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Afrique romaine

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Rome compte en Afrique jusqu'à huit provinces différentes (d'est en ouest) : la Tripolitaine, la Byzacène, l'Afrique Proconsulaire, la Numidie Cirtéenne, la Numidie militaire, la Maurétanie Césarienne, la Maurétanie Sitifienne et la Maurétanie Tingitane. L'Afrique romaine fait souvent l'objet d'une étude d'ensemble par les historiens et les archéologues, malgré de très fortes disparités régionales et de grandes ruptures chronologiques dans les huit siècles de son histoire[1]. Les deux grandes problématiques historiques concernant ces provinces sont actuellement la question de leur romanisation et celle de leur christianisation. L'« Afrique romaine » désigne ainsi soit les terres d'Afrique dominées par Rome, soit la part romanisée de l'Afrique.

L'Afrique romaine s'étend d'est en ouest, de la Petite Syrte aux côtes atlantiques de l'actuel Maroc. Les provinces de Cyrénaïque et de Égypte ne sont pas incluses dans l'ensemble régional, car ces deux provinces reçoivent un traitement à part dans les sources antiques. Géographiquement, des déserts les séparent du reste de l'Afrique du nord, tandis que Tripolitaine et Leptis Magna sont dans la continuité territoriale de l?Afrique du Nord. Culturellement, elles sont dans l'aire hellénistique, clairement distinguée de la zone punique puis romaine. Enfin, administrativement, l'Égypte a toujours été un cas à part dans l'Empire romain, et la Cyrénaïque a été plusieurs fois rattachée à la Crète, terre habitée la plus proche[2].

Mosaïque dite de Virgile et les Muses, expression de la latinité à l'?uvre dans l'art africain. Virgile, entouré de Clio et Melpomène, tient un volumen où l'on peut lire le huitième vers de l'ÉnéideMosaïque découverte à Hadrumète en 1895, datée du début du IIIe siècle - conservée au Musée du Bardo, Tunis.
Mosaïque dite de Virgile et les Muses, expression de la latinité à l'?uvre dans l'art africain. Virgile, entouré de Clio et Melpomène, tient un volumen où l'on peut lire le huitième vers de l'Énéide
Mosaïque découverte à Hadrumète en 1895, datée du début du IIIe siècle - conservée au Musée du Bardo, Tunis.

Sommaire

[] De la conquête au IVe siècle

[] Rome au IIIe siècle av. J.-C.

Zones d'influences de Rome et Carthage en méditerranée avant les guerres puniques en 279
Zones d'influences de Rome et Carthage en méditerranée avant les guerres puniques en 279

L'armée romaine dont les victoires permettent d'unifier la péninsule est une armée de petits propriétaires terriens[3]. Mais, les campagnes militaires notamment celle des guerres puniques ont considérablement modifié le paysage social de Rome. Les citoyens mobilisés effectuaient plusieurs campagnes les unes après les autres sans rentrer chez eux. Au terme donc d'un service militaire long où il a appris à acquérir des richesses très rapidement grâce au butin, le citoyen-soldat retrouve sa terre souvent en friche, même si on sait que les femmes n'avaient pas peur de manier l'araire; il peut même se retrouver endetté à cause de mauvaises récoltes. De grands propriétaires possédant des terres voisines ont donc proposé de racheter leur terre contre une somme d'argent qui intéressa bon nombre de petits propriétaires. Il y a donc moins d'agriculteurs[4]. Les campagnes se couvrent de vastes pâturages. Le blé importé de Sicile concurrence celui des petits producteurs latins qui, ruinés, vendent leurs terres à bas prix aux grands propriétaires et s'en vont à Rome rejoindre la plèbe urbaine. Les grandes familles se constituent ainsi d'immenses domaines, les latifundia, où sont installés de paysans non propriétaires, les colons, et de nombreux esclaves. Le grave problème du ravitaillement de la population urbaine pousse les pouvoirs publics de Rome à distribuer du grain à bas prix et à en importer[3]. La conquête de nouvelles terres diminue la dépendance de Rome aux importations et permet d'augmenter la main d'?uvre des exploitations esclavagistes[3].

La carrière des politiciens romains dépend des succès militaires et des avantages matériels que leurs victoires apportent aux citoyens-soldats (leur clientèle électorale). De fait, la classe politique se persuade de la vocation universelle de Rome et est unanimement interventionniste[5].

D'autre part l'accroissement de la population urbaine développe l'artisanat et le commerce[3]. Or malgré l'excellence du réseau routier, les voies romaines qui sont surtout conçues pour faire se déplacer rapidement des légions plutôt que des lourds charriots. C'est le transport maritime et fluvial qui est le plus efficace à l'époque[6], dès lors que la Méditerranée est un enjeu primordial pour le contrôle des échanges et que les grecs perdent leur suprématie avec la dissolution de l'empire macédonien, Carthage et Rome qui vivaient en bonne intelligence jusque là et se retrouvent face à face. Au fur et à mesure des guerres puniques Rome se doit de conquérir de plus en plus de nouvelles terres et finit par vaincre définitivement Carthage prenant ainsi pied en Afrique.

« Punico-romaine jusqu?à César, romano-punique ensuite, l?Afrique du Nord ne devint vraiment romaine que sous les Flaviens. » Ce constat proposé par Marcel Le Glay[7] témoigne des grandes ruptures que connut l'Afrique romaine, en particulier lors de la politique volontariste de la dynastie flavienne. L'intervention de Rome en Afrique peut-être lue ainsi comme une « dépunicisation » à l'échelle des provinces et des communautés.

ÉVOLUTION ADMINISTRATIVE DES PROVINCES AFRICAINES
Avant la conquête
Carthage
Royaume de Numidie orientale
Numidie occidentale
Royaume de Maurétanie
- 146
Africa
Numidie
Maurétanie
- 105
Africa
Numidie orientale
Numidie occidentale
Maurétanie
- 45
Africa Vetus
Africa Nova
Numidie occidentale
Maurétanie orientale
Maurétanie occidentale
- 27
Afrique Proconsulaire
Royaume de Maurétanie
40 - 42
Afrique Proconsulaire
Maurétanie Césarienne
(annexée en 40)
Maurétanie Tingitane
avant 200
Afrique Proconsulaire
Numidie
Maurétanie Césarienne
Maurétanie Tingitane
Après la réforme de Dioclétien
Proconsulaire (Nord)
Byzacène (centre)
Tripolitaine (Sud-Est)
Numidie
(partagée entre 303 et 314)
Maurétanie Césarienne
Maurétanie Sitifienne
(284 - 288)
Maurétanie Tingitane

[] Les royaumes d'Afrique à la veille de la conquête romaine

Stèle du tophet de Carthage

La pénétration romaine en Africa s?amorce par des interventions politiques et économiques. Rome s'efforce d'entretenir des divisions en Afrique dès la fin de la seconde guerre punique. Les royaumes locaux aux généalogies croisées, développent une idéologie royale, à l?image des rois hellénistiques et sont souvent en compétition : massyli, numidae, mauri, getulae.

En 203 av. J.-C., Massinissa, souverain des Massyles, s'allie à Rome contre Carthage et Syphax. Si son apport a été décisif dans la victoire romaine, la puissance de ce royaume, à l'instar de celle de la république carthaginoise, est incompatible avec les intérêts romains en Méditerranée. Pendant une cinquantaine d'années, Rome entretient des relations diplomatiques et commerciales avec Massinissa et Carthage et leur achète en cas de besoin du blé[8]. Mais Massinissa qui unifie le royaume numide en 148 av. J.-C. a des vues sur le territoire carthaginois. La troisième guerre punique et l?annexion de Carthage peuvent être vues comme un choix délibéré de la part de la République romaine de priver Massinissa d'une cité à l'arrière-pays plus que prospère.

[] L'Africa, tête de pont romaine

À l'issue de la Troisième Guerre punique, après la victoire de 146 av. J.-C., « l?Afrique fut le prix de la victoire ; et le monde ne tarda pas à suivre le sort de l'Afrique[9] » comme le fait remarquer Florus, historien aux origines africaines. Après la chute de la puissance carthaginoise est créée la première province romaine en Afrique, nommée Africa. Province de taille modeste, moins de 25 000 km², à peu près le nord-ouest de l'actuelle Tunisie, elle est gouvernée soit par un préteur, soit par un propréteur. Sept villes toutefois gagnent leur liberté pour avoir pris position contre Carthage, dont Utique, Hadrumète, Thapsus et Leptis Minor (Lamta). En habitués des problèmes de bornage, les Romains délimitent la frontière de leur nouveau territoire par un fossé, la fossa regia.

À la mort du roi numide Micipsa en 118 av. J.-C., Rome arbitre à plusieurs reprises les problèmes de succession, à chaque fois dans le sens d'une division en plusieurs royaumes.

Ami et client de Rome, Jugurtha, petit-fils de Massinissa, provoque la colère romaine après avoir fait massacré quelques marchands italiens de Cirta lors du conflit entre les successeurs de Micipsa. Le Sénat lui déclare la guerre en 112 av. J.-C.. La fin de la Bellum Jugurthinum (105 av. J.-C.) sanctionne l'échec d'une politique numide en Afrique. La carte de la région s'en trouve modifiée, le royaume de Mauritanie est intégré, l'ager publicus agrandi[10].

[] La conquête sous les Julio-Claudiens

l'empire Romain en 37
l'empire Romain en 37

Après la bataille de Thapsus en 46 av. J.-C. et la défaite des pompéiens alliés à Juba Ier, roi de Numidie, Jules César annexe à l'empire le royaume numide. Il devient la province d'Africa nova par opposition à la première province, nommée dès lors Africa vetus. Les royaumes indigènes se trouvent confrontés à un nouvel État et à l'extension des possessions romaines[11].

La frontière ouest de la province est protégée par une marche, la Numidie occidentale, que se vit attribuer Publius Sittius, aventurier campanien allié de César[12]. Quatre colonies voient l'installation de Sittius et de ses mercenaires : Cirta, Rusicade, Milev et Chullu qui, si elles ne restèrent pas indépendantes de la province romaine après la mort de Jules César, gardèrent des privilèges de ce passé. Cependant, la pénétration romaine en Afrique du Nord fut longue et l?annexion des provinces n?a pas été suivie par leur occupation systématique.

Mais Rome ne se contenta pas de « veiller sur la dépouille » du royaume punique, selon la formule de Theodor Mommsen. Le premier espace assujetti et contrôlé en profondeur par les Romains est un espace qui connaît un haut degré de civilisation urbaine : les régions de Carthage, Cirta, Sicca Veneria, ainsi que douze colonies de vétérans créées par Auguste en Maurétanie. La province de Proconsulaire et le nouveau royaume de Maurétanie, confié par Auguste à son protégé Juba II sont assignés à la défense de l?Afrique du Nord.

Lors du partage des provinces entre le Sénat et Auguste en janvier -27, l'Afrique est réunie en une unique province sénatoriale, nommée Afrique Proconsulaire. La Numidie est rattachée à cette province. Toutefois, une légion séjourne sur son territoire, la IIIe Auguste, commandée par le proconsul, ce qui en fait une exception parmi les provinces sénatoriales, dépourvues de forces armées.

Provinces de Maurétanie, de Numidie et de Proconsulaire. Extrait de l'ouvrage de Heinrich Kiepert, Atlas antiquus, Berlin (Reimer).
Provinces de Maurétanie, de Numidie et de Proconsulaire. Extrait de l'ouvrage de Heinrich Kiepert, Atlas antiquus, Berlin (Reimer).

Sous Auguste, la domination romaine va dépasser la fossa regia. Ainsi, dans les premiers temps du principat, les Romains se mettent en rapport avec les espaces restés en marge de la romanisation, en repoussant les limites méridionales de la province.

En 37, l'empereur Caligula nomme un légat pour diriger la IIIe légion Auguste, qui dépendait jusqu'alors théoriquement du proconsul de la province. Trois ans plus tard, l'empereur fait assassiner Ptolémée, roi de Maurétanie, à Lugdunum (Lyon) et annexe son royaume, transformant le protectorat romain en domination directe. En 42, Claude le divise en deux provinces procuratoriennes, Maurétanie Tingitane à l'ouest et Maurétanie Césarienne à l'Est.

[] L'Africa sous les Flaviens

Denier avec galère et portrait de Clodius Macer.
Denier avec galère et portrait de Clodius Macer.

Le règne des Flaviens a constitué pour l'Afrique une période de nécessaire stabilisation après les troubles et les acquisitions territoriales. Pour Marcel Le Glay, c'est « sous le règne des Flaviens que, préparées de loin par les actes des Julio-Claudiens, mais précipitées par l'?uvre même de Vespasien et de ses fils, se sont opérées, lourdes de conséquences pour l'avenir, les grandes mutations qui ont affecté des domaines essentiels de la vie publique et privée des Africains[13] » .

À son avènement, Vespasien, qui avait été proconsul, fut mal accueilli par les Africains. Les provinces ont connu précédemment une période de troubles politiques - incursions des Garamantes - et le nouvel empereur devait s'assurer la fidélité de légat et du proconsul. L'année précédente, lors de l' année des quatre empereurs, le légat de la III Legio Augusta, Clodius Macer, s'était révolté contre Rome et avait menacé de priver Rome du blé africain[14]. La priorité de Vespasien est la mise en ordre des provinces. À cette fin, il renouvelle le personnel dirigeant, en cherchant les proconsuls au sein des riches familles italiennes[15]. La romanisation s'accélère dans les provinces et les communautés du sud sont soumises à un plus grand contrôle, voire à une mise sous tutelle. Dans la même logique, on constate une multiplication du nombre de promotions juridiques sur le territoire de l'Africa nova et même au-delà, comme le prouve la création de la colonie de Madaure[16], aux confins de la Numidie, entre la fin du règne de Vespasien et le règne de Nerva.

[] L' Africa sous les Antonins

Corbita, bateau de cabotage à deux mâts. Relief en marbre, vers 200, Afrique proconsulaire.
Corbita, bateau de cabotage à deux mâts. Relief en marbre, vers 200, Afrique proconsulaire.

Comme le remarque Marcel Le Glay, « les Antonins ont récolté en Afrique ce que les Flaviens avaient semé[17] » et de nombreux signes sont réunis pour parler d'un apogée africaine. L'Africa connaît sous la dynastie des Antonins un essor urbain sans précédent. Signe de ce succès, la première visite impériale en Afrique par Hadrien en 128. Lors de son expédition de nouveaux statuts sont accordés aux communautés urbaines. La dynastie, favorable aux promotions provinciales, devait de manière générale rendre plus aisée l'intégration municipale[18].

À Rome, le parti africain gagne en importance et son influence au Sénat est indéniable[19]. Fronton eut ainsi la charge de l'éducation du jeune Marc-Aurèle.

À la fin du IIe siècle, l?Afrique assure un quasi-monopole sur le marché romain du blé et de l?huile. Illustration du poids de l'approvisionnement africain, la révolte populaire de 190 fut probablement suscitée par Pertinax, ancien proconsul d'Afrique et alors préfet de la ville de Rome, qui aurait volontairement suscité la disette en jugulant l?annone, soutenu par le « parti africain »[20].

[] L' Africa sous les Sévères

Arc de Septime Sévère, Leptis Magna
Arc de Septime Sévère, Leptis Magna

L'accession au pouvoir de Septime Sévère, empereur d?origine africaine, fils de Leptis Magna, « nouvel Hannibal sur le trône des Césars[21] » joua un rôle majeur dans le développement de l'Afrique romaine.

L'empereur, ainsi que son fils Caracalla, sont les artisans d'une politique municipale déterminée. Les grandes familles lepcitaines accèdent au laticlave.

L'expansion territoriale se poursuit. La province de Numidie est rendue autonome avant 200 - mettant fin à la situation étrange où légat et proconsul se côtoyaient au sein d'une même province - et le limes progresse vers le sud et l'ouest. Les hauts plateaux de la Césarienne font l'objet d'un contrôle accru et tout particulièrement les points d'eaux et les axes de transhumance[22].

Sur le plan économique, les campagnes et leurs castellae connaissent une certaine prospérité et le réseau routier se développe. L'huile africaine est exportée sur tout le marché méditerranéen et la Tripolitaine s'ouvre au commerce agricole.

L'enrichissement général des provinces devait stimuler l'évergétisme et le développement urbain. Enfin, la croissance démographique est forte et l'Afrique compte à la fin du Haut Empire entre 7 à 8 millions d'âmes[23].

[] Les crises du IIIe siècle

« Quant aux guerres incessantes, à la stérilité et aux famines qui nous accablent de soucis, aux maladies qui sévissent et ravagent notre santé, aux épidémies qui désolent et dépeuplent l'humanité, sache qu'il a été prédit que dans les derniers temps du monde les maux se multiplieront, que des tribulations variées surviendront, et qu'à l'approche du jour du jugement la sévérité et l'indignation de Dieu s'enflammeront de plus en plus pour châtier l'humanité. »
    ? Cyprien, Ad Demetrianum[24].

Dans l?ensemble de l?Empire, la crise est due à la conjonction de deux facteurs :

  • l?instabilité politique chronique, ponctuée d'une longue série d?usurpations et de guerres civiles, notamment en 238.
  • la pression sur le limes - Rhin, haut Danube et Danube inférieur, frontière orientale - qui se traduit par des invasions que les empereurs juguleront parfois difficilement. Se développent parallèlement des foyers de dissidence en Africa. Le retour à l?ordre marquera l?affermissement au pouvoir de Dioclétien, en 284. Les structures de l'Empire devait en sortir profondément transformées. Dans quelle mesure ces mouvements ont affecté les provinces africaines ? Il ne semble pas que leur dynamisme économique en ait souffert et la croissance urbaine est restée constante.
Amphithéâtre de Thysdrus
Amphithéâtre de Thysdrus

En 235, dans un contexte de grave conflit avec les Alamans, un coup d?État amène Maximin le Thrace au pouvoir. Issu des humiliores, mal accepté par le Sénat, il le lui rend bien en adoptant une politique hostile à son égard ; mais, brillant militaire, il est populaire auprès des soldats. Il consacre tous ses soins au réseau routier et sa politique répond exclusivement aux impératifs militaires. Cette politique défensive exige une fiscalité accrue, pression fiscale dont le poids explique pour partie la révolte africaine. La crise, qui devait profondément marquer l'Empire romain, survient en janvier 238 dans la région de Thysdrus (El Djem). Des habitants de la cité assassinent le procurateur en place qui s'était rendu odieux aux yeux des contribuables et proclament empereurs Gordien, un riche sénateur, et son fils[25]. On a du mal à distinguer les acteurs précis de cette révolte. Selon Hérodien, très critique vis à vis de Maximin, les révoltés sont essentiellement des jeunes de la région, définis selon différents historiens comme appartenant à l?aristocratie de la cité ou émanant de la grande propriété foncière, soutenus par des membres des classes populaires liés à eux par des relations de patronage[26]. Quoi qu?il en soit, ce profond mécontentement bénéficie du soutien de la population africaine. Le mouvement ne tarde pas à se propager en Italie et dans les provinces orientales, développé par l?aristocratie urbaine qui soutient le proconsul d?Afrique Gordien contre l?empereur Maximin. La guerre civile est imminente quand le Sénat rejoint le camp des mécontents et déclare l?Empereur ennemi du peuple romain.

Pourtant, la situation n?est pas encore renversée. Capellianus, un sénateur fidèle à Maximin, mis en place par ce dernier au poste de gouverneur de Numidie, entame une marche sur Carthage afin de mettre à mal la révolte. Il possède une force militaire importante car il est légat de la IIIe légion Auguste, basée en Numidie pour contenir la présence des Maures nombreux dans la région.

Gordien I
Gordien I

Hérodien, dans son Histoire des Empereurs Romains de Marc-Aurèle à Gordien III, souligne la cruauté de la répression de Capellianus et rend compte de la gravité de la crise interne : « Capellianus, entré dans Carthage, fit périr tout ceux des premiers citoyens de cette ville qui s?étaient échappés du combat. Il n?épargna point les temples, qu?il pilla, ainsi que toutes les fortunes privées et les trésors publics. Il parcourut ensuite les autres cités qui avaient renversé les statues de Maximin, punit de mort les principaux habitants et de l?exil les citoyens obscurs[27]». L?auteur ne manque pas de préciser que ces actes barbares ne sont pas sans arrière-pensée politique : possédant une armée qui lui est dévouée, il pourrait selon les circonstances se rapprocher du titre d?Empereur.

Sous la pression populaire, à Rome, Gordien III est nommé par le Sénat, à treize ans, comme héritier de l'Empire. Maximin meurt peu de temps après et l?avènement de Gordien III met un terme à une crise courte mais profonde. Si le nouvel empereur ramène l?équilibre dans l?Empire, sa nomination n?est pas sans conséquence pour l?Afrique. Sous son règne la IIIe légion Auguste est dissoute[28] et remplacée par un « système plus défensif » fondé sur la mobilisation de troupes auxiliaires[29], ce qui a pour conséquence de diminuer l?influence romaine dans la région.

Le règne des premiers tétrarques est marqué par les grandes persécutions[30], une profonde réorganisation des provinces africaines[31] et des révoltes locales.

L?accélération au milieu du IIIe siècle des mouvements d?insoumission et de révolte des tribus africaines est indéniable. Elle a nécessité une restructuration des effectifs militaires romains. Pour autant, il ne faut pas y voir un phénomène capable de remettre en cause sérieusement la présence et l?hégémonie de l?Empire. Hormis la révolte des Maures de Grande Kabylie et les nombreuses invasions en Maurétanie Césarienne et Numidie rendues possibles par la disparition momentanée de la légion, Rome a pu maîtriser la situation.

[] Réorganisation des provinces sous la Tétrarchie

Dioclétien engage une profonde réforme administrative des provinces africaines. La Maurétanie Sitifienne (ou Tabienne) est d'abord créée entre 284 et 288, se séparant ainsi de la Maurétanie Césarienne mais le praeses de Césarienne est toujours responsable de la défense régionale. C'est en 303 qu'interviennent les autres changements. La Numidie est brièvement partagée en deux provinces : la Numidie Cirtéenne (capitale Cirta) et la Numidie Militienne (ou Militaire). Ces deux provinces sont de nouveau réunies en 314. Enfin, la Proconsulaire est divisée en trois unités administratives : la Proconsulaire (au nord), la Byzacène (au centre) et la Tripolitaine (au sud-est). Le commandement militaire est remis pour tout le diocèse d'Afrique à un comte (excepté la Maurétanie Tingitane, rattachée au diocèse d'Hispanie). Le vicaire d?Afrique devient le chef hiérarchique de tous les gouverneurs à l'exception du proconsul.

[] Usurpations et révoltes aux IVe et Ve siècles

Follis frappé dans les ateliers de Cirta par Domitius Alexander, Au revers, effigie de Carthage tenant dans chaque main des fruits
Follis frappé dans les ateliers de Cirta par Domitius Alexander, Au revers, effigie de Carthage tenant dans chaque main des fruits

Les provinces africaines connaissent au Bas-Empire une suite d'usurpations et de rébellions « qui ont longtemps illustré, pour certains historiens, le déclin ou la décadence, caractéristique principale, selon eux, de ce temps » bien que la recherche récente a mis en avant la prospérité relative de la région[32]. On peut procéder à un recensement de ces mouvements, mais force est de constater que nous disposons sur ce sujet, d'une documentation inégale. Chronologiquement, cinq épisodes sont plus ou moins bien identifiés :

  1. 308/9 - 311, usurpation de Domitius Alexander
  2. 363 - 364, révolte de la tribu des Austuriani ou Austoriani[33] de Tripolitaine
  3. 370 - 375, révolte et usurpation « régionale » de Firmus en Maurétanie
  4. 397 - 398, révolte ou moins vraisemblablement usurpation de Gildon,
  5. 413, révolte et usurpation d'Héraclien,
  • Domitius Alexander, sans attache africaine, est un haut fonctionnaire - vicaire des préfets du prétoire - en poste à Carthage. Il a tenté de jouer sa carte dans une crise impériale extrêmement complexe qui s'ouvre à l'abdication de Dioclétien en 305. Au moment où en Italie percent les ambitions de Maxence et en Gaule de Constantin, Domitius a à sa portée un excellent moyen de pression : le contrôle de l'approvisionnement en blé. Il peut menacer Rome de famine. La révolte est liquidée au printemps 310 par les troupes de Maxence : Carthage et Cirta sont livrées au pillage[34].
  • Sur la révolte des tribus tripolitaines connues sous le nom d'Austoriani en 363-4,[35], l'information est surabondante ; un chapitre entier de l' Histoire (XXVIII, 6, 5 ? 20) d'Ammien Marcellin est consacré au siège de Leptis Magna par la tribu. L'auteur, originaire d'Antioche de Syrie, partage le point de vue des notables municipaux et dans sa description de la révolte des Austoriani, il livre un portrait épouvantable du comte d'Afrique, Romanus, présenté sous la lumière la plus noire comme symbole de corruption et réceptacle de tous les vices. Le récit se montre aussi profondément féroce pour l'armée de la cité, qui semble ne vouloir intervenir qu'au prix de compensation financière. Dans tous les cas, il s'agit d'une illustration de la mésentente profonde entre le gouvernement municipal et l'armée d'Afrique.

[] Le système défensif romain

La défense de l?Afrique romaine est assurée durant la période républicaine par le maintien de troupes. Les aménagements en profondeur commencent à la fin du règne d?Auguste. Les Romains construisent des routes qui pénètrent le pays numide à partir de Carthage, et une rocade allant de Leptis minor à Hippo Regius. La legio III Augusta installe son commandement au n?ud routier de Théveste, surveillant les tribus des Aurès et celles de la région du Chott el-Jérid. L?investissement de ces deux zones est mené par quadrillage progressif de routes et de postes sous les Flaviens et sous Trajan.

L?annexion inopinée du royaume de Maurétanie ne fut pas immédiatement suivie d?une prise de contrôle. Les Romains se limitèrent d?abord à aménager une route côtière jusqu?à Mellila, tandis qu?ils continuaient d?entourer les Aurès, déplaçant le siège de la IIIe légion à Lambèse. L?allongement est-ouest du relief de la Maurétanie Césarienne imposa une avancée parallèle à cet axe : une première route est construite sous Trajan et Hadrien contrôle une bande de territoires de 50 à 100 km de la cote, de la vallée du Chelif, et Castellum Tingitanum (El Asnam) jusqu?à la Numidie. Sous Septime Sévère, une nouvelle rocade jusqu?à Numerus Syrorum (Maghnia) élargit vers les sud le contrôle de la Maurétanie Césarienne, tandis qu?une route périphérique, le limes Tripolitanus entoure le secteur de Leptis Magna. Enfin, des postes avancés dans le désert surveillent les tribus nomades : Castellum Dimmidi (oasis de Messad), Cydamus (Ghadamès), Bu Njem (Libye actuelle). Les forces armées permanentes consistent en une unique légion, la IIIe Augusta, complétée par de nombreuses unités auxiliaires réparties sur la Maurétanie Césarienne, et renforcée en Maurétaine Tingitane par des alliances avec les tribus maures[36], [37]..

L'unique armée d'Afrique apparaît comme un vecteur majeur de la romanisation et de la fidélité à l'empereur en Africa. Outre son rôle d'agent de la « romanisation » chez les soldats qu?elle intégrait, elle donnait l?image d?une Rome protectrice en contenant les éléments externes qui pouvaient entraver la production agricole africaine.

[] Le fait tribal

Pline l'Ancien dénombrait cinq cent seize populos entre l?Ampsaga et les « Autels des Philènes »[38], donc dans la grande Proconsulaire, tribus dont l'importance numérique et la place dans les sources sont très variables. La question de la répartition géographique des tribus et peuples a suscité une importante bibliographie mais aucune carte ne semble pouvoir prétendre à l'exhaustivité ni à la précision absolue.

En Afrique du Nord, les sources anciennes grecques et romaines[39] distinguent une zone urbanisée, une zone tribale[40] où domine le pastoralisme, ainsi qu'une zone méridionale peuplée de nomades, nommée Gétulie. Cette distinction a été consacrée par l'historiographie[41]. Les Romains ont exercé un contrôle rapide sur les première et seconde zones, mais ont peu dominé la troisième d'où une nécessaire distinction entre provinces romaines d'Afrique et occupation romaine en Afrique. Si la place de la civilisation urbaine en Afrique du Nord fut importante avant et après la conquête romaine, l'organisation tribale occupe une situation appréciable au sein des sociétés africaines.

[] Principales tribus d'Afriques romaines

[] Les rapports avec les tribus

Les relations des tribus avec les représentants de Rome furent nombreuses et complexes du fait de la diversité et de la spécificité des tribus et donc des attitudes du pouvoir romain. Une séparation entre les régions orientales - plus intégrées et romanisées et où l'influence des cités est prépondérante - et occidentales semble toutefois être marquée dans les rapports qu'entretiennent Rome avec les communautés tribales. On ne peut pas sérieusement analyser les révoltes indigènes sans prendre en compte l?hétérogénéité des situations africaines. Le phénomène est vécu sensiblement différemment selon les provinces. Cette disparité amène Rome à traiter diversement selon les soulèvements.

La donnée majeure qui devait bouleverser la relation des tribus avec l'État romain, est le statut juridique de la terre dans la doctrine juridique romaine : in eo (provinciali) solo dominium populi Romani est vel Caesaris[42]. L'ensemble des terres de l'Africa est intégré à l'ager publicus, ce qui bouleverse les rapports traditionnels et les coutumes, en particulier pour les tribus nomades. Quand un pouvoir royal est présent localement, s'établit un rapport de fidélité direct qui se traduit par des redevances en nature ou en argent, ou par un service armé, et non par l'attribution ou le contrôle des terres. C?est le rapport du groupe à la terre qui est menacé. Car en vertu de la doctrine romaine, le pouvoir romain peut décider de la propriété des terres, et n?hésitera pas à limiter les territoires occupés.

Les terres font l'objet d'arpentage dès le règne de César et sont ainsi soumises à la juridiction romaine. Des politiques de cantonnement, de terminatio (bornage) de et de délimitation suivent généralement. En découle une nouvelle donne institutionnelle : la tribu peut se voir reconnaître un statut, être rattaché à une cité voisine, où la civitas peut être accordée partiellement à certains membres de la tribu. La question du déplacement de populations est cependant discutée.

Si le droit des tribus et la nature des liens qui unissait les membres d'une même tribu nous sont inconnus, très rapidement, les Romains ont ressenti le besoin de contrôler les hommes grâce à des intermédiaires : les préfets des tribus ou de tribu (praefectus gentis) souvent issu de l'ordre équestre. Les chefs intégrés pouvaient aussi recevoir le titre de princeps. Ces intermédiaires permettaient parfois l'émergence d'une aristocratie mixte et ouvraient la voie à la municipalisation.

Icône de détail Article connexe : Tabula Banasitana.

[] Les soulèvements des tribus maures

Le soulèvement de tribus indigènes en Afrique n?est pas un fait nouveau du IIIe siècle. En plus des camps militaires permanents, l?envoi de détachements de légions romaines, depuis le IIe siècle, n?est pas rare pour endiguer les révoltes récurrentes des populations autochtones ou gentes, en particulier celles des Maures qui jouissent de par leur puissance d?une relative autonomie. Ces évènements vont néanmoins prendre une nouvelle dimension dans les années 250-260.

En 253- 254, une vague insurrectionnelle part de Maurétanie Césarienne et atteint la Proconsulaire. Les acteurs de cette révolte sont généralement des peuples qui, venant de l?intérieur des terres, ont été beaucoup moins touchés par la romanisation. Le soulèvement est vite réprimé[43].

C?est à l?ouest de l?Afrique Romaine que l?Empire rencontre le plus de problèmes. En Maurétanie Tingitane, il doit faire preuve de diplomatie en signant des traités de paix - f?dus, i - avec les tribus. Le gouverneur de la province rencontre régulièrement les Baquates, principale tribu de la région. Associée aux Macénites ou encore aux Bavares, cette tribu constitue un important rempart contre la romanité. L?Empire devait perdre sa maîtrise de certains territoires, ne contrôlant plus que le littoral et le nord de la province.

Un peu plus à l?est, en Maurétanie Césarienne et en Numidie, l?insurrection est plus forte encore et menace la région d?Auzia. La tentative d?imposer des préfets aux tribus n?est pas suffisante. Pour remédier à cette conjoncture défavorable, la IIIe légion Auguste est reconstituée -entre 253 et 258 selon les sources-, mais elle provoque un regain de brigandage et d?instabilité. Preuve en est, le gouverneur de Césarienne obtient la charge de dux pour l'ensemble des provinces romaines, ce qui montre la gravité de la situation[44].

Un nouveau gouverneur de Numidie, Cornelius Macrinius Decianus[45], tente de mettre fin à la crise vers 260 et se trouve confronté à des alliances de tribus. Il parvient toutefois à repousser les Bavares qui s?étaient alliés à des rois locaux, les Quinquegentanei qui, établis dans le massif montagneux de la Djurdjura, avaient envahi la Numidie en 253, ainsi que les Fraxinenses. Les raids barbares qui ont dévasté une bonne partie de la Numidie sont finalement contenus, et les opposants à l?hégémonie romaine doivent se résoudre peu à peu à reculer[46].

L?Afrique Proconsulaire a quant à elle été moins touchée par les révoltes, mais n?est pas pour autant sous domination exclusive des Romains. En Tripolitaine par exemple, c?est généralement le système de délégation qui fait acte. Opposés à l?ouest de l?Afrique à des attaques violentes, les Romains préfèrent laisser une certaine autonomie aux autochtones, tout en préservant leur influence sur la région. Dans certains régions, comme en Byzacène, Rome a su garder un contrôle quasi-total.

[] Fait urbain et culture urbaine

Ruines de Volubilis
Ruines de Volubilis

La diffusion d?une culture urbaine et civique en Africa fut entamée bien avant la conquête romaine. Elle nous est connue par des témoignages archéologiques et épigraphiques aussi riches que diversifiés à propos desquels on a pu parler d'« Afriques » et du caractère pluriel de son urbanisation[47].

Cependant, à l?origine de ce développement se trouve un facteur commun, la conquête et les nouveaux rapports - politiques mais aussi économiques et sociaux - qu?elle suscite. On peut situer l?apogée de la civilisation urbaine dans l?Afrique du nord au second et au premier tiers du troisième siècle. Elle est liée à la prospérité que connaissent les provinces jusqu'à l'époque sévérienne, due en partie au développement du marché de l'huile africaine.

Il est nécessaire de distinguer le développement et la densification du réseau urbain et la romanisation juridique, octroi d?un statut juridique par décision impériale à des communautés plus ou moins intégrées à l'empire[48].

La ville des cités africaines est caractérisée par une intense activité de ses élites, en particulier dans le cadre de politiques d'évergétisme[49]. Cette pratique a permis de mesurer la permanence des cités jusqu'à la seconde moitié du IIIe siècle, quand l'Empire connaît lui une série de crises structurelles[50].

Icône de détail Articles connexes : Site archéologique de Carthage et Timgad.

[] La société des cités africaines. L?émergence d?une élite municipale

Inscription bilingue - latino-punique - du théâtre de Leptis Magna, Ier siècle, vers l'an 1-2, offerte par un notable de la cité.
Inscription[51] bilingue - latino-punique - du théâtre de Leptis Magna, Ier siècle, vers l'an 1-2, offerte par un notable de la cité.

Dès le premier siècle, il existe en Afrique une « bourgeoisie » municipale riche et puissante. Mais c?est seulement à partir de la période flavienne qu?elle apparaît au grand jour et l?essentiel de son expansion se place au IIe siècle et au début du IIIe siècle, périodisation que l?on retrouve dans d'autres provinces occidentales.

Plus que dans n'importe quelles régions de l'empire, les cités africains convoitent et s'enorgueillissent des promotions municipales et ce même après l'édit de Caracalla[52]. La romanisation des modes de vie va s'illustrer dans une architecture urbaine audacieuse[53] et une pratique des institutions (assemblée du peuple, curies et sénat local) et des magistratures latines.

[] Principales villes d'Afrique romaine

Villes et camps d'Afrique romaine
Villes et camps d'Afrique romaine
Cités de la Maurétanie Tingitane : Tingis, Lix(us) col(onia), BanasaExtrait de la Table de Peutinger
Cités de la Maurétanie Tingitane : Tingis, Lix(us) col(onia), Banasa
Extrait de la Table de Peutinger

[] L'économie africaine

[] L'Africa des campagnes

L'Afrique du Nord fut considérée de longue date comme une terre particulièrement riche et comme une terre de talentueux agronomes à l'exemple de Magon. Sa divinité tutélaire, Africa, a pour emblèmes la corne d'abondance et le boisseau de blé (modius) à ses pieds.

As d'Hadrien (136), représentant sur l'avers Africa, portant une dépouille d'éléphant, tenant un scorpion et une corne d'abondance, un modius de blé à ses pieds.
As d'Hadrien (136), représentant sur l'avers Africa, portant une dépouille d'éléphant, tenant un scorpion et une corne d'abondance, un modius de blé à ses pieds.

Dès le règne de Massinissa, une agriculture commerciale se développe en Afrique. Aux yeux des conquérants, cette terre de céréales doit nourrir le peuple romain. La production devient rapidement excédentaire, fortement encouragée qu'elle est par Auguste et ses successeurs. Les terres de l'ouest exportent leur production vers le reste du bassin méditerranéen et le blé africain fournit les deux-tiers de l'annone destiné au ravitaillement de Rome[54]. L'Afrique est aussi pourvue d'une arboriculture riche et variée où l'on trouve vignes, oliviers, grenadiers et des plantations d'oasis. Les cultures locales sont tout aussi importantes (truffes, pois, légumes) mais la polyculture est souvent sacrifiée au profit de la culture du blé nécessaire à l'Urbs.

Lors de la période romaine les terres africaines virent leurs rendements croître et les terres du sud et de l'ouest furent mises en valeurs. Les plus anciennes zones de cultures - emporia de Tripoliatine et territoire de Carthage - sont aussi transformées par le développement de cultures d'exportations fortement rémunératrice. Ainsi, la production frumentaire passa pour la Proconsulaire d'environ 840 000 quintaux de blé par an à l'époque césarienne à prêt de neuf millions de quintaux sous Néron[55]. La vallée de la Medjerda, l'arrière-pays d?Hadrumète, les terroirs de Cirta, de Numidie Sitifienne et les plaines de Volubilis sont dévolus à la culture céréalière.

Les convois de blé étaient déposés à Ostie par une corporation d'armateurs privés, le collège des naviculaires d'Afrique (navicularii africani), réorganisé par Commode au second siècle en classis Africana Commodia. Ce domini navum Afrarum universarum élève à Ostie des bâtiments honorifiques[56].

Cependant, il semble que la prospérité commerciale africaine ne voit véritablement le jour qu'à la fin du Ier siècle avec l'essor de l'oléiculture et dans une moindre mesure de la viticulture[57].

Pressoir à huile ou à vin de Sufetula
Pressoir à huile ou à vin de Sufetula[58]

Les riches terres céréalières du Bagrada, culture de tradition pré-romaine, parfois aux mains d'aristocrates romains, sont mises en valeurs par des tenanciers - conductores - liés à Rome par le vectigal. Les cités possèdent aussi de nombreux domaine, à l'instar de Timgad[59]. Le saltus des hauts plateaux, soumis au régime du colonat, est cultivé par une population indigène réduite au servage[60]. L'activité des tenanciers est encadrée par le consuetudo manciana ou lex manciana - permettant de mettre en valeur des terres incultes sans imposition - qui demeure en vigueur jusqu'à l'époque vandale, comme en témoignent les Tablettes Albertini.

[] L'artisanat et les échanges

Entre Ostie et l'Afrique se met en place un intense réseau d'échanges dont la céramique constitue le produit phare. La production d'amphores - pour le commerce de l'huile et du vin - et de vaisselle est aussi attestée mais la documentation est lacunaire hors de l'Afrique proconsulaire. Elle est la preuve du dynamisme des échanges mais aussi des productions agricoles africaines, et ce jusqu'à l'époque vandale car les fouilles archéologiques ont permis de mettre à jour un grand nombre d'artefacts de Byzacène des ports méditerranéens jusqu'au limes rhénan. L'analyse stratigraphique du Monte Testaccio d'Ostie signale que les d'amphores africaines dépassent en nombre celle de Bétique à partir des années 170[61].

[] Les routes commerciales

[] L'Afrique littorale

[] Lettres et arts en Afrique romaine

Mosaïque de la Domus Africa de Thysdrus
Mosaïque de la Do