant son Cabinet le point de vue de re-attaquer Latroun et de conquérir la Cisjordanie[61].

Après discussions, la motion est rejetée par 7 voix contre 5. Selon Benny Morris, les arguments qui ont pesé dans la balance sont les répercussions internationales négatives pour Israël du récent assassinat du Comte Bernadotte ; les craintes des conséquences de l'attaque sur un accord avec Abdallah ; les craintes que la défaite de la Légion arabe ne provoque l'intervention militaire britannique par l'activation de l'accord de défense mutuel entre la Jordanie et la Grande-Bretagne ; et enfin les conséquences démographiques de l'incorporation de plusieurs centaines de milliers de citoyens arabes supplémentaires à Israël[61].

Ben Gourion qualifie la décision du Cabinet de bechiya ledorot (« cause de lamentation pour des générations ») en considérant qu'Israël renonce peut-être à jamais à la Vieille Ville de Jérusalem et à la Judée et la Samarie[61].

[] Conséquences

Zone de Latroun (19 juillet 1948).
Zone de Latroun (19 juillet 1948).

Au niveau opérationnel, l'ensemble des assauts sur Latroun se solde par des défaites israéliennes et des victoires jordaniennes : bien que parfois mis à mal, les Jordaniens repoussent tous les assauts et conservent le contrôle de la route reliant la plaine côtière à Jérusalem tandis que les Israéliens déplorent 168 morts[2],[Note 10] et de nombreux blessés.

Au niveau stratégique, le résultat est mitigé :

  • la « route de Birmanie » permet aux Israéliens de contourner Latroun et d'assurer le ravitaillement des 100 000 habitants juifs de Jérusalem-ouest en vivres, armes et munitions et ainsi d'éviter sa chute ;
  • si le contrôle de Jérusalem-ouest par les Israéliens mobilise une partie des armées arabes loin de la plaine côtière, le contrôle de Latroun par les Jordaniens, à 15 km de Tel-Aviv, reste une menace qui mobilise une partie importante des forces israéliennes[62] ;
  • Latroun est un point-pivot du dispositif de la Légion : Glubb Pacha y a massé un tiers de ses troupes ; sa chute aurait certainement conduit à la chute de la Jérusalem arabe et la prise de l'ensemble de la Cisjordanie par les Israéliens[63].

Lors des discussions d'armistice israélo-jordanienne à Rhodes, les Israéliens demandent mais sans l'obtenir, le retrait de la Légion de Latroun[64]. La position restera sous contrôle jordanien jusqu'à la Guerre des six jours.

[] Historiographie

[] Historiographie et mémoire collective israéliennes

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