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Années 1930 
extracted from Wikipedia, the Free Encyclopedia


 

AnnĂ©es :

1930 - 1931 - 1932 - 1933 - 1934
1935 - 1936 - 1937 - 1938 - 1939

DĂ©cennies :

1910 1920 - Années 1930 - 1940 1950

Siècles :

XIXe siècle - XXe siècle - XXIe siècle

MillĂ©naires :

Ier millĂ©naire - IIe millĂ©naire - IIIe millĂ©naire

Les années 1930 couvrent la période de 1930 à 1939.

Sommaire

La crise de 1929

Article dĂ©taillĂ© : Crise de 1929.
Chronologie du krach de 1929
  • 3 septembre : dĂ©but de la baisse des cours Ă  Wall Street ; le marchĂ© reste soutenu.
  • mercredi 23 octobre : plusieurs milliers de spĂ©culateurs dĂ©cident de se retirer.
  • jeudi 24 octobre : treize millions de dollars d'actions sont proposĂ©es Ă  la vente. Ă€ 11 heures, Ă©meutes dans les rues attenantes et intervention de la police ; suicide d'une dizaine de spĂ©culateurs inconnus. Ă€ midi, crĂ©ation du Syndicat Morgan qui rachète ses propres actions de banque ; dĂ©claration commune des trente-cinq plus grandes firmes de courtages : « le marchĂ© est sain.  Â»
  • vendredi 25 octobre : nombreuses publicitĂ©s poussant Ă  l'achat dans les journaux.
  • lundi 28 octobre : reprise de la panique : seulement 9,2 millions d'actions sur le marchĂ© des titres.
  • mardi 29 octobre : le « mardi noir Â» : 16,4 millions de titres de plus en vente, les banquiers vendant Ă  leur tour (dont le Syndicat Morgan).
  • mercredi 30 – jeudi 31 octobre : Rockefeller annonce le rachat de titre, courte reprise de confiance.
  • vendredi 1er novembre : fermeture de la bourse.
  • lundi 4 novembre : rĂ©ouverture et nouvel effondrement ; la bourse fonctionne seulement trois heures par jour pour Ă©viter la panique.
  • mercredi 13 novembre : fin du crack boursier : les cours, au plus bas, remontent un peu. La crise est passĂ©e Ă  la sphère bancaire.

Alors que l'Europe dans son ensemble connaĂ®t des difficultĂ©s importantes et diverses, les États-Unis traversent les annĂ©es 1920 dans une relative insouciance protectionniste. Les Roaring Twenties marquent l'entrĂ©e dans la consommation de masse ; la classe moyenne s'affirme comme le moteur d'une sociĂ©tĂ© qui se recentre sur l'industrie et les services. Un dĂ©calage certain naĂ®t entre des modes de production nouveaux et une consommation ancrĂ©e dans des rĂ©flexes du XIXe siècle. Taylorisme et soutien industriel s'accommodent tant bien que mal de dĂ©bouchĂ©s qui restent restreints. La prospĂ©ritĂ© gĂ©nĂ©rale s'accompagne de plus d'un vĂ©ritable marasme dans l'agriculture, notamment Ă  cause du retrait des achats europĂ©ens. Pour soutenir ce secteur clĂ© de l'Ă©conomie et de la stabilitĂ© sociale, le gouvernement amĂ©ricain engage une politique alliant subventions et hausse des tarifs douaniers. Ainsi, si la prospĂ©ritĂ© est rĂ©elle, une partie en est d'origine spĂ©culative. Par ailleurs, dans un contexte de contraction du commerce international, seuls les capitaux sont massivement Ă©changĂ©s, notamment Ă  travers les prĂŞts et les remboursements transatlantiques. Ces mouvements financiers engagent un mĂ©canisme de spĂ©culation qui favorise les petits porteurs toujours plus nombreux, notamment en Europe. Aux États-Unis, la spĂ©culation est d'abord très majoritairement boursière et non, par exemple, immobilière ; et bien que les actionnaires ne reprĂ©sentent alors qu'un peu plus de 1 % des AmĂ©ricains, cela suffit pour crĂ©er un dĂ©calage important entre augmentation du cours moyen des actions (+200 % entre 1922 et 1929) et augmentation du profit des entreprises (+50 % dans le mĂŞme temps). La spĂ©culation ponctionne l'Ă©conomie et prive la sphère rĂ©elle de capitaux prĂ©cieux qui ne font qu'alimenter une bulle financière. Le mois de septembre 1929 est marquĂ© par une guerre des taux d'intĂ©rĂŞts entre les deux places boursières majeures d'alors, New York et Londres. D'une crise mineure au Royaume-Uni, les spĂ©culateurs amĂ©ricains engendrent par un retournement de confiance soudain une panique boursière de large ampleur.

Le jeudi 24 octobre, treize millions de titres sont vendus ; le « jeudi noir Â», plus de seize millions. L'indice boursier de Wall Street s'effondre, et cette crise boursière se mue très vite en crise bancaire. Les banques n'Ă©tant pas remboursĂ©es de l'argent qu'elles ont massivement prĂŞtĂ©, elles limitent voire suspendent leur prĂŞts. Très vite, la crise traverse l'Atlantique et touche plus ou moins violemment et rapidement les pays europĂ©ens, selon leur degrĂ© de dĂ©pendance des États-Unis. Les prĂŞts accordĂ©s par les banques amĂ©ricaines sont Ă  court terme, tandis que les banques europĂ©ennes concernĂ©es prĂŞtent Ă  plus long terme, pour soutenir les efforts de reconstruction. L'argent venant Ă  manquer pour rembourser, les États-Unis acceptent de crĂ©er des prĂŞt-relais ; mais Ă  partir de janvier 1930, cette solution n'est plus viable : la crise Ă©conomique se gĂ©nĂ©ralise. Quelques pays sont largement moins touchĂ©s, telle l'Italie autarcique de Mussolini.

Face Ă  ce dĂ©sastre, des mesures d'adaptation d'ordre socio-Ă©conomiques doivent ĂŞtre prises par les pouvoirs politiques. Dans un premier temps, et dans la majoritĂ© des pays europĂ©ens, des rĂ©ponses classiques sont proposĂ©es et appliquĂ©es ; principalement, la dĂ©flation — rĂ©duire la masse monĂ©taire pour en assurer la robustesse Ă  court terme — notamment en contractant les dĂ©penses publiques ; rĂ©duire la demande pour soutenir les prix.

Au Royaume-Uni, les difficultĂ©s Ă©conomiques sont prĂ©sentes depuis 1926. La crise de 1929 constitue une aggravation notable. Ă€ partir de janvier 1930, un comitĂ© Ă©conomique consultatif est créé, ce qui souligne l'impuissance du gouvernement Ă  gĂ©rer les Ă©vĂ©nements. Une courte pĂ©riode de tripartisme assure la remontĂ©e du parti Travailliste, mais les premiers mois sont marquĂ©s par la dĂ©sorganisation. Aux États-Unis, la crise dure jusqu'Ă  dĂ©but 1933. Le prĂ©sident rĂ©publicain Hoover peine Ă  aller contre les pratiques libĂ©rales ; il n'a d'ailleurs pas les moyens essentiels d'une politique active. Pour soutenir les prix, des organisations Ă©tatiques rachètent des produits que les EuropĂ©ens ne sont plus en mesure d'importer ; mais des lacunes structurelles et l'opposition du Congrès font que les stocks sont revendus peu après. L'Ă©bauche d'une protection sociale apparaĂ®t, avec des prĂŞts accordĂ©s aux États fĂ©dĂ©raux pour subventionner la lutte contre le chĂ´mage. Toutefois, la plupart de ces prĂŞts Ă  court terme sont refusĂ©s, car non remboursables par les États. Enfin, les travaux publics explosent, pour soutenir l'emploi. La crise se propage très rapidement en Allemagne, dès janvier 1930. Les États-Unis suspendent leurs prĂŞts ; la faillite du Kredit Anstalt en mai 1931 est un second coup dur portĂ© aux finances du pays, car il dĂ©tenait la moitiĂ© de l'industrie autrichienne, jusqu'alors très prospère. Pour aider efficacement l'Allemagne et enrayer le chĂ´mage prenant des proportions gargantuesques, le Moratoire Hoover est adoptĂ© et met fin aux rĂ©parations allemandes en 1931. L'axe principal de la politique dite de redressement est la dĂ©flation, tentĂ©e par les chanceliers BrĂĽning et Von Papen. C'est un Ă©chec complet : fin 1933, on estime que 50 % des actifs travaillent pour l'État. En France, la crise est plus tardive, car la part de l’agriculture dans l’économie est plus importante, le pays a moins de relations avec l’extĂ©rieur, et dispose de son empire colonial, et du franc fort : moins de deux mille chĂ´meurs officiels en 1930. Cependant, les exportations commencent Ă  chuter et les solutions tentĂ©es sont parfois maladroites, souvent contradictoires : les soubresauts politiques, les lobbies en place empĂŞchent un amĂ©nagement efficace et un regroupement des structures. Ă€ l'instar des États-Unis, on rĂ©alise de grands travaux (plan Marquet), mais Ă  l'inverse des autres pays, la lutte se tourne contre l'inflation, et non contre le chĂ´mage.

Des nationalismes divers

Devant les Ă©checs et pour se dĂ©gager d'une crise qui dure parfois depuis plusieurs annĂ©es, des solutions plus ou moins originales sont tentĂ©es dans un mouvement gĂ©nĂ©ral de repli nationaliste. De ces transformations socio-Ă©conomiques, donc politiques, naĂ®t un clivage fort entre rĂ©gimes dĂ©mocratiques et États autoritaires. Qui plus est, si la crise Ă©conomique survient au sein du monde « amĂ©ricano-europĂ©en Â», c'est bien Ă  une internationalisation complète qu'on assiste pendant la seconde moitiĂ© de la dĂ©cennie. Pour autant, la dĂ©fiance Ă  l'international n'a jamais Ă©tĂ© aussi grande. L'organisation du monde centrĂ©e sur l'Europe implose avec les dĂ©clarations de guerre de 1939.

Les démocraties en proie aux difficultés économiques

Pendant les trois premières années de la décennie, le principal souci est la crise économique généralisée.

Au Royaume-Uni, une dĂ©valuation franche est l'Ĺ“uvre d'un premier ministre travailliste, MacDonald, appelĂ© Ă  la tĂŞte du gouvernement par George V en 1931. Mais le travailliste MacDonald dĂ©cide d'accompagner cette mesure d'une sĂ©rie d'ajustements et de soutiens, pour assurer un certain Ă©quilibre budgĂ©taire. Le 22 septembre 1931, c'est un flottement de la livre qui est dĂ©cidĂ©, non une nouvelle dĂ©valuation : l'idĂ©e sous-jacente est de laisser le marchĂ© dĂ©cider de la valeur de la livre en suspendant la convertibilitĂ©-or de la livre sterling, ce qui coupe court Ă  toute spĂ©culation. Cette mesure est ainsi Ă©minemment politique : dĂ©but 1932, le cours de la monnaie nationale se stabilise en de faibles variations et un nouveau cours par rapport Ă  l'or est fixĂ©. Le pays se dote aussi, en plus d'un Ă©quilibre budgĂ©taire, d'une refonte du système douanier et d'une double assurance face Ă  la spĂ©culation : un mĂ©canisme financier, et une dĂ©fense psychologique. Cela permet au Royaume-Uni de repartir sur des bases saines. Plus original encore, le libre-Ă©change est abandonnĂ© sans mĂ©nagement après la très large victoire des conservateurs aux Ă©lections de 1931. Des Ă©changes prĂ©fĂ©rentiels sont Ă©tablis avec les colonies Ă  travers le Commonwealth. Sur le plan structurel, les entreprises vĂ©tustes et mal gĂ©rĂ©es de l'immĂ©diat après-guerre et risquant la faillite sont nationalisĂ©es ; on pousse au regroupement des autres organisations restĂ©es solides, dans les mines, les transports… Le phĂ©nomène de cartellisation bat son plein, mais le « gigantisme Â» apparaĂ®t Ă  de plus petites Ă©chelles : les premiers grands magasins populaires apparaissent, par exemple. Par un soutien au pouvoir d'achat et la mise en place de modes de consommation originaux, on permet aux classes moyennes Ă©mergentes de s’équiper en produits Ă©lectromĂ©nagers, et par lĂ  une relance de certains secteurs industriels. Une certaine logique anglo-saxonne de relance par la consommation apparaĂ®t alors et, comme en AmĂ©rique, le pouvoir central finance des actions menĂ©es par les autoritĂ©s locales. Un point dĂ©cevant tant pour les travaillistes que pour les conservateurs reste le chĂ´mage, qui se situe encore bien au-dessus du chĂ´mage frictionnel en 1938, avec 1,8 million de chĂ´meurs contre 3 millions en 1932. MalgrĂ© tout, et au prix d'un certain isolationnisme et d'une perte de souverainetĂ© sur le plan international, le Royaume-Uni rĂ©ussit Ă  aborder l'annĂ©e 1939 forte d'une cohĂ©sion nationale rĂ©elle et bienvenue.

Aux États-Unis, la sortie de crise vient Ă©galement d'un changement politique. L'opinion publique est favorable Ă  une intervention de l'État et confie Ă  l'ex-gouverneur de l'État de New-York, Franklin Delano Roosevelt, le soin d'engager des rĂ©formes. Il lance avec son Ă©quipe de conseillers un premier New Deal, basĂ© sur le dĂ©ficit budgĂ©taire. 1934 est une annĂ©e de redressement. C'est cette annĂ©e-lĂ  que l'Ă©conomiste Simon Kuznets Invente le produit intĂ©rieur brut. En 1935, un assainissement du système bancaire, des finances et de la monnaie est de nouveau nĂ©cessaire. Lors des « 100 jours de Roosevelt Â», un moratoire bancaire est Ă©tabli pour enrayer toute panique et amĂ©liorer la moralitĂ© des institutions financières : la principale guerre est celle de la confiance. Par ailleurs, la prĂ©sidence poursuit la politique de grands travaux et de soutien Ă  l'agriculture, avec de nouveaux organismes d'aide et de veille créés Ă  l'occasion de l'Agricultural Adjustment Act. L'objectif gĂ©nĂ©ral est de permettre une large consommation dans toutes les couches sociales de la population. NouveautĂ© importante, l'État devient actionnaire de nombreuses sociĂ©tĂ©s industrielles ; mais il n'empĂŞche pas franchement les regroupements (National Industrial Recovery Act de juin 1933). Face Ă  divers Ă©checs sociaux, notamment dans les restructurations, Roosevelt associe les syndicats Ă  son action fin 1935 et engage un second New Deal. Une politique anti-trusts plus dirigiste est menĂ©e et on favorise le management. Les États fĂ©dĂ©raux s'arrogent le droit d'arbitrer les conventions collectives, ce qui rassure les ouvriers. Une amorce de SĂ©curitĂ© sociale est créée avec le Social Security Act d'aoĂ»t 1935 : assurance chĂ´mage et vieillesse, loi Wagner favorable aux syndicats… Le second New Deal semble plus efficace, et contrairement au premier, il a Ă©tĂ© largement financĂ©. Un troisième volet, d'inspiration keynĂ©sienne, vient clore l'action de Roosevelt en 1938. Toutefois, il reste 9 millions de chĂ´meurs en 1939 et les États-Unis se sont isolĂ©s.

En France, l'annĂ©e 1936 voit un grand bouleversement politique se produire après plusieurs annĂ©es d'instabilitĂ© ministĂ©rielle : au mois de mai, les Ă©lections lĂ©gislatives sont remportĂ©es par la gauche ; le Front populaire accède au pouvoir. LĂ©on Blum est dĂ©signĂ© premier ministre au bout d'un long mois ; des grèves enthousiastes et spontanĂ©es « fĂŞtent Â» la victoire. L'attente de rĂ©formes est grande. Au lieu de dĂ©valuer le franc, la gauche dĂ©cide d'un flottement encadrĂ© de la monnaie avec le franc Auriol. Cette mesure ne rassure pas les Français. Sur le plan des rĂ©formes sociales, la politique est toutefois plus vigoureuse : Blum veut forcer les patrons Ă  nĂ©gocier avec les syndicats. Les accords Matignon du 7 juin 1936 unissent deux organisations de droit privĂ© sous arbitrage de l'État. Les avancĂ©es sont notables et diverses : samedi chĂ´mĂ© sans diminution de salaire ni heures supplĂ©mentaires (mesure incitant Ă  l'embauche, mais sabordĂ©e par une baisse volontaire de la production par les patrons), introduction des congĂ©s payĂ©s (2 semaines par an), augmentation des salaires variables (de 7 Ă  15%), dispositions favorisant le syndicalisme au sein de l'entreprise… Pour forcer le patronat Ă  suivre ces consignes, l'accord privĂ© est transformĂ© en loi ; finalement, l'accord « Ă  l'amiable Â» a Ă©tĂ© un Ă©chec. Par ailleurs, l'inflation annule les augmentations de salaires, les droits syndicaux peinent Ă  s'imposer et l'embauche ne dĂ©colle pas après plusieurs mois. Sur le plan structurel, des entreprises sont nationalisĂ©es : la SNCF est créée le 1er juillet 1937, des constructeurs d’avions et Air France Ă©galement. La Banque de France, bien que restant privĂ©e, passe sous un contrĂ´le Ă©troit de l'État. L'ensemble de cette politique déçoit l'extrĂŞme gauche : les problèmes Ă©conomiques sont trop puissants et forcent Blum Ă  quitter dĂ©finitivement le pouvoir, après un retour Ă©clair au printemps 1938. Le radical Édouard Daladier prend sa suite. Architecte des accords de Munich mettant temporairement fin Ă  la crise des Sudètes en 1938, il se montre ferme en politique intĂ©rieure : en refusant toute augmentation des salaires et en autorisant les heures supplĂ©mentaires, il se rapproche de la politique des pays voisins. Il engage de grandes dĂ©penses par des commandes de l'État et profite du bon contexte monĂ©taire dĂ» au travail de Paul Reynaud. La dĂ©valuation du franc avec un flottement « Ă  l'anglaise Â» permet d'aborder sereinement les dernières annĂ©es de la dĂ©cennie sur le plan financier, mais le redressement est tardif et timide, et la nation divisĂ©e.

La tentation fasciste en France

La crise politique que traverse la France depuis la fin des Années folles débouche, à cause notamment de la crise économique, sur une instabilité politique marquée par la tentation fasciste.

La France des annĂ©es 1930 est marquĂ©e par plusieurs poids qui l'empĂŞchent de se dĂ©velopper politiquement, socialement et Ă©conomiquement :

  • Une crise politique : l'instabilitĂ© notoire des gouvernements de la Troisième RĂ©publique (en moyenne un gouvernement tous les six mois) entraĂ®ne une certaine dĂ©fiance vis-Ă -vis de la classe politique en gĂ©nĂ©ral. Le non-renouvellement de cette classe politique, son implication dans certains scandales politico-financiers particulièrement retentissants (Affaire Stavisky) en 1934) discrĂ©ditent le pouvoir.
  • Une crise sociale : le choc de la Première Guerre mondiale a du mal Ă  se rĂ©sorber. Le poids des anciens combattants, la brutalisation des hommes pendant la guerre, une certaine dĂ©prime collective et un Malthusianisme gĂ©nĂ©ralisĂ© figent la sociĂ©tĂ©, sans vitalitĂ© dĂ©mographique. La sociĂ©tĂ© Ă©volue Ă©galement vers une sociĂ©tĂ© de masse, plus urbaine (la barre des 50 % de population urbaine est franchie en 1931). Le monde paysan a du mal Ă  se moderniser, faute d'aides financières. La protection sociale est très peu dĂ©veloppĂ©e.

Toutes ces tensions, aggravées par l'arrivée de la crise mondiale en 19311, font se développer une contestation politique importante.

Les rĂ©gimes « totalitaires Â»

  • L'Allemagne, quant Ă  elle, met en place des mesures d'un tout autre ordre sous l'Ă©gide nazie. D'une petite organisation affaiblie pendant les annĂ©es 1920, Hitler a fait du parti nazi (NSDAP) une force majeure du champ politique allemand en 1932, en s'appuyant sur le contexte difficile créé par la crise de 1929. Par ailleurs, l'organisation nouvelle du parti contribue aux Ă©checs successifs des Chanceliers en place. Si les ouvriers rejoignent le parti communiste (KPD), une partie de la paysannerie, et surtout les petite et moyenne bourgeoisies se rallient au nazisme. Un programme simple et concret, ainsi que l'appui de plusieurs industriels et une propagande bien orchestrĂ©e, assurent le succès des campagnes d'Hitler et l'amènent Ă  remporter plusieurs victoires Ă©lectorales au Reichstag, le parlement allemand. L'annĂ©e 1932 marque la perte de contrĂ´le du pouvoir en place, faute de majoritĂ© parlementaire. Dans un climat de tension gĂ©nĂ©ralisĂ©e entretenu par les SA, poussĂ© Ă  s'engager Ă  la tĂŞte d'un gouvernement de coalition de droite, Hitler est nommĂ© Chancelier le 30 janvier 1933 par le PrĂ©sident Hindenburg. Obtenant coup sur coup le pouvoir lĂ©gislatif, par la loi des pleins pouvoirs (23 mars 1933), et la fonction de PrĂ©sident, suite Ă  la mort d'Hindenburg, Hitler entreprend en 1934 une rĂ©organisation complète du pays par une sĂ©rie de lois, met en place un rĂ©gime totalitaire et raciste. Il rĂ©cupère le docteur Schacht comme prĂ©sident de la Reichsbank, puis comme ministre des Finances ; une vraie-fausse nouvelle monnaie est créé : le Mefo-Wechsel. Elle consiste en des reconnaissances de dettes Ă©changĂ©es par les entreprises. Son rĂ´le est d'empĂŞcher l'inflation monĂ©taire, mais l'Ă©chec du système Ă  partir de 1937 conduit Schacht Ă  dĂ©missionner. Par ailleurs, les nazis accentuent leur pression sur le peuple juif. Les lois de Nuremberg de septembre 1935 leur retirent les libertĂ©s fondamentales et plus encore ; les premiers camps de concentration sont construits et utilisĂ©s pour Ă©carter les opposants politiques Ă  partir de 1934. Dans le mĂŞme temps, des travaux titanesques sont entrepris dans tout le pays : plan Reinhardt sur deux ans, puis plan GoĂ«ring en 1936. Globalement, l'Ă©conomie allemande se referme sur elle-mĂŞme et entretient sa dynamique par une production massive d'armement et d'ersatz en tout genre. Sur le plan institutionnel, Hitler souhaite des structures simples et facilement contrĂ´lables. Tous les nouveaux chefs d'entreprises sont dĂ©signĂ©s par le parti nazi, et un seul syndicat est autorisĂ©, le Front du Travail. En janvier 1933, l'Allemagne comptait six millions de chĂ´meurs ; il n'en est plus officiellement recensĂ© aucun en dĂ©cembre 1936. Mais cette Ă©conomie plus ou moins artificielle oĂą les salaires sont en partie remplacĂ©s par des paiements en nature est instable et endette l'État. Son horizon de moyen terme est incontestablement la guerre et l'extension territoriale. Cet Ă©tat de fait est confirmĂ© par une politique extĂ©rieure agressive : retrait de l'Allemagne de la SDN en octobre 1933, remilitarisation de la RhĂ©nanie en violation du TraitĂ© de Versailles et du pays tout entier, soutien aux franquistes ; axe Rome-Berlin d'octobre 1936 et pacte anti-Komintern de novembre 1936 avec le Japon ; l'Anschluss de mars 1938 est admis par les dĂ©mocraties, mais la discrĂ©tion des premières annĂ©es Ă  manifestement laissĂ©e place Ă  un militarisme assumĂ© par la seconde puissance industrielle mondiale.
  • L'Union soviĂ©tique connaĂ®t depuis 1928 une Ă©conomie de plan, Ĺ“uvre de Staline. Les annĂ©es 1920 ont Ă©tĂ© marquĂ©es par l'application massive du taylorisme dans des entreprises d'abord nationalisĂ©es, puis dĂ©nationalisĂ©es dans le cadre de la NEP – une passe d'inspiration capitaliste jugĂ©e nĂ©cessaire avant les rĂ©formes favorables au prolĂ©tariat dans la thĂ©orie marxiste. Ayant abouti Ă  une situation instable tant sur le plan Ă©conomique (production agricole massive, production industrielle faible) que sur le plan social (Ă©mergence de classes favorisĂ©es, telles les Koulaks des campagnes), la NEP est remplacĂ©e par une planification, ce qui se traduit par la collectivisation. Sous un rĂ©gime de type totalitaire, le plan Ă©vite les hĂ©sitations, mais bloque Ă©galement l'initiative. La politique Ă©conomique stalinienne prend le contre-pied total de l'Ă©conomie libĂ©rale, et va bien au-delĂ  de l'Ă©conomie rĂ©gulĂ©e, dite mixte ou encore administrĂ©e. Pour la soutenir, des structures fortes sont nĂ©cessaires. Le plan favorise la mise en place d'une bureaucratie, au sens pĂ©joratif du terme. Lors du premier plan, l'industrie est de nouveau nationalisĂ©e, et les entreprises concentrĂ©es. Comme en Allemagne nazie, les directeurs d'entreprises sont nommĂ©s. Les investissements sont orientĂ©s vers les industries de bases, dites du secteur A : sidĂ©rurgie, mines, constructions mĂ©caniques… Il s'agit de prĂ©parer pendant cinq ans le lancement d'un second secteur B, qui sera Ă©galement soutenu cinq annĂ©es durant. Toutefois, le seul vecteur de salaire est alors l'État. Si la production industrielle a bien augmentĂ©e, quoiqu'en des proportions moindres que celles annoncĂ©es par les statistiques d'État, les progrès sont rĂ©alisĂ©s au prix de salaires très faibles et d'impĂ´ts très lourds. Ă€ l'instar de l'Italie mussolinienne, le pays se tient Ă  l'Ă©cart de la crise de 1929 et de ses principales retombĂ©es. Les Ă©changes avec l'extĂ©rieur Ă©tant rĂ©duits au strict minimum, le peuple russe doit s'organiser repliĂ© sur lui-mĂŞme. Dans le domaine de l'agriculture, la nationalisation est dans un premier temps moins franche qu'ailleurs. Les fermes d'États, les sovkhozes, sont rares : pour Ă©viter l'expropriation des paysans, on les laisse d'abord s'organiser en kolkhozes, regroupements de villages fixant des objectifs de production. Ce système est un Ă©chec et mène Ă  des interventions très dures de la part de l'État pour assurer la complète collectivisation des campagnes. Aussi bien dans l'industrie que dans le travail de la terre, les sacrifices humains sont importants. Le premier plan est par ailleurs l'occasion d'un rĂ©ajustement entre ces deux secteurs. Victime de la thĂ©orie de Preobrajensky et de l'optimisation des normes, la production agricole chute. Son rĂ´le est redĂ©fini : fournir le maximum de denrĂ©es consommables aux urbains, tout en recueillant le minimum d'investissement. Cela freine fortement la mĂ©canisation des campagnes. La collectivisation s'achève dans la dĂ©sillusion en 1938 avec un deuxième plan (1933-1937). Elle est marquĂ©e par plusieurs rationnements obligatoires entre 1931 et 1935 et une famine faisant des millions de morts en 1932-1933, notamment l'Holodomor en Ukraine, par une accentuation des contraintes individuelles qui entre en conflit avec la recherche de la productivitĂ© maximale, et surtout par une propagande plus forte. Le troisième et dernier plan mène enfin le pays Ă  la guerre : tout en dĂ©nonçant le militarisme hitlĂ©rien, le pouvoir dĂ©veloppe les industries de guerre.
  • Le nationalisme d'extrĂŞme gauche touche Ă©galement la Chine, qui entame la dĂ©cennie dans une phase de mutation profonde. L’Empire du Milieu a laissĂ© place Ă  une RĂ©publique dirigĂ©e par le gĂ©nĂ©ral Tchang KaĂŻ-chek, qui a accĂ©dĂ© au pouvoir grâce aux communistes russes — dont il se dĂ©barrasse en 1927, craignant leur influence. Les puissances dĂ©mocratiques occidentales lui apportent alors un soutien financier. Un rĂ©gime autoritaire basĂ© Ă  Nankin, organisĂ© par le Guomindang, entreprend de moderniser le pays (rĂ©formes industrielles, lĂ©gales…). La politique expansionniste du Japon dans les territoires russes et chinois ajoute aux difficultĂ©s du gouvernement, en prise avec l'opposition communiste naissante. De 1930 Ă  1935, le Japon, dĂ©jĂ  prĂ©sent en CorĂ©e depuis la fin du XIXe siècle2, multiplie les protectorats (telle la Mandchourie) et approche mĂŞme PĂ©kin. Dans le mĂŞme temps, le rĂ©gime en place perd son crĂ©dit auprès des masses paysannes. Les communistes se rallient autour de Mao Zedong, qui fonde une « RĂ©publique soviĂ©tique Â» dans le Jiangxi, en 1931. EncerclĂ© par les troupes de Tchang KaĂŻ-chek, Mao Zedong entreprend avec ses partisans la mortelle Longue Marche vers le Nord-Ouest, premier mouvement vers l'accès au pouvoir qui vient en janvier 1935. En rĂ©alitĂ©, Tchang KaĂŻ-chek accepte de former un front uni avec les communistes pour s’opposer au Japon, lesquels se lancent Ă  l'assaut de la Chine en 1937 : ainsi dĂ©bute la guerre sino-japonaise. Cette lutte se poursuivra tout au long de la dĂ©cennie et pendant la Seconde Guerre mondiale, Ă  l’avantage des communistes, qui ont la confiance du peuple rĂ©sistant.
  • En Italie, le pouvoir est accaparĂ© depuis le 30 octobre 1922 par le fasciste Mussolini. Profitant du dĂ©pit du peuple après la fin de la guerre et des divisions des partis traditionnels, Mussolini s'est emparĂ© du pays avec le Parti national fasciste en matant toute tentative de rĂ©volution sociale. La dictature fasciste a pris place dès 1926. Par une propagande habile, grâce Ă  l'accord de Latran avec l'Église en 1929, et au moyen d'un interventionnisme Ă©tatique remplaçant le libĂ©ralisme des premières annĂ©es, Mussolini prend racine dans un pays de plus en plus autarcique. En 1933, la crĂ©ation de l'Institut pour la reconstruction industrielle est l'occasion d'une prise de contrĂ´le plus large des structures de production. Avec une politique protectionniste nettement accentuĂ©e Ă  partir de 1934, les fascistes s'assurent la paix sociale, indispensable Ă  leurs projets d'extension territoriale. La politique nataliste tĂ©moigne du rĂŞve d'un second Empire romain. L'invasion du dernier pays libre d'Afrique en octobre 1935, l'Éthiopie, marque la rupture avec les dĂ©mocraties voisines. Par la voix de la SDN, elles dĂ©cident de sanctions Ă©conomiques envers l'Italie. Mussolini dĂ©cide alors de se rapprocher au plus près d'Hitler, avec qui les relations avait Ă©tĂ© jusqu'alors plutĂ´t tendues. L'Italie fasciste prend l'Allemagne nazie en modèle. En 1939, Mussolini est un dictateur accompli soutenu par un culte de la personnalitĂ© presque caricatural, mais les oppositions se font ouvertement. L'armĂ©e, notamment, reste majoritairement fidèle au Roi ; par ailleurs, des critiques internes affaiblissent dĂ©jĂ  le Duce.
  • En Europe centrale et orientale, les dĂ©mocraties instituĂ©es sur les ruines des empires centraux (ex-Autriche-Hongrie, ex-empire allemand, ex-Russie tsariste) doivent relever dans les annĂ©es 1920 des dĂ©fis trop importants pour leur jeunesse institutionnelle. Les rĂ©formes agraires, qui doivent amener paix et rĂ©organisation de la sociĂ©tĂ© dans le modèle rĂ©publicain sont des Ă©checs lĂ  oĂą les aristocraties locales s'y opposent. De meilleures rĂ©sultats sont obtenus par les pays soumis aux aristocraties Ă©trangères, d'influences allemandes notamment. Toutefois, le manque de tradition dĂ©mocratique et les difficultĂ©s socio-Ă©conomiques laissent le champ libre aux premières dictatures. La crise de 1929 a de très fortes rĂ©percussions dans ces pays agricoles. Le marasme qui survient par la chute des prix assurent un soutien aux fascistes et aux national-socialistes. De plus, ces mouvements sont subventionnĂ©s Ă  partir de 1933 par l'Allemagne et l'Italie. Face Ă  ce pĂ©ril, les pouvoirs en place ont des rĂ©actions autoritaires. Dans la plupart des pays, les partis d'oppositions ultra-nationalistes sont interdits ; des parlements sont dissous, comme en Autriche (par le chancelier Dolfuss) ou en Roumanie. En 1939, seule la TchĂ©coslovaquie, État artificiel pourtant divisĂ© entre plusieurs ethnies, conserve un pouvoir parlementaire. Contrairement aux grandes dictatures d'Europe occidentale, ces rĂ©gimes s'appuient sur des forces traditionnelles de la sociĂ©tĂ©, principalement l'armĂ©e et l'Église. Ils n'ont donc aucune ambition rĂ©volutionnaire.
  • Il en va de mĂŞme en Europe mĂ©ridionale. Ainsi en Espagne, oĂą le gĂ©nĂ©ral Franco s'est opposĂ© aux ambitions rĂ©publicaines majoritaires avec le soutien de l'armĂ©e, de l'Église, et bientĂ´t de l'Allemagne et l'Italie. Si l'URSS intervient Ă  son tour pour soutenir les opposants Ă  Franco, la France et le Royaume-Uni restent quant Ă  eux inactifs. Entre fĂ©vrier 1936 et mars 1939, la guerre civile dĂ©chire le pays, jusqu'Ă  la pleine victoire du nouveau dictateur.

Entre 1933 et 1935, les nazis se dressent donc seuls face à l'Europe, mais les années 1936 et 1937 voient les grandes dictatures se rallier face aux démocraties isolées et repliées sur elles-mêmes. Jusqu'aux déclarations de guerre de septembre 1939, les esprits militaires modèlent le contexte international.

De l'art aux armes, la marche vers la guerre

Carte politique de l'Europe, de 1929 Ă  1939.

De 1933 Ă  1939, le rĂ©armement caractĂ©rise la politique intĂ©rieure de nombreux pays, Allemagne en tĂŞte 3. En effet, deux grandes tendances politiques modèlent ou influencent les politiques nationales suite Ă  la crise de 29 : les rĂ©gimes d'extrĂŞme-droite et le communisme. Des organisations totalitaires exercent dans ce cadre une influence considĂ©rable sur la restructuration politique et sociale des pays, mais Ă©galement sur l'Ă©conomie, et ce jusqu'Ă  l'Ă©chelle mondiale. Globalement, le maĂ®tre mot des annĂ©es 1930 est « modernisation Â», un mĂ©canisme nĂ©cessaire au moment oĂą les États doivent s'adapter pour survivre Ă  des crises multiples. Cependant, il y a une pluralitĂ© de processus Ă  travers la planète, processus qui aboutissent Ă  des organisations largement diffĂ©rentes quoi que fortement interdĂ©pendantes. Alors que les gouvernants choisissent le repli national, les mĂ©canismes d'une interdĂ©pendance nouvelle des États se mettent en place. Pour mener Ă  bien les nĂ©cessaires rĂ©formes, mais Ă©galement pour s'affronter, aussi bien sur les terrains Ă©conomiques que militaires, les puissances Ă©tablies et certains pays Ă©mergents sont amenĂ©s Ă  coopĂ©rer et Ă  constituer des groupes d'influences internationaux de plusieurs natures. Les coalitions ouvertes et les ententes implicites musèlent la SDN.

L'importance des empires coloniaux

Les puissances europĂ©ennes, qu'elles soient de natures dĂ©mocratiques ou dictatoriales, s'appuient sur leurs plus ou moins larges colonies pour affronter la crise, dans une atmosphère de relations internationales soudainement plus tendue. Pendant les annĂ©es 1920 se sont dĂ©veloppĂ©es dans les pays colonisĂ©s bourgeoisies locales et prolĂ©tariats, signe d'une emprise forte des mĂ©tropoles. Les sociĂ©tĂ©s traditionnelles colonisĂ©es sont en effet mises en concurrence avec les puissances gouvernantes. Essor dĂ©mographique et urbanisation sont Ă©galement importants. Avec la crise de 1929 survient un reflux massif de la demande des mĂ©tropoles, ce qui entraĂ®ne effondrements des prix et faillites locales. PrĂ©curseur, le Royaume-Uni suspend le libre-Ă©change et cherche du soutien dans son large empire colonial en instaurant des voies commerciales prĂ©fĂ©rentielles par les Accords d'Ottawa de 1932. La recherche de dĂ©bouchĂ©s minimaux est engagĂ©e par toutes les puissances colonisatrices. Par ailleurs, la colonisation ne rencontre qu'une faible opposition en mĂ©tropole. L'Exposition coloniale de Paris en 1931 est un succès, Ă©lĂ©ment rassurant d'un pays en crise intĂ©rieure. Pourtant, dans les colonies, les thèses progressistes de Wilson font leur chemin ; les premières oppositions apparaissent au grand jour. 1929 est l'annĂ©e de radicalisation des mouvements nationalistes jusqu'alors modĂ©rĂ©s, surtout au Moyen-Orient, en Indochine et en Inde. Le Royaume-Uni poursuit sur se lancĂ©e pragmatique en accordant les premières indĂ©pendances totales ou partielles : Irak en 1930, Égypte en 1936, India Act de 1935… Mais les principales forces coloniales sont regroupĂ©es sous l'Ă©gide de la Couronne par la crĂ©ation du Commonwealth dès 1931, ce qui assure au pouvoir britannique un contrĂ´le distant mais efficace de ses territoires dĂ©sormais autonomes et souverains. Dans une logique inverse, la France se montre très ferme et refuse la plupart des avancĂ©es proposĂ©es par les nationalistes dans ses territoires colonisĂ©s. FigĂ©e dans ses structures d'administration directe, la mĂ©tropole joue la carte de la rĂ©pression pour maintenir l'unitĂ© de ses territoires.

Finalement, en 1939, les liens entre mĂ©tropoles et colonies sont plus forts que jamais, mais le mouvement de dĂ©colonisation est dĂ©jĂ  lancĂ©. Cette situation toute nouvelle tranche avec celle de 1914. La crise de 1929 a Ă©galement participĂ© Ă  l'accĂ©lĂ©ration de certains bouleversements dans l'autoritĂ© rĂ©gionale : ainsi, les pays littoraux d'AmĂ©rique du Sud sont « mis Ă  contribution Â» de façon active dans l'effort de production rapide qui se produit en Europe, Ă  partir du milieu des annĂ©es 1930. Les États-Unis occupent plusieurs pays en Mer des CaraĂŻbes (HaĂŻti, Nicaragua…) jusqu'en 1933, fin de la politique du Big Stick souhaitĂ©e par Roosevelt. Ă€ l'autre bout de la planète, la Chine connaĂ®t des bouleversements nombreux quant Ă  ses frontières, ce qui l'amène Ă  la guerre civile et Ă  la guerre avec le Japon.

Des transformations socio-culturelles fulgurantes

Les annĂ©es 1920 ont Ă©tĂ© favorable Ă  un Ă©panouissement culturel de l'Europe. MalgrĂ© les difficultĂ©s, ce mouvement se poursuit dans les dĂ©mocraties au cours des annĂ©es 1930. L'entre-deux-guerres n'est pas l'occasion du dĂ©veloppement d'une importante culture populaire. Par rejet des valeurs bourgeoise, les classes populaires et prolĂ©taires ont bien importĂ©s leurs propres traditions et folklore, mais ces Ă©lĂ©ments d'identitĂ© sociale ne rĂ©sistent guère Ă  la vie urbaine et Ă  l'industrialisation. Ă€ la place, c'est une culture « de masse Â» qui fait son apparition, Ă  la faveur des nouveaux mĂ©dias et loisirs. Dans un Ă©lan consommateur, les grands vecteurs de culture commencent Ă  toucher toutes les classes sociales. Le sport se modernise en gagnant ses galons populaires, avec l'apparition, et de la compĂ©tition, et du sport-spectacle. Dans le domaine de la presse Ă©crite, on cherche Ă  toucher des cibles spĂ©cifiques comme les jeunes et les femmes, et on lance la mode de la bande-dessinĂ©e fantastique après la crise bien rĂ©elle de 1929. La radio permet de diffuser informations et musique, notamment le jazz amĂ©ricain. Le cinĂ©ma connaĂ®t sans doute le succès le plus fulgurant, encore une fois soutenu par les États-Unis. Ă€ l'aube des annĂ©es 1930, le film se dote d'ailleurs de la parole et les Ĺ“uvres se diversifient rapidement pour satisfaire tous les goĂ»ts.

La tendance est toute autre dans les nouvelles dictatures. C'est à l'élaboration de totalitarismes culturels qu'on assiste dans l'Allemagne nazie, l'Italie fasciste et la Russie de Staline. Le fascisme est le premier mouvement idéologique à utiliser massivement les nouveaux médias d'information à son avantage. Il s'agit dans le même temps d'éduquer, par la propagande, et de distraire. Ainsi en Italie la radio est elle nationalisée et transformée en vecteur d'une sous-culture récréative. Elle est associée au sport, qui prend des allures militaires, et au cinéma, qui devient rapidement l'arme absolue de la propagande d'État. Il est difficile pour les esprits contestataires de diffuser leurs productions ailleurs que dans des journaux et des lieux de spectacles clandestins, la création étant globalement figée. Tous les moyens sont bons pour assurer l'embrigadement des esprits, de l'architecture imposante du régime nazi aux chansons niaises célébrant le regretté Empire Romain.

L'adieu à la sécurité collective

Empêtrée dans des sorties de crises plus ou moins réussies, les démocraties privilégient la paix sociale et restent relativement neutres face aux provocations successives des dictatures européennes et orientales. D'abord opposées, celles-là s’allient par des pactes et des ententes divers à partir de 1935. La prédilection pour le pacifisme n'empêche pas certaines initiatives courageuses dans les démocraties que sont la France et le Royaume-Uni. Louis Barthou engage en 1934 un rapprochement avec l'Italie, pour tenter d'encercler le Reich, et essaye également de faire s'entendre Allemagne et Russie. Pierre Laval lui succède dans cette tâche, mais privilégie l'Italie à l'URSS. La stratégie est cependant fragile et les Anglais ne la soutiennent pas.

Mussolini s'engage dans la conquĂŞte de l'Éthiopie fort d'une entente officieuse : il s'est engagĂ© Ă  aider les dĂ©mocraties contre le rĂ©gime nazi, en contrepartie de compensations Ă  dĂ©finir. L’imbroglio diplomatique du partage de l'Éthiopie achève de jeter le discrĂ©dit sur la SDN, principal instrument de règlement des conflits du bloc occidental dĂ©mocratique. L'organisation avait en effet dĂ©jĂ  déçu les opinions publiques par de faibles dĂ©clarations de dĂ©sapprobation adressĂ©e Ă  l'Allemagne en 1934, au moment de la remilitarisation de la RhĂ©nanie. Avec les problèmes de politique intĂ©rieure et la victoire de la gauche en 1936, la France s'efface un peu plus ; c'est pourtant cette mĂŞme annĂ©e qu'une « rĂ©pĂ©tition gĂ©nĂ©rale Â» de la Seconde Guerre mondiale se joue en Espagne. L'Italie contente Hitler en concentrant ses forces sur la pĂ©ninsule hispanique, ce qui laisse le champ libre Ă  un Anschluss dĂ©jĂ  organisĂ©. Mussolini prĂ©pare quant Ă  lui les bases d'un nouvel Empire mĂ©diterranĂ©en. La guerre civile espagnole est Ă©galement l'occasion d'essayer tactiques et armement lourds. Le rapprochement entre le fascisme et le nazisme contraste alors avec l'effacement des dĂ©mocraties, qui prĂ´nent une politique d'apaisement au moment du tournant vers la guerre.

1937 est une fausse dĂ©tente. Pour les dĂ©mocrates anglais, c'est la victoire du non-interventionnisme pacifique ; pour Hitler, c'est le calme avant la tempĂŞte et le temps des derniers accords. En prenant le contrĂ´le direct de la Wehrmacht, le dictateur coordonne de près l'Anschluss. Peu après, et dans une relative indiffĂ©rence, Hitler s'intĂ©resse aux Sudètes et au rattachement d'une population « aryenne Â» ainsi qu'Ă  des territoires riches sur le plan industriel. Cette ambition, moins violente dans sa manifestation que l'Anschluss, est paradoxalement l'Ă©vènement dĂ©clencheur d'une prise de conscience collective en France et au Royaume-Uni, qui rappellent leurs rĂ©servistes, tout comme en Italie et en URSS. Le 29 septembre 1938, Hitler, Mussolini, Daladier et l'anglais Chamberlain se mettent pourtant d'accord sur une victoire sans guerre de l'Allemagne, qui obtient tous les territoires revendiquĂ©s. L'illusion de la paix n'est cependant plus partagĂ©e par tout le monde. En fait, Hitler souhaite envahir la TchĂ©coslovaquie tout entière, tant pour ses ressources que pour supprimer un alliĂ© potentiel des dĂ©mocraties. Le coup de force du 15 mars 1939 achève la TchĂ©coslovaquie. L'hĂ©sitation des dĂ©mocraties dure ; Staline se mĂ©fie et dĂ©cide de traiter avec l'Allemagne pour Ă©viter tout affrontement avec son voisin direct. Le 1er septembre, l'Allemagne envahit la Pologne : les dĂ©mocraties dĂ©cident enfin de dĂ©clarer la guerre le 3 septembre, emportĂ©es par le Royaume-Uni : ça sera la drĂ´le de guerre.

Notes et références

  1. ↑ L'économie française, basée sur le système de l'exclusif, est tournée vers ses colonies, ce qui retarde l'arrivée de la crise en France.
  2. ↑ Voir Histoire de la Corée sous occupation japonaise pour plus de détails
  3. ↑ lire l'article Réarmement du Troisième Reich.

Articles connexes

 
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